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<div id="vrai_titre" style="display:none;">Programmation C#</div>
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{{Flux du livre}}
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''Un livre appartenant à la série [[Programmation]]''<br/>
''et à l'[[Accueil/Informatique|étagère Informatique]] de [[Accueil|Wikilivres]]''.
Ce livre présente le langage C♯ également noté C# (prononcé en anglais [{{API|siː.ʃɑːp}}]). Il est destiné à ceux qui souhaitent utiliser ce langage de programmation orienté objet, que le lecteur soit un programmeur débutant ou confirmé. Pour s'adresser à un large public, étudiant ou professionnel, cet ouvrage est divisé en plusieurs parties. Dans les premières parties présentant les bases, il est conseillé de suivre l'ordre des chapitres.
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* {{CDU item|6/68/681|681.3/681.3.0}}
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[[Catégorie:Livres terminés]]
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Le langage CSS/Structure et syntaxe
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2026-05-15T08:21:44Z
DavidL
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[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
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<noinclude>{{CSS}}</noinclude>
{{Cadre|flotte=droite|largeur=30%|couleur fond=#ffe0e040|couleur bordure=#99B3FF|extramarge=0.5em 0 0.5em 1em}}
'''Si vous êtes pressé''' consultez en priorité :
* [[#R.C3.A8gles syntaxiques de base|Règles syntaxiques de base]]
* [[#Structure g.C3.A9n.C3.A9rale|Structure générale]]
* [[#D.C3.A9claration de styles|Déclarations de styles]]
{{Fin}}
Ce chapitre a pour but de poser les bases de la structure d'une feuille de styles CSS ainsi que les premiers éléments de syntaxe. Nous aborderons également la liaison entre les documents web et les CSS, la propriété de ''cascade'' des styles et l'adéquation des styles à l'appareil restituant la page web.
== Règles syntaxiques de base ==
; Casse
: Les feuilles de styles CSS ne sont pas sensibles à la casse : elles ne tiennent pas compte des majuscules et minuscules. Exception faite pour les éléments n'obéissant pas directement aux règles de syntaxe CSS, notamment les attributs ''id'' et ''class'' (dont le nommage est assuré par le rédacteur : vous), les noms des polices de caractères (exemple : "Trebuchet MS"), et les suffixes d'[[w:URL|URL]] ne répondant pas à ces règles.
; Mise en forme du code
: Les feuilles de styles CSS ne tiennent pas compte des espaces et retours à la ligne.
; Identifiants
: Les identifiants (nom, ''id'' et ''class'') ne peuvent contenir que des caractères A-Z, a-z, 0-9 plus le tiret (-) et le caractère de soulignement (_). Il ne peuvent pas commencer par un nombre.
; Chaînes de caractère
: Les chaînes de caractères affichables (par exemple pour les pseudo-éléments <code>:before</code> et <code>:after</code>, ou pour la propriété <code>quote</code>) sont entre des guillemets simples « <code>'</code> » (« apostrophe ») ou doubles « <code>"</code> ».
:* Pour mettre un guillemet simple ou double dans la chaîne affichable, on fait précéder le caractère d'une barre de fraction inversée, respectivement « <code>\'</code> » et « <code>\"</code> ».
:* Pour mettre un retour de ligne, on utilise le caractère « <code>\000a</code> » (ou « <code>\a</code> ») ; si l'on veut revenir à la ligne dans le code, on place une barre de fraction inversée seule en fin de ligne.
:* En absence de la définition du jeu de caractères ''(charset)'', elles ne peuvent contenir que des caractères ASCII ; les caractères Unicode sont obtenus en mettant le code hexadécimal précédé d'une barre de fraction inversée, par exemple « <code>\00a0</code> » pour une espace insécable, « <code>\0152</code> » pour « œ » (on peut ignorer les zéros de tête)… Une feuille incluse dans un fichier HTML (entre les balises <code><style>…</style></code>) utilise le même jeu de caractères que la page HTML. Si la feuille de style est dans un fichier à part, on définit la feuille de code par la règle <code>@charset</code> (par exemple <code>@charset "ISO-8859-1";</code>).
; Commentaires
: Les commentaires commencent par une barre de fraction suivie d'un astérique « <code>/*</code> », et se concluent par la succession de caractères inverse « <code>*/</code> ». Ils sont facultatifs, voire inutiles, pour les modifications mineures d'affichage (inutile d'indiquer que l'on souligne, cela se lit facilement), mais indispensables pour les mises en pages importantes (inscrire par exemple la taille minimale d'une marge pour avoir la place d'insérer le menu permet de ne pas commettre de maladresse lors d'une future modification du fichier).
== Structure générale ==
=== Syntaxe des règles de style ===
Une feuille de styles CSS fonctionne sous forme de ''déclarations''.
<syntaxhighlight lang="css">
selecteur { propriété:valeur; }
</syntaxhighlight>
Une déclaration est composée au minimum de deux éléments : l'élément de la page auquel on souhaite appliquer un style (le '''sélecteur'''), et le groupe de règles définissant le style ('''propriété''' et '''valeur''').
Analysons cette déclaration :
<syntaxhighlight lang="css">
h1 { color: red }
</syntaxhighlight>
Ici, l'élément à mettre en forme est h1 (titre de niveau 1) et le groupe de règles, délimité par les accolades, contient la règle « mettre cet élément en rouge ». Une règle consiste en une propriété (ici ''color''), suivie par deux points (:), suivie enfin par la valeur associée à la propriété (ici ''rouge'').
Il est bien évidemment possible de spécifier plusieurs règles, pour un même élément, en les séparant par des point-virgules (;) de cette façon :
<syntaxhighlight lang="css">
h1 {
color: red;
font-weight: bold
}
</syntaxhighlight>
On peut aussi spécifier le même jeu de règles pour plusieurs identifiants en les séparant par des virgules (,) :
<syntaxhighlight lang="css">
h1, h2 {
color: red;
font-weight: bold
}
</syntaxhighlight>
{{Astuce|
La dernière règle du groupe ne comporte pas obligatoirement de point-virgule terminal.
Toutefois '''le mettre systématiquement''' évite de l'oublier.
Pour la maintenance, cela permet de déplacer une propriété plus haut ou d'ajouter d'autres propriétés à la fin sans avoir à penser à ajouter le point-virgule manquant.
<syntaxhighlight lang="css" highlight="3">
h1, h2 {
color: red;
font-weight: bold;
}
</syntaxhighlight>
}}
Il faut savoir que les erreurs de syntaxes CSS ont pour effet d'interrompre dans le navigateur web l'interprétation des styles et donc la mise en forme. Contrairement au moteur d'interprétation du code HTML des navigateurs, l'interprétation des CSS par les navigateurs ne corrige habituellement pas d'erreur de syntaxe.
=== Variante des propriétés ===
Certaines propriétés CSS non-standard sont initialement implémentées par certains navigateurs ; leur nom comporte un préfixe indiquant le moteur du navigateur concerné entre deux tirets, par exemple : "-webkit-", "-moz-" ...
Une fois la propriété standardisée, le nom de la propriété ne comporte pas de préfixe.
Exemple :
{| class="wikitable"
|-
! CSS3
! WebKit
! Gecko
|-
| box-shadow
| -webkit-box-shadow
| -moz-box-shadow
|}
Il est nécessaire de spécifier tous les noms alternatifs afin de supporter tous les navigateurs possibles.
=== Modularisation des styles ===
Il est possible d'importer les styles contenus dans des fichiers de styles différents afin de les organiser de façon modulaire. Parmi les pratiques possibles, on rencontre notamment :
* la scission des styles relatifs à la mise en page, c'est-à-dire le placement des éléments de la page, et des styles relatifs à la typographie (couleurs, bordures, polices, etc.).
* la cascade d'une feuille globale pour un groupe de pages et d'une feuille spécifique à la page concernée (voire une cascade plus complexe prenant en compte les styles par rubriques de pages)
Pour ce faire, on peut notamment utiliser la syntaxe suivante :
<syntaxhighlight lang="css">
@import "fichier.css";
</syntaxhighlight>
où ''fichier.css'' est le nom du fichier contenant les styles à importer. Cette mention doit être spécifiée ''au tout début'' de la feuille de style, avant d'éventuels styles de la feuille (''déclarations''). Elle doit aussi impérativement comporter un point-virgule (;) final. Elle peut également, si ce n'est pas déjà le cas de la feuille parente où elle se trouve, être complétée par la mention des médias cibles de ces importations.
Remarque : si le chemin du fichier à importer est relatif (pas de barre / devant ni de <code><nowiki>http://</nowiki></code>), il sera relatif au fichier contenant cette importation. Ici on a donc supposé qu'ils étaient dans le même répertoire.
== Utiliser les styles CSS dans une page web ==
=== Dans une page HTML ===
NB: l'annexe [[../Interface HTML]] offre une vue synthétique des exemples exposés ci-après.
==== Déclaration de styles ====
Une première méthode pour utiliser des styles CSS consiste à intégrer les styles dans l'entête du fichier HTML à l'aide d'une balise ''style''. Le code CSS est alors simplement écrit entre la balise ouvrante et la balise fermante :
<syntaxhighlight lang="html">
<html>
<head>
<style type="text/css">
p {
font-family: Bitstream Vera Sans;
color: #666;
line-height: 1.6em;
}
</style>
</head>
<body>
<p>
Exemple de page HTML avec CSS intégrés
</p>
</body>
</html>
</syntaxhighlight>
Les styles CSS ainsi définis ne sont évidemment valides que pour la page en question, on réservera donc en général cette méthode à l'expérimentation ou à des styles propres à une page unique. Pour plus de souplesse, on peut donc transférer le code CSS dans un fichier texte, par exemple ''styles.css'', et appeler ces styles dans l'entête HTML à l'aide d'une balise ''link''. Ce fichier CSS peut alors être inclus dans toute page web de cette manière :
<syntaxhighlight lang="html">
<html>
<head>
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="styles.css">
</head>
<body>
<p>
Exemple de page HTML avec CSS externes
</p>
</body>
</html>
</syntaxhighlight>
Le fichier ''styles.css'' contient alors simplement :
<syntaxhighlight lang="css">
p {
font-family: Bitstream Vera Sans;
color: #666;
line-height: 1.6em;
}
</syntaxhighlight>
Remarque : le chemin des fichiers CSS spécifiés peut être absolu ou relatif. Dans ce deuxième cas, il est relatif au fichier important la feuille de styles, en l'occurrence le document web. Exemple :
* la page web est <code><nowiki>http://mon.site.org/index.html</nowiki></code>
* la feuille de styles est <code><nowiki>http://mon.site.org/css/styles.css</nowiki></code>
On peut alors utiliser une des règles équivalentes suivantes :
<syntaxhighlight lang="html">
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="css/styles.css">
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="./css/styles.css">
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="http://mon.site.org/css/styles.css">
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="/css/styles.css">
</syntaxhighlight>
Pour être exhaustif, signalons qu'il existe une autre méthode pour inclure du code CSS externe. Elle consiste à utiliser la règle CSS <code>@import</code> qui permet d'importer une feuille de style dans un code CSS :
<syntaxhighlight lang="html">
<html>
<head>
<style type="text/css">
@import "styles.css";
</style>
</head>
<body>
<p>
Exemple de page HTML avec CSS externes
</p>
</body>
</html>
</syntaxhighlight>
Cette règle permet, via ses variantes syntaxiques, de filtrer les navigateurs de génération 4.x et 5.0, par exemple Netscape 4 et Internet Explorer 5.0 Mac et/ou Windows. Il faut donc l'utiliser en toute connaissance de cause. Son avantage est que l'on peut facilement déclarer plusieurs feuilles de styles à importer sans multiplier les balises HTML.
==== Adapter les styles au périphérique de sortie ====
Le périphérique de sortie de la page web n'est pas forcément l'écran de l'ordinateur. Il peut être également l'imprimante pour faire un tirage papier, un projecteur pour une présentation grand format, ou un navigateur mobile. Les styles définis pour l'écran ne conviennent généralement pas pour d'autres médias. Pour prendre deux exemples fréquents :
* le menu latéral de gauche : est-il vraiment utile à l'impression ? Généralement non, il faudrait donc le faire disparaître dans ce cas.
* la disposition en colonne : est-elle appropriée à un écran réduit tel que celui d'un mobile ? Dans ce cas, il convient d'opter pour une présentation linéaire.
Ceci est possible dans les feuilles de styles grâce à la mention du ''media'' de sortie. On trouvera la liste des média possibles à la page [[Programmation CSS/Interface HTML#D.C3.A9finir une feuille de style pour diff.C3.A9rents m.C3.A9dias|Interface HTML]]. Il existe à nouveau deux techniques : la mention directement dans la feuille ou la mention à l'importation d'une feuille externe. Dans le premier cas, les styles CSS contiennent un passage de ce type :
<syntaxhighlight lang="css">
@media screen {
/* règles de styles */
}
</syntaxhighlight>
Ceci définit des styles spécifiques à la sortie écran. Dans le second cas, le plus courant, on définit des fichiers séparés par type de media. Il faut alors ajouter la mention du media dans la page web à l'aide d'un attribut de la balise ''link'' :
<syntaxhighlight lang="html">
<html>
<head>
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="styles.css" media="screen" />
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="print.css" media="print" />
</head>
<body>
<p>
Exemple de page HTML avec CSS intégrés
</p>
</body>
</html>
</syntaxhighlight>
Dans cet exemple, la feuille ''styles.css'' contient le style destiné à l'affichage à l'écran dans un navigateur courant, et une seconde feuille ''print.css'' spécifique à l'impression.
=== Dans un document XML ===
On peut importer une feuille de styles CSS dans un fichier XML. Il faut utiliser la règle suivante :
<syntaxhighlight lang="html">
<?xml-stylesheet type="text/css" href="styles.css"?>
</syntaxhighlight>
L'inconvénient par rapport à l'utilisation d'une feuille de transformation XSL permettant de générer du HTML à partir du XML, est que tous les éléments XML ont la même apparence par défaut. Il faut ainsi redéfinir le style de quasiment chaque élément. Au contraire une transformation en HTML permet d'utiliser les éléments standards du HTML comme les paragraphes, les titres, les listes, etc.
== Ordre d'interprétation des styles et cascade ==
=== Cascade de styles ===
Dans le cas où plusieurs feuilles de styles sont utilisées dans la même page web, les règles CSS sont construites au fur et à mesure de la lecture de chacune d'entre elles, dans l'ordre mentionné des feuilles de styles. Ainsi si des règles contradictoires apparaissent dans les styles, c'est la dernière règle lue qui prime.
Considérons par exemple les scripts CSS ''styles.css'' et ''couleurs.css'' suivants :
<syntaxhighlight lang="css">
/* styles.css */
p {
color: black;
}
</syntaxhighlight>
<syntaxhighlight lang="css">
/* couleurs.css */
p {
color: gray;
}
</syntaxhighlight>
Les textes des paragraphes seront de couleur grise si ces styles sont importés de cette manière :
<syntaxhighlight lang="css">
@import "styles.css";
@import "couleurs.css";
</syntaxhighlight>
alors qu'ils seraient noir en inversant l'ordre d'importation des feuilles de styles. Il faut donc veiller à ne pas dupliquer des règles dans des fichiers CSS différents sous risque de casse-tête par la suite. L'intérêt de cette spécificité de cascade est que les styles par défaut du navigateur sont toujours écrasés par les styles de la page web, lesquels peuvent à nouveau être écrasés par les styles de l'utilisateur lorsque le navigateur le permet. Ainsi si l'utilisateur visite régulièrement un site écrit trop petit, il peut définir une règle agrandissant la police pour ce site.
Remarques :
* toutes les méthodes de déclaration des CSS interviennent dans la cascade lorsqu'elles sont mélangées dans la même page HTML
* la cascade ne s'applique que lorsque c'est exactement le même sélecteur qui est employé ou, bien sûr, un sélecteur de priorité supérieure (lire la suite).
=== Priorité des règles ===
Afin d'éviter que le style d'une partie précise du document (par exemple le menu) ne soit facilement modifié par une règle assez générale comme celle du paragraphe précédent, il existe la notion de priorité des règles. Ainsi dans la cascade, une règle apparaissant postérieurement ne peut modifier un style que si sa priorité est égale ou supérieure.
Considérons la feuille de styles suivante dans laquelle nous souhaitons que les titres du menu n'aient pas la même couleur que les titres du texte :
<syntaxhighlight lang="css">
h1, h2, h3 {
color: darkblue;
}
div#menu h1 {
color: navy;
}
</syntaxhighlight>
Le code HTML correspondant serait :
<syntaxhighlight lang="html"><div id="page">
<h1>Titre de la page</h1>
<p>...</p>
</div>
<div id="menu">
<h1>Section de menu</h1>
<ul>
<li>Entrée de menu 1</li>
...
</ul>
</div></syntaxhighlight>
Nous supposons ici que les éléments du menu sont tous contenus dans un unique bloc parent, un élément ''div'' d'identifiant ''menu''. Que se passerait-il si une feuille de styles importée par la suite modifiait à nouveau la couleur des éléments de titre HTML par un « <code>h1 {color: black}</code> » ? Rien !
==== Ordre des spécificités des règles ====
Il est évident dans l'exemple précédent que les titres du menu ne doivent pas être traités comme les autres titres. Aussi, plus le sélecteur d'élément est en quelque sorte ''précis'' dans sa cible, plus sa priorité est importante. La précision du sélecteur est appelé ''spécificité'' dans le jargon CSS. L'ordre des spécificités est le suivant, de la moins prioritaire à la plus prioritaire :
# élément HTML, par exemple « <code>h1 {color: black}</code> » (vaut 1 point de priorité).
# imbrication d'éléments, par exemple « <code>div h1 {color: black}</code> » (vaut 2 points de priorité, un par élément présent dans le sélecteur)
# utilisation d'une classe, par exemple « <code>h1.noir {color: black}</code> » (vaut 11 points de priorité : 1 pour l'élément, 10 pour la classe)
# utilisation d'un identifiant, par exemple « <code>h1#nom-du-site {color: black}</code> » (vaut 101 points de priorité : 1 pour l'élément, 100 pour l'identifiant)
# style dans la balise HTML, par exemple « <code><nowiki><h1 style="color: black">...</h1></nowiki></code> » (vaut 1000 points de priorité)
Un style de moindre priorité ne peut jamais modifier un style de priorité plus élevée. Il existe cependant un moyen de déroger à cette règle : la mention <code>!important</code>. Cette mention s'insère juste derrière une valeur de propriété CSS et indique au navigateur qu'il ne faut pas tenir compte de styles contradictoires par la suite. Elle s'utilise de cette manière :
<syntaxhighlight lang="css">
p {
color: gray !important;
}
</syntaxhighlight>
==== Calcul de spécificité ====
Le calcul de la spécificité d'une règle se fait en allant des éléments les plus spécifiques vers les moins spécifiques. À chaque pas, le décompte du nombre de sélecteurs correspondant à la spécificité indique le niveau de priorité. En effet, il est normal que :
div#page p em
soit plus spécifique que :
div#page em
mais moins que :
div#page p em.rouge
Ainsi lorsque l'on parcourt les différentes spécificités dans l'ordre décroissant, on obtient :
* « <code>div#page</code> » qui met tout le monde à égalité
* « <code>em.rouge</code> » qui indique que la dernière règle est prioritaire
* « <code>p em</code> » qui place la première en priorité 2
* « <code>em</code> » qui place la deuxième en dernière priorité
En corollaire, ceci signifie qu'il vaut toujours mieux '''utiliser le moins possible de sélecteurs''' pour simplifier l'ajout de règles plus spécifiques. Par exemple dans le code html suivant :
<syntaxhighlight lang="html">
<div id="page">
<p> ...
<ul>
<li> <a>...</li>
...
</ul>
</p>
</div>
</syntaxhighlight>
le style des liens ''A'' doit vraisemblablement être spécifié en partant d'une règle simple comme « <code>div#page a</code> » plutôt que « <code>div#page p ul li a</code> » d'emblée. C'est seulement si d'autres liens apparaissent dans la page en dehors des listes que l'on utilisera « <code>div#page li a</code> », et ainsi de suite.
== Déclaration de variable ==
Pour éviter de modifier en masse une valeur utilisée à plusieurs endroits, il est possible de la stocker dans une variable, qui sera appelée avec la fonction <code>var()</code><ref>https://developer.mozilla.org/fr/docs/Web/CSS/var</ref>.
Actuellement, on ne peut déclarer que des variables pour les couleurs. Pas pour les tailles, les polices, ...
Exemple :
<syntaxhighlight lang="css">
:root {
--my-super-custom-color: #f6f6f6;
}
#page1 {
background-color: var(--my-super-custom-color);
}
#page2 {
background-color: var(--my-super-custom-color);
}
</syntaxhighlight>
Il est possible de spécifier une valeur par défaut au cas où la variable ne serait pas définie :
Exemple :
<syntaxhighlight lang="css">
#page1 {
background-color: var(--my-super-custom-color, #222222);
}
</syntaxhighlight>
La valeur par défaut ne peut pas être une autre variable ; un contournement consiste à imbriquer les <code>var</code> :
<syntaxhighlight lang="css">
.section
{
background-color: var(--couleur-fond-section, var(--couleur-fond-principal, #222222));
}
</syntaxhighlight>
oarr9fng87zsqr46h6o7ubdbhbbj70d
Méditations métaphysiques/Première méditation : Des choses que l'on peut révoquer en doute
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766554
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2026-05-15T07:45:14Z
PandaMystique
119061
/* Modification via Scriptorium */
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wikitext
text/x-wiki
{| style="width: 100%; border-top: 3px solid #3366cc; border-bottom: 1px solid #ddd; background: #fafafa; margin: 1em 0; font-size: 90%;"
|-
| style="padding: 8px 12px;" | ← [[Méditations métaphysiques|Sommaire]]
| style="padding: 8px 12px; text-align: center;" | René Descartes, '''''[[Méditations métaphysiques]]'''''<br />'''[[Méditations métaphysiques/Première méditation : Des choses que l'on peut révoquer en doute|<big>Première méditation</big> :<br />Des choses que l'on peut révoquer en doute]]'''
| style="padding: 8px 12px; text-align: right;" | [[Méditations métaphysiques/Méditation seconde : De la nature de l'esprit humain ; et qu'il est plus aisé à connaître que le corps|Méditation II]] →
|}
La Première Méditation constitue l'ouverture du chef-d'œuvre métaphysique de Descartes et pose les fondations de tout l'édifice philosophique qui suivra. Son titre, « Des choses que l'on peut révoquer en doute », annonce d'emblée le projet : il ne s'agit pas d'établir des vérités, mais de mettre à l'épreuve tout ce que l'on tient pour vrai. Cette méditation inaugure ce qu'on appellera le « doute méthodique » ou « doute hyperbolique », une démarche philosophique novatrice dont l'influence sur l'ensemble de la philosophie moderne est considérable.
Le projet cartésien doit être situé dans son contexte intellectuel. Au {{sc|xvii}}<sup>e</sup> siècle, la science nouvelle (celle de Galilée et de Kepler) ébranle les certitudes héritées de la scolastique médiévale. Face à ce bouleversement des savoirs traditionnels, Descartes entreprend de refonder l'ensemble des connaissances humaines sur des fondements absolument certains. La Première Méditation en représente le moment négatif, destructeur : avant de reconstruire, il faut d'abord faire table rase.
La structure argumentative de cette méditation est remarquablement rigoureuse. Elle procède par étapes successives, chaque niveau de doute englobant et dépassant le précédent. On peut distinguer cinq moments principaux : l'exposition du projet (§ 1-2), le doute portant sur les sens (§ 3-4), l'argument du rêve (§ 5-7), la distinction entre sciences composées et sciences simples (§ 8-9), et enfin l'hypothèse du Dieu trompeur puis du malin génie (§ 10-14). Cette progression conduit à une suspension totale du jugement, préparant ainsi le terrain pour la découverte du ''cogito'' dans la Seconde Méditation.
== I. Le projet de refondation du savoir (§ 1-2) ==
=== A. La genèse autobiographique du doute ===
==== 1. L'incipit des ''Méditations'' : une ouverture singulière ====
<blockquote>
« Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j'avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables, et que ce que j'ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain. »
</blockquote>
La Première Méditation s’ouvre sur cet aveu : un sujet découvre rétrospectivement que son éducation et ses premières habitudes de pensée ont mêlé le vrai et le faux, et que tout ce qui a été construit sur cette base chancelle. Hegel a fait de cet incipit un jalon majeur de la philosophie moderne. Commentant ce passage, il écrit que, lorsqu’on remonte l’histoire de la philosophie ancienne et médiévale jusqu’à Descartes, on se sent « comme un marin sur une mer agitée qui peut enfin crier “Terre !” »<ref>G. W. F. Hegel, ''Vorlesungen über die Geschichte der Philosophie'', vol. 3, Francfort, Suhrkamp, 1971 ; trad. anglaise : ''Lectures on the History of Philosophy'', vol. 3, trad. Haldane et Simson, Londres, Kegan Paul, 1896. Cité par Charles Larmore, « The First Meditation: skeptical doubt and certainty », dans David Cunning (dir.), ''The Cambridge Companion to Descartes' Meditations'', Cambridge University Press, 2014, p. 48.</ref>. Il faut toutefois éviter de prêter à Descartes, dès cette première page, une thèse déjà fixée sur la fausseté de toutes ses opinions : ce qu’il inaugure, c’est une discipline du jugement. Le doute cartésien ne consiste pas à remplacer des croyances par leur contraire, mais à suspendre l’assentiment partout où une raison de douter est disponible, afin de ne conserver, à terme, que ce qui résiste. Dans cette perspective, Descartes met provisoirement entre parenthèses ce qui vient des sens, puis étend l’épreuve jusqu’aux certitudes les plus générales en envisageant, à titre d’hypothèse, un Dieu trompeur ou un malin génie : non pour « rejeter » Dieu, mais pour tester si la garantie divine est déjà requise, ou si la pensée peut d’abord trouver en elle-même un point d’appui qui ne présuppose rien.
Cette ouverture frappe aussi par sa singularité de ton. Là où beaucoup de traités commencent par des définitions ou des principes, Descartes part d’un constat à la première personne : « je me suis aperçu ». Le philosophe ne parle ni de l’homme en général ni d’une condition humaine abstraite ; il évoque une histoire intellectuelle située, une prise de conscience datable, et il invite le lecteur à entrer dans le mouvement même de cette conversion. Cette dimension autobiographique n’a donc rien d’un simple ornement : elle fait partie de la méthode. Le savoir à fonder doit être mien au sens le plus strict, c’est-à-dire assumé dans l’acte même où je juge, plutôt que reçu par imitation, par tradition ou par déférence.
Pourquoi ce choix ? Comme l’observe Charles Larmore dans son analyse de la Première Méditation, le « je » des ''Méditations'' n’est pas seulement René Descartes ; c’est un méditant exemplaire, une figure que chaque lecteur est invité à endosser<ref>Charles Larmore, « The First Meditation: skeptical doubt and certainty », dans David Cunning (dir.), ''The Cambridge Companion to Descartes' Meditations'', Cambridge University Press, 2014, p. 48-68. Voir également du même auteur : « Descartes and skepticism », dans Stephen Gaukroger (dir.), ''The Blackwell Guide to Descartes' Meditations'', Oxford, Blackwell, 2006, p. 17-29.</ref>. L’autobiographie devient alors une mise en situation : ce que Descartes raconte de lui-même, chacun peut être amené à le reconnaître en soi. La découverte de l’erreur n’apparaît plus comme une mésaventure individuelle ; elle prend la forme d’une expérience typique, attachée à notre manière ordinaire d’apprendre, de croire et de nous fier aux apparences. En ce sens, l’ouverture des ''Méditations'' ne propose pas une confession intime : elle institue une position de lecture, et fait de la vigilance envers ses propres raisons de croire la condition d’un commencement véritable.
==== 2. Le diagnostic : l'erreur comme condition structurelle de l'enfance ====
L’expression « dès mes premières années » (''ineunte ætate'' en latin) est décisive. Elle situe l’origine de l’erreur non dans un accident isolé, mais dans l’économie même de notre développement intellectuel. L’enfance n’est pas seulement une période de la vie ; c’est le moment où se forment des habitudes de jugement qui, une fois installées, deviennent difficiles à déraciner.
Descartes explicite cette analyse dans les ''Principes de la philosophie'' (I, 71-73)<ref>Descartes, ''Principia philosophiae'', I, art. 71-74, AT VIII-A, p. 35-37. Voir Gary Hatfield, ''Descartes and the Meditations'', Londres, Routledge, 2003, p. 89-90.</ref>. L’idée directrice n’est pas que l’enfant serait “moins intelligent”, mais que son esprit est d’abord étroitement lié au corps et aux sens : il vit dans l’urgence des besoins, il se règle sur ce qui affecte, attire, repousse, fait plaisir ou fait mal. Or cette situation produit des erreurs typiques, non parce que l’enfant ment ou raisonne mal, mais parce qu’il juge trop vite, avec des instruments encore mal réglés.
En premier lieu, l’enfant forme des jugements spontanés à partir de ses sensations. Il croit naturellement que les qualités qu’il éprouve — couleurs, sons, saveurs, chaleur, froid — existent dans les choses telles qu’il les ressent. Descartes vise ici ce qu’on peut appeler une thèse de la ressemblance : nous prêtons aux objets extérieurs des propriétés qui “correspondraient” à nos sensations, comme si l’expérience sensible était une copie fidèle des choses<ref>Descartes, ''Meditationes'', VI, AT VII, p. 82 ; ''Principia philosophiae'', I, art. 71, AT VIII-A, p. 35. Cf. Gary Hatfield, ''Descartes and the Meditations'', op. cit., p. 269-270.</ref>. Or, pour Descartes, cette projection est trompeuse : ce que nous appelons couleur ou saveur n’est pas une qualité “dans” la chose au même sens que l’étendue ou la figure, mais un effet produit en nous par l’action des corps sur nos organes et, par leur intermédiaire, sur l’esprit. Autrement dit, l’erreur ne vient pas du fait que nous sentons, mais du fait que nous transformons sans examen ce sentir en jugement sur la constitution des choses.
En second lieu, l’enfant tend à croire que seul est réel ce qui est sensible. Comme il se rapporte principalement à ce qui peut nourrir, blesser, protéger ou menacer, il ne donne de consistance qu’aux objets qui tombent sous les sens. Ce qui n’est pas perceptible lui paraît vide, et cette habitude peut persister à l’âge adulte : on finit alors par tenir pour “réel” seulement ce qui est corporel et mesurable, ce qui rend plus difficile la pensée d’êtres immatériels, comme l’âme ou Dieu<ref>Descartes, ''Principia philosophiae'', I, art. 73, AT VIII-A, p. 37.</ref>.
En troisième lieu, et c’est un mécanisme crucial, l’enfant devenu adulte oublie la genèse de ses opinions. Les croyances prises autrefois “sur parole” ou “par entraînement” se présentent ensuite comme des évidences naturelles. Descartes formule explicitement ce phénomène dans les ''Principes'' : dès l’enfance, l’esprit s’est trouvé envahi par des opinions préconçues, puis, en oubliant qu’elles avaient été adoptées sans examen suffisant, il les a tenues pour vraies et manifestes (AT VIII-A, 36)<ref>Descartes, ''Principia philosophiae'', I, art. 71, AT VIII-A, p. 36. Trad. adaptée.</ref>. L’oubli n’est donc pas un détail psychologique : il explique pourquoi l’erreur résiste, pourquoi les préjugés se déguisent en certitudes.
C’est ici qu’il faut être attentif au niveau d’interprétation. On peut être tenté de rapprocher cette analyse des réflexions ultérieures sur les conditionnements sociaux et les mécanismes de croyance collectifs. La comparaison est éclairante si on la formule prudemment : chez Descartes, l’éducation, le langage, l’autorité des maîtres, les usages partagés fournissent effectivement une grande partie du matériau des opinions, et l’enfance est le moment où ces contenus s’enracinent sans contrôle. Mais il ne faut pas faire comme si Descartes proposait déjà une théorie sociale complète des croyances : son objectif, ici, est d’expliquer pourquoi des erreurs “ordinaires” prennent l’allure d’évidences, afin de justifier la nécessité d’un doute méthodique qui ne s’attaque pas seulement à des fautes individuelles, mais aux opinions reçues et stabilisées par l’habitude.
==== 3. Les quatre causes de l'erreur selon Descartes ====
Dans les ''Principes de la philosophie'' (I, 71-74), Descartes systématise son analyse en identifiant quatre causes principales de nos erreurs<ref>Descartes, ''Principia philosophiae'', I, art. 71-74, AT VIII-A, p. 35-37. Voir l'analyse de Gary Hatfield, ''Descartes and the Meditations'', op. cit., p. 89-90.</ref>. Cette classification éclaire rétrospectivement le diagnostic posé dans l'incipit des ''Méditations''.
La première cause est précisément celle que nous venons d'examiner : « les opinions préconçues de l'enfance » (''præjudicia pueritiae''). C'est la cause fondamentale, celle dont découlent les autres. Parce que nous avons formé des jugements irréfléchis dans l'enfance, nous partons avec un capital de croyances fausses qui orientent toute notre pensée ultérieure.
La deuxième cause est « l'impossibilité d'oublier ces opinions préconçues ». Même si nous reconnaissons intellectuellement que ces croyances sont douteuses, elles continuent à exercer leur emprise sur notre esprit. Elles reviennent spontanément, occupent notre pensée, résistent à nos efforts pour les écarter. Descartes reviendra sur ce point à la fin de la Première Méditation, quand il décrira la difficulté de maintenir le doute face à la force des anciennes opinions.
La troisième cause est « la fatigue que nous éprouvons quand nous devons nous appliquer à des choses qui ne sont pas présentes aux sens ». La pensée purement intellectuelle, détachée de toute image sensible, est difficile et épuisante. Nous avons une tendance naturelle à nous appuyer sur des représentations sensibles, à chercher des « béquilles » imaginatives. Cette tendance nous détourne de la connaissance des vérités métaphysiques, qui ne peuvent être saisies que par l'intellect pur.
La quatrième cause est « l'attachement de nos concepts à des mots qui ne correspondent pas exactement aux choses ». Le langage ordinaire véhicule les préjugés de l'enfance et de la tradition. Quand nous utilisons des mots comme « voir », « sentir », « percevoir », nous présupposons des théories implicites sur le fonctionnement de nos facultés. Ces théories sont souvent fausses, mais le langage les rend invisibles. La Seconde Méditation s'attaquera notamment à cette cause d'erreur en montrant que ce que nous appelons « voir » la cire est en réalité un acte de l'intellect<ref>Descartes, ''Meditationes'', II, AT VII, p. 31-32 ; AT IX-1, p. 25. Cf. Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', Paris, Aubier, 1953, t. I, p. 131-136.</ref>.
Ces quatre causes forment un système : les préjugés de l'enfance (1) persistent parce que nous ne pouvons pas les oublier (2), parce que la pensée intellectuelle nous fatigue (3), et parce que le langage les entretient (4). Pour s'en libérer, il ne suffit pas de les critiquer une par une ; il faut une révolution intellectuelle qui transforme notre rapport aux sens, à l'imagination et au langage.
==== 4. La métaphore architecturale : fondements et édifice ====
<blockquote>
« [...] et que ce que j'ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain [...] »
</blockquote>
La métaphore architecturale qui traverse tout ce passage est l'une des plus célèbres de l'histoire de la philosophie. Les opinions sont des « fondements » (''fundamenta'') ; le savoir est un « édifice » (''ædificium'') construit sur ces fondements. Si les fondements sont « mal assurés » (''male firmata''), tout l'édifice est « douteux et incertain ».
Cette métaphore a une longue histoire. On la trouve déjà chez les Anciens, et elle est particulièrement développée dans le ''Discours de la méthode'' (AT VI, 13-14), où Descartes compare le travail du philosophe à celui d'un architecte qui doit d'abord démolir un bâtiment mal construit avant d'en rebâtir un nouveau sur des fondations solides.
Comme le souligne Edwin Curley dans son analyse du ''cogito'' et des fondements de la connaissance, cette métaphore implique une conception fondationnaliste du savoir<ref>Edwin Curley, ''Descartes Against the Skeptics'', Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1978, p. 31-35. Voir également du même auteur « The cogito and the foundations of knowledge », dans Stephen Gaukroger (dir.), ''The Blackwell Guide to Descartes' Meditations'', op. cit., p. 30-47.</ref>. Selon cette conception, certaines de nos croyances reposent sur d'autres, et celles-ci sur d'autres encore, jusqu'à des croyances « de base » (''basic beliefs'') qui ne reposent sur rien d'autre. Ces croyances de base sont les « fondements » ; les croyances qui en dérivent forment la « superstructure ». L'ensemble n'est solide que si les fondements le sont.
Cette conception fondationnaliste a été vigoureusement critiquée dans la philosophie contemporaine. Des penseurs comme Quine ont soutenu que nos croyances forment un « réseau » ou une « toile » (''web'') plutôt qu'un édifice : chaque croyance est soutenue par d'autres, mais aucune n'est absolument « fondamentale ». D'autres, comme Wittgenstein, ont contesté l'idée même qu'il faille « justifier » nos croyances de base.
Cependant, comme le note Charles Larmore, il serait injuste de critiquer Descartes sans tenir compte du contexte intellectuel de son époque<ref>Charles Larmore, « The First Meditation », dans David Cunning (dir.), ''The Cambridge Companion to Descartes' Meditations'', op. cit., p. 50-51 : « The complaint fails to do justice to the intellectual context. Foundationalist notions were already well ensconced. The idea that all knowledge rests upon the senses pervaded the thinking of the time, most notably in the Scholastic establishment. Descartes was not injecting a foundationalist view of knowledge where none had been before, but rather seeking to replace the reigning form with another. »</ref>. L'idée que toute connaissance repose sur les sens était profondément ancrée dans la pensée scolastique. L'adage aristotélicien « il n'y a rien dans l'intellect qui n'ait d'abord été dans les sens » (''nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu'') dominait l'enseignement philosophique<ref>Aristote, ''De anima'', III, 8, 432a7-8 ; Thomas d'Aquin, ''De veritate'', q. 2, a. 3, arg. 19. Voir Charles Larmore, « The First Meditation », op. cit., p. 51.</ref>. En attaquant les « fondements » sensibles de la connaissance, Descartes s'attaque à cette tradition et prépare une nouvelle conception du savoir fondée sur l'intellect pur.
==== 5. Le constat d'erreur et ses implications ====
Le constat formulé par Descartes — « j'avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables » — mérite une analyse attentive. Plusieurs éléments sont remarquables.
Premièrement, les opinions sont « reçues » (''admisi''), non découvertes ou inventées. Le vocabulaire de la réception souligne la passivité de l'enfant face aux croyances qui lui sont transmises. Nous n'avons pas choisi nos premières opinions ; elles nous ont été imposées par notre éducation, notre milieu, notre culture. Cette passivité initiale est précisément ce que le doute méthodique doit renverser : il s'agit de passer d'une relation passive aux croyances (les recevoir) à une relation active (les examiner, les accepter ou les rejeter).
Deuxièmement, ces opinions sont « fausses » (''falsa''), mais elles ont été tenues pour « véritables » (''pro veris''). L'erreur n'est pas simplement d'avoir des croyances fausses ; c'est de les tenir pour vraies, de leur accorder notre assentiment. La confusion entre le faux et le vrai est le mal épistémique par excellence. Elle ne se réduit pas à l'ignorance (ne pas savoir) ; elle implique une erreur positive (croire savoir ce qu'on ne sait pas).
Troisièmement, l'erreur est massive : il s'agit d'une « quantité » (''quam multa'') de fausses opinions, non de quelques erreurs isolées. Descartes ne suggère pas que nous nous sommes trompés sur un ou deux points ; il suggère que l'ensemble de notre système de croyances est contaminé. C'est pourquoi une révision partielle ne suffira pas : il faut une révision radicale, un doute « général ».
Quatrièmement, ces opinions fausses ont servi de « principes » (''principia'') pour des constructions ultérieures. L'erreur s'est propagée : sur la base de croyances fausses, nous avons élaboré des théories, tiré des conséquences, construit un « édifice » de savoir. Cet édifice peut sembler impressionnant, mais il est bâti sur du sable. La métaphore architecturale prend ici tout son sens : un gratte-ciel aux fondations fragiles s'effondrera tôt ou tard.
==== 6. Le statut du « je » dans les ''Méditations'' ====
Une question importante se pose : qui est le « je » qui médite ? Cette question, apparemment simple, a fait l'objet de nombreuses discussions dans la littérature secondaire.
Une première lecture identifie le « je » à Descartes lui-même. Les ''Méditations'' seraient alors une autobiographie intellectuelle, le récit d'une expérience personnelle que le philosophe partagerait avec ses lecteurs. Cette lecture s'appuie sur le style personnel du texte et sur certaines indications biographiques (l'âge mûr, la retraite en Hollande, etc.).
Une deuxième lecture, défendue notamment par Gary Hatfield, distingue le « je » du texte de la personne historique de Descartes. Le méditant est un personnage, un « débutant en philosophie » (''qui modo primum philosophari incipit'', comme l'écrit Descartes dans l'Entretien avec Burman) dont les opinions ne sont pas nécessairement celles de l'auteur<ref>Gary Hatfield, ''Descartes and the Meditations'', op. cit., p. 40 et 89 : « Descartes described the meditator as a beginner who must overcome the prejudices of childhood. » Cf. Descartes, ''Entretien avec Burman'', AT V, p. 146.</ref>. Descartes, au moment où il écrit les ''Méditations'', possède déjà sa métaphysique ; le méditant, lui, doit la découvrir. Les doutes de la Première Méditation ne sont pas les doutes de Descartes, mais les doutes que doit traverser quiconque veut atteindre la vérité métaphysique.
Une troisième lecture, proposée par Jorge Secada, va plus loin encore. Le « je » des ''Méditations'' n'est ni Descartes ni un personnage fictif ; c'est le lecteur lui-même. Le texte est conçu pour que le lecteur s'y reconnaisse, endosse le rôle du méditant, et effectue pour son propre compte le parcours décrit<ref>Jorge Secada, « God and meditation in Descartes' ''Meditations on First Philosophy'' », dans Karen Detlefsen (dir.), ''Descartes' Meditations: A Critical Guide'', Cambridge University Press, 2012, p. 201-202 : « Descartes hoped that readers of his meditations would actually be meditators living through the meditative process, a transformative process (7: 34, and 162–63). The ''Meditations'' does not describe this undertaking; rather, it aims to become the expression of the reader's own transformation. »</ref>. Comme le note Secada, Descartes espérait que les lecteurs de ses méditations seraient véritablement des « méditants » vivant le processus de transformation, non des spectateurs passifs. Les ''Méditations'' ne décrivent pas une expérience ; elles cherchent à devenir l'expression de la transformation du lecteur lui-même.
Cette ambiguïté du « je » est philosophiquement féconde. Elle permet à Descartes d'écrire un texte à la fois personnel et universel, autobiographique et exemplaire. Chaque lecteur peut reconnaître en lui-même les « préjugés de l'enfance » et la nécessité de s'en défaire. L'autobiographie devient ainsi le modèle d'une expérience que chacun doit vivre pour son propre compte.
==== 7. Le « je » face à la tradition : préjugés individuels et préjugés collectifs ====
Les « fausses opinions » dont parle Descartes ne sont pas seulement des erreurs personnelles ; ce sont aussi, et peut-être surtout, des erreurs culturellement transmises. En ce sens, le doute cartésien a une portée qui dépasse l'individu.
Comme le souligne Hatfield, les « préjugés de l'enfance » décrits par Descartes correspondent en grande partie aux thèses de la philosophie aristotélicienne dominante à son époque<ref>Gary Hatfield, ''Descartes and the Meditations'', op. cit., p. 89-90 : « Although Descartes described the meditator as a beginner who must overcome the prejudices of childhood, he knew full well that such "prejudices" included many tenets of Aristotelian metaphysics and epistemology. »</ref>. L'idée que toute connaissance vient des sens, la thèse de la ressemblance entre nos sensations et les qualités des objets, la conception de l'intellect comme une faculté qui « abstrait » des formes à partir des images sensibles — toutes ces doctrines scolastiques sont, pour Descartes, des « préjugés » qui se sont enracinés dans l'enfance de l'humanité comme dans celle de chaque individu.
Le doute méthodique a donc une double cible : les préjugés individuels (ceux que chacun a formés dans sa propre enfance) et les préjugés collectifs (ceux que la tradition philosophique a accumulés au cours des siècles). C'est pourquoi Descartes, dans ''La Recherche de la vérité'' (ouvrage rédigé à la même époque que les ''Méditations''), met en scène un dialogue entre Eudoxe (son porte-parole), Épistémon (un philosophe aristotélicien) et Polyandre (un homme de bon sens sans formation philosophique)<ref>Descartes, ''La Recherche de la vérité par la lumière naturelle'', AT X, p. 495-527. Cf. Gary Hatfield, ''Descartes and the Meditations'', op. cit., p. 89.</ref>. Le doute doit convaincre à la fois le savant et l'ignorant, le philosophe et le profane.
Cette dimension polémique du doute cartésien a parfois été sous-estimée. Les ''Méditations'' ne sont pas seulement un exercice de purification intellectuelle ; elles sont aussi une machine de guerre contre la tradition scolastique. Dans une lettre à Mersenne du 28 janvier 1641, Descartes révèle ses intentions : « Ces six Méditations contiennent tous les fondements de ma physique. Mais il ne faut pas le dire, s'il vous plaît, car ceux qui favorisent Aristote feraient peut-être plus de difficulté de les approuver » (AT III, 298)<ref>Descartes à Mersenne, 28 janvier 1641, AT III, p. 298 ; CSMK, p. 173. Cité par Charles Larmore, « The First Meditation », op. cit., p. 51.</ref>. En invitant chacun à refaire pour son compte l'examen de ses croyances, Descartes sape l'autorité de la tradition et instaure un nouveau critère de vérité : non plus l'accord avec les Anciens, mais l'évidence à l'esprit individuel.
==== 8. La résolution et ses enjeux ====
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« [...] de façon qu'il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j'avais reçues jusques alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences. »
</blockquote>
Le passage du constat à la résolution marque un tournant décisif. Descartes ne se contente pas de déplorer la situation ; il annonce un projet : « me défaire de toutes les opinions » et « commencer tout de nouveau dès les fondements ».
Le vocabulaire de la rupture est frappant. « Me défaire » (''everti'') suggère un arrachement, une séparation violente. « Toutes les opinions » (''omnia'') indique l'universalité du projet : rien ne sera épargné. « Commencer tout de nouveau » (''denuo inchoandum'') évoque une table rase, un recommencement absolu. « Dès les fondements » (''a primis fundamentis'') précise le lieu de ce recommencement : il faut descendre jusqu'aux principes premiers.
Cette résolution soulève une objection évidente : est-il possible de « se défaire » de toutes ses opinions ? Un être pensant peut-il se vider entièrement de ses croyances et repartir de zéro ? Certains critiques ont vu là une impossibilité de principe : on ne peut pas douter de tout, car le doute lui-même présuppose certaines croyances (par exemple, la croyance qu'on peut distinguer le vrai du faux).
Descartes anticipe partiellement cette objection dans la suite du texte. Il ne s'agit pas de « prouver » que toutes les opinions sont fausses (ce serait impossible), mais de les traiter comme si elles étaient fausses, de leur retirer provisoirement notre assentiment. Le doute n'est pas un état cognitif (ne plus croire à rien), mais une décision méthodologique (traiter comme faux ce qui n'est pas absolument certain)<ref>Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 33-34 : « il faut frapper de doute tout ce qui n'est pas certain d'une certitude absolue, et, d'autre part, il faut absolument exclure de nous tout ce qui est frappé de ce doute ».</ref>.
La finalité de cette entreprise est explicitement énoncée : « établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences ». Le but n'est pas le scepticisme, mais la certitude. Le doute est un moyen, non une fin. Il sert à identifier ce qui résiste au doute et peut donc servir de fondement solide. Comme l'a souvent répété Descartes, il utilise les armes des sceptiques, mais contre le scepticisme lui-même.
Cette finalité positive distingue radicalement Descartes des sceptiques pyrrhoniens. Pour Pyrrhon et ses disciples, la suspension du jugement (''epochè'') était une fin en soi, censée procurer la tranquillité de l'âme (''ataraxia''). Pour Descartes, la suspension du jugement est provisoire ; elle doit déboucher sur des certitudes nouvelles, plus solides que les anciennes. Le doute cartésien est constructif ; il prépare une reconstruction.
==== 9. L'analogie des pommes gâtées ====
Dans les ''Septièmes Réponses'' (AT VII, 481), Descartes propose une analogie éclairante pour justifier son projet de doute universel. Supposons, dit-il, qu'on ait un panier plein de pommes et qu'on craigne que certaines soient gâtées. Comment procéder ? La méthode prudente consiste à vider entièrement le panier, à examiner chaque pomme une par une, et à ne remettre dans le panier que celles qui sont saines<ref>Descartes, ''Responsiones VII'', AT VII, p. 481 (réponse à Bourdin). Cf. Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 33.</ref>.
Cette analogie répond à une objection naturelle : pourquoi douter de tout, plutôt que d'examiner ses croyances une par une et de corriger seulement celles qui s'avèrent fausses ? Descartes répond que les croyances fausses peuvent être « cachées » parmi les vraies, comme les pommes gâtées parmi les saines. Si on laisse une pomme gâtée dans le panier, elle risque de contaminer les autres. De même, si on laisse une croyance fausse parmi nos opinions, elle risque de corrompre l'ensemble de notre système de pensée.
L'analogie suggère aussi que le tri ne peut se faire qu'après le renversement. Tant que les pommes sont dans le panier, empilées les unes sur les autres, on ne peut pas les examiner correctement. Il faut d'abord les sortir toutes, les étaler devant soi, puis les réintroduire une par une après examen. De même, tant que nos croyances forment un système cohérent (en apparence), il est difficile d'identifier les erreurs. Il faut d'abord suspendre l'adhésion à toutes, puis réexaminer chacune à la lumière de critères rigoureux.
==== 10. Le fondationnalisme cartésien en question ====
L'incipit des ''Méditations'' engage Descartes dans une conception fondationnaliste de la connaissance. Selon cette conception, certaines croyances sont « de base » (elles ne dépendent d'aucune autre) et d'autres sont « dérivées » (elles dépendent des croyances de base). Le système des connaissances est hiérarchique : il y a des « fondements » et une « superstructure », des « principes » et des « conséquences ».
Cette conception a été vigoureusement débattue dans la philosophie contemporaine. Plusieurs objections ont été formulées :
L'objection de la régression infinie : si toute croyance doit être justifiée par une autre, on entre dans une régression à l'infini. Pour l'éviter, il faut admettre des croyances « auto-justifiées » qui n'ont pas besoin d'être fondées sur d'autres. Mais existe-t-il de telles croyances ?
L'objection du critère : comment identifier les croyances « de base » ? Par quel critère distinguer un fondement d'une superstructure ? Ce critère ne doit-il pas lui-même être fondé ?
L'objection de la circularité : si les croyances de base sont celles qui sont « évidentes », et si l'évidence est ce qui caractérise les croyances de base, on tourne en rond.
L'objection holiste : peut-être nos croyances ne forment-elles pas une hiérarchie, mais un réseau où chaque croyance est soutenue par d'autres et en soutient d'autres à son tour. Dans ce cas, il n'y aurait pas de « fondements » absolus<ref>Sur ces objections, voir Bernard Williams, ''Descartes: The Project of Pure Enquiry'', Harmondsworth, Penguin, 1978, p. 46-49 ; Charles Larmore, « The First Meditation », op. cit., p. 50-51.</ref>.
Descartes, cependant, avait une réponse à ces objections — une réponse qui ne sera pleinement développée que dans les Méditations suivantes. Le ''cogito'' (« je pense, donc je suis ») sera présenté comme une vérité absolument première, qui ne dépend d'aucune autre et qui peut servir de fondement à toutes les autres. Cette vérité est « auto-justifiée » en un sens très particulier : elle est connue par une intuition immédiate de l'esprit, non par une inférence à partir de prémisses antérieures<ref>Voir Edwin Curley, ''Descartes Against the Skeptics'', op. cit., ch. 3 ; Charles Larmore, « The First Meditation », op. cit., p. 59-61.</ref>.
==== 11. Portée philosophique de l'incipit ====
L'incipit des ''Méditations'' a exercé une influence considérable sur toute la philosophie moderne. En posant la question « Comment puis-je savoir que ce que je crois est vrai ? », Descartes inaugure ce que l'on a appelé la « primauté de l'épistémologie ». Avant de s'interroger sur ce qui existe (ontologie) ou sur ce que nous devons faire (éthique), il faut d'abord s'interroger sur ce que nous pouvons connaître et comment nous pouvons le connaître.
Cette primauté de l'épistémologie a été contestée au XXe siècle. Des philosophes comme Heidegger ont soutenu que la question de l'être est plus fondamentale que la question de la connaissance. D'autres, comme les pragmatistes, ont refusé de séparer la théorie de la pratique et ont soutenu que la connaissance est toujours déjà engagée dans l'action. Mais ces critiques elles-mêmes se situent dans l'horizon ouvert par Descartes : elles répondent à la question cartésienne, même si c'est pour la récuser.
L'incipit des ''Méditations'' inaugure aussi ce que l'on pourrait appeler la « philosophie du sujet ». Le point de départ n'est pas le monde, mais le moi qui s'interroge sur le monde. La vérité n'est pas d'abord dans les choses ; elle est d'abord dans l'esprit qui examine les choses. Cette « révolution copernicienne » (pour reprendre l'expression que Kant appliquera à sa propre philosophie) place le sujet connaissant au centre de la réflexion philosophique.
Enfin, l'incipit des ''Méditations'' pose la question de la libération intellectuelle. Comment se défaire des préjugés de l'enfance, des conditionnements de l'éducation, des contraintes de la tradition ? Cette question, posée par Descartes dans un contexte épistémologique, sera reprise dans des contextes politiques (les Lumières, la critique de l'idéologie) et psychologiques (la psychanalyse). L'idée que nous sommes prisonniers de croyances dont nous n'avons pas conscience, et que nous devons nous en libérer par un effort de réflexion critique, est une idée fondamentalement cartésienne.
=== B. Les conditions de possibilité de l'entreprise ===
==== 1. L'exigence de maturité intellectuelle ====
<blockquote>
« Mais cette entreprise me semblant être fort grande, j'ai attendu que j'eusse atteint un âge qui fût si mûr, que je n'en pusse espérer d'autre après lui, auquel je fusse plus propre à l'exécuter ; ce qui m'a fait différer si longtemps, que désormais je croirais commettre une faute, si j'employais encore à délibérer le temps qui me reste pour agir. »
</blockquote>
Ce passage, en apparence simple remarque autobiographique, soulève des questions philosophiques profondes sur les conditions subjectives de l'exercice métaphysique. Descartes ne conçoit pas la méditation philosophique comme une activité accessible à n'importe quel moment de l'existence : elle requiert une préparation, un mûrissement, une disposition particulière de l'esprit.
L'âge requis n'est pas simplement biologique ; il désigne un état de développement intellectuel. Descartes avait environ quarante-quatre ans lors de la rédaction des ''Méditations'' (publiées en 1641), et il avait déjà derrière lui une longue formation scientifique et philosophique, des voyages, des expériences du monde. Comme l'observe Daniel Garber dans son article fondamental « ''Semel in vita'' : The Scientific Background to Descartes' ''Meditations'' », cette exigence de maturité répond à une double nécessité<ref>Daniel Garber, « ''Semel in vita'': The Scientific Background to Descartes' ''Meditations'' », dans Amélie Oksenberg Rorty (dir.), ''Essays on Descartes' Meditations'', Berkeley, University of California Press, 1986, p. 81-116.</ref> :
Premièrement, il faut avoir suffisamment vécu pour avoir fait l'expérience de l'erreur. Celui qui n'a pas encore eu l'occasion de se tromper, ou qui n'a pas pris conscience de ses erreurs, ne peut pas mesurer l'urgence de la révision fondamentale. L'adolescent confiant dans ses premières certitudes n'a pas les motifs existentiels de douter. C'est l'accumulation des mécomptes, des révisions, des désillusions qui crée la disposition au doute méthodique.
Deuxièmement, il faut posséder la force intellectuelle nécessaire pour soutenir l'effort de la méditation. Le doute hyperbolique n'est pas une simple velléité sceptique ; c'est un exercice exigeant qui demande une attention soutenue, une capacité à résister aux tendances spontanées de l'esprit, une discipline mentale comparable à celle de l'ascèse religieuse. Descartes sait que cette force, une fois atteinte, ne fera que décliner : il faut agir au moment où l'on est « le plus propre à l'exécuter ».
La formule « je croirais commettre une faute » (''essem in culpa'') introduit une dimension morale inattendue. Différer davantage l'entreprise serait une négligence coupable, un manquement à un devoir envers soi-même et envers la vérité. Le philosophe qui possède les moyens de refonder le savoir et qui ne le fait pas se rend coupable par omission. Cette responsabilité épistémique anticipe ce que la Quatrième Méditation développera concernant l'erreur comme faute de la volonté.
==== 2. Le ''semel in vita'' : l'unicité de l'expérience métaphysique ====
L'expression latine « ''semel in vita'' » (« une fois dans la vie »), présente dans le texte latin original, mérite une attention particulière. Elle apparaît dès l'ouverture des ''Méditations'' : « ''Animadverti jam ante aliquot annos... ac proinde funditus omnia semel in vita esse evertenda'' » (« J'ai remarqué il y a déjà quelques années... et par conséquent qu'une fois dans ma vie il fallait tout renverser de fond en comble »).
Cette formule a fait l'objet d'analyses approfondies dans la littérature secondaire. Comme le souligne Gary Hatfield dans « The Senses and the Fleshless Eye », le ''semel in vita'' caractérise le doute cartésien comme une expérience unique et non répétable<ref>Gary Hatfield, « The Senses and the Fleshless Eye: The ''Meditations'' as Cognitive Exercises », dans Amélie Oksenberg Rorty (dir.), ''Essays on Descartes' Meditations'', op. cit., p. 45-79. Voir également Gary Hatfield, ''Descartes and the Meditations'', op. cit., p. 40-43.</ref>. Ce n'est pas une attitude permanente de suspension du jugement (comme chez les sceptiques pyrrhoniens), mais un moment méthodologique destiné à produire des résultats définitifs.
Cette unicité s'explique de plusieurs façons :
a) Économie de l'effort métaphysique : La méditation métaphysique est épuisante. Elle exige une tension intellectuelle maximale qui ne peut être maintenue indéfiniment. Descartes conseillera à Élisabeth de Bohême de ne consacrer que « quelques heures par an » aux spéculations métaphysiques (lettre du 28 juin 1643, AT III, 692-693)<ref>Descartes à Élisabeth, 28 juin 1643, AT III, p. 692-693. Cf. Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 29.</ref>. La métaphysique n'est pas une activité quotidienne ; elle est un passage obligé, une ''purgatio'' intellectuelle, après laquelle on peut se consacrer aux sciences particulières avec les fondements assurés qu'elle fournit.
b) Caractère fondationnel de l'entreprise : Si le doute méthodique atteint son but (découvrir un fondement absolument certain), il n'a pas besoin d'être répété. Une fois le ''cogito'' découvert, une fois l'existence de Dieu prouvée et sa véracité établie, l'édifice du savoir est reconstruit sur des bases solides. Recommencer le doute serait inutile, voire nuisible : ce serait défaire ce qui a été solidement établi.
c) Transformation irréversible du sujet : Comme le suggère Jorge Secada dans son analyse des ''Méditations'' comme exercice thérapeutique, le parcours méditatif opère une transformation du méditant<ref>Jorge Secada, « God and meditation », dans Karen Detlefsen (dir.), ''Descartes' Meditations: A Critical Guide'', op. cit., p. 200-201 : « The ''Meditations'' is instead a therapeutic manual. It offers a course of treatment for a cognitive illness inherent to human beings, resulting from the embodiment of the human mind. »</ref>. Celui qui a traversé le doute et atteint la certitude n'est plus le même ; il a acquis une disposition intellectuelle nouvelle, une habitude de clarté et de distinction qui oriente désormais toutes ses pensées. Cette métamorphose ne peut se produire qu'une fois.
==== 3. La mise en scène de la méditation : les trois conditions ====
<blockquote>
« Maintenant donc que mon esprit est libre de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m'appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions. »
</blockquote>
Ce passage constitue ce que l'on pourrait appeler la mise en scène de la méditation philosophique. Descartes ne se contente pas d'énoncer des arguments ; il décrit avec soin le cadre dans lequel ces arguments peuvent être produits et reçus. Cette attention au contexte n'est pas ornementale : elle définit les conditions de possibilité de l'exercice métaphysique.
Trois conditions sont explicitement requises :
===== a) « Mon esprit est libre de tous soins » (''mentem curis omnibus exsolvi'') =====
La première condition est la liberté intérieure, l'affranchissement des préoccupations pratiques. Le terme latin ''curae'' désigne les soucis, les affaires, les occupations qui accaparent l'attention et fragmentent l'esprit. La méditation métaphysique exige une attention unifiée, entièrement tournée vers son objet. Tant que l'esprit est partagé entre différentes préoccupations, il ne peut atteindre le degré de concentration requis.
Cette exigence traduit l'opposition classique entre la vie active (''vita activa'', ''negotium'') et la vie contemplative (''vita contemplativa'', ''otium''). Cette distinction, héritée de l'Antiquité (Aristote, Cicéron, Sénèque) et transmise par la tradition médiévale, est ici réinvestie dans un contexte épistémologique. L'''otium'' philosophique n'est pas l'oisiveté ; c'est le loisir studieux, la disponibilité de l'esprit pour la recherche de la vérité, par opposition au ''negotium'' des affaires mondaines.
Descartes retrouve ainsi, peut-être sans le savoir explicitement, la tradition aristotélicienne selon laquelle la ''theoria'' (contemplation) représente l'activité la plus haute de l'homme, celle qui requiert le plus de loisir et qui est le moins asservie aux nécessités de la vie. Mais il donne à cette tradition une inflexion nouvelle : l'''otium'' cartésien n'est pas permanent ; il est provisoire, méthodique, ordonné à la refondation d'un savoir qui servira ensuite à la vie pratique.
===== b) « Je me suis procuré un repos assuré » (''securum mihi otium procuravi'') =====
La deuxième condition est la sécurité, l'absence de trouble ou de menace. Le terme latin ''securus'' (de ''se-cura'', sans souci) insiste sur l'absence d'inquiétude. Le méditant doit être assuré que rien ne viendra interrompre sa réflexion, que son existence matérielle est pourvue, qu'aucun danger ne le guette.
Cette condition peut sembler triviale, mais elle a une portée philosophique importante. L'inquiétude, l'insécurité, la peur dispersent l'attention et orientent l'esprit vers les choses pratiques, vers les moyens de survie et de protection. Un homme menacé ne peut pas méditer ; il doit agir, fuir, se défendre. La métaphysique suppose une forme de paix qui n'est pas seulement intérieure mais aussi extérieure.
Historiquement, Descartes bénéficiait en 1640-1641 d'une situation relativement stable aux Pays-Bas, où il s'était retiré pour fuir les agitations de la vie parisienne et jouir de la tranquillité nécessaire à ses travaux. Cette retraite hollandaise, avec son mélange de solitude et de correspondance intellectuelle intense, constitue le cadre biographique concret des ''Méditations''.
===== c) « Dans une paisible solitude » (''solus secedo'') =====
La troisième condition est la solitude. Le verbe latin ''secedere'' signifie se retirer, s'éloigner, faire sécession. Le philosophe se soustrait à la société des hommes pour se retrouver seul avec ses pensées. Cette solitude n'est pas misanthropie ; elle est exigence méthodologique.
Pourquoi la solitude est-elle nécessaire ? Plusieurs raisons peuvent être avancées :
Premièrement, la présence d'autrui introduit des perturbations. Les autres parlent, questionnent, objectent, distraient. La méditation exige un dialogue avec soi-même, non avec les autres. C'est une activité essentiellement monologique, au moins dans sa phase initiale.
Deuxièmement, les autres incarnent des opinions, des traditions, des autorités. La pression sociale tend à maintenir les croyances établies. Pour douter de tout, y compris des opinions reçues de l'éducation et de la société, il faut s'abstraire du milieu qui les entretient. La solitude permet de se défaire de l'emprise des préjugés collectifs.
Troisièmement, la solitude manifeste que le fondement recherché doit être trouvé en soi-même, non dans un accord avec autrui. La vérité cartésienne n'est pas consensuelle ; elle est évidente à l'esprit individuel qui l'examine attentivement. Le ''cogito'' lui-même sera une vérité solitaire, accessible à chaque esprit pour son propre compte.
Cette valorisation de la solitude philosophique rattache Descartes à une longue tradition d'anachorèse intellectuelle, des philosophes antiques aux ermites chrétiens. Mais elle annonce aussi l'une des critiques majeures que lui adresseront les penseurs ultérieurs : l'oubli de la dimension sociale et intersubjective de la connaissance.
==== 4. Le genre méditatif et ses sources ====
Le choix du terme « méditation » n'est pas anodin. Il rattache l'œuvre de Descartes à une tradition littéraire et spirituelle bien établie, celle des exercices spirituels, dont les ''Exercices spirituels'' d'Ignace de Loyola (1548) constituent le modèle le plus influent à l'époque<ref>Ignace de Loyola, ''Exercitia spiritualia'', Rome, 1548. Voir Gary Hatfield, « The Senses and the Fleshless Eye », op. cit., p. 47-54, et ''Descartes and the Meditations'', op. cit., p. 40-42 : « In Descartes' day, the meditative method was well developed in religious writings known as spiritual exercises. Ignatius, founder of the Jesuits, had composed a set of exercises, and Descartes participated in meditations or spiritual exercises at La Flèche. »</ref>.
Comme l'a montré Gary Hatfield dans son étude « The Senses and the Fleshless Eye: The ''Meditations'' as Cognitive Exercises », les ''Méditations'' cartésiennes partagent plusieurs caractéristiques avec les méditations religieuses :
a) Structure journalière : Les ''Méditations'' sont divisées en six journées, comme les exercices spirituels ignaciens se distribuent sur plusieurs semaines. Chaque méditation correspond à une étape du parcours, à un progrès dans la purification de l'esprit.
b) Engagement personnel : La méditation n'est pas une lecture passive ; elle exige une participation active du lecteur. Descartes insiste sur ce point dans la préface : il faut « plusieurs mois, ou du moins plusieurs semaines » pour « considérer les choses dont elle [la Première Méditation] traite » (AT VII, 9)<ref>Descartes, ''Meditationes'', Préface, AT VII, p. 9. Cf. Gary Hatfield, ''Descartes and the Meditations'', op. cit., p. 41.</ref>. Le lecteur doit refaire pour son compte le parcours du méditant.
c) Visée transformative : Le but n'est pas seulement d'acquérir des connaissances, mais de se transformer soi-même. Comme l'écrit Jorge Secada, les ''Méditations'' constituent un « manuel thérapeutique » visant à guérir l'esprit de sa dépendance excessive aux sens et à l'imagination<ref>Jorge Secada, « God and meditation », op. cit., p. 201 : « The ''Meditations'' is instead a therapeutic manual. It offers a course of treatment for a cognitive illness inherent to human beings. »</ref>. Le méditant qui a parcouru les six méditations n'est plus le même ; il a acquis une nouvelle disposition intellectuelle.
d) Progression ordonnée : La méditation procède par étapes, chacune préparant la suivante. On ne peut pas sauter les premières étapes pour accéder directement aux conclusions. L'ordre est essentiel : « j'ai suivi... l'ordre de méditer que je me suis proposé, qui est de passer par degrés des notions que je trouverai les premières en mon esprit à celles que j'y pourrai trouver par après » (AT IX, 27).
Cependant, comme le note Secada, les ''Méditations'' ne sont pas simplement la transposition philosophique des exercices religieux. Elles en diffèrent sur des points essentiels : l'objet de la méditation n'est pas Dieu en tant que tel, mais les fondements de la connaissance ; la méthode n'est pas l'imagination des scènes bibliques, mais l'analyse rationnelle ; le but n'est pas le salut de l'âme, mais la certitude scientifique.
==== 5. Le destinataire de la méditation et la question du lecteur ====
La question du destinataire des ''Méditations'' mérite réflexion. Qui est le « je » qui médite ? Qui est le « nous » parfois employé ? Qui est le lecteur visé ?
Selon la lecture proposée par Lisa Shapiro et développée dans le ''Cambridge Companion to Descartes' Meditations'' (2014), le « je » des ''Méditations'' n'est pas simplement René Descartes ; c'est un méditant exemplaire, une figure que le lecteur est invité à endosser<ref>Lisa Shapiro, « The self in the Meditations », dans Karen Detlefsen (dir.), ''Descartes' Meditations: A Critical Guide'', op. cit., p. 230 : « Within the meditational tradition that Descartes is drawing upon, the process of meditating is supposed to effect in the meditator some sort of progress. »</ref>. Descartes ne raconte pas son histoire personnelle ; il propose un parcours que chacun peut et doit refaire pour son compte.
Cette dimension performative des ''Méditations'' explique certaines de leurs caractéristiques stylistiques. Le texte ne dit pas : « Voici les vérités que j'ai découvertes » ; il dit : « Voici comment je procède, suivez-moi ». Le lecteur n'est pas spectateur ; il est co-méditant. S'il se contente de lire passivement, il passera à côté de l'essentiel.
Cependant, comme le remarque Jorge Secada, cette identité entre le méditant textuel et le lecteur réel pose problème pour nous, lecteurs contemporains<ref>Jorge Secada, « God and meditation », op. cit., p. 202 : « Yet, we, contemporary readers, can no longer oblige its author. We cannot wholeheartedly take on the meditator's garb because we can no longer believe Descartes' promise of scientific advance, nor his diagnosis. »</ref>. Nous ne pouvons plus « revêtir le vêtement du méditant » de façon aussi directe que Descartes l'espérait, parce que nous savons trop de choses que Descartes ne savait pas. Nous ne pouvons plus accepter naïvement sa promesse d'avancée scientifique, ni son diagnostic sur les causes de l'erreur. Une distance historique s'est creusée qui nous oblige à distinguer entre l'auteur, le narrateur méditant, et le lecteur.
==== 6. L'opposition entre ''agir'' et ''connaître'' ====
<blockquote>
« [...] puisqu'il n'est pas maintenant question d'agir, mais seulement de méditer et de connaître. »
</blockquote>
Cette formule, qui apparaît plus loin dans la Première Méditation (§13), éclaire rétrospectivement les conditions énoncées ici. La méditation suppose une suspension de l'action. Tant que je suis engagé dans la vie pratique, je dois me fier à des opinions probables ; je ne peux pas attendre d'avoir des certitudes absolues pour agir, car l'action n'attend pas.
Cette distinction entre le théorique et le pratique est fondamentale pour comprendre le statut du doute cartésien. Le doute hyperbolique est purement spéculatif ; il ne concerne que la recherche de la vérité, non la conduite de la vie. Descartes avait déjà établi cette distinction dans le ''Discours de la méthode'' (1637), où il exposait une « morale par provision » permettant de vivre pendant que les fondements du savoir restaient incertains<ref>Descartes, ''Discours de la méthode'', IIIe partie, AT VI, p. 22-28.</ref>.
Comme le note l'article « Doute » du ''Historical Dictionary of Descartes and Cartesian Philosophy'', Descartes « fait clairement comprendre que dans les affaires pratiques, nous ne devons pas attendre la certitude à laquelle nous avons droit dans le domaine de la science théorique »<ref>Roger Ariew, Dennis Des Chene et al. (dir.), ''Historical Dictionary of Descartes and Cartesian Philosophy'', 2e éd., Lanham, Rowman & Littlefield, 2015, art. « Doubt », p. 120-121.</ref>. Le domaine pratique « relève de la volonté et est gouverné par l'autorité et l'obéissance, les sens, les sensations corporelles (faim, soif) et les passions ».
Cette suspension explique pourquoi le doute peut être poussé aussi loin. Dans la vie pratique, il serait absurde et dangereux de douter que j'aie des mains ou que le monde extérieur existe. Mais dans l'espace protégé de la méditation théorique, ces doutes sont légitimes, voire nécessaires. Ils ne servent pas à orienter l'action ; ils servent à identifier ce qui résiste absolument au doute.
==== 7. La destruction comme préalable à la reconstruction ====
<blockquote>
« Je m'appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions. »
</blockquote>
Les conditions de possibilité ainsi définies (maturité, unicité, liberté, repos, solitude, suspension de l'action) convergent vers un unique objectif : rendre possible la destruction générale des anciennes opinions. Le vocabulaire de la destruction (''eversio'', ''destruere'') est remarquablement violent. Descartes ne parle pas de corriger, d'amender, de réviser ; il parle de détruire, de renverser, de faire table rase.
Cette radicalité a souvent été mal comprise. Elle ne signifie pas que toutes les anciennes opinions sont fausses et seront abandonnées définitivement. Elle signifie que, méthodologiquement, elles doivent être traitées comme si elles étaient fausses, jusqu'à ce qu'elles soient éventuellement réintroduites sur des bases certaines.
Comme l'explique Martial Gueroult dans ''Descartes selon l'ordre des raisons'', le doute cartésien procède par exclusion provisoire. Les opinions sont écartées du champ de la certitude, non parce qu'elles sont reconnues fausses, mais parce qu'elles n'ont pas été validées par la méthode. Ce qui a été exclu pourra être réintroduit plus tard, à sa place dans l'ordre des raisons, une fois que les conditions de la certitude auront été établies<ref>Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 33 : « Nécessité de traiter provisoirement comme fausses les choses ainsi frappées de doute; ce qui entraîne la nécessité de les rejeter entièrement. »</ref>.
Les conditions de possibilité énoncées dans ce passage sont donc les conditions d'une catharsis intellectuelle, d'une purification de l'entendement qui le prépare à recevoir la lumière de l'évidence. Sans la liberté, le repos et la solitude, cette purification serait impossible ; l'esprit resterait encombré de ses préjugés, de ses soucis, de ses influences sociales. La méditation métaphysique exige que l'esprit se retrouve seul avec lui-même, dans un face-à-face avec ses propres pensées.
==== 8. Portée et limites des conditions cartésiennes ====
L'analyse des conditions de possibilité de l'entreprise métaphysique révèle à la fois la profondeur et les limites du projet cartésien.
Du côté de la profondeur : Descartes a compris que la philosophie n'est pas une activité « hors sol », praticable n'importe où, n'importe quand, par n'importe qui. Elle requiert des conditions subjectives et objectives qui ne sont pas toujours réunies. Cette attention aux présupposés de l'exercice philosophique annonce les réflexions ultérieures sur les conditions sociales, économiques, psychologiques de la pensée.
Du côté des limites : L'idéal cartésien du philosophe solitaire, retiré du monde, libéré de tout souci pratique, a été vigoureusement critiqué. Des penseurs comme Hegel, Marx, Wittgenstein ont souligné que la pensée est toujours déjà sociale, qu'elle s'inscrit dans des formes de vie collectives, qu'elle utilise un langage qui est un produit historique. Le « je » cartésien, prétendument isolé, est en réalité traversé par des déterminations qu'il ne maîtrise pas.
De même, la distinction tranchée entre théorie et pratique, entre méditer et agir, a été contestée. Pour les pragmatistes, la pensée est elle-même une forme d'action ; pour les marxistes, les idées sont des reflets des conditions matérielles d'existence ; pour les phénoménologues, la conscience est toujours « conscience de quelque chose », engagée dans un monde qu'elle ne peut pas mettre entre parenthèses.
Ces critiques, cependant, ne diminuent pas l'importance historique du geste cartésien. En thématisant les conditions de la méditation philosophique, Descartes a ouvert un espace de réflexion qui reste fécond. La question « quelles conditions faut-il réunir pour penser vraiment ? » demeure pertinente, même si les réponses qu'on lui apporte diffèrent de celle de Descartes.
=== C. Le principe méthodologique fondamental ===
==== 1. Énoncé du principe ====
<blockquote>
« Et pour cela il n'est pas besoin que je les examine chacune en particulier, ce qui serait d'un travail infini ; mais, parce que la ruine des fondements entraîne nécessairement avec soi tout le reste de l'édifice, je m'attaquerai d'abord aux principes sur lesquels toutes mes anciennes opinions étaient appuyées. »
</blockquote>
<blockquote>
« [...] la raison me persuade dès maintenant que je ne dois pas moins soigneusement m'empêcher de leur donner créance, qu'à celles qui sont manifestement fausses, si je veux trouver quelque chose de constant et d'assuré dans les sciences. »
</blockquote>
Ces deux passages, tirés du second paragraphe de la Première Méditation, énoncent le principe méthodologique fondamental qui va gouverner toute l'entreprise du doute cartésien. Ce principe peut se formuler ainsi : tout ce qui donne la moindre raison de douter doit être traité comme s'il était faux. Cette formulation, apparemment simple, contient une exigence d'une rigueur extraordinaire qui mérite un examen attentif.
Le texte latin est encore plus explicite : « ''ratio jam me persuadet, non minus accurate ab iis quae non plane certa sunt atque indubitata, quam ab aperte falsis assensionem esse cohibendam'' » (AT VII, 18). L'expression ''non minus accurate'' (« pas moins soigneusement ») indique une équivalence méthodologique entre le douteux et le faux. Du point de vue de la méthode, il n'y a pas de différence entre ce qui est « manifestement faux » et ce qui n'est « pas entièrement certain et indubitable ».
==== 2. L'économie de la méthode : attaquer les principes ====
Le premier aspect du principe méthodologique concerne l'économie de l'entreprise. Descartes refuse d'examiner ses opinions « chacune en particulier », ce qui constituerait « un travail infini ». Au lieu de procéder à un examen exhaustif de toutes ses croyances, il adopte une stratégie plus efficace : attaquer directement les « principes » ou « fondements » sur lesquels reposent toutes les autres opinions.
Cette stratégie s'appuie sur la métaphore architecturale déjà introduite : si l'on veut démolir un édifice, il est plus efficace de saper les fondations que d'abattre les murs un par un. « La ruine des fondements entraîne nécessairement avec soi tout le reste de l'édifice. » En détruisant les principes, on détruit d'un seul coup tout ce qui en dépend.
Cette stratégie présuppose une structure hiérarchique du savoir. Nos croyances ne sont pas toutes au même niveau ; certaines sont « fondamentales », d'autres sont « dérivées ». Les croyances fondamentales soutiennent les croyances dérivées, comme les fondations soutiennent l'édifice. Cette conception « fondationnaliste » de la connaissance est caractéristique de l'épistémologie cartésienne.
Comme le souligne Martial Gueroult dans son analyse magistrale des ''Méditations'', cette stratégie implique une triple nécessité : « nécessité du doute préalable ; nécessité de ne rien excepter du doute tant que le doute n'est pas radicalement impossible ; nécessité de traiter provisoirement comme fausses les choses ainsi frappées de doute, ce qui entraîne la nécessité de les rejeter entièrement »<ref>Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 33.</ref>.
==== 3. L'identification du fondement : les sens ====
<blockquote>
« Tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent pour le plus vrai et assuré, je l'ai appris des sens, ou par les sens [...]. »
</blockquote>
Le « fondement » que Descartes identifie, et qu'il va s'employer à ébranler, ce sont les sens. Cette identification n'est pas arbitraire ; elle correspond à la conception épistémologique dominante de l'époque. L'adage aristotélicien « il n'y a rien dans l'intellect qui n'ait d'abord été dans les sens » (''nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu'') résumait la position de la philosophie scolastique<ref>Thomas d'Aquin, ''De veritate'', q. 2, a. 3, arg. 19. Cf. Charles Larmore, « The First Meditation », op. cit., p. 51.</ref>.
Comme le note Gary Hatfield, Descartes lui-même, au moment où il écrit les ''Méditations'', ne partage plus cette position<ref>Gary Hatfield, ''Descartes and the Meditations'', op. cit., p. 89 : « Although Descartes described the meditator as a beginner who must overcome the prejudices of childhood, he knew full well that such "prejudices" included many tenets of Aristotelian metaphysics and epistemology. »</ref>. Il a déjà développé sa théorie des idées innées et sa conception de l'intellect pur comme source autonome de connaissance. Mais il fait parler ici un « débutant en philosophie » (''qui modo primum philosophari incipit''), quelqu'un qui adhère encore spontanément à l'empirisme du sens commun. C'est ce débutant que les ''Méditations'' vont conduire vers une nouvelle conception du savoir.
En attaquant les sens comme « fondement », Descartes s'attaque donc à l'empirisme sous toutes ses formes : l'empirisme du sens commun, l'empirisme aristotélicien, et même le nouvel empirisme qui commençait à se développer en Angleterre. Si les sens ne fournissent pas de fondement certain, c'est toute une tradition épistémologique qui s'effondre.
==== 4. Le standard de certitude : l'indubitabilité absolue ====
Le cœur du principe méthodologique réside dans le standard de certitude que Descartes adopte. Ce standard est extraordinairement élevé : il exige l'indubitabilité absolue. Une croyance n'est « certaine » que si elle résiste à tout doute possible, même le plus improbable.
<blockquote>
« [...] parce que la raison me persuade dès maintenant que je ne dois pas moins soigneusement m'empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables, qu'à celles qui nous paraissent manifestement fausses [...]. »
</blockquote>
L'expression « entièrement certaines et indubitables » (''plane certa atque indubitata'') est capitale. Le terme ''plane'' (« entièrement », « absolument ») indique qu'il ne s'agit pas d'une certitude relative ou graduée, mais d'une certitude absolue. Et le terme ''indubitata'' (« indubitable ») précise la nature de cette certitude : est certain ce dont on ne peut pas douter.
Ce standard a été vigoureusement critiqué par de nombreux commentateurs. Comme le souligne Charles Larmore dans son analyse de la Première Méditation, l'indubitabilité « n'est pas un principe qu'un empiriste serait nécessairement enclin à endosser »<ref>Charles Larmore, « The First Meditation », op. cit., p. 62-63 : « For consider: though indubitability is presented as a dictate of reason, it is not a requirement an empiricist must be inclined to endorse. On the contrary, I have already noted that for Aristotle sense perception serves as the basis of knowledge because of its reliability, not under all possible, but under normal, conditions. »</ref>. Pour Aristote, la perception sensible sert de base à la connaissance en raison de sa fiabilité dans des conditions normales, non de son infaillibilité dans toutes les conditions possibles. Dans la vie ordinaire, nous considérons une croyance comme « certaine » si nous avons écarté les possibilités d'erreur que nous avons des raisons positives de craindre. Nous ne pensons pas devoir éliminer toute possibilité d'erreur concevable, aussi improbable soit-elle.
Descartes connaissait parfaitement cette conception ordinaire de la certitude. Pourquoi l'a-t-il rejetée au profit d'une exigence d'indubitabilité absolue ?
==== 5. La justification du principe : l'enquête pure ====
La réponse de Descartes se trouve dans les phrases qui précèdent immédiatement l'énoncé du principe :
<blockquote>
« [...] j'ai attendu que j'eusse atteint un âge qui fût si mûr, que je n'en pusse espérer d'autre après lui, auquel je fusse plus propre à l'exécuter ; ce qui m'a fait différer si longtemps, que désormais je croirais commettre une faute, si j'employais encore à délibérer le temps qu'il me reste pour agir. »
</blockquote>
<blockquote>
« Maintenant donc que mon esprit est libre de tous soins, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude [...]. »
</blockquote>
Ces phrases établissent le contexte dans lequel l'enquête va se dérouler : un contexte de « repos assuré », de « paisible solitude », où l'esprit est « libre de tous soins ». Ce contexte est celui que Bernard Williams a appelé l'« enquête pure » (''pure inquiry'')<ref>Bernard Williams, ''Descartes: The Project of Pure Enquiry'', Harmondsworth, Penguin, 1978, p. 46-49. Voir Charles Larmore, « The First Meditation », op. cit., p. 63-65.</ref>.
Dans la vie ordinaire, quand le temps est court et les ressources limitées, quand des préoccupations pratiques sont en jeu et que l'action est nécessaire, nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de rejeter toute croyance pour laquelle nous pouvons imaginer le moindre doute. Nous devons nous en tenir aux croyances pour lesquelles il semble y avoir des preuves suffisantes. Mais, suppose Descartes, poursuivre la connaissance pour elle-même est une affaire différente.
Si nous ne regardons que les raisons de croire qui ont trait à la vérité et à la fausseté des opinions (par opposition à l'utilité de les adopter), si notre affaire n'est pas l'action mais uniquement la connaissance, alors l'indubitabilité devient un objectif approprié. Comme Descartes l'écrit dans le ''Discours de la méthode'' : « Puisque je désirais maintenant me consacrer uniquement à la recherche de la vérité, j'ai pensé qu'il était nécessaire de [...] rejeter comme absolument faux tout ce en quoi je pouvais imaginer le moindre doute, afin de voir s'il me resterait quelque chose à croire qui fût entièrement indubitable » (AT VI, 31)<ref>Descartes, ''Discours de la méthode'', IVe partie, AT VI, p. 31-32.</ref>.
==== 6. Les deux objectifs de l'enquête et leur hiérarchie ====
Larmore propose une analyse éclairante de la logique sous-jacente au principe cartésien<ref>Charles Larmore, « The First Meditation », op. cit., p. 64 : « In reality, we would have at least two distinct goals: acquiring truths, but also avoiding falsehoods. The two are not the same, since if we were interested only in the former, we would believe everything, not worrying about how many false beliefs we thereby obtained, whereas if we cared only about the latter, we would believe nothing, for that would mean immediate success. »</ref>. Quand on poursuit la connaissance pour elle-même, on a en réalité deux objectifs distincts : acquérir des vérités et éviter les erreurs. Ces deux objectifs ne sont pas identiques. Si nous n'étions intéressés que par le premier, nous croirions tout, sans nous soucier des erreurs que nous accumulerions. Si nous ne nous soucions que du second, nous ne croirions rien, car ce serait le moyen le plus sûr d'éviter toute erreur.
Ces deux options sont irrationnelles. Nous devons poursuivre les deux objectifs conjointement. Mais comme ils peuvent entrer en conflit (les méthodes pour acquérir des vérités produisent souvent des erreurs ; éviter les sources d'erreur peut signifier manquer certaines vérités), nous devons déterminer lequel doit avoir la priorité dans diverses circonstances. Différentes hiérarchisations, différentes « politiques cognitives », sont possibles.
La hiérarchisation que Descartes adopte est évidente : si le moindre doute, le plus improbable, suffit à empêcher l'assentiment à une proposition, alors éviter l'erreur est toujours considéré comme prioritaire sur l'acquisition de vérités. Nous ne devons jamais chercher à satisfaire le second objectif sans nous être d'abord assurés d'avoir pleinement satisfait le premier. « La recherche de la vérité » est donc une expression trompeuse pour ce que Descartes avait en tête, puisque c'est éviter l'erreur qui était sa préoccupation première.
==== 7. Le caractère provisoire du traitement comme faux ====
Un aspect essentiel du principe méthodologique est son caractère provisoire. Descartes ne prétend pas que les opinions douteuses sont réellement fausses ; il décide de les ''traiter comme si'' elles étaient fausses, ''tant que'' leur certitude n'aura pas été établie.
Cette distinction est capitale. Le doute cartésien n'est pas un jugement sur la fausseté des opinions ; c'est une décision méthodologique de suspendre l'assentiment. En termes techniques, Descartes ne ''nie'' pas ses anciennes opinions ; il s'abstient de les ''affirmer''. La différence est cruciale : nier, c'est affirmer le contraire ; s'abstenir, c'est ne rien affirmer du tout.
Gueroult insiste sur ce point : le doute cartésien implique une « exclusion provisoire » (''exclusio provisoria'') des opinions du champ de la certitude, non leur rejet définitif<ref>Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 33-34.</ref>. Les opinions ainsi exclues pourront être « réintroduites » plus tard, à leur rang, dans la « chaîne des raisons », une fois que les fondements auront été établis. C'est ce que Descartes appelle l'« ordre des raisons » : chaque vérité doit être établie à sa place, en s'appuyant sur les vérités précédemment démontrées.
Ce caractère provisoire distingue radicalement le doute cartésien du scepticisme pyrrhonien. Pour les pyrrhoniens, la suspension du jugement (''epochè'') était une fin en soi, censée procurer la tranquillité de l'âme (''ataraxia''). Pour Descartes, la suspension est un moyen en vue d'une fin : l'établissement de certitudes nouvelles. Le doute cartésien est « méthodique » au sens où il est un instrument, une méthode, au service d'un projet dogmatique.
==== 8. Les quatre caractères du doute cartésien selon Gueroult ====
Dans son analyse classique, Martial Gueroult identifie quatre caractères du doute cartésien, qui découlent tous du principe méthodologique fondamental<ref>Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 33 : « A cette triple nécessité correspondent trois caractères du doute cartésien : il est méthodique, il est universel, il est radical. En outre, son caractère méthodique faisant de lui un simple instrument en vue de fonder la certitude du savoir, c'est-à-dire le dogmatisme de la science, il en résulte un quatrième caractère : le doute cartésien est provisoire. »</ref> :
Premièrement, le doute est méthodique. Il n'est pas un état psychologique (le sentiment d'incertitude), mais une décision volontaire (traiter comme faux ce qui n'est pas absolument certain). C'est un instrument au service d'un objectif : fonder la certitude du savoir.
Deuxièmement, le doute est universel. Rien n'est exempté du doute tant que le doute n'est pas « radicalement impossible ». Cette universalité ne signifie pas que toutes les opinions sont effectivement fausses, mais que toutes doivent être soumises à l'épreuve du doute avant d'être admises.
Troisièmement, le doute est radical. Les opinions douteuses ne sont pas simplement mises entre parenthèses ; elles sont « rejetées entièrement », traitées comme si elles étaient fausses. Cette radicalité est nécessaire pour atteindre une certitude « entière » : « Si l'on veut aboutir à une certitude entière, il ne faut rien admettre en nous qui ne soit absolument certain. »
Quatrièmement, le doute est provisoire. Son caractère méthodique fait de lui un simple instrument en vue de fonder le « dogmatisme de la science ». Une fois les fondements établis, les opinions provisoirement exclues pourront être réintroduites à leur rang dans l'ordre des raisons.
==== 9. La distinction théorie/pratique ====
Le principe méthodologique s'applique au domaine théorique, non au domaine pratique. Descartes le précise explicitement dans la suite de la Méditation :
<blockquote>
« [...] ce que je fais aujourd'hui [...] ne regarde que la connaissance, et non point l'action [...]. » (AT VII, 22)
</blockquote>
Cette distinction est essentielle. Dans le domaine pratique, où l'action est nécessaire et où l'on ne peut pas toujours attendre d'avoir une certitude absolue, Descartes admet qu'il faut se contenter de probabilités. C'est le sens de la « morale par provision » développée dans le ''Discours de la méthode'' : en attendant d'avoir établi des certitudes définitives, on peut et on doit agir selon des règles provisoires.
Comme le note l'article « Doute » du ''Historical Dictionary of Descartes and Cartesian Philosophy'', Descartes « fait clairement comprendre que dans les affaires pratiques, nous ne devons pas attendre la certitude à laquelle nous avons droit dans le domaine de la science théorique »<ref>Roger Ariew, Dennis Des Chene et al. (dir.), ''Historical Dictionary of Descartes and Cartesian Philosophy'', op. cit., art. « Doubt », p. 120 : « Descartes makes it clear that in practical matters, we should not expect the certainty we are entitled to ask for in the domain of theoretical science. »</ref>. Le domaine pratique « relève de la volonté et est gouverné par l'autorité et l'obéissance, les sens, les sensations corporelles (faim, soif) et les passions ».
Cette distinction permet à Descartes d'éviter l'objection d'« apraxie » qui avait embarrassé les sceptiques anciens. Si le doute s'étendait au domaine pratique, comment pourrait-on agir ? Descartes répond : le doute méthodique ne concerne que la théorie ; pour l'action, nous suivons les règles de la morale par provision.
==== 10. Le principe et la tradition sceptique ====
Le principe méthodologique cartésien s'inscrit dans la tradition sceptique, tout en s'en distinguant radicalement par sa finalité. Comme le souligne Deborah Brown dans son étude sur Descartes et le scepticisme, « une vue dominante est que, bien qu'il n'y ait pas de nouveaux arguments sceptiques dans le corpus cartésien, son intérêt purement "méthodologique" pour le scepticisme est nouveau »<ref>Deborah Brown, « Descartes and content skepticism », dans Karen Detlefsen (dir.), ''Descartes' Meditations: A Critical Guide'', op. cit., p. 25-26.</ref>.
Les sceptiques anciens utilisaient des arguments similaires (la faillibilité des sens, l'argument du rêve, etc.) pour produire la suspension du jugement. Mais leur objectif était différent : ils cherchaient la « tranquillité de l'âme » (''ataraxia'') qui, selon eux, résultait de l'abandon de toute prétention au savoir. Descartes, au contraire, utilise les arguments sceptiques comme des instruments au service d'un projet anti-sceptique : trouver des certitudes qui résistent à tous les doutes.
Cette différence de finalité a des conséquences importantes. Pour les sceptiques, le doute est une fin ; pour Descartes, il est un moyen. Pour les sceptiques, la suspension du jugement est définitive ; pour Descartes, elle est provisoire. Pour les sceptiques, l'absence de certitude est une libération ; pour Descartes, elle est un problème à résoudre.
==== 11. Le « comme faux » : fiction méthodologique ou jugement ? ====
L'expression « traiter comme faux » (''tanquam falsa rejicere'') a fait l'objet de discussions. Que signifie exactement traiter une opinion « comme » fausse ? Est-ce la juger fausse ? Ou est-ce adopter une attitude différente ?
Certains critiques, comme Gassendi et plus tard Huet, ont objecté que traiter une opinion comme fausse, ce n'est plus douter mais « acquérir une nouvelle croyance ». Si parmi mes anciennes opinions il y en a de vraies (ce qui est probable), les traiter toutes comme fausses, c'est commettre une erreur, non l'éviter<ref>Pierre Gassendi, ''Disquisitio metaphysica'', dans ''Objectiones V'', AT VII, p. 257-258. Cf. Charles Larmore, « Descartes and skepticism », dans ''The Blackwell Guide'', op. cit., p. 24-25.</ref>.
Descartes répond à cette objection en distinguant le jugement de la fiction méthodologique. Traiter une opinion comme fausse, ce n'est pas juger qu'elle est fausse ; c'est ''faire comme si'' elle était fausse, dans le cadre d'une expérience de pensée. De même qu'un géomètre peut supposer, pour les besoins d'une démonstration, qu'un triangle a certaines propriétés, sans affirmer que ces propriétés existent réellement, le méditant peut supposer que ses opinions sont fausses, sans affirmer qu'elles le sont.
Gueroult compare cette fiction méthodologique aux « constructions fictives de la géométrie ou de l'astronomie qui permettent d'effectuer les calculs et les démonstrations »<ref>Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 39.</ref>. Le malin génie lui-même, introduit à la fin de la Première Méditation, est une telle fiction : non pas une thèse sur l'existence d'un être trompeur, mais un « artifice » méthodologique permettant de maintenir le doute.
==== 12. L'assentiment et la volonté ====
Le principe méthodologique présuppose une certaine conception de l'assentiment (''assensio'') et de son rapport à la volonté. Pour Descartes, donner son assentiment à une proposition, c'est-à-dire la tenir pour vraie, est un acte de la volonté, non une réponse passive de l'intellect.
Cette conception sera développée dans la Quatrième Méditation, mais elle est déjà à l'œuvre ici. Si l'assentiment était une réponse automatique de l'intellect aux preuves, nous ne pourrions pas décider de le suspendre. Mais parce que l'assentiment dépend de la volonté, nous pouvons choisir de le retenir, même face à des opinions qui semblent très probables.
Comme le note Gueroult, c'est la volonté infinie de l'homme qui rend possible le doute hyperbolique<ref>Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 39 : « la fiction volontaire, installant provisoirement, mais péremptoirement, la fausseté au cœur même de l'infini divin, donne au doute une portée absolument universelle. »</ref>. L'entendement humain, limité, est naturellement porté à affirmer ce qui lui paraît clair et distinct. Mais la volonté, qui est « infinie » en son genre (nous pouvons vouloir n'importe quoi), peut s'opposer à cette inclination naturelle et décider de suspendre l'assentiment. Le doute méthodique est ainsi un « effort contre nature » : il va à l'encontre de nos inclinations naturelles, grâce au pouvoir de la volonté.
==== 13. Le principe et l'ordre des raisons ====
Le principe méthodologique fondamental s'inscrit dans ce que Descartes appelle l'« ordre des raisons » (''ordo rationum''). Gueroult a montré que cet ordre est la clé de l'interprétation des ''Méditations'' : chaque thèse n'a de sens et de validité qu'à sa place dans la chaîne des raisons<ref>Martial Gueroult, ''Descartes selon l'ordre des raisons'', op. cit., t. I, p. 19-22.</ref>.
Le principe méthodologique occupe une place précise dans cet ordre : il vient avant tout examen particulier des opinions. Il établit la règle selon laquelle cet examen va être conduit. Il est donc, en un sens, le « principe des principes » : la règle qui gouverne la recherche des principes.
Mais ce principe lui-même, est-il certain ? Ne peut-on pas le mettre en doute ? Descartes semble le présupposer sans le démontrer. C'est une des raisons pour lesquelles il le présente comme un « dictamen de la raison » : « la raison me persuade » (''ratio me persuadet''). Il fait appel à une évidence rationnelle que le lecteur est invité à reconnaître.
Cette circularité apparente a été critiquée. Si le principe doit être évident pour être accepté, et si l'évidence est précisément ce que le doute met en question, comment le principe peut-il échapper au doute qu'il prescrit ? Descartes répondrait sans doute que le principe n'est pas une « opinion » parmi d'autres, mais une règle de méthode ; il ne prétend pas décrire le monde, mais prescrire une procédure. À ce titre, il échappe au doute qui porte sur les opinions.
==== 14. Objections et défenses ====
Le principe méthodologique a fait l'objet de nombreuses objections au cours de l'histoire de la philosophie.
L'objection du standard excessif : Pourquoi exiger l'indubitabilité absolue ? N'est-ce pas un standard impossible à atteindre, qui condamne toute connaissance empirique ? Hume et les empiristes ultérieurs ont soutenu qu'aucune croyance sur le monde extérieur ne peut atteindre ce standard, et qu'il faut donc le réviser à la baisse.
L'objection de la régression : Si le principe lui-même doit être certain pour être appliqué, comment établir sa certitude ? Par un autre principe ? Mais alors, comment établir la certitude de ce second principe ? On entre dans une régression à l'infini.
L'objection pragmatiste : Le standard d'indubitabilité est peut-être approprié pour la « pure enquête », mais existe-t-il vraiment une « pure enquête », séparée de toute préoccupation pratique ? Les pragmatistes, de Peirce à Dewey, ont soutenu que toute enquête est motivée par des problèmes pratiques et doit être évaluée en fonction de ses résultats pratiques.
L'objection holiste : Le principe présuppose que nous pouvons examiner nos croyances une par une (ou par groupes, selon leurs « principes »). Mais nos croyances forment-elles vraiment une structure hiérarchique, avec des « fondements » et une « superstructure » ? Les holistes, de Quine à Davidson, ont soutenu que nos croyances forment un réseau où tout se tient, sans fondement absolu<ref>Sur ces objections, voir Bernard Williams, ''Descartes: The Project of Pure Enquiry'', op. cit., chap. 2 ; Charles Larmore, « The First Meditation », op. cit., p. 64-65.</ref>.
Descartes aurait des réponses à chacune de ces objections, mais leur examen dépasserait le cadre de ce commentaire. Notons simplement que le principe méthodologique, malgré ces critiques, a exercé une influence considérable sur toute la philosophie moderne, définissant les termes dans lesquels le problème de la connaissance allait être posé pendant des siècles.
==== 15. Portée philosophique du principe ====
Le principe méthodologique fondamental a une portée philosophique qui dépasse le cadre des ''Méditations''. Il inaugure ce que l'on peut appeler l'« épistémologie moderne », caractérisée par les traits suivants :
La primauté de la question de la certitude : Avant de se demander ce que nous connaissons, il faut se demander ce que nous pouvons connaître avec certitude. La question « Qu'est-ce qui est certain ? » précède la question « Qu'est-ce qui est vrai ? ».
Le doute comme méthode : Le doute n'est pas un obstacle à la connaissance, mais un instrument pour y parvenir. En éliminant ce qui peut être mis en doute, on isole ce qui résiste au doute et peut servir de fondement.
L'individualisme épistémique : C'est le sujet individuel qui doit examiner ses croyances et décider de ce qui est certain. La tradition, l'autorité, le consensus social ne sont pas des garanties de vérité. Chacun doit refaire pour son compte le travail de fondation.
Le fondationnalisme : La connaissance a une structure hiérarchique, avec des croyances « de base » qui fondent toutes les autres. L'objectif de l'enquête est d'identifier ces croyances de base et de reconstruire l'édifice du savoir à partir d'elles.
Ces traits ont dominé la philosophie moderne de Descartes à Kant, et même au-delà. Même les philosophes qui ont contesté tel ou tel aspect du cartésianisme ont souvent accepté le cadre général défini par le principe méthodologique. C'est pourquoi ce principe peut être considéré comme l'un des textes fondateurs de la modernité philosophique.
== II. Le doute portant sur les sens (§ 3-4) ==
=== A. Le premier argument : l'erreur des sens ===
==== 1. L'identification des sens comme fondement du savoir ====
<blockquote>
« Tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent pour le plus vrai et assuré, je l'ai appris des sens, ou par les sens [...]. »
</blockquote>
Avant d'attaquer les sens, Descartes établit leur statut épistémologique fondamental. Cette phrase, apparemment anodine, contient une thèse lourde de conséquences : les sens sont le « fondement » (''fundamentum'') sur lequel repose tout notre savoir. La formulation est soigneusement construite. « Ce que j'ai reçu pour le plus vrai et assuré » désigne les croyances qui jouissent du plus haut degré de certitude subjective, celles auxquelles nous adhérons avec le plus de confiance. Or ces croyances, affirme le méditant, ont toutes été acquises « des sens, ou par les sens » (''a sensibus, vel per sensus''). La distinction est importante : certaines croyances viennent directement des sens (la perception immédiate des qualités sensibles des objets) ; d'autres viennent indirectement par les sens (le témoignage d'autrui, les livres, l'enseignement — qui passent tous par l'audition ou la vision).
Cette thèse n'est pas inventée par Descartes ; elle représente la position dominante de son époque. L'adage scolastique ''nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu'' (« il n'y a rien dans l'intellect qui n'ait d'abord été dans les sens ») résumait l'épistémologie aristotélicienne enseignée dans les universités. Selon cette conception, l'intellect humain est initialement une « table rase » ; il ne peut opérer qu'à partir de matériaux fournis par les sens. Même pour penser Dieu ou les êtres immatériels, l'intellect doit s'appuyer sur des images sensibles (''phantasmata'').
Comme le souligne Gary Hatfield dans son commentaire des ''Méditations'', Descartes lui-même, au moment où il écrit ce texte, ne partage plus cette position. Il a déjà élaboré sa théorie des idées innées et sa conception de l'intellect pur. Mais il fait parler ici un « débutant en philosophie » (''qui modo primum philosophari incipit''), quelqu'un qui n'a pas encore découvert les ressources de l'entendement et qui adhère spontanément à l'empirisme du sens commun. C'est ce « débutant » que les ''Méditations'' vont conduire, pas à pas, vers une nouvelle conception du savoir.
Le projet d'attaquer les sens est donc, dès le départ, anti-aristotélicien. Si l'on peut montrer que les sens ne fournissent pas de fondement certain, c'est toute l'épistémologie scolastique qui s'effondre. Descartes ne l'annonce pas explicitement (les ''Méditations'' sont dédiées à la Faculté de théologie de Paris, bastion de l'aristotélisme), mais c'est bien de cela qu'il s'agit. Le « retrait de l'esprit hors des sens » (''mentem a sensibus abducere'') que Descartes annonce dans le Synopsis est un programme philosophique révolutionnaire.
==== 2. La structure de l'argument et la critique de la prudence épistémique ====
<blockquote>
« [...] or j'ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs, et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés. »
</blockquote>
L'argument peut être reconstruit sous forme syllogistique :
# Prémisse majeure (principe de prudence) : Il est prudent de ne jamais se fier entièrement à ceux qui nous ont trompés, même une seule fois.
# Prémisse mineure (fait d'expérience) : Les sens m'ont quelquefois trompé.
# Conclusion : Il n'est pas prudent de se fier entièrement aux sens.
Cette structure apparemment simple mérite un examen attentif. La prémisse majeure énonce un principe de prudence (''prudentia'') emprunté au domaine moral et transposé au domaine épistémique. Dans la vie courante, nous appliquons ce principe aux témoins : si quelqu'un nous a menti une fois, nous hésitons à le croire à l'avenir. Descartes étend ce principe aux facultés cognitives : si les sens nous ont trompés une fois, nous devons nous méfier d'eux en général. Mais ce principe est-il raisonnable ? Ordinairement, nous ne l'appliquons pas de manière aussi stricte. Un ami qui nous a menti une fois par politesse ne perd pas toute crédibilité. Nous distinguons les contextes : on peut faire confiance à quelqu'un pour les choses importantes tout en sachant qu'il enjolive parfois la vérité dans les détails. De même, pourquoi ne pas distinguer les contextes où les sens sont fiables de ceux où ils ne le sont pas ?
La réponse de Descartes tient au niveau d'exigence qu'il s'est fixé. Il ne cherche pas des croyances « probables » ou « raisonnables », mais des croyances « absolument certaines et indubitables ». Dans cette perspective, le moindre risque d'erreur suffit à disqualifier une source. Le principe de prudence, appliqué avec cette rigueur, conduit à rejeter tout ce qui n'est pas infaillible. Ce standard extraordinairement élevé — qui exige l'indubitabilité absolue — révèle le standard de certitude que Descartes s'est fixé. Il reflète son ambition fondationnaliste : construire les sciences sur des bases inébranlables, où toute certitude repose sur des fondements que nul doute ultérieur ne pourrait ébranler.
La prémisse mineure fait appel à l'expérience. Descartes affirme avoir « quelquefois » (''interdum'') constaté que les sens le trompaient. Le terme ''interdum'' est significatif : il ne s'agit pas d'une erreur isolée, mais d'un fait récurrent. Les sens nous trompent « de temps en temps », avec une certaine régularité.
==== 3. Les exemples d'illusions sensibles et le contexte sceptique ====
Descartes ne donne pas d'exemples dans la Première Méditation elle-même, mais il en fournit dans d'autres textes. La Sixième Méditation mentionne le cas classique de la tour carrée qui paraît ronde vue de loin. D'autres exemples peuvent être tirés de la ''Dioptrique'' et des ''Principes'' :
Les illusions de distance et de taille : Un objet éloigné paraît plus petit qu'un objet proche de même taille réelle. Le soleil et la lune semblent avoir la taille d'une assiette, alors qu'ils sont immensément plus grands que la terre. Les étoiles paraissent minuscules alors qu'elles sont gigantesques.
Les illusions de forme : Un bâton plongé dans l'eau paraît brisé. Un cercle vu de biais paraît elliptique.
Les illusions de couleur : Un objet change de couleur apparente selon l'éclairage.
Les illusions tactiles : Une même eau peut paraître chaude à une main froide et froide à une main chaude.
Ces exemples relèvent de ce que les sceptiques anciens appelaient les « tropes » ou « modes » de la suspension du jugement. Sextus Empiricus, dans ses ''Esquisses pyrrhoniennes'', avait systématiquement catalogué les variations de la perception selon les conditions (distance, position, état du sujet, mélange avec d'autres objets, etc.). C'est principalement le cinquième trope — « des positions, des distances et des lieux » — que Descartes mobilise ici, même s'il ne le nomme pas explicitement. La tour carrée qui paraît ronde de loin, les étoiles qui semblent petites, le bâton qui paraît brisé dans l'eau : tous ces exemples illustrent la relativité de la perception aux conditions d'observation, ce qui « manque donc de l'objectivité qui caractérise la connaissance vraie », comme le notent Thomas Lennon et Michael Hickson.
Cependant, Descartes ne tire pas les mêmes conclusions que les pyrrhoniens. Pour les sceptiques, la relativité de la perception conduit à la suspension définitive du jugement. Pour Descartes, la mise en évidence de la faillibilité des sens est une étape ''provisoire'' dans la recherche d'un fondement ''plus solide''. Cette différence de finalité explique pourquoi Descartes ne s'attarde pas sur les tropes pyrrhoniens. Il les mentionne de manière « allusive », non pour développer un scepticisme systématique, mais pour préparer le passage à un niveau de doute supérieur.
==== 4. La portée limitée du premier argument et l'introduction de l'objection ====
L'argument de l'erreur des sens a une portée limitée, que Descartes reconnaît immédiatement. Les cas d'illusion concernent principalement des « choses peu sensibles et fort éloignées » (''de iis, quae exigua sunt, vel remote''). La tour paraît ronde parce qu'elle est ''loin'' ; le bâton paraît brisé parce que la réfraction dans l'eau ''déforme'' l'image. Cette observation suggère une stratégie de défense pour l'empiriste : peut-être les sens ne sont-ils pas fiables pour les objets petits ou éloignés, mais ils le sont pour les objets proches et de taille moyenne, perçus dans des conditions normales.
C'est pourquoi Descartes formule lui-même l'objection la plus naturelle à son premier argument :
<blockquote>
« Mais, encore que les sens nous trompent quelquefois, touchant les choses peu sensibles et fort éloignées, il s'en rencontre peut-être beaucoup d'autres, desquelles on ne peut pas raisonnablement douter, quoique nous les connaissions par leur moyen : par exemple, que je sois ici, assis auprès du feu, vêtu d'une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains, et autres choses de cette nature. »
</blockquote>
Certes, les sens nous trompent parfois dans des conditions défavorables (objets petits, éloignés, mal éclairés), mais qu'en est-il des perceptions immédiates, dans des conditions optimales ? Peut-on raisonnablement douter que je sois « ici, assis auprès du feu, vêtu d'une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains » ? L'adverbe « raisonnablement » est capital : le doute doit être raisonnable ; un doute qui s'étendrait à toutes les perceptions, même les plus évidentes, serait déraisonnable, voire pathologique.
=== B. La scène paradigmatique du doute sur l'évidence sensible ===
==== 1. Le philosophe auprès du feu : construction d'une certitude apparemment inébranlable ====
<blockquote>
« [...] que je sois ici, assis auprès du feu, vêtu d'une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains [...]. »
</blockquote>
Cette description est l'une des plus célèbres de l'histoire de la philosophie. Elle constitue une scène paradigmatique de certitude sensible, un tableau qui rassemble tous les éléments censés garantir la fiabilité maximale de la perception. La scène est remarquablement concrète et quotidienne : ce n'est pas une expérience de laboratoire, ni une situation exceptionnelle ; c'est la situation ordinaire d'un homme cultivé du XVIIe siècle, dans son cabinet de travail.
Tous les éléments sont choisis pour maximiser la fiabilité de la perception : la proximité spatiale (les objets sont à portée immédiate), la taille moyenne (il ne s'agit pas d'objets minuscules), les conditions d'observation normales (le méditant est éveillé, attentif, dans un environnement familier et bien éclairé par le feu), la familiarité des objets (ce sont des objets quotidiens, bien connus, sans ambiguïté), la convergence des sens (le méditant voit le feu, sent sa chaleur, touche le papier), et enfin l'implication corporelle (le méditant perçoit non seulement des objets extérieurs, mais aussi son propre corps en situation).
Comme le souligne Gary Hatfield, cette accumulation d'éléments favorables semble rendre le doute impossible. Si l'on ne peut pas faire confiance aux sens dans ces conditions, peut-on jamais leur faire confiance ? La scène a une dimension autobiographique évidente (on imagine Descartes lui-même dans sa retraite hollandaise), mais aussi une dimension exemplaire : chaque lecteur peut se reconnaître dans cette situation ou dans une situation analogue, rendant la question « puis-je douter de cela ? » personnelle. La scène fonctionne ainsi comme un cas limite : si ce cas résiste au doute, l'empirisme est sauvé ; s'il cède, l'empirisme s'effondre.
==== 2. L'hypothèse de la folie : impossibilité et rejet méthodologique ====
<blockquote>
« Et comment est-ce que je pourrais nier que ces mains et ce corps-ci soient à moi ? si ce n'est peut-être que je me compare à ces insensés, de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile, qu'ils assurent constamment qu'ils sont des rois, lorsqu'ils sont très pauvres ; qu'ils sont vêtus d'or et de pourpre, lorsqu'ils sont tout nus ; ou s'imaginent être des cruches, ou avoir un corps de verre. »
</blockquote>
Pour douter de perceptions aussi évidentes, il faudrait être fou. Descartes introduit alors l'hypothèse de la folie (''amentia'', ''dementia'') comme seule possibilité apparente de douter de ces évidences. Il décrit les fous selon la conception médicale de son époque : leur cerveau est « troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile » — explication humorale de la folie selon la médecine antique. Les exemples illustrent deux types de délire : le délire sur les circonstances (se croire roi quand on est pauvre, vêtu d'or quand on est nu) et le délire sur le corps propre (s'imaginer être une cruche ou avoir un corps de verre). L'allusion au « corps de verre » renvoie probablement au roi Charles VI de France, qui souffrait de cette illusion célèbre.
Mais Descartes rejette immédiatement cette hypothèse :
<blockquote>
« Mais quoi ? ce sont des fous ; et je ne serais pas moins extravagant, si je me réglais sur leurs exemples. »
</blockquote>
Ce rejet a suscité des débats philosophiques importants. Pourquoi Descartes écarte-t-il si rapidement l'hypothèse de la folie, alors qu'il prendra au sérieux l'hypothèse du rêve et même celle du malin génie ? Plusieurs interprétations complémentaires l'expliquent :
L'interprétation méthodologique (Frankfurt, Ablondi) : L'hypothèse de la folie détruirait la rationalité elle-même. Si je suis fou, je ne peux pas raisonner correctement, et donc je ne peux pas conduire une méditation philosophique. L'entreprise des ''Méditations'' présuppose un lecteur sain d'esprit, capable de suivre des arguments. Prendre au sérieux l'hypothèse de la folie, ce serait « mettre fin à l'ouvrage avant même qu'il ait commencé ». Le doute cartésien est un doute ''raisonnable'' : il procède par arguments, examine des hypothèses, tire des conclusions. Or, le fou ne raisonne pas ; il délire.
L'interprétation de l'universalité (Lennon et Hickson) : L'argument de la folie manque d'universalité. L'argument de l'erreur des sens nous fait réaliser que « nous tous, parfois, sommes trompés par les sens ». L'argument de la folie ne fait réaliser que « certains d'entre nous, parfois, sont trompés par les sens ». Les fous sont une exception, non la norme. Supposer que « les vapeurs persistantes ont atteint la tête de tout le monde, ou de quelqu'un en particulier » est « peut-être, comme le dit Descartes, lui-même un signe de folie ». La folie est une condition pathologique qui affecte certains individus, non une possibilité ''universelle''.
L'interprétation dialogique (Larmore) : Celui qui rejette l'hypothèse de la folie n'est pas Descartes lui-même, mais le « méditant empiriste » qui, à ce stade du texte, croit encore que les sens sont la base de toute connaissance. Pour cet empiriste, il est rationnel de rejeter l'hypothèse de la folie : la perception normale des objets proches fait partie de son cadre de référence, et il serait absurde de le remettre en question sur la base d'un cas pathologique.
Enfin, Michel Foucault et Jacques Derrida ont mené un célèbre débat sur ce passage. Pour Foucault (''Histoire de la folie'', 1961), le rejet cartésien de la folie inaugure l'« âge classique » qui exclut la déraison du champ de la pensée légitime. Pour Derrida (« Cogito et histoire de la folie », 1963), au contraire, le ''cogito'' cartésien résiste même à l'hypothèse de la folie : même si je suis fou, je pense, donc je suis. La folie n'est pas exclue ; elle est intégrée et dépassée par le ''cogito''. Le doute hyperbolique va même plus loin, en envisageant une tromperie universelle qui rendrait fou même les sains d'esprit.
==== 3. La transition vers l'argument du rêve : le passage du pathologique au naturel ====
<blockquote>
« Toutefois j'ai ici à considérer que je suis homme, et par conséquent que j'ai coutume de dormir et de me représenter en mes songes les mêmes choses, ou quelquefois de moins vraisemblables, que ces insensés, lorsqu'ils veillent. »
</blockquote>
La transition de la folie au rêve est remarquable par sa fluidité et son ingéniosité. Descartes refuse de « se régler sur l'exemple des fous », mais il reconnaît immédiatement qu'en tant qu'« homme », il a « coutume de dormir » et de vivre en rêve des expériences comparables à celles des fous, « ou quelquefois de moins vraisemblables ». Ce que le fou vit à l'état de veille (des perceptions fausses qu'il croit vraies), l'homme normal le vit en rêve.
La distinction entre folie et rêve est capitale pour comprendre la logique du doute cartésien. Ces deux hypothèses semblent similaires (toutes deux impliquent des perceptions fausses que le sujet croit vraies), mais elles diffèrent profondément. La folie est pathologique (affecte certains individus, résulte d'un dérangement cérébral, détruit la rationalité) ; le rêve est naturel et universel (tout le monde rêve, fait partie de la condition humaine normale, préserve la rationalité puisqu'on peut raisonner sur les rêves). De même, la folie est un doute gratuit (supposer qu'on est fou sans raison est arbitraire), tandis que le rêve est un doute raisonnable (supposer qu'on rêve, alors qu'on rêve régulièrement et que nos rêves sont parfois très vivaces, a des fondements dans l'expérience).
L'expression « les mêmes choses, ou quelquefois de moins vraisemblables » est significative : les rêves peuvent être encore plus extravagants que les délires des fous. On peut rêver qu'on vole, qu'on traverse des murs, qu'on parle avec des morts. L'imagination onirique n'a pas de limites. Comme le concluent Lennon et Hickson : « L'argument du rêve fournit un argument de relativité qui montre à tous les lecteurs des ''Méditations'' que nous tous, au moins parfois, sommes trompés par les sens à propos de nous-mêmes. C'est un doute raisonnable parce que dormir et rêver font partie de la vie de chacun. »
Cette transition accomplit ce que l'argument de la folie ne pouvait pas faire : elle permet de douter des perceptions les plus évidentes (être assis auprès du feu, avoir des mains, un corps) sans sortir du cadre de la raison. Car le rêve est une expérience universelle et normale ; reconnaître qu'on rêve, ce n'est pas s'avouer fou.
==== 4. La structure dialectique du premier argument ====
La progression de la Première Méditation illustre une structure dialectique caractéristique de la méthode cartésienne. Chaque niveau de certitude est testé, objecté, puis dépassé par un niveau de doute supérieur :
# Premier niveau (erreur des sens) : Les sens nous trompent ''parfois'', sur les objets petits ou éloignés. → Le doute est partiel.
# Deuxième niveau (l'évidence sensible immédiate) : Mais qu'en est-il des perceptions des objets proches et de taille moyenne ? → L'objection défend ces perceptions.
# Troisième niveau (argument du rêve) : L'expérience entière pourrait être un rêve. → Le doute s'étend à toutes les perceptions sensibles.
# Quatrième niveau (hypothèse du Dieu trompeur / malin génie) : Même les vérités mathématiques pourraient être fausses. → Le doute devient universel.
L'argument de l'erreur des sens est ainsi la première étape d'une escalade du doute qui ne s'arrêtera qu'avec l'hypothèse du malin génie. Chaque étape englobe et dépasse la précédente, jusqu'à ce que rien ne soit épargné.
==== 5. Portée pédagogique et philosophique ====
L'objection de l'évidence sensible immédiate a une fonction pédagogique essentielle : elle permet au lecteur de formuler sa propre résistance au doute, avant de voir cette résistance surmontée. Un lecteur qui lirait l'argument de l'erreur des sens pourrait se dire : « Certes, les sens me trompent parfois sur les objets éloignés, mais pas sur ce que je perçois ici et maintenant. » En formulant explicitement cette objection, Descartes montre qu'il l'a anticipée. Le lecteur se sent compris ; sa résistance est prise au sérieux. Puis, en surmontant l'objection par l'argument du rêve, Descartes conduit le lecteur à abandonner sa résistance.
Sur le plan philosophique, l'argument de l'erreur des sens pose plusieurs questions fondamentales : qu'est-ce qui rend une perception « certaine » ? qu'est-ce que la « normalité » cognitive ? comment se fonde la confiance épistémique ? Ces questions traversent toute la philosophie moderne, de Locke à Kant.
L'argument accomplit plusieurs fonctions dans l'économie des ''Méditations'' : il identifie les sens comme le « fondement » apparent du savoir et amorce la critique de ce fondement ; il introduit la logique du doute méthodique ; il établit une hiérarchie des certitudes ; il introduit la distinction entre le doute raisonnable et le doute déraisonnable ; il pose la question de la confiance épistémique. L'argument de l'erreur des sens est donc bien plus qu'un préliminaire rhétorique : il établit les coordonnées du problème épistémologique que les ''Méditations'' vont traiter.
== III. L'argument du rêve (§ 5-7) ==
=== A. L'indiscernabilité de la veille et du sommeil ===
<blockquote>
« Toutefois j'ai ici à considérer que je suis homme, et par conséquent que j'ai coutume de dormir et de me représenter en mes songes les mêmes choses, ou quelquefois de moins vraisemblables, que ces insensés, lorsqu'ils veillent. »
</blockquote>
Descartes introduit ici l'argument du rêve, l'un des plus célèbres de l'histoire de la philosophie. La transition est subtile : ce que le philosophe refuse d'envisager comme folie, il l'accepte comme rêve. Le rêve est une expérience universelle (« je suis homme »), contrairement à la folie qui affecte certains individus seulement. Chaque nuit, nous vivons des expériences comparables à celles des fous : nous croyons percevoir des choses qui n'existent pas.
<blockquote>
« Combien de fois m'est-il arrivé de songer, la nuit, que j'étais en ce lieu, que j'étais habillé, que j'étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? »
</blockquote>
L'exemple est frappant par son parallélisme avec la situation décrite précédemment. Les mêmes détails (le lieu, les vêtements, le feu) qui semblaient garantir la réalité de l'expérience actuelle peuvent être présents dans un rêve. Le rêve reproduit les conditions mêmes de l'évidence sensible : dans le rêve, je crois aussi être éveillé.
<blockquote>
« Il me semble bien à présent que ce n'est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier ; que cette tête que je remue n'est point assoupie ; que c'est avec dessein et de propos délibéré que j'étends cette main, et que je la sens : ce qui arrive dans le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci. »
</blockquote>
Descartes tente une contre-objection : l'expérience actuelle possède une clarté et une distinction que le rêve n'a pas. Les mouvements sont volontaires (« avec dessein et de propos délibéré »), les perceptions sont nettes. Mais cette distinction ne tient pas, comme la suite le montre.
<blockquote>
« Mais, en y pensant soigneusement, je me ressouviens d'avoir été souvent trompé, lorsque je dormais, par de semblables illusions. Et m'arrêtant sur cette pensée, je vois si manifestement qu'il n'y a point d'indices concluants, ni de marques assez certaines par où l'on puisse distinguer nettement la veille d'avec le sommeil, que j'en suis tout étonné ; et mon étonnement est tel, qu'il est presque capable de me persuader que je dors. »
</blockquote>
La conclusion est vertigineuse : il n'existe aucun critère permettant de distinguer avec certitude la veille du sommeil. L'argument ne prétend pas que nous rêvons actuellement, mais qu'il n'y a pas de « marques certaines » pour l'exclure. L'étonnement (''stupor'' en latin) que ressent Descartes est philosophique : c'est le ''thaumazein'' aristotélicien, l'étonnement comme source de la philosophie.
La formule finale est paradoxale : l'étonnement est « presque capable de me persuader que je dors ». Ce « presque » est important. Descartes ne conclut pas qu'il dort, mais que la possibilité du rêve suffit à rendre douteuses toutes les perceptions sensibles. Le doute est hyperbolique : il va au-delà de ce que la raison commune accepterait.
=== B. Ce qui résiste au doute du rêve : l'analogie du peintre ===
<blockquote>
« Supposons donc maintenant que nous sommes endormis, et que toutes ces particularités-ci, à savoir, que nous ouvrons les yeux, que nous remuons la tête, que nous étendons les mains, et choses semblables, ne sont que de fausses illusions [...]. Toutefois il faut au moins avouer que les choses qui nous sont représentées dans le sommeil sont comme des tableaux et des peintures, qui ne peuvent être formées qu'à la ressemblance de quelque chose de réel et de véritable. »
</blockquote>
Descartes accepte de supposer qu'il rêve. Même les éléments les plus évidents (ouvrir les yeux, remuer la tête, étendre les mains) pourraient être des illusions. Mais cette concession n'est pas totale. Les images du rêve, comme les tableaux des peintres, doivent « ressembler » à quelque chose de réel. Le rêve ne crée pas ''ex nihilo'' ; il recompose des éléments qui ont une origine dans le réel.
<blockquote>
« Car de vrai les peintres, lors même qu'ils s'étudient avec le plus d'artifice à représenter des sirènes et des satyres par des formes bizarres et extraordinaires, ne leur peuvent pas toutefois attribuer des formes et des natures entièrement nouvelles, mais font seulement un certain mélange et composition des membres de divers animaux. »
</blockquote>
L'analogie du peintre est cruciale. Même les représentations les plus fantastiques (sirènes, satyres) résultent d'une combinaison d'éléments empruntés à la réalité. Le peintre ne peut « attribuer des formes et des natures entièrement nouvelles » ; il recompose ce qui existe déjà. Ainsi, le rêve le plus extravagant présuppose des éléments simples qui, eux, doivent être réels.
<blockquote>
« Ou bien, si peut-être leur imagination est assez extravagante pour inventer quelque chose de si nouveau, que jamais nous n'ayons rien vu de semblable [...], certes à tout le moins les couleurs dont ils le composent doivent-elles être véritables. »
</blockquote>
Descartes envisage même le cas limite où l'invention serait totalement nouvelle. Même alors, les « couleurs » (c'est-à-dire les éléments les plus simples et les plus généraux de la composition) doivent être véritables. On atteint ici une limite du doute du rêve : il ne peut pas affecter les « natures simples ».
== IV. La distinction entre sciences composées et sciences simples (§ 8-9) ==
=== A. Les natures simples et universelles ===
<blockquote>
« Et par la même raison, encore que ces choses générales, à savoir, des yeux, une tête, des mains, et autres semblables, pussent être imaginaires, il faut toutefois avouer qu'il y a des choses encore plus simples et plus universelles, qui sont vraies et existantes [...]. De ce genre de choses est la nature corporelle en général, et son étendue ; ensemble la figure des choses étendues, leur quantité ou grandeur, et leur nombre ; comme aussi le lieu où elles sont, le temps qui mesure leur durée, et autres semblables. »
</blockquote>
Descartes dresse ici la liste des « natures simples et universelles » qui résistent au doute du rêve. Ces notions sont :
* la nature corporelle (l'étendue)
* la figure
* la quantité
* le nombre
* le lieu
* le temps
Ces concepts sont communs à tout ce qui peut être représenté, réel ou imaginaire. Ils constituent le matériau élémentaire de toute représentation possible.
Le concept d'« étendue » (''extensio'') est particulièrement important dans la philosophie cartésienne. Il deviendra l'attribut principal de la substance matérielle, définissant l'essence des corps. Ici, Descartes note simplement que l'étendue est présupposée par toute représentation spatiale, qu'elle soit vraie ou fausse.
=== B. La hiérarchie des sciences ===
<blockquote>
« C'est pourquoi peut-être que de là nous ne conclurons pas mal, si nous disons que la physique, l'astronomie, la médecine, et toutes les autres sciences qui dépendent de la considération des choses composées, sont fort douteuses et incertaines ; mais que l'arithmétique, la géométrie, et les autres sciences de cette nature, qui ne traitent que de choses fort simples et fort générales, sans se mettre beaucoup en peine si elles sont dans la nature, ou si elles n'y sont pas, contiennent quelque chose de certain et d'indubitable. »
</blockquote>
Ce passage établit une distinction épistémologique fondamentale. Les sciences « composées » (physique, astronomie, médecine) dépendent de l'existence réelle de leurs objets ; elles sont donc affectées par le doute du rêve. Les sciences « simples » (arithmétique, géométrie) ne traitent que de relations entre concepts, indépendamment de leur réalisation dans la nature.
La formule « sans se mettre beaucoup en peine si elles sont dans la nature, ou si elles n'y sont pas » est remarquable. Elle caractérise les mathématiques comme des sciences purement formelles, dont la validité ne dépend pas de l'existence des objets étudiés. Que je rêve ou non, les propriétés du triangle restent les mêmes.
<blockquote>
« Car, soit que je veille ou que je dorme, deux et trois joints ensemble formeront toujours le nombre de cinq, et le carré n'aura jamais plus de quatre côtés ; et il ne semble pas possible que des vérités si apparentes puissent être soupçonnées d'aucune fausseté ou d'incertitude. »
</blockquote>
Les exemples sont élémentaires : 2 + 3 = 5, le carré a quatre côtés. Ces vérités mathématiques semblent immunisées contre le doute. Leur évidence est telle qu'elle paraît inattaquable. Descartes a atteint ce qui semble être un roc de certitude, un point fixe sur lequel reconstruire le savoir. Mais le « il ne semble pas possible » (''nec fieri posse videtur'' en latin) laisse entrevoir que cette impossibilité n'est qu'apparente. Le doute n'est pas encore à son terme. Descartes va maintenant forger une hypothèse qui mettra en cause les vérités mathématiques elles-mêmes.
== V. L'hypothèse du Dieu trompeur (§ 10-11) ==
=== A. La toute-puissance divine et la possibilité de l'erreur universelle ===
<blockquote>
« Toutefois il y a longtemps que j'ai dans mon esprit une certaine opinion, qu'il y a un Dieu qui peut tout, et par qui j'ai été créé et produit tel que je suis. Or qui me peut avoir assuré que ce Dieu n'ait point fait qu'il n'y ait aucune terre, aucun ciel, aucun corps étendu, aucune figure, aucune grandeur, aucun lieu, et que néanmoins j'aie les sentiments de toutes ces choses, et que tout cela ne me semble point exister autrement que je le vois ? »
</blockquote>
Descartes introduit ici l'hypothèse du Dieu trompeur, l'argument le plus radical de la Première Méditation. L'argument repose sur l'idée traditionnelle d'un Dieu tout-puissant. Si Dieu peut tout, rien ne l'empêche en principe de me faire percevoir un monde qui n'existe pas, de me faire croire que j'ai un corps alors que je n'en ai point.
La liste des choses qui pourraient ne pas exister reprend les « natures simples » identifiées précédemment : terre, ciel, corps étendu, figure, grandeur, lieu. Même ces éléments fondamentaux de toute représentation spatiale pourraient être des illusions. Le doute atteint ici une profondeur vertigineuse : ce n'est plus seulement la réalité du monde extérieur qui est en question, mais la structure même de notre représentation.
<blockquote>
« Et même, comme je juge quelquefois que les autres se méprennent, même dans les choses qu'ils pensent savoir avec le plus de certitude, il se peut faire qu'il ait voulu que je me trompe toutes les fois que je fais l'addition de deux et de trois, ou que je nombre les côtés d'un carré, ou que je juge de quelque chose encore plus facile, si l'on se peut imaginer rien de plus facile que cela. »
</blockquote>
L'argument s'étend désormais aux vérités mathématiques. Descartes constate d'abord que les hommes se trompent parfois sur ce qu'ils croient savoir le plus certainement. Cette observation empirique ouvre une possibilité : peut-être que je me trompe moi-même sur les vérités les plus évidentes. Un Dieu tout-puissant pourrait faire en sorte que je me trompe à chaque calcul, même le plus simple.
C'est le point culminant du doute : non seulement le monde extérieur, mais les vérités mathématiques elles-mêmes, les évidences rationnelles les plus certaines, deviennent douteuses. Le doute est désormais « hyperbolique », c'est-à-dire excessif, dépassant les limites du raisonnable.
=== B. L'objection de la bonté divine ===
<blockquote>
« Mais peut-être que Dieu n'a pas voulu que je fusse déçu de la sorte, car il est dit souverainement bon. Toutefois, si cela répugnerait à sa bonté, de m'avoir fait tel que je me trompasse toujours, cela semblerait aussi lui être aucunement contraire, de permettre que je me trompe quelquefois, et néanmoins je ne puis douter qu'il ne le permette. »
</blockquote>
Descartes envisage une objection théologique : Dieu, étant souverainement bon, ne peut pas vouloir me tromper. Mais cette objection se retourne. Si la bonté divine est incompatible avec l'erreur permanente, pourquoi est-elle compatible avec l'erreur occasionnelle ? Or, nous nous trompons parfois : c'est un fait d'expérience. La bonté divine ne garantit donc pas l'absence d'erreur.
Cet argument est subtil. Descartes ne nie pas la bonté de Dieu ; il montre que cette bonté, même admise, ne suffit pas à exclure la possibilité de l'erreur. Le problème du mal (ici, le mal épistémique qu'est l'erreur) reste entier. La théodicée ne résout pas le problème du doute.
=== C. L'extension aux athées ===
<blockquote>
« Il y aura peut-être ici des personnes qui aimeront mieux nier l'existence d'un Dieu si puissant, que de croire que toutes les autres choses sont incertaines. Mais ne leur résistons pas pour le présent, et supposons, en leur faveur, que tout ce qui est dit ici d'un Dieu soit une fable. »
</blockquote>
Descartes anticipe une objection : certains pourraient préférer l'athéisme à l'acceptation d'une incertitude universelle. Mais cette échappatoire est vaine. Même si Dieu n'existe pas, le doute subsiste, voire se renforce.
<blockquote>
« Toutefois, de quelque façon qu'ils supposent que je sois parvenu à l'état et à l'être que je possède, soit qu'ils l'attribuent à quelque destin ou fatalité, soit qu'ils le réfèrent au hasard, soit qu'ils veuillent que ce soit par une continuelle suite et liaison des choses, il est certain que, puisque faillir et se tromper est une espèce d'imperfection, d'autant moins puissant sera l'auteur qu'ils attribueront à mon origine, d'autant plus sera-t-il probable que je suis tellement imparfait que je me trompe toujours. »
</blockquote>
L'argument est retourné de façon brillante. Quelle que soit l'origine supposée de mon être (destin, hasard, nécessité naturelle), moins cette cause est parfaite, plus il est probable que son effet (moi) soit imparfait et sujet à l'erreur. L'athéisme, loin de restaurer la certitude, la compromet davantage. Sans un Dieu parfait pour garantir mes facultés, je suis livré à une imperfection peut-être radicale.
== VI. La conclusion du premier mouvement du doute (§ 12) ==
<blockquote>
« Auxquelles raisons je n'ai certes rien à répondre, mais je suis contraint d'avouer que, de toutes les opinions que j'avais autrefois reçues en ma créance pour véritables, il n'y en a pas une de laquelle je ne puisse maintenant douter, non par aucune inconsidération ou légèreté, mais pour des raisons très fortes et mûrement considérées : de sorte qu'il est nécessaire que j'arrête et suspende désormais mon jugement sur ces pensées, et que je ne leur donne pas plus de créance, que je ferais à des choses qui me paraîtraient évidemment fausses, si je désire trouver quelque chose de constant et d'assuré dans les sciences. »
</blockquote>
Ce paragraphe marque la conclusion du premier mouvement de la méditation. Le résultat est total : « il n'y en a pas une » de mes anciennes opinions qui échappe au doute. Descartes insiste sur le caractère méthodique de cette suspension : elle ne procède pas de l'« inconsidération ou légèreté », mais de « raisons très fortes et mûrement considérées ».
La formule « arrêter et suspendre mon jugement » (en grec, ''epochè'') rappelle le vocabulaire sceptique. Mais la finalité est inverse : Descartes suspend son jugement pour pouvoir ensuite établir des certitudes. La suspension est provisoire, non définitive.
Le principe méthodologique du début est réaffirmé : ce qui est douteux doit être traité comme faux, si l'on veut « trouver quelque chose de constant et d'assuré dans les sciences ». Le doute est un instrument, non une fin en soi.
== VII. La résistance des anciennes opinions (§ 13) ==
<blockquote>
« Mais il ne suffit pas d'avoir fait ces remarques, il faut encore que je prenne soin de m'en souvenir ; car ces anciennes et ordinaires opinions me reviennent encore souvent en la pensée, le long et familier usage qu'elles ont eu avec moi leur donnant droit d'occuper mon esprit contre mon gré, et de se rendre presque maîtresses de ma créance. »
</blockquote>
Descartes fait ici une remarque de psychologie épistémique. Les anciennes opinions ont une force propre qui leur vient de l'habitude. Elles « reviennent » à l'esprit, « contre mon gré ». La métaphore est presque juridique : le « long et familier usage » leur donne un « droit » d'occuper l'esprit. Les croyances ne sont pas de simples contenus neutres ; elles ont une ''efficace'', une tendance à s'imposer.
Ce passage révèle une conception de l'esprit comme champ de forces. La volonté de douter ne suffit pas à neutraliser les croyances ; celles-ci ont leur inertie propre. Le philosophe doit lutter contre cette tendance naturelle à retomber dans les certitudes familières.
<blockquote>
« Et je ne me désaccoutumerai jamais d'y acquiescer, et de prendre confiance en elles, tant que je les considérerai telles qu'elles sont en effet, c'est à savoir en quelque façon douteuses, comme je viens de montrer, et toutefois fort probables, en sorte que l'on a beaucoup plus de raison de les croire que de les nier. »
</blockquote>
Descartes reconnaît que les anciennes opinions sont « fort probables ». Il serait plus raisonnable de les croire que de les nier. Mais la probabilité n'est pas la certitude. Pour les besoins de la recherche métaphysique, le probable doit être traité comme le faux. Cette exigence va contre le sens commun et contre la tendance naturelle de l'esprit.
<blockquote>
« C'est pourquoi je pense que j'en userai plus prudemment, si, prenant un parti contraire, j'emploie tous mes soins à me tromper moi-même, feignant que toutes ces pensées sont fausses et imaginaires. »
</blockquote>
La solution est paradoxale : pour contrebalancer la force des opinions probables, Descartes décide de « se tromper lui-même » volontairement. Il va « feindre » que tout est faux. Cette décision marque le passage du doute simplement méthodique au doute hyperbolique assumé. Il ne s'agit plus seulement de suspendre son jugement, mais d'adopter activement la position contraire aux croyances naturelles.
L'expression « balancer mes préjugés » serait éclairante. L'esprit est comme une balance. Les préjugés font pencher d'un côté. Pour rétablir l'équilibre (et donc l'impartialité du jugement), il faut ajouter un poids de l'autre côté. Le doute volontaire joue ce rôle de contrepoids.
== VIII. L'hypothèse du malin génie (§ 14) ==
=== A. L'invention d'une fiction méthodologique ===
<blockquote>
« Je supposerai donc qu'il y a, non point un vrai Dieu, qui est la souveraine source de vérité, mais un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant, qui a employé toute son industrie à me tromper. »
</blockquote>
Descartes forge ici l'une des figures les plus célèbres de l'histoire de la philosophie : le « malin génie » (''genius malignus'' en latin). Ce n'est pas un Dieu trompeur (ce serait contradictoire avec l'idée de Dieu comme source de vérité), mais une entité maléfique, « non moins rusé et trompeur que puissant », dont la seule raison d'être est de me tromper.
Pourquoi cette nouvelle hypothèse ? L'argument du Dieu trompeur posait un problème théologique : Dieu, par définition, ne peut pas être trompeur. Le malin génie contourne cette difficulté. C'est une pure fiction méthodologique, un outil pour maintenir le doute à son maximum d'intensité. Peu importe qu'une telle entité existe réellement ; il suffit qu'elle soit concevable pour que le doute soit justifié.
<blockquote>
« Je penserai que le ciel, l'air, la terre, les couleurs, les figures, les sons et toutes les choses extérieures que nous voyons, ne sont que des illusions et tromperies, dont il se sert pour surprendre ma crédulité. »
</blockquote>
Le champ d'action du malin génie est total. Tout ce qui constitue le monde extérieur (« le ciel, l'air, la terre ») mais aussi les qualités sensibles (« les couleurs, les figures, les sons ») sont potentiellement des « illusions et tromperies ». La réalité tout entière devient suspecte, un piège tendu à ma « crédulité ».
<blockquote>
« Je me considérerai moi-même comme n'ayant point de mains, point d'yeux, point de chair, point de sang, comme n'ayant aucun sens, mais croyant faussement avoir toutes ces choses. »
</blockquote>
Le doute atteint désormais mon propre corps. Je dois supposer que je n'ai « point de mains, point d'yeux, point de chair, point de sang ». Mon corps tout entier pourrait être une illusion. Seule subsiste une croyance fausse : « croyant faussement avoir toutes ces choses ». Mais cette croyance, elle, existe. Le mouvement vers le ''cogito'' est préparé, sans être encore explicité.
=== B. La résolution de maintenir le doute ===
<blockquote>
« Je demeurerai obstinément attaché à cette pensée ; et si, par ce moyen, il n'est pas en mon pouvoir de parvenir à la connaissance d'aucune vérité, à tout le moins il est en ma puissance de suspendre mon jugement. C'est pourquoi je prendrai garde soigneusement de ne point recevoir en ma croyance aucune fausseté, et préparerai si bien mon esprit à toutes les ruses de ce grand trompeur, que, pour puissant et rusé qu'il soit, il ne me pourra jamais rien imposer. »
</blockquote>
Descartes affirme sa résolution avec une détermination remarquable. L'adverbe « obstinément » traduit une volonté de fer. Même si aucune vérité ne peut être atteinte, au moins la suspension du jugement est possible. C'est un gain : en ne croyant à rien, on ne croit à rien de faux. Le malin génie ne peut « rien imposer » à celui qui refuse tout assentiment.
On voit ici apparaître le rôle de la volonté dans le doute cartésien. Le doute n'est pas seulement un état intellectuel ; c'est une décision, un acte de la volonté. Face aux « ruses » du trompeur, l'esprit se met en position de défense active. La vigilance intellectuelle est une forme de vertu.
== IX. La difficulté de maintenir le doute (§ 15) ==
=== A. La paresse et l'attrait de la vie ordinaire ===
<blockquote>
« Mais ce dessein est pénible et laborieux, et une certaine paresse m'entraîne insensiblement dans le train de ma vie ordinaire. »
</blockquote>
La fin de la méditation prend une tonalité plus personnelle. Descartes avoue la difficulté de maintenir le doute. Le projet est « pénible et laborieux ». Une « paresse » naturelle pousse à retourner à la « vie ordinaire », c'est-à-dire à l'attitude naturelle où l'on ne doute de rien. Le doute hyperbolique demande un effort constant, une tension contre les tendances spontanées de l'esprit.
=== B. La métaphore de l'esclave rêvant de liberté ===
<blockquote>
« Et tout de même qu'un esclave qui jouissait dans le sommeil d'une liberté imaginaire, lorsqu'il commence à soupçonner que sa liberté n'est qu'un songe, craint d'être réveillé, et conspire avec ces illusions agréables pour en être plus longuement abusé, ainsi je retombe insensiblement de moi-même dans mes anciennes opinions, et j'appréhende de me réveiller de cet assoupissement. »
</blockquote>
Cette métaphore finale est d'une grande richesse. L'esclave qui rêve de liberté ne veut pas se réveiller ; il préfère l'illusion agréable à la réalité pénible. De même, nous préférons nos croyances confortables à l'inconfort du doute. Les « anciennes opinions » sont comme un sommeil dont nous ne voulons pas sortir.
Mais la métaphore contient aussi une promesse. L'esclave qui se réveille découvre sa condition réelle ; c'est le premier pas vers une possible émancipation. Le philosophe qui s'éveille du sommeil dogmatique accède à une lucidité nouvelle. Le « réveil » est douloureux, mais nécessaire.
<blockquote>
« De peur que les veilles laborieuses qui succéderaient à la tranquillité de ce repos, au lieu de m'apporter quelque jour et quelque lumière dans la connaissance de la vérité, ne fussent pas suffisantes pour éclaircir toutes les ténèbres des difficultés qui viennent d'être agitées. »
</blockquote>
La méditation s'achève sur une note d'incertitude. Descartes craint que l'effort de réflexion (« les veilles laborieuses ») ne suffise pas à dissiper les « ténèbres » du doute. La lumière de la vérité est espérée, mais non garantie. Cette fin ouverte prépare la suite : la Seconde Méditation apportera effectivement une première lumière avec la découverte du ''cogito''.
== Conclusion : portée et signification de la Première Méditation ==
=== A. Le bilan du doute ===
La Première Méditation a accompli un travail de destruction systématique. Toutes les sources de connaissance ont été mises en doute : les sens (argument de l'erreur des sens), l'imagination (argument du rêve), et même l'entendement (hypothèse du Dieu trompeur et du malin génie). Rien ne subsiste de l'édifice des anciennes opinions.
Le doute a progressé par cercles concentriques, du plus superficiel au plus profond. On peut distinguer trois niveaux :
# Le doute empirique : les sens nous trompent parfois
# Le doute onirique : je pourrais rêver
# Le doute métaphysique : un être tout-puissant pourrait me tromper sur tout
Chaque niveau engloutit le précédent et l'approfondit.
=== B. Les caractères du doute cartésien ===
Le doute cartésien présente des caractères distinctifs qui le distinguent du scepticisme antique et moderne :
* ''Méthodique'' : c'est un instrument au service de la recherche de la vérité, non une fin en soi.
* ''Hyperbolique'' : il va au-delà de ce que le bon sens commun accepterait, en traitant le simplement douteux comme certainement faux.
* ''Provisoire'' : destiné à être surmonté, il prépare la reconstruction du savoir.
* ''Volontaire'' : c'est une décision, un acte de la volonté qui résiste aux tendances naturelles de l'esprit.
=== C. La préparation de la Seconde Méditation ===
La Première Méditation s'achève dans les « ténèbres », mais elle a préparé la « lumière » qui viendra. En effet, le doute radical a isolé un élément qui résiste ''implicitement'' à la destruction : l'acte même de douter. En supposant que je n'ai pas de corps, je suppose que je crois faussement avoir un corps ; mais cette croyance, vraie ou fausse, ''existe''. L'existence de la pensée est présupposée par le doute lui-même.
La Seconde Méditation exploitera cette brèche. Le ''cogito'' (« Je pense, donc je suis ») émergera comme la première vérité absolument certaine, résistant à tous les arguments du doute. Le malin génie lui-même ne peut me tromper sur le fait que, tant que je pense, j'existe. La destruction opérée par la Première Méditation aura ainsi préparé la reconstruction.
=== D. L'héritage philosophique ===
L'influence de la Première Méditation sur l'histoire de la philosophie est immense. Elle inaugure la tradition de la « philosophie du sujet » qui domine la pensée moderne. En faisant de la certitude subjective le critère de la vérité, Descartes opère une révolution comparable à celle que Kant appellera plus tard « révolution copernicienne ». Ce n'est plus l'objet qui détermine la connaissance, mais le sujet connaissant qui devient le centre de la réflexion.
Les arguments du doute ont été repris, discutés, critiqués par tous les grands philosophes ultérieurs. L'argument du rêve est devenu un classique de l'épistémologie. L'hypothèse du malin génie a été sécularisée dans les discussions contemporaines sur le « cerveau dans une cuve » ou sur la simulation informatique. La question que pose Descartes — comment distinguer l'illusion de la réalité ? — reste au cœur de la réflexion philosophique.
Ainsi, la Première Méditation n'est pas seulement un moment dans l'itinéraire cartésien vers la vérité ; c'est un texte fondateur de la philosophie moderne, dont la force interrogative n'a rien perdu de son actualité.
== Notes et Références ==
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a cell : ''une cellule''
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a chromosome : ''un chromosome''<br />a chromatid : une ''chromatide''<br />the centromere : ''le centromère''<br />homologous chromosomes : ''des chromosomes homologues''<br />deoxyribonucleic acid (DNA) : ''acide désoxyribonucléique (ADN)''<br />ribonucleic acid (RNA) : ''acide ribonucléique (ARN)''<br />DNA polymerase : ''ADN polymérase''<br />transfer RNA (tRNA) : ''ARN de transfert (ARNt)''<br />messenger RNA (mRNA) : ''ARN messager (ARNm)''<br />amino acid : ''acide aminé''<br />reverse transcriptase : ''transcriptase inverse''<br />transcription : ''transcription''
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mitosis : ''la mitose''<br />meiosis : ''la méiose''
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== Histoire ==
phpMyVisites est depuis 1 an et demi en version 1.x. La structure actuelle n'est pas adaptée pour répondre aux exigences toujours plus importantes des utilisateurs, amateurs, confirmés ou entreprises. La structure de la base n'est pas assez souple, évolutive. La structure du code n'est pas modulaire. Il n'est pas facile de faire des modifications sur le code source, de développer des skins.
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:phpMyVisites saura s'adapter à des audiences de toutes tailles. phpMyVisites saura tenir la charge et assurera une rapidité maximale, via un système d'archivage complexe et une optimisation des traitements et calculs sur les données.
* '''Secure (sécurisé)'''
:phpMyVisites sera protégé de toute forme de hacking, que ce soit par des visiteurs anonymes ou des membres enregistrés avec des privilèges. La sécurité est une priorité majeure de l'équipe de développement.
* '''Flexible (flexible) '''
:phpMyVisites proposera un système de thèmes, qui permettra de fournir des rapports avec des apparences différentes pour répondre aux besoins de chaque type d'utilisateurs. Le contenu des rapports pourra également être facilement modifié.
* '''Modular (Modulaire) '''
:phpMyVisites sera découpé en parties fonctionnelles, chacune étant le plus indépendante possible du reste de l'application. L'ajout de nouvelles fonctionnalités sera facilitée, que ce soit au niveau de l'intégration code ou base de données, et de l'affichage.
* '''Localizable (traduisible) '''
:phpMyVisites sera entièrement traduisible et gérera les spécificités de chaque langue. Le système de traduction sera simple et il sera très rapide d'ajouter une nouvelle langue.
* '''Intuitive (intuitif)'''
:phpMyVisites sera facile à installer, facile à utiliser. Les utilisateurs pourront facilement tirer d'importantes conclusions sur l'activité de leur site Internet et sur l'intérêt de leurs visiteurs. Les utilisateurs avancés pourront exploiter les fonctionnalités complexes de phpMyVisites pour des analyses encore plus fines.
* '''Portable (portable)'''
:phpMyVisites fonctionnera avec des exigences techniques de compatibilité importantes : register_globals Off, error_reporting E_ALL, ne dépendra pas du serveur utilisé, ne dépendra pas du système d'exploitation utilisé, sera compatible avec des versions anciennes de php.
== Release Early, release Often ==
Suivons les grandes idées du développement du logiciel libre. On publiera des versions bêta le plus régulièrement possible cet été pour que les testeurs ne s'ennuient pas. Également :
18. To solve an interesting problem, start by finding a problem that is interesting to you.
6. Treating your users as co-developers is your least-hassle route to rapid code improvement and effective debugging.
'''''7. Release early. Release often. And listen to your customers.'''''
'''''8. Given a large enough beta-tester and co-developer base, almost every problem will be characterized quickly and the fix obvious to someone.'''''
9. Smart data structures and dumb code works a lot better than the other way around.
10. If you treat your beta-testers as if they're your most valuable resource, they will respond by becoming your most valuable resource.
11. The next best thing to having good ideas is recognizing good ideas from your users. Sometimes the latter is better.
12. Often, the most striking and innovative solutions come from realizing that your concept of the problem was wrong.
13. ``Perfection (in design) is achieved not when there is nothing more to add, but rather when there is nothing more to take away.''
14. Any tool should be useful in the expected way, but a truly great tool lends itself to uses you never expected.
15. When writing gateway software of any kind, take pains to disturb the data stream as little as possible—and never throw away information unless the recipient forces you to!
17. A security system is only as secure as its secret. Beware of pseudo-secrets.
19: Provided the development coordinator has a communications medium at least as good as the Internet, and knows how to lead without coercion, many heads are inevitably better than one.
= DeadLine prévue =
== Beta 1, Codename "Ouf" (10 octobre) ==
Première release publique
== Beta 2, Codename "buggyTrip" (date prévue : 29 Octobre) ==
* correction bug beta1
* gestion multi users / groups puissante
* première implémentation des graphiques
== Beta 3 (date prévue : 6 Novembre) ==
* correction bugs beta 2
* graphiques des statistiques via artichow (tous implémentées, 6 types de graphe)
== Beta 4 (date prévue : 13 Novembre) ==
* gérer les fichiers ds le tableau des pages ou séparément
* correction bugs beta 3
* cookie d'exclusion du webmaster
* gérer les variables par page
== Beta 5 (date prévue : 20 Novembre) ==
* correction bug beta 4
* Module assurant le lancement des calculs des données automatiquement, lancés par les visiteurs lors de leur visite sur phpmyvisites.php (archive ts les sites, tts les périodes, calcule et envoie les mails)
* ajouter choix logo par site
* cleaner présentation module admin
* version anglaise parfaite
* pouvoir choisir de sender le résumé des sites pour l'envoi (seulement sites autorisés !)
* gestion fine des e-mails d'envoi (par utilisateur, fréquence d'envoi, etc.)
== Plus tard ==
* module de conversion des stats de phpmv 1.x vers 2.x
* pouvoir choisir le site sur lequel on arrive par défaut OU sur le résumé
= Documentation de phpMyVisites v2 =
== Une documentation qui soit modulaire, réutilisable ! ==
Dans ce domaine tout reste à faire. L'idée est de faire une documentation utilisateur très complète, facile à comprendre, et surtout réutilisable. En effet à long terme nous aimerions que les éléments de l'interface de phpmv soient cliquables, et le clic ouvre la partie de la doc concernée.
Par exemple un clic sur [?] au dessus d'un graphe ouvre une pop up ou charge dans la page l'explication de ce graphe, en 2 parties :
* "Résumé" qui explique en une phrase ce que donne cet élément comme information
* "Analyse" qui explique comment analyser correctement les données de cet élément
== Documentation générale ==
* Présentation succincte
* Installation et Mise à jour
:* Configuration requise
:* Étapes de l'installation
::* Téléchargement et upload de phpMyVisites
::* Phase d'installation web guidée
::* Insertion du code Javascript sur les pages du site à auditer
:* Mettre à jour depuis une ancienne version
* Fonctionnalités générales
:* Nommer les pages
:* Classer les pages par groupes
:* Intérêts de visites par critères
:* Exclusion des faibles populations
:* Variables modulaire par page
:* Affluent de type newsletter
:* Affluent Site partenaire
:* Archivage
:* Statistiques par mail
:* Statistiques par fil RSS
:* Multi-Sites
:* etc.
* Fonctionnalités des rapports de mesure d'audience
:* Visites
:* Pages vues
:* Fréquence de visites
:* Provenance
:* Configuration
:* Affluents
:* Résumé multi-sites
* Administration
:*
* Sécurité
:* PHP
:* MySQL
* Traductions
:* Traductions disponibles (avec traducteurs)
:* Ajouter une nouvelle traduction
:* Corriger et compléter une traduction existante
* Support
:* Documentation
:* FAQ
:* Forums
:* BugTracker
* À propos
:* Licence du logiciel
:* Licence de la documentation
:* Historique
:* Équipe de développement
== Documentation technique ==
* s'occuper de générer la doc du code via phpdoc (il faut un responsable pour ça)
* générer un schéma à jour du MCD
* décrire l'arborescence fichiers
* donner les standards respectés
* faire un appel générale à la communauté pour wikifier, pour corriger/ajouter des bouts de docs
= Général =
== Fonctionnalités ==
*fort respect des standards (XHTML strict, CSS2)
*Garder la compatibilité avec le maximum de navigateurs en respectant les normes
*compatible php > 4.3 et compatible php 5 '''(je ne peux pas faire les tests personnellement qq1 devra s'en charger !)'''
*compatibilité avec la majorité des hébergeurs disponibles
*maintenir la forte internationalisation i18n
*respecter la séparation CONTENU / AFFICHAGE (Smarty & CSS)
* compatible ''''register_globals'''' sur ''''OFF'''' '''''évidemment'''''
* aucune erreur en mode ''''error_reporting(E_ALL);''''
* OS indépendant (unix, windows, mac) et Serveur indépendant (apache, IIS, etc.)
*il doit être possible d'inclure phpmyvisites dans une interface tierce, via un système simple et non contraignant.
== Documentation du code ==
* PhpDocumentor : http://www.phpdoc.org/
* Liste des éléments reconnus par phpDocumentor http://manual.phpdoc.org/HTMLSmartyConverter/default/phpDocumentor/tutorial_elements.pkg.html
* Exemple dans PEAR http://pear.php.net/manual/en/standards.sample.php
= Questions / réponses =
== Abstraction BDD par Adodb (choix final) ==
Nous allons certainement utiliser Adodb pour l'abstraction BDD.
Le principe sera :
- rester au plus près des appels natifs pour l'enregistrement des logs, on devra donc écrire les requêtes utilisées pour les logs pour chaque serveur de base de données séparément dans des fichiers séparés, sachant que les requêtes sont normalement standards.
- pour tout le reste de l'appli, on utilise Adodb
Ce choix fait suite à des benchmarks et rapports de fonctionnalités que je publierai peut être au propre un jour.
Nous mettions en comparaison pear:db, adodb, adodblite, et mysql natif.
== Comptabilisation des moteurs de recherches via un système de log parallèle ==
Voir discussion sur
http://fr.wikibooks.org/wiki/Documentation_phpMyVisites/R%C3%A9flexions_version2/SearchEnginesDetection
== Sauvegarde et restauration des données par un système simple ==
Dans l'administration, un lien « Sauvegarder la base de données » entraîne la création d'un fichier .gz sur le serveur, librement téléchargeable par l'utilisateur. Cette archive contient un DUMP de la base.
Dans l’administration, un lien « Restaurer la base de données » permet la lecture de ce GZ et la restauration des données du DUMP.
À réfléchir pour une compatibilité avec toutes les bases de données (ça ne doit pas être évident ?). Le générateur de DUMP doit à mon avis ne pas dépendre de la structure de la bdd et doit être générique (il lit tout seuls les tables avec un préfixe xxx_ et les champs et crée le fichier).
== Export OOo ==
Utiliser du format open document pour l'export des données (compatible koffice, OO 2, etc.)
Voir les classes à utiliser pour faire ça
:La classe tbsOOo est une extension du moteur de template TinyButStrong.
:Elle permet de générer dynamiquement des documents OpenOffice en séparant présentation et données.
:En pratique, il suffit de concevoir un document avec OpenOffice qui servira de modèle (template). :Ensuite à partir du script PHP, il reste à fusionner ce modèle avec une source de données pour obtenir un nouveau document OpenOffice.
:http://www.tinybutstrong.com/apps/tbsooo/doc_fr.html
== Autres Q/A ==
* Comment sont gérées les préférences des utilisateurs en matière de templates ?
: >> le choix du template peux être garder en session ou dans un cookie.
::Après plus de réflexion, je pense que le template par défaut doit être dans le fichier de conf de phpMyVisites. Ensuite si on veut laisser le choix à l'utilisateur de changer de template, je préconise les cookies, les sessions sont gourmandes en ressource et les cookies permettent de garder le choix d'une session à l'autre. ''Marco''
* Comment gérer proprement les erreurs génériques dans toute l'application ?
: >> Une fonction que l'on accroche via set_error_handler() et qui crée une file de message d'erreur affichables dans les templates.
:: bonne idée ta fonction. Il faudra la développer. Comment vois tu la chose ? [[Utilisateur:Matthieu|Matthieu Aubry]] 21 jul 2005 à 00:24 (UTC)
= Architecture =
== Général ==
[[Image:structure_schema.png|Schéma de l'architecture de l'application]]
== Base de données ==
[[Image:Phpmyvisites_database_structure.png|vignette|upright=4.0|Schéma de l'architecture de la base de données]]
{{clr}}
= Coding Standard =
* [[Documentation phpMyVisites/CodingStandard]]
= Nouvelles fonctionnalités (liste non définitive) =
''Des fonctionnalités (parmi les moins importantes) ne seront peut être pas développées s'il manque du temps.''
== Fonctionnalités globales ==
=== Intérêts de visites ===
On peut analyser les intérêts des visiteurs (indicateurs définis) selon divers critères caractérisant ce visiteur.
'''Critères :'''
* par type d'accès (moteur, site, partenaire, newsletter, direct)
* par mot clé
* par moteur
* par site affluent
* par partenaire
* par newsletter
* par pays
* par continent
* par OS
* par navigateur
* par résolution
* par heure locale
* (par page d'entrée)
'''Indicateurs (informations) disponibles :'''
* pages vues par visite
* pages vues par visite significatives
* taux de visites à une page
* durée de visites
* fréquence de visites
Ex : combien de pages en moyenne ou de temps en moyenne restent les gens
* français
* américains
* qui viennent de Google
* de Yahoo
* ou qui ont tapé comme mot "toto"
* ou 'titi'
=== Nommer les pages ===
Possibilité de nommer les pages, via une variable dans le code javascript, de la forme par exemple :
<syntaxhighlight lang="javascript">
var pagename = "Mon_titre";
var pagename = "groupe1>groupe2>mon_titre";
var pagename = "groupe1>mon_titre";
</syntaxhighlight>
Cette convention de nommage demande un temps d'adaptation au site sur lequel phpmyvisites est installé mais propose une très grande facilité de maintenance (voire aucune maintenance, normalement), et une évolution (si le site évolue largement) très aisée.
À noter que l'on peut récupérer le contenu de la balise <title>[..]</title> pour l'assigner automatiquement à cette variable, pour encore plus de facilité de mise en place.
Si la variable pagename n'est pas renseignée, l'URL est enregistrée (avec possibilité d'exclure certains paramètres de cette URL).
Le nommage de pages est très important.
Il peut par exemple permettre de savoir quelles actions précises sont effectués sur un module donné.
Il peut permettre de connaître l'état d'avancement de l'acte d'achat sur un site de commerce (mise dans le panier, validation commandes, saisies coordonnées, paiement). On peut alors facilement visionner le taux d'abandon à chaque étape.
=== Groupes de pages ===
Possibilité de classer dynamiquement les pages dans des groupes de pages. N niveaux de groupes sont disponibles.
<syntaxhighlight lang="javascript">
var pagename = "groupe1>groupe2>mon_titre";
</syntaxhighlight>
Possibilité d'avoir les stats par groupe de pages (nombre de consultation du groupe).
Nombre de consultation par groupe d'entrée, par groupe de sortie (statistiques déjà présentes pour les pages).
'''IHM ''': Elle doit être simple, clair, accessible. On doit pouvoir voir tous les groupes, éventuellement
avec AJAX pour un chargement rapide et efficace (et joli).'''à définir... '''
: possibilité que le > délimiteur soit un / facilement. On peut alors séparer les grands thèmes du site si le site est organisé par répertoire. POwerFULL !!
=== Définition de variables modulaires par page ===
Nouveauté qui permet à phpMyVisites ''de répondre a priori à tout problème, même très spécifique''.
Le principe est simple : des variables (4 pour l'instant) sont dites « libres » et sont donc définissables par le webmaster.
Elles peuvent désigner des nombres (chiffres, prix, id), des chaînes (PrénomNom de la personne logguée pour un intranet, nom d'un sous état d'une page...), des états (connecté à la section membre), etc.
Il est ensuite possible d'isoler les visites en fonctions de ces variables et de leur valeur.
'''Exemple : '''
:<p><U>intranet</U>
on peut faire des études en fonction de la valeur du paramètre
désignant le PrénomNom des membres</P>
:<p><U>media</U>
on peut étudier les différences de comportement en
fonction des visiteurs connectés (abonnés) ou anonymes</P>
::<p>'''''ATTENTION'''''
: ce qui suit sont des pures spéculations, les réflexions sur la faisabilité, le temps de développement et l'intégration n'ont pas été faites !</P>
:::<U>ecommerce</U> on peut imaginer pouvoir faire des stats sur les ventes, CA
:::*nb de commandes
:::*panier moyen
:::*nb d'objets moyen par achat
:::*fréquence de commandes par visite
:::*délai (en temps et pages vues) avant la commande
Ces variables sont propres à chaque site et sont renommables par site, pour améliorer l'affichage dans l'interface.
Pour la consultation des données, le principe suivant peut être utilisé : lors du clic sur une page (ou « action ») donnée, une pop up se lance, et pour chacune des 4 variables (si elles ont été assignées), on affiche :
* nom variable et valeur,
* nombre de visites sur cette page (« action ») avec cette valeur de variable
'''Ex : '''
*Magasin
:*informatique
:*plomberie
::*consultation
::*achat
::*envoie à un ami
:*charcuterie
*Contacts
Le lien consultation par exemple déplie un tableau avec le
contenu suivant :
{| WIDTH="429" BORDER="1" BORDERCOLOR="#000000" CELLPADDING="4" CELLSPACING="0"
|----- VALIGN="TOP"
| WIDTH="311" |
<P CLASS="western" ALIGN=CENTER STYLE="text-decoration: none"><B>Etat
visiteur</B></P>
! WIDTH="100" |
<p>'''Visites'''</P>
|----- VALIGN="TOP"
| WIDTH="311" |
<P CLASS="western" ALIGN=LEFT>connecté</P>
| WIDTH="100" |
<P CLASS="western" ALIGN=LEFT>400 (40%)</P>
|----- VALIGN="TOP"
| WIDTH="311" |
<P CLASS="western" ALIGN=LEFT>anonyme</P>
| WIDTH="100" |
<P CLASS="western" ALIGN=LEFT>600 (60%)</P>
|}
On visionne pour une page donné des sous états, de manière simple et pratique.
On peut imaginer sur un ''intranet'' une variable PrenomNom :
{| WIDTH="430" BORDER="1" BORDERCOLOR="#000000" CELLPADDING="4" CELLSPACING="0"
|----- VALIGN="TOP"
! WIDTH="311" |
<p>Nom</P>
! WIDTH="101" |
<p>Visites</P>
|----- VALIGN="TOP"
| WIDTH="311" |
<p>Dupond_Jean-Marie</P>
| WIDTH="101" |
<P CLASS="western" ALIGN=LEFT>3 (n%)</P>
|----- VALIGN="TOP"
| WIDTH="311" |
<p>Ernesto_Philippe</P>
| WIDTH="101" |
<P CLASS="western" ALIGN=LEFT>2 (n%)</P>
|}
On visionne rapidement qui s'est connecté à chaque
page, combien de fois.
Ces statistiques sont aussi disponibles pour les groupes.
Dans ce cas on fait la somme pour chaque page du groupe.
Pour le groupe « plomberie » on somme le nombre de pages vues avec un état « connecté » ou « anonyme ».
Avec cette technique de variables libres et renommables, on peut envisager répondre à tout problème spécifique.
=== Statistiques à l'année ===
Pour l'instant seules sont dispos les stats au jour, semaines, mois.
Pour les stats à l'année, les stats sur les mois sont utilisées.
=== Bilan multi-sites (facultatif) ===
Dans le sélecteur de sites est disponible un « Bilan global », où sont sommées et moyennées les valeurs essentielles de chaque site.
Cela implique que les données de tous les sites soient archivées, cela lance donc éventuellement l'archivage de chaque site.
Les données intégrées seront (à compléter) :
* toutes les informations relatives aux visites et nombre de pages vues,
* les pays, continents,
* les configurations matérielles,
* les affluents (moyenne des types d'affluents et meilleurs moteurs).
=== Mesure des téléchargements ===
Les téléchargements sont simples à mettre en place : pour comptabiliser dans phpmyvisites une page de type "fichier", et donc pouvoir comptabiliser des fichiers .zip .exe ou autres, il suffit de mettre un lien pour le téléchargement de ce fichier de la forme
http://adresse phpmyvisites/phpmyvisites.php?go=URL OU ON REDIRIGE&pagename=FILE:NOM DU FICHIER LISIBLE AVEC ÉVENTUELLEMENT LES GROUPES&id=ID DU SITE DANS PHPMYVISITES
Le script redirige automatiquement vers l'url _GET['go']
La variable pagename dans le cas d'un fichier est de la forme</P>
var pagename = "FILE:fichier_a_telecharger.zip";</P>
Ou avec un nom « parlant »</P>
var pagename = "FILE:Plan_accès_entreprise";</P>
=== Gestion des referers « partenaires » ===
Il serait intéressant que certaines URLS connues soient classées dans une section partenaires dans affluents. De même quand il y a un paramètre idsite_partner=xx dans l'url du site analysé pouvoir considérer cet id comme provenant d'un site partenaire.
Cette fonctionnalité entraîne la gestion des sites partenaires dans l'administration :
* nom du site partenaire,
* URL du site partenaire,
* id valeur de la variable idsite_partner.
=== Gestion des referers « newsletters » ===
Idem que pour les sites partenaires, gérer les visites venant d'une newsletter via la détection d'une variable idnewsletter.
Cette fonctionnalité entraîne la gestion des newsletters dans l'administration :
* nom newsletter.
L'id valeur de la variable idnewsletter est alors donné par phpmyvisites, et c'est cet id qui doit être placé dans les liens de la newsletter.
=== Chemins, suivi, tracking... (facultatif) ===
On définit des chemins à étudier. Un chemin est un ensemble de pages, de 2 à 6 par exemple.
Exemple :
accueil > consultation produit > avis clients > consultations produit > achat
Informations à donner pour chaque chemin '''''prédéfini''''' de ce type. Attention, la notion de prédéfini est importante, car seules les stats sur des chemins pré-demandés par l'utilisateur seront accessibles (impossible de calculer les données pour tous les chemins différents, milliers de possibilités)
* à chaque étape
::* nombre de hits
::* arrivés (de quelles parties/pages/referers ?)
::* sorties (vers quelles parties/pages/referers ?)
* sur la globalité
::* personne qui ont fait le chemin en ENTIER du début à la fin
::: et oui attention, car même si à la dernière étape on a 500 personnes, ce n'est pas pour ça que les 500 personnes viennent de la première étape et ont suivi toutes les étapes dans l'ordre. Il est important d'avoir une vision globales des hits de chaque étape mais également des hits sur le chemin en entier.
avez vous des idées de nouvelles fonctionnalités ou IHM ?
== Fonctionnalités administration ==
=== Exclusion d'IP et de plages d'IP ===
Pour un site donné, on peut exclure une ou plusieurs plages d'IP.
De la forme A.B.C.D ou A.B.C.x ou A.B.x ou A.x
x pouvant prendre n'importe quelle valeur
'''Intérêt ''': dans les réseaux de grandes entreprises, il est impossible d'installer un cookie sur chaque poste (technique disponible actuellement dans phpmyvisites) cette exclusion par plage d'IPs est pratique et fiable.
=== Gestion avancée des utilisateurs et des droits ===
Importante nouveauté. Il sera possible de créer des utilisateurs avec différents droits sur chaque site.
Fonctionnalités :
* ''ajout'' nouvel utilisateur
* ''modification'' caractéristiques utilisateur
* (futur : ''suppression'' utilisateur)
Niveaux de droits prédéfinis (d'autres sont ajoutables mais ça ne semble pas naturel)
* '''Super admin :''' tous les droits sur tous les sites sans exception et sans modification possible ;
* '''Admin site N :''' droits de modification, de purge des données, etc.
* '''Consultant site N :''' droit de voir les stats, d'ajouter un cookie pour ne pas être pris en compte ;
* '''Visiteur : '''droit (ou pas) de consulter les stats.
<p>Chaque utilisateur est caractérisé par un alias, un login, un password</P>
<p>Sont affichés les dates de dernière connexion, les ips et hostnames des dernières connexions.<BR><BR>A
noter l'arrivée par défaut en mode « anonymous » qui concerne tous les visiteurs non logguées. On gère les droits de ce anonymous comme on gère les droits d'un user enregistré. Bien sûr il ne faut pas lui donner plus que le droit de visiteur.</P>
=== Un site peut avoir plusieurs URLs différentes ===
<p>Ces URLs sont enregistrées dans l'admin pour le site considérée et les provenances à partir de ces urls ne sont pas considérées dans les «
sites affluents » mais dans les « accès directs »</P>
=== Système simple et pratique de sauvegarde restauration de toutes les données (facultatif) ===
<p>En un clic, une archive est créée sur le serveur dans un répertoire /backup/ en gzippé</P>
<p>Possibilité de restaurer les stats facilement (lecture du gzip et écriture données base)</P>
== Fonctionnalités visites ==
=== Fréquences des visites ===
Question : comment gérer les visiteurs uniques proprement ? <BR>Réponse : gestion plus fine des visiteurs et de leur visites. Gestion via des cookies et une autre méthode qui consiste à considérer que la parfaite concordances d'éléments techniques que sont l'OS, la résolution, le navigateur, la profondeur de couleur et l'IP implique qu'une personne est unique (elle a donc une IP fixe et une configuration fixe, souvent le cas, et de plus en plus pour les Ips fixes). On ne peut plus se baser sur la différence heure locale/heure serveur car les XP SP2 sont mis à l'heure de MS automatiquement. Cette information n'est plus pertinente. À noter que si une personne change de navigateur il n'y aura aucun
moyen de la détecter comme un visiteur unique (son cookie change ET son navigateur change). Ce cas reste très rare.
Information disponibles :
* fréquence de visites sur la période,
* nombre de visiteurs uniques (chiffre exact... contrairement à actuellement),
* taux de retour des visiteurs sur la période (assiduité)
* % de nouveaux visiteurs / % visiteurs connus (graph : soit 2 barres verticales, soit une à 2 couleurs),
* pages vues par visite du visiteur fidèle,
* moyenne des pages vues du visiteur fidèle,
* nombre de visiteurs par nombre de visites sur la période.
=== Pages vues par visites significatives ===
<p>Nombre de pages vues pour les visites de plus d'une page. Plus intéressant que la donnée « pages vues par visite » qui prend en compte les visites à une page vue.</P>
=== Durée de visite par page ===
<p>Par page être capable de donner le temps de
visite moyen</P>
=== Top des meilleurs configurations ===
<p>Top des meilleurs trio OS/navigateur/résolution
pour montrer les tendances du marché</P>
=== Pages des visites à une page vue (facultatif) ===
<p>Liste des pages qui ont entraînées
une visite à une page vue (single access pages) : classées
par nombre de visites. Cela peut mettre en avant des pages sans
contenu ou liens vers d'autres contenus. Des pages à
retravailler (le taux de visites à une page vue doit être
le plus faible possible).</P>
== Divers (à préciser...) ==
=== Export des données dans différents formats (facultatif) ===
<p>Il serait intéressant de pouvoir exporter
toutes les données fournies dans l'interface de phpmyvisites
dans différents formats :</P>
<UL>
<LI><p>CSV</P>
<LI><p>XML</P>
<LI><p>XHTML Imprimable</P>
<LI><p>PDF</P>
<LI><p>OpenOffice</P>
<LI><p>Envoi de mail automatique (problème de
l'archivage qui est nécessaire...)</P>
</UL>
<p>Cette fonctionnalité implique un important
travail de structuration des donnéees, le must étant
certainement de passer par le XML pour ces exportations. Voir la
compatibilité de la classe PEAR XML_Serializer avec les
hébergeurs, car elle serait très pratique.</P>
=== Vision plus globale de l'évolution à long terme de l'audience (facultatif) ===
Il serait intéressant de voir plus facilement l'évolution de l'audience sur des longues périodes.
Solutions ? Graphiques plus étalés dans le temps, tableaux récapitulatifs remontant plus que 7 jours / 7 semaines / 7 mois.
À réfléchir...
=== Conservation URLs précises des moteurs de recherche (facultatif) ===
Demande fréquente des utilisateurs mais lourdes contraintes techniques : il serait intéressant pour eux de conserver les urls précises des moteurs de recherche qui
ont permis d'accéder au site. Cela permet de voir directement le classement dans le moteur de recherche en un clic.<BR><U>Problèmes</U>
: quand beaucoup de mots clés différents, de moteurs différents, il y a énormément d'adresses à conserver pour un volume de données très important.
Le must serait de proposer cette fonctionnalité en option activable ou pas.<BR>
À voir si du temps disponible...
=== Ne logguer que les requêtes sur le site audité (facultatif) ===
SI un concurrent met le même marqueur sur les pages de SON site, alors on enregistre ses stats dans notre phpmyvisites.
Aucun intérêt pour qq1 de faire si ce n'est de polluer les stats.
Il suffirait de tester que l'url est bien une des urls du site enregistré dans site_urls
= Divers =
== Syntaxe MediaWiki ==
*[[w:Aide:Syntaxe Wikipédia|Syntaxe Wikipédia]]
== Divers liens ==
* Optimiser PHP : http://developpeur.journaldunet.com/tutoriel/php/040330-php-nexen-optimiser1.shtml
* Bonnes pratiques pour la qualité des services en ligne http://opquast.com/ Il pourrait être très intéressant de respecter le plus de points possibles de ces listes complètes de « bonnes pratiques » : http://opquast.com/bonnes-pratiques/?niveau=3
0y9m204m5cxo69e3r4f664n1ii0s85i
Philosophie
0
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DavidL
1746
Compatible mode sombre
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wikitext
text/x-wiki
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EN-TÊTE
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="padding: 6px 0 18px; border-bottom: 2px solid #1a2230; margin-bottom: 22px;">
<div style="font-size: 1.6em; font-weight: bold; line-height: 1.2; margin-bottom: 4px;">Classification de la philosophie</div>
<div style="font-size: 0.9em; line-height: 1.5;">Portail raisonné des livres, manuels et dictionnaires de philosophie sur Wikilivres. Les entrées sont rangées en cinq grandes aires, subdivisées selon la taxonomie standard des champs philosophiques.</div>
</div>
{{PhiloRecherche}}
<!-- ══════════════════════════════════════════════
ŒUVRE À LA UNE (Idée 7)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style=" border: 1px solid #c8b898; border-radius: 8px; padding: 20px 24px; margin: 22px 0 26px;">
<table style="width: 100%; border-collapse: collapse;">
<tr>
<td style="width: 76px; vertical-align: top; padding-right: 20px;">
<div style=" text-align: center; padding: 34px 4px; font-size: 13px; letter-spacing: 0.15em; font-weight: bold; border-radius: 2px;">1641</div>
</td>
<td style="vertical-align: top;">
<div style="font-size: 0.72em; letter-spacing: 0.25em; text-transform: uppercase; font-weight: bold; margin-bottom: 6px;">Œuvre à la une</div>
<div style="font-size: 1.3em; font-weight: bold; line-height: 1.2; margin-bottom: 3px;">''[[Méditations métaphysiques|Méditations métaphysiques]]''</div>
<div style="font-size: 0.92em; font-style: italic; margin-bottom: 10px;">René Descartes</div>
<div style="font-size: 0.9em; line-height: 1.65;">Six méditations qui fondent la connaissance sur le doute hyperbolique et la certitude du cogito. Le commentaire de l'œuvre est disponible sur Wikilivres.</div>
<div style="margin-top: 10px; font-size: 0.88em;">[[Méditations métaphysiques|Lire le commentaire →]]</div>
</td>
</tr>
</table>
</div>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 1 — MÉTAPHYSIQUE ET ÉPISTÉMOLOGIE (bleu ardoise)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 26px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">Métaphysique et épistémologie</div>
</div>
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Philosophie/Théorie de la connaissance|Théorie de la connaissance]] <span style=" font-weight: bold;">(11)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Théorie de la connaissance/Une définition traditionnelle|Définition traditionnelle]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Théorie de la connaissance/Le Problème de Gettier|Problème de Gettier]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Vérité|Vérité]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Certitude|Certitude]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/A priori|A priori]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Abduction|Abduction]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Acatalépsie|Acatalépsie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Agnosticisme|Agnosticisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Empirisme|Empirisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Épistémologie|Épistémologie]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|Métaphysique]] <span style=" font-weight: bold;">(12)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Absolu|Absolu]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Acte/Puissance|Acte et Puissance]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Accident|Accident]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Âme|Âme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Attribut|Attribut]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Déterminisme|Déterminisme]]<br/>
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Philosophie/Philosophie de l'esprit|Philosophie de l'esprit]] <span style=" font-weight: bold;">(14)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Philosophie de l'esprit/Introduction|Introduction]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Philosophie de l'esprit/Ce que Marie ne savait pas|Ce que Marie ne savait pas]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Conscience|Conscience]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Dualisme|Dualisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Émergence|Émergence]]<br/>
[[Philosophie/Philosophie de l'esprit/Physicalisme|Physicalisme]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Sujet|Sujet]]</span>
</div>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie du langage <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Langage|Langage]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Analogie|Analogie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Argument|Argument]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie de l'action <span style=" font-weight: bold;">(6)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Action|Action]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Aboulie|Aboulie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Altruisme|Altruisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|Authenticité]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Désir|Désir]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Liberté|Liberté]]</span>
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie de la religion <span style=" font-weight: bold;">(6)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Religion|Religion]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Athéisme|Athéisme]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Déisme|Déisme]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Monothéisme|Monothéisme]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Panthéisme|Panthéisme]]
</div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 2 — THÉORIE DE LA VALEUR (argile toscane)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 22px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">Théorie de la valeur</div>
</div>
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Éthique normative <span style=" font-weight: bold;">(10)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Morale|Morale]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|Devoir]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|Bonheur]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|Liberté (terminale)]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|Ataraxie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Amour|Amour]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Amitié|Amitié]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Éthique appliquée <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Avortement|Avortement (éthique)]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Animal|Animal (droits)]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Anthropocentrisme|Anthropocentrisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Intelligence animale|Intelligence animale]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Esthétique <span style=" font-weight: bold;">(5)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Art|Art]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Art|Art (dictionnaire)]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|Art — introduction]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Art et Vérité|Art et vérité]]<br/>
</div>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie sociale et politique <span style=" font-weight: bold;">(7)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Justice|Justice]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Travail|Travail]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Absolutisme|Absolutisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Anarchisme|Anarchisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|Aliénation]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Autrui et reconnaissance <span style=" font-weight: bold;">(4)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Autrui|Autrui]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Altérité|Altérité]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Autorité|Autorité]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|Autonomie]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Métaéthique <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Absurde|Absurde]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Affection|Affection]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Angoisse|Angoisse]]
</div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 3 — SCIENCE, LOGIQUE ET MATHÉMATIQUES (vert sauge)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 22px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">Science, logique et mathématiques</div>
</div>
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #5a7a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Logique <span style=" font-weight: bold;">(6)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/A (logique)|A (logique)]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Abstraction|Abstraction]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Antinomie|Antinomie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Aporie|Aporie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Axiome|Axiome]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #5a7a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie des sciences <span style=" font-weight: bold;">(4)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Théorie et expérience|Théorie et expérience]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Science|Science]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Technique|Technique]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Épistémologie|Épistémologie]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #5a7a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie du vivant <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Vivant|Vivant]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Animal|Animal]]
</div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 4 — HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE (parchemin vieilli)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 22px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">[[Philosophie/Histoire de la philosophie|Histoire de la philosophie]] <span style=" font-weight: bold; font-size: 0.92em;">(33)</span></div>
</div>
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Antiquité <span style=" font-weight: bold;">(15)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">VI<sup>e</sup> av. — V<sup>e</sup> siècle</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style="font-weight: bold; ">Présocratiques</span> <span style=" font-weight: 300;">([[Philosophie/Présocratiques/Liste des Présocratiques|<small>Liste complète</small>]])</span><br/>
[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]] - <span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre]]</span> - [[Dictionnaire de philosophie/Anaxagore|Anaxagore]] - [[Dictionnaire de philosophie/Empédocle|Empédocle]]<br>
<span style=" font-weight: bold;">[[Pour lire Platon|Platon]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]]<br/>
<span style="font-weight: bold; ">Philosophie hellénistique</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Épicure]]</span> - <span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Ataraxie|Stoïcisme]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Acatalépsie|Scepticisme — Acatalépsie]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie médiévale <span style=" font-weight: bold;">(0)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">V<sup>e</sup> — XV<sup>e</sup> siècle</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.85; font-style: italic;">
<span style=" font-style: normal;">○</span> Augustin<br/>
<span style=" font-style: normal;">○</span> Anselme<br/>
<span style=" font-style: normal;">○</span> Thomas d'Aquin<br/>
<span style=" font-style: normal;">○</span> Averroès<br/>
<span style="font-size: 0.85em; ">— pages à rédiger</span>
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie classique <span style=" font-weight: bold;">(6)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">XVI<sup>e</sup> — XVIII<sup>e</sup> siècle</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Méditations métaphysiques|Descartes — Méditations]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Commentaire du passage à propos de l'Homme esclave du divertissement|Pascal — Divertissement]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Commentaire de l'Éthique|Spinoza — Éthique]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Vocabulaire/David Hume|Hume]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Vocabulaire/Kant|Kant]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Commentaire philosophique/Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes|Rousseau — Inégalité]]</span>
</div>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie contemporaine <span style=" font-weight: bold;">(7)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">XIX<sup>e</sup> — XXI<sup>e</sup> siècle</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Nietzsche|Nietzsche]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Moritz Schlick|Moritz Schlick]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Courants du XX<sup>e</sup> siècle <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">Écoles et traditions</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Philosophie analytique|Philosophie analytique]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Existence et temps|Existentialisme]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Dasein|Phénoménologie / Dasein]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Traditions non occidentales <span style=" font-weight: bold;">(2)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">Afrique, Amériques</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Philosophie africaine|Philosophie africaine]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Argentine (Philosophie)|Argentine — XX<sup>e</sup> siècle]]
</div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 5 — OUVRAGES DE RÉFÉRENCE (gris encre)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 22px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">Ouvrages de référence et pédagogiques</div>
</div>
<!-- Autres ouvrages -->
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #4a4a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Manuel de terminale de philosophie|Manuel de terminale]] <span style=" font-weight: bold;">(26)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
Éthique & action <span style="">(4)</span><br/>
Esprit & conscience <span style="">(4)</span><br/>
Connaissance & vérité <span style="">(5)</span><br/>
Monde & société <span style="">(4)</span><br/>
Culture & sens <span style="">(6)</span><br/>
Méthode & ressources <span style="">(3)</span>
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #4a4a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[:Catégorie:Commentaire philosophique|Commentaires d'œuvres]] <span style=" font-weight: bold;">(20)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style="font-weight: bold;">[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]</span> <span style="">·</span> Épicure<br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Méditations métaphysiques|Méditations]]</span> <span style="">·</span> Descartes<br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Commentaire de l'Éthique|Éthique]]</span> <span style="">·</span> Spinoza<br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Commentaire philosophique/Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes|Inégalité]]</span> <span style="">·</span> Rousseau<br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Philosophie/Commentaire du passage à propos de l'Homme esclave du divertissement|Divertissement]]</span> <span style="">·</span> Pascal
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #4a4a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; margin-bottom: 6px;">[[:Catégorie:Vocabulaire philosophique|Vocabulaires]] <span style=" font-weight: bold;">(4)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style="font-weight: bold;">[[Pour lire Platon/Vocabulaire|Platon]]</span><br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Philosophie/Vocabulaire/David Hume|David Hume]]</span><br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Philosophie/Vocabulaire/Kant|Kant]]</span>
</div>
<div style="height: 1px; margin: 10px 0;"></div>
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; margin-bottom: 10px;">[[Philosophie/Une brève introduction|Une brève introduction]] </div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- Dictionnaire — pleine largeur -->
<div style=" border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #4a4a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 14px 16px 16px; margin-bottom: 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Dictionnaire de philosophie|Dictionnaire de philosophie]] <span style=" font-weight: bold;">(35+)</span></div>
<!-- Sélection d'articles thématiques du Dictionnaire -->
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 5px 5px;">
<tr>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/A|A]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/B|B]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/C|C]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/D|D]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/E|E]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/F|F]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/G|G]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/H|H]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/I|I]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/J|J]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/K|K]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/L|L]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/M|M]]</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/N|N]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/O|O]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/P|P]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/Q|Q]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/R|R]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/S|S]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/T|T]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/U|U]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/V|V]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/W|W]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/X|X]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/Y|Y]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/Z|Z]]</td>
</tr>
</table>
</div>
<br>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
PIED DE PAGE (+ légende de convention, idée 5)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin-top: 10px; padding: 14px 0 4px; border-top: 1px solid #d4dae2; font-size: 0.86em; ">
<div style="margin-bottom: 6px;"><span style="font-weight: bold; ">Consulter ailleurs</span> · [[w:Philosophie|Wikipédia]] · [[wikt:philosophie|Wiktionnaire]] · [[v:Philosophie|Wikiversité]] · [[s:Portail:Philosophie|Wikisource]]</div>
<div style="margin-bottom: 10px;"><span style="font-weight: bold; ">Catégories sources</span> · [[:Catégorie:Discipline philosophique|Disciplines]] · [[:Catégorie:Histoire de la philosophie|Histoire]] · [[:Catégorie:Philosophe|Philosophes]] · [[:Catégorie:Dictionnaire de philosophie (livre)|Dictionnaire]] · [[:Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)|Manuel]] · [[:Catégorie:Commentaire philosophique|Commentaires]]</div>
</div>
</div>
[[Catégorie:Philosophie|*]]
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2026-05-15T08:18:50Z
DavidL
1746
766563
wikitext
text/x-wiki
<!-- ══════════════════════════════════════════════
EN-TÊTE
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="padding: 6px 0 18px; border-bottom: 2px solid #1a2230; margin-bottom: 22px;">
<div style="font-size: 1.6em; font-weight: bold; line-height: 1.2; margin-bottom: 4px;">Classification de la philosophie</div>
<div style="font-size: 0.9em; line-height: 1.5;">Portail raisonné des livres, manuels et dictionnaires de philosophie sur Wikilivres. Les entrées sont rangées en cinq grandes aires, subdivisées selon la taxonomie standard des champs philosophiques.</div>
</div>
{{PhiloRecherche}}
<!-- ══════════════════════════════════════════════
ŒUVRE À LA UNE (Idée 7)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style=" border: 1px solid #c8b898; border-radius: 8px; padding: 20px 24px; margin: 22px 0 26px;">
<table style="width: 100%; border-collapse: collapse;">
<tr>
<td style="width: 76px; vertical-align: top; padding-right: 20px;">
<div style=" text-align: center; padding: 34px 4px; font-size: 13px; letter-spacing: 0.15em; font-weight: bold; border-radius: 2px;">1641</div>
</td>
<td style="vertical-align: top;">
<div style="font-size: 0.72em; letter-spacing: 0.25em; text-transform: uppercase; font-weight: bold; margin-bottom: 6px;">Œuvre à la une</div>
<div style="font-size: 1.3em; font-weight: bold; line-height: 1.2; margin-bottom: 3px;">''[[Méditations métaphysiques|Méditations métaphysiques]]''</div>
<div style="font-size: 0.92em; font-style: italic; margin-bottom: 10px;">René Descartes</div>
<div style="font-size: 0.9em; line-height: 1.65;">Six méditations qui fondent la connaissance sur le doute hyperbolique et la certitude du cogito. Le commentaire de l'œuvre est disponible sur Wikilivres.</div>
<div style="margin-top: 10px; font-size: 0.88em;">[[Méditations métaphysiques|Lire le commentaire →]]</div>
</td>
</tr>
</table>
</div>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 1 — MÉTAPHYSIQUE ET ÉPISTÉMOLOGIE (bleu ardoise)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 26px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">Métaphysique et épistémologie</div>
</div>
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Philosophie/Théorie de la connaissance|Théorie de la connaissance]] <span style=" font-weight: bold;">(11)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Théorie de la connaissance/Une définition traditionnelle|Définition traditionnelle]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Théorie de la connaissance/Le Problème de Gettier|Problème de Gettier]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Vérité|Vérité]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Certitude|Certitude]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/A priori|A priori]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Abduction|Abduction]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Acatalépsie|Acatalépsie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Agnosticisme|Agnosticisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Empirisme|Empirisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Épistémologie|Épistémologie]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|Métaphysique]] <span style=" font-weight: bold;">(12)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Absolu|Absolu]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Acte/Puissance|Acte et Puissance]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Accident|Accident]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Âme|Âme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Attribut|Attribut]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Déterminisme|Déterminisme]]<br/>
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Philosophie/Philosophie de l'esprit|Philosophie de l'esprit]] <span style=" font-weight: bold;">(14)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Philosophie de l'esprit/Introduction|Introduction]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Philosophie de l'esprit/Ce que Marie ne savait pas|Ce que Marie ne savait pas]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Conscience|Conscience]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Dualisme|Dualisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Émergence|Émergence]]<br/>
[[Philosophie/Philosophie de l'esprit/Physicalisme|Physicalisme]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Sujet|Sujet]]</span>
</div>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie du langage <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Langage|Langage]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Analogie|Analogie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Argument|Argument]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie de l'action <span style=" font-weight: bold;">(6)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Action|Action]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Aboulie|Aboulie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Altruisme|Altruisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|Authenticité]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Désir|Désir]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Liberté|Liberté]]</span>
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #3a5a80; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie de la religion <span style=" font-weight: bold;">(6)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Religion|Religion]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Athéisme|Athéisme]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Déisme|Déisme]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Monothéisme|Monothéisme]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Panthéisme|Panthéisme]]
</div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 2 — THÉORIE DE LA VALEUR (argile toscane)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 22px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">Théorie de la valeur</div>
</div>
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Éthique normative <span style=" font-weight: bold;">(10)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Morale|Morale]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|Devoir]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Bonheur|Bonheur]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|Liberté (terminale)]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|Ataraxie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Amour|Amour]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Amitié|Amitié]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Éthique appliquée <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Avortement|Avortement (éthique)]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Animal|Animal (droits)]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Anthropocentrisme|Anthropocentrisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Intelligence animale|Intelligence animale]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Esthétique <span style=" font-weight: bold;">(5)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Art|Art]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Art|Art (dictionnaire)]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|Art — introduction]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Art et Vérité|Art et vérité]]<br/>
</div>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie sociale et politique <span style=" font-weight: bold;">(7)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Justice|Justice]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Travail|Travail]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Absolutisme|Absolutisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Anarchisme|Anarchisme]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|Aliénation]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Autrui et reconnaissance <span style=" font-weight: bold;">(4)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Autrui|Autrui]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Altérité|Altérité]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Autorité|Autorité]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|Autonomie]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #a86b3d; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Métaéthique <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Absurde|Absurde]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Affection|Affection]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Angoisse|Angoisse]]
</div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 3 — SCIENCE, LOGIQUE ET MATHÉMATIQUES (vert sauge)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 22px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">Science, logique et mathématiques</div>
</div>
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #5a7a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Logique <span style=" font-weight: bold;">(6)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/A (logique)|A (logique)]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Abstraction|Abstraction]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Antinomie|Antinomie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Aporie|Aporie]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Axiome|Axiome]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #5a7a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie des sciences <span style=" font-weight: bold;">(4)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Théorie et expérience|Théorie et expérience]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Science|Science]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Technique|Technique]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Épistémologie|Épistémologie]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #5a7a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie du vivant <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Manuel de terminale de philosophie/Vivant|Vivant]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Animal|Animal]]
</div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 4 — HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE (parchemin vieilli)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 22px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">[[Philosophie/Histoire de la philosophie|Histoire de la philosophie]] <span style=" font-weight: bold; font-size: 0.92em;">(33)</span></div>
</div>
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Antiquité <span style=" font-weight: bold;">(15)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">VI<sup>e</sup> av. — V<sup>e</sup> siècle</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style="font-weight: bold; ">Présocratiques</span> <span style=" font-weight: 300;">([[Philosophie/Présocratiques/Liste des Présocratiques|<small>Liste complète</small>]])</span><br/>
[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]] - <span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre]]</span> - [[Dictionnaire de philosophie/Anaxagore|Anaxagore]] - [[Dictionnaire de philosophie/Empédocle|Empédocle]]<br>
<span style=" font-weight: bold;">[[Pour lire Platon|Platon]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]]<br/>
<span style="font-weight: bold; ">Philosophie hellénistique</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Épicure]]</span> - <span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Ataraxie|Stoïcisme]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Acatalépsie|Scepticisme — Acatalépsie]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie médiévale <span style=" font-weight: bold;">(0)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">V<sup>e</sup> — XV<sup>e</sup> siècle</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.85; font-style: italic;">
<span style=" font-style: normal;">○</span> Augustin<br/>
<span style=" font-style: normal;">○</span> Anselme<br/>
<span style=" font-style: normal;">○</span> Thomas d'Aquin<br/>
<span style=" font-style: normal;">○</span> Averroès<br/>
<span style="font-size: 0.85em; ">— pages à rédiger</span>
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie classique <span style=" font-weight: bold;">(6)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">XVI<sup>e</sup> — XVIII<sup>e</sup> siècle</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Méditations métaphysiques|Descartes — Méditations]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Commentaire du passage à propos de l'Homme esclave du divertissement|Pascal — Divertissement]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Commentaire de l'Éthique|Spinoza — Éthique]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Vocabulaire/David Hume|Hume]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Vocabulaire/Kant|Kant]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Commentaire philosophique/Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes|Rousseau — Inégalité]]</span>
</div>
</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Philosophie contemporaine <span style=" font-weight: bold;">(7)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">XIX<sup>e</sup> — XXI<sup>e</sup> siècle</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]]<br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Nietzsche|Nietzsche]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Moritz Schlick|Moritz Schlick]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Courants du XX<sup>e</sup> siècle <span style=" font-weight: bold;">(3)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">Écoles et traditions</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Philosophie analytique|Philosophie analytique]]</span><br/>
<span style=" font-weight: bold;">[[Philosophie/Existence et temps|Existentialisme]]</span><br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Dasein|Phénoménologie / Dasein]]
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #9a7840; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">Traditions non occidentales <span style=" font-weight: bold;">(2)</span></div>
<div style="font-size: 0.82em; margin-bottom: 6px;">Afrique, Amériques</div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
[[Dictionnaire de philosophie/Philosophie africaine|Philosophie africaine]]<br/>
[[Dictionnaire de philosophie/Argentine (Philosophie)|Argentine — XX<sup>e</sup> siècle]]
</div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- ══════════════════════════════════════════════
CLUSTER 5 — OUVRAGES DE RÉFÉRENCE (gris encre)
══════════════════════════════════════════════ -->
<div style="margin: 22px 0 10px; padding: 6px 0 4px; border-bottom: 1px solid #1a2230;">
<div style="font-size: 1.15em; font-weight: bold; ">Ouvrages de référence et pédagogiques</div>
</div>
<!-- Autres ouvrages -->
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 14px 14px;">
<tr>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #4a4a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Manuel de terminale de philosophie|Manuel de terminale]] <span style=" font-weight: bold;">(26)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
Éthique & action <span style="">(4)</span><br/>
Esprit & conscience <span style="">(4)</span><br/>
Connaissance & vérité <span style="">(5)</span><br/>
Monde & société <span style="">(4)</span><br/>
Culture & sens <span style="">(6)</span><br/>
Méthode & ressources <span style="">(3)</span>
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #4a4a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[:Catégorie:Commentaire philosophique|Commentaires d'œuvres]] <span style=" font-weight: bold;">(20)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style="font-weight: bold;">[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]</span> <span style="">·</span> Épicure<br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Méditations métaphysiques|Méditations]]</span> <span style="">·</span> Descartes<br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Commentaire de l'Éthique|Éthique]]</span> <span style="">·</span> Spinoza<br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Commentaire philosophique/Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes|Inégalité]]</span> <span style="">·</span> Rousseau<br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Philosophie/Commentaire du passage à propos de l'Homme esclave du divertissement|Divertissement]]</span> <span style="">·</span> Pascal
</div>
</td>
<td style="width: 33.33%; vertical-align: top; border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #4a4a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 12px 16px 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; margin-bottom: 6px;">[[:Catégorie:Vocabulaire philosophique|Vocabulaires]] <span style=" font-weight: bold;">(4)</span></div>
<div style="font-size: 0.88em; line-height: 1.75;">
<span style="font-weight: bold;">[[Pour lire Platon/Vocabulaire|Platon]]</span><br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Philosophie/Vocabulaire/David Hume|David Hume]]</span><br/>
<span style="font-weight: bold;">[[Philosophie/Vocabulaire/Kant|Kant]]</span>
</div>
<div style="height: 1px; margin: 10px 0;"></div>
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; margin-bottom: 10px;">[[Philosophie/Une brève introduction|Une brève introduction]] </div>
</td>
</tr>
</table>
<!-- Dictionnaire — pleine largeur -->
<div style=" border: 1px solid #d4dae2; border-left: 4px solid #4a4a4a; border-radius: 0 8px 8px 0; padding: 14px 16px 16px; margin-bottom: 14px; box-shadow: 0 1px 4px rgba(26,34,48,0.05);">
<div style="font-size: 0.96em; font-weight: bold; padding-bottom: 8px; border-bottom: 1px solid #dfe4eb; margin-bottom: 10px;">[[Dictionnaire de philosophie|Dictionnaire de philosophie]] <span style=" font-weight: bold;">(35+)</span></div>
<!-- Sélection d'articles thématiques du Dictionnaire -->
<table style="width: 100%; border-collapse: separate; border-spacing: 5px 5px;">
<tr>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/A|A]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/B|B]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/C|C]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/D|D]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/E|E]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/F|F]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/G|G]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/H|H]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/I|I]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/J|J]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/K|K]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/L|L]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/M|M]]</td>
</tr>
<tr>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/N|N]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/O|O]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/P|P]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/Q|Q]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/R|R]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/S|S]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/T|T]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/U|U]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/V|V]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/W|W]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/X|X]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/Y|Y]]</td>
<td style="width: 7.69%; text-align: center; border: 1px solid #dbe2eb; border-radius: 4px; padding: 9px 0; font-size: 1.08em; font-weight: bold;">[[Dictionnaire de philosophie/Z|Z]]</td>
</tr>
</table>
</div>
<br>
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PIED DE PAGE (+ légende de convention, idée 5)
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<div style="margin-top: 10px; padding: 14px 0 4px; border-top: 1px solid #d4dae2; font-size: 0.86em; ">
<div style="margin-bottom: 6px;"><span style="font-weight: bold; ">Consulter ailleurs</span> · [[w:Philosophie|Wikipédia]] · [[wikt:philosophie|Wiktionnaire]] · [[v:Philosophie|Wikiversité]] · [[s:Portail:Philosophie|Wikisource]]</div>
<div style="margin-bottom: 10px;"><span style="font-weight: bold; ">Catégories sources</span> · [[:Catégorie:Discipline philosophique|Disciplines]] · [[:Catégorie:Histoire de la philosophie|Histoire]] · [[:Catégorie:Philosophe|Philosophes]] · [[:Catégorie:Dictionnaire de philosophie (livre)|Dictionnaire]] · [[:Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)|Manuel]] · [[:Catégorie:Commentaire philosophique|Commentaires]]</div>
</div>
[[Catégorie:Philosophie|*]]
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Programmation PHP/Programmation orientée objet
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Programmation PHP}}</noinclude>
== Introduction ==
Une classe est un format de variable non scalaire, comprenant trois types de composants :
# des constantes, accessibles par réflexion avec <code>$maClasse::getConstants()</code>.
# des variables appelées "propriétés", accessibles avec <code>$maClasse::getProperties()</code>.
# des fonctions appelées "méthodes", accessibles avec <code>$maClasse::getMethods()</code>.
La [[programmation orientée objet]] s’effectue en deux étapes : la définition des classes, puis leur utilisation. Une fois la classe définie, il est en effet possible de créer des objets, appelés "instances", au format de la classe définie. Toutefois, les composants déclarés avec le mot <code>static</code> sont persistants, et accessibles sans instanciation préalable.
=== Opérateur objet ===
Pour accéder aux propriétés et méthodes d'un objet, on utilise l'{{wt|opérateur object}} : <code>-></code>.
=== Opérateur de résolution de portée ===
Pour accéder aux constantes, propriétés et méthodes statiques d'une classe, on utilise l'{{wt|opérateur de résolution de portée}} : <code>::</code>.
Cet opérateur peut également être précédé de noms de classes ou des mots réservés suivants<ref>http://php.net/manual/fr/language.oop5.paamayim-nekudotayim.php</ref> :
* <code>$this</code> : l'objet courant.
* <code>parent</code> : la classe parente.
* <code>static</code> : la classe courante.
* <code>self</code> : la classe parente puis la courante s'il n'y a rien<ref>https://www.php.net/manual/fr/language.oop5.static.php#104823</ref>.
{{attention|clear=left|Le mot-réservé <code>static</code> a donc deux sens : un pour les déclarations et un pour les appels.}}
== Inclusion ==
À l'instar d'une bibliothèque de fonctions, une classe est généralement stockée dans un fichier dédié, qui peut porter son nom.
Elle s'inclut donc dans un programme de la même manière qu'une bibliothèque :
<pre>
include('ma_classe.php');
// ou
include_once('ma_classe.php');
// ou
require('ma_classe.php');
// ou
require_once('ma_classe.php');
</pre>
Mais la syntaxe à privilégier est celle par espace de nom :
<pre>
use mon_namespace/ma_classe;
</pre>
{{attention|En PHP, l'inclusion doit précéder les appels du code qui y figure.|clear=left}}
{{remarque|Les classes et fonctions globales peuvent être appelées directement dans le code, ou avec le préfixe "\" (signifiant "namespace global"). Mais il existe aussi <code>use function ma_fonction</code> pour déclarer l'utilisation d'une fonction.}}
{{remarque|1=Avant PHP7.4, on pouvait mettre une URL dans ces fonctions, si la configuration allow_url_include=1<ref>https://www.php.net/manual/fr/filesystem.configuration.php</ref>. Ex :
require_once("http://example.com/");
}}
== Instanciation ==
Une fois la classe incluse, on peut l'appeler.
* Directement pour une classe statique.
* Après instanciation sinon. Elle est réalisée par le mot-clé "new".
Par défaut, PHP fournit déjà la classe suivante pour créer des objets anonymes :
<pre>
$c = new stdClass();
var_dump($c);
</pre>
== Définition des classes ==
Définir une nouvelle classe adopte la syntaxe suivante :
<pre>
class nomObjet
{
var $variable1;
var $variable2;
...
function maFonction1()
{
...code
}
function maFonction2()
{
}
}
</pre>
Il est possible d’attribuer une valeur par défaut. Le code dans la classe est alors <code>var $variable1 = valeur;</code>. Cette syntaxe est économe puisqu'elle évite d'initialiser la variable à chaque appel des méthodes qui l'utilisent.
La définition de méthodes de classe est identique à celle de n’importe quelle fonction à la différence que lorsqu’elle fait référence à une variable de sa classe, <code>'''$'''variable</code> doit être :
* <code>'''$'''this->variable</code> pour cibler l'objet instancié (et <code>'''$'''this::constante</code>, <code>'''$'''this->méthode()</code>).
* <code>self::variable</code> pour cibler la classe statique.
De même pour exécuter une autre méthode de sa classe. ex :
<pre>
class client
{
var $aDitBonjour = false;
function direBonjour()
{
$this->message("Bonjour");
}
function message($message)
{
echo $message;
$this->aDitBonjour = true;
}
}
</pre>
Pour utiliser une variable qui n'est pas dans la classe ou exécuter les méthodes d'une autre classe, il faut les redéclarer avec <code>global</code> :
<pre>
class client
{
function message($message)
{
global $InstanceAutreClasse;
$InstanceAutreClasse->aDitBonjour = true;
}
}
</pre>
== Utilisation d’un objet ==
Attention : la classe est la définition d’un format de variable personnalisable. Le code n’est pas exécuté et il est impensable d’introduire le code suivant qui n’aurait aucun sens :
<pre>
class client
{
for ($i=0; $i<5; $i++)
echo "$i\n";
}
</pre>
Une fois la classe définie, il va falloir créer des variables objet du format de la classe définie. On crée un objet par le code suivant :
<pre>
$objet = new client();
</pre>
Il faut bien entendu avoir préalablement défini la classe client. La variable <code>$objet</code> contient donc un objet. Pour accéder à une variable pour lui faire subir des modifications, il suffit d’entrer le code suivant :
<pre>
$objet->variable1 = "Hello world";
</pre>
Il est possible de lui faire subir les mêmes opérations qu’à une variable normale. De même pour exécuter une fonction :
<pre>
$objet->maFonction();
</pre>
Autant les méthodes une fois définies ne peuvent pas être modifiées, autant il est possible d’ajouter ou de supprimer des variables dans l’objet :
<pre>
$objet->variable = "valeur"; // définition de variable
unset($objet->variable); // suppressions
</pre>
L’objet est unique, de sorte que s’il est enregistré dans une autre variable et qu’une modification lui est faite, elle sera visible pour les deux variables :
<pre>
//Le code reprend l'ancien script
$objet = new client();
$objet2 = $objet;
$objet2->direBonjour();
echo $objet->aDitBonjour;
//affiche true
</pre>
Pour dupliquer une variable de type objet, il faut donc entrer le code suivant :
<pre>
$objet2 = clone $objet;
</pre>
La nouvelle variable sera différente de l’ancienne mais aura les mêmes valeurs.
Il est également possible d'exécuter la méthode d'un objet sans avoir créé de variable auparavant :
<pre>
class Message
{
function direBonjour()
{
echo "salut";
}
}
/* Exécute la méthode */
Message::direBonjour();
</pre>
== Héritage ==
PHP était initialement un langage à héritage simple<ref>{{ouvrage|url=https://books.google.fr/books?id=IfEft8zQgQcC&pg=PT362&dq=php+%22h%C3%A9ritage+simple%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjFpuyt76PPAhVCqxoKHdiyCwkQ6AEILDAB#v=onepage&q=%22PHP%20autorise%20l%27h%C3%A9ritage%20simple%20mais%20pas%20l%27h%C3%A9ritage%20multiple%22&f=false|titre=Algorithmique : Techniques fondamentales de programmation (avec des exemples en PHP)|prénom1=Sébastien|nom1=Rohaut|éditeur=Editions ENI|année=2009}}</ref>, c'est-à-dire qu'une classe ne peut hériter que d'au plus une seule autre classe.
L'héritage consiste à transmettre les propriétés et méthodes d’une classe mère à une classe fille, en déclarant cette dernière avec <code>extends</code>. Ex :
<pre>
class parent1
{
var $varParent;
function méthodeParente()
{
print 'Je connais méthodeParente' . PHP_EOL;
}
}
class enfant extends parent1
{
var $varEnfant;
function méthodeEnfant()
{
print 'Je connais méthodeEnfant' . PHP_EOL;
}
}
$Enfant1 = new enfant();
$Enfant1->méthodeParente();
</pre>
L'héritage permet le {{w|Polymorphisme (informatique)|polymorphisme}}, qui consiste à utiliser des variables ou méthodes dans des classes de plusieurs types, grâce à l'héritage.
Les classes filles bénéficieront automatiquement de toutes les propriétés et des méthodes de leur classe mère (qui n'a pas de limite dans le nombre de ses filles<ref>http://php.net/manual/fr/language.oop5.basic.php</ref>).
{{attention|Les interfaces peuvent par contre bénéficier d'un héritage multiple.}}
On peut aussi invoquer les méthodes parentes depuis la classe enfant :
<pre>
class enfant2 extends parent1
{
var $varEnfant;
function méthodeEnfant()
{
parent::méthodeParente();
print 'Je connais méthodeEnfant2' . PHP_EOL;
}
}
$Enfant2 = new enfant2();
$Enfant2->méthodeEnfant();
</pre>
=== Traits ===
Depuis PHP 5.4.0, une structure de données appelée "{{wt|trait}}" permet l'héritage multiple. Exemple d'utilisation :
<pre>
<?php
trait MonTrait1
{
function Hello()
{
print 'Hello';
}
}
trait MonTrait2
{
function World()
{
print 'World';
}
}
class MaClasse1
{
use MonTrait1;
use MonTrait2;
function __construct()
{
$this->Hello();
$this->World();
}
}
$Test = new MaClasse1;
</pre>
{{attention|Les traits sont limités par rapport aux classes :
* Un trait ne peut pas contenir de constante.
* Un trait ne peut pas hériter d'une classe, il doit utiliser un autre trait à la place.
}}
De plus, ce type d'injection de dépendance est contraire au principe {{w|SOLID (informatique)|SOLID}} d'{{w|inversion des dépendances}}.
=== Final ===
Pour empêcher une classe ou une méthode d'être étendue (et en faire donc une {{wt|classe finale}} ou une {{wt|méthode finale}}), on peut la déclarer avec le mot-clé <code>final</code>. Ex :
<pre>
final class MaClasseFinale
{
...
}
</pre>
== Classes abstraites ==
La classe abstraite ne peut pas être instanciée, mais elle peut être appelée en statique. Comme pour l'héritage classiques, ses classes filles accèdent à ses attributs et méthodes publics et protégés.
Voici un exemple de {{w|classe abstraite}} :
<pre>
abstract class MaClasseAbstraite
{
public $var="Bonjour";
abstract protected function MaMethode($var1, $var2);
protected function MaMethode2($var1, $var2)
{
return 'TODO';
}
}
</pre>
Dans cet exemple, on voit que les méthodes d'une classe abstraite peuvent contenir du code, mais les méthodes abstraites non (elles ne définissent que les arguments<ref>http://php.net/manual/fr/language.oop5.abstract.php</ref>
{{attention|Les méthodes abstraites sont obligatoirement à implémenter par les classes filles.}}
== Closures ==
Apparues avec PHP 5.3<ref>http://php.net/manual/fr/class.closure.php</ref>, les closures sont des classes avec des méthodes gérant les {{wt|fonction anonyme|fonctions anonymes}}.
== Classes anonymes ==
Apparues avec PHP 7<ref>https://secure.php.net/manual/fr/language.oop5.anonymous.php</ref>, les {{wt|classe anonyme|classes anonymes}} sont des classes sans nom, déclarées lors de l'exécution.
== Interfaces ==
Voici un exemple d'{{w|Interface (programmation orientée objet)|interface}} :
<pre>
interface MonInterface
{
public function setName($name);
public function getName();
}
</pre>
Et son utilisation : la classe doit reprendre les méthodes de l'interface sous peine d'erreur.
<pre>
class MaClasse implements MonInterface
{
private $myName;
public function setName($name)
{
print 'Définition de '.$name;
$myName = $name;
}
public function getName()
{
print 'Récupération de '.$myName;
}
}
</pre>
{{attention|
* Les méthodes d'une interface ne peuvent pas contenir de code.
* Une classe ou une interface ne peut implémenter qu'une ou plusieurs interfaces (donc pas d'implémentation de classe).
* Une interface ne peut hériter que d'une autre interface<ref>https://www.safaribooksonline.com/library/view/php-5-power/013147149X/013147149X_ch03lev1sec14.html</ref>.
* Toutes les méthodes d'une interface doivent être publiques.
* Si un objet hérite et implémente, toujours le déclarer en plaçant le <code>extends</code> avant le <code>implements</code>.
}}
== Namespaces ==
Exemple d'{{w|Espace_de_noms_(informatique)|espace de noms}} :
<pre>
namespace MonEspace\Nom;
class MaClasse {}
function MaMethode() {}
const MYCONST = 1;
$a = new MaClasse;
$c = new \MonEspace\Nom\MaClasse;
$d = new \ClasseGlobale;
</pre>
Pour utiliser un namespace, "use" conserve son nom mais on peut le changer avec "as" :
<pre>
use MonEspace\Nom;
use SonEspace\Nom as NomExterne;
</pre>
Depuis PHP7 on peut même importer plusieurs classes, fonctions ou constantes sur la même ligne :
<pre>
use MonEspace\{MaClasseA, MaClasseB as B};
</pre>
== Portée des variables ==
Il est possible depuis PHP5 de préciser l'accès à certaines variables ou méthodes, en les déclarant à la place de <code>var</code> avec :
* <code>public</code> : visible dans tout le programme.
* <code>protected</code> : visible uniquement dans les instances de la classe et de ses sous-classes.
* <code>private</code> : visible uniquement dans les instances de la classe.
Exemple :
<pre>
class CompteEnBanque
{
private $argent = 0;
private function ajouterArgent($valeur)
{
$this->argent += $valeur;
}
function gagnerArgent($valeur)
{
$this->ajouterArgent($valeur);
}
}
$compte = new CompteEnBanque()
//les actions suivantes sont impossibles :
$compte->argent = 3000;
$compte->ajouterArgent(3000);
//l'action suivante est possible
$compte->gagnerArgent(3000);
</pre>
En effet, il faut gagner de l’argent avant d’en ajouter à la banque (quoique...).
{{attention|Ce code retournera un message d’erreur s'il est exécuté sous PHP5 ou une version ultérieure.}}
== Les méthodes prédéfinies ==
Il existe quelques méthodes prédéfinies qui s’exécutent automatiquement à des périodes de la vie de l’objet. Elles sont appelées ''méthodes magiques''<ref>http://php.net/manual/fr/language.oop5.magic.php</ref>, et leurs noms commencent toujours par deux underscores :
# __call() : à chaque appel d'une méthode de la classe.
# __callStatic() : à chaque appel statique d'une méthode de la classe.
# __clone() : lors du clonage de l'objet (via la fonction "clone").
# __construct() : à l'instanciation de la classe.
# __debugInfo() : modifie les résultats des <code>var_dump()</code>.
# __destruct() : à la suppression de l'objet instancié.
# __get() : à la lecture de propriétés inexistantes ou interdites.
# __invoke() : à l'appel de l'objet comme une fonction (ex : <code>echo $object(1)</code>).
# __isset() : à l'appel de <code>isset()</code> (ou <code>empty()</code>) sur des propriétés inexistantes ou interdites.
# __serialize() : à l'appel de <code>serialize()</code>.
# __set() : à l'écriture de propriétés inexistantes ou interdites.
# __set_state() : modifie les résultats des <code>var_export()</code>.
# __sleep() : à l'appel de <code>serialize()</code>, pour en modifier le résultat.
# __toString() : à l'appel de l'objet comme une chaine de caractères (ex : <code>echo $object</code>).
# __unserialize() : à l'appel de <code>serialize()</code>.
# __unset() : à l'appel de <code>unset()</code> sur des propriétés inexistantes ou interdites.
# __wakeup() : à l'appel de <code>unserialize()</code>, pour en modifier le résultat.
=== Constructeur et destructeur ===
; <code>__construct()</code> : Cette méthode s’exécute lors de la création de l’objet. On entre alors les attributs potentiels de la fonction lors de sa création. Cette méthode est appelée "le constructeur"
; <code>__destruct()</code> : Cette méthode s’exécute au contraire au moment de la destruction de la variable. Elle est appelée "le destructeur".
Voici un exemple utilisant les méthodes :
<pre>
//Définition de la classe
class Humain
{
public $homme = false;
public $femme = false;
function __construct($type)
{
if ($type=="homme")
$this->homme=true;
if ($type=="femme")
$this->femme=true;
}
function extremeOnction()
{
echo 'Amen';
}
function __destruct()
{
$this->extremeOnction();
}
}
//C'est un garçon !
$homme = new Humain("homme");
if ($homme->homme) {
echo "C'est un homme";
} elseif ($homme->femme) {
echo "C'est une femme";
}
//mort de l'homme
unset($homme);
/*
La sortie sera
C'est un homme
Amen
*/
</pre>
Sous php4, le constructeur avait pour nom celui de la classe. Sous php5, si la fonction <code>__construct()</code> n’est pas trouvée, l’interpréteur cherchera une méthode du même nom que la classe.
=== Copie en profondeur ===
Il existe une méthode qui s’exécute lors d’une duplication de l’objet. Son nom est <code>__clone()</code>.
En effet, elle est utile car par défaut si $x = $y, $x n'est qu'une référence à $y et changer $x changera $y.
=== __get, __set, __call ===
Ces méthodes permettent de rendre dynamique l'utilisation de la classe, et permettent la surcharge magique<ref>http://php.net/manual/fr/language.oop5.overloading.php</ref>.
==== __call() ====
La méthode <code>__call()</code> s'exécute quand une méthode appelée est inaccessible ou inexistante. Exemple :
<pre>
function __call($method,$arguments)
{
echo "On a appelé $method sans succès avec les paramètres :<br/>";
var_dump($arguments);
}
</pre>
==== _get() ====
Cette méthode s'exécute quand une variable appelée est inaccessible ou inexistante. L'exemple ci-dessous lui permet de retourner une donnée dépendant du contenu de la variable <code>$nom</code>. Important : le contenu de la variable <code>$nom</code> ne sera pas prioritaire sur le nom d'une variable interne à la classe.
<pre>
class test
{
public $a;
private $b;
function __construct($a,$b)
{
$this->a=$a;
$this->b=$b;
}
function __get($nom)
{
echo "On a appelé __get(\$$nom)";
}
}
// Utilisation
$var=new test(5,10);
echo $var->a; // affiche : "5"
echo '<br/>';
echo $var->b; // affiche : "On a appelé __get($b)". En effet, b est privée et ne peut donc pas être accédée.
echo '<br/>';
echo $var->__get('a'); // affiche : "On a appelé __get($a)"
echo '<br/>';
echo $var->c; // affiche : "On a appelé __get($c)"
</pre>
On voit ici que PHP va chercher en priorité à retourner une variable interne, mais si elle est privée ou inexistante, il prendra le résultat du <code>__get</code>.
{{attention|Ne jamais accéder à une variable de classe privée dans son <code>__get()</code> sous peine de boucle infinie.}}
Exemple de réécriture de la méthode <code>__get</code> ci-dessus pour accéder à la variable privée :
<pre>
function __get($nom)
{
if ($nom == 'b') {
echo $this->b;
}
}
</pre>
==== __set() ====
Cette méthode s'exécute quand on modifie une variable inaccessible ou inexistante. Exemple :
<pre>
class test2
{
public $a;
private $b;
function __construct($a,$b)
{
$this->a=$a;
$this->b=$b;
}
function __get($nom)
{
echo 'get '.$nom;echo '<br/>';
}
function __set($nom,$value)
{
echo 'set '.$nom.' '.$value;echo '<br/>';
}
}
$var=new test2(5,10);
$var->a=6;
echo $var->a; // affiche 6
echo '<br/>';
$var->b=11; // appelle __set('b',11)
echo $var->b; // appelle __get('b')
</pre>
=== __sleep() et __wakeup() ===
Ces méthodes ne fonctionnent plus avec l'interface ''Serializable'' depuis PHP 8.1, au profit de serialize et unserialize<ref>https://www.php.net/manual/en/class.serializable.php</ref>.
Elles permettent respectivement de sauvegarder et restaurer l'état d'un objet, pour qu'il soit fonctionnel après une sérialisation / désérialisation. C'est utile par exemple pour se reconnecter à une base de données.
=== __invoke() ===
Cette méthode rend la classe invocable, c'est-à-dire qu'après instanciation, elle s'exécute si on l'appelle comme une méthode. Ex :
<pre>
$maClasse = new MaClasse();
return $maClasse();
</pre>
== Quelques fonctions intégrées ==
Voici quelques fonctions en relation avec la programmation orientée objet qui peuvent vous être utiles.
=== self() ===
Une classe peut s'instancier elle-même avec <code>new self();</code>.
=== class_exists() ===
Vérifie qu’une classe existe. Renvoie une valeur booléenne. ex :
<pre>
if (class_exists('maClasse'))
$var = new maClasse();
</pre>
=== get_class_methods() ===
Retourne toutes les méthodes d’une classe sous forme de tableau. Ex :
<pre>
$maClasse = new Classe();
$methodes = get_class_methods($maClasse);
print_r($methodes);
</pre>
=== get_class_vars() ===
Retourne tous les attributs d'une classe (dont la portée est accessible, donc généralement les publiques), ainsi que leurs valeurs par défaut sous forme de tableau. Ex :
<pre>
$attributs = get_class_vars('Classe');
print_r($attributs);
// Fonctionne aussi avec les instances :
$maClasse = new Classe();
$attributs = get_class_vars(get_class($maClasse));
print_r($attributs);
</pre>
Peut donc servir pour un "foreach" propriétés de la classe.
Pour récupérer ou filtrer les attributs privés, utiliser <code>\ReflectionClass::getProperties</code><ref>https://www.php.net/manual/fr/reflectionclass.getproperties.php</ref> :
<pre>
$reflecttion = new \ReflectionClass('Classe');
print_r($reflection->getProperties());
</pre>
=== get_object_vars() ===
Idem avec les valeurs courantes de l'objet instance de classe.
=== method_exists($classe, $méthode) ===
Teste sur une méthode existe dans une classe.
=== serialize() et unserialize() ===
Assurent la transformation du flux de données, en précisant les types des variables et index des tableaux. Exemple :
<pre>
$Hello = 'Hello World';
var_dump($Hello); // string(11) "Hello World"
$Hello = serialize($Hello);
print $Hello; // s:11:"Hello World";
$Hello = array('Hello', 'World');
var_dump($Hello); // array(2) { [0]=> string(5) "Hello" [1]=> string(5) "World" }
$Hello = serialize($Hello);
print $Hello; // a:2:{i:0;s:5:"Hello";i:1;s:5:"World";}
</pre>
Le préfixe "a:2" signifie "array of 2 lines", et il est obligatoire pour désérialiser.
== Références ==
{{Références}}
<noinclude>
[[Catégorie:Programmation orientée objet|PHP]]
</noinclude>
12009x7dsztqpmdrkww5b2v6r5k3lsg
Mécanique spatiale
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2026-05-15T08:11:40Z
DavidL
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[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
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wikitext
text/x-wiki
{| class="flexible" width="100%" cellspacing="0" cellpadding="4" border="0" style="border:solid #BBBBBB 1px; background:#3333bb40;"
|-----
| style="vertical-align:top; padding:15px;" | [[Image:Earth-moon.jpg|200px]]
| style="vertical-align:center; padding:15px;" |
''Eppur si muove.''
:'''Galileo Galilei'''
:''Et pourtant, elle tourne.''
<div style="text-align: center;"><br /><strong>'''[[Mécanique spatiale/Sommaire|sommaire >>]]'''</strong></div>
|}
{{CDU|5|52|ligne=1|largeur=60}}
[[Catégorie:Mécanique spatiale (livre)]]
[[Catégorie:Astronautique]]
kxwnax5fnrwzbneyre6hfyr5t2bolor
Modèle:Programmation C sharp
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2026-05-15T07:30:30Z
Too Classy for This World
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>Ce modèle définit le sommaire affiché sur les pages du livre [[Programmation C sharp|Programmation C#]].
[[Catégorie:Modèles non imprimables spécifiques à un livre]]</noinclude>{{Icône version imprimable}}{{Icône version compilée}}
{| class="opaque noprint" style="background:#ffffff10; border:3px #88f solid; border-style: inset; margin: 1em; margin-right: 0.5em" cellspacing="0" cellpadding="2px" align="right"
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*[[Programmation C sharp/Compilation|Compilation]]
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*[[Programmation C sharp/Les commentaires|Les commentaires]]
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*[[Programmation C sharp/Structures et énumérations|Structures et énumérations]]
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*[[Programmation C sharp/Type partiel|Type partiel]]
*[[Programmation C sharp/Surcharge des opérateurs|Surcharge des opérateurs]]
*[[Programmation C sharp/Directives du préprocesseur|Directives du préprocesseur]]
*[[Programmation C sharp/Documentation XML des classes|Documentation XML des classes]]
*[[Programmation C sharp/Attributs|Attributs]]
*[[Programmation C sharp/Delegates et events|Delegates et events]]
*[[Programmation C sharp/Types génériques|Types génériques]]
*[[Programmation C sharp/Appel de plateforme|Appel de plateforme]]
*[[Programmation C sharp/Code non vérifié|Code non vérifié]]
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*[[Programmation C sharp/Expression régulière|Expression régulière]]
*[[Programmation C sharp/Interfaces graphiques|Interfaces graphiques]]
**[[Programmation C sharp/Interfaces graphiques/Graphique vectoriel|Graphique vectoriel]]
*[[Programmation C sharp/Fonctions asynchrones|Fonctions asynchrones]]
*[[Programmation C sharp/Threads et synchronisation|Threads et synchronisation]]
*[[Programmation C sharp/Processus|Processus]]
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*[[Programmation C sharp/Bibliographie et liens|Bibliographie et liens]]
*[[Programmation C sharp/Index des mots-clés du langage|Index des mots-clés du langage]]
*[[Programmation C sharp/Glossaire|Glossaire]]
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Introduction à LilyPond/Principe général
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[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
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text/x-wiki
<noinclude>{{lilypond}}</noinclude>
<div style="font-size: 170%; margin: 1em 0 0 0; border-bottom: 1px solid #aaa; padding: 0.2em 0;">1. Principe général</div>
== Fonctionnement de LilyPond ==
[[Fichier:lilypond_icone.png|vignette|Logo de LilyPond.]]
Avec LilyPond, la partition est décrite dans un fichier texte. Le programme LilyPond transforme ensuite ce fichier en un fichier PDF, pour afficher la partition sur écran et l'imprimer, et en un fichier midi pour pouvoir écouter le résultat.
: Fichier texte → LilyPond → fichiers PDF et midi
Cette opération de transformation s'appelle de manière générale une compilation en informatique ; pour LilyPond, on parle de gravure ou de composition (dans le sens typographique, le fait d'assembler des caractères à imprimer, ''{{lang|en|typesetting}}'').
Cette chaîne d'opération est grandement simplifiée si l'on utilise Frescobaldi (voir ci-dessous) : on écrit le fichier texte dans une fenêtre et il suffit de cliquer sur un bouton pour voir la partition s'afficher dans une autre fenêtre.
On peut aussi utiliser un compilateur en ligne comme HackLily : https://www.hacklily.org/
== Format du fichier ==
Un fichier LilyPond est un fichier texte au format UTF-8, ce qui permet de gérer les accents dans les paroles et les titres (en l'absence d'accent, on peut utiliser de l'ASCII « pur »). Ce fichier source porte l'extension <span id="ly1"><code>.LY</code></span>.
Les notes sont représentées par une combinaison de lettres, pour désigner la hauteur des notes, et de chiffres, pour désigner leur durées, inclues à l'intérieur d'<span id="accolade1">accolades</span>, par exemple :
: <code>{ c4 d4 }</code> désigne deux noires (valeur « 4 »), un ''do'' et un ''ré'' (respectivement « c » et « d »).
Il est possible d'utiliser le nom français des notes à condition de placer en début de fichier la commande:
<syntaxhighlight lang="tex">
\include "italiano.ly"
</syntaxhighlight>
Dans ces conditions, <code>{ do4 re4 }</code> désigne deux noires (valeur 4), un ''do'' et un ''ré''.
Pour bien comprendre ce principe, vous pouvez essayer le piano virtuel de [http://fr.musipedia.org/ Musipédia].
----
; Note
: tout fichier devrait commencer par l'indication de la version de LilyPond utilisée, par la commande <code>\version "''version''"</code> (par exemple <code>\version "2.10"</code>). Cela permet, lorsque l'on retrouve une vieille partition, de connaître la version de l'époque et de pouvoir l'adapter à la nouvelle version de LilyPond.
: Si vous souhaitez utiliser la notation française usuelle, placez ensuite votre commande <code>\include "italiano.ly".</code>
----
== Frescobaldi ==
[[Fichier:Frescobaldi-icon 2021.png|vignette|Icône du logiciel Frescobaldi.]]
Frescobaldi est un environnement pour LilyPond. Il fournit un éditeur de texte dédié, avec notamment une coloration syntaxique (les mots spéciaux sont affichés en gras et/ou avec une couleur différente ce qui facilite la lecture et l'écriture). Il fournit également un accès rapide à la compilation et à l'affichage, et le cas échéant à l'écoute.
: https://frescobaldi.org/
[[File:Capture ecran frescobaldi.png|center|Capture d'écran de Frescobaldi.]]
Frescobaldi fonctionne avec tout système d'exploitation permettant d'exécuter des programmes Python (et notamment les Linux). Il offre les possibilités suivantes :
* aperçu PDF en un clic de souris ;
* pointer et cliquer ''({{lang|en|point and click}})'' : cliquez sur les notes dans le PDF pour passer à la position dans le texte ;
* configuration de partition rapide par assistant ;
* possibilité d'entrer la musique ''via'' un périphérique MIDI en utilisant l'extension Rumeur ;
* navigateur de documentation LilyPond avec aide contextuelle ;
* coloration syntaxique avancée ;
* les structures imbriquées peuvent être repliées / déployées pour un aperçu rapide ;
* auto-complétion permettant de saisir rapidement les commandes et les paramètres ;
* nombreux outils de manipulation de notes (transposition, conversion relative / absolue, traduction…) et de rythme (multiplication / division, copier-coller de rythme…) ;
* gestion des césures (paroles) ;
* insertion rapide des articulations et symboles ;
* mise à jour de versions par le biais de <code>convert-ly</code> ;
* …
[[Fichier:Frescobaldi-2.18.png|frame|center|Frescobaldi 2.18 sous Linux.]]
== Programme dans un environnement graphique ==
[[Fichier:lilypond_fichier_ly.png|vignette|Icône des fichiers <code>.LY</code>.]]
Les versions récentes de LilyPond fonctionnent dans des environnements graphiques. Elles disposent d'un éditeur de texte intégré.
L'utilisation de l'interface graphique varie en fonction de l'environnement.
; Sous Microsoft Windows
* l'éditeur de texte s'appelle LilyPad ; si l'on double-clique sur l'icône de LilyPond, cela lance LilyPad ; on peut alors créer un nouveau fichier source ou bien importer un fichier <code>.LY</code> existant ;
* pour éditer un fichier <code>.LY</code> existant, on peut aussi utiliser le menu contextuel : cliquer avec le bouton secondaire de la souris<ref>bouton droit, ou « clic droit », si la souris est configurée pour droitier ; bouton gauche si la souris est configurée pour un gaucher</ref> sur l'icône du fichier source (<code>.LY</code>), puis choisir '''Edit file''' dans le menu ;
* pour compiler le fichier, il suffit, à partir de l'Explorateur Windows, de cliquer sur l'icône du fichier <code>.LY</code> puis de la faire glisser sur l'icône de LilyPond ''(drag and drop)'' ;
* pour compiler le fichier, on peut également utiliser le menu contextuel : cliquer avec le bouton droit de la souris sur l'icône du fichier source, puis choisir '''Generate PDF''' ;
* si l'on double-clique sur l'icône du fichier source, cela lance une compilation.
La compilation effectuée par le menu contextuel ou par le double-clic sur l'icône du fichier source n'est pas la même que celle effectuée par un glisser-lâcher de l'icône du fichier source sur l'icône de LilyPond.
; Sous MacOS X
* si l'on double-clique sur l'icône de LilyPond, cela lance l'éditeur de texte ; on peut alors créer un nouveau fichier source ou bien importer un fichier <code>.LY</code> existant ;
* pour éditer un fichier <code>.LY</code> existant, on peut aussi utiliser double-cliquer dessus : cela l'ouvre dans l'éditeur de texte de LilyPond ;
* pour éditer le fichier, on peut aussi, à partir du Finder, de cliquer sur l'icône du fichier <code>.LY</code> puis de la faire glisser sur l'icône de LilyPond ''(drag and drop)'' ;
* pour compiler un fichier, on peut utiliser le menu '''Compile | Typeset file''' de LilyPond ou bien la raccourci clavier <code>{{pomme}}+[R]</code>.
[[File:Capture ecran lilypond macosx.png|center|Capture d'écran de LilyPond sous MacOS X.]]
== Programme en ligne de commande ==
Initialement, LilyPond est un programme en ligne de commande. Pour générer la partition et/ou le fichier sonore dans ce mode, on peut donc invoquer le programme <code>lilypond</code> en lui passant le nom du fichier source en paramètre (le fichier source aura été créé par un éditeur de texte indépendant).
Si par exemple le fichier source est <code>ma_musique.LY</code>, il faut alors taper en ligne de commande
<syntaxhighlight lang="bash">
lilypond ma_musique
</syntaxhighlight>
Ceci génère en général un fichier PostScript (avec le nom du fichier source et l'extension <code>.PS</code>, ici <code>ma_musique.PS</code>), et/ou, selon les indications à l'intérieur du fichier <code>.LY</code>, un fichier sonore (extension <code>.MID</code> ou <code>.MIDI</code>). Le fichier PostScript peut ensuite être imprimé ou affiché (par exemple avec GhostScript, GS), ou bien converti en PDF (par exemple avec GS).
On peut placer des options avant le nom du fichier à compiler, par exemple :
* <code>--pdf</code> pour générer directement un fichier PDF ;
* <code>--tex</code> pour générer un fichier TeX ;
* <code>--output=''nom_de_fichier''</code> ou <code>-o=''nom_de_fichier''</code> pour créer un fichier ayant un nom différent (l'extension est ajoutée automatiquement) ;
* <code>--verbose</code> ou <code>-V</code> pour avoir des messages plus détaillés ;
* <code>--format=</code> ou <code>-f=</code> : choix du format (ajouter <code>svg</code>, <code>ps</code>, <code>pdf</code>, <code>png</code>, <code>tex</code>, ou <code>dvi</code> derrière le signe égal)
* …
Par exemple :
<syntaxhighlight lang="bash">
lilypond --pdf -o=my_music ma_musique
</syntaxhighlight>
crée le fichier <code>my_music.PDF</code> à partir de la compilation du fichier <code>ma_musique.LY</code>.
On peut avoir la liste des options en tapant <code>lilypond -h</code> ou <code>lilypond --help</code>.
; MacOS X
Sous MacOS X, l'application <code>LilyPond.app</code> est en fait un répertoire ; c'est ce répertoire qui contient le programme à appeler en ligne de commande. Le programme <code>lilypond</code> en lui-même est place dans le sous-répertoire <code>Contents/Resources/bin/</code>. On peut ajouter ce chemin aux chemins par défaut en mettant ce chemin complet dans le fichier <code>~/.profile</code>, sous la forme suivante :
<syntaxhighlight lang="bash">
export PATH=$PATH:''chemin''
</syntaxhighlight>
par exemple, si <code>LilyPond.app</code> est placé dans <code>/Applications/</code>, on mettra
<syntaxhighlight lang="bash">
export PATH=$PATH:/Applications/LilyPond.app/Contents/Resources/bin
</syntaxhighlight>
== Compilation en ligne ==
Le {{lien web |url=https://ly.polv.cc/ |titre=Lilypond editor |consulté le=2022-12-02}} de Polv (Pacharapol Withayasakpunt) permet de compiler le code Lilypond en ligne, de visualiser la partition, d'écouter le fichier midi et de télécharger les fichiers PDF et midi.
== Intégration de code LilyPond dans du code LaTeX ==
On peut mettre du code LilyPond dans un fichier LaTeX, ou bien faire appel à un fichier <code>.LY</code> dans le fichier LaTeX. Il faut alors compiler le fichier <code>.TEX</code> avec <code>lilypond-book</code> avant de lancer la compilation avec <code>latex</code> ; cela se fait en ligne de commande.
''Voir [[Programmation LaTeX/Écrire de la musique#Intégration du code LilyPond dans le code LaTeX|Programmation LaTeX, Écrire de la musique > Intégration du code LilyPond dans le code LaTeX]].''
== Intégration de code LilyPond dans MediaWiki ==
MediaWiki possède [[mw:Extension:Score|une extension nommée Score]] pour l'intégration de partition dans un wiki.
Exemple :
<syntaxhighlight lang="mediawiki">
<score>\relative c' { f d f a d f e d cis a cis e a g f e }</score>
</syntaxhighlight>
<score>\relative c' { f d f a d f e d cis a cis e a g f e }</score>
== Notes ==
<references />
== Voir aussi ==
; Dans Wikipédia
* [[w:ASCII|ASCII]]
* [[w:GhostScript|GhostScript]]
* [[w:Ligne de commande|Ligne de commande]]
* [[w:Menu contextuel|Menu contextuel]]
* [[w:Portable Document Format|PDF]]
* [[w:PostScript|PostScript]]
* [[w:TeX|TeX]]
* [[w:UTF-8|UTF-8]]
----
''[[Introduction à LilyPond|Introduction]]'' < [[Introduction à LilyPond|↑]] > ''[[Introduction à LilyPond/Structure du fichier|Structure du fichier]]''
[[pt:Introdução ao LilyPond/Princípios gerais]]
[[Catégorie:Introduction à LilyPond (livre)|Principe général]]
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Introduction à LilyPond/Génération d'un fichier de son
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text/x-wiki
<noinclude>{{lilypond}}</noinclude>
<div style="font-size: 170%; margin: 1em 0 0 0; border-bottom: 1px solid #aaa; padding: 0.2em 0;">11. Génération d'un fichier de son</div>
Pour que LilyPond génère un <span id="fichier_son4">fichier de son</span>, il faut indiquer <span id="midi3"><code>\midi {}</code></span> à la fin du fichier. La commande doit être placée à l'intérieur du contexte <code>\score</code>, mais après la description de la musique (après le dernier <code>>></code> ou l'accolade de fermeture de la voix lorsqu'il n'y en a qu'une).
Le fichier Midi est alors généré automatiquement lors de la compilation. Cependant, il n'y a alors pas de fichier PS ou PDF généré.
Pour que la compilation génère la partition ''et'' le fichier son, il faut mettre également une commande <span id="layout2"><code>\layout {}</code></span> à côté de la commande <code>\midi {}</code>
La structure globale du fichier est donc :
<span style="color: #AA0000;">\score {</span>
<span style="color: #00AA00;">{</span>
''musique''
<span style="color: #00AA00;">}</span>
\layout { }
\midi { }
<span style="color: #AA0000;">}</span>
ou bien, à plusieurs voix :
<span style="color: #AA0000;">\score {</span>
<span style="color: #00AA00;"><<</span>
<span style="color: #0000AA;">\new Staff {</span>
''musique''
<span style="color: #0000AA;">}</span>
<span style="color: #0000AA;">\new Staff {</span>
''musique''
<span style="color: #0000AA;">}</span>
…
<span style="color: #00AA00;">>></span>
\layout { }
\midi { }
<span style="color: #AA0000;">}</span>
== Choix des instruments ==
On peut définir l'instrument associé à chaque voix. Pour cela, il faut définir la variable <code>Staff.midiInstrument</code> dans la voix (c'est-à-dire entre les accolades de la voix).
Ceci est indépendant du nom qui est affiché, défini par la variable <code>\set Staff.instrument</code> (cette dernière n'est qu'une chaîne de caractères destinée à être affichée).
; Exemple
<span style="color: #AA0000;">\new Staff {</span>
\set Staff.instrumentName = "''nom de l'instrument''"
\set Staff.midiInstrument = "''instrument midi''"
''musique''
<span style="color: #AA0000;">}</span>
ou bien
<span style="color: #AA0000;">\new Staff</span> \with { instrumentName = "''nom de l'instrument''" midiInstrument = "''instrument midi''" } <span style="color: #AA0000;">{</span>
''musique''
<span style="color: #AA0000;">}</span>
{| border="1"
|+ Liste non exhaustive de noms d'instrument utilisables
|-
! Instrument !! Nom codifié
|-
! colspan = "2" | Cordes frottées
|-
| violon || <code>violin</code>, <code>orchestral strings</code>, <code>string ensemble 1</code> ou <code>2</code>, <code>pizzicato strings</code>, <code>fiddle</code>
|-
| alto || <code>viola</code>
|-
| violoncelle || <code>cello</code>
|-
| contrebasse || <code>contrabass</code>
|-
! colspan = "2" | Bois
|-
| flute traversière<br />piccolo || <code>flute</code><br /><code>piccolo</code>
|-
| hautbois<br />cor anglais || <code>oboe</code><br /><code>english horn</code>
|-
| clarinette || <code>clarinet</code>
|-
| basson || <code>bassoon</code>
|-
| saxophone || <code>soprano sax</code>, <code>alto sax</code>, <code>tenor sax</code>, <code>baritone sax</code>
|-
| cornemuse, biniou || <code>bagpipe</code>
|-
! colspan = "2" | Cuivres
|-
| trompette || <code>trumpet</code>
|-
| trombone || <code>trombone</code>
|-
| tuba || <code>tuba</code>
|-
| cor || <code>french horn</code>
|-
! colspan = "2" | Cordes pincées
|- valign="top"
| guitare classique<br />guitare folk || <code>acoustic guitar (nylon)</code><br /><code>acoustic guitar (steel)</code>
|-
| guitare électrique || <code>electric guitar (jazz)</code>, <code>electric guitar (clean)</code>, <code>electric guitar (muted)</code>, <code>overdriven guitar</code>, <code>distorted guitar</code>
|-
| basse || <code>acoustic bass</code>, <code>electric bass (finger)</code>, <code>electric bass (pick)</code>, <code>fretless bass</code>, <code>slap bass 1</code> ou <code>2</code>
|-
| banjo || <code>banjo</code>
|-
| clavecin || <code>harpsichord</code>
|-
| harpe || <code>orchestral harp</code>
|-
! colspan = "2" | Claviers
|-
| piano || <code>acoustic grand</code>, <code>bright acoustic</code>, <code>electric grand</code>, <code>honky-tonk</code> (bastringue), <code>electric piano 1</code> ou <code>2</code>
|-
| clavecin || <code>harpsichord</code>
|-
| orgue || <code>drawbar organ</code>, <code>percussive organ</code>, <code>rock organ</code>, <code>church organ</code>
|-
| accordéon || <code>accordion</code>
|-
! colspan = "2" | Percussions
|-
| cloches || <code>glockenspiel</code>, <code>tubular bells</code>, <code>tinkle bell</code>
|-
| xylophone || <code>xylophone</code>
|-
| boîte à musique || <code>music box</code>
|-
! colspan = "2" | Divers
|-
| voix || <code>choir aahs</code>, <code>voice oohs</code>, <code>synth voice</code>
|-
| bruitages || <code>fx 1 (rain)</code>, <code>guitar fret noise</code>, <code>breath noise</code>, <code>seashore</code>, <code>bird tweet</code>, <code>telephone ring</code>, <code>helicopter</code>, <code>applause</code>, <code>gunshot</code>
|}
Voir la totalité des noms utilisables sur la page [http://lilypond.org/doc/v2.8/Documentation/user/lilypond/MIDI-instruments.html#MIDI-instruments MIDI instruments] du site de LilyPond
== Paramètres de la commande \midi ==
Les accolades situées après <code>\midi</code> permettent de mettre des commandes de paramétrage — les accolades sont obligatoires même en l'absence de telles commandes.
Par exemple, si la description de la musique ne contient pas d'indication de tempo, il est possible de l'indiquer dans le contexte <code>\midi</code>, de la même manière.
; Exemple
: <code><span style="color: #AA0000;">\midi {</span> \tempo 4=90 <span style="color: #AA0000;">}</span></code>
== Paramètres de la sortie midi ==
La sortie midi prend en compte les indications présentes dans la partition, c'est-à-dire la hauteur des notes, le rythme, mais aussi les indications de nuance et de changements de tempo. Les ''crescendi'' et ''decrescendi'' se traduisent par un augmentation ou une diminution régulière du son entre le début et la fin du ''crescendo'' ou ''decrescendo'' ; toutefois cette fonction n'est pas opérationnelle sur une note isolée.
== Gestion des répétitions ==
Les répétitions (trémolos, répétitions de mesures, reprises…) ne sont normalement pas prises en compte lors de la génération du fichier midi. On peut les faire prendre en compte en utilisant la commande <code>\unfoldRepeats</code> ; tout se passe alors comme si les commandes <code>\repeat</code> avaient le style <code>"unfold"</code>.
On peut par exemple avoir deux environnements <code>\score</code> contenant la même musique, le premier contenant <code>\layout</code>, le second ayant la même expression musicale, mais dans un environnement <code>\unfoldRepeats</code> et contenant <code>\midi</code>.
; Exemple
<span style="color: #AA0000;">\score {</span>
''musique''
\layout { }
<span style="color: #AA0000;">}</span>
<span style="color: #AA0000;">\score {</span>
<span style="color: #00AA00;">\unfoldRepeats {</span>
''musique''
<span style="color: #00AA00;">}</span>
\midi { }
<span style="color: #AA0000;">}</span>
== Notes ==
<references />
== Voir aussi ==
; Dans Wikipédia
----
''[[Introduction à LilyPond/Mise en forme d'une partition|Mise en forme d'une partition]]'' < [[Introduction à LilyPond|↑]] > ''[[Introduction à LilyPond/Programmation|Programmation]]''
[[Catégorie:Introduction à LilyPond (livre)|Generation d'un fichier de son]]
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Formation musicale/Gammes et intervalles
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Cdang
1202
/* Les différentes gammes, ou modes, de la musique classique */ mode et couleur
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wikitext
text/x-wiki
{{Bases de solfège}}
<span style="font-size:25px;">4. Gammes et intervalles</span>
----
== Les notes « naturelles », les gammes de ''do'' majeur et de ''la'' mineur ==
Nous considérons dans un premier temps les notes « naturelles », c'est-à-dire sans altération (ni dièse, ni bémol) : ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa'', ''sol'', ''la'' et ''si'', ou, en notation anglo-saxonne, C, D, E, F, G, A et B. Cette succession de sept notes forme la « gamme de ''do'' majeur ».
On a donc choisi un nombre réduit de sons, les « notes », pour écrire la musique. Ces notes forment une « gamme ».
Le terme « gamme » provient de la lettre grecque gamma « Γ », qui était utilisée auparavant pour désigner le ''sol'' le plus grave.
En partant du nom d'une note, jusqu'à la suivante de même nom :
* un ensemble de notes successives, jouées de la plus aiguë à la plus grave, forme une gamme descendante ;
* un ensemble de notes successives, jouées de la plus grave à la plus aiguë, forme une gamme ascendante.
{{son|Gamme constituée des notes « naturelles »|Gamme do majeur.mid}}
{{Son|Différence entre un demi-ton et un ton|Intervalles demi ton et ton.mid}}
Cette gamme est agréable à l'oreille mais n'a pas d'intervalles réguliers entre les notes ; en effet, les notes « naturelles » successives sont séparées d'un ton ou d'un demi-ton :
: les intervalles ''mi''-''fa'' et ''si''-''do'' sont chacun d'un demi-ton ; les autres intervalles valent chacun un ton.
Un demi-ton fait évidemment la moitié d'un ton.
On a donc, si l'on monte la gamme constituée par les sept notes en commençant par le ''do'', la succession suivante :
{|
|+ Gamme de ''do'' majeur
|-
| || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton
|- align="center"
| ''do'' || — || ''ré'' || — || ''mi'' || - || ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || — || ''si'' || - || ''do''
|}
Dans l'image ci-dessous, un ton est représenté par une « parenthèse » en dessous, alors qu'un demi-ton est représenté par un « accent circonflexe » au-dessus :
: [[Image:C major scale.png]]
On peut aussi jouer ces notes en commençant par le ''la'' :
: ''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol''
Les demi-tons sont placés à des endroits différents, cette gamme forme un « mode » différent (voir plus loin). Ce mode est appelé « mode mineur naturel » et l'on a donc la « gamme de ''la'' mineur naturel ».
{{son|Gamme de ''la'' mineur avec note sensible|Gamme la mineur harmonique.mid}}
On élève souvent le sol d'un demi-ton avec un dièse « ♯ » (voir ci-après), ainsi, la dernière note de la gamme est plus proche de la première note de l'octave supérieure, elle est « aspirée vers le haut ». Cette note « aspirée vers le haut » est appelée « note sensible ». La gamme de ''la'' mineur s'écrit donc en général :
: ''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' — ''sol''♯
avec un « grand écart » (une seconde augmentée) entre le ''fa'' et le ''sol''♯. De manière plus précise, cette gamme s'appelle « ''la'' mineur harmonique » (il existe d'autres gammes mineures que nous verrons plus loin).
: [[Fichier:A harmonic minor ascending.PNG|vignette|left]]
{{clear}}
== Couleur des gammes ==
Il existe donc des gammes majeures et mineures (et d'autres types, que nous verrons plus loin). Elles ont des « couleurs » différentes : les morceaux écrits en mode majeur sonnent différemment des morceaux écrits en mode mineur.
Globalement, les morceaux écrits en mineur sonnent plus « tristes », les morceaux écrits en majeur sonnent plus « gai ».
Mais ce n'est pas bien sûr systématique, la gaité ou la tristesse dépendent de plein d'autre éléments. Par exemple, le ''Rondo à la turque'' de Mozart (troisième mouvement de la ''Sonate pour piano n<sup>o</sup> 11 en ''la'' majeur'', K. 331/K300, env. 1780) est écrit en ''la'' mineur, pourtant il sonne très gai. Bien qu'étant écrit dans la même gamme, il sonne très différemment du premier mouvement ''Adagio'' de la ''Sonate pour hautbois en ''la'' mineur'' de Telemann (TWV 41:B6, env. 1739), qui sonne lui effectivement triste. On voit ici l'importance du tempo.
* {{lien web
| url = https://www.youtube.com/watch?v=0HhBr0t4VJ0
| titre = Lang Lang performs "Rondo alla turca" from Mozart's Piano Sonata No 11
| site = chaîne Medici.tv sur Youtube
| date = 2021-11-26
| consulté le = 2023-12-01
}}
* {{lien web
| url = https://www.youtube.com/watch?v=FG8jr6KnRkE
| titre = Telemann oboe sonata in A minor, TWV 41:a3
| site = chaîne Bernice Lee sur Youtube
| date = 2017-03-26
| consulté le = 2023-12-01
}}
== Altération des notes naturelles ==
=== Les dièses et les bémols ===
Pour enrichir la musique, on introduit des notes intermédiaires afin de pouvoir placer des demi-tons ailleurs qu'entre ''mi'' et ''fa'' ou entre ''si'' et ''do''. On a donc créé des altérations qui permettent de monter ou de baisser une note d'un demi-ton :
* le dièse « ♯ » permet de monter une note d'un demi-ton ;
* le bémol « ♭ » permet de baisser une note d'un demi-ton.
On a donc au total douze sons différents, ou hauteurs différentes, séparés par des demi-tons :
# ''do''
# ''do''♯/''ré''♭
# ''ré''
# ''ré''♯/''mi''♭
# ''mi''
# ''fa''
# ''fa''♯/''sol''♭
# ''sol''
# ''sol''♯/''la''♭
# ''la''
# ''la''♯/''si''♭
# ''si''
Il existe un signe qui annule l'altération, qui remet la note à l'état naturel : le bécarre « ♮ ».
Une gamme formée par ces douze sons s'appelle une « gamme chromatique » ; c'est une gamme par demi-tons.
{{son|Gamme chromatique|Gamme chromatique.mid}}
: [[Image:gamme chromatique dieses.png|300px]]
: [[Image:gamme chromatique bemols.png|300px]]
=== Conventions de notation ===
Au niveau de la notation :
* si une note est altérée dans tout le morceau, ou quasiment tout le morceau, alors l'altération est écrite au début de chaque ligne mais ''pas'' devant les notes concernées ; on parle « d'armure », « armature » ou « d'altération à la clef » ;
* si une note est altérée ponctuellement, alors l'altération est mise ''devant'' la note concernée, on parle « d'altération accidentelle » ; l'altération accidentelle est valable pour toute la durée d'une mesure, et reste valable si une liaison de prolongation est à cheval sur une barre de mesure (par exemple, si l'on a un ''fa'' dièse accidentel en fin de mesure lié à un ''fa'' sur la mesure d'après, le second ''fa'' est aussi dièse).
Concernant le nom et la forme des signes :
* le mot « bémol » vient du terme « “b” mol », qui signifie « “b” mou », la lettre B désignant la note ''si'' ; le « ''si'' mou » désigne une note ''si'' abaissée, ce qui a donné à la fois le nom de l'altération et sa forme, la forme de la lettre « b » ;
* le mot « bécarre » vient du terme « “b” carré », et le signe est à l'origine une lettre « b » dont la panse — l'arrondi — est remplacée par un carré ; le carré est une forme « dure » par opposition à l'arrondi qui est une forme douce, « molle », il désigne dnc à l'origine la note ''si'' non-abaissée, naturelle ;
* le mot « dièse » vient du grec ancien ''díesis'' ({{lang|grc|δίεσις}}), qui signifie « intervalle » ; le signe est probablement un bécarre modifié.
Notons que le signe dièse « ♯ » est souvent confondu avec le signe croisillon « # », par exemple dans le terme « mot-dièse » (qui est en fait un « mot-croisillon », ''{{lang|en|hashtag}}''). Le signe croisillon « # » (appelé ''{{lang|en|hash}}'' en anglais, alors que le dièse est appelé ''{{lang|en|flat}}'') est une abréviation qui signifie « numéro » en anglais, et qui est aussi utilisé de diverses manières en informatique.
== Enharmonies ==
On remarque qu'un son peut avoir plusieurs noms : le son du « ''do'' dièse » est le même que celui du « ''ré'' bémol » ; de même, le « ''ré'' dièse » s'entend à la même hauteur que le « ''mi'' bémol »…
Il y a donc une différence entre la hauteur du son et le nom qu'on lui donne, le nom de la note, qui dépend des circonstances.
Ces notes sont dites « enharmoniques ». Il y a quatre autres enharmonies que, pour simplifier, nous n'avons pas mises dans la liste ci-dessus : ''si'' et ''do''♭, ''do'' et ''si''♯, ''mi'' et ''fa''♭ et ''fa'' et ''mi''♯.
Si une même hauteur de note peut avoir deux noms, pourquoi utilise-t-on l'un plutôt que l'autre ? Dans quel cas utilise-t-on ''la''♯ et dans quel cas utilise-ton ''si''♭ si l'on entend la même chose ?
On peut comparer une gamme à une équipe sportive de sept joueurs, ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa'', ''sol'', ''la'' et ''si'' ; 7 joueurs qui doivent occuper 7 postes appelés degrés : {{Times New Roman|I}}, {{Times New Roman|II}}, {{Times New Roman|III}}, {{Times New Roman|IV}}, {{Times New Roman|V}}, {{Times New Roman|VI}}, {{Times New Roman|VII}}. (Nous y reviendrons un peu plus loin dans « [[#Les autres gammes de la musique classique|Les autres gammes de la musique classique]] ».)
N'importe laquelle des notes peut être le capitaine en occupant le degré {{Times New Roman|I}}. Par exemple le ''fa''. Mais ensuite, elles arrivent toujours dans l'ordre habituel : ''fa'', ''sol'', ''la'', ''si'', ''do'', ''ré'', ''mi'' (''fa'', ''sol'', ''la'', ''si'', ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa'', etc).
{|
|+ Gamme de ''fa'' majeur
|-
| || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton
|- align="center"
| {{Times New Roman|I}} || — || {{Times New Roman|II}} || — || {{Times New Roman|III}} || - || {{Times New Roman|IV}} || — || {{Times New Roman|V}} || — || {{Times New Roman|VI}} || — || {{Times New Roman|VII}} || - || {{Times New Roman|I}}
|- align="center"
| ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || - || ''si♭'' || — || ''do'' || — || ''ré'' || — || ''mi'' || - || ''fa''
|}
Ensuite, elles se placent pour respecter les intervalles. Par exemple ceux de la gamme majeure : 1 ton, 1 ton, ½ ton, 1 ton, 1 ton, 1 ton, ½ ton. Sept joueurs pour sept postes, cela veut dire tout le monde est sur le terrain. Si un joueur restait sur le banc, un autre joueur devrait occuper 2 postes en même temps… Et réciproquement, si un nom de note était utilisé 2 fois, un nom de note ne serait pas utilisé. C'est pour cela que, dans l'exemple, le degré IV n'est pas ''la''♯ mais ''si''♭.
== Les intervalles ==
Un intervalle est un écart séparant deux notes, qu'elles soient jouées en même temps ou successivement. On nomme l'intervalle en fonction du nombre de degrés qu'il contient (y compris les notes de départ et d'arrivée), dans la succession « ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa'', ''sol'', ''la'', ''si'' », c'est-à-dire par écart croissant. Si l'on monte dans la gamme, on parle d'intervalle ascendant :
* unisson : deux notes identiques ; par exemple ''do''-''do'' ;
* seconde : deux notes successives dans la gamme ; par exemple ''do''-''ré'' ;
* tierce : trois notes au total dans l'intervalle, y compris la première et la dernière ; par exemple ''do''-''mi'' ;
* quarte : quatre notes au total dans l'intervalle, y compris la première et la dernière ; par exemple ''do''-''fa'' ;
* quinte : cinq notes ; par exemple ''do''-''sol'' ;
* sixte : six notes ; par exemple ''do''-''la'' ;
* septième : sept notes ; par exemple ''do''-''si'' ;
* octave : huit notes ; par exemple ''do'' medium-''do'' aigu.
[[Image:Intervalles_musique.png|thumb|500px|Les différents intervalles possibles à partir d'un mi]]
Nous pouvons aussi considérer des accords descendants : ''do''-''si'' est une seconde descendante, ''do''-''fa'' est une quinte descendante…
=== Chanter et reconnaître les intervalles ===
Le travail de l'oreille est important en musique. Les petits intervalles sont les plus simples à reconnaître et à chanter. L'exercice fondamental consiste à savoir chanter la gamme de ''do'' majeur : on la chante en s'accompagnant d'un instrument pour guider notre voix. Puis on joue le premier ''do'' et on la chante ''a capella'' (sans instrument) et on vérifie à la fin que le ''do'' aigu que l'on chante est juste ; s'il est faux, on essaie de voir à partir de quelle note on s'écarte (on chante ''a capella'' et on vérifie au ''mi'', au ''sol''…).
Ensuite, on s'entraîne à chanter l'accord parfait de ''do'' majeur : ''do''-''mi''-''sol'' ; et l'accord parfait de ''la'' mineur : ''la''-''do''-''mi''.
Puis, on peut s'exercer de deux manières. Par des exercices élémentaires :
* on joue deux notes l'une après l'autre, on donne le nom de la première note, il faut trouver le nom de la seconde (commencer avec de petits intervalles puis les augmenter) ; pour cela, après avoir écouté les notes, on monte la gamme en partant de la première note et on regarde quand on atteint la seconde ;
* on joue deux notes simultanément, on donne le nom de la première note, il faut trouver le nom de la seconde (même méthode).
La deuxième manière consiste à chanter mes morceaux « réels », par exemple les morceaux que l'on joue à l'instrument.
Enfin, on fait de « dictées de notes » ou « dictées mélodiques » : une personne joue une succession de notes et l'on doit trouver les notes (en connaissant la première). On peut aussi faire un relevé de notes : on prend un morceau enregistré et l'on essaie de trouver les notes qui sont jouées, par exemple pour pouvoir le rejouer. Cela peut se faire avec des « dictées à trous » : on utilise une partition à laquelle il manque des notes, notes qu'il faut retrouver à l'écoute. La difficulté est graduée : on commence par de petits intervalles (typiquement des secondes et des tierces), puis, au cours du temps, on augmente les intervalles utilisés ; on commence par des morceaux dans une tonalité unique, puis on passe à des morceaux contenant des altérations accidentelles (chromatismes, modulations).
Une variante de cet exercice de dictée est le « relevé » : on écoute l'enregistrement d'une œuvre et l'on doit relever les notes jouées. Pour faciliter l'exercice, on peut mettre à disposition un instrument — l'instrument que joue l'élève et/ou un piano ; l'utilisation de l'instrument étant pénalisée par le temps que cela prend de rejouer ce que l'on entend. S'il s'agit d'une œuvre d'ensemble — orchestre de chambre ou symphonique, par opposition à un instrument soliste —, on peut demander de relever plusieurs voix ; cela oblige aussi à bien distinguer les différentes voix, ce qui n'est pas toujours simple lorsque les timbres et tessitures des instruments sont proches (typiquement, confusion entre la partie de second violon et la partie d'alto).
== Les autres gammes de la musique classique ==
=== Les différentes gammes majeures et mineures ===
{{son|Gamme de ''do'' majeur|Gamme do majeur.mid}}
{{son|Gamme de ''la'' mineur|Gamme la mineur harmonique.mid}}
On peut vouloir jouer un même air plus aigu ou plus grave :
* si notre voix ou notre instrument ne peut pas jouer de notes trop aiguës, il nous faut jouer plus grave ;
* à l'inverse, si notre voix ou notre instrument ne peut pas jouer de notes trop grave, il nous faut jouer plus aigu ;
* la sonorité, la couleur des notes n'est pas la même au grave et à l'aigu ; par exemple pour un instrument à cordes, les cordes graves sont plus grosses et ont donc un son plus « rond » que les notes aiguës, donc on peut vouloir jouer un air plus grave ou plus aigu pour en changer la sonorité.
Il faut donc avoir des successions de notes ayant les mêmes écarts :
{| class="wikitable"
|- align="center"
! Mode majeur
| 1 t
| 1 t
| ½ t
| 1 t
| 1 t
| 1 t
| ½ t
|- align="center"
! Mode mineur <br />(harmonique)
| 1 t
| ½ t
| 1 t
| 1 t
| ½ t
| 1½ t
| ½ t
|}
{{son|Gamme de ''ré'' majeur|Gamme re majeur.mid}}
{{son|Gamme de ''ré'' mineur harmonique|Gamme re mineur harmonique.mid}}
Si l'on a un morceau en ''do'' majeur et qu'on veut le jouer un ton au dessus, en commençant par un ''ré'', il faut donc les notes :
: ''ré'' – ''mi'' – ''fa''♯ - ''sol'' – ''la'' – ''si'' – ''do''♯ -
: [[Image:D major scale.png|250px]]
C'est la gamme de ''ré'' majeur.
Et si l'on a un morceau en ''la'' mineur mais qu'on veut le jouer en ''ré'', on a alors :
: ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' - ''si''♭ — ''do''(♯) -
: [[Image:D minor scale.png|250px]]
c'est la gamme de ''ré'' mineur.
La note de départ est appelée « tonique », elle donne son nom à la gamme.
On peut commencer une gamme majeure par chacune des douze notes : un ''do'', un ''ré''♭, un ''ré'', un ''mi''♭, un ''fa'', un ''sol''♭, un ''sol'', un ''la''♭, un ''la'', un ''si''♭ ou un ''si''. On a quelques gammes enharmoniques : il existe une gamme de ''do''♭ majeur, enharmonique de ''si'' majeur, une gamme de ''do''♯ majeur, enharmonique de ''ré''♭ majeur et une gamme de ''fa''♯ majeur, enharmonique de ''sol''♭ majeur.
De la même manière, on a douze gammes mineures commençant chacune par une des douze notes : ''la'', ''si''♭, ''si''…
=== Degrés de la gamme ===
Habituellement, on numérote les notes du grave vers l'aigu en commençant par la note donnant le ton. Le numéro de la note s'appelle le « degré ». Les degrés portent également des noms :
* {{Times New Roman|I}} : la « tonique » ;
* {{Times New Roman|II}} : la « sustonique » ;
* {{Times New Roman|III}} : la « médiante » ;
* {{Times New Roman|IV}} : la « sous-dominante » ;
* {{Times New Roman|V}} : la « dominante » ;
* {{Times New Roman|VI}} : la « sus-dominante » ;
* {{Times New Roman|VII}} : la « sensible » si elle est à un demi-ton de la tonique, la « sous-tonique » sinon.
Dans le chant grégorien, la tonique est aussi appelée « finale » car le chant se termine toujours sur cette note. La dominante est également appelée « corde de récitation » : une partie du chant tourne autour de cette note avant de redescendre sur la finale. Cette « corde de récitation » n'est pas toujours à la quinte de la « finale » : dans certains modes médiévaux, elle peut être à la tierce, à la quarte ou à la sixte<ref>{{lien web |url=https://www.centre-gregorien-saint-pie-x.fr/index.php/dossiers/modalite/115-what-is-a-mode |titre=Histoire de la modalité (1) : "What is a mode ?" |site=Centre grégorien saint Pie X |date=2019-08-03 |consulté le=2024-09-10}}.</ref>.
=== Altérations à l'armure ===
Si l'on ne considère que les gammes majeures, on remarque qu'elles contiennent soit des dièses, soit des bémols, mais jamais les deux. Ces altérations étant « permanentes » (on les retrouve quasiment dans tout le morceau), on les place « à la clef », « en armure » (cf. ''[[Bases de solfège/Représentation musicale#Armure ou armature|infra]]'') c'est-à-dire en début de ligne.
Si l'on classe les gammes par nombre de dièses croissants, on a :
* 0 : ''do'' majeur ;
* 1 : ''sol'' majeur (''fa''♯) ;
* 2 : ''ré'' majeur (''fa''♯, ''do''♯) ;
* 3 : ''la'' majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯) ;
* 4 : ''mi'' majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯, ''ré''♯) ;
* 5 : ''si'' majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯, ''ré''♯, ''la''♯) ;
* 6 : ''fa''♯ majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯, ''ré''♯, ''la''♯, ''mi''♯) ;
* 7 : ''do''♯ majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯, ''ré''♯, ''la''♯, ''mi''♯, ''si''♯) ;
Si l'on classe les gammes par nombre de bémols croissants, on a :
* 0 : ''do'' majeur ;
* 1 : ''fa'' majeur (''si''♭) ;
* 2 : ''si''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭) ;
* 3 : ''mi''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭) ;
* 4 : ''la''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭, ''ré''♭) ;
* 5 : ''ré''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭, ''ré''♭, ''sol'' ♭) ;
* 6 : ''sol''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭, ''ré''♭, ''sol''♭, ''do''♭) ;
* 7 : ''do''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭, ''ré''♭, ''sol''♭, ''do''♭, ''fa''♭).
On remarque que l'on a un ordre déterminé :
* ordre des dièses : ''fa'', ''do'', ''sol'', ''ré'', ''la'', ''mi'', ''si'' ;
* ordre des bémols : ''si'', ''mi'', ''la'', ''ré'', ''sol'', ''do'', ''fa'' ;
l'ordre des dièses et des bémols sont inversés, la progressions se fait par quinte pour les dièses, par quarte pour les bémols.
L'ordre des dièses et l'ordre des bémols sont à connaître par cœur.
Il y a deux gammes à connaître par cœur :
* ''do'' majeur : n'a aucune altération ;
* ''fa'' majeur : a un ''si''♭ à la clef.
Pour trouver le nom des autres gammes majeures à partir de l'armure :
* pour une armure de dièses, on se place un demi-ton au-dessus du dernier dièse ;
*: par exemple si l'on a trois dièse, ce sont ''fa''♯, ''do''♯ et ''sol''♯ ; ''sol''♯ + ½t = ''la'', c'est la gamme de ''la'' majeur ;
* pour une armure de bémols, on prend l'avant-dernier bémol (sauf s'il n'y a qu'un seul bémol, dans ce cas c'est la gamme de ''fa'' majeur) ;
*: par exemple si l'on a trois bémols, il s'agit de ''si''♭, ''mi''♭ et ''la''♭, c'est donc la gamme de ''mi''♭ majeur.
=== Gammes relatives ===
On peut refaire le travail ci-dessus pour les gammes mineures. En effet, si l'on parle des gammes mineures naturelles (sans la sensible) :
* une gamme mineure est simplement une gamme majeure jouée en commençant par le {{Times New Roman|VI}}<sup>e</sup> degré ;
* une gamme majeure est une gamme mineure jouée en commençant par le {{Times New Roman|III}}<sup>e</sup> degré.
Elles utilisent les mêmes notes, avec les mêmes altérations (donc la même armure). Les gammes majeures et mineures qui utilisent les mêmes notes sont dites « relatives » :
* « ''la'' mineur » est la gamme relative mineure de « ''do'' majeur » ;
* « ''do'' majeur » est la gamme relative majeure de « ''la'' mineur ».
Le fait d'altérer le {{Times New Roman|VII}}<sup>e</sup> degré de la gamme mineure pour former une sensible ne change rien à ce caractère relatif ; cette modification n'est pas intégrée à l'armure (bien qu'étant quasiment permanente), mais écrite à chaque fois au cours du morceau, en tant qu'« accident » (événement « exceptionnel »).
; Exemple :
: ''fa'' majeur (''si''♭ à l'armure) → ''ré'' mineur (''si''♭ à l'armure, avec un ''do''♯ accidentel). On dit que la relative mineure de ''fa'' majeur est ''ré'', que la relative majeure de ''ré'' mineur est ''fa''.
{| class="wikitable"
|+ Comparaison des gammes de ''fa'' majeur et de ''ré'' mineur harmonique
|-
! ''Fa'' majeur
| <span style="color:darkgrey">''ré''</span> || <span style="color:darkgrey">''mi''</span> || ''fa'' || ''sol'' || ''la'' || ''si''♭ || ''do'' || ''ré'' || ''mi''
|-
! ''Ré'' mineur
| ''ré'' || ''mi'' || ''fa'' || ''sol'' || ''la'' || ''si''♭ || ''do''♯ || <span style="color:darkgrey">''ré''</span> || <span style="color:darkgrey">''mi''</span>
|}
Il est fréquent qu'un morceau commence dans une gamme, puis passe momentanément dans la gamme relative. Par exemple, un morceau en do majeur peut avoir un passage en la mineur, et ''vice versa''. On appelle ceci la modulation.
Le tableau suivant récapitule les gammes relatives, classées par nombre d'altérations à l'armure.
{| class="wikitable"
|+ Gammes relatives
|-
! colspan="9" | Armures diésées
|-
! Nombre de ♯
| 0 || 1 || 2 || 3 || 4 || 5 || 6 || 7
|-
! Gamme majeure
| ''do'' || ''sol'' || ''ré'' || ''la'' || ''mi'' || ''si'' || ''fa''♯ || ''do''♯
|-
! Gamme mineure
| ''la'' || ''mi'' || ''si'' || ''fa''♯ || ''do''♯ || ''sol''♯ || ''ré''♯ || ''la''♯
|-
! colspan="9" | Armures bémolées
|-
! Nombre de ♭
| 0 || 1 || 2 || 3 || 4 || 5 || 6 || 7
|-
! Gamme majeure
| ''do'' || ''fa'' || ''si''♭ || ''mi''♭ || ''la''♭ || ''ré''♭ || ''sol''♭ || ''do''♭
|-
! Gamme mineure
| ''la'' || ''ré'' || ''sol'' || ''do'' || ''fa'' || ''si''♭ || ''mi''♭ || ''la''♭
|}
''Sol'' mineur est donc la relative de ''si''♭ majeur.
La règle générale est simple :
: les toniques des gammes relatives sont séparées d'une tierce mineure.
Ainsi, le nom de la gamme mineure est une tierce mineure en dessous de la gamme majeure ; et la gamme majeure est une tierce mineure au-dessus de la gamme mineure.
=== Les accords d'une gamme ===
Les accords sont étudiés dans le chapitre sur l'[[../Harmonie|harmonie]], mais nous en touchons un mot ici.
Un accord, c'est lorsque l'on joue plusieurs notes en même temps — en général trois ou quatre notes.
Pour que l'accord soit agréable à entendre, les notes sont séparées par une tierce, majeure ou mineure — il s'agit d'intervalle harmonique puisque les notes sont jouées simultanément. Ainsi, dans la tonalité de ''do'' majeur, on peut avoir l'accord constitué des notes ''do'' - ''mi'' - ''sol'', appelé « accord parfait ». On a bien une tierce entre ''do'' et ''mi'', et une tierce entre ''mi'' et ''sol''. La note ''do'' est appelée « fondamentale » de l'accord. Comme la fondamentale de cet accord est le degré {{Times New Roman|I}} (tonique) et que l'intervalle le plus grand est la quinte, la notation abrégée de l'intervalle est « {{Times New Roman|I}}<sup>5</sup> ». En jazz, on le note « C ».
Pour une gamme de ''fa'' mineur, l'accord de tonique, toujours noté « {{Times New Roman|I}}<sup>5</sup> », sera ''fa'' - ''la''♭ - ''do''. En jazz, il est noté « Fm » ou « F– » (le « m » ou le signe moins indiquant que la première tierce est mineure).
On peut construire des accords sur tous les degrés de la gamme. Un autre accord très courant est l'accord construit sur la dominante, noté « {{Times New Roman|V}}<sup>5</sup> ». En ''do'' majeur, il s'agit de l'accord ''sol'' - ''si'' - ''ré'', noté « G » en jazz ; en ''fa'' mineur, il s'agit de l'accord ''do'' - ''mi''♮ - ''sol'', noté « C » en jazz (cet accord est donc commun avec la tonalité de ''do'' majeur).
Sur ce degré {{Times New Roman|V}}, on utilise souvent un accord de quatre notes, c'est l'accord dit de septième de dominante, noté « {{Times New Roman|V}}<sup>7</sup><sub>+</sub> ». En ''do'' majeur, c'est l'accord ''sol'' - ''si'' - ''ré'' - ''fa'', noté G<sup>7</sup> en jazz ; en ''fa'' mineur, c'est l'accord ''do'' - ''mi''♮ - ''sol'' - ''si''♭, noté C<sup>7</sup> en jazz.
== Pour aller plus loin ==
=== Altérations ===
On peut monter une note de deux demi-tons (donc d'un ton complet) avec un double-dièse, noté « ♯♯ » ou bien « 𝄪 ».
On peut descendre une note de deux demi-tons (donc d'un ton complet) avec un double-bémol noté « 𝄫 ».
=== Intervalles ===
==== Qualification des intervalles ====
Si l'on part d'un ''do'' et que l'on arrive sur une note non-altérée, l'intervalle est dit « majeur », sauf pour la quarte, la quinte et l'octave qui sont dites « justes ».
* ''do''-''ré'' : seconde majeure ;
* ''do''-''mi'' : tierce majeure ;
* ''do''-''fa'' : quarte juste ;
* ''do''-''sol'' : quinte juste ;
* ''do''-''la'' : sixte majeure ;
* ''do''-''si'' : septième majeure ;
* ''do''-''do'' aigu : octave juste.
Si l'on diminue d'un demi-ton chromatique un intervalle majeur, on obtient un intervalle « mineur ». Si on diminue de deux demi-tons chromatiques un intervalle majeur, on obtient un intervalle « diminué ». Si l'on diminue d'un demi-ton chromatique un intervalle juste, on obtient un intervalle « diminué ».
Si l'on augmente d'un demi-ton chromatique un intervalle majeur ou juste, on obtient un intervalle « augmenté ».
Par exemple pour des intervalles ascendants :
* tierce diminuée : ''do''-''mi'' 𝄫 ;
* tierce mineure : ''do''-''mi'' ♭ ;
* tierce majeure : ''do''–''mi'' ;
* tierce augmentée : ''do''—''mi'' ♯ ;
et
* quinte diminuée : ''do''-''sol'' ♭ ;
* quinte juste : ''do''–''sol'' ;
* quinte augmentée : ''do''—''sol'' ♯.
Un accord est caractérisé par le nombre de tons et demi-tons qu'il contient.
{| class="wikitable"
|+ Valeur des intervalles en tons (gamme tempérée)
|-
! valign="top" rowspan="2" | Intervalle
! valign="top" rowspan="2" | Diminué
! colspan="2" | Juste
! valign="top" rowspan="2" | Augmenté
|- align="center"
! Mineur !! Majeur
|- align="center"
| seconde (2<sup>nde</sup>) || 0 || ½ || 1 || 1 ½
|- align="center"
| tierce (3<sup>ce</sup>) || 1 || 1 ½ || 2 || 2 ½
|- align="center"
| quarte (4<sup>te</sup>) || 2 || colspan="2" | 2 ½ || 3
|- align="center"
| quinte (5<sup>te</sup>) || 3 || colspan="2" | 3 ½ || 4
|- align="center"
| sixte (6<sup>te</sup>) || 3½ || 4 || 4 ½ || 5
|- align="center"
| septième (7<sup>e</sup>) || 4 ½ || 5 || 5 ½ || 6
|- align="center"
| octave (8<sup>ve</sup>) || 5 ½ || colspan="2" | 6 || 6 ½
|}
On transpose ensuite ces valeurs à n'importe quelle note. Par exemple :
: ''fa'' ♯-''la'' : c'est une tierce (''fa''-''sol''-''la'', trois notes) de un ton et demi, soit une tierce mineure.
On remarque que quasiment tous les intervalles ont des enharmoniques : la seconde majeure est enharmonique de la tierce diminuée, la seconde augmentée est enharmonique de la tierce mineure… La différence est la même que pour les noms de note enharmoniques : ''do'' - ''ré''♯ est une seconde (puisque les noms de note sont conjoints), et elle est augmentée ; ''do'' - ''mi''♭ est une tierce (puisque la succession conjointe est ''do''-''ré''-''mi'', trois notes), et cette tierce est mineure.
Lorsque les notes sont jouées l'une après l'autre, on parle d'intervalle « mélodique » ; lorsqu'elles sont jouées simultanément, on parle d'intervalle « harmonique ».
==== Renversement d'un intervalle ====
Renverser un intervalle, c'est permuter les notes. Par exemple, le renversement de l'intervalle ''fa''-''la'' ascendant (tierce majeure ascendante) est l'intervalle ''la''-''fa'' ascendant (sixte mineure ascendante), donc le renversement de la tierce majeure est la sixte mineure, et vice-versa. On remarque que c'est aussi ce qui se passe lorsque l'on passe d'un intervalle ascendant à descendant : la tierce majeure ascendante ''fa''-''la'' devient la sixte mineure descendante ''fa''-''la''.
On remarque également que l'empilement d'un intervalle et de son renversement est une octave juste : ''fa''-''la'' et ''la''-''fa'' forme l'octave juste ''fa''-''fa''. Un intervalle et son renversement sont donc les complémentaires de l'octave juste.
Ainsi :
* le renversement d'un intervalle juste est également juste : 4<sup>te</sup> juste ↔ 5<sup>te</sup> juste, 8<sup>ve</sup> juste ↔ 8<sup>ve</sup> juste ;
* le renversement d'un intervalle majeur est un intervalle mineur, et vice versa, par exemple : 3<sup>ce</sup> majeure ↔ 6<sup>te</sup> mineure ;
* le renversement d'un intervalle augmenté est diminué et vice-versa, par exemple : 4<sup>te</sup> augmentée ↔ 5<sup>te</sup> diminuée, 3<sup>ce</sup> diminuée ↔ 6<sup>te</sup> aumentée.
On peut voir ça de la manière suivante : l'octave juste fait six tons. Un intervalle et son renversement coupent l'octave en deux parties, il se « partagent la gâteau » ; si l'on augmente une partie, on diminue l'autre, si un intervalle a une « grosse part », l'autre a une « petite part ».
==== Quelques intervalles importants ====
Les intervalles sont utilisés pour les accords. Les accords de base utilisent trois intervalles ascendants : la tierce (3<sup>ce</sup>), la quinte (5<sup>te</sup>) et la septième (7<sup>e</sup>), il est donc intéressant de savoir qualifier rapidement ces intervalles.
La tierce majeure fait deux tons, la tierce mineur fait un ton et demi, ce que nous abrégeons de la manière suivante :
* 3M : 2t ;
* 3m : 1t½.
[[File:Reconnaitre quintes justes.svg|vignette|Manière simple de reconnaître les quintes justes.]]
Les notes de la quinte juste ont la même altération ''sauf'' si l'on a un ''si'' : la quinte juste ascendante de ''si'' est ''fa'' ♯ :
* 5J : même alt.
* sauf ''si''-''fa'' ♯.
Ainsi, ''ré''-''la'', ''ré'' ♯-''la'' ♯ et ''ré'' ♭-''la'' ♭ sont des quintes justes ; ''si''-''fa'' ♯, ''si'' ♭-''fa'' ♮ et ''si'' ♯-''fa'' 𝄪 sont des quintes justes. Cela se voit bien sur un clavier de piano : les demi tons naturels se voient parce qu'il y a deux touches blanches côte à côte (sans touche noire entre les deux) et pour toutes les quintes, il n'y a qu'une seule paire de touches blanches adjacentes ''sauf'' si l'on part d'un ''si'', dans ce cas-là on a deux paires de touches blanches adjacentes, ce qui « oblige » à ajouter un demi-ton.
Pour la septième ascendante, il est plus simple de considérer son renversement, la seconde descendante. Pour une septième majeure, on prend l'octave et on descend d'un demi ton, pour une septième mineure, on descend d'un ton :
* 7M : 8<sup>ve</sup> – ½t ;
* 7m : 8<sup>ve</sup> – 1t.
Un autre intervalle important est l'intervalle dit de « triton », car il est composé de trois tons. Il s'agit de la quarte augmentée (comme ''fa''-''si'') ou de la quinte diminuée (''si''-''fa''). Comme l'octave juste fait six tons, il coupe l'octave en deux parties égales, il est donc, à l'enharmonie près, son propre renversement : 4<sup>ce</sup> augmentée ↔ 5<sup>te</sup> diminuée. Cet intervalle était proscrit à la fin Moyen Âge (alors qu'il était utilisé au début et qu'il réapparaît à l'époque Baroque), on l'appelait « le diable dans la musique » ''({{lang|la|diabolus in musica}})''. En jazz, il est utilisé pour substituer des accords : on peut remplacer un accord de septième de dominante par l'accord situé trois tons au-dessus ou en dessous.
=== Le cercle des quintes justes ===
[[Fichier:Cercle des quintes gammes do majeur hepta et penta.svg|vignette|upright=1.3|Gammes de ''do'' majeur diatonique et pentatonique sur le cercle des quintes.]]
[[Fichier:Cercle des quintes ordre alterations.svg|vignette|upright=1.3|Ordre des dièses et des bémols des tonalités sur le cercle des quintes.]]
Le cercle des quintes justes est un moyen de comprendre la construction des gammes, et un moyen mnémotechnique qui nous sera utile ci-après.
L'intervalle de quinte juste est un intervalle agréable à l'oreille. Il a servi à construire la musique sur plusieurs continents (Europe, Asie, Afrique).
Partons de la note ''do''. Si l'on descend d'une quinte juste, nous obtenons la note ''fa''. Si nous partons du ''do'' et que nous montons en quintes justes successives, nous obtenons les notes : ''sol'', ''ré'', ''la'', ''mi'', ''si''. Nous avons ainsi sept notes, les sept notes de la gamme de ''do'' majeur mais « dans le désordre ».
Si maintenant nous prenons les cinq premières notes en partant du ''do'', nous obtenons, en les remettant dans l'ordre : ''do'', ''ré'', ''mi'', ''sol'' et ''la''. Cela forme la gamme dite « pentatonique de ''do'' majeur ». Cette gamme se retrouve en Chine et en Afrique ; les esclave vendus aux États-Unis l'amenèrent avec eux et cette gamme est importante dans le blues et le jazz.
Continuons à monter les quintes justes après le ''si''. Il faut alors avoir recours à des altérations : ''fa'' ♯, ''do'' ♯, ''sol'' ♯, ''ré'' ♯, ''la'' ♯, ''mi'' ♯ et ''si'' ♯. Les dernières notes, ''mi'' ♯ et ''si'' ♯, sont enharmoniques de ''fa'' et ''do'', nous retombons donc sur el début de la liste. Nous pouvons donc mettre toutes ces notes sur un cercle.
La succession des notes diésées sera utilisée ci-après pour les différentes gammes (notion d'armure ou armature). C'est « l'ordre des dièse » qu'il convient de connaître par cœur.
Si nous considérons les enharmoniques bémolées (''mi'' → ''fa'' ♭, ''si'' → ''do'' ♭, ''fa'' ♯ → ''sol'' ♭, ''do'' ♯ → ''ré'' ♭…) et que nous inversons l'ordre, nous obtenons la succession : ''si'' ♭, ''mi'' ♭, ''la'' ♭, ''ré'' ♭, ''sol'' ♭, ''do'' ♭, ''fa'' ♭. C'est « l'ordre des bémols » qu'il faut également connaître.
=== Gammes, modes et tonalités ===
==== Les gammes et les modes ====
Reprenons donc notre gamme de ''do'' majeur, avec ses demi-tons situés entre les notes ''mi''-''fa'' et ''si''-''do''.
{{Son|Différence entre un demi-ton et un ton|Intervalles demi ton et ton.mid}}
{|
|+ Gamme de ''do'' majeur
|-
| || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton
|- align="center"
| ''do'' || — || ''ré'' || — || ''mi'' || - || ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || — || ''si'' || - || ''do''
|}
: [[Image:C major scale.png]]
{{son|Gamme constituée des notes « naturelles »|Gamme do majeur.mid}}
Cette gamme est une gamme dite « diatonique ». Elle a pour origine la Grèce antique.
Lorsque l'on joue les sept notes, on peut commencer par celle que l'on veut :
* ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' -
* ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' - ''do'' –
* ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' –
* …
on a donc sept manières de jouer cette gamme, sept « modes ». On peut numéroter les notes de la gamme de {{Times New Roman|I}} à {{Times New Roman|VII}} (un à sept en chiffres romains), du plus grave au plus aigu ; on parle alors de degré. Changer de mode consiste donc à choisir arbitrairement le {{Times New Roman|I}}<sup>er</sup> degré parmi les sept notes.
Changer de mode revient à changer l'emplacement des demi-tons. Par exemple, dans le mode de ''ré'', on a :
{|
|+ Mode de ''ré''
|-
| || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton
|- align="center"
| ''ré'' || — || ''mi'' || - || ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || — || ''si'' || - || ''do'' || — || ''ré''
|}
{{son|''Au clair de la Lune'' en mode de do|Au clair de la lune mode do.mid}}
Considérons l'air de ''Au clair de la Lune'' :
: ''do'' - ''do'' - ''do'' - ''ré'' - ''mi'' - ''ré'' - ''do'' - ''mi'' - ''ré'' - ''ré'' - ''do''.
Si l'on exprime les notes par leur degré dans le mode de do, on obtient la succession suivante :
: {{Times New Roman|I - I - I - II - III - II - I - III - II - II - I}}.
{{son|''Au clair de la Lune'' en mode de ré|Au clair de la lune mode re.mid}}
Si maintenant on part de la note ''ré'' par exemple, et que l'on suit la même succession, on a :
: ''ré'' - ''ré'' - ''ré'' - ''mi'' - ''fa'' - ''mi'' - ''ré'' - ''fa'' - ''mi'' - ''mi'' - ''ré''.
On voit que ce nouvel air sonne différemment : alors que l'air interprété en ''do'' ne contient que des tons, l'air en ''ré'' contient des demi-tons.
On peut ainsi créer sept morceaux différents, en partant de chacune des sept notes, et chaque morceau aura une sonorité différente tout en ressemblant aux autres.
On dispose ainsi de sept « modes » : le mode de ''do'', le mode de ''ré'', le mode de ''mi''… le mode de ''si''. On utilise parfois des noms grecs pour qualifier ces modes (mode dorien, mode myxolydien…) mais à tort : la notion de mode était fort différente dans la Grèce antique (elle correspondait aux accordages de la lyre), et cette correspondance entre les modes diatoniques et les noms grecs s'est faite tardivement à partir de sources incertaines (voir l'[[w:Mode (musique)#Confusion fréquente autour de l'appellation des modes|article ''Mode (musique)'']] de Wikipédia et sa [[w:Discuter:Mode (musique)#noms grecs|page de discussion]]).
==== Notes tonales, notes modales ====
Dans une gamme, on a des notes dites tonales et des notes dites modales :
* les notes de degré {{Times New Roman|I}}, {{Times New Roman|IV}} et {{Times New Roman|V}} sont les notes tonales ;
* les notes de degré {{Times New Roman|III}} et {{Times New Roman|VI}} sont les notes modales.
Si l'on considère les quatre modes habituels pour la tonalité de ''ré'' (cf. [[#jalon1|ci-dessus]]), on a :
{| class="wikitable"
|+ Notes tonales et modales pour les gammes de ''ré''
|-
! Mode !! Notes tonales !! Notes modales
|-
! Majeur
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa''♯, ''si''
|-
! Mineur naturel/<br />mélodique descendant
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''♭
|-
! Mineur harmonique
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''♭
|-
! Mineur mélodique<br /> ascendant
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''
|}
On voit que les notes tonales sont les mêmes pour les gammes du même ton, et que les notes modales sont caractéristiques du mode :
* dans le mode majeur, les intervalles tonique ({{Times New Roman|I}})-médiante ({{Times New Roman|III}}) et tonique ({{Times New Roman|I}})-sus-dominante ({{Times New Roman|IV}}) sont majeurs ;
* dans les modes mineurs, ces intervalles sont mineurs.
Par ailleurs, concernant les notes tonales :
* ces notes sont la tonique ({{Times New Roman|I}}), sa quinte inférieure ({{Times New Roman|IV}}) et sa quinte supérieure ({{Times New Roman|I}}) ;
* et les premières harmoniques de ces notes, qui forment les accords parfaits, permettent de générer toutes les notes d'une gamme majeure (voir le chapitre sur l'[[../Harmonie|harmonie]]) ;
* elles sont caractéristiques de la tonalité.
Si l'on considère maintenant les sept modes de base pour la gamme de ''ré'', on a :
{| class="wikitable"
|+ Notes tonales et modales pour les gammes de ''ré''
|-
! Mode !! Notes tonales !! Notes modales
|-
! ''Do''<br />(majeur)
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa''♯, ''si''
|-
! ''Ré''
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''
|-
! ''Mi''
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''♭
|-
! ''Fa''
| ''ré'', ''sol''♯, ''la''
| ''fa''♯, ''si''
|-
! ''Sol''
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa''♯, ''si''
|-
! ''La''<br />(mineur naturel)
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''♭
|-
! ''Si''
| ''ré'', ''sol'', ''la''♭
| ''fa'', ''si''♭
|}
On voit que le concept de note modale ne permet pas de caractériser un mode ; par exemple, les gammes de ''ré'' mode de ''do'' et ''ré'' mode de ''sol'' partagent les mêmes notes tonales et modales ; de même pour les modes de ''mi'' et de ''la''. De fait, les concepts de note tonale et modale ne sont utiles que pour la musique tonale, pas pour la musique modale.
==== Transposition d'un mode ====
[[File:Echelle notes masque mode-majeur.svg|thumb|Le mode majeur présenté comme un masque s'appliquant à l'échelle des notes.]]
Le mode, caractérisé par la succession des tons et demi-tons, donne la « couleur », l'ambiance d'un morceau. Si on décide de jouer le morceau de manière plus aiguë ou plus grave mais que l'on garde le même mode, on obtiendra exactement le même morceau avec la même ambiance. Cette opération s'appelle la transposition.
Pour transposer, il faut disposer de notes supplémentaires afin de pouvoir placer les tons et demi-tons où l'on veut : les notes « naturelles » ne suffisent pas. Cela nécessite l'utilisation des dièses (♯) et des bémols (♭) vus plus haut.
Ainsi, on peut transposer le mode de ''do'' en commençant à la note ''ré'' :
{|
|+ Mode de ''do'' en commençant par un ''ré''<br />(gamme de ''ré'' mode de ''do'')
|-
| || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton
|- align="center"
| ''ré'' || — || ''mi'' || — || ''fa''♯ || - || ''sol'' || — || ''la'' || — || ''si'' || — || ''do''♯ || - || ''ré''
|}
et à l'inverse, on peut jouer le mode de ré en commençant par un do :
{|
|+ Mode de ''ré'' en commençant par un ''do''<br />(gamme de ''do'' mode de ''ré'')
|-
| || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton
|- align="center"
| ''do'' || — || ''ré'' || - || ''mi''♭ || — || ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || - || ''si''♭ || — || ''do''
|}
Si l'on considère les sept modes de base transposés en ''ré'', on a :
{| class="wikitable"
|+ Différents modes sur un ''ré''
|-
! scope=col | Mode
! scope=col | Gamme
|-
! scope=row | ''Do''
| ''ré'' – ''mi'' – ''fa''♯ - ''sol'' – ''la'' – ''si'' – ''do''♯ -
|-
! scope=row | ''Ré''
| ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' - ''do'' –
|-
! scope=row | ''Mi''
| ''ré'' - ''mi''♭ – ''fa'' – ''sol'' – ''la'' - ''si''♭ – ''do'' –
|-
! scope=row | ''Fa''
| ''ré'' – ''mi'' – ''fa''♯ – ''sol''♯ - ''la'' – ''si'' – ''do''♯ -
|-
! scope=row | ''Sol''
| ''ré'' – ''mi'' – ''fa''♯ - ''sol'' – ''la'' – ''si'' - ''do'' –
|-
! scope=row | ''La''
| ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' - ''si''♭ – ''do'' –
|-
! scope=row | ''Si''
| ''ré'' - ''mi''♭ – ''fa'' – ''sol'' - ''la''♭ – ''si''♭ – ''do'' –
|}
==== Les différentes gammes, ou modes, de la musique classique ====
{{son|Gamme de ''do'' majeur|Gamme do majeur.mid}}
{{son|Gamme de ''la'' mineur naturel|Gamme la mineur naturel.mid}}
{{son|Gamme de ''la'' mineur harmonique|Gamme la mineur harmonique.mid}}
{{son|Gamme de ''la'' mineur mélodique ascendante|Gamme la mineur melodique ascendante.mid}}
La musique européenne dite « tonale » a majoritairement retenu deux modes :
* le mode de ''do'', dit « mode majeur », construit sur la succession<br />''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' -,
* et le mode de ''la'', dit « mode mineur naturel » (ou parfois « antique » mais à tort, cf. la remarque ci-dessus sur les modes dans l'Antiquité), ou encore « mode mineur mélodique descendant », construit sur la succession <br />''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' –.
Le mode mineur a été modifié afin d'introduire un demi-ton entre la septième et la huitième note (la septième note est alors appelée la « sensible ») : cela « sonnait mieux ». Le « mode mineur harmonique » est donc la succession :
: ''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' — ''sol'' ♯ -
c'est le mode mineur le plus utilisé, celui que l'on considèrera par défaut. L'intervalle fa-sol♯ était considéré comme difficile à chanter ; on a donc créé un « mode mineur mélodique » dans lequel le ''fa'' est diésé à la montée ( mode mineur mélodique ascendant), mais sans altération accidentelle (donc pas de sensible) à la descente (mode mineur mélodique descendant)…
Si le mode mineur naturel, ou mode de ''la'', est construit sur le degré {{Times New Roman|VI}} d'une tonalité, alors on peut construire au total sept modes, chacun partant sur un degré :
* mode de ''do'' ou « mode majeur » : part sur le degré {{Times New Roman|I}} ;
* mode de ''ré'' : part sur le degré {{Times New Roman|II}} ;
* mode de ''mi'' : part sur le degré {{Times New Roman|III}} ;
* mode de ''fa'' : part sur le degré {{Times New Roman|IV}} ;
* mode de ''sol'' : part sur le degré {{Times New Roman|V}} ;
* mode de ''la'' ou « mode mineur » : part sur le degré {{Times New Roman|VI}} ;
* mode de ''si'' : part sur le degré {{Times New Roman|VII}}.
Ce sont les « modes diatoniques », car construit sur l'échelle diatonique.
Par exemple, le mode de ''ré'' est construit sur la progression d'intervalles de ''ré'' — ''mi'' - ''fa'' — ''sol'' — ''la'' — ''si'' - ''do'' — ''ré'' soit 1 t - ½ t - 1 t - 1 t - 1 t - ½ t - 1 t. La gamme de « ton de ''mi'', mode de ''ré'' » est donc la gamme ''mi'' — ''fa''♯ - ''sol'' — ''la'' — ''si'' — ''do''♯ - ''ré'' — ''mi'' (donc la gamme construite sur le degré {{Times New Roman|II}} de ''ré'' majeur).
Selon le mode, les demi-tons ne sont pas disposé au même endroit. Chaque mode a donc une « couleur » qui lui est propre. Par exemple, le mode de ''ré'' (dorien) est souvent utilisé pour évoquer le Moyen-Âge ; il est également utilisé dans le morceau ''{{lang|en|So What}}'' de Miles Davis.
En chant grégorien, les modes présentés ci-dessus sont appelés « authantes » (mode de ''do'' authente, mode de ''ré'' authente…) et il n'y a pas de mode de ''si''. Il existe des modes dérivés, appelés « plagaux » (mode de ''do'' plagal, mode de ''ré'' plagal…) : ils ont un ambitus (une étendue de notes) plus réduit, le chant s'étend moins vers l'aigu. La dominante (la corde de récitation), est à la tierce de la tonique (la finale).
En fait, dans le plain-chant au Moyen Âge, il y avait huit modes (octoéchos). On ne considérait que quatre toniques, appelées « finales », il y avait deux modes par finale (mode authente et mode plagal). Les quatre finales étaient le ''ré (protus)'', le ''mi (deuterus)'', ''fa (tritus)'' et ''sol (tetrardus)''. C'est le mode de ''ré'' authente qui est à l'origine du mode mineur en musique classique. Cela explique qu'à l'époque Baroque, l'armure des modes mineurs diffère de l'époque classique : en mode de ''ré'', la sus-dominante (degré VI) est à une sixte majeure de la tonique alors qu'en mode de ''la'', elle est à une sixte mineure. Typiquement, dans les tonalités bémolées (''ré'' mineur, ''sol'' mineur, ''fa'' mineur etc.), il manque le dernier bémol à l'armure, et cette altération apparaît en altération accidentelle (le morceau oscille entre mode de ''ré'' et mode de ''la'').
* {{lien web |url=https://www.centre-gregorien-saint-pie-x.fr/index.php/dossiers/modalite/139-modes-archaiques |titre=Histoire de la modalité (3) : les modes archaïques |site=Centre grégorien saint Pie X |date=2020-04-08 |consulté le=2024-02-10}}
* {{lien web |url=https://www.centre-gregorien-saint-pie-x.fr/index.php/dossiers/modalite/157-modalite4-ochtoechos |titre=Histoire de la modalité (4) : les 8 modes grégoriens ou ochtoechos |site=Centre grégorien saint Pie X |date=2021-02-22 |consulté le=2024-02-10}}
==== Modulation ====
La modulation consiste à changer de gamme de référence en cous de morceau. Une modulation de courte durée — typiquement sur une mesure — est appelée « un emprunt ».
En musique classique, les deux types de modulation les plus fréquents sont :
* la modulation dans les « tons voisins » : on module dans une des cinq gammes — majeures ou mineures — qui ont une altération de différence ;
*: par exemple, si un morceau commence en ''do'' majeur (aucune altération), les tons voisins sont ''fa'' majeur (un bémol) et ''sol'' majeur (un dièse), et les gammes relatives : ''ré'' mineur, ''la'' mineur et ''mi'' mineur ;
* la modulation homonyme : on module dans la gamme qui a la même tonique, mais de l'autre mode ;
*: par exemple, si un morceau commence en ''do'' majeur, on passe en ''do'' mineur (trois bémols).
La modulation commence souvent par la dominante (degré {{Times New Roman|V}}) de la nouvelle tonalité.
La succession des gammes du morceau est appelée « progression harmonique ».
En jazz, on a d'autres types de modulation. Par exemple, dans le morceau ''Solar'' de Miles Davis (album ''Mile Davis Quartet'', 1954), la progression harmonique est en mouvement conjoint descendant de toniques : succession ''fa'' majeur, ''mi''♭ majeur, ''ré''♭ majeur, ''do'' majeur (on descend d'un ton à chaque modulation, sauf sur la dernière modulation où on descend d'un demi-ton). Chaque mode est caractérisé par la succession d'accord sur les degrés {{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} - {{Times New Roman|I}} (« deux-cinq-un »), ou plus précisément {{Times New Roman|IIm<sup>7</sup>}} (accord mineur septième sur le degré 2) - {{Times New Roman|V<sup>7</sup>}} (accord de septième sur le degré 5, ou accord de septième de dominante) - {{Times New Roman|I<sup>Δ</sup>}} (accord majeur septième sur la tonique) soit :
* ''fa'' majeur : accords Gm<sup>7</sup> ({{Times New Roman|II}}) - C<sup>7</sup> ({{Times New Roman|V}}) - F<sup>Δ</sup> ({{Times New Roman|I}}) ;
* ''mi''♭ majeur : accords Fm<sup>7</sup> ({{Times New Roman|II}}) - B♭<sup>7</sup> ({{Times New Roman|V}}) - E♭<sup>Δ</sup> ({{Times New Roman|I}}) ;
* ''ré''♭ majeur : accords E♭m<sup>7</sup> ({{Times New Roman|II}}) - A♭<sup>7</sup> ({{Times New Roman|V}}) - D♭<sup>Δ</sup> ({{Times New Roman|I}}) ;
* ''do'' majeur : accord Dm<sup>7</sup> ({{Times New Roman|II}}) - G<sup>7</sup> ({{Times New Roman|V}}) - C<sup>Δ</sup> ({{Times New Roman|I}}).
On remarque que la modulation se fait par accords homonymes (à l'exception de la dernière) : passages F<sup>Δ</sup> - Fm<sup>7</sup>, puis E♭<sup>Δ</sup> - E♭m<sup>7</sup>, puis D♭<sup>Δ</sup> - Dm<sup>7</sup>. La construction du morceau est un peu plus complexe puisqu'il commence en fait en ''do'' majeur et se termine en ''do'' majeur, avec un effet de boucle ; la succession des accords est
{| class="wikitable"
|-
| Cm<sup>Δ</sup><br /> ({{Times New Roman|I}} de ''do'' M)||%||Gm<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} de ''fa'' M)||Gm<sup>7</sup> : C<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} de ''fa'' M)
|-
| F<sup>Δ</sup><br /> ({{Times New Roman|I}} de ''fa'' M)||%||Fm<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} de ''mi''♭ M)||B♭<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|V}} de ''mi''♭ M)
|-
| E♭<sup>Δ</sup><br /> ({{Times New Roman|I}} de ''mi''♭ M)||E♭m<sup>7</sup> : A♭<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} de ''ré''♭ M)||D♭<sup>Δ</sup><br /> ({{Times New Roman|I}} de ''ré''♭ M)||Dm<sup>7♭5</sup> : G<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} de ''do'' M)
|}
==== Modes et improvisation ====
On peut improviser de deux manières :
* instrument libre : un seul instrument joue, il est libre de choisir ce qu'il fait ;
* instrument accompagné : le musicien ou la musicienne improvise par-dessus un accompagnement.
Dans le cas d'une improvisation accompagnée, il faut prendre en compte l'harmonie avec l'accompagnement. Typiquement, l'improvisateur ou l'improvisatrice doit jouer dans une gamme qui comprend les notes jouées par l'accompagnement, les notes de l'accord — même s'il est possible, et même fréquent, de s'en éloigner, de jouer « hors de la tonalité » ''({{lang|en|out}})''. Mais même lorsque l'on fait une improvisation libre, il est souvent intéressant de choisir une tonalité ou une succession de tonalités ; par exemple, dans le cas d'une cadence (partie improvisée au sein d'un concerto), la cadence part d'une situation harmonique (ce que joue l'orchestre lorsque la cadence commence) et on arrive à une autre situation harmonique (ce que joue l'orchestre lorsque la cadence se termine), il est donc intéressant d'adopter des tonalités cohérentes avec l'orchestre en début et fin de cadence.
[[Fichier:Mode improvisation accords do.svg|vignette|Exemples de modes utilisables pour improviser sur des accords en jazz.]]
En jazz, l'accompagnement est matérialisé par la « grille d'accords », la succession des accords. Dans un certain nombre de cas, il est facile d'identifier la tonalité d'une partie, typiquement en repérant les successions {{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} - {{Times New Roman|I}} évoquées ci-dessus. Mais dans certains cas, la modulation se fait à chaque mesure, il faut donc trouver une gamme compatible avec chaque accord. Pour cela, les musiciens de jazz utilisent fréquemment un mode par type d'accord :
* pour les accords de septième majeure, ils utilisent le mode majeur (ou mode de ''do''), appelé en jazz « mode ionien » ; par exemple, sur un accord de C<sup>Δ</sup>, on peut improviser avec la gamme de ''do'' majeur (''do'' ionien) ;
* pour les accords de septième de dominante, ils utilisent le mode de ''sol'', appelé en jazz « mode mixolydien » ; par exemple, sur un accord de C<sup>7</sup> (septième de dominante de la gamme de ''fa'' majeur), on peut improviser avec la gamme de ''do'' mode de ''sol'' (''do'' mixolydien) ;
* pour les accords de mineure septième, ils utilisent la tonalité dont l'accord est sur le degré {{Times New Roman|II}}, c'est donc un mode de ''ré'' ou « mode dorien » ; par exemple, sur un accord de Cm<sup>7</sup> (sus-tonique de la gamme de ''si''♭ majeur), on peut improviser avec la gamme de ''do'' mode de ''ré'' (''do'' dorien).
Il existe d'autres solutions. Par exemple, un accord de septième majeure peut aussi être sur le quatrième degré d'une tonalité, on peut donc utiliser un mode de ''fa'' ou « mode lydien ». Ainsi, un accord C<sup>Δ</sup> peut être considéré comme un accord sur la sous-dominante de la tonalité de ''sol'' majeur, on peut donc improviser sur une gamme de ''do'' mode de ''fa'' (''do'' lydien).
En jazz, les altérations des degrés sont notées en référence à la gamme majeure homonyme ; un bémol indique alors que l'on abaisse d'un demi-ton la note, il peut donc s'agir d'un bémol si la note est naturelle ou d'un bécarre si la note est diésée. Ainsi, on note :
* le mode de ''do'' (ionien) : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 ;
* le mode de ''ré'' (dorien) : 1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - 6 - ♭7 ;
* le mode de ''sol'' (mixolydien) : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - ♭7.
Considérons par exemple le morceau ''{{lang|en|Cantaloupe island}}'' (Herbie Hancock, album ''{{lang|en|Empyrean Isles}}'', 1964). L'accompagnement est composé de la succession des accords suivants (chaque accord tenant quatre mesures) : F–<sup>7</sup> (''fa'' mineur septième), D♭<sup>7</sup> (''ré'' bémol septième de dominante), D–<sup>7</sup> (''ré'' mineur septième), F–<sup>7</sup>. Les accords n'appartiennent pas à la même tonalité, et même, deux accords successifs n'appartiennent pas à la même tonalité : l'accord F–<sup>7</sup> a un ''do'' bécarre alors que D♭<sup>7</sup> a un ''do'' bémol, D♭<sup>7</sup> a un ''ré'' bémol alors que D–<sup>7</sup> a un ''ré'' bécarre, D–<sup>7</sup> a un ''la'' bécarre alors que F–<sup>7</sup> a un ''la'' bémol. On a donc une modulation toutes les quatre mesures. Pour improviser, il faut donc identifier le mode de chaque partie, par exemple :
* utiliser le mode de ''ré'' (dorien) pour les accords mineur septième ;
* utiliser le mode de ''sol'' (mixolydien) pour les accords de septième de dominante ;
soit une progression harmonique : ''fa'' dorien, ''ré''♭ mixolydien, ''ré'' dorien, ''fa'' dorien.
Pour ce type de morceau, on parle de « composition modale ».
Pour être un peu plus clair : l'accord F–<sup>7</sup> est composé des notes ''fa'' , ''la''♭, ''do'', ''mi''♭. On peut donc utiliser les notes de la gamme de ''mi''♭ majeur pour improviser (cette gamme a trois bémols : ''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭). Cependant, dans cette tonalité, l'accord de ''fa'' est un accord sur le degré {{Times New Roman|II}} ; or, nous verrons en [[../Harmonie|harmonie]] que l'on ne reste pas sur un tel accord, il doit être suivi d'un autre accord (typiquement sur le degré {{Times New Roman|I}}, ''mi''♭, ou sur le degré {{Times New Roman|V}}, ''si''♭). L'accord de F–<sup>7</sup> n'est donc pas un accord sur le degré {{Times New Roman|II}} mais sur le degré {{Times New Roman|I}}, un accord de tonique. On a ainsi une gamme de ''fa'', mais utilisant les notes de la tonalité ''mi''♭ M ; soit la gamme de ''fa'' mode de ''ré''.
Ainsi, l'improvisation va s'appuyer sur la tonique et la dominante de cette gamme, soit les notes ''fa'' et ''do'', qui sont deux notes de l'accord F–<sup>7</sup> ; cela assure une cohérence.
On peut écouter les versions suivantes de ce morceau, avec des improvisations différentes :
* la version originale de l'album (1964) : {{lien web |url=https://www.youtube.com/watch?v=otFVFLtRF_s |titre=Cantaloupe Island (Remastered 1999/Rudy Van Gelder Edition) |site=Herbie Hancock/YouTube |date=2017-05-11 |consulté le=2024-01-05}} ;
* la version concert au Town Hall de New York (1985) : {{lien web |url=https://www.youtube.com/watch?v=wm9B4rW4ZiQ |titre=“Cantaloupe Island” (Live, 1985) |site=Herbie Hancock/YouTube |date=2017-06-17 |consulté le=2024-01-05}} ;
* la version de confinement par le hautboïste Jean-Luc « Oboman » Fillon (2020) : {{lien web |url=https://www.youtube.com/watch?v=atvya6UrJ3s |titre=Les melons de cavaillon by Oboman Brothers |site=Oboman/YouTube |date=2020-06-07 |consulté le=2024-01-05}}.
Pour le rapport entre les accords de septième et les tonalités, voir ''[[../Harmonie#Accords et improvisation|Harmonie > Accords et improvisation]]''.
=== Transposition ===
==== Présentation ====
Un morceau est écrit dans une tonalité donnée, c’est-à-dire que la quasi-totalité de ses notes sont celle d’une gamme donnée. Il peut parfois être nécessaire de jouer le morceau plus aigu ou plus grave ; par exemple, il y a une partie de chant, mais le chanteur n’arrive pas à chanter les notes les plus aiguës ou les plus graves.
Cette opération s’appelle la transposition. Il faut donc décaler toutes les notes vers le haut ou vers le bas du même interval. Un musicien aguerri peut faire cela à vue, simplement en remplaçant la clef de la portée par une autre clef (voir [[Bases de solfège/Représentation musicale#Clefs|ci-après]]). Mais il faut aussi déterminer la nouvelle tonalité, la nouvelle armure.
Par exemple, un hautboïste veut jouer la partie de cor anglais du ''Largo'' de la ''symphonie du Nouveau Monde'' de Dvořák. C’est une partie avec quatre bémols à la clef ; le cor anglais est un instrument transpositeur en ''fa'', le hautbois est en ''ut'' (voir ci-après).
Donc lorsque le cor anglais joue un ''do'', le hautbois doit jouer un ''fa'', soit une quinte juste en dessous, ou, si la tessiture ne le permet pas, une quarte juste au-dessus. Le hautboïste doit donc lire en clef d’''ut'' 2<sup>e</sup> ligne. Par ailleurs, alors que la partition est écrite en ''la''♭ majeur, le hautbois, lui, doit jouer en ''ré''♭ majeur (une quinte juste en dessous) soit avec cinq bémols. Par ailleurs, si la partie de cor anglais comporte un ''fa''♯ (altération accidentelle), alors le hautbois devra jouer un ''si''♮ (pour respecter le caractère juste de l'intervalle) ; si elle comporte un ''fa''♭ (an altération accidentelle), le hautbois devra jouer un ''si''𝄫, bref, les altérations accidentelles sur le ''fa'' du cor anglais devront être reportées sur le ''si'' du hautbois mais baissées d'un demi-ton. Les altérations accidentelles sur toutes les autres notes sont reportées elles quelles dans la transposition (un ''do''♯ du cor anglais devient un ''fa''♯ au hautbois, un ''mi''♮ du cor anglais devient un ''la''♮ au hautbois…).
Ci-dessous, nous représentons le début du thème écrit pour le cor anglais, transposé au hautbois en clef d’''ut'' 2 et en clef de ''sol''.
[[Fichier:Largo nouveau monde theme cor anglais et hautbois.svg |vignette |center |upright=2 |Thème du Largo de la symphonie du Nouveau Monde au cor anglais et transposé pour hautbois.]]
==== Instruments transpositeurs ====
Certains instruments à vents sont dits « transpositeurs » : les partitions ne sont pas écrites en notes réelles. C'est le cas du cor anglais vu ci-dessus.
La famille des hautbois moderne comprend trois instruments : le hautbois, le hautbois d'amour et le cor anglais. Le hautbois est en ''ut'', c'est-à-dire que les partitions sont écrites en notes réelles. Le hautbois d'amour et le cor anglais sont plus grand, ils jouent donc des notes plus grave — et ont une sonorité différente —, mais le clétage est similaire. Si un hautboïste appuie avec tous ses doigts sauf l'auriculaire gauche, il joue un ''do'' ; lorsqu'il joue du hautbois d'amour ou du cor anglais, on va donc, sur la partition, noter ''do'' la note qui correspond à ce même doigté pour faciliter le passage d'un instrument à l'autre ; mais la note entendue sera différente. On entendra un ''la'' avec le hautbois d'amour, et un ''fa'' avec le cor anglais. On dit donc que le hautbois d'amour est en ''la'' et que le cor anglais est en ''fa''.
Certains instruments sont toujours transpositeurs, c'est-à-dire qu'il n'existe pas d'instrument en ''ut'' dans leur famille : c'est le cas des clarinettes, des cors, des saxophones et des tubas. La trompette la plus courante est transpositrice, en ''si''♭, mais il existe une trompette en ''ut''.
Les instruments à corde et à percussion ne sont jamais transpositeurs.
Nous indiquons ci-dessous les principaux instruments transpositeurs, mais il en existe d'autres (par exemple des cors en ''si''♭, ''la'' ou ''mi''♭).
{| class="wikitable"
|+ Principaux instruments transpositeurs
|-
! scope="col" | Instrument
! scope="col" | Tonalité
|-
| Trompette, cornet à pistons, bugle || ''si''♭
|-
| Trompette || ''ut'' (plus rare)
|-
| Cor d'harmonie || ''fa''
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des hautbois
|-
| Hautbois d'amour || ''la''
|-
| Cor anglais || ''fa''
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des flûtes traversières
|-
| Piccolo || ''ré''♭
|-
| Flûte en ''sol'' || ''sol''
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des clarinettes
|-
| Clarinette || ''si''♭<br /> ''la'' (plus rare)
|-
| Cor de basset || ''fa''
|-
| Clarinette basse || ''si''♭
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des saxophones
|-
| Saxophone soprano || ''si''♭
|-
| saxophone alto || ''mi''♭
|-
| Saxophone ténor || ''si''♭
|-
| Saxophone baryton || ''mi''♭
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des tubas
|-
| Tuba, ou basse || ''fa''
|-
| Euphonium (ténor) || ''si''♭
|}
Certains instruments ont des particularités :
* les partitions des flûtes à bec sont toujours écrites en notes réelles ; ce sont donc les doigtés qui changent de nom ; les flûtes soprano et basse sont en ''ut'', mais les flûtes sopranino et alto sont en ''fa'', et les flûtes baroques peuvent être en ''sol'', en ''ré''…
* à l'époque classique et romantique, on utilisait des « cors à ton » ou « cors naturels » (sans piston), avec des tonalités différentes du cor d'harmonie moderne (cor en ''ut'', ''ré'', ''mi'' ou ''fa'') ; les partitions symphoniques sont donc souvent écrites dans une tonalité différente du cor d’harmonie (en ''fa'') ; coquetterie supplémentaire, les parties sont écrites sans altération à la clef ;
* les partitions de trombone à coulisse sont écrites en notes réelles, mais cet instrument est considéré comme transpositeur, car la note obtenue lorsque la coulisse est complètement rentrée n'est pas un ''do'' mais un ''si''♭.
==== Principes de base ====
Dans le tableau ci-dessous, nous représentons les clefs de lecture pour la transposition. Par exemple, si un instrument en ''si''♭ veut jouer une partition écrite pour un instrument en ''mi''♭ (par exemple un saxophone ténor jouant une partie de saxophone alto), alors la partition, écrite en clef de ''sol'', doit être lue en clef d’''ut'' 2{{e}} ligne. Si la partition était écrite en clef de ''fa'', il faudrait la lire en clef d’''ut'' 1{{re}} ligne.
{| class="wikitable"
|+ Clef de lecture des principaux instruments transpositeur
|-
! rowspan="2" scope="col" | Écrit pour un<br />instrument en :
! colspan="5" scope="col" | Lu par un<br />instrument en :
|-
! scope="col" | ''ut''
! scope="col" | ''si''♭
! scope="col" | ''mi''♭
! scope="col" | ''fa''
|-
! scope="row" | ''ut''
| 𝄞/𝄢 || 𝄡3/𝄡2 || 𝄡1/𝄞 || 𝄢3/𝄡4
|-
! scope="row" | ''si''♭
| 𝄡4/𝄡3 || 𝄞/𝄢 || 𝄢3/𝄡4 || 𝄡3/𝄡2
|-
! scope="row" | ''mi''♭
| 𝄢/𝄢3 || 𝄡2/𝄡1 || 𝄞/𝄢 || 𝄡4/𝄡3
|-
! scope="row" | ''fa''
| 𝄡2/𝄡1 || 𝄢3/𝄡4 || 𝄡3/𝄡2 || 𝄞/𝄢
|}
Dans le tableau ci-dessous, nous représentons les tonalités de lecture pour la transposition pour un morceau écrit en ''do'' majeur (ou en ''la'' mineur). Par exemple, si un instrument en ''si''♭ veut jouer une partition écrite pour un instrument en ''mi''♭, il joue en ''fa'' majeur (ou ''ré'' mineur) ; de manière générale, quelle que soit la tonalité d’origine, il ajoute un bémol (ou retranche un dièse).
{| class="wikitable"
|+ Tonalité pour un morceau écrit en ''do'' majeur
|-
! rowspan="2" scope="col" | Écrit pour un<br />instrument en :
! colspan="5" scope="col" | Lu par un<br />instrument en :
|-
! scope="col" | ''ut''
! scope="col" | ''si''♭
! scope="col" | ''mi''♭
! scope="col" | ''fa''
|-
! scope="row" | ''ut''
| ''do'' M (0) || ''ré'' M (2♯) || ''la'' M (3♯) || ''sol'' M (1♯)
|-
! scope="row" | ''si''♭
| ''si''♭ M (2♭) || ''do'' M (0) || ''sol'' M (1♯) || ''fa'' M (1♭)
|-
! scope="row" | ''mi''♭
| ''mi''♭ M (3 ♭) || ''fa'' M (1♭) || ''do'' M (0) || ''si''♭ M (2♭)
|-
! scope="row" | ''fa''
| ''fa'' M (1♭) || ''sol'' M (1♯) || ''ré'' M (2♯) || ''do'' M (0)
|}
==== Transposition à vue ====
La transposition à vue, c’est-à-dire en lisant directement la partition, est facilitée par des techniques de simplification. Nous supposons ci-dessous que la partition est écrite en clef de ''sol''.
; Transposition une seconde majeure (1 t) en dessous
: Exemple : un instrument en ''ut'' joue une partition écrite pour un instrument transpositeur en ''si''♭, afin que l'on entende les sons réels.
:* Lecture en clef d’''ut'' 4{{e}} ligne ;
:* on ajoute deux bémols à la clef (ou on retire deux dièses) ;
:* les altérations ''accidentelles'' sont les mêmes, ''sauf'' si la note jouée est un ''mi'' ou un ''si'' ; dans ce cas-là, l'altération est baissée d’un demi-ton (𝄪 → ♯, ♯ → ♮, ♮ → ♭, ♭ → 𝄫)<br />par exemple, un ''fa''♯ accidentel sur la partition se transpose en un ''mi''♮.
; Transposition une seconde majeure (1 t) au-dessus
: Exemple : un instrument en ''si''♭ joue une partition écrite pour un instrument transpositeur en ''ut'', afin que l'on entende les sons réels.
:* Lecture en clef d’''ut'' 3{{e}} ligne ;
:* on ajoute deux dièses à la clef (ou on retire deux bémols) ;
:* les altérations ''accidentelles'' sont les mêmes, ''sauf'' si la note jouée est un ''do'' ou un ''fa'' ; dans ce cas-là, l'altération est montée d’un demi-ton (𝄫 → ♭, ♭ → ♮, ♮ → ♯, ♯ → 𝄪)<br />par exemple, un ''mi''♮ accidentel sur la partition se transpose en un ''fa''♯.
De manière générale, pour transposer à vue, il faut :
# Déterminer la clef de lecture.
# Déterminer la nouvelle armure.
# Déterminer comment vont être traitées les altérations accidentelles.
L'armure et la gestion des altérations accidentelles peuvent être déterminés par un « code de transposition » : c'est un nombre précédé d’un signe plus (pour des dièses) ou d’un signe moins (pour des bémols). Considérons une partition pour un instrument transpositeur que l’on veut lire en notes réelles :
# On considère la tonalité de l’instrument, par exemple ''mi'' ♭ pour un saxophone alto. La tonalité de ''mi''♭ majeur a trois bémols, le code de transposition est donc –3.
# On applique le code de transposition à la tonalité. Dans notre exemple, un code de –3 signifie qu’il faut ajouter trois bémols et/ou retrancher trois dièses pour avoir la nouvelle tonalité. Par exemple, un morceau en ''sol'' majeur (un dièse) sera lu en ''si''♭ majeur (–1 ♯, +2 ♭).
# On considère l’ordre des altérations accidentelles :
#* pour un code positif, +''n'', les altérations sont prises dans l’ordre des dièses ; les altérations sur les ''n'' notes de destination sont augmentées d’un demi-ton (𝄫 → ♭, ♭ → ♮, ♮ → ♯, ♯ → 𝄪) ;
#* pour un code négatif, –''n'', les altérations sont prises dans l’ordre des bémols ; les altérations sur les ''n'' notes de destination sont abaissées d’un demi-ton (𝄪 → ♯, ♯ → ♮, ♮ → ♭, ♭ → 𝄫) ; dans notre exemple, code –3, les altérations accidentelles sur ''si'', ''mi'' et ''la'' (notes de destination) sont abaissées d’un demi-ton (un ''do''♮ sur la partition sera lu comme un ''si''♭, un ''fa''♯ comme un ''mi''♮…) ;
#* les altérations accidentelles sur les autres notes sont laissées telles quelles.
{| class="wikitable"
|+ Lecture en notes réelles
|-
! span="col" | Tonalité de<br />l’instrument
! span="col" | Intervalle
! span="col" | Clef de<br />lecture
! span="col" | Code de<br />transposition
|-
! span="row" | Ut
| 0, 1<sup>on</sup> || 𝄞 → 𝄞<br />𝄢 → 𝄢 || 0
|-
! span="row" | Ré
| +1 t, 2<sup>de</sup> M<br />–5 t, 7<sup>e</sup> m || 𝄞 → 𝄡3<br />𝄢 → 𝄡2 || +2
|-
! span="row" | Mi♭
| +1 t ½, 3<sup>ce</sup> m<br />–4 t ½, 6<sup>te</sup> M|| 𝄞 → 𝄢<br />𝄢 → 𝄢3 || –3
|-
! span="row" | Fa
| +2 t ½, 4<sup>te</sup> J<br />–3 t ½, 5<sup>te</sup> J|| 𝄞 → 𝄡2<br />𝄢 → 𝄡1 || –1
|-
! span="row" | Sol
| +3 t ½, 5<sup>te</sup> J<br />–2 t ½, 4<sup>te</sup> J|| 𝄞 → 𝄢3<br />𝄢 → 𝄡4 || +1
|-
! span="row" | La
| +4 t ½, 6<sup>te</sup> M<br />–1 t ½, 3<sup>ce</sup> m|| 𝄞 → 𝄡1<br />𝄢 → 𝄞 || +3
|-
! span="row" | Si♭
| +5 t, 7<sup>e</sup> m<br />–1 t, 2<sup>de</sup> M|| 𝄞 → 𝄡4<br />𝄢 → 𝄡3 || –2
|}
=== Musique modale, musique tonale ===
==== Les invariants musicaux ====
Dans toutes les musiques, quelle que soit la culture : une phrase musicale est organisée autour d'un nombre réduit de notes. Si l'on excepte quelques courants de musique savante contemporaine, on identifie des « invariants musicaux », des règles véritablement universelles<ref>{{article |prénom1=Barbara |nom1=Tilmann |titre=La musique, un langage universel ? |périodique=Pour la science |numéro=273 |mois=novembre |année=2008 |pages=124-126 |présentation en ligne=https://boutique.groupepourlascience.fr/pour-la-science/n373/A0002187}}.</ref> :
* les notes sont organisées en gamme ;
* une gamme est un nombre réduit de notes, 5 à 7, qui forment une progression discrètes (elle n'est pas continue) ;
* ces notes se répètent d'octave en octave ;
* elles sont séparées par des intervalles inégaux ; de fait, la gamme a un début et une fin, certaines notes sont plus importantes que d'autres, et l'organisation des notes qui montent et descendent forment un contour mélodique.
L'organisation, la distribution des intervalles inégaux dans la gamme, forment une échelle que l'on appelle « mode ». De fait, à quelques exceptions près en musique contemporaine, toutes les musiques s'appuient sur des modes, ''toutes les musiques sont modales''.
Chaque mode a une « couleur », porte une ambiance qui lui est propre. C'est ainsi que certains modes « sonnent orientaux », sont « solennels », ou bien « éclatants »… En Europe, on a fini par isoler deux types de modes : le mode majeur et les modes mineurs — mineur naturel, mineur harmonique (le plus courant), mineur mélodique ascendant et descendant.
==== Différences entre musiques tonale et modale ====
La musique qui s'appuie sur les modes majeur et mineur est appelée « musique tonale ». La musique qui utilise d'autres modes est appelée « musique modale » ; mais finalement, la musique tonale n'est qu'une musque modale particulière.
{{citation bloc |1=En Occident, nous avons deux modes, majeur et mineur, alors qu'en Orient, ils en ont cinquante et en Inde, mille ! Mais à partir de ces deux couleurs, les musiciens vont faire des miracles […]. C'est l'art de la modulation. ''Moduler'', c'est transposer, c'est déplacer un petit motif dans un autre ton […].
Les modes et la manière d'accorder un instrument peuvent être complètement différents, par exemple entre l'Égypte et la Syrie, ce qui va empêcher le dialogue, l'agrégation d'un répertoire commun et la formation de grands ensembles.
En Occident, en revanche, l'écriture musicale va permettre d'élaborer des polyphonies de plus en plus riches […]. |2={{chapitre |prénom1=André |nom1=Manoukian |titre chapitre=La lumière est venue d'Afrique |titre ouvrage=Sur les routes de la musique |éditeur=Harper Collins, France Inter |année=2021 |isbn=979-1-0339-1201-9 |passage=164-165}} }}
Pour Étienne Guéreau<ref>{{lien web |url=https://www.pianojazzconcept.com/a-propos/ |titre=Étienne Guéreau |site=Piano Jazz Concept |consulté le=2024-05-02}}.</ref> :
* la musique tonale s'appuie sur un centre, l'accord de tonique ; le morceau évolue autour de cet accord pour y retourner par le biais de cadences, une cadence étant une alternance tension/repos ;
* la musique modale consiste à rester sur une couleur, sur un accord unique et l'échelle de notes qui lui est associée<ref>{{lien web |url=https://www.youtube.com/watch?v=edhnKpPIPjc |titre=Tonalité et modalité dans les génériques de dessins animés |auteur=Étienne Guéreau |site=Piano Jazz Concept sur YouTube |date=2023-08-11 |consulté le=2024-05-02}}.</ref>.
==== Des déclinaisons des invariants ====
[[Fichier:Echelle diatonique cyclique.svg|thumb|Tétracordes de la gamme de ''do'' majeur.]]
[[Fichier:Echelle diatonique cyclique tetracordes mineurs.svg|thumb|Tétracordes de la gamme de ''la'' mineur.]]
[[Fichier:939b2.jpg|vignette|Le phorminx, un des tétracordes de la Grèce antique.]]
La manière dont les règles sont appliquées dépend de la culture.
En Europe, sous l'influence de Pythagore, les intervalles se sont organisé à partir de l'intervalle de quinte, ce qui a donné au final l'échelle tempérée (ou à tempérament égal) de douze demi-tons. Les gammes comportent donc des intervalles d'un demi-ton, d'un ton ou d'un ton et demi.
Dans la Grèce antique, les gammes sont construites à partir de successions de quatre notes, les « tétracordes ». Les gammes majeures sont construites sur l'empilement de deux tétracordes identiques, avec une succession d'intervalles 1t - 1t - ½t ; par exemple, la gamme de ''do'' majeur est constituée des deux tétracordes :
* ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa''<br /> — et —
* ''sol'', ''la'', ''si'', ''do'',
chaque tétracorde couvrant une quarte juste, le deuxième tétracorde étant à la quinte du premier.
La gamme mineure naturelle, elle, est constituée de deux tétracordes identiques mais accolés, le ton « intertétracordal » étant entre la dernière note de la gamme et la première note de l'octave suivante. Le tétracorde couvre toujours une quarte juste, et est une succession d'intervalles de 1t - ½t - 1t, par exemple pour la gamme de ''la'' mineur naturelle :
* ''la'', ''si'', ''do'', ''ré''<br /> — et —
* ''ré'', ''mi'', ''fa'', ''sol''.
On suppose que la notion de tétracorde provient de l'accordage de lyres à quatre cordes, instruments également appelés « tétracordes » et dont il existait plusieurs modèles (phorminx, barbitos). Les lyres à sept ou huit cordes, notamment les cithares, étaient donc accordées en superposant deux tétracordes. Il existait trois types de tétracordes, qui permettait de construire plusieurs gammes. Au {{pc|xx}}{{e}} siècle, de nouvelles gammes ont été inventées en choisissant des tétracordes différents.
La culture arabe a de son côté développé des modes appelés ''maqâmât''<ref>{{lien web |url=https://www.maqamworld.com/fr/maqam.php |titre=Le maqam arabe |site=Maqam World |consulté le=2024-02-19}}.</ref> (singulier ''mâqâm'', pluriel ''maqâmât'' ; signifie « rang ») fondés sur des intervalles équivalents à trois quarts de ton. Les ''maqâmât'' sont des assemblages d’''ajnas''<ref>{{lien web |url=https://www.maqamworld.com/fr/jins.php |titre=Le jins |site=Maqam World |consulté le=2024-02-19}}.</ref> (singuler ''jins'', pluriel ''ajnas'' ; signifie « genre ») ; un ''jins'' comporte trois, quatre ou cinq notes (tricorde, tétracorde, pentacorde). Les ''ajnas'' sont organisés autour de deux notes principales : la note de repos (tonique) et dominante ''(ghammaz)'' ; la modulation (le passage d'un ''jins'' à l'autre) se fait en général sur la dominante.
==== Construction de modes en musique occidentale ====
[[File:Construction modes diatoniques.svg|thumb|Construction de modes à partir de la gamme de ''do'' majeur.]]
La musique occidentale est donc fondée sur le mode majeur. La construction des modes consiste à rester sur la même échelle, mais à partir d'un degré autre que le {{Times New Roman|I}}, à partir d'un barreau différent de l'échelle, ce qui nous donne donc le « mode de ''do'' » (« mode majeur », « mode ionien »), « mode de ''ré'' » (« mode dorien »), … voir précédemment ''[[#Les différentes gammes, ou modes, de la musique classique|Les différentes gammes, ou modes, de la musique classique]]'' et ci-après ''[[#Modes diatoniques|Modes diatoniques]]''.
Un mode particulier est le mode de ''la'', appelé « mode mineur naturel » ou « mode éolien ». Ce mode peut être modifié :
* en musique classique, on apprécie la présence d'une sensible, la première modification consiste donc à hausser le degré {{Times New Roman|VII}} d'un demi-ton, ce qui donne le « mode mineur mélodique » ; ce mode comporte une 2<sup>de</sup> augmentée entre les degrés {{Times New Roman|VI}} et {{Times New Roman|VII}} ;
* la seconde modification consiste à hausser à son tour le degré {{Times New Roman|VI}} d'un demi-ton afin de ne plus avoir de 2<sup>de</sup> augmentée, ce qui donne le « mode mineur mélodique ascendant ».
Un morceau classique en mode mineur alterne fréquemment entre ces trois modes, haussant ou bien revenant à la hauteur de base des degrés {{Times New Roman|VI}} et {{Times New Roman|VII}}.
==== Construction d'autres modes ====
On peut construire d'autres modes en modifiant, par exemple, le mode mineur harmonique,
* on peut abaisser le degré {{Times New Roman|II}} d'un demi-ton, ce qui donne le « mode napolitain » ;
* on peut hausser le degré {{Times New Roman|IV}} d'un demi-ton, ce qui donne le « mode hongrois ».
On peut aussi considérer le mode mineur harmonique comme un « mode de base » et construire des modes en partant d'un autre degré. Typiquement, si l'on part du degré {{Times New Roman|V}}, on obtient le « mode phrygien espagnol », dans lequel la 2<sup>de</sup> augmentée est entre les degrés {{Times New Roman|II}} et {{Times New Roman|III}}.
Mais on peut aussi revenir, comme dans l'Antiquité, à la construction par tétracorde. Nous avons vu que
* le mode majeur est l'empilement de deux tétracordes identiques, appelés « tétracordes majeurs » : 1t - 1t - ½t ;
* le mode mineur est l'empilement de deux tétracordes identiques, appelés « tétracordes mineurs » : 1t - ½t - 1t ;
on peut voir que le mode mineur mélodique ascendant est l'association d'un tétracorde inférieur mineur et d'un tétracorde supérieur majeur.
La construction du mode mineur harmonique fait apparaître un nouveau tétracorde, le « tétracorde harmonique », pour les degrés {{Times New Roman|V}}-{{Times New Roman|VIII}} : ½t - 1½t - ½t.
Tous les modes peuvent générer leurs tétracordes, par exemple :
* mode phrygien (mode de ''mi'') : deux tétracordes identiques ½t - 1t - 1t, dits « tétracordes phrygiens » ;
* mode lydien (mode de ''fa'') : tétracorde inférieur 1t - 1t - 1t, dit « tétracorde lydien » + tétracorde supérieur 1t -1t - ½t (tétracorde majeur) ;
On peut ainsi construire des « modes synthétiques » en manipulant les tétracordes, par exemple :
* mode double harmonique : superposition de deux tétracordes harmoniques ;
* mode phrygien espagnol peut s'obtenir par l'association : tétracorde inférieur harmonique + tétracorde supérieur phrygien.
Le mode hongrois peut être vu comme une modification ♯4 du mode double harmonique.
{{note|1=La construction synthétique de modes n'est pas très utile pour la pratique instrumentale ni pour l'improvisation, si ce n'est qu'elle peut orienter vers le travail de certaines gammes pour travailler certains tétracordes, sans avoir à travailler tous les modes possibles et imaginables. En revanche, la construction synthétique peut être utile pour la composition, en permettant la recherche de couleurs spécifiques, ce qui peut aider à trouver le mode qui convient à ce que l'on veut exprimer.}}
==== Les exceptions aux invariants ====
Comme toutes les règles, il y a bien évidemment des exceptions :
* on a parfois des variations continues : avec la voix ou un instrument à cordes à touche lisse (famille du violon, basse ''{{lang|en|fretless}}''), on peut « glisser » de manière continue d'une note à une autre, ce que l'on appelle un ''{{lang|it|portamento}}'' ; les notes ne sont donc pas toujours discrètes ;
* on utilise parfois des notes en dehors d'un mode (notes étrangères), sans pour autant changer de mode ; par exemple en faisant un chromatisme (utilisation d'une note intermédiaire entre deux notes contigües de la gamme), ou pour faire un ornement ; ou bien en modulant la note que l'on joue, comme dans le cas d'une « note bleue » ''({{lang|en|blue note}})'' ;
* on peut avoir recours occasionnellement à une échelle uniforme, donc « sans début ni fin », ni note privilégiée, comme la « gamme par tons » ou la gamme chromatique.
La gamme par tons est une gamme dont toutes les notes sont espacées d'un ton. Il n'y a donc que deux gammes par ton, espacées d'un demi-ton :
* ''do'' - ''ré'' - ''mi'' - ''fa''♯ - ''sol''♯ - ''la''♯ - ''do''…
* ''do''♯ - ''ré''♯ - ''fa'' - ''sol'' - ''la'' - ''si'' - ''do''♯…
== Musique populaire moderne ==
Par « musique populaire moderne », on entend ici la musique de groupe, comme le blues, le jazz, la pop, le folk, le rock (rock n' roll, hard rock…), le reggae, le funk…
Les styles n'ont pas nécessairement de liens directs entre eux ; toutefois, ils utilisent un formalisme un peu différent de celui de la musique classique.
=== Modes diatoniques ===
Les modes diatoniques sont identiques à ceux de la musique classique, mais :
* ils portent des noms différents, inspirés de la Grèce antique, bien que cela ne corresponde pas à la réalité historique ;
* ils sont décrits par l'altération des degrés par rapport à la gamme majeure.
Les sept modes sont donc :
* mode ionien : mode de ''do'' (majeur),<br />1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 ;
* mode dorien : mode de ''ré'',<br />1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - 6 - ♭7 ;
* mode phrygien : mode de ''mi'',<br />1 - ♭2 - ♭3 - 4 - 5 - ♭6 - ♭7 ;
* mode lydien : mode de ''fa'',<br />1 - 2 - 3 - ♯4 - 5 - 6 - 7 ;
* mode mixolydien : mode de ''sol'',<br />1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - ♭7 ;
* mode éolien : mode de ''la'' (mineur naturel),<br />1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - ♭6 - ♭7 ;
* mode locrien : mode de ''si'',<br />1 - ♭2 - ♭3 - 4 - ♭5 - ♭6 - ♭7.
=== Autres modes ===
Les autres modes présentés ci-dessus s'écrivent de la manière suivante :
* mode mineur harmonique, mode éolien ♮7,<br />1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - ♭6 - 7 ;
* mode mineur mélodique ascendant, mode éolien ♮6 ♮7,<br />1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - 6 - 7 ;
* mode napolitain, mode éolien ♭2 ♮7,<br />1 - ♭2 - ♭3 - 4 - 5 - ♭6 - 7 ;
* mode hongrois, mode éolien ♯4 ♮7,<br />1 - 2 - ♭3 - ♯4 - 5 - ♭6 - 7 ;
* mode phrygien espagnol,<br />1 - ♭2 - 3 - 4 - 5 - ♭6 - ♭7 ;
* mode double harmonique,<br />1 - ♭2 - 3 - 4 - 5 - ♭6 - 7.
=== Gammes pentatoniques ===
Les ''negro spirituals'', ou ''gospels'', sont issus du mariage de la musique africaine et de la musique religieuse européenne, qui s'est opéré chez les esclaves africains déportés en Amérique du Nord. De la tradition africaine, elle a notamment hérité des gammes de cinq notes, les gammes pentatoniques.
Cette musique a donné le jazz et le blues, qui lui-même a enfanté du rock n' roll. Ces gammes pentatoniques sont de fait largement utilisées dans la musique moderne.
{{son|Gamme pentatonique de ''do'' majeur|Gamme pentatonique do majeur.mid}}
La gamme pentatonique majeure est constituée des degrés {{Times New Roman|I}}, {{Times New Roman|II}}, {{Times New Roman|III}}, {{Times New Roman|V}} et {{Times New Roman|VI}} de la gamme majeure. Par exemple, la gamme pentatonique de ''do'' majeur est :
: ''do'' – ''ré'' – ''mi'' — ''sol'' – ''la'' —
{{son|Gamme pentatonique de la mineur|Gamme pentatonique la mineur.mid}}
En notation jazz, cette gamme est décrite par :
: 1 - 2 - 3 - 5 - 6
De même, la gamme pentatonique mineure constituée des degrés {{Times New Roman|I}}, {{Times New Roman|III}}, {{Times New Roman|IV}}, {{Times New Roman|V}} et {{Times New Roman|VII}} de la gamme mineure naturelle. Par exemple, la gamme pentatonique de ''la'' mineur est :
: ''la'' — ''do'' – ''ré'' – ''mi'' — ''sol'' –
En notation jazz, cette gamme est décrite par :
: 1 - ♭3 - 4 - 5 - ♭7
On remarque que les gammes majeures et mineures sont constituées des mêmes notes, puisqu'en particulier, il n'y a pas la sensible.
{{son|Gamme blues de ''la'' mineur|Gamme blues la mineur.mid}}
La gamme blues est une gamme pentatonique mineure à laquelle on ajoute une quinte diminuée, dite « note bleue » ''(blue note)''. Par exemple, la gamme blues en ''la'' est :
: ''la'' — ''do'' – ''ré'' - ''ré''♯ - ''mi'' — ''sol'' –
soit en notation jazz :
: 1 - ♭3 - 4 - ♯4 - 5 - ♭7
Dans les tableaux ci-dessous, la dernière altération à la clef est indiquée entre parenthèse, car la note correspondante ne fait pas partie de la gamme pentatonique.
{| class="wikitable"
|+ Quelques gammes pentatoniques majeures
! scope="col" | Tonalité
! scope="col" | Armure
! scope="col" colspan="2" | Gamme<br />{{Times New Roman|I-II-III-V-VI}}
|-
|''Do'' majeur || || ''do-ré-mi-sol-la'' || [[fichier:gamme pentatonique do majeur.svg|class=transparent]]
|-
|''Sol'' majeur || ''fa''♯ || ''sol-la-si-ré-mi'' || [[fichier:gamme pentatonique sol majeur.svg|class=transparent]]
|-
|''Ré'' majeur || ''fa''♯, ''do''♯ || ''ré-mi-fa''♯-''la-si'' || [[fichier:gamme pentatonique re majeur.svg|class=transparent]]
|-
|''La'' majeur || ''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯ || ''la-si-do''♯''-mi-fa''♯ || [[fichier:gamme pentatonique la majeur.svg|class=transparent]]
|-
| ''Fa'' majeur || ''si''♭ || ''fa-sol-la-do-ré'' || [[fichier:gamme pentatonique fa majeur.svg|class=transparent]]
|-
| ''Si''♭ majeur || ''si''♭, ''mi''♭ || ''si''♭''-do-ré-fa-sol'' || [[fichier:gamme pentatonique sibemol majeur.svg|class=transparent]]
|-
| ''Mi''♭ majeur || ''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭ || ''mi''♭''-fa-sol-si''♭''-do'' || [[fichier:gamme pentatonique mibemol majeur.svg|class=transparent]]
|}
Dans le tableau suivant, la note bleue est indiquée entre parenthèses.
{| class="wikitable"
|+ Quelques gammes pentatoniques mineures et blues
! scope="col" | Tonalité
! scope="col" | Armure
! scope="col" colspan="2" | Gamme<br />{{Times New Roman|I-III-IV-(♯IV)-V-VII}} ou {{Times New Roman|I-III-IV-(♭V)-V-VII}}
|-
|''La'' mineur || || ''la-do-ré-''(''mi''♭)''-mi''♮''-sol'' || [[fichier:gamme pentatonique la mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme la blues.svg|class=transparent]]
|-
|''Mi'' mineur || ''fa''♯ || ''mi-sol-la-''(''si''♭)''-si''♮''-ré'' || [[fichier:gamme pentatonique mi mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme mi blues.svg|class=transparent]]
|-
|''Si'' mineur || ''fa''♯, ''do''♯ || ''si-ré-mi-''(''fa''♮)''-fa''♯''-la'' || [[fichier:gamme pentatonique si mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme si blues.svg|class=transparent]]
|-
|''Fa''♯ mineur || ''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯ || ''fa''♯''-la-si-''(''do''♮)''-do''♯''-mi'' || [[fichier:gamme pentatonique fadiese mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme fadiese blues.svg|class=transparent]]
|-
| ''Ré'' mineur || ''si''♭ || ''ré-fa-sol-''(''la''♭)-''la''♮''-do'' || [[fichier:gamme pentatonique re mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme re blues.svg|class=transparent]]
|-
| ''Sol'' mineur || ''si''♭, ''mi''♭ || ''sol-si''♭''-do-''(''ré''♭)''-ré''♮''-fa'' || [[fichier:gamme pentatonique sol mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme sol blues.svg|class=transparent]]
|-
| ''Do'' mineur || ''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭ || ''do-mi''♭''-fa-''(''sol''♭)''-sol''♮''-si''♭ || [[fichier:gamme pentatonique do mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme do blues.svg|class=transparent]]
|}
=== Accords ===
En musique moderne, et en particulier en jazz et dans le rock, on construit les accords non pas comme empilement de tierces, mais comme des modifications des accords parfaits.
On utilise fréquemment la notation anglosaxonne : on donne la fondamentale de l'accord selon la française habituelle (''do'', ''ré'', …) ou bien avec la notation anglosaxonne :
* ''do'' → C ;
* ''ré'' → D ;
* ''mi'' → E ;
* ''fa'' → F ;
* ''sol'' → G ;
* ''la'' → A ;
* ''si'' → B.
En allemand, le ''si'' est noté H, et le B désigne un ''si'' ♭.
La nature de l'accord est donnée en ajoutant des lettres, chiffres ou signes derrière.
Les principaux accords sont :
* accord parfait majeur ; en général, on donne simplement le nom de la fondamentale seul, parfois suivi d'un « M » capitale ; l'adjectif « parfait » est omis<br /> par exemple l'accord parfait majeur de do est appelé « accord de do majeur » et est noté « C » ou ou « ''Do'' », parfois (mais rarement) « CM » ou « ''Do''M »
* accord parfait mineur, noté avec un « m » minuscule ou bien avec un signe moins « – » ; l'adjectif « parfait » est omis ;
* accord de quinte diminué : dans l'accord parfait mineur, on remplace la quinte juste par une quinte diminuée ; il est noté « dim » ou « o » ;
* accord de quinte augmenté : dans l'accord parfait majeur, on remplace la quinte juste par une quinte augmentée ; il est noté « aug » ou « + » ;
* accord de septième de dominante : on ajoute une septième mineure à l'accord parfait majeur ;<br /> alors qu'en musique classique on fait référence à la tonique de la gamme, dans la musique populaire moderne, on fait référence à la fondamentale de l'accord c'est-à-dire à la dominante de la gamme ; par exemple, l'accord ''sol''-''si''-''ré''-''fa'' est l'accord de septième de dominante de ''do'', mais dans la musique populaire moderne, il est appelé « ''sol'' septième » ;
* accord de septième mineur : on ajoute une septième mineure à l'accord parfait mineur ; il est noté « m7 » ou « –7 » ;
* accord de septième majeure : on ajoute une septième majeure à l'accord parfait majeur ; il est noté « maj7 » ou « Δ » ;
* accords « suspendus » ''(suspended chords)'' : la tierce est remplacée par une seconde majeure ou une quarte juste ; ils sont notés respectivement « sus2 » et « sus4 ».
L'exemple suivant présente dans l'ordre les accords de do majeur, mineur, diminué, augmenté, septième, septième majeure, suspendu seconde et suspendu quarte (C, Cm, Cdim, Caug, C7, Cmaj7, Csus2 et Csus4)<ref>Les six premiers accords sont également notés respectivement C, C–, C<sup>o</sup>, C<sup>+</sup>, C<sup>7</sup>, C<sup>Δ</sup>.</ref>. Il manque ici l'accord de septième mineure (''do''-''mi''♭-''sol''-''si''♭) noté Cm7.
: [[Image:Ly accords de do.png|300px]]
Le rock, et notamment le hard rock et le heavy metal, utilisent souvent des accords incomplets, composés seulement de la fondamentale et de la quinte ; il s'agit donc d'une quinte juste. On parle d'« accord de puissance » ou ''power chord''. Par exemple, l'accord de puissance de do est composé des notes do et sol. Il snt en général chiffrés « 5 », par exemple « C<sup>5</sup> ».
{{loupe|../Harmonie#Les_accords_en_général}}
== Musiques modales, tonales et atonales ==
Un style musical utilise certaines gammes, c'est-à-dire un ensemble de notes dont certaines ont plus d'importance que d'autres. Une gamme est un ensemble de notes et est donc une succession d'intervalles. Les gammes ayant la même succession d'intervalles forment un mode : elles ont toutes la même « couleur », mais sont plus ou moins aiguës ou graves.
Une musique modale est donc une musique qui utilise un mode.
La musique tonale est une musique qui n'utilise que deux types de modes : le mode majeur et les modes mineurs (naturel, harmonique, mélodiques ascendant et descendant). La musique classique est une musique tonale. C'est en fait une musique modale particulière. Les notes importantes sont les degrés {{Times New Roman|I}} (tonique), {{Times New Roman|IV}} (sous-dominante) et {{Times New Roman|V}} (dominante).
La musique atonale est la musique qui n'est pas fondée sur des gammes avec des notes importantes. Il s'agit essentiellement de la musique dite « contemporaine », qui fait partie de la musique savante occidentale du {{pc|xx}}<sup>e</sup> siècle. Un des premiers exemples de musique atonale se trouve sans doute dans le ''{{lang|it|Cappriccio stravagante}}'' de Carlo Farina (1627), œuvre dans laquelle il veut évoquer des bruits de la nature (à 13 min. 30 sec. puis à 14 min. 28 sec. dans la vidéo ci-dessous) au sein d'une œuvre plutôt baroque par ailleurs.
* {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=RzBqnfs7rXY
| titre=Farina: Capriccio stravagante for Violin, Two Violas, Cello, and Continuo
| auteur1= Chamber Music Society of Lincoln Center
| site=YouTube
| date=2020-04-28 | consulté le=2021-01-28
}}
* {{lien web
| url=https://www.dailymotion.com/video/x57lmzp
| titre=La leçon de piano n°18 - La révolution modale
| auteur1=France Inter
| site=Dailymotion
| date=2016-12-31 | consulté le=2021-01-28
}}
* {{lien web
| url=https://www.dailymotion.com/video/x6wspfd
| titre=L'atonalité - Guillaume Tion
| auteur1=France Musique
| site=Dailymotion
| date=2019 | consulté le=2021-01-28
}}
* {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=VQm4jRmlQa8
| titre=Le Dodécaphonisme
| auteur1=Orchestre de chambre de Paris
| site=YouTube
| date=2017-10-02 | consulté le=2021-01-28
}}
* {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=LK2hGEz8Jgs&t=1s
| titre=L’atonalisme. Et après ? Jérôme Ducros au Collège de France
| auteur1= Éveilleur de conscience
| site=YouTube
| date=2019-06-09 | consulté le=2021-01-28
}}
* Krzysztof Penderecki, ''Thrène pour les victimes d'Hiroshima'' (''{{lang|pl|Tren ofiarom Hiroszimy}}'', 1960) : {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=Pu371CDZ0ws
| titre=Penderecki: Threnody to the Victims of Hiroshima - Urbański, FRSO
| auteur1= koenigmoo
| site=YouTube
| date=2015-03-19 | consulté le=2025-02-19
}}
* György Ligeti, ''Lux Æterna'' (1966) : {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=j2cRjiC4ODI
| titre=Ligeti : Lux Aeterna (Choeur de Radio France)
| auteur1= France Musique concerts
| site=YouTube
| date=2019-03-20 | consulté le=2025-02-19
}}
== Voir aussi ==
; Dans Wikipédia
* [[w:Accord (musique)|Accord (musique)]]
** [[w:Accord de trois notes|Accord de trois notes]]
** [[w:Accord de quatre notes|Accord de quatre notes]]
** [[w:Accord de cinq notes|Accord de cinq notes]]
** [[w:Accord en mouvement|Accord en mouvement]]
* [[w:Comma|Comma]]
* [[w:Échelle chromatique|Échelle chromatique]]
* [[w:Échelle diatonique|Échelle diatonique]]
* [[w:Gamme musicale|Gamme musicale]]
* [[w:Mode (musique)|Mode (musique)]]
** [[w:Mode (musique tonale)|Mode (musique tonale)]]
* [[w:Note de musique|Note de musique]]
* [[w:Origine du nom des notes de musique|Origine du nom des notes de musique]]
* [[w:Système pentatonique|Système pentatonique]]
* [[w:Système tonal|Système tonal]]
* [[w:Tonalité|Tonalité]]
----
''[[../Caractéristiques et notation des sons musicaux|Caractéristiques et notation des sons musicaux]]'' < [[../|↑]] > ''[[../Mélodie|Mélodie]]''
[[Catégorie:Formation musicale (livre)|Gammes et intervalles]]
=== Liens Externes ===
* {{lien web |url=http://www.tabs4acoustic.com/gammes-guitare.html |titre=Gammes et modes à la guitare |site=Tab4Acoustic |lang=fr}}
* {{article |url=https://www.science.org/doi/10.1126/science.aax0868 |prénom1=S.A. |nom1=Mehr |prénom2=M. |nom2=Singh |prénom3=L. |nom3=Glowacki |nom4=coll. |titre=Universality and diversity in human song |site=Science.org |date=2019-11-22 |consulté le=2024-0528 |doi=10.1126/science.aax0868}}
== Notes et références ==
{{références}}
fiwwdceh87619w2207eo54tp6743rqw
766529
766528
2026-05-14T12:16:25Z
Cdang
1202
/* Les gammes et les modes */ typo
766529
wikitext
text/x-wiki
{{Bases de solfège}}
<span style="font-size:25px;">4. Gammes et intervalles</span>
----
== Les notes « naturelles », les gammes de ''do'' majeur et de ''la'' mineur ==
Nous considérons dans un premier temps les notes « naturelles », c'est-à-dire sans altération (ni dièse, ni bémol) : ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa'', ''sol'', ''la'' et ''si'', ou, en notation anglo-saxonne, C, D, E, F, G, A et B. Cette succession de sept notes forme la « gamme de ''do'' majeur ».
On a donc choisi un nombre réduit de sons, les « notes », pour écrire la musique. Ces notes forment une « gamme ».
Le terme « gamme » provient de la lettre grecque gamma « Γ », qui était utilisée auparavant pour désigner le ''sol'' le plus grave.
En partant du nom d'une note, jusqu'à la suivante de même nom :
* un ensemble de notes successives, jouées de la plus aiguë à la plus grave, forme une gamme descendante ;
* un ensemble de notes successives, jouées de la plus grave à la plus aiguë, forme une gamme ascendante.
{{son|Gamme constituée des notes « naturelles »|Gamme do majeur.mid}}
{{Son|Différence entre un demi-ton et un ton|Intervalles demi ton et ton.mid}}
Cette gamme est agréable à l'oreille mais n'a pas d'intervalles réguliers entre les notes ; en effet, les notes « naturelles » successives sont séparées d'un ton ou d'un demi-ton :
: les intervalles ''mi''-''fa'' et ''si''-''do'' sont chacun d'un demi-ton ; les autres intervalles valent chacun un ton.
Un demi-ton fait évidemment la moitié d'un ton.
On a donc, si l'on monte la gamme constituée par les sept notes en commençant par le ''do'', la succession suivante :
{|
|+ Gamme de ''do'' majeur
|-
| || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton
|- align="center"
| ''do'' || — || ''ré'' || — || ''mi'' || - || ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || — || ''si'' || - || ''do''
|}
Dans l'image ci-dessous, un ton est représenté par une « parenthèse » en dessous, alors qu'un demi-ton est représenté par un « accent circonflexe » au-dessus :
: [[Image:C major scale.png]]
On peut aussi jouer ces notes en commençant par le ''la'' :
: ''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol''
Les demi-tons sont placés à des endroits différents, cette gamme forme un « mode » différent (voir plus loin). Ce mode est appelé « mode mineur naturel » et l'on a donc la « gamme de ''la'' mineur naturel ».
{{son|Gamme de ''la'' mineur avec note sensible|Gamme la mineur harmonique.mid}}
On élève souvent le sol d'un demi-ton avec un dièse « ♯ » (voir ci-après), ainsi, la dernière note de la gamme est plus proche de la première note de l'octave supérieure, elle est « aspirée vers le haut ». Cette note « aspirée vers le haut » est appelée « note sensible ». La gamme de ''la'' mineur s'écrit donc en général :
: ''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' — ''sol''♯
avec un « grand écart » (une seconde augmentée) entre le ''fa'' et le ''sol''♯. De manière plus précise, cette gamme s'appelle « ''la'' mineur harmonique » (il existe d'autres gammes mineures que nous verrons plus loin).
: [[Fichier:A harmonic minor ascending.PNG|vignette|left]]
{{clear}}
== Couleur des gammes ==
Il existe donc des gammes majeures et mineures (et d'autres types, que nous verrons plus loin). Elles ont des « couleurs » différentes : les morceaux écrits en mode majeur sonnent différemment des morceaux écrits en mode mineur.
Globalement, les morceaux écrits en mineur sonnent plus « tristes », les morceaux écrits en majeur sonnent plus « gai ».
Mais ce n'est pas bien sûr systématique, la gaité ou la tristesse dépendent de plein d'autre éléments. Par exemple, le ''Rondo à la turque'' de Mozart (troisième mouvement de la ''Sonate pour piano n<sup>o</sup> 11 en ''la'' majeur'', K. 331/K300, env. 1780) est écrit en ''la'' mineur, pourtant il sonne très gai. Bien qu'étant écrit dans la même gamme, il sonne très différemment du premier mouvement ''Adagio'' de la ''Sonate pour hautbois en ''la'' mineur'' de Telemann (TWV 41:B6, env. 1739), qui sonne lui effectivement triste. On voit ici l'importance du tempo.
* {{lien web
| url = https://www.youtube.com/watch?v=0HhBr0t4VJ0
| titre = Lang Lang performs "Rondo alla turca" from Mozart's Piano Sonata No 11
| site = chaîne Medici.tv sur Youtube
| date = 2021-11-26
| consulté le = 2023-12-01
}}
* {{lien web
| url = https://www.youtube.com/watch?v=FG8jr6KnRkE
| titre = Telemann oboe sonata in A minor, TWV 41:a3
| site = chaîne Bernice Lee sur Youtube
| date = 2017-03-26
| consulté le = 2023-12-01
}}
== Altération des notes naturelles ==
=== Les dièses et les bémols ===
Pour enrichir la musique, on introduit des notes intermédiaires afin de pouvoir placer des demi-tons ailleurs qu'entre ''mi'' et ''fa'' ou entre ''si'' et ''do''. On a donc créé des altérations qui permettent de monter ou de baisser une note d'un demi-ton :
* le dièse « ♯ » permet de monter une note d'un demi-ton ;
* le bémol « ♭ » permet de baisser une note d'un demi-ton.
On a donc au total douze sons différents, ou hauteurs différentes, séparés par des demi-tons :
# ''do''
# ''do''♯/''ré''♭
# ''ré''
# ''ré''♯/''mi''♭
# ''mi''
# ''fa''
# ''fa''♯/''sol''♭
# ''sol''
# ''sol''♯/''la''♭
# ''la''
# ''la''♯/''si''♭
# ''si''
Il existe un signe qui annule l'altération, qui remet la note à l'état naturel : le bécarre « ♮ ».
Une gamme formée par ces douze sons s'appelle une « gamme chromatique » ; c'est une gamme par demi-tons.
{{son|Gamme chromatique|Gamme chromatique.mid}}
: [[Image:gamme chromatique dieses.png|300px]]
: [[Image:gamme chromatique bemols.png|300px]]
=== Conventions de notation ===
Au niveau de la notation :
* si une note est altérée dans tout le morceau, ou quasiment tout le morceau, alors l'altération est écrite au début de chaque ligne mais ''pas'' devant les notes concernées ; on parle « d'armure », « armature » ou « d'altération à la clef » ;
* si une note est altérée ponctuellement, alors l'altération est mise ''devant'' la note concernée, on parle « d'altération accidentelle » ; l'altération accidentelle est valable pour toute la durée d'une mesure, et reste valable si une liaison de prolongation est à cheval sur une barre de mesure (par exemple, si l'on a un ''fa'' dièse accidentel en fin de mesure lié à un ''fa'' sur la mesure d'après, le second ''fa'' est aussi dièse).
Concernant le nom et la forme des signes :
* le mot « bémol » vient du terme « “b” mol », qui signifie « “b” mou », la lettre B désignant la note ''si'' ; le « ''si'' mou » désigne une note ''si'' abaissée, ce qui a donné à la fois le nom de l'altération et sa forme, la forme de la lettre « b » ;
* le mot « bécarre » vient du terme « “b” carré », et le signe est à l'origine une lettre « b » dont la panse — l'arrondi — est remplacée par un carré ; le carré est une forme « dure » par opposition à l'arrondi qui est une forme douce, « molle », il désigne dnc à l'origine la note ''si'' non-abaissée, naturelle ;
* le mot « dièse » vient du grec ancien ''díesis'' ({{lang|grc|δίεσις}}), qui signifie « intervalle » ; le signe est probablement un bécarre modifié.
Notons que le signe dièse « ♯ » est souvent confondu avec le signe croisillon « # », par exemple dans le terme « mot-dièse » (qui est en fait un « mot-croisillon », ''{{lang|en|hashtag}}''). Le signe croisillon « # » (appelé ''{{lang|en|hash}}'' en anglais, alors que le dièse est appelé ''{{lang|en|flat}}'') est une abréviation qui signifie « numéro » en anglais, et qui est aussi utilisé de diverses manières en informatique.
== Enharmonies ==
On remarque qu'un son peut avoir plusieurs noms : le son du « ''do'' dièse » est le même que celui du « ''ré'' bémol » ; de même, le « ''ré'' dièse » s'entend à la même hauteur que le « ''mi'' bémol »…
Il y a donc une différence entre la hauteur du son et le nom qu'on lui donne, le nom de la note, qui dépend des circonstances.
Ces notes sont dites « enharmoniques ». Il y a quatre autres enharmonies que, pour simplifier, nous n'avons pas mises dans la liste ci-dessus : ''si'' et ''do''♭, ''do'' et ''si''♯, ''mi'' et ''fa''♭ et ''fa'' et ''mi''♯.
Si une même hauteur de note peut avoir deux noms, pourquoi utilise-t-on l'un plutôt que l'autre ? Dans quel cas utilise-t-on ''la''♯ et dans quel cas utilise-ton ''si''♭ si l'on entend la même chose ?
On peut comparer une gamme à une équipe sportive de sept joueurs, ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa'', ''sol'', ''la'' et ''si'' ; 7 joueurs qui doivent occuper 7 postes appelés degrés : {{Times New Roman|I}}, {{Times New Roman|II}}, {{Times New Roman|III}}, {{Times New Roman|IV}}, {{Times New Roman|V}}, {{Times New Roman|VI}}, {{Times New Roman|VII}}. (Nous y reviendrons un peu plus loin dans « [[#Les autres gammes de la musique classique|Les autres gammes de la musique classique]] ».)
N'importe laquelle des notes peut être le capitaine en occupant le degré {{Times New Roman|I}}. Par exemple le ''fa''. Mais ensuite, elles arrivent toujours dans l'ordre habituel : ''fa'', ''sol'', ''la'', ''si'', ''do'', ''ré'', ''mi'' (''fa'', ''sol'', ''la'', ''si'', ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa'', etc).
{|
|+ Gamme de ''fa'' majeur
|-
| || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton
|- align="center"
| {{Times New Roman|I}} || — || {{Times New Roman|II}} || — || {{Times New Roman|III}} || - || {{Times New Roman|IV}} || — || {{Times New Roman|V}} || — || {{Times New Roman|VI}} || — || {{Times New Roman|VII}} || - || {{Times New Roman|I}}
|- align="center"
| ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || - || ''si♭'' || — || ''do'' || — || ''ré'' || — || ''mi'' || - || ''fa''
|}
Ensuite, elles se placent pour respecter les intervalles. Par exemple ceux de la gamme majeure : 1 ton, 1 ton, ½ ton, 1 ton, 1 ton, 1 ton, ½ ton. Sept joueurs pour sept postes, cela veut dire tout le monde est sur le terrain. Si un joueur restait sur le banc, un autre joueur devrait occuper 2 postes en même temps… Et réciproquement, si un nom de note était utilisé 2 fois, un nom de note ne serait pas utilisé. C'est pour cela que, dans l'exemple, le degré IV n'est pas ''la''♯ mais ''si''♭.
== Les intervalles ==
Un intervalle est un écart séparant deux notes, qu'elles soient jouées en même temps ou successivement. On nomme l'intervalle en fonction du nombre de degrés qu'il contient (y compris les notes de départ et d'arrivée), dans la succession « ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa'', ''sol'', ''la'', ''si'' », c'est-à-dire par écart croissant. Si l'on monte dans la gamme, on parle d'intervalle ascendant :
* unisson : deux notes identiques ; par exemple ''do''-''do'' ;
* seconde : deux notes successives dans la gamme ; par exemple ''do''-''ré'' ;
* tierce : trois notes au total dans l'intervalle, y compris la première et la dernière ; par exemple ''do''-''mi'' ;
* quarte : quatre notes au total dans l'intervalle, y compris la première et la dernière ; par exemple ''do''-''fa'' ;
* quinte : cinq notes ; par exemple ''do''-''sol'' ;
* sixte : six notes ; par exemple ''do''-''la'' ;
* septième : sept notes ; par exemple ''do''-''si'' ;
* octave : huit notes ; par exemple ''do'' medium-''do'' aigu.
[[Image:Intervalles_musique.png|thumb|500px|Les différents intervalles possibles à partir d'un mi]]
Nous pouvons aussi considérer des accords descendants : ''do''-''si'' est une seconde descendante, ''do''-''fa'' est une quinte descendante…
=== Chanter et reconnaître les intervalles ===
Le travail de l'oreille est important en musique. Les petits intervalles sont les plus simples à reconnaître et à chanter. L'exercice fondamental consiste à savoir chanter la gamme de ''do'' majeur : on la chante en s'accompagnant d'un instrument pour guider notre voix. Puis on joue le premier ''do'' et on la chante ''a capella'' (sans instrument) et on vérifie à la fin que le ''do'' aigu que l'on chante est juste ; s'il est faux, on essaie de voir à partir de quelle note on s'écarte (on chante ''a capella'' et on vérifie au ''mi'', au ''sol''…).
Ensuite, on s'entraîne à chanter l'accord parfait de ''do'' majeur : ''do''-''mi''-''sol'' ; et l'accord parfait de ''la'' mineur : ''la''-''do''-''mi''.
Puis, on peut s'exercer de deux manières. Par des exercices élémentaires :
* on joue deux notes l'une après l'autre, on donne le nom de la première note, il faut trouver le nom de la seconde (commencer avec de petits intervalles puis les augmenter) ; pour cela, après avoir écouté les notes, on monte la gamme en partant de la première note et on regarde quand on atteint la seconde ;
* on joue deux notes simultanément, on donne le nom de la première note, il faut trouver le nom de la seconde (même méthode).
La deuxième manière consiste à chanter mes morceaux « réels », par exemple les morceaux que l'on joue à l'instrument.
Enfin, on fait de « dictées de notes » ou « dictées mélodiques » : une personne joue une succession de notes et l'on doit trouver les notes (en connaissant la première). On peut aussi faire un relevé de notes : on prend un morceau enregistré et l'on essaie de trouver les notes qui sont jouées, par exemple pour pouvoir le rejouer. Cela peut se faire avec des « dictées à trous » : on utilise une partition à laquelle il manque des notes, notes qu'il faut retrouver à l'écoute. La difficulté est graduée : on commence par de petits intervalles (typiquement des secondes et des tierces), puis, au cours du temps, on augmente les intervalles utilisés ; on commence par des morceaux dans une tonalité unique, puis on passe à des morceaux contenant des altérations accidentelles (chromatismes, modulations).
Une variante de cet exercice de dictée est le « relevé » : on écoute l'enregistrement d'une œuvre et l'on doit relever les notes jouées. Pour faciliter l'exercice, on peut mettre à disposition un instrument — l'instrument que joue l'élève et/ou un piano ; l'utilisation de l'instrument étant pénalisée par le temps que cela prend de rejouer ce que l'on entend. S'il s'agit d'une œuvre d'ensemble — orchestre de chambre ou symphonique, par opposition à un instrument soliste —, on peut demander de relever plusieurs voix ; cela oblige aussi à bien distinguer les différentes voix, ce qui n'est pas toujours simple lorsque les timbres et tessitures des instruments sont proches (typiquement, confusion entre la partie de second violon et la partie d'alto).
== Les autres gammes de la musique classique ==
=== Les différentes gammes majeures et mineures ===
{{son|Gamme de ''do'' majeur|Gamme do majeur.mid}}
{{son|Gamme de ''la'' mineur|Gamme la mineur harmonique.mid}}
On peut vouloir jouer un même air plus aigu ou plus grave :
* si notre voix ou notre instrument ne peut pas jouer de notes trop aiguës, il nous faut jouer plus grave ;
* à l'inverse, si notre voix ou notre instrument ne peut pas jouer de notes trop grave, il nous faut jouer plus aigu ;
* la sonorité, la couleur des notes n'est pas la même au grave et à l'aigu ; par exemple pour un instrument à cordes, les cordes graves sont plus grosses et ont donc un son plus « rond » que les notes aiguës, donc on peut vouloir jouer un air plus grave ou plus aigu pour en changer la sonorité.
Il faut donc avoir des successions de notes ayant les mêmes écarts :
{| class="wikitable"
|- align="center"
! Mode majeur
| 1 t
| 1 t
| ½ t
| 1 t
| 1 t
| 1 t
| ½ t
|- align="center"
! Mode mineur <br />(harmonique)
| 1 t
| ½ t
| 1 t
| 1 t
| ½ t
| 1½ t
| ½ t
|}
{{son|Gamme de ''ré'' majeur|Gamme re majeur.mid}}
{{son|Gamme de ''ré'' mineur harmonique|Gamme re mineur harmonique.mid}}
Si l'on a un morceau en ''do'' majeur et qu'on veut le jouer un ton au dessus, en commençant par un ''ré'', il faut donc les notes :
: ''ré'' – ''mi'' – ''fa''♯ - ''sol'' – ''la'' – ''si'' – ''do''♯ -
: [[Image:D major scale.png|250px]]
C'est la gamme de ''ré'' majeur.
Et si l'on a un morceau en ''la'' mineur mais qu'on veut le jouer en ''ré'', on a alors :
: ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' - ''si''♭ — ''do''(♯) -
: [[Image:D minor scale.png|250px]]
c'est la gamme de ''ré'' mineur.
La note de départ est appelée « tonique », elle donne son nom à la gamme.
On peut commencer une gamme majeure par chacune des douze notes : un ''do'', un ''ré''♭, un ''ré'', un ''mi''♭, un ''fa'', un ''sol''♭, un ''sol'', un ''la''♭, un ''la'', un ''si''♭ ou un ''si''. On a quelques gammes enharmoniques : il existe une gamme de ''do''♭ majeur, enharmonique de ''si'' majeur, une gamme de ''do''♯ majeur, enharmonique de ''ré''♭ majeur et une gamme de ''fa''♯ majeur, enharmonique de ''sol''♭ majeur.
De la même manière, on a douze gammes mineures commençant chacune par une des douze notes : ''la'', ''si''♭, ''si''…
=== Degrés de la gamme ===
Habituellement, on numérote les notes du grave vers l'aigu en commençant par la note donnant le ton. Le numéro de la note s'appelle le « degré ». Les degrés portent également des noms :
* {{Times New Roman|I}} : la « tonique » ;
* {{Times New Roman|II}} : la « sustonique » ;
* {{Times New Roman|III}} : la « médiante » ;
* {{Times New Roman|IV}} : la « sous-dominante » ;
* {{Times New Roman|V}} : la « dominante » ;
* {{Times New Roman|VI}} : la « sus-dominante » ;
* {{Times New Roman|VII}} : la « sensible » si elle est à un demi-ton de la tonique, la « sous-tonique » sinon.
Dans le chant grégorien, la tonique est aussi appelée « finale » car le chant se termine toujours sur cette note. La dominante est également appelée « corde de récitation » : une partie du chant tourne autour de cette note avant de redescendre sur la finale. Cette « corde de récitation » n'est pas toujours à la quinte de la « finale » : dans certains modes médiévaux, elle peut être à la tierce, à la quarte ou à la sixte<ref>{{lien web |url=https://www.centre-gregorien-saint-pie-x.fr/index.php/dossiers/modalite/115-what-is-a-mode |titre=Histoire de la modalité (1) : "What is a mode ?" |site=Centre grégorien saint Pie X |date=2019-08-03 |consulté le=2024-09-10}}.</ref>.
=== Altérations à l'armure ===
Si l'on ne considère que les gammes majeures, on remarque qu'elles contiennent soit des dièses, soit des bémols, mais jamais les deux. Ces altérations étant « permanentes » (on les retrouve quasiment dans tout le morceau), on les place « à la clef », « en armure » (cf. ''[[Bases de solfège/Représentation musicale#Armure ou armature|infra]]'') c'est-à-dire en début de ligne.
Si l'on classe les gammes par nombre de dièses croissants, on a :
* 0 : ''do'' majeur ;
* 1 : ''sol'' majeur (''fa''♯) ;
* 2 : ''ré'' majeur (''fa''♯, ''do''♯) ;
* 3 : ''la'' majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯) ;
* 4 : ''mi'' majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯, ''ré''♯) ;
* 5 : ''si'' majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯, ''ré''♯, ''la''♯) ;
* 6 : ''fa''♯ majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯, ''ré''♯, ''la''♯, ''mi''♯) ;
* 7 : ''do''♯ majeur (''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯, ''ré''♯, ''la''♯, ''mi''♯, ''si''♯) ;
Si l'on classe les gammes par nombre de bémols croissants, on a :
* 0 : ''do'' majeur ;
* 1 : ''fa'' majeur (''si''♭) ;
* 2 : ''si''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭) ;
* 3 : ''mi''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭) ;
* 4 : ''la''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭, ''ré''♭) ;
* 5 : ''ré''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭, ''ré''♭, ''sol'' ♭) ;
* 6 : ''sol''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭, ''ré''♭, ''sol''♭, ''do''♭) ;
* 7 : ''do''♭ majeur (''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭, ''ré''♭, ''sol''♭, ''do''♭, ''fa''♭).
On remarque que l'on a un ordre déterminé :
* ordre des dièses : ''fa'', ''do'', ''sol'', ''ré'', ''la'', ''mi'', ''si'' ;
* ordre des bémols : ''si'', ''mi'', ''la'', ''ré'', ''sol'', ''do'', ''fa'' ;
l'ordre des dièses et des bémols sont inversés, la progressions se fait par quinte pour les dièses, par quarte pour les bémols.
L'ordre des dièses et l'ordre des bémols sont à connaître par cœur.
Il y a deux gammes à connaître par cœur :
* ''do'' majeur : n'a aucune altération ;
* ''fa'' majeur : a un ''si''♭ à la clef.
Pour trouver le nom des autres gammes majeures à partir de l'armure :
* pour une armure de dièses, on se place un demi-ton au-dessus du dernier dièse ;
*: par exemple si l'on a trois dièse, ce sont ''fa''♯, ''do''♯ et ''sol''♯ ; ''sol''♯ + ½t = ''la'', c'est la gamme de ''la'' majeur ;
* pour une armure de bémols, on prend l'avant-dernier bémol (sauf s'il n'y a qu'un seul bémol, dans ce cas c'est la gamme de ''fa'' majeur) ;
*: par exemple si l'on a trois bémols, il s'agit de ''si''♭, ''mi''♭ et ''la''♭, c'est donc la gamme de ''mi''♭ majeur.
=== Gammes relatives ===
On peut refaire le travail ci-dessus pour les gammes mineures. En effet, si l'on parle des gammes mineures naturelles (sans la sensible) :
* une gamme mineure est simplement une gamme majeure jouée en commençant par le {{Times New Roman|VI}}<sup>e</sup> degré ;
* une gamme majeure est une gamme mineure jouée en commençant par le {{Times New Roman|III}}<sup>e</sup> degré.
Elles utilisent les mêmes notes, avec les mêmes altérations (donc la même armure). Les gammes majeures et mineures qui utilisent les mêmes notes sont dites « relatives » :
* « ''la'' mineur » est la gamme relative mineure de « ''do'' majeur » ;
* « ''do'' majeur » est la gamme relative majeure de « ''la'' mineur ».
Le fait d'altérer le {{Times New Roman|VII}}<sup>e</sup> degré de la gamme mineure pour former une sensible ne change rien à ce caractère relatif ; cette modification n'est pas intégrée à l'armure (bien qu'étant quasiment permanente), mais écrite à chaque fois au cours du morceau, en tant qu'« accident » (événement « exceptionnel »).
; Exemple :
: ''fa'' majeur (''si''♭ à l'armure) → ''ré'' mineur (''si''♭ à l'armure, avec un ''do''♯ accidentel). On dit que la relative mineure de ''fa'' majeur est ''ré'', que la relative majeure de ''ré'' mineur est ''fa''.
{| class="wikitable"
|+ Comparaison des gammes de ''fa'' majeur et de ''ré'' mineur harmonique
|-
! ''Fa'' majeur
| <span style="color:darkgrey">''ré''</span> || <span style="color:darkgrey">''mi''</span> || ''fa'' || ''sol'' || ''la'' || ''si''♭ || ''do'' || ''ré'' || ''mi''
|-
! ''Ré'' mineur
| ''ré'' || ''mi'' || ''fa'' || ''sol'' || ''la'' || ''si''♭ || ''do''♯ || <span style="color:darkgrey">''ré''</span> || <span style="color:darkgrey">''mi''</span>
|}
Il est fréquent qu'un morceau commence dans une gamme, puis passe momentanément dans la gamme relative. Par exemple, un morceau en do majeur peut avoir un passage en la mineur, et ''vice versa''. On appelle ceci la modulation.
Le tableau suivant récapitule les gammes relatives, classées par nombre d'altérations à l'armure.
{| class="wikitable"
|+ Gammes relatives
|-
! colspan="9" | Armures diésées
|-
! Nombre de ♯
| 0 || 1 || 2 || 3 || 4 || 5 || 6 || 7
|-
! Gamme majeure
| ''do'' || ''sol'' || ''ré'' || ''la'' || ''mi'' || ''si'' || ''fa''♯ || ''do''♯
|-
! Gamme mineure
| ''la'' || ''mi'' || ''si'' || ''fa''♯ || ''do''♯ || ''sol''♯ || ''ré''♯ || ''la''♯
|-
! colspan="9" | Armures bémolées
|-
! Nombre de ♭
| 0 || 1 || 2 || 3 || 4 || 5 || 6 || 7
|-
! Gamme majeure
| ''do'' || ''fa'' || ''si''♭ || ''mi''♭ || ''la''♭ || ''ré''♭ || ''sol''♭ || ''do''♭
|-
! Gamme mineure
| ''la'' || ''ré'' || ''sol'' || ''do'' || ''fa'' || ''si''♭ || ''mi''♭ || ''la''♭
|}
''Sol'' mineur est donc la relative de ''si''♭ majeur.
La règle générale est simple :
: les toniques des gammes relatives sont séparées d'une tierce mineure.
Ainsi, le nom de la gamme mineure est une tierce mineure en dessous de la gamme majeure ; et la gamme majeure est une tierce mineure au-dessus de la gamme mineure.
=== Les accords d'une gamme ===
Les accords sont étudiés dans le chapitre sur l'[[../Harmonie|harmonie]], mais nous en touchons un mot ici.
Un accord, c'est lorsque l'on joue plusieurs notes en même temps — en général trois ou quatre notes.
Pour que l'accord soit agréable à entendre, les notes sont séparées par une tierce, majeure ou mineure — il s'agit d'intervalle harmonique puisque les notes sont jouées simultanément. Ainsi, dans la tonalité de ''do'' majeur, on peut avoir l'accord constitué des notes ''do'' - ''mi'' - ''sol'', appelé « accord parfait ». On a bien une tierce entre ''do'' et ''mi'', et une tierce entre ''mi'' et ''sol''. La note ''do'' est appelée « fondamentale » de l'accord. Comme la fondamentale de cet accord est le degré {{Times New Roman|I}} (tonique) et que l'intervalle le plus grand est la quinte, la notation abrégée de l'intervalle est « {{Times New Roman|I}}<sup>5</sup> ». En jazz, on le note « C ».
Pour une gamme de ''fa'' mineur, l'accord de tonique, toujours noté « {{Times New Roman|I}}<sup>5</sup> », sera ''fa'' - ''la''♭ - ''do''. En jazz, il est noté « Fm » ou « F– » (le « m » ou le signe moins indiquant que la première tierce est mineure).
On peut construire des accords sur tous les degrés de la gamme. Un autre accord très courant est l'accord construit sur la dominante, noté « {{Times New Roman|V}}<sup>5</sup> ». En ''do'' majeur, il s'agit de l'accord ''sol'' - ''si'' - ''ré'', noté « G » en jazz ; en ''fa'' mineur, il s'agit de l'accord ''do'' - ''mi''♮ - ''sol'', noté « C » en jazz (cet accord est donc commun avec la tonalité de ''do'' majeur).
Sur ce degré {{Times New Roman|V}}, on utilise souvent un accord de quatre notes, c'est l'accord dit de septième de dominante, noté « {{Times New Roman|V}}<sup>7</sup><sub>+</sub> ». En ''do'' majeur, c'est l'accord ''sol'' - ''si'' - ''ré'' - ''fa'', noté G<sup>7</sup> en jazz ; en ''fa'' mineur, c'est l'accord ''do'' - ''mi''♮ - ''sol'' - ''si''♭, noté C<sup>7</sup> en jazz.
== Pour aller plus loin ==
=== Altérations ===
On peut monter une note de deux demi-tons (donc d'un ton complet) avec un double-dièse, noté « ♯♯ » ou bien « 𝄪 ».
On peut descendre une note de deux demi-tons (donc d'un ton complet) avec un double-bémol noté « 𝄫 ».
=== Intervalles ===
==== Qualification des intervalles ====
Si l'on part d'un ''do'' et que l'on arrive sur une note non-altérée, l'intervalle est dit « majeur », sauf pour la quarte, la quinte et l'octave qui sont dites « justes ».
* ''do''-''ré'' : seconde majeure ;
* ''do''-''mi'' : tierce majeure ;
* ''do''-''fa'' : quarte juste ;
* ''do''-''sol'' : quinte juste ;
* ''do''-''la'' : sixte majeure ;
* ''do''-''si'' : septième majeure ;
* ''do''-''do'' aigu : octave juste.
Si l'on diminue d'un demi-ton chromatique un intervalle majeur, on obtient un intervalle « mineur ». Si on diminue de deux demi-tons chromatiques un intervalle majeur, on obtient un intervalle « diminué ». Si l'on diminue d'un demi-ton chromatique un intervalle juste, on obtient un intervalle « diminué ».
Si l'on augmente d'un demi-ton chromatique un intervalle majeur ou juste, on obtient un intervalle « augmenté ».
Par exemple pour des intervalles ascendants :
* tierce diminuée : ''do''-''mi'' 𝄫 ;
* tierce mineure : ''do''-''mi'' ♭ ;
* tierce majeure : ''do''–''mi'' ;
* tierce augmentée : ''do''—''mi'' ♯ ;
et
* quinte diminuée : ''do''-''sol'' ♭ ;
* quinte juste : ''do''–''sol'' ;
* quinte augmentée : ''do''—''sol'' ♯.
Un accord est caractérisé par le nombre de tons et demi-tons qu'il contient.
{| class="wikitable"
|+ Valeur des intervalles en tons (gamme tempérée)
|-
! valign="top" rowspan="2" | Intervalle
! valign="top" rowspan="2" | Diminué
! colspan="2" | Juste
! valign="top" rowspan="2" | Augmenté
|- align="center"
! Mineur !! Majeur
|- align="center"
| seconde (2<sup>nde</sup>) || 0 || ½ || 1 || 1 ½
|- align="center"
| tierce (3<sup>ce</sup>) || 1 || 1 ½ || 2 || 2 ½
|- align="center"
| quarte (4<sup>te</sup>) || 2 || colspan="2" | 2 ½ || 3
|- align="center"
| quinte (5<sup>te</sup>) || 3 || colspan="2" | 3 ½ || 4
|- align="center"
| sixte (6<sup>te</sup>) || 3½ || 4 || 4 ½ || 5
|- align="center"
| septième (7<sup>e</sup>) || 4 ½ || 5 || 5 ½ || 6
|- align="center"
| octave (8<sup>ve</sup>) || 5 ½ || colspan="2" | 6 || 6 ½
|}
On transpose ensuite ces valeurs à n'importe quelle note. Par exemple :
: ''fa'' ♯-''la'' : c'est une tierce (''fa''-''sol''-''la'', trois notes) de un ton et demi, soit une tierce mineure.
On remarque que quasiment tous les intervalles ont des enharmoniques : la seconde majeure est enharmonique de la tierce diminuée, la seconde augmentée est enharmonique de la tierce mineure… La différence est la même que pour les noms de note enharmoniques : ''do'' - ''ré''♯ est une seconde (puisque les noms de note sont conjoints), et elle est augmentée ; ''do'' - ''mi''♭ est une tierce (puisque la succession conjointe est ''do''-''ré''-''mi'', trois notes), et cette tierce est mineure.
Lorsque les notes sont jouées l'une après l'autre, on parle d'intervalle « mélodique » ; lorsqu'elles sont jouées simultanément, on parle d'intervalle « harmonique ».
==== Renversement d'un intervalle ====
Renverser un intervalle, c'est permuter les notes. Par exemple, le renversement de l'intervalle ''fa''-''la'' ascendant (tierce majeure ascendante) est l'intervalle ''la''-''fa'' ascendant (sixte mineure ascendante), donc le renversement de la tierce majeure est la sixte mineure, et vice-versa. On remarque que c'est aussi ce qui se passe lorsque l'on passe d'un intervalle ascendant à descendant : la tierce majeure ascendante ''fa''-''la'' devient la sixte mineure descendante ''fa''-''la''.
On remarque également que l'empilement d'un intervalle et de son renversement est une octave juste : ''fa''-''la'' et ''la''-''fa'' forme l'octave juste ''fa''-''fa''. Un intervalle et son renversement sont donc les complémentaires de l'octave juste.
Ainsi :
* le renversement d'un intervalle juste est également juste : 4<sup>te</sup> juste ↔ 5<sup>te</sup> juste, 8<sup>ve</sup> juste ↔ 8<sup>ve</sup> juste ;
* le renversement d'un intervalle majeur est un intervalle mineur, et vice versa, par exemple : 3<sup>ce</sup> majeure ↔ 6<sup>te</sup> mineure ;
* le renversement d'un intervalle augmenté est diminué et vice-versa, par exemple : 4<sup>te</sup> augmentée ↔ 5<sup>te</sup> diminuée, 3<sup>ce</sup> diminuée ↔ 6<sup>te</sup> aumentée.
On peut voir ça de la manière suivante : l'octave juste fait six tons. Un intervalle et son renversement coupent l'octave en deux parties, il se « partagent la gâteau » ; si l'on augmente une partie, on diminue l'autre, si un intervalle a une « grosse part », l'autre a une « petite part ».
==== Quelques intervalles importants ====
Les intervalles sont utilisés pour les accords. Les accords de base utilisent trois intervalles ascendants : la tierce (3<sup>ce</sup>), la quinte (5<sup>te</sup>) et la septième (7<sup>e</sup>), il est donc intéressant de savoir qualifier rapidement ces intervalles.
La tierce majeure fait deux tons, la tierce mineur fait un ton et demi, ce que nous abrégeons de la manière suivante :
* 3M : 2t ;
* 3m : 1t½.
[[File:Reconnaitre quintes justes.svg|vignette|Manière simple de reconnaître les quintes justes.]]
Les notes de la quinte juste ont la même altération ''sauf'' si l'on a un ''si'' : la quinte juste ascendante de ''si'' est ''fa'' ♯ :
* 5J : même alt.
* sauf ''si''-''fa'' ♯.
Ainsi, ''ré''-''la'', ''ré'' ♯-''la'' ♯ et ''ré'' ♭-''la'' ♭ sont des quintes justes ; ''si''-''fa'' ♯, ''si'' ♭-''fa'' ♮ et ''si'' ♯-''fa'' 𝄪 sont des quintes justes. Cela se voit bien sur un clavier de piano : les demi tons naturels se voient parce qu'il y a deux touches blanches côte à côte (sans touche noire entre les deux) et pour toutes les quintes, il n'y a qu'une seule paire de touches blanches adjacentes ''sauf'' si l'on part d'un ''si'', dans ce cas-là on a deux paires de touches blanches adjacentes, ce qui « oblige » à ajouter un demi-ton.
Pour la septième ascendante, il est plus simple de considérer son renversement, la seconde descendante. Pour une septième majeure, on prend l'octave et on descend d'un demi ton, pour une septième mineure, on descend d'un ton :
* 7M : 8<sup>ve</sup> – ½t ;
* 7m : 8<sup>ve</sup> – 1t.
Un autre intervalle important est l'intervalle dit de « triton », car il est composé de trois tons. Il s'agit de la quarte augmentée (comme ''fa''-''si'') ou de la quinte diminuée (''si''-''fa''). Comme l'octave juste fait six tons, il coupe l'octave en deux parties égales, il est donc, à l'enharmonie près, son propre renversement : 4<sup>ce</sup> augmentée ↔ 5<sup>te</sup> diminuée. Cet intervalle était proscrit à la fin Moyen Âge (alors qu'il était utilisé au début et qu'il réapparaît à l'époque Baroque), on l'appelait « le diable dans la musique » ''({{lang|la|diabolus in musica}})''. En jazz, il est utilisé pour substituer des accords : on peut remplacer un accord de septième de dominante par l'accord situé trois tons au-dessus ou en dessous.
=== Le cercle des quintes justes ===
[[Fichier:Cercle des quintes gammes do majeur hepta et penta.svg|vignette|upright=1.3|Gammes de ''do'' majeur diatonique et pentatonique sur le cercle des quintes.]]
[[Fichier:Cercle des quintes ordre alterations.svg|vignette|upright=1.3|Ordre des dièses et des bémols des tonalités sur le cercle des quintes.]]
Le cercle des quintes justes est un moyen de comprendre la construction des gammes, et un moyen mnémotechnique qui nous sera utile ci-après.
L'intervalle de quinte juste est un intervalle agréable à l'oreille. Il a servi à construire la musique sur plusieurs continents (Europe, Asie, Afrique).
Partons de la note ''do''. Si l'on descend d'une quinte juste, nous obtenons la note ''fa''. Si nous partons du ''do'' et que nous montons en quintes justes successives, nous obtenons les notes : ''sol'', ''ré'', ''la'', ''mi'', ''si''. Nous avons ainsi sept notes, les sept notes de la gamme de ''do'' majeur mais « dans le désordre ».
Si maintenant nous prenons les cinq premières notes en partant du ''do'', nous obtenons, en les remettant dans l'ordre : ''do'', ''ré'', ''mi'', ''sol'' et ''la''. Cela forme la gamme dite « pentatonique de ''do'' majeur ». Cette gamme se retrouve en Chine et en Afrique ; les esclave vendus aux États-Unis l'amenèrent avec eux et cette gamme est importante dans le blues et le jazz.
Continuons à monter les quintes justes après le ''si''. Il faut alors avoir recours à des altérations : ''fa'' ♯, ''do'' ♯, ''sol'' ♯, ''ré'' ♯, ''la'' ♯, ''mi'' ♯ et ''si'' ♯. Les dernières notes, ''mi'' ♯ et ''si'' ♯, sont enharmoniques de ''fa'' et ''do'', nous retombons donc sur el début de la liste. Nous pouvons donc mettre toutes ces notes sur un cercle.
La succession des notes diésées sera utilisée ci-après pour les différentes gammes (notion d'armure ou armature). C'est « l'ordre des dièse » qu'il convient de connaître par cœur.
Si nous considérons les enharmoniques bémolées (''mi'' → ''fa'' ♭, ''si'' → ''do'' ♭, ''fa'' ♯ → ''sol'' ♭, ''do'' ♯ → ''ré'' ♭…) et que nous inversons l'ordre, nous obtenons la succession : ''si'' ♭, ''mi'' ♭, ''la'' ♭, ''ré'' ♭, ''sol'' ♭, ''do'' ♭, ''fa'' ♭. C'est « l'ordre des bémols » qu'il faut également connaître.
=== Gammes, modes et tonalités ===
==== Les gammes et les modes ====
Reprenons donc notre gamme de ''do'' majeur, avec ses demi-tons situés entre les notes ''mi''-''fa'' et ''si''-''do''.
{{Son|Différence entre un demi-ton et un ton|Intervalles demi ton et ton.mid}}
{|
|+ Gamme de ''do'' majeur
|-
| || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton
|- align="center"
| ''do'' || — || ''ré'' || — || ''mi'' || - || ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || — || ''si'' || - || ''do''
|}
: [[Image:C major scale.png]]
{{son|Gamme constituée des notes « naturelles »|Gamme do majeur.mid}}
Cette gamme est une gamme dite « diatonique ». Elle a pour origine la Grèce antique.
Lorsque l'on joue les sept notes, on peut commencer par celle que l'on veut :
* ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' -
* ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' - ''do'' –
* ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' –
* …
on a donc sept manières de jouer cette gamme, sept « modes ». On peut numéroter les notes de la gamme de {{Times New Roman|I}} à {{Times New Roman|VII}} (un à sept en chiffres romains), du plus grave au plus aigu ; on parle alors de degré. Changer de mode consiste donc à choisir arbitrairement le {{Times New Roman|I}}<sup>er</sup> degré parmi les sept notes.
Changer de mode revient à changer l'emplacement des demi-tons. Par exemple, dans le mode de ''ré'', on a :
{|
|+ Mode de ''ré''
|-
| || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton
|- align="center"
| ''ré'' || — || ''mi'' || - || ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || — || ''si'' || - || ''do'' || — || ''ré''
|}
{{son|''Au clair de la Lune'' en mode de do|Au clair de la lune mode do.mid}}
Considérons l'air de ''Au clair de la Lune'' :
: ''do'' - ''do'' - ''do'' - ''ré'' - ''mi'' - ''ré'' - ''do'' - ''mi'' - ''ré'' - ''ré'' - ''do''.
Si l'on exprime les notes par leur degré dans le mode de do, on obtient la succession suivante :
: {{Times New Roman|I - I - I - II - III - II - I - III - II - II - I}}.
{{son|''Au clair de la Lune'' en mode de ré|Au clair de la lune mode re.mid}}
Si maintenant on part de la note ''ré'' par exemple, et que l'on suit la même succession, on a :
: ''ré'' - ''ré'' - ''ré'' - ''mi'' - ''fa'' - ''mi'' - ''ré'' - ''fa'' - ''mi'' - ''mi'' - ''ré''.
On voit que ce nouvel air sonne différemment : alors que l'air interprété en ''do'' ne contient que des tons, l'air en ''ré'' contient des demi-tons.
On peut ainsi créer sept morceaux différents, en partant de chacune des sept notes, et chaque morceau aura une sonorité différente tout en ressemblant aux autres.
On dispose ainsi de sept « modes » : le mode de ''do'', le mode de ''ré'', le mode de ''mi''… le mode de ''si''. On utilise parfois des noms grecs pour qualifier ces modes (mode dorien, mode mixolydien…) mais à tort : la notion de mode était fort différente dans la Grèce antique (elle correspondait aux accordages de la lyre), et cette correspondance entre les modes diatoniques et les noms grecs s'est faite tardivement à partir de sources incertaines (voir l'[[w:Mode (musique)#Confusion fréquente autour de l'appellation des modes|article ''Mode (musique)'']] de Wikipédia et sa [[w:Discuter:Mode (musique)#noms grecs|page de discussion]]).
==== Notes tonales, notes modales ====
Dans une gamme, on a des notes dites tonales et des notes dites modales :
* les notes de degré {{Times New Roman|I}}, {{Times New Roman|IV}} et {{Times New Roman|V}} sont les notes tonales ;
* les notes de degré {{Times New Roman|III}} et {{Times New Roman|VI}} sont les notes modales.
Si l'on considère les quatre modes habituels pour la tonalité de ''ré'' (cf. [[#jalon1|ci-dessus]]), on a :
{| class="wikitable"
|+ Notes tonales et modales pour les gammes de ''ré''
|-
! Mode !! Notes tonales !! Notes modales
|-
! Majeur
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa''♯, ''si''
|-
! Mineur naturel/<br />mélodique descendant
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''♭
|-
! Mineur harmonique
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''♭
|-
! Mineur mélodique<br /> ascendant
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''
|}
On voit que les notes tonales sont les mêmes pour les gammes du même ton, et que les notes modales sont caractéristiques du mode :
* dans le mode majeur, les intervalles tonique ({{Times New Roman|I}})-médiante ({{Times New Roman|III}}) et tonique ({{Times New Roman|I}})-sus-dominante ({{Times New Roman|IV}}) sont majeurs ;
* dans les modes mineurs, ces intervalles sont mineurs.
Par ailleurs, concernant les notes tonales :
* ces notes sont la tonique ({{Times New Roman|I}}), sa quinte inférieure ({{Times New Roman|IV}}) et sa quinte supérieure ({{Times New Roman|I}}) ;
* et les premières harmoniques de ces notes, qui forment les accords parfaits, permettent de générer toutes les notes d'une gamme majeure (voir le chapitre sur l'[[../Harmonie|harmonie]]) ;
* elles sont caractéristiques de la tonalité.
Si l'on considère maintenant les sept modes de base pour la gamme de ''ré'', on a :
{| class="wikitable"
|+ Notes tonales et modales pour les gammes de ''ré''
|-
! Mode !! Notes tonales !! Notes modales
|-
! ''Do''<br />(majeur)
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa''♯, ''si''
|-
! ''Ré''
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''
|-
! ''Mi''
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''♭
|-
! ''Fa''
| ''ré'', ''sol''♯, ''la''
| ''fa''♯, ''si''
|-
! ''Sol''
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa''♯, ''si''
|-
! ''La''<br />(mineur naturel)
| ''ré'', ''sol'', ''la''
| ''fa'', ''si''♭
|-
! ''Si''
| ''ré'', ''sol'', ''la''♭
| ''fa'', ''si''♭
|}
On voit que le concept de note modale ne permet pas de caractériser un mode ; par exemple, les gammes de ''ré'' mode de ''do'' et ''ré'' mode de ''sol'' partagent les mêmes notes tonales et modales ; de même pour les modes de ''mi'' et de ''la''. De fait, les concepts de note tonale et modale ne sont utiles que pour la musique tonale, pas pour la musique modale.
==== Transposition d'un mode ====
[[File:Echelle notes masque mode-majeur.svg|thumb|Le mode majeur présenté comme un masque s'appliquant à l'échelle des notes.]]
Le mode, caractérisé par la succession des tons et demi-tons, donne la « couleur », l'ambiance d'un morceau. Si on décide de jouer le morceau de manière plus aiguë ou plus grave mais que l'on garde le même mode, on obtiendra exactement le même morceau avec la même ambiance. Cette opération s'appelle la transposition.
Pour transposer, il faut disposer de notes supplémentaires afin de pouvoir placer les tons et demi-tons où l'on veut : les notes « naturelles » ne suffisent pas. Cela nécessite l'utilisation des dièses (♯) et des bémols (♭) vus plus haut.
Ainsi, on peut transposer le mode de ''do'' en commençant à la note ''ré'' :
{|
|+ Mode de ''do'' en commençant par un ''ré''<br />(gamme de ''ré'' mode de ''do'')
|-
| || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton
|- align="center"
| ''ré'' || — || ''mi'' || — || ''fa''♯ || - || ''sol'' || — || ''la'' || — || ''si'' || — || ''do''♯ || - || ''ré''
|}
et à l'inverse, on peut jouer le mode de ré en commençant par un do :
{|
|+ Mode de ''ré'' en commençant par un ''do''<br />(gamme de ''do'' mode de ''ré'')
|-
| || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton || || 1 ton || || 1 ton || || ½ ton || || 1 ton
|- align="center"
| ''do'' || — || ''ré'' || - || ''mi''♭ || — || ''fa'' || — || ''sol'' || — || ''la'' || - || ''si''♭ || — || ''do''
|}
Si l'on considère les sept modes de base transposés en ''ré'', on a :
{| class="wikitable"
|+ Différents modes sur un ''ré''
|-
! scope=col | Mode
! scope=col | Gamme
|-
! scope=row | ''Do''
| ''ré'' – ''mi'' – ''fa''♯ - ''sol'' – ''la'' – ''si'' – ''do''♯ -
|-
! scope=row | ''Ré''
| ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' - ''do'' –
|-
! scope=row | ''Mi''
| ''ré'' - ''mi''♭ – ''fa'' – ''sol'' – ''la'' - ''si''♭ – ''do'' –
|-
! scope=row | ''Fa''
| ''ré'' – ''mi'' – ''fa''♯ – ''sol''♯ - ''la'' – ''si'' – ''do''♯ -
|-
! scope=row | ''Sol''
| ''ré'' – ''mi'' – ''fa''♯ - ''sol'' – ''la'' – ''si'' - ''do'' –
|-
! scope=row | ''La''
| ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' - ''si''♭ – ''do'' –
|-
! scope=row | ''Si''
| ''ré'' - ''mi''♭ – ''fa'' – ''sol'' - ''la''♭ – ''si''♭ – ''do'' –
|}
==== Les différentes gammes, ou modes, de la musique classique ====
{{son|Gamme de ''do'' majeur|Gamme do majeur.mid}}
{{son|Gamme de ''la'' mineur naturel|Gamme la mineur naturel.mid}}
{{son|Gamme de ''la'' mineur harmonique|Gamme la mineur harmonique.mid}}
{{son|Gamme de ''la'' mineur mélodique ascendante|Gamme la mineur melodique ascendante.mid}}
La musique européenne dite « tonale » a majoritairement retenu deux modes :
* le mode de ''do'', dit « mode majeur », construit sur la succession<br />''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' – ''la'' – ''si'' -,
* et le mode de ''la'', dit « mode mineur naturel » (ou parfois « antique » mais à tort, cf. la remarque ci-dessus sur les modes dans l'Antiquité), ou encore « mode mineur mélodique descendant », construit sur la succession <br />''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' – ''sol'' –.
Le mode mineur a été modifié afin d'introduire un demi-ton entre la septième et la huitième note (la septième note est alors appelée la « sensible ») : cela « sonnait mieux ». Le « mode mineur harmonique » est donc la succession :
: ''la'' – ''si'' - ''do'' – ''ré'' – ''mi'' - ''fa'' — ''sol'' ♯ -
c'est le mode mineur le plus utilisé, celui que l'on considèrera par défaut. L'intervalle fa-sol♯ était considéré comme difficile à chanter ; on a donc créé un « mode mineur mélodique » dans lequel le ''fa'' est diésé à la montée ( mode mineur mélodique ascendant), mais sans altération accidentelle (donc pas de sensible) à la descente (mode mineur mélodique descendant)…
Si le mode mineur naturel, ou mode de ''la'', est construit sur le degré {{Times New Roman|VI}} d'une tonalité, alors on peut construire au total sept modes, chacun partant sur un degré :
* mode de ''do'' ou « mode majeur » : part sur le degré {{Times New Roman|I}} ;
* mode de ''ré'' : part sur le degré {{Times New Roman|II}} ;
* mode de ''mi'' : part sur le degré {{Times New Roman|III}} ;
* mode de ''fa'' : part sur le degré {{Times New Roman|IV}} ;
* mode de ''sol'' : part sur le degré {{Times New Roman|V}} ;
* mode de ''la'' ou « mode mineur » : part sur le degré {{Times New Roman|VI}} ;
* mode de ''si'' : part sur le degré {{Times New Roman|VII}}.
Ce sont les « modes diatoniques », car construit sur l'échelle diatonique.
Par exemple, le mode de ''ré'' est construit sur la progression d'intervalles de ''ré'' — ''mi'' - ''fa'' — ''sol'' — ''la'' — ''si'' - ''do'' — ''ré'' soit 1 t - ½ t - 1 t - 1 t - 1 t - ½ t - 1 t. La gamme de « ton de ''mi'', mode de ''ré'' » est donc la gamme ''mi'' — ''fa''♯ - ''sol'' — ''la'' — ''si'' — ''do''♯ - ''ré'' — ''mi'' (donc la gamme construite sur le degré {{Times New Roman|II}} de ''ré'' majeur).
Selon le mode, les demi-tons ne sont pas disposé au même endroit. Chaque mode a donc une « couleur » qui lui est propre. Par exemple, le mode de ''ré'' (dorien) est souvent utilisé pour évoquer le Moyen-Âge ; il est également utilisé dans le morceau ''{{lang|en|So What}}'' de Miles Davis.
En chant grégorien, les modes présentés ci-dessus sont appelés « authantes » (mode de ''do'' authente, mode de ''ré'' authente…) et il n'y a pas de mode de ''si''. Il existe des modes dérivés, appelés « plagaux » (mode de ''do'' plagal, mode de ''ré'' plagal…) : ils ont un ambitus (une étendue de notes) plus réduit, le chant s'étend moins vers l'aigu. La dominante (la corde de récitation), est à la tierce de la tonique (la finale).
En fait, dans le plain-chant au Moyen Âge, il y avait huit modes (octoéchos). On ne considérait que quatre toniques, appelées « finales », il y avait deux modes par finale (mode authente et mode plagal). Les quatre finales étaient le ''ré (protus)'', le ''mi (deuterus)'', ''fa (tritus)'' et ''sol (tetrardus)''. C'est le mode de ''ré'' authente qui est à l'origine du mode mineur en musique classique. Cela explique qu'à l'époque Baroque, l'armure des modes mineurs diffère de l'époque classique : en mode de ''ré'', la sus-dominante (degré VI) est à une sixte majeure de la tonique alors qu'en mode de ''la'', elle est à une sixte mineure. Typiquement, dans les tonalités bémolées (''ré'' mineur, ''sol'' mineur, ''fa'' mineur etc.), il manque le dernier bémol à l'armure, et cette altération apparaît en altération accidentelle (le morceau oscille entre mode de ''ré'' et mode de ''la'').
* {{lien web |url=https://www.centre-gregorien-saint-pie-x.fr/index.php/dossiers/modalite/139-modes-archaiques |titre=Histoire de la modalité (3) : les modes archaïques |site=Centre grégorien saint Pie X |date=2020-04-08 |consulté le=2024-02-10}}
* {{lien web |url=https://www.centre-gregorien-saint-pie-x.fr/index.php/dossiers/modalite/157-modalite4-ochtoechos |titre=Histoire de la modalité (4) : les 8 modes grégoriens ou ochtoechos |site=Centre grégorien saint Pie X |date=2021-02-22 |consulté le=2024-02-10}}
==== Modulation ====
La modulation consiste à changer de gamme de référence en cous de morceau. Une modulation de courte durée — typiquement sur une mesure — est appelée « un emprunt ».
En musique classique, les deux types de modulation les plus fréquents sont :
* la modulation dans les « tons voisins » : on module dans une des cinq gammes — majeures ou mineures — qui ont une altération de différence ;
*: par exemple, si un morceau commence en ''do'' majeur (aucune altération), les tons voisins sont ''fa'' majeur (un bémol) et ''sol'' majeur (un dièse), et les gammes relatives : ''ré'' mineur, ''la'' mineur et ''mi'' mineur ;
* la modulation homonyme : on module dans la gamme qui a la même tonique, mais de l'autre mode ;
*: par exemple, si un morceau commence en ''do'' majeur, on passe en ''do'' mineur (trois bémols).
La modulation commence souvent par la dominante (degré {{Times New Roman|V}}) de la nouvelle tonalité.
La succession des gammes du morceau est appelée « progression harmonique ».
En jazz, on a d'autres types de modulation. Par exemple, dans le morceau ''Solar'' de Miles Davis (album ''Mile Davis Quartet'', 1954), la progression harmonique est en mouvement conjoint descendant de toniques : succession ''fa'' majeur, ''mi''♭ majeur, ''ré''♭ majeur, ''do'' majeur (on descend d'un ton à chaque modulation, sauf sur la dernière modulation où on descend d'un demi-ton). Chaque mode est caractérisé par la succession d'accord sur les degrés {{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} - {{Times New Roman|I}} (« deux-cinq-un »), ou plus précisément {{Times New Roman|IIm<sup>7</sup>}} (accord mineur septième sur le degré 2) - {{Times New Roman|V<sup>7</sup>}} (accord de septième sur le degré 5, ou accord de septième de dominante) - {{Times New Roman|I<sup>Δ</sup>}} (accord majeur septième sur la tonique) soit :
* ''fa'' majeur : accords Gm<sup>7</sup> ({{Times New Roman|II}}) - C<sup>7</sup> ({{Times New Roman|V}}) - F<sup>Δ</sup> ({{Times New Roman|I}}) ;
* ''mi''♭ majeur : accords Fm<sup>7</sup> ({{Times New Roman|II}}) - B♭<sup>7</sup> ({{Times New Roman|V}}) - E♭<sup>Δ</sup> ({{Times New Roman|I}}) ;
* ''ré''♭ majeur : accords E♭m<sup>7</sup> ({{Times New Roman|II}}) - A♭<sup>7</sup> ({{Times New Roman|V}}) - D♭<sup>Δ</sup> ({{Times New Roman|I}}) ;
* ''do'' majeur : accord Dm<sup>7</sup> ({{Times New Roman|II}}) - G<sup>7</sup> ({{Times New Roman|V}}) - C<sup>Δ</sup> ({{Times New Roman|I}}).
On remarque que la modulation se fait par accords homonymes (à l'exception de la dernière) : passages F<sup>Δ</sup> - Fm<sup>7</sup>, puis E♭<sup>Δ</sup> - E♭m<sup>7</sup>, puis D♭<sup>Δ</sup> - Dm<sup>7</sup>. La construction du morceau est un peu plus complexe puisqu'il commence en fait en ''do'' majeur et se termine en ''do'' majeur, avec un effet de boucle ; la succession des accords est
{| class="wikitable"
|-
| Cm<sup>Δ</sup><br /> ({{Times New Roman|I}} de ''do'' M)||%||Gm<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} de ''fa'' M)||Gm<sup>7</sup> : C<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} de ''fa'' M)
|-
| F<sup>Δ</sup><br /> ({{Times New Roman|I}} de ''fa'' M)||%||Fm<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} de ''mi''♭ M)||B♭<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|V}} de ''mi''♭ M)
|-
| E♭<sup>Δ</sup><br /> ({{Times New Roman|I}} de ''mi''♭ M)||E♭m<sup>7</sup> : A♭<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} de ''ré''♭ M)||D♭<sup>Δ</sup><br /> ({{Times New Roman|I}} de ''ré''♭ M)||Dm<sup>7♭5</sup> : G<sup>7</sup><br /> ({{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} de ''do'' M)
|}
==== Modes et improvisation ====
On peut improviser de deux manières :
* instrument libre : un seul instrument joue, il est libre de choisir ce qu'il fait ;
* instrument accompagné : le musicien ou la musicienne improvise par-dessus un accompagnement.
Dans le cas d'une improvisation accompagnée, il faut prendre en compte l'harmonie avec l'accompagnement. Typiquement, l'improvisateur ou l'improvisatrice doit jouer dans une gamme qui comprend les notes jouées par l'accompagnement, les notes de l'accord — même s'il est possible, et même fréquent, de s'en éloigner, de jouer « hors de la tonalité » ''({{lang|en|out}})''. Mais même lorsque l'on fait une improvisation libre, il est souvent intéressant de choisir une tonalité ou une succession de tonalités ; par exemple, dans le cas d'une cadence (partie improvisée au sein d'un concerto), la cadence part d'une situation harmonique (ce que joue l'orchestre lorsque la cadence commence) et on arrive à une autre situation harmonique (ce que joue l'orchestre lorsque la cadence se termine), il est donc intéressant d'adopter des tonalités cohérentes avec l'orchestre en début et fin de cadence.
[[Fichier:Mode improvisation accords do.svg|vignette|Exemples de modes utilisables pour improviser sur des accords en jazz.]]
En jazz, l'accompagnement est matérialisé par la « grille d'accords », la succession des accords. Dans un certain nombre de cas, il est facile d'identifier la tonalité d'une partie, typiquement en repérant les successions {{Times New Roman|II}} - {{Times New Roman|V}} - {{Times New Roman|I}} évoquées ci-dessus. Mais dans certains cas, la modulation se fait à chaque mesure, il faut donc trouver une gamme compatible avec chaque accord. Pour cela, les musiciens de jazz utilisent fréquemment un mode par type d'accord :
* pour les accords de septième majeure, ils utilisent le mode majeur (ou mode de ''do''), appelé en jazz « mode ionien » ; par exemple, sur un accord de C<sup>Δ</sup>, on peut improviser avec la gamme de ''do'' majeur (''do'' ionien) ;
* pour les accords de septième de dominante, ils utilisent le mode de ''sol'', appelé en jazz « mode mixolydien » ; par exemple, sur un accord de C<sup>7</sup> (septième de dominante de la gamme de ''fa'' majeur), on peut improviser avec la gamme de ''do'' mode de ''sol'' (''do'' mixolydien) ;
* pour les accords de mineure septième, ils utilisent la tonalité dont l'accord est sur le degré {{Times New Roman|II}}, c'est donc un mode de ''ré'' ou « mode dorien » ; par exemple, sur un accord de Cm<sup>7</sup> (sus-tonique de la gamme de ''si''♭ majeur), on peut improviser avec la gamme de ''do'' mode de ''ré'' (''do'' dorien).
Il existe d'autres solutions. Par exemple, un accord de septième majeure peut aussi être sur le quatrième degré d'une tonalité, on peut donc utiliser un mode de ''fa'' ou « mode lydien ». Ainsi, un accord C<sup>Δ</sup> peut être considéré comme un accord sur la sous-dominante de la tonalité de ''sol'' majeur, on peut donc improviser sur une gamme de ''do'' mode de ''fa'' (''do'' lydien).
En jazz, les altérations des degrés sont notées en référence à la gamme majeure homonyme ; un bémol indique alors que l'on abaisse d'un demi-ton la note, il peut donc s'agir d'un bémol si la note est naturelle ou d'un bécarre si la note est diésée. Ainsi, on note :
* le mode de ''do'' (ionien) : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 ;
* le mode de ''ré'' (dorien) : 1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - 6 - ♭7 ;
* le mode de ''sol'' (mixolydien) : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - ♭7.
Considérons par exemple le morceau ''{{lang|en|Cantaloupe island}}'' (Herbie Hancock, album ''{{lang|en|Empyrean Isles}}'', 1964). L'accompagnement est composé de la succession des accords suivants (chaque accord tenant quatre mesures) : F–<sup>7</sup> (''fa'' mineur septième), D♭<sup>7</sup> (''ré'' bémol septième de dominante), D–<sup>7</sup> (''ré'' mineur septième), F–<sup>7</sup>. Les accords n'appartiennent pas à la même tonalité, et même, deux accords successifs n'appartiennent pas à la même tonalité : l'accord F–<sup>7</sup> a un ''do'' bécarre alors que D♭<sup>7</sup> a un ''do'' bémol, D♭<sup>7</sup> a un ''ré'' bémol alors que D–<sup>7</sup> a un ''ré'' bécarre, D–<sup>7</sup> a un ''la'' bécarre alors que F–<sup>7</sup> a un ''la'' bémol. On a donc une modulation toutes les quatre mesures. Pour improviser, il faut donc identifier le mode de chaque partie, par exemple :
* utiliser le mode de ''ré'' (dorien) pour les accords mineur septième ;
* utiliser le mode de ''sol'' (mixolydien) pour les accords de septième de dominante ;
soit une progression harmonique : ''fa'' dorien, ''ré''♭ mixolydien, ''ré'' dorien, ''fa'' dorien.
Pour ce type de morceau, on parle de « composition modale ».
Pour être un peu plus clair : l'accord F–<sup>7</sup> est composé des notes ''fa'' , ''la''♭, ''do'', ''mi''♭. On peut donc utiliser les notes de la gamme de ''mi''♭ majeur pour improviser (cette gamme a trois bémols : ''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭). Cependant, dans cette tonalité, l'accord de ''fa'' est un accord sur le degré {{Times New Roman|II}} ; or, nous verrons en [[../Harmonie|harmonie]] que l'on ne reste pas sur un tel accord, il doit être suivi d'un autre accord (typiquement sur le degré {{Times New Roman|I}}, ''mi''♭, ou sur le degré {{Times New Roman|V}}, ''si''♭). L'accord de F–<sup>7</sup> n'est donc pas un accord sur le degré {{Times New Roman|II}} mais sur le degré {{Times New Roman|I}}, un accord de tonique. On a ainsi une gamme de ''fa'', mais utilisant les notes de la tonalité ''mi''♭ M ; soit la gamme de ''fa'' mode de ''ré''.
Ainsi, l'improvisation va s'appuyer sur la tonique et la dominante de cette gamme, soit les notes ''fa'' et ''do'', qui sont deux notes de l'accord F–<sup>7</sup> ; cela assure une cohérence.
On peut écouter les versions suivantes de ce morceau, avec des improvisations différentes :
* la version originale de l'album (1964) : {{lien web |url=https://www.youtube.com/watch?v=otFVFLtRF_s |titre=Cantaloupe Island (Remastered 1999/Rudy Van Gelder Edition) |site=Herbie Hancock/YouTube |date=2017-05-11 |consulté le=2024-01-05}} ;
* la version concert au Town Hall de New York (1985) : {{lien web |url=https://www.youtube.com/watch?v=wm9B4rW4ZiQ |titre=“Cantaloupe Island” (Live, 1985) |site=Herbie Hancock/YouTube |date=2017-06-17 |consulté le=2024-01-05}} ;
* la version de confinement par le hautboïste Jean-Luc « Oboman » Fillon (2020) : {{lien web |url=https://www.youtube.com/watch?v=atvya6UrJ3s |titre=Les melons de cavaillon by Oboman Brothers |site=Oboman/YouTube |date=2020-06-07 |consulté le=2024-01-05}}.
Pour le rapport entre les accords de septième et les tonalités, voir ''[[../Harmonie#Accords et improvisation|Harmonie > Accords et improvisation]]''.
=== Transposition ===
==== Présentation ====
Un morceau est écrit dans une tonalité donnée, c’est-à-dire que la quasi-totalité de ses notes sont celle d’une gamme donnée. Il peut parfois être nécessaire de jouer le morceau plus aigu ou plus grave ; par exemple, il y a une partie de chant, mais le chanteur n’arrive pas à chanter les notes les plus aiguës ou les plus graves.
Cette opération s’appelle la transposition. Il faut donc décaler toutes les notes vers le haut ou vers le bas du même interval. Un musicien aguerri peut faire cela à vue, simplement en remplaçant la clef de la portée par une autre clef (voir [[Bases de solfège/Représentation musicale#Clefs|ci-après]]). Mais il faut aussi déterminer la nouvelle tonalité, la nouvelle armure.
Par exemple, un hautboïste veut jouer la partie de cor anglais du ''Largo'' de la ''symphonie du Nouveau Monde'' de Dvořák. C’est une partie avec quatre bémols à la clef ; le cor anglais est un instrument transpositeur en ''fa'', le hautbois est en ''ut'' (voir ci-après).
Donc lorsque le cor anglais joue un ''do'', le hautbois doit jouer un ''fa'', soit une quinte juste en dessous, ou, si la tessiture ne le permet pas, une quarte juste au-dessus. Le hautboïste doit donc lire en clef d’''ut'' 2<sup>e</sup> ligne. Par ailleurs, alors que la partition est écrite en ''la''♭ majeur, le hautbois, lui, doit jouer en ''ré''♭ majeur (une quinte juste en dessous) soit avec cinq bémols. Par ailleurs, si la partie de cor anglais comporte un ''fa''♯ (altération accidentelle), alors le hautbois devra jouer un ''si''♮ (pour respecter le caractère juste de l'intervalle) ; si elle comporte un ''fa''♭ (an altération accidentelle), le hautbois devra jouer un ''si''𝄫, bref, les altérations accidentelles sur le ''fa'' du cor anglais devront être reportées sur le ''si'' du hautbois mais baissées d'un demi-ton. Les altérations accidentelles sur toutes les autres notes sont reportées elles quelles dans la transposition (un ''do''♯ du cor anglais devient un ''fa''♯ au hautbois, un ''mi''♮ du cor anglais devient un ''la''♮ au hautbois…).
Ci-dessous, nous représentons le début du thème écrit pour le cor anglais, transposé au hautbois en clef d’''ut'' 2 et en clef de ''sol''.
[[Fichier:Largo nouveau monde theme cor anglais et hautbois.svg |vignette |center |upright=2 |Thème du Largo de la symphonie du Nouveau Monde au cor anglais et transposé pour hautbois.]]
==== Instruments transpositeurs ====
Certains instruments à vents sont dits « transpositeurs » : les partitions ne sont pas écrites en notes réelles. C'est le cas du cor anglais vu ci-dessus.
La famille des hautbois moderne comprend trois instruments : le hautbois, le hautbois d'amour et le cor anglais. Le hautbois est en ''ut'', c'est-à-dire que les partitions sont écrites en notes réelles. Le hautbois d'amour et le cor anglais sont plus grand, ils jouent donc des notes plus grave — et ont une sonorité différente —, mais le clétage est similaire. Si un hautboïste appuie avec tous ses doigts sauf l'auriculaire gauche, il joue un ''do'' ; lorsqu'il joue du hautbois d'amour ou du cor anglais, on va donc, sur la partition, noter ''do'' la note qui correspond à ce même doigté pour faciliter le passage d'un instrument à l'autre ; mais la note entendue sera différente. On entendra un ''la'' avec le hautbois d'amour, et un ''fa'' avec le cor anglais. On dit donc que le hautbois d'amour est en ''la'' et que le cor anglais est en ''fa''.
Certains instruments sont toujours transpositeurs, c'est-à-dire qu'il n'existe pas d'instrument en ''ut'' dans leur famille : c'est le cas des clarinettes, des cors, des saxophones et des tubas. La trompette la plus courante est transpositrice, en ''si''♭, mais il existe une trompette en ''ut''.
Les instruments à corde et à percussion ne sont jamais transpositeurs.
Nous indiquons ci-dessous les principaux instruments transpositeurs, mais il en existe d'autres (par exemple des cors en ''si''♭, ''la'' ou ''mi''♭).
{| class="wikitable"
|+ Principaux instruments transpositeurs
|-
! scope="col" | Instrument
! scope="col" | Tonalité
|-
| Trompette, cornet à pistons, bugle || ''si''♭
|-
| Trompette || ''ut'' (plus rare)
|-
| Cor d'harmonie || ''fa''
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des hautbois
|-
| Hautbois d'amour || ''la''
|-
| Cor anglais || ''fa''
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des flûtes traversières
|-
| Piccolo || ''ré''♭
|-
| Flûte en ''sol'' || ''sol''
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des clarinettes
|-
| Clarinette || ''si''♭<br /> ''la'' (plus rare)
|-
| Cor de basset || ''fa''
|-
| Clarinette basse || ''si''♭
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des saxophones
|-
| Saxophone soprano || ''si''♭
|-
| saxophone alto || ''mi''♭
|-
| Saxophone ténor || ''si''♭
|-
| Saxophone baryton || ''mi''♭
|-
| colspan="2" align="center" | Famille des tubas
|-
| Tuba, ou basse || ''fa''
|-
| Euphonium (ténor) || ''si''♭
|}
Certains instruments ont des particularités :
* les partitions des flûtes à bec sont toujours écrites en notes réelles ; ce sont donc les doigtés qui changent de nom ; les flûtes soprano et basse sont en ''ut'', mais les flûtes sopranino et alto sont en ''fa'', et les flûtes baroques peuvent être en ''sol'', en ''ré''…
* à l'époque classique et romantique, on utilisait des « cors à ton » ou « cors naturels » (sans piston), avec des tonalités différentes du cor d'harmonie moderne (cor en ''ut'', ''ré'', ''mi'' ou ''fa'') ; les partitions symphoniques sont donc souvent écrites dans une tonalité différente du cor d’harmonie (en ''fa'') ; coquetterie supplémentaire, les parties sont écrites sans altération à la clef ;
* les partitions de trombone à coulisse sont écrites en notes réelles, mais cet instrument est considéré comme transpositeur, car la note obtenue lorsque la coulisse est complètement rentrée n'est pas un ''do'' mais un ''si''♭.
==== Principes de base ====
Dans le tableau ci-dessous, nous représentons les clefs de lecture pour la transposition. Par exemple, si un instrument en ''si''♭ veut jouer une partition écrite pour un instrument en ''mi''♭ (par exemple un saxophone ténor jouant une partie de saxophone alto), alors la partition, écrite en clef de ''sol'', doit être lue en clef d’''ut'' 2{{e}} ligne. Si la partition était écrite en clef de ''fa'', il faudrait la lire en clef d’''ut'' 1{{re}} ligne.
{| class="wikitable"
|+ Clef de lecture des principaux instruments transpositeur
|-
! rowspan="2" scope="col" | Écrit pour un<br />instrument en :
! colspan="5" scope="col" | Lu par un<br />instrument en :
|-
! scope="col" | ''ut''
! scope="col" | ''si''♭
! scope="col" | ''mi''♭
! scope="col" | ''fa''
|-
! scope="row" | ''ut''
| 𝄞/𝄢 || 𝄡3/𝄡2 || 𝄡1/𝄞 || 𝄢3/𝄡4
|-
! scope="row" | ''si''♭
| 𝄡4/𝄡3 || 𝄞/𝄢 || 𝄢3/𝄡4 || 𝄡3/𝄡2
|-
! scope="row" | ''mi''♭
| 𝄢/𝄢3 || 𝄡2/𝄡1 || 𝄞/𝄢 || 𝄡4/𝄡3
|-
! scope="row" | ''fa''
| 𝄡2/𝄡1 || 𝄢3/𝄡4 || 𝄡3/𝄡2 || 𝄞/𝄢
|}
Dans le tableau ci-dessous, nous représentons les tonalités de lecture pour la transposition pour un morceau écrit en ''do'' majeur (ou en ''la'' mineur). Par exemple, si un instrument en ''si''♭ veut jouer une partition écrite pour un instrument en ''mi''♭, il joue en ''fa'' majeur (ou ''ré'' mineur) ; de manière générale, quelle que soit la tonalité d’origine, il ajoute un bémol (ou retranche un dièse).
{| class="wikitable"
|+ Tonalité pour un morceau écrit en ''do'' majeur
|-
! rowspan="2" scope="col" | Écrit pour un<br />instrument en :
! colspan="5" scope="col" | Lu par un<br />instrument en :
|-
! scope="col" | ''ut''
! scope="col" | ''si''♭
! scope="col" | ''mi''♭
! scope="col" | ''fa''
|-
! scope="row" | ''ut''
| ''do'' M (0) || ''ré'' M (2♯) || ''la'' M (3♯) || ''sol'' M (1♯)
|-
! scope="row" | ''si''♭
| ''si''♭ M (2♭) || ''do'' M (0) || ''sol'' M (1♯) || ''fa'' M (1♭)
|-
! scope="row" | ''mi''♭
| ''mi''♭ M (3 ♭) || ''fa'' M (1♭) || ''do'' M (0) || ''si''♭ M (2♭)
|-
! scope="row" | ''fa''
| ''fa'' M (1♭) || ''sol'' M (1♯) || ''ré'' M (2♯) || ''do'' M (0)
|}
==== Transposition à vue ====
La transposition à vue, c’est-à-dire en lisant directement la partition, est facilitée par des techniques de simplification. Nous supposons ci-dessous que la partition est écrite en clef de ''sol''.
; Transposition une seconde majeure (1 t) en dessous
: Exemple : un instrument en ''ut'' joue une partition écrite pour un instrument transpositeur en ''si''♭, afin que l'on entende les sons réels.
:* Lecture en clef d’''ut'' 4{{e}} ligne ;
:* on ajoute deux bémols à la clef (ou on retire deux dièses) ;
:* les altérations ''accidentelles'' sont les mêmes, ''sauf'' si la note jouée est un ''mi'' ou un ''si'' ; dans ce cas-là, l'altération est baissée d’un demi-ton (𝄪 → ♯, ♯ → ♮, ♮ → ♭, ♭ → 𝄫)<br />par exemple, un ''fa''♯ accidentel sur la partition se transpose en un ''mi''♮.
; Transposition une seconde majeure (1 t) au-dessus
: Exemple : un instrument en ''si''♭ joue une partition écrite pour un instrument transpositeur en ''ut'', afin que l'on entende les sons réels.
:* Lecture en clef d’''ut'' 3{{e}} ligne ;
:* on ajoute deux dièses à la clef (ou on retire deux bémols) ;
:* les altérations ''accidentelles'' sont les mêmes, ''sauf'' si la note jouée est un ''do'' ou un ''fa'' ; dans ce cas-là, l'altération est montée d’un demi-ton (𝄫 → ♭, ♭ → ♮, ♮ → ♯, ♯ → 𝄪)<br />par exemple, un ''mi''♮ accidentel sur la partition se transpose en un ''fa''♯.
De manière générale, pour transposer à vue, il faut :
# Déterminer la clef de lecture.
# Déterminer la nouvelle armure.
# Déterminer comment vont être traitées les altérations accidentelles.
L'armure et la gestion des altérations accidentelles peuvent être déterminés par un « code de transposition » : c'est un nombre précédé d’un signe plus (pour des dièses) ou d’un signe moins (pour des bémols). Considérons une partition pour un instrument transpositeur que l’on veut lire en notes réelles :
# On considère la tonalité de l’instrument, par exemple ''mi'' ♭ pour un saxophone alto. La tonalité de ''mi''♭ majeur a trois bémols, le code de transposition est donc –3.
# On applique le code de transposition à la tonalité. Dans notre exemple, un code de –3 signifie qu’il faut ajouter trois bémols et/ou retrancher trois dièses pour avoir la nouvelle tonalité. Par exemple, un morceau en ''sol'' majeur (un dièse) sera lu en ''si''♭ majeur (–1 ♯, +2 ♭).
# On considère l’ordre des altérations accidentelles :
#* pour un code positif, +''n'', les altérations sont prises dans l’ordre des dièses ; les altérations sur les ''n'' notes de destination sont augmentées d’un demi-ton (𝄫 → ♭, ♭ → ♮, ♮ → ♯, ♯ → 𝄪) ;
#* pour un code négatif, –''n'', les altérations sont prises dans l’ordre des bémols ; les altérations sur les ''n'' notes de destination sont abaissées d’un demi-ton (𝄪 → ♯, ♯ → ♮, ♮ → ♭, ♭ → 𝄫) ; dans notre exemple, code –3, les altérations accidentelles sur ''si'', ''mi'' et ''la'' (notes de destination) sont abaissées d’un demi-ton (un ''do''♮ sur la partition sera lu comme un ''si''♭, un ''fa''♯ comme un ''mi''♮…) ;
#* les altérations accidentelles sur les autres notes sont laissées telles quelles.
{| class="wikitable"
|+ Lecture en notes réelles
|-
! span="col" | Tonalité de<br />l’instrument
! span="col" | Intervalle
! span="col" | Clef de<br />lecture
! span="col" | Code de<br />transposition
|-
! span="row" | Ut
| 0, 1<sup>on</sup> || 𝄞 → 𝄞<br />𝄢 → 𝄢 || 0
|-
! span="row" | Ré
| +1 t, 2<sup>de</sup> M<br />–5 t, 7<sup>e</sup> m || 𝄞 → 𝄡3<br />𝄢 → 𝄡2 || +2
|-
! span="row" | Mi♭
| +1 t ½, 3<sup>ce</sup> m<br />–4 t ½, 6<sup>te</sup> M|| 𝄞 → 𝄢<br />𝄢 → 𝄢3 || –3
|-
! span="row" | Fa
| +2 t ½, 4<sup>te</sup> J<br />–3 t ½, 5<sup>te</sup> J|| 𝄞 → 𝄡2<br />𝄢 → 𝄡1 || –1
|-
! span="row" | Sol
| +3 t ½, 5<sup>te</sup> J<br />–2 t ½, 4<sup>te</sup> J|| 𝄞 → 𝄢3<br />𝄢 → 𝄡4 || +1
|-
! span="row" | La
| +4 t ½, 6<sup>te</sup> M<br />–1 t ½, 3<sup>ce</sup> m|| 𝄞 → 𝄡1<br />𝄢 → 𝄞 || +3
|-
! span="row" | Si♭
| +5 t, 7<sup>e</sup> m<br />–1 t, 2<sup>de</sup> M|| 𝄞 → 𝄡4<br />𝄢 → 𝄡3 || –2
|}
=== Musique modale, musique tonale ===
==== Les invariants musicaux ====
Dans toutes les musiques, quelle que soit la culture : une phrase musicale est organisée autour d'un nombre réduit de notes. Si l'on excepte quelques courants de musique savante contemporaine, on identifie des « invariants musicaux », des règles véritablement universelles<ref>{{article |prénom1=Barbara |nom1=Tilmann |titre=La musique, un langage universel ? |périodique=Pour la science |numéro=273 |mois=novembre |année=2008 |pages=124-126 |présentation en ligne=https://boutique.groupepourlascience.fr/pour-la-science/n373/A0002187}}.</ref> :
* les notes sont organisées en gamme ;
* une gamme est un nombre réduit de notes, 5 à 7, qui forment une progression discrètes (elle n'est pas continue) ;
* ces notes se répètent d'octave en octave ;
* elles sont séparées par des intervalles inégaux ; de fait, la gamme a un début et une fin, certaines notes sont plus importantes que d'autres, et l'organisation des notes qui montent et descendent forment un contour mélodique.
L'organisation, la distribution des intervalles inégaux dans la gamme, forment une échelle que l'on appelle « mode ». De fait, à quelques exceptions près en musique contemporaine, toutes les musiques s'appuient sur des modes, ''toutes les musiques sont modales''.
Chaque mode a une « couleur », porte une ambiance qui lui est propre. C'est ainsi que certains modes « sonnent orientaux », sont « solennels », ou bien « éclatants »… En Europe, on a fini par isoler deux types de modes : le mode majeur et les modes mineurs — mineur naturel, mineur harmonique (le plus courant), mineur mélodique ascendant et descendant.
==== Différences entre musiques tonale et modale ====
La musique qui s'appuie sur les modes majeur et mineur est appelée « musique tonale ». La musique qui utilise d'autres modes est appelée « musique modale » ; mais finalement, la musique tonale n'est qu'une musque modale particulière.
{{citation bloc |1=En Occident, nous avons deux modes, majeur et mineur, alors qu'en Orient, ils en ont cinquante et en Inde, mille ! Mais à partir de ces deux couleurs, les musiciens vont faire des miracles […]. C'est l'art de la modulation. ''Moduler'', c'est transposer, c'est déplacer un petit motif dans un autre ton […].
Les modes et la manière d'accorder un instrument peuvent être complètement différents, par exemple entre l'Égypte et la Syrie, ce qui va empêcher le dialogue, l'agrégation d'un répertoire commun et la formation de grands ensembles.
En Occident, en revanche, l'écriture musicale va permettre d'élaborer des polyphonies de plus en plus riches […]. |2={{chapitre |prénom1=André |nom1=Manoukian |titre chapitre=La lumière est venue d'Afrique |titre ouvrage=Sur les routes de la musique |éditeur=Harper Collins, France Inter |année=2021 |isbn=979-1-0339-1201-9 |passage=164-165}} }}
Pour Étienne Guéreau<ref>{{lien web |url=https://www.pianojazzconcept.com/a-propos/ |titre=Étienne Guéreau |site=Piano Jazz Concept |consulté le=2024-05-02}}.</ref> :
* la musique tonale s'appuie sur un centre, l'accord de tonique ; le morceau évolue autour de cet accord pour y retourner par le biais de cadences, une cadence étant une alternance tension/repos ;
* la musique modale consiste à rester sur une couleur, sur un accord unique et l'échelle de notes qui lui est associée<ref>{{lien web |url=https://www.youtube.com/watch?v=edhnKpPIPjc |titre=Tonalité et modalité dans les génériques de dessins animés |auteur=Étienne Guéreau |site=Piano Jazz Concept sur YouTube |date=2023-08-11 |consulté le=2024-05-02}}.</ref>.
==== Des déclinaisons des invariants ====
[[Fichier:Echelle diatonique cyclique.svg|thumb|Tétracordes de la gamme de ''do'' majeur.]]
[[Fichier:Echelle diatonique cyclique tetracordes mineurs.svg|thumb|Tétracordes de la gamme de ''la'' mineur.]]
[[Fichier:939b2.jpg|vignette|Le phorminx, un des tétracordes de la Grèce antique.]]
La manière dont les règles sont appliquées dépend de la culture.
En Europe, sous l'influence de Pythagore, les intervalles se sont organisé à partir de l'intervalle de quinte, ce qui a donné au final l'échelle tempérée (ou à tempérament égal) de douze demi-tons. Les gammes comportent donc des intervalles d'un demi-ton, d'un ton ou d'un ton et demi.
Dans la Grèce antique, les gammes sont construites à partir de successions de quatre notes, les « tétracordes ». Les gammes majeures sont construites sur l'empilement de deux tétracordes identiques, avec une succession d'intervalles 1t - 1t - ½t ; par exemple, la gamme de ''do'' majeur est constituée des deux tétracordes :
* ''do'', ''ré'', ''mi'', ''fa''<br /> — et —
* ''sol'', ''la'', ''si'', ''do'',
chaque tétracorde couvrant une quarte juste, le deuxième tétracorde étant à la quinte du premier.
La gamme mineure naturelle, elle, est constituée de deux tétracordes identiques mais accolés, le ton « intertétracordal » étant entre la dernière note de la gamme et la première note de l'octave suivante. Le tétracorde couvre toujours une quarte juste, et est une succession d'intervalles de 1t - ½t - 1t, par exemple pour la gamme de ''la'' mineur naturelle :
* ''la'', ''si'', ''do'', ''ré''<br /> — et —
* ''ré'', ''mi'', ''fa'', ''sol''.
On suppose que la notion de tétracorde provient de l'accordage de lyres à quatre cordes, instruments également appelés « tétracordes » et dont il existait plusieurs modèles (phorminx, barbitos). Les lyres à sept ou huit cordes, notamment les cithares, étaient donc accordées en superposant deux tétracordes. Il existait trois types de tétracordes, qui permettait de construire plusieurs gammes. Au {{pc|xx}}{{e}} siècle, de nouvelles gammes ont été inventées en choisissant des tétracordes différents.
La culture arabe a de son côté développé des modes appelés ''maqâmât''<ref>{{lien web |url=https://www.maqamworld.com/fr/maqam.php |titre=Le maqam arabe |site=Maqam World |consulté le=2024-02-19}}.</ref> (singulier ''mâqâm'', pluriel ''maqâmât'' ; signifie « rang ») fondés sur des intervalles équivalents à trois quarts de ton. Les ''maqâmât'' sont des assemblages d’''ajnas''<ref>{{lien web |url=https://www.maqamworld.com/fr/jins.php |titre=Le jins |site=Maqam World |consulté le=2024-02-19}}.</ref> (singuler ''jins'', pluriel ''ajnas'' ; signifie « genre ») ; un ''jins'' comporte trois, quatre ou cinq notes (tricorde, tétracorde, pentacorde). Les ''ajnas'' sont organisés autour de deux notes principales : la note de repos (tonique) et dominante ''(ghammaz)'' ; la modulation (le passage d'un ''jins'' à l'autre) se fait en général sur la dominante.
==== Construction de modes en musique occidentale ====
[[File:Construction modes diatoniques.svg|thumb|Construction de modes à partir de la gamme de ''do'' majeur.]]
La musique occidentale est donc fondée sur le mode majeur. La construction des modes consiste à rester sur la même échelle, mais à partir d'un degré autre que le {{Times New Roman|I}}, à partir d'un barreau différent de l'échelle, ce qui nous donne donc le « mode de ''do'' » (« mode majeur », « mode ionien »), « mode de ''ré'' » (« mode dorien »), … voir précédemment ''[[#Les différentes gammes, ou modes, de la musique classique|Les différentes gammes, ou modes, de la musique classique]]'' et ci-après ''[[#Modes diatoniques|Modes diatoniques]]''.
Un mode particulier est le mode de ''la'', appelé « mode mineur naturel » ou « mode éolien ». Ce mode peut être modifié :
* en musique classique, on apprécie la présence d'une sensible, la première modification consiste donc à hausser le degré {{Times New Roman|VII}} d'un demi-ton, ce qui donne le « mode mineur mélodique » ; ce mode comporte une 2<sup>de</sup> augmentée entre les degrés {{Times New Roman|VI}} et {{Times New Roman|VII}} ;
* la seconde modification consiste à hausser à son tour le degré {{Times New Roman|VI}} d'un demi-ton afin de ne plus avoir de 2<sup>de</sup> augmentée, ce qui donne le « mode mineur mélodique ascendant ».
Un morceau classique en mode mineur alterne fréquemment entre ces trois modes, haussant ou bien revenant à la hauteur de base des degrés {{Times New Roman|VI}} et {{Times New Roman|VII}}.
==== Construction d'autres modes ====
On peut construire d'autres modes en modifiant, par exemple, le mode mineur harmonique,
* on peut abaisser le degré {{Times New Roman|II}} d'un demi-ton, ce qui donne le « mode napolitain » ;
* on peut hausser le degré {{Times New Roman|IV}} d'un demi-ton, ce qui donne le « mode hongrois ».
On peut aussi considérer le mode mineur harmonique comme un « mode de base » et construire des modes en partant d'un autre degré. Typiquement, si l'on part du degré {{Times New Roman|V}}, on obtient le « mode phrygien espagnol », dans lequel la 2<sup>de</sup> augmentée est entre les degrés {{Times New Roman|II}} et {{Times New Roman|III}}.
Mais on peut aussi revenir, comme dans l'Antiquité, à la construction par tétracorde. Nous avons vu que
* le mode majeur est l'empilement de deux tétracordes identiques, appelés « tétracordes majeurs » : 1t - 1t - ½t ;
* le mode mineur est l'empilement de deux tétracordes identiques, appelés « tétracordes mineurs » : 1t - ½t - 1t ;
on peut voir que le mode mineur mélodique ascendant est l'association d'un tétracorde inférieur mineur et d'un tétracorde supérieur majeur.
La construction du mode mineur harmonique fait apparaître un nouveau tétracorde, le « tétracorde harmonique », pour les degrés {{Times New Roman|V}}-{{Times New Roman|VIII}} : ½t - 1½t - ½t.
Tous les modes peuvent générer leurs tétracordes, par exemple :
* mode phrygien (mode de ''mi'') : deux tétracordes identiques ½t - 1t - 1t, dits « tétracordes phrygiens » ;
* mode lydien (mode de ''fa'') : tétracorde inférieur 1t - 1t - 1t, dit « tétracorde lydien » + tétracorde supérieur 1t -1t - ½t (tétracorde majeur) ;
On peut ainsi construire des « modes synthétiques » en manipulant les tétracordes, par exemple :
* mode double harmonique : superposition de deux tétracordes harmoniques ;
* mode phrygien espagnol peut s'obtenir par l'association : tétracorde inférieur harmonique + tétracorde supérieur phrygien.
Le mode hongrois peut être vu comme une modification ♯4 du mode double harmonique.
{{note|1=La construction synthétique de modes n'est pas très utile pour la pratique instrumentale ni pour l'improvisation, si ce n'est qu'elle peut orienter vers le travail de certaines gammes pour travailler certains tétracordes, sans avoir à travailler tous les modes possibles et imaginables. En revanche, la construction synthétique peut être utile pour la composition, en permettant la recherche de couleurs spécifiques, ce qui peut aider à trouver le mode qui convient à ce que l'on veut exprimer.}}
==== Les exceptions aux invariants ====
Comme toutes les règles, il y a bien évidemment des exceptions :
* on a parfois des variations continues : avec la voix ou un instrument à cordes à touche lisse (famille du violon, basse ''{{lang|en|fretless}}''), on peut « glisser » de manière continue d'une note à une autre, ce que l'on appelle un ''{{lang|it|portamento}}'' ; les notes ne sont donc pas toujours discrètes ;
* on utilise parfois des notes en dehors d'un mode (notes étrangères), sans pour autant changer de mode ; par exemple en faisant un chromatisme (utilisation d'une note intermédiaire entre deux notes contigües de la gamme), ou pour faire un ornement ; ou bien en modulant la note que l'on joue, comme dans le cas d'une « note bleue » ''({{lang|en|blue note}})'' ;
* on peut avoir recours occasionnellement à une échelle uniforme, donc « sans début ni fin », ni note privilégiée, comme la « gamme par tons » ou la gamme chromatique.
La gamme par tons est une gamme dont toutes les notes sont espacées d'un ton. Il n'y a donc que deux gammes par ton, espacées d'un demi-ton :
* ''do'' - ''ré'' - ''mi'' - ''fa''♯ - ''sol''♯ - ''la''♯ - ''do''…
* ''do''♯ - ''ré''♯ - ''fa'' - ''sol'' - ''la'' - ''si'' - ''do''♯…
== Musique populaire moderne ==
Par « musique populaire moderne », on entend ici la musique de groupe, comme le blues, le jazz, la pop, le folk, le rock (rock n' roll, hard rock…), le reggae, le funk…
Les styles n'ont pas nécessairement de liens directs entre eux ; toutefois, ils utilisent un formalisme un peu différent de celui de la musique classique.
=== Modes diatoniques ===
Les modes diatoniques sont identiques à ceux de la musique classique, mais :
* ils portent des noms différents, inspirés de la Grèce antique, bien que cela ne corresponde pas à la réalité historique ;
* ils sont décrits par l'altération des degrés par rapport à la gamme majeure.
Les sept modes sont donc :
* mode ionien : mode de ''do'' (majeur),<br />1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 ;
* mode dorien : mode de ''ré'',<br />1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - 6 - ♭7 ;
* mode phrygien : mode de ''mi'',<br />1 - ♭2 - ♭3 - 4 - 5 - ♭6 - ♭7 ;
* mode lydien : mode de ''fa'',<br />1 - 2 - 3 - ♯4 - 5 - 6 - 7 ;
* mode mixolydien : mode de ''sol'',<br />1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - ♭7 ;
* mode éolien : mode de ''la'' (mineur naturel),<br />1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - ♭6 - ♭7 ;
* mode locrien : mode de ''si'',<br />1 - ♭2 - ♭3 - 4 - ♭5 - ♭6 - ♭7.
=== Autres modes ===
Les autres modes présentés ci-dessus s'écrivent de la manière suivante :
* mode mineur harmonique, mode éolien ♮7,<br />1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - ♭6 - 7 ;
* mode mineur mélodique ascendant, mode éolien ♮6 ♮7,<br />1 - 2 - ♭3 - 4 - 5 - 6 - 7 ;
* mode napolitain, mode éolien ♭2 ♮7,<br />1 - ♭2 - ♭3 - 4 - 5 - ♭6 - 7 ;
* mode hongrois, mode éolien ♯4 ♮7,<br />1 - 2 - ♭3 - ♯4 - 5 - ♭6 - 7 ;
* mode phrygien espagnol,<br />1 - ♭2 - 3 - 4 - 5 - ♭6 - ♭7 ;
* mode double harmonique,<br />1 - ♭2 - 3 - 4 - 5 - ♭6 - 7.
=== Gammes pentatoniques ===
Les ''negro spirituals'', ou ''gospels'', sont issus du mariage de la musique africaine et de la musique religieuse européenne, qui s'est opéré chez les esclaves africains déportés en Amérique du Nord. De la tradition africaine, elle a notamment hérité des gammes de cinq notes, les gammes pentatoniques.
Cette musique a donné le jazz et le blues, qui lui-même a enfanté du rock n' roll. Ces gammes pentatoniques sont de fait largement utilisées dans la musique moderne.
{{son|Gamme pentatonique de ''do'' majeur|Gamme pentatonique do majeur.mid}}
La gamme pentatonique majeure est constituée des degrés {{Times New Roman|I}}, {{Times New Roman|II}}, {{Times New Roman|III}}, {{Times New Roman|V}} et {{Times New Roman|VI}} de la gamme majeure. Par exemple, la gamme pentatonique de ''do'' majeur est :
: ''do'' – ''ré'' – ''mi'' — ''sol'' – ''la'' —
{{son|Gamme pentatonique de la mineur|Gamme pentatonique la mineur.mid}}
En notation jazz, cette gamme est décrite par :
: 1 - 2 - 3 - 5 - 6
De même, la gamme pentatonique mineure constituée des degrés {{Times New Roman|I}}, {{Times New Roman|III}}, {{Times New Roman|IV}}, {{Times New Roman|V}} et {{Times New Roman|VII}} de la gamme mineure naturelle. Par exemple, la gamme pentatonique de ''la'' mineur est :
: ''la'' — ''do'' – ''ré'' – ''mi'' — ''sol'' –
En notation jazz, cette gamme est décrite par :
: 1 - ♭3 - 4 - 5 - ♭7
On remarque que les gammes majeures et mineures sont constituées des mêmes notes, puisqu'en particulier, il n'y a pas la sensible.
{{son|Gamme blues de ''la'' mineur|Gamme blues la mineur.mid}}
La gamme blues est une gamme pentatonique mineure à laquelle on ajoute une quinte diminuée, dite « note bleue » ''(blue note)''. Par exemple, la gamme blues en ''la'' est :
: ''la'' — ''do'' – ''ré'' - ''ré''♯ - ''mi'' — ''sol'' –
soit en notation jazz :
: 1 - ♭3 - 4 - ♯4 - 5 - ♭7
Dans les tableaux ci-dessous, la dernière altération à la clef est indiquée entre parenthèse, car la note correspondante ne fait pas partie de la gamme pentatonique.
{| class="wikitable"
|+ Quelques gammes pentatoniques majeures
! scope="col" | Tonalité
! scope="col" | Armure
! scope="col" colspan="2" | Gamme<br />{{Times New Roman|I-II-III-V-VI}}
|-
|''Do'' majeur || || ''do-ré-mi-sol-la'' || [[fichier:gamme pentatonique do majeur.svg|class=transparent]]
|-
|''Sol'' majeur || ''fa''♯ || ''sol-la-si-ré-mi'' || [[fichier:gamme pentatonique sol majeur.svg|class=transparent]]
|-
|''Ré'' majeur || ''fa''♯, ''do''♯ || ''ré-mi-fa''♯-''la-si'' || [[fichier:gamme pentatonique re majeur.svg|class=transparent]]
|-
|''La'' majeur || ''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯ || ''la-si-do''♯''-mi-fa''♯ || [[fichier:gamme pentatonique la majeur.svg|class=transparent]]
|-
| ''Fa'' majeur || ''si''♭ || ''fa-sol-la-do-ré'' || [[fichier:gamme pentatonique fa majeur.svg|class=transparent]]
|-
| ''Si''♭ majeur || ''si''♭, ''mi''♭ || ''si''♭''-do-ré-fa-sol'' || [[fichier:gamme pentatonique sibemol majeur.svg|class=transparent]]
|-
| ''Mi''♭ majeur || ''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭ || ''mi''♭''-fa-sol-si''♭''-do'' || [[fichier:gamme pentatonique mibemol majeur.svg|class=transparent]]
|}
Dans le tableau suivant, la note bleue est indiquée entre parenthèses.
{| class="wikitable"
|+ Quelques gammes pentatoniques mineures et blues
! scope="col" | Tonalité
! scope="col" | Armure
! scope="col" colspan="2" | Gamme<br />{{Times New Roman|I-III-IV-(♯IV)-V-VII}} ou {{Times New Roman|I-III-IV-(♭V)-V-VII}}
|-
|''La'' mineur || || ''la-do-ré-''(''mi''♭)''-mi''♮''-sol'' || [[fichier:gamme pentatonique la mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme la blues.svg|class=transparent]]
|-
|''Mi'' mineur || ''fa''♯ || ''mi-sol-la-''(''si''♭)''-si''♮''-ré'' || [[fichier:gamme pentatonique mi mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme mi blues.svg|class=transparent]]
|-
|''Si'' mineur || ''fa''♯, ''do''♯ || ''si-ré-mi-''(''fa''♮)''-fa''♯''-la'' || [[fichier:gamme pentatonique si mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme si blues.svg|class=transparent]]
|-
|''Fa''♯ mineur || ''fa''♯, ''do''♯, ''sol''♯ || ''fa''♯''-la-si-''(''do''♮)''-do''♯''-mi'' || [[fichier:gamme pentatonique fadiese mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme fadiese blues.svg|class=transparent]]
|-
| ''Ré'' mineur || ''si''♭ || ''ré-fa-sol-''(''la''♭)-''la''♮''-do'' || [[fichier:gamme pentatonique re mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme re blues.svg|class=transparent]]
|-
| ''Sol'' mineur || ''si''♭, ''mi''♭ || ''sol-si''♭''-do-''(''ré''♭)''-ré''♮''-fa'' || [[fichier:gamme pentatonique sol mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme sol blues.svg|class=transparent]]
|-
| ''Do'' mineur || ''si''♭, ''mi''♭, ''la''♭ || ''do-mi''♭''-fa-''(''sol''♭)''-sol''♮''-si''♭ || [[fichier:gamme pentatonique do mineur.svg|class=transparent]]/[[fichier:gamme do blues.svg|class=transparent]]
|}
=== Accords ===
En musique moderne, et en particulier en jazz et dans le rock, on construit les accords non pas comme empilement de tierces, mais comme des modifications des accords parfaits.
On utilise fréquemment la notation anglosaxonne : on donne la fondamentale de l'accord selon la française habituelle (''do'', ''ré'', …) ou bien avec la notation anglosaxonne :
* ''do'' → C ;
* ''ré'' → D ;
* ''mi'' → E ;
* ''fa'' → F ;
* ''sol'' → G ;
* ''la'' → A ;
* ''si'' → B.
En allemand, le ''si'' est noté H, et le B désigne un ''si'' ♭.
La nature de l'accord est donnée en ajoutant des lettres, chiffres ou signes derrière.
Les principaux accords sont :
* accord parfait majeur ; en général, on donne simplement le nom de la fondamentale seul, parfois suivi d'un « M » capitale ; l'adjectif « parfait » est omis<br /> par exemple l'accord parfait majeur de do est appelé « accord de do majeur » et est noté « C » ou ou « ''Do'' », parfois (mais rarement) « CM » ou « ''Do''M »
* accord parfait mineur, noté avec un « m » minuscule ou bien avec un signe moins « – » ; l'adjectif « parfait » est omis ;
* accord de quinte diminué : dans l'accord parfait mineur, on remplace la quinte juste par une quinte diminuée ; il est noté « dim » ou « o » ;
* accord de quinte augmenté : dans l'accord parfait majeur, on remplace la quinte juste par une quinte augmentée ; il est noté « aug » ou « + » ;
* accord de septième de dominante : on ajoute une septième mineure à l'accord parfait majeur ;<br /> alors qu'en musique classique on fait référence à la tonique de la gamme, dans la musique populaire moderne, on fait référence à la fondamentale de l'accord c'est-à-dire à la dominante de la gamme ; par exemple, l'accord ''sol''-''si''-''ré''-''fa'' est l'accord de septième de dominante de ''do'', mais dans la musique populaire moderne, il est appelé « ''sol'' septième » ;
* accord de septième mineur : on ajoute une septième mineure à l'accord parfait mineur ; il est noté « m7 » ou « –7 » ;
* accord de septième majeure : on ajoute une septième majeure à l'accord parfait majeur ; il est noté « maj7 » ou « Δ » ;
* accords « suspendus » ''(suspended chords)'' : la tierce est remplacée par une seconde majeure ou une quarte juste ; ils sont notés respectivement « sus2 » et « sus4 ».
L'exemple suivant présente dans l'ordre les accords de do majeur, mineur, diminué, augmenté, septième, septième majeure, suspendu seconde et suspendu quarte (C, Cm, Cdim, Caug, C7, Cmaj7, Csus2 et Csus4)<ref>Les six premiers accords sont également notés respectivement C, C–, C<sup>o</sup>, C<sup>+</sup>, C<sup>7</sup>, C<sup>Δ</sup>.</ref>. Il manque ici l'accord de septième mineure (''do''-''mi''♭-''sol''-''si''♭) noté Cm7.
: [[Image:Ly accords de do.png|300px]]
Le rock, et notamment le hard rock et le heavy metal, utilisent souvent des accords incomplets, composés seulement de la fondamentale et de la quinte ; il s'agit donc d'une quinte juste. On parle d'« accord de puissance » ou ''power chord''. Par exemple, l'accord de puissance de do est composé des notes do et sol. Il snt en général chiffrés « 5 », par exemple « C<sup>5</sup> ».
{{loupe|../Harmonie#Les_accords_en_général}}
== Musiques modales, tonales et atonales ==
Un style musical utilise certaines gammes, c'est-à-dire un ensemble de notes dont certaines ont plus d'importance que d'autres. Une gamme est un ensemble de notes et est donc une succession d'intervalles. Les gammes ayant la même succession d'intervalles forment un mode : elles ont toutes la même « couleur », mais sont plus ou moins aiguës ou graves.
Une musique modale est donc une musique qui utilise un mode.
La musique tonale est une musique qui n'utilise que deux types de modes : le mode majeur et les modes mineurs (naturel, harmonique, mélodiques ascendant et descendant). La musique classique est une musique tonale. C'est en fait une musique modale particulière. Les notes importantes sont les degrés {{Times New Roman|I}} (tonique), {{Times New Roman|IV}} (sous-dominante) et {{Times New Roman|V}} (dominante).
La musique atonale est la musique qui n'est pas fondée sur des gammes avec des notes importantes. Il s'agit essentiellement de la musique dite « contemporaine », qui fait partie de la musique savante occidentale du {{pc|xx}}<sup>e</sup> siècle. Un des premiers exemples de musique atonale se trouve sans doute dans le ''{{lang|it|Cappriccio stravagante}}'' de Carlo Farina (1627), œuvre dans laquelle il veut évoquer des bruits de la nature (à 13 min. 30 sec. puis à 14 min. 28 sec. dans la vidéo ci-dessous) au sein d'une œuvre plutôt baroque par ailleurs.
* {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=RzBqnfs7rXY
| titre=Farina: Capriccio stravagante for Violin, Two Violas, Cello, and Continuo
| auteur1= Chamber Music Society of Lincoln Center
| site=YouTube
| date=2020-04-28 | consulté le=2021-01-28
}}
* {{lien web
| url=https://www.dailymotion.com/video/x57lmzp
| titre=La leçon de piano n°18 - La révolution modale
| auteur1=France Inter
| site=Dailymotion
| date=2016-12-31 | consulté le=2021-01-28
}}
* {{lien web
| url=https://www.dailymotion.com/video/x6wspfd
| titre=L'atonalité - Guillaume Tion
| auteur1=France Musique
| site=Dailymotion
| date=2019 | consulté le=2021-01-28
}}
* {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=VQm4jRmlQa8
| titre=Le Dodécaphonisme
| auteur1=Orchestre de chambre de Paris
| site=YouTube
| date=2017-10-02 | consulté le=2021-01-28
}}
* {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=LK2hGEz8Jgs&t=1s
| titre=L’atonalisme. Et après ? Jérôme Ducros au Collège de France
| auteur1= Éveilleur de conscience
| site=YouTube
| date=2019-06-09 | consulté le=2021-01-28
}}
* Krzysztof Penderecki, ''Thrène pour les victimes d'Hiroshima'' (''{{lang|pl|Tren ofiarom Hiroszimy}}'', 1960) : {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=Pu371CDZ0ws
| titre=Penderecki: Threnody to the Victims of Hiroshima - Urbański, FRSO
| auteur1= koenigmoo
| site=YouTube
| date=2015-03-19 | consulté le=2025-02-19
}}
* György Ligeti, ''Lux Æterna'' (1966) : {{lien web
| url=https://www.youtube.com/watch?v=j2cRjiC4ODI
| titre=Ligeti : Lux Aeterna (Choeur de Radio France)
| auteur1= France Musique concerts
| site=YouTube
| date=2019-03-20 | consulté le=2025-02-19
}}
== Voir aussi ==
; Dans Wikipédia
* [[w:Accord (musique)|Accord (musique)]]
** [[w:Accord de trois notes|Accord de trois notes]]
** [[w:Accord de quatre notes|Accord de quatre notes]]
** [[w:Accord de cinq notes|Accord de cinq notes]]
** [[w:Accord en mouvement|Accord en mouvement]]
* [[w:Comma|Comma]]
* [[w:Échelle chromatique|Échelle chromatique]]
* [[w:Échelle diatonique|Échelle diatonique]]
* [[w:Gamme musicale|Gamme musicale]]
* [[w:Mode (musique)|Mode (musique)]]
** [[w:Mode (musique tonale)|Mode (musique tonale)]]
* [[w:Note de musique|Note de musique]]
* [[w:Origine du nom des notes de musique|Origine du nom des notes de musique]]
* [[w:Système pentatonique|Système pentatonique]]
* [[w:Système tonal|Système tonal]]
* [[w:Tonalité|Tonalité]]
----
''[[../Caractéristiques et notation des sons musicaux|Caractéristiques et notation des sons musicaux]]'' < [[../|↑]] > ''[[../Mélodie|Mélodie]]''
[[Catégorie:Formation musicale (livre)|Gammes et intervalles]]
=== Liens Externes ===
* {{lien web |url=http://www.tabs4acoustic.com/gammes-guitare.html |titre=Gammes et modes à la guitare |site=Tab4Acoustic |lang=fr}}
* {{article |url=https://www.science.org/doi/10.1126/science.aax0868 |prénom1=S.A. |nom1=Mehr |prénom2=M. |nom2=Singh |prénom3=L. |nom3=Glowacki |nom4=coll. |titre=Universality and diversity in human song |site=Science.org |date=2019-11-22 |consulté le=2024-0528 |doi=10.1126/science.aax0868}}
== Notes et références ==
{{références}}
3dyb7yajjxxl5ih0n06yeuhdbqbczf5
Formation musicale/Représentation musicale
0
11285
766576
749243
2026-05-15T08:28:27Z
DavidL
1746
[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
766576
wikitext
text/x-wiki
{{Bases de solfège}}
<span style="font-size:25px;">7. Représentation musicale</span>
----
Il serait difficile de décrire un morceau de musique en utilisant notre langue courante. Il y a donc une façon rigoureuse de représenter les informations requises pour un musicien : rythme, intonation, hauteur d'un son, intensité…
La notation musicale utilisée en Europe s'est développée à une époque où l'enregistrement n'existait pas. L'écriture musicale était donc un moyen de transmettre de manière plus vaste les morceaux, par rapport à l'apprentissage direct.
Par ailleurs, en « couchant » un morceau sur le papier, on peut le retravailler, et combiner plusieurs parties, cela facilite la composition.
Cette écriture musicale est codifiée par le solfège. Le solfège permet aux musiciens (chanteur, auteur, instrumentiste…) de lire dans un langage commun l'information fournie par un autre musicien.
Une partition est composée de portées, ensemble de lignes servant de repères, et de notes, symboles graphiques mis sur la portée. La forme d'une note permet de savoir la durée du son joué ; sa place sur les lignes et les interlignes de la portée indique sa hauteur (grave ou aiguë), en fonction de la clef mise en début de portée.
== Rythme ==
Le rythme est quelque chose de naturel : lorsqu'une personne marche, ses pas font la même durée, sauf si elle accélère ou ralentit. La marche peut être rapide ou lente, boiteuse ou régulière.
=== Pulsation, tempo et unité de temps ===
La base du rythme, en musique, est la '''pulsation''' ; c'est sur cette pulsation que vont s'aligner les notes.
La pulsation peut être sonore : dans le cas d'un métronome, un son émis de manière régulière permet aux musiciens de se synchroniser. Ceci est utilisé pour le travail (apprentissage, répétition), mais pas pour la représentation.
La pulsation peut être visuelle : le bras du métronome mécanique qui oscille, le signal visuel du métronome électronique qui apparaît à intervalles réguliers, le bras du chef d'orchestre qui bat la mesure.
Dans le cas des petites formations (duo, trio, quatuor…), la pulsation est donnée au départ, et les musiciens la gardent en tête, en se calant sur un instrumentiste de référence.
Dans le cas de la musique populaire moderne, c'est en général la batterie qui sert de référence rythmique.
La durée d'une note est un multiple ou une subdivision de cette pulsation. On a donc créé des figures rythmiques ; une des figure rythmique a la durée de la pulsation, c'est l''''unité de temps''', les autres durent plusieurs unités de temps ou bien une fraction d'unité de temps.
La vitesse des pulsations s'appelle le '''tempo'''. Le tempo peut être indiqué :
* en nombre de pulsations par minute ;
* par un qualificatif, traditionnellement en italien, laissant une marge d'interprétation, par exemple ''Allegro'', ''Andante''…
{| border="1"
|+ Tempo : correspondance approximative entre l'indication qualitative et la pulsation à la minute
|-
! Qualificatif !! Pulsation !! !! Qualificatif !! Pulsation
|-
| {{chiffrage mesure|''Grave''}} || 40 à 45 || || {{chiffrage mesure|''Andantino''}} || 70 à 100
|-
| {{chiffrage mesure|''Largo''}} || 45 à 55 || || {{chiffrage mesure|''Moderato''}} || 80 à 105
|-
| {{chiffrage mesure|''Larghetto''}} || 50 à 60 || || {{chiffrage mesure|''Allegretto''}} || 100 à 120
|-
| {{chiffrage mesure|''Lento''}} || 52 à 65 || || {{chiffrage mesure|''Allegro''}} || 116 à 150
|-
| {{chiffrage mesure|''Adagio''}} || 55 à 70 || || {{chiffrage mesure|''Vivace''}} || 126 à 170
|-
| {{chiffrage mesure|''Adagietto''}} || 58 à 75 || || {{chiffrage mesure|''Presto''}} || 144 à 200
|-
| {{chiffrage mesure|''Andante''}} || 60 à 90 || || {{chiffrage mesure|''Prestissimo''}} || 184 et au-delà
|}
=== Figures rythmiques ===
==== Figures de base ====
Il existe sept figures rythmiques principales, chacune valant le double de la durée de la suivante :
* la ronde [[Image:Figure rythmique ronde.svg|10px]] ;
* la blanche [[Image:Figure rythmique blanche hampe haut.svg|8px]] ;<br />une ronde vaut deux blanches, c'est-à-dire que la blanche dure deux fois moins longtemps qu'une ronde ;
* la noire [[Image:Figure rythmique noire hampe haut.svg|8px]] ;<br />une blanche vaut deux noires ;
* la croche [[Image:Figure rythmique croche hampe haut.svg|12px]] ;<br />une noire vaut deux croches ;
* la double-croche [[Image:Figure rythmique double croche hampe haut.svg|12px]] ;<br />une croche vaut deux double-croches ;
* la triple-croche [[Image:Figure rythmique triple croche hampe haut.svg|12px]] ;<br />une double-croche vaut deux triple-croches ;
* la quadruple-croche : la triple-croche vaut deux quadruples-croches.
{| border="0"
|-
| [[Image:Solfege subdivision de la ronde a la croche.svg|class=transparent|200px|Division de la ronde jusqu'aux croches]]
|
| [[Image:Solfege subdivision de la noire.svg|class=transparent|200px|Division de la noire jusqu'aux triple-croches]]
|- align="center"
| Division de la ronde<br /> jusqu'aux croches || || Division de la noire<br /> jusqu'aux triple-croches
|}
Le tableau ci-dessous représente les durées relatives des figures.
{| border="1"
|+ Rapport des durées des figures
|-
! rowspan="2" | Figure considérée
! colspan="7" | Figure de <br />référence
|-
! Ronde !! Blanche !! Noire !! Croche !! Double-<br />croche !! Triple-<br />croche !! Quadruple-<br />croche
|- align="center"
! Ronde
| 1 || 2 || 4 || 8 || 16 || 32 || 64
|- align="center"
! Blanche
| 1/2 || 1 || 2 || 4 || 8 || 16 || 32
|- align="center"
! Noire
| 1/4 || 1/2 || 1 || 2 || 4 || 8 || 16
|- align="center"
! Croche
| 1/8 || 1/4 || 1/2 || 1 || 2 || 4 || 8
|- align="center"
! Double-<br />croche
| 1/16 || 1/8 || 1/4 || 1/2 || 1 || 2 || 4
|- align="center"
! Triple-<br />croche
| 1/32 || 1/16 || 1/8 || 1/4 || 1/2 || 1 || 2
|- align="center"
! Quadruple-<br />croche
| 1/64 || 1/32 || 1/16 || 1/8 || 1/4 || 1/2 || 1
|}
Par exemple, si l'on regarde la ligne de la double-croche, on voit que la double-croche vaut un quart de noire (elle dure quatre fois moins longtemps qu'une noire), et qu'elle vaut quatre quadruple-croches (elle dure quatre fois plus longtemps qu'une quadruple-croche).
Bien qu'il soit théoriquement possible d'aller plus loin dans la division, c'est en pratique rarement le cas (notamment pour des questions de lisibilité).
Il existe une « ronde carrée » qui vaut deux rondes, mais qui est peu utilisée.
Les notes plus courtes que la ronde ont une hampe. Selon la position sur la portée, la hampe peut être située en dessous ou au-dessus, pour faciliter la lisibilité. Une hampe vers la bas est placée à gauche de la note, une hampe vers le haut est placée à droite. Elle fait généralement deux interlignes et demi de hauteur.
[[Image:Figure rythmique blanche hampe haut.svg|class=transparent|8px]] [[Image:Figure rythmique blanche hampe bas.svg|class=transparent|8px]] [[Image:Figure rythmique noire hampe haut.svg|class=transparent|8px]] [[Image:Figure rythmique noire hampe bas.svg|class=transparent|8px]]
Les notes plus courtes que la noire peuvent être écrites :
* séparément ; la hampe comporte alors un ou plusieurs crochets, toujours orientés vers la droite ; il y a un crochet pour la croche, deux pour la double-croche…
* par groupe : les hampes sont alors reliées par une ou plusieurs barres horizontales ou inclinées, appelées « lien » ; il y a une barre pour des croches, deux barres pour des double-croches…
: croches : [[Image:Figure rythmique croche hampe haut.svg|class=transparent|12px]] [[Image:Figure rythmique croche hampe bas.svg|class=transparent|8px]] [[Image:Figure rythmique deux croches lien haut.svg|class=transparent|32px]] [[Image:Figure rythmique deux croches lien bas.svg|class=transparent|32px]]
: double-croches : [[Image:Figure rythmique double croche hampe haut.svg|class=transparent|12px]] [[Image:Figure rythmique double croche hampe bas.svg|class=transparent|8px]] [[Image:Figure rythmique deux double croches lien haut.svg|class=transparent|24px]] [[Image:Figure rythmique deux double croches lien bas.svg|class=transparent|24px]]
Lorsque l'on écrit à la main, les têtes pleines (têtes de noires, croches, doubles-croches, etc.) sont souvent remplacées par des traits obliques, plus rapides à écrire. Seules les têtes vides (blanches, rondes) sont formées d'ellipses.
==== Prolongation ====
On peut lier les notes afin d'additionner leur durée ; ce sont nécessairement des notes de hauteur identique, mais elles peuvent avoir une durée différente. La liaison de prolongation se représente comme une parenthèse couchée.
Par exemple, deux noires liées valent une blanche. La liaison prolongation peut chevaucher une barre de mesure.
: [[Image:Figure rythmique deux noires liees.svg|class=transparent|50px]]
Il ne faut pas la confondre la liaison prolongation avec le « lié » ''({{lang|it|legato}})'', qui est une longue parenthèse qui s'étend sur plusieurs notes, et qui indique une manière de jouer.
Une note pointée voit sa durée augmentée d'une moitié de sa durée (+ 1/2).
Ainsi, une noire pointée vaut une noire et une croche, soit trois croches ; une blanche pointée vaut une blanche et une noire, soit trois noires.
: [[Image:Figure rythmique equivalence blanche pointee.svg|class=transparent|65px]] — [[Image:Figure rythmique equivalence noire pointee.svg|class=transparent|55px]] — [[Image:Figure rythmique equivalence croche pointee.svg|class=transparent|50px]]
Un double point indique la moitié + la moitié de la moitié, le quart (+ 1/2 + 1/4, soit + 3/4). Et ainsi de suite.
: [[Image:Figure rythmique equivalence blanche doublement pointee.svg|class=transparent|90px]] — [[Image:Figure rythmique equivalence noire doublement pointee.svg|class=transparent|75px]] — [[Image:Figure rythmique equivalence croche doublement pointee.svg|class=transparent|70px]]
==== Triolets, duolets, n-olets ====
Un triolet, c'est lorsqu'une valeur est divisée en trois au lieu de deux. Par exemple, une noire vaut normalement deux croches, mais elle vaut trois croches en triolet ; un triolet de croches vaut une noire. On parle parfois de « trois pour deux ». Le triolet est noté avec un petit trois au-dessus ou en dessous du groupe de notes.
: [[Image:Figure rythmique equivalence triolet de croches noire.svg|class=transparent|60px]]
En fait, de manière générale, dans un triolet, les notes sont jouées en valant les deux tiers de leur valeur. On peut ainsi avoir une noire et une croche en triolet, ou bien remplacer une croche par deux double-croches dans le triolet.
: [[Image:Figure rythmique noire croche en triolet.svg|class=transparent|75px]]
Un sextolet, c'est simplement deux triolet accolés. Il est noté avec un petit six.
Un duolet, c'est au contraire lorsqu'une valeur est divisée en deux notes au lieu de trois. On peut représenter cela avec deux valeurs pointées, ou bien avec un petit deux au-dessus ou en dessous des notes. Les deux notations ne sont pas toujours équivalentes ; par exemple en jazz ou en bleus, lorsque l'on joue ''{{lang|en|shuffle}}'' une mesure à 3/4, un duolet de noires correspondrait à deux noires égales alors que deux noires pointées donneraient des notes inégales.
Dans une mesure à 3/4, un quartolet de croches consiste à jouer quatre notes égales sur trois temps, soit une croche pointée (trois doubles-croches liées) par note.
De manière générale, on peut vouloir placer un nombre arbitraire de notes dans une valeur ; par exemple mettre cinq, sept ou bien treize notes de durée égale dans un temps. Cela se représente en utilisant la figure rythmique la plus proche de ce que l'on veut représenter, et en ajoutant le nombre de notes au-dessus ou en dessous de l'ensemble.
==== Comment utiliser les liens ====
Lorsque des notes courtes — croches ou plus courtes — se suivent, on peut relier leurs hampes par des liens. Les règles qui s'appliquent sont en général les suivantes :
* pour des partitions de chant lyrique, les syllabes sont détachées ; par exemple, si deux croches successives correspondent à deux syllabes différentes, elles ne sont pas reliées ; si, en revanche, il s'agit d'un mélisme (on change de note en chantant la même syllabe), alors elles sont reliées :
* pour les autres instruments : on ne relie les notes que si elles font partie d'un même temps ; par exemple, en mesures binaires, on relie deux croches d'un même temps, ou les trois croches d'un triolet, ou les six doubles-croches d'un sextolet ; sur une mesure à 3/4, on peut relier les six croches d'une mesure ; sur une mesure à 2/4 ou 4/4, on peut relier les quatre croches des temps 1-2 ou des temps 3-4 ; on peut aussi relier les notes d'une syncopette (croche, double-croche, croche).
=== Silences ===
[[Image:Figures rythliques silences.svg|200px|thumb|Figures de silence]]
Un silence est un élément qui indique au musicien de ne pas jouer pendant un certain laps de temps. Leur organisation est identique à celle des notes, avec une durée qui varie du simple au double à chaque étape :
* La pause vaut comme la ronde,
* la demi-pause comme la blanche,
* le soupir comme la noire,
* le demi-soupir comme la croche,
* le quart de soupir comme la double-croche,
* …
Sur une partition imprimée, on préfère utiliser la figure de soupir en forme de « zigzag », pour éviter la confusion avec le demi-soupir. Par contre, lorsque l'on note à main levée, la figure en forme de « 7 » à l'envers est plus simple à exécuter.
=== Mesures ===
Un morceau de musique est découpé en mesures d'égale durée de temps. Cela simplifie la lecture de la partition, en donnant des repères. Une mesure est une partie d'une portée symbolisée par deux barres verticales.
==== Chiffrage d'une mesure ====
Pour pouvoir interpréter une partition, le musicien doit connaître :
* la figure de note correspondant à la pulsation, c'est-à-dire l'unité de temps ;
* la durée de la mesure.
Ceci est indiqué par deux chiffres, l'un au-dessus de l'autre, appelés '''chiffrage'''.
Ces deux chiffres ne sont pas dans des rapports de fraction.
Le chiffre du bas (le dénominateur) indique l’'''unité de temps''' :
* {{chiffrage mesure|1}} pour la ronde (rare) ;
* {{chiffrage mesure|2}} pour la blanche (peu fréquent) ;
* {{chiffrage mesure|4}} pour la noire ;
* {{chiffrage mesure|8}} pour la croche ;
* {{chiffrage mesure|16}} pour la double-croche (rare).
On remarque que ce nombre représente la fraction d'une ronde. Les mouvements du chef d'orchestre ou les battements du métronome indiquent en général l'unité de temps ; on dit que l'on « bat à ''l'unité de temps'' » (on bat à la croche, à la noire, à la noire pointée, à la blanche…).
Le chiffre du haut (le numérateur) indique le nombre d'unités de temps dans la mesure.
La figure dont la durée fait une mesure complète est appelée '''unité de mesure'''.
Par exemple :
* {{chiffrage mesure|2/4}} : l'unité de temps est la noire (dénominateur {{chiffrage mesure|4}}), et il y a deux noires par mesure (numérateur {{chiffrage mesure|2}}) ; l'unité de mesure est donc la blanche ;
* {{chiffrage mesure|3/4}} : l'unité de temps est la noire ({{chiffrage mesure|4}}), et il y a trois noires par mesure ; l'unité de mesure est donc la blanche pointée ;
* {{chiffrage mesure|6/8}} : l'unité de temps est la croche ({{chiffrage mesure|8}}), et il y a six croches par mesure ; l'unité de mesure est donc la blanche pointée.
La mesure à {{chiffrage mesure|4/4}} est en général notée par un {{chiffrage mesure|C}} ; la mesure à {{chiffrage mesure|2/2}} est en général notée par un {{chiffrage mesure|𝄵}} (C barré).
[[Image:Ly exemple mesures.png|300px]]
Le chiffrage se prononce en citant les nombres l'un après l'autre. Par exemple, « {{chiffrage mesure|2/4}} » se lit « deux quatre », « {{chiffrage mesure|6/8}} » se lit « six huit ». Le « {{chiffrage mesure|C}} » se lit « quatre quatre » et le « {{chiffrage mesure|𝄵}} » se lit « C barré » ou « deux deux ».
La mesure est parfois divisée de manière inégale. Si l'on veut rendre cela explicite, on peut :
* utiliser des barres de mesure pointillées intermédiaires « 𝄄 » ;<br />[[Fichier:Ligne rythme 5 4 decomposee 3 4 et 2 4.svg]]
* décomposer le chiffrage.<br />[[File:Rythme blue rondo a la turk.svg|Rythme de Blue Rondo a la Turk (Dave Brubeck, Time Out, 1959).]]
==== Mesures binaires et ternaires ====
On distingue deux types de mesures : les mesures binaires et les mesures ternaires.
Par convention, les mesures binaires sont celles dont le numérateur est {{chiffrage mesure|2}}, {{chiffrage mesure|4}} ou {{chiffrage mesure|8}} ; les mesures ternaires sont celles dont le numérateur est {{chiffrage mesure|3}}, {{chiffrage mesure|6}}, {{chiffrage mesure|9}} ou {{chiffrage mesure|12}}.
Il n'y a rien de particulier à dire sur les mesures binaires. Dans une mesure ternaire, les unités de temps sont regroupées par trois ; en fait, tout se passe comme si l'unité de temps réelle valait trois unités de temps indiquées par le chiffrage :
* une mesure à {{chiffrage mesure|6/8}} est une mesure à deux temps ternaires ;
* une mesure à {{chiffrage mesure|9/8}} est une mesure à trois temps ternaires ;
* une mesure à {{chiffrage mesure|12/8}} est une mesure à quatre temps ternaires ;
chaque temps vaut une noire pointée, et est divisée en trois croches (comme un triolet).
En fait, la mesure à {{chiffrage mesure|6/8}} peut être battue à la croche (mesure à six temps) — c'est-à-dire qu'une pulsation correspond à une croche — ou bien battue à la noire pointée (mesure à deux temps) — une pulsation correspondant à une noire pointée.
: [[Image:Mesure ternaire et mesure binaire.svg|class=transparent|300px]]
Dans les mesures ternaires, la subdivision des valeurs est donc la suivante :
: [[Fichier:Solfege subdivision ternaire de la ronde pointee.svg|300px|Figures rythmiques : subdivision de la ronde pointée dans les mesures ternaires.]]
==== Battre la mesure ====
Il peut être utile de « battre la mesure » :
* à titre individuel, pour ressentir la pulsation, pour « ne pas se perdre » dans la mesure ;
* à titre collectif : pour que les musiciens d'un ensemble jouent de manière synchrone.
On peut frapper dans ses mains, frapper sur un objet (une table, un instrument de percussion), frapper le sol du pied ou bien avec un « bâton de direction » (canne).
On peut aussi exécuter des mouvements qui varient selon le type de mesure : cela permet de se repérer au sein d'une mesure, savoir à quel endroit de la mesure on se trouve. Cela se fait par des mouvements de la main :
* pour une mesure à deux temps, on baisse le bras sur le premier temps, on le monte sur le second ;
* pour une mesure à trois temps, la trajectoire est un triangle : on baisse le bras face à soi sur le premier temps, on l'écarte vers l'extérieur (vers le gauche si on bat avec la main gauche, vers la droite si on bat avec la main droite) sur le deuxième temps, on le ramène en haut face à soi sur le troisième ;
* pour une mesure à quatre temps, on baisse le bras face à soi (1), on va vers l'intérieur (2), puis on va vers l'extérieur et on revient en haut au centre (4), l'ensemble décrivant la forme du chiffre « 4 ».
<gallery>
Battue de la mesure à 2 temps.svg|Battue d'une mesure à deux temps.
Battue de la mesure à 3 temps alt.svg|Battue d'une mesure à trois temps.
Battue de la mesure à 4 temps alt.svg|Battue d'une mesure à quatre temps.
</gallery>
Lorsque l'on dirige une formation, on peut utiliser une baguette, dite « baguette de chef d'orchestre », pour que les mouvements soient plus lisibles.
Lorsque l'on joue en petite formation, il n'y a pas de chef d'orchestre ; un des instrumentistes donne le départ :
* en musique classique, on effectue un mouvement vers le haut, puis vers le bas avec son instrument ; la rapidité du mouvement indique le tempo, et l'arrivée de l'instrument en le bas donne le départ ;
* en jazz et en rock,
** on compte à voix haute les deux premières mesures : « 1…… 2…… 1… 2… 3… 4… » à quatre temps (sur le rythme « blanche… blanche… noire… noire… noire… noire… »), et « 1… 2… 3… 1… 2… 3 » à trois temps (sur le rythme de six noires), ou bien
** s'il y a une batterie, le batteur frappe ses baguettes en rythme.
==== Temps fort et temps faible ====
Une mesure contient des temps forts et des temps faibles. Pour les mesures binaires :
* pour une mesure à deux temps, le premier temps est le temps fort, le second est le temps faible ;
* pour une mesure à trois temps, le premier temps est le temps fort, le deuxième et le troisième temps sont des temps faibles ;
* pour une mesure à quatre temps :
** en musique classique, le premier et le troisième temps sont des temps forts, le deuxième et le quatrième sont des temps faibles,
** en jazz et en rock, le deuxième et le quatrième temps sont forts ''({{lang|en|afterbeat}})'', le premier et le troisième sont faibles.
Un temps faible est aussi appelé « levée » ; lorsqu'un thème commence sur un temps faible, on parle d'« anacrouse ».
Lorsque l'on frappe des mains sur un morceau, on frappe sur les temps forts ; habituellement, en France, on suit la décomposition classique (premier et troisième temps) ; les anglo-saxons ont plutôt tendance à suivre la décomposition jazz et rock (''{{lang|en|afterbeat}}'', deuxième et quatrième temps)<ref>lors de la ''[[w:Black sessions|Black Session]]'' de [[w:Norah Jones|Norah Jones]] le 26 janvier 2007 sur [[w:France Inter|France Inter]], celle-ci a eu du mal à démarrer une chanson, car le public frappait à « contre-temps » par rapport à son habitude</ref>.
Dans la musique populaire moderne, les temps forts sont habituellement marqués par un coup de grosse caisse de la batterie, et les temps faibles par un coup de caisse claire.
Cette notion de temps fort et faibles explique la multiplicité des chiffrages :
* une mesure chiffrée {{chiffrage mesure|4/4}} ou {{chiffrage mesure|C}} contient une ronde ; c'est une mesure à quatre temps (battue à la noire), elle a deux temps forts (les temps 1 et 3 en musique classique) ;
* une mesure chiffrée {{chiffrage mesure|2/2}} ou {{chiffrage mesure|𝄵}} contient également une ronde ; mais c'est une mesure à deux temps (battue à la blanche), elle n'a qu'un temps fort (le premier) ;
* les mesures ternaires — {{chiffrage mesure|3/8}}, {{chiffrage mesure|6/8}}, {{chiffrage mesure|9/8}} et {{chiffrage mesure|12/8}} — peuvent être battues à la croche, mais elles sont en général battues à la noire pointée :
** la mesure à {{chiffrage mesure|3/8}} a un temps, chaque temps est fort ;
** la mesure à {{chiffrage mesure|6/8}} a deux temps, le premier temps est fort ;
** la mesure à {{chiffrage mesure|9/8}} a trois temps, le premier temps est fort ;
** la mesure à {{chiffrage mesure|12/8}} a quatre temps, en classique le premier et le troisième temps sont forts.
==== Tous les types de mesure ====
Nous n'avons cité ci-dessus que les principaux types de mesure. Voici les mesures que l'on peut rencontrer.
Il existe deux types de mesures :
* mesures simples :
** binaires
*** battues à deux temps : {{chiffrage mesure|2/1}}, {{chiffrage mesure|2/2}} (ou {{chiffrage mesure|¢}}), {{chiffrage mesure|2/4}}, {{chiffrage mesure|2/8}} ;
*** battues à 4 temps : {{chiffrage mesure|4/1}}, {{chiffrage mesure|4/2}}, {{chiffrage mesure|4/4}} (ou {{chiffrage mesure|C}}), {{chiffrage mesure|4/8}} ;
*** battues à 3 temps : {{chiffrage mesure|3/1}}, {{chiffrage mesure|3/2}}, {{chiffrage mesure|3/4}}, {{chiffrage mesure|3/8}} ;
* mesures composées :
** binaires
*** battues à deux, temps : {{chiffrage mesure|6/2}}, {{chiffrage mesure|6/4}}, {{chiffrage mesure|6/8}}, {{chiffrage mesure|6/16}} ;
*** battues à 4 temps : {{chiffrage mesure|12/4}}, {{chiffrage mesure|12/8}}, {{chiffrage mesure|12/16}} ;
** ternaires {{chiffrage mesure|9/2}}, {{chiffrage mesure|9/4}}, {{chiffrage mesure|9/8}}, {{chiffrage mesure|9/16}}.
Il existe également des mesures :
* à cinq temps ; c'est interprété comme une mesure à deux temps suivie d'une mesure à trois temps, ou le contraire ; par exemple {{chiffrage mesure|5/2}}, {{chiffrage mesure|5/4}}, {{chiffrage mesure|5/8}} ;
* à sept temps ; c'est interprété comme une mesure à trois temps suivie d'une mesure à quatre temps, ou le contraire ; par exemple {{chiffrage mesure|7/2}}, {{chiffrage mesure|7/4}}, {{chiffrage mesure|7/8}}.
==== Autre (à reformuler et à compléter) ====
Des symboles figurant sur ces barres peuvent indiquer des répétitions de plusieurs mesures.
ou à chaque « changement de mesure » (formule elliptique pour dire « changement d'indication de mesure »).
=== Variations de tempo ou de durée ===
On peut avoir des variations de tempo au sein d'un même morceau, d'un même mouvement.
S'il s'agit d'un changement radical, on place une double barre de mesure suivie de l'indication du nouveau chiffrage de mesure ou du nouveau tempo.
On peut aussi avoir des variations progressives :
* ''ritardantdo'', noté {{chiffrage mesure|''rit.''}} ou {{chiffrage mesure|''ritard.''}} : le tempo ralentit progressivement ;
* ''accelerando'' : le tempo augmente progressivement.
Il existe également un « crescendo rythmique » : les notes sont liées par des barres qui s'écartent, on commence par des croches et l'on termine par des triples ou quadruples croches selon l'indication.
Le terme ''{{lang|la|ad lib.}}'' (pour ''{{lang|la|ad libitum}}'', « selon votre plaisir ») indique que l'interprète peut prendre des libertés avec le rythme.
== Hauteur ==
=== Portée ===
La portée est l'ensemble des lignes et des interlignes où sont placées les notes. Elle symbolise la hauteur des notes et permet, avec l'habitude, d'identifier instantanément une ou plusieurs notes.
Introduite au moyen-âge pour permettre de retranscrire la musique orale, elle s'est d'abord composée d'une seule ligne puis, pour une question de lisibilité, a progressivement atteint le nombre de cinq lignes (et donc quatre interlignes). Elle est longtemps restée à une écriture sur quatre lignes, adaptée au chant (voir : ''[[w:Chant grégorien|Chant grégorien]]'') puis avec le perfectionnement des instruments, a enfin acquis une cinquième ligne.
Pour pouvoir représenter les notes qui sont hors de la portée, on lui ajoute un ou plusieurs segments supplémentaires, appelés « lignes supplémentaires », au-dessous ou au-dessus lorsque nécessaire.
Pour éviter d'avoir à lire (ou écrire) certaines mélodies uniquement sur ces lignes supplémentaires, on a eu l'idée d'utiliser plusieurs clefs (cf. ci-dessous). On peut également tout décaler d'une octave, avec les indications « 8<sup>va</sup> » (𝄶, ''{{lang|it|ottava alta}}'', jouer une octave au-dessus de ce qui est écrit) et « 8<sup>vb</sup> » (𝄷, ''{{lang|it|ottava bassa}}'', jouer une octave en dessous de ce qui est écrit).
=== Position de la note ===
La position de la note sur la portée indique sa hauteur. On part de la ligne indiquée par la clef (cf. ci-dessous). Lorsque l'on passe d'une ligne à l'interligne supérieure, ou d'une interligne à la ligne supérieure, on « monte » d'une note dans l'échelle « ''do ré mi fa sol la si'' » ; et l'inverse si l'on descend d'une ligne ou d'une interligne.
On peut placer des notes au-dessus ou en dessous de la portée. On place alors des « lignes supplémentaires », des petits bouts de ligne qui dépassent légèrement de la note à gauche et à droite.
=== Accidents ===
Un accident est le fait de monter ou descendre une note d'un demi-ton (en général) ou de deux demi-tons (rarement) ; il peut s'agir d'un changement de tonalité à un instant donné dans le morceau, ou bien d'un chromatisme (montée ou descente par demi-tons successifs). L'accident est valable jusqu'à la fin de la mesure dans laquelle il est placé. Il s'agit d'altérations accidentelles qui résident dans l'ajout dans la mesure d'un ou plusieurs dièses ♯, bémols ♭ ou bécarres ♮ ; le bécarre annule une altération en cours, qu'elle soit à la clef ou accidentelle.
Si la tonalité doit changer pour une grande durée, on insère alors un changement de tonalité, comme en début de partition.
=== Clefs ===
La clef définit le positionnement des notes sur la portée.
La lecture des lignes supplémentaires est plus difficile que la lecture des notes situées sur la portée. Pour cette raison, les notes qui sont placées sur la portée dépendent de l'instrument, de sa tessiture. Il y a donc plusieurs clefs.
Ainsi, sur une partition de piano, la clef de ''sol'' indiquera la partie aiguë du piano alors que la clef de ''fa'' en indiquera la partie basse.
À l'origine, à chaque note correspondait une clef. Désormais ne subsistent que trois clefs principales, la clef de ''sol'', de ''fa'' et d’''ut'' (autre nom du ''do''), chacune d'elles étant privilégiée par un instrument. La clef est fondamentale, car elle permet de repérer tout de suite la note de référence. Par exemple, pour la clef de ''sol'', la ligne figurant dans la spirale de la clef est la ligne pour la note ''sol''… d'où le nom de la clef (qui représente la lettre G stylisée, ancien nom du ''sol'' encore en usage dans le système anglo-saxon).
De même, la clef de ''fa'' indique où se trouve la note ''fa'', entre les deux points (restes des deux barres horizontales de la lettre F, stylisée) de la clef. Idem pour la clef d’''ut'' (issue de la lettre C) : le ''do'' se place sur la ligne passant entre les deux anses.
La figure ci-dessous montre neuf clefs avec la note de référence correspondante (sauf pour la « batterie », pour laquelle la position de la note n'indique pas une hauteur mais un instrument utilisé).
: [[Image:MainMusicalClefs.png|800px|Exemple de clefs.]]
La figure ci-dessous montre la note correspondant à la première ligne pour les différentes clefs.
: <score raw="1" lang="lilypond">
\version "2.18.2"
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% Distance uniforme entre la clef et la note
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</score>
Les figures ci-dessous représentent les noms des notes dans les trois principales clefs.
: [[Image:Clef de sol 2 nom des notes.png|300px]]
: [[Image:Clef de fa 4 nom des notes.png|300px]]
: [[Image:Clef d ut 3 nom des notes.png|300px]]
La figure ci-dessous représente le positionnement relatif de huit clefs entre elles (clef de ''fa'' 4<sup>e</sup> ligne, clef de ''fa'' 3, clef d’''u''t 4{{e}} ligne, clef d’''ut'' 3, clef d’''ut'' 2, clef d’''ut'' 1<sup>re</sup>, clef de ''sol'' 2 et clef de ''sol'' 1), avec comme référence un ''do'' medium (''do''<sup>3</sup>/C<sub>4</sub>, voir [[#Désignation des octaves|ci-dessous]]).
: [[Image:Do dans huit clefs.svg|class=transparent|300px]]
Voici une autre manière de représenter la correspondance du ''do'' medium des clefs :
: [[Image:Correspondance do dans trois clef.svg|class=transparent|150px]]
On remarque que le nom des notes est le même dans la clef de ''sol'' 1<sup>re</sup> ligne et dans la clef de ''fa'' 4<sup>e</sup> ligne, mais il y a deux octaves de différence. Il y a donc concrètement sept clefs.
Actuellement, la clef de ''sol'' 2<sup>e</sup> ligne, appelée simplement « clef de ''sol'' », et la clef de ''fa'' 4<sup>e</sup> ligne, appelée simplement « clef de ''fa'' », sont le plus souvent utilisées. Les autres clefs sont également utilisées régulièrement : ''ut'' 4<sup>e</sup> pour le violoncelle, ''ut'' 3<sup>e</sup> pour le violon alto, ''ut'' 2<sup>e</sup> pour le cor. Auparavant, on utilisait des clefs différentes pour les voix : ''ut'' 1 pour les mezzo sopranos, ''ut'' 2 pour les altos et contraltos, ''ut'' 3 pour les contraltos et hautes contres, ''ut'' 4 pour les ténors et ''fa'' 3 pour les barytons ; on utilise maointenant la clef de ''sol'' 2 et la clef de ''fa'' 4.
Les différentes clefs permettent de transposer à vue (voir [[Bases de solfège/Gammes et intervalles#Transposition|ci-avant]]) : en effet, si l'on prend une position donnée sur la portée, en changeant de clef, la note prendra tous les noms de la gamme. Ainsi, si l'on veut jouer une ou plusieurs notes au-dessus ou en dessous, il suffit de choisir la clef qui donnera le « bon » nom à la note. C'est utile par exemple lorsque l'on veut accompagner un chanteur qui ne peut pas chanter les notes les plus aiguës ou les plus graves, ou encore lorsqu'un instrument en ''ut'' veut jouer une partie écrite pour un instrument transpositeur (clarinette, cor anglais, trompette, saxophone…) ou ''vice versa''.
=== Désignation des octaves ===
[[Fichier:Notation des octaves.svg|vignette|upright=3|Notation des octaves selon plusieurs systèmes.]]
[[Fichier:Clavier piano et octaves.svg|vignette|upright=2.5|Octaves et clavier du piano.]]
On peut jouer chaque note à différentes octaves. Il est donc parfois nécessaire d'identifier l'octave lorsque l'on écrit en langage naturel (dans un texte). Plusieurs systèmes sont utilisés :
* le système français : l'octave est indiquée par un nombre placé en supérieur (exposant) ; le ''do'' situé juste sous la portée de la clef de ''sol'' est le ''do''<sup>3</sup>, le ''do'' situé juste sous la portée de la clef de ''fa'' est le ''do''<sup>1</sup>, il n'y a pas d'octave zéro (les octaves inférieures sont négatives) ;
* le système étatsunien, ou système scientifique : l'octave est indiquée par un nombre placé en inférieur (indice) ; le ''do'' situé juste sous la portée de la clef de ''sol'' est le C<sub>4</sub>, le ''do'' situé juste sous la portée de la clef de ''fa'' est le C<sup>2</sup> ;
* le système allemand, ou système de Helmholtz : les notes de la gamme au milieu de la portée de la clef de ''fa'' sont notées par des minuscules (c d e f g h) ; on monte les octaves en ajoutant des apostrophes (les notes médium sont par exemple notées c’ d’ e’ f’ g’ h’) ; l'octave inférieure est notée en majuscules (C D E F G H), on descend les octaves en ajoutant des virgules (C, D, etc.) ;
* le format midi ''({{lang|en|musical instrument digital interface}})'' donne un numéro à chaque note de la game tempérée (en progressant par demi-ton), le ''do'' situé juste sous la portée de la clef de ''sol'' est la note {{n°|60}}.
Le ''la'' à {{unité|440|Hz}} est donc noté :
* système français : ''la''<sup>3</sup> ;
* système étatsunien (scientifique) : A<sub>4</sub> ;
* système allemand (Helmholtz) : a’ ;
* midi : 69.
== La partition ==
La partition (en anglais : ''{{lang|en|sheet music}}'') est le document, imprimé ou numérique, décrivant la musique à jouer. Dans le cas de la musique d'ensemble, la musique à jouer par chaque instrument, ou voix, est ventilée en différents documents, ou « parties », d'où le terme « partition ». Une « partie » (''{{lang|en|part}}'' en anglais) est donc l'ensemble de feuilles contenant la musique à jouer par une voix, un instrument. Les différentes voix sont regroupées sur un document unique, appelé « conducteur » (en anglais : ''{{lang|en|score}}''), qui est utilisé par le chef ou la cheffe d'orchestre.
Lorsqu'il y a peu de voix, en général pas plus de 4 ou 5, il n'y a parfois qu'un seul document, le conducteur, utilisé par tous et toutes les instrumentistes.
Une pièce musicale jouée à plusieurs instruments est parfois adaptée pour être jouée avec un seul instrument polyphonique, en général un piano ; on parle alors de « réduction ».
=== Disposition générale ===
[[Fichier:Les differentes parties d une partition.svg|vignette|upright=3|Les différentes parties d'une partition de musique.]]
La partition comporte un en-tête, qui contient au moins le titre de l'œuvre et le nom du ou des compositeurs et compositrices, et la musique à jouer. La musique à jouer est donc écrite sur des portées. Chaque portée débute par une clef qui indique la référence de la hauteur des notes.
Les pièces musicales comportent souvent des parties bien distinctes, appelées « mouvements ». Un mouvement comporte une « indication de mouvement », ou « indication de tempo », qui indique la rapidité à laquelle on doit jouer la partie. Il comporte également un chiffrage de la mesure, qui est habituellement valable pour tout le mouvement, même s'il peut y avoir ponctuellement des mesures ayant un chiffrage différent.
=== Disposition des portées en musique polyphonique ===
Une partition peut faire figurer les parties jouées par plusieurs voix, soit que l'on ait un instrument polyphonique (typiquement piano, orgue, harpe), soit que l'on ait plusieurs instruments.
On peut avoir deux voix sur une même portée, s'il n'y a pas d'ambiguïté (en particulier pas de croisement de voix). Mais fréquemment, on a une portée par voix. Les portées sont alors regroupées en un « système », et la partie gauche de la page contient une « nomenclature », c'est-à-dire le nom des différentes voix.
=== Armure ou armature ===
L'armure, ou armature, comporte des signes d'altération (dièses, bémols et bécarres) qui sont valables pour tout le mouvement. Ils définissent la tonalité principale du mouvement, autrement dit la gamme utilisée majoritairement pour le mouvement.
=== Sections et repères ===
Un mouvement est une partie « homogène » de pièce musicale : elle utilise majoritairement une tonalité, un tempo, et est structurée autour de quelques thèmes musicaux. Les mouvements sont séparés par des doubles barres de mesure « 𝄁 ». Mais un mouvement peut comporter plusieurs sections, avec un changement de « couleur » : le tempo va être ralenti ou accéléré, on va moduler (changer de tonalité)… Une section est parfois encadrée par des doubles barres de mesure, et peut porter un nom ; pour une chanson de musique populaire, les sections sont souvent « introduction », « couplet », « refrain », « pont » et « coda ».
Par ailleurs, lorsqu'une partition comporte un grand nombre de mesures, elle comporte souvent des repères permettant d'identifier des parties spécifiques à travailler, en travail personnel ou en répétition. Il peut s'agir de la numérotation des mesures, mais aussi de repères sous forme de lettres ou de nombres, souvent encadrés (<span style="border:solid 1px black">A</span>, <span style="border:solid 1px black">1</span>…).
== Indications d'interprétation ==
Jusqu'ici, nous avons indiqué la hauteur et la durée des notes. Mais l'interprétation va plus loin que cela. D'autres éléments dans la manière de jouer vont donner le « style ».
=== Nuances ===
La '''nuance''' correspond au volume sonore ; pour faire le parallèle avec la parole, cela va du murmure au hurlement. Les nuances portent un nom italien, et sont abrégés comme suit (du plus doux au plus fort) :
* ''il piu pianissimo possibile'', {{chiffrage mesure|''ppp''}} : le plus doucement possible ;
* ''pianissimo'', {{chiffrage mesure|''pp''}} : très doucement ;
* ''piano'', {{chiffrage mesure|''p''}} : doucement ;
* ''mezzo piano'', {{chiffrage mesure|''mp''}} : moyennement doux ;
* ''mezzo forte'', {{chiffrage mesure|''mf''}} : moyennement fort, volume « normal » ;
* ''forte'', {{chiffrage mesure|''f''}} : fort ;
* ''fortissimo'', {{chiffrage mesure|''ff''}} : très fort ;
* ''il piu fortissimo possibile'', {{chiffrage mesure|''fff''}} : le plus fort possible.
On peut faire varier le volume de manière progressive sur plusieurs notes :
* ''crescendo'', {{chiffrage mesure|''cresc.''}} ou bien par un signe « < » s'étendant de la première à la dernière note : augmentation progressive ;
* ''decrescendo'', {{chiffrage mesure|''decresc.''}} ou bien par un signe « > » s'étendant de la première à la dernière note : diminution progressive.
Ces indications sont portées au-dessus ou en dessous de la portée.
=== Dynamique ===
Par « dynamique », nous désignons la manière dont est jouée la note dans sa durée. L'attaque désigne la manière dont on commence une note. Les annotations placées à la verticale des notes sont placées du côté de la tête de note : au-dessus si la hampe est vers le bas, et ''vice versa''.
Si l'on place un point à la verticale de la note, la note est raccourcie, elle ne dure pas la totalité de sa durée. On parle de note « piquée » ou de ''{{lang|it|staccato}}''<ref>{{fr}} http://www.larousse.fr/encyclopedie/musdico/note/169356</ref>. Avec les instruments à corde, on étouffe la corde en posant un doigt dessus, ou bien si elle s'obtient avec un doigté (ce n'est pas une corde à vide), en relevant le doigt. Avec un instrument à vent, on bloque en général le souffle avec un coup de langue.
Si l'on place une parenthèse horizontale regroupant plus de deux notes, on ne sépare pas les notes entre elles. Les notes sont liées, on parle aussi de « coulé » ou de ''{{lang|it|legato}}''. Sur un instrument à vent, les notes sont jouées avec un même souffle. Sur un instrument à cordes frottées, les notes sont jouées avec un même trait d'archet. Il ne faut pas confondre cette notation avec les notes liées, pour lesquelles la parenthèse ne s'étend que sur deux notes qui ont la même hauteur.
Si l'on place un trait horizontal « — » à la verticale de la note, on s'attache au contraire à faire durer la note sur la totalité de la longueur. On parle de note tenue, ou ''{{lang|it|tenuto}}'', ou bien de note « lourée ». Contrairement au ''legato'' (voir ci-après), les notes sont détachées. Lorsque l'on a plusieurs notes lourées qui se suivent, on peut les représenter en associant une liaison de ''{{lang|it|legato}}'' et des points de ''{{lang|it|staccato}}''.
Si l'on place un accent « > » à la verticale de la note, la note est jouée plus forte que ses voisines, la note est dite « accentuée ». L'interprétation de la note comporte trois parties :
* une attaque forte ;
* un maintien de la note à un volume équivalent aux notes alentours ;
* un silence sur le dernier tiers ou le dernier quart de la durée de la note.
On utilise aussi les notations ''forte-piano'' {{chiffrage mesure|''fp''}} (fort puis doucement), ou bien ''sforzando'' {{chiffrage mesure|''sfz''}}.
On peut avoir une note piquée et accentuée, marquée par un chapeau « ^ » ; on parle aussi de ''marcato'' (« marqué »). C'est une forme de ''staccato'' emphatique.
Les instruments à cordes frottées — violon, alto, violoncelle, contrebasse — peuvent aussi se jouer en pinçant les cordes. On parle de ''pizzicato'' (pluriel ''pizzicati''), noté {{chiffrage mesure|''pizz.''}}.
=== Indications explicites ===
La partition peut comporter des indications explicites. Il s'agit de mots ou d'expression, dans la langue du compositeur ou de la compositrice, ou bien dans la langue « à la mode » de l'époque, en général l'italien.
Certaines indications sont « normalisées » : on les rencontre fréquemment. D'autres sont originales.
Parmi les indications normalisées, on a celles qui indiquent le nom d'une danse ou d'un style musical, souvent introduit par le mot italien ''{{lang|it|a}}'' ou ''{{lang|it|alla}}'' (« à la », « à la manière de »). Par exemple :
* ''{{lang|it|a battuta}}'' : « à la battue », retour à une pulsation régulière suite à un passage d'interprétation libre (cadence, ''ad libitum'') ;
* ''{{lang|la|ad libitum}}'', ''{{lang|it|ad lib.}}'' : « à volonté », désigne soit une interprétation libre (cadence), en particulier sans respecter rigoureusement le rythme ; soit le fait de répéter un passage autant de fois qu'on le veut ;
* ''{{lang|it|a cadenza}}'' : « à la cadence » : désigne une interprétation libre (cadence) ;
* ''{{lang|it|a capriccio}}'' : « selon son caprice », indique que le soliste ou la soliste peut suivre sa fantaisie pour interpréter le passage ;
* ''{{lang|it|alla breve}}'' : joué « à la ronde », les temps forts étant au début de chaque ronde ou équivalent ; désigne en général une mesure à 2/2,
* ''{{lang|it|alla militare}}'' : joué à la manière d'une marche militaire ;
* ''{{lang|it|all’ ottava}}'' : « à l'octave », joué ou chanté à l'octave supérieure (8<sup>va</sup>) ;
* ''{{lang|it|alla polacca}}'' : joué à la manière d'une polonaise, une danse à trois temps ;
* ''{{lang|it|allargando}}'' : « en élargissant », en ralentissant
* ''{{lang|it|alla zoppa}}'' : joué de manière syncopée, « en boitant » ;
* ''{{lang|it|a mezza voce}}'' : « à demi-voix » ;
* ''{{lang|it|a piacere}}'' : « selon son plaisir » : indique que le soliste ou la soliste peut suivre son plaisir pour interpréter le passage ;
Parmi les autres indications courantes :
<div style="column-count:2">
* ''{{lang|it|accelerando}}'' : « en accélérant » ;
* ''{{lang|it|affettuoso}}'' : « affectueusement » ;
* ''{{lang|it|agitato}}'' : « agité » ;
* ''{{lang|it|appassionato}}'' : « passionné » ;
* ''{{lang|it|arpeggio}}'' : « arpège », jouer l'accord en arpège ;
* ''{{lang|it|attacca}}'' : « attaquer », enchaîner avec le mouvement suivant ;
* ''{{lang|it|bocca chiusa}}'' : « bouche fermée », chanter la bouche fermée ;
* ''{{lang|it|cantabile}}'' : « chantable », chanter ou jouer en faisant ressortir la mélodie ;
* ''{{lang|it|cantando}}'' : « en chantant », chanter ou jouer en faisant ressortir la mélodie ;
* céder, cédez : ralentir ;
* ''{{lang|it|coll’arco}}'' : « avec l'archet », après un passage en pizzicati ;
* ''{{lang|it|colla parte}}'' : « avec la partie », jouer la même chose que le chant ;
* ''{{lang|it|col legno}}'' : « avec le bois », frapper les cordes avec le bois de l'archet ;
* ''{{lang|it|commodo}}'' : « commodément », sans se presser ;
* ''{{lang|it|con anima}}'' : « avec âme » ;
* ''{{lang|it|con bri}}'' : « avec hardiesse » ;
* ''{{lang|it|con fuoco}}'' : « avec feu » ;
* ''{{lang|it|con moto}}'' : « avec animation » ;
* ''{{lang|it|con spirito}}'' : « avec vivacité » ;
* ''{{lang|it|da capo}}'', D.C. : « depuis la tête », revenir au début du mouvement ;
* ''{{lang|it|dal segno}}'', D.S. : « depuis le signe », revenir au ''{{lang|it|segno}}'' 𝄋 ;
* ''{{lang|it|diminuendo}}'' : « en diminuant », ''{{lang|it|decrescendo}}'' ;
* ''{{lang|it|dolce}}'' : « doux » ;
* ''{{lang|it|dolcissimo}}'' : « très doux » ;
* ''{{lang|it|lusigando}}'' : « en flattant » ;
* ''{{lang|it|ritardando}}'', ''rit.'' : « en retardant », en ralentissant ;
* ''{{lang|it|giocoso}}'' : « joyeux » ;
* ''{{lang|it|grazioso}}'' : « gracieux » ;
* ''{{lang|it|lamentabile}}'' : « en se lamentant » ;
* ''{{lang|it|languido}}'' : « en se languissant » ;
* ''{{lang|it|legato}}'' : « lié » ;
* ''{{lang|it|leggiero}}'' : « léger » ;
* ''{{lang|it|l’istesso tempo}}'' : « le même mouvement », jouer à la même vitesse ;
* ''{{lang|it|loco}}'' : « lieu », jouer à l'octave normale (après un 8<sup>va</sup> ou un 8<sup>ba</sup>) ;
* ''{{lang|it|maestoso}}'' : « majestueusement » ;
* ''{{lang|it|maarcato}}'' : « marqué », cadencé comme une marche ;
* ''{{lang|it|meno mosso}}'' : « moins agité », moins vite ;
* ''{{lang|it|più mosso}}'' : « plus agité », plus vite ;
* ''{{lang|it|rallentando}}'', ''rall.'' : « en ralentissant » ;
* ''{{lang|it|ritenuto}}'', ''rit.'' : « retenu », en ralentissant ;
* ''{{lang|it|sotto voce}}'' : « sous la voix », à voix basse ;
</div>
=== Ornements ===
La manière de jouer les ornements varie selon les époques ; l'instrumentiste a une certaine liberté d'interprétation, notamment quant à la rapidité d'exécution.
'''Le trille''' consiste à alterner la note principale avec la note directement supérieure.
{| border="1" cellspacing=0 cellpadding=3
|+ Trille
!Notation
! Interprétation avant 1800
! Interprétation après 1800
|-
|[[Image:VerzierungenTrillerNB1.png|320x64px]]
|[[Image:VerzierungenTrillerNB2.png|320x64px]]
|[[Image:VerzierungenTrillerNB3.png|320x64px]]
|-
|}
'''Le mordant''' consiste en un « trille court », avec la note directement supérieure ([[Image:Pralltriller.PNG|12px]]) ou inférieure ([[Image:Mordent.png|12px]]) à la note principale.
{| border="1" cellpadding="3" cellspacing="0"
|+ Mordant
! Notation
! Interprétation avant 1800
! Interprétation après 1800
|-
|[[Image:VerzierungenPrallerNB1.png|320x64px]]
|[[Image:VerzierungenPrallerNB2.png|320x64px]]
|[[Image:VerzierungenPrallerNB3.png|320x64px]]
|}
'''L'appogiature''' consiste en une note brève jouée avant la note principale. On distingue l'appogiature « longue » de l'appogiature « brève » (ou « acciaccature »), cette dernière étant représentée par une note barrée.
{| border="1" cellpadding="3" cellspacing="0"
|+ Appogiature longue
! Notation
! Interprétation
|-
|[[Image:Music-appoggiatura.svg|class=transparent|320x64px]]
| [[fichier:Appoggiatura notation.svg|class=transparent|320x64px]]<br />[[fichier:Appogiatura common practice interpretation.png|class=transparent|320x64px]]
|}
{| border="1" cellpadding="3" cellspacing="0"
|+ Appogiature brève (acciaccature)
! Notation
! Interprétation
|-
|[[Image:Music-acciaccatura.svg|class=transparent|320x64px]]
|[[Image:Classic acciaccatura.jpg|640x128px]]
|}
== Logiciels d'écriture ==
Il existe des logiciels pour écrire la musique :
* logiciels libres :
** [[LilyPond]]/Frescobaldi<ref> https://www.frescobaldi.org/ </ref> : LilyPond est un langage avec lequel on décrit la musique : « c4 » pour un ''do'' noire, « d8 » pour un ''ré'' croche ; Frescobaldi est une interface qui facilite l'utilisation de LilyPond, en particulier, l'éditeur de texte est associé au visualiseur PDF ;
** MuseScore : un logiciel qui s'utilise « à la souris » : pour mettre une ''do'' noire, on clique sur l'icône « croche » puis on clique sur la position du ''do'' sur la portée ;
* logiciels payants (il existe en général une version gratuite avec des possibilités restreintes ou une durée limitée) :
** Finale<ref>https://www.finalemusic.com/</ref>, le développement s'est arrêté en août 2024 après 35 ans d'existence ;
** Dorico<ref> https://www.steinberg.net/fr/dorico/ </ref> ;
** Sibelius<ref> https://www.avid.com/sibelius </ref>.
== Autres notations ==
=== Civilisation Hourrite ===
[[fichier:Hurritische hymne.gif|vignette|Reproduction d'une tablette des ''Chants Hourrites''.]]
Une des plus anciennes partitions a été découverte dans les années 1950 à Ougarit (Syrie actuelle). Elle date de –1400, est écrite en caractères cunéiformes sur des tablettes d'argile ; elle est connue sous le nom de ''Chants Hourrites'' et contient un hymne à la déesse Nikkal<ref>{{lien web |url=https://www.rtbf.be/article/l-hymne-a-nikkal-la-plus-ancienne-partition-musicale-connue-au-monde-se-devoile-en-musique-10735430 |titre=L’hymne à Nikkal, la plus ancienne partition musicale connue au monde se dévoile en musique |auteur=Céline Dekock |site=RTBF |date=2022-04-04}}.</ref>.
=== Partition japonaise ancienne ===
[[fichier:Tempyo Biwa Fu.jpg|vignette|center|天平琵琶譜 ''(Tempyō biwa fu)''.]]
{{clear}}
=== Danse ===
* Comment écrire la danse ? : https://www.youtube.com/watch?v=_VqXt5Pq86Y
== Notes ==
<references />
== Voir aussi ==
; Dans Wikipédia
* [[w:Tempo|Tempo]]
; Vidéo
* {{lien web |url=https://www.youtube.com/watch?v=5rD82hnqq2A |titre=Comment lire une partition sans connaître la musique ? [NIVEAU 4 : Cours de solfège accéléré] |site=Val So Classic/YouTube |date=2021-03-28 |consulté le=2023-12-15}}
----
''[[../Harmonie|Harmonie]]'' < [[../|↑]] > ''[[../Forme d'une œuvre|Forme d'une œuvre]]''
[[Catégorie:Formation musicale (livre)|Representation]]
to47vukp59c3kdjw7asjnmcpjnpag0d
Liste de mnémoniques
0
12821
766564
763742
2026-05-15T08:20:31Z
DavidL
1746
766564
wikitext
text/x-wiki
Cette page contient une '''liste de [[w:mnémotechnique|mnémotechniques]]''', c’est-à-dire différentes constructions qui facilitent la mémorisation.
Par exemple : afin de retenir beaucoup plus facilement les sept péchés capitaux, une phrase mnémotechnique possible offrant une image plus visuelle regroupant une partie ou la totalité d'un péché :
Par goût, Colette envie l'orgue luxueux d'Avarice
(Paresse, gourmandise, colère, envie, orgueil, luxure, avarice)
== Atmosphère ==
=== Structure verticale ===
L’atmosphère terrestre présente une structure verticale en couches basée sur l’évolution de la température. On distingue la Troposphère (siège des phénomènes météorologiques), la Stratosphère, la Mésosphère et la Thermosphère (et l'exosphère).
'''T'''out '''S'''ur '''M'''a '''T'''ête
'''Trop''' de '''Str'''ess et de '''Més'''aventures '''Ter'''rifient à l''''Ex'''trème
== Mathématiques ==
=== Les 126 premières décimales du nombre π (pi) ===
Le nombre de lettres de chaque mot de ce poème correspond à une décimale de [[w:Pi|Pi]]. Un mot de dix lettres correspond au chiffre 0.
{|
|- align="center"
| ''Que'' || || ''j'' || ''<nowiki>’</nowiki>'' || ''aime'' || ''à'' || ''faire'' || ''apprendre'' || ''un'' || ''nombre'' || ''utile'' || ''aux'' || ''sages'' || ''!''
|- align="center"
! 3 !! , !! 1 !! !! 4 !! 1 !! 5 !! 9 !! 2 !! 6 !! 5 !! 3 !! 5
|}
{|
|- align="center"
| ''Immortel'' || ''Archimède'' || '','' || ''artiste'' || ''ingénieur'' || '',''
|- align="center"
! 8 !! 9 !! !! 7 !! 9
|}
{|
|- align="center"
| ''Qui'' || ''de'' || ''ton'' || ''jugement'' || ''peut'' || ''priser'' || ''la'' || ''valeur'' || ''?''
|- align="center"
! 3 !! 2 !! 3 !! 8 !! 4 !! 6 !! 2 !! 6
|}
{|
|- align="center"
| ''Pour'' || ''moi'' || '','' || ''ton'' || ''problème'' || ''eut'' || ''de'' || ''pareils'' || ''avantages'' || ''...''
|- align="center"
! 4 !! 3 !! !!3!! 8 !! 3 !! 2 !! 7 !! 9
|}
{|
|- align="center"
| ''Jadis'' || '','' || ''mystérieux'' || , || ''un'' || ''problème'' || ''bloquait''
|- align="center"
! 5 !! !! 0 !! !! 2 !! 8 !! 8
|}
{|
|- align="center"
| ''Tout'' || ''l'' || ''<nowiki>’</nowiki>'' || ''admirable'' || ''procédé'' || '','' || ''l'' || ''<nowiki>’</nowiki>'' || ''œuvre'' || ''grandiose''
|- align="center"
! 4 !! 1 !! !! 9 !! 7 !! !! 1 !! !! 6 !! 9
|}
{|
|- align="center"
| ''Que'' || ''Pythagore'' || ''découvrit'' || ''aux'' || ''anciens'' || ''Grecs'' ||''.''
|- align="center"
! 3 !! 9 !! 9 !! 3 !! 7 !! 5
|}
{|
|- align="center"
| ''Ô'' || ''quadrature'' || ''!'' || ''Vieux'' || ''tourment'' || ''du'' || ''philosophe'' || ''...''
|- align="center"
! 1 !! 0 !! !! 5 !! 8 !! 2 !! 0
|}
{|
|- align="center"
| ''Insoluble'' || ''rondeur'' || '','' || ''trop'' || ''longtemps'' || ''vous'' || ''avez''
|- align="center"
! 9 !! 7 !! !! 4 !! 9 !! 4 !! 4
|}
{|
|- align="center"
| ''Défié'' || ''Pythagore'' || ''et'' || ''ses'' || ''imitateurs'' || ''.''
|- align="center"
! 5 !! 9 !! 2 !! 3 !! 0
|}
{|
|- align="center"
| ''Comment'' || ''intégrer'' || ''l'' || ''<nowiki>’</nowiki>'' || ''espace'' || ''plan'' || ''circulaire'' || ''?''
|- align="center"
! 7 !! 8 !! 1 !! !! 6 !! 4 !! 0
|}
{|
|- align="center"
| ''Former'' || ''un'' || ''triangle'' || ''auquel'' || ''il'' || ''équivaudra'' || ''?''
|- align="center"
! 6 !! 2 !! 8 !! 6 !! 2 !! 0
|}
{|
|- align="center"
| ''Nouvelle'' || ''invention'' || '':'' || ''Archimède'' || ''inscrira''
|- align="center"
! 8 !! 9 !! !! 9 !! 8
|}
{|
|- align="center"
| ''Dedans'' || ''un'' || ''hexagone'' || '';'' || ''appréciera'' || ''son'' || ''aire''
|- align="center"
! 6 !! 2 !! 8 !! !! 0 !! 3 !! 4
|}
{|
|- align="center"
|''Fonction'' || ''du'' || ''rayon'' || ''.'' || ''Pas'' || ''trop'' || ''ne'' || ''s'' || ''<nowiki>’</nowiki>'' || ''y'' || ''tiendra''
|- align="center"
! 8 !! 2 !! 5 !! !! 3 !! 4 !!2 !! 1 !! !! 1 !! 7
|}
{|
|- align="center"
|''Dédoublera'' || ''chaque'' || ''élément'' || ''antérieur''
|- align="center"
! 0 !! 6 !! 7 !! 9
|}
{|
|- align="center"
|''Toujours'' || ''de'' || ''l'' || ''<nowiki>’</nowiki>'' || ''orbe'' || ''calculé'''e'''''¹ || ''approchera''
|- align="center"
! 8 !! 2 !! 1 !! !! 4 !! 8 !! 0
|}
{|
|- align="center"
|''Définira'' || ''limite'' || '';'' || ''enfin'' || '','' || ''l'' || ''<nowiki>’</nowiki>'' || ''arc'' || '','' || ''le'' || ''limiteur''
|- align="center"
! 8 !! 6 !! !! 5 !! !! 1 !! !! 3 !! !! 2 !! 8
|}
{|
|- align="center"
|''De'' || ''cet'' || ''inquiétant'' || ''cercle'' || '','' || ''ennemi'' || ''trop'' || ''rebelle''
|- align="center"
! 2 !! 3 !! 0 !! 6 !! !! 6 !! 4 !! 7
|}
{|
|- align="center"
|''Professeur'', || ''enseignez'' || ''son'' || ''problème'' || ''avec'' || ''zèle'' || ''!''
|- align="center"
! 0 !! 9 !! 3 !! 8 !! 4 !! 4
|}
¹ Le mot orbe est du masculin mais ce ne fut pas toujours le cas, ceci induit à présent une faute d’accord à « ''calculée'' » que l’on peut remplacer par « ''escompté'' » pour conserver le bon nombre de lettres.
=== Premières décimales de l’inverse du nombre π : 1/π ===
La valeur de '''1/π = 0,3183098''' se retient sous la forme d’une phrase historique faisant référence aux trois glorieuses :
{{Citation|« Les 3 journées de 1830 ont renversé 89 [la Révolution de 1789] »}}.
Le score de la finale de la coupe du monde de football 98 a fait '''un surpris''' (1 sur pi), côté Brésil : '''0''', '''3''' (c’est le feu ! = '''18''' = '''''Cher''''' payé ?) ; '''3-0''' ('''''Gard'''''ez en souvenir) '''98'''
=== Trigonométrie ===
Le principe est de ne retenir que la première lettre ou la première syllabe des mots-clés de chaque définition ou théorème :
==== Définitions ====
* « Cosinus = côté Adjacent sur l'Hypoténuse »
* « Sinus = côté Opposé sur l'Hypoténuse »
* « Tangente = côté Opposé sur côté Adjacent »
Une "phrase" permet de se rappeler ces trois définitions à la fois :
'''cah soh toa''' pour « ''casse-toi'' » : '''C'''osinus = '''A'''djacent sur '''H'''ypoténuse ; '''S'''inus = '''O'''pposé sur '''H'''ypoténuse ; '''T'''angente = '''O'''pposé sur '''A'''djacent. Certains préfèrent '''soh cah toa'''.
On peut aussi ressortir les dénominateurs de chaque fraction (afin de ne pas mélanger numérateurs et dénominateurs dans ces égalités) en apprenant les sons : '''SO-CA-TO, H-H-A''' (HHA étant les dénominateurs : '''S'''in ='''O'''pp /''H''yp , '''C'''os = '''A'''dj/''H''yp, '''T'''an='''O'''pp/''A''dj)
<br />
D'autres méthodes consistent à associer un "mot" facile à retenir à chacune des trois définitions:<br />
- Cosadi - Sinopi - Tanopad <br />
- cosadjip - sinopip - tangopaj <br />
- CAHier - SOHo - TOAst (ou COCA)
==== Théorèmes ====
* « sin (a+b) = sin a cos b + cos a sin b » devient « ''sico cosi'' »
* « cos (a+b) = cos a cos b - sin a sin b » devient « ''coco sisi'' » (ou « ''coco MOINS sisi'' ou « ''coco ISsi'' » pour retenir le signe)
* À noter que la formule « ''sico cosi / coco moins sisi'' » ou « ''Coco si méchant, si, Coco, si'' » permet également d’apprendre les formules de factorisation suivantes :
sin p + sin q = 2 sin [(p+q)/2] •cos [(p-q)/2]
sin p - sin q = 2 cos [(p+q)/2] •sin [(p-q)/2]
cos p + cos q = 2 cos [(p+q)/2] •cos [(p-q)/2]
cos p - cos q = -2 sin [(p+q)/2] •sin [(p-q)/2]
Avec p = A + B et q = A - B
'''Cosinus est menteur et raciste''' ('''CO'''s comme '''CO'''n) en effet cos (a+b) donne (cos a cos b) - (sin a sin b). Cosinus est donc menteur puisque le signe de l’addition (positive) est négatif. Cosinus est raciste puisque on obtient (cos a cos b) d’une part et (sin a sin b) d’autre part : les cosinus et les sinus ne se mélangent pas.
'''co'''sinus est un '''co'''pain '''co'''n (copain pour le sens et con pour le signe): cos(a'''+'''b)= cos(a)cos(b) '''-''' sin(a)sin(b) : les cosinus restent ensemble, mais le signe change.
'''s'''inus est une '''s'''alade '''s'''ympa (salade pour le sens et sympa pour le signe): sin (a'''+'''b)=sin(a)cos(b) '''+''' sin(b)cos(a) : sin et cos se mélangent mais le signe reste le même
On trouve également : '''opip adjip opadj''' : sinus ('''op'''posé sur '''hyp'''oténuse), cosinus ('''adj'''acent sur '''hyp'''oténuse), tangente ('''op'''posé sur '''adj'''acent). La phrase prononcée rapidement d’un seul coup est très facile à mémoriser.
De même que '''SOH CAH TOA''': '''S'''inus= '''O'''pposé sur '''H'''ypoténuse '''C'''osinus= '''A'''djacent sur '''H'''ypoténuse '''T'''angente= '''O'''pposé sur '''A'''djacent
On peut lui substituer la formule plus percutante : '''CAH SOH TOA''' (à prononcer Casse toi ! )
=== Dates et constantes ===
Le [[w:code chiffres-sons|code chiffres-sons]] est une méthode qui permet de se souvenir de dates ou de valeurs numériques en formant des phrases.
=== Formules de géométrie ===
* Circonférence d’un cercle : 2 pi R (2 pierres)
** La circonférence est toute fière d’être égale à 2 pi R
* Aire d’un disque: pi R<sup>2</sup> (« pierre carrée » ou « pierre deux »)
** Le cercle est tout joyeux d’être égal à pi R<sup>2</sup> (prononcer « pi R deux »)
* « Le volume de la sphère, est quoi qu’on y puisse faire, 4/3 pi R<sup>3</sup>, fut-elle de bois. » ([[w:fr:Marcel Pagnol|Marcel Pagnol]])
Le volume d'une sphère, qu'elle soit de pierre, qu'elle soit de bois est égal aux 4/3 de pi R3
* Le volume d'une pizza (d'un camembert, ou de n'importe quel objet semblable) de rayon 'z' et de hauteur 'a' est égale à '''Pi.(z.z).a''' (la formule correspond à son nom)
soit V = π.z<sup>2</sup>.a
=== Analyse vectorielle ===
[[File:DRG chart fr.svg|thumb|right|300px|Diagramme des principales relations entre opérateurs de calcul vectoriel.]]
* Opérateurs s'annulant: '''DiR'''i'''G'''é (décrivant les flèches centrales sur le diagramme à droite)
** '''DiR'''i: <math>\mathrm{div}(\overrightarrow{\mathrm{rot}})=0</math>
** '''R'''i'''G''': <math>\overrightarrow{\mathrm{rot}}(\overrightarrow{\mathrm{grad}})=\vec{0}</math>
* Autres formules (flèches reliant div et grad sur le diagramme à droite):
** <math>\Delta = \mathrm{div}(\overrightarrow{\mathrm{grad}})</math>
** <math>\overrightarrow{\mathrm{grad}}(\mathrm{div})= \overrightarrow{\mathrm{rot}}(\overrightarrow{\mathrm{rot}})+\vec{\Delta}</math>
=== Ordre des opérations ===
En algèbre, les opérations simples : <code>(</code> <code>)</code>, <code>+</code>, <code>-</code>, <code>×</code> et <code>÷</code>, sont évaluées selon un certain ordre : '''PEMDAS''' pour « '''p'''arenthèses, '''e'''xposant,
'''m'''ultiplication, '''d'''ivision, '''a'''ddition et '''s'''oustraction ». Pour plus de détails sur l'application de ce mnémonique, voir [[:w:fr:Ordre des opérations|Ordre des opérations]].
=== Double distributivité ===
Retenir le mot « '''PIED''' » qui donne les termes à regrouper lorsque l’on développe : '''P'''remiers, '''I'''ntérieurs, '''E'''xtérieurs, '''D'''erniers.
=== Constante e<ref name="villemin.gerard">http://villemin.gerard.free.fr/Wwwgvmm/MnemoTe/Phrase.htm</ref> ===
{| border="0" cellpadding="0" cellspacing="1"
|align="center"|Tu
|
|align="center"|aideras
|
|align="center"|à
|
|align="center"|rappeler
|
|align="center"|ta
|
|align="center"|quantité
|
|align="center"|à
|
|align="center"|beaucoup
|
|align="center"|de
|
|align="center"|docteurs
|
|align="center"|amis.
|-
|align="center"|2
| ,
|align="center"|7
|
|align="center"|1
|
|align="center"|8
|
| align="center" |2
|
|align="center"|8
|
|align="center"|1
|
|align="center"|8
|
|align="center"|2
|
|align="center"|8
|
|align="center"|4
|}
=== Nombre d'or<ref name="villemin.gerard"/> ===
{| border="0" cellpadding="0" cellspacing="1"
|align="center"|Ô
|
|align="center"|nombre
|
|align="center"|d'
|
|align="center"|élégance
|
|align="center"|!
|
|align="center"|Toi,
|
|align="center"|toi,
|
|align="center"|grandiose,
|
|align="center"|étonnant :
|
|align="center"|''le nombre d'or''.
|-
|align="center"|1
| ,
|align="center"|6
|
|align="center"|1
|
|align="center"|8
|
|align="center"|0
|
|align="center"|3
|
|align="center"|3
|
|align="center"|9
|
|align="center"|8
|
|align="center"|
|}
(! pour 0)
=== Statistiques ===
* [[w:Règle 68-95-99.7|Règle 68-95-99.7]] : la proportion des échantillons entre [-σ, +σ], [-2σ, +2σ], [-3σ, +3σ] pour une distribution gaussienne centrée.
* Erreurs de première espèce et deuxième espèce.
** Se rappeler la fable d’Ésope dans laquelle un enfant [[wikt:crier au loup|crie au loup]] (hypothèse nulle <math>H_0</math>: « il n'y a aucun loup »).
**# D'abord, les villageois pensent qu'il y a un loup alors qu'il n'y en a aucun (erreur de première espèce).
**# Puis, les villageois pensent qu'il n'y a aucun loup alors qu'il y en a un (erreur de seconde espèce).
** Il y a une barre dans '''P'''ositif (faux positif : erreur de type '''I''') et deux barres dans '''N'''égatif (faux négatif : erreur de type '''II''').
== Sciences ==
=== Astronomie ===
==== Ordre des planètes du Système solaire ====
Il existe toute une série de termes mnémotechniques pour se souvenir de l'ordre des planètes à l’intérieur du [[w:système solaire|Système solaire]]. La première lettre de chaque mot de cette phrase correspond à la première lettre de chaque [[w:planète|planète]], de la plus rapprochée à la plus éloignée du Soleil. L'[[w:apostrophe|apostrophe]] ou la [[w:virgule|virgule]] peut représenter la [[w:ceinture d'astéroïdes|ceinture d'astéroïdes]] entre [[w:Mars (planète)|Mars]] et [[w:Jupiter|Jupiter]].
Voici l’ordre des planètes du Système solaire :
Mercure, Vénus, Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune.
''À NOTER que selon la [[w:Définition des planètes de l'UAI|nouvelle définition]] de l’[[w:Union astronomique internationale|Union astronomique internationale]] d’août [[w:2006|2006]], [[w:Pluton (planète naine)|Pluton]] n’est plus considérée comme une [[w:planète|planète]] mais comme une planète naine ([[w:(134340) Pluton|(134340) Pluton]])'' (de même que [[w:(1) Cérès|(1) Cérès]], [[w:(136199) Éris|(136199) Éris]], [[w:(136108) Haumea|(136108) Haumea]] et [[w:(136472) Makemake|(136472) Makemake]]), <br/>
'''''Ordre des planètes du Système solaire : '''Mercure, Vénus, Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune.''
On emploie par exemple les phrases suivantes :
*'''''M'''ême '''V'''ieux '''T'''ruc '''M'''ais '''J''''en '''S'''ais '''U'''n '''N'''ouveau.''
*'''''M'''a '''V'''ieille '''T'''ante '''M'''arie a '''J'''eté '''S'''amedi '''U'''n '''N'''avet.''
*'''''M'''a '''V'''ieille '''T'''rompette '''M'''e '''J'''oue '''S'''on '''U'''ltime '''N'''octurne.''
*'''''M'''a '''V'''oiture '''T'''e '''M'''ène '''J'''oyeusement '''S'''ur '''U'''ne '''N'''ationale.''
*'''''M'''arie, '''V'''iendras-'''T'''u '''M'''anger '''J'''eudi '''S'''ur '''U'''ne '''N'''appe ?''
*'''''M'''angez '''V'''os '''T'''artes, '''M'''ais '''J'''uste '''S'''ur '''U'''ne '''N'''appe .''
*'''''M'''e '''V'''oici '''T'''oute '''M'''ignonne''',''' '''J'''e '''S'''uis '''U'''ne '''N'''ébuleuse.''
*'''''M'''e '''V'''oici '''T'''oute '''M'''odifiée''',''' '''J'''e '''S'''uis '''U'''ne '''N'''ouveauté.''
*'''''M'''e '''V'''oilà '''T'''out '''M'''ouillé''',''' '''J''''ai '''S'''uivi '''U'''n '''N'''uage.''
*'''''M'''e '''V'''oilà '''T'''oute '''M'''ouillée''',''' '''J'''e '''S'''uis '''U'''ne '''N'''ymphomane.''
*'''''M'''on '''V'''ieux, '''T'''u '''M''''as '''J'''eté '''S'''ur '''U'''ne '''N'''avette.''
*'''''M'''on '''V'''ioloncelle '''T'''ombe, '''M'''ais '''J'''e '''S'''auve '''U'''ne '''N'''ote.
*'''''M'''aman '''V'''ole '''T'''ous '''M'''es '''J'''ouets, '''S'''auf '''U'''n '''N'''ounours !''
*'''''M'''e '''V'''oici, '''T'''onton '''M'''arcel, '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''ageur.''
*'''''M'''a '''V'''ille '''T'''hionville '''M'''ontre '''J'''oyeusement '''S'''on '''U'''nivers '''N'''octurne.''
*'''''M'''on '''V'''élo '''T'''e '''M'''ènera ''' J'''usque '''S'''ur '''U'''n '''N'''uage.''
*'''''M'''on '''V'''élo '''T'''ourne '''M'''al, ''' J''''en '''S'''ouhaite '''U'''n '''N'''ouveau.''
*'''''M'''onsieur, '''V'''ous '''T'''ravaillez '''M'''al ; - ''' J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''ovice.''
*'''''M'''al '''V'''êtu '''T'''oi '''M'''ême, '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''udiste''
*'''''M'''on '''V'''ieux '''T'''outou '''M'''édor '''J'''oue '''S'''ur '''U'''n '''N'''uage''
*'''''M'''a '''V'''erge '''T'''e '''M'''ènera '''J'''usque '''S'''ur '''U'''n '''N'''uage''
*'''''M'''ais '''V'''ous '''T'''ombez '''M'''al, '''J''''ai '''S'''auté '''U'''ne '''N'''aine''
* '''''M'''essieurs!''' V'''otre '''T'''rahison '''M'''<nowiki/><nowiki>'écœure: </nowiki>'''J'''ouer''' S'''ur '''U'''ne '''N'''omenclature!'' (au sujet de la disparition de Pluton de la liste)
*'''''S'''ors (pour Soleil) -'''M'''oi '''V'''ite '''T'''a '''M'''armite '''J'''aune '''S'''ur '''U'''ne '''N'''appe.''
*'''''M'''arquez '''V'''otre '''T'''emps '''M'''esuré '''J'''uste '''S'''ous '''U'''ne '''N'''anoseconde.''
'''Et pour les nostalgiques de Pluton...'''
* '''''M'''anon '''V'''iendras '''T'''u '''M'''anger '''J'''eudi '''S'''ur '''U'''ne '''N'''appe '''P'''ropre.''
*'''''M'''ercure '''V'''eut '''T'''aquiner '''M'''ars, '''J'''e '''S'''uis '''U'''ne '''N'''ouvelle '''P'''lanète.''
*'''''M'''ademoiselle, '''V'''ous '''T'''ravaillez '''M'''al, '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''ouveau '''P'''rofesseur''
*''Le '''M'''onde '''V'''oit '''T'''ourner du '''M'''atin '''J'''usqu'au '''S'''oir '''U'''niquement '''N'''euf '''P'''lanètes''.
*'''''M'''on '''V'''ieux, '''T'''u '''M'''e '''J'''ettes '''S'''ur '''U'''ne '''N'''ouvelle '''P'''lanète.''
*'''''M'''onsieur '''V'''euillez '''T'''ournez '''M'''a '''J'''upe '''S'''ans '''U'''ne '''N'''aïve '''P'''udeur.''
*'''''M'''e '''V'''oici, '''T'''oute '''M'''ignonne, '''J'''e '''S'''uis '''U'''ne '''N'''ouvelle '''P'''lanète.
*'''''M'''e '''V'''oici, '''T'''onton '''M'''arcel, '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''ageur '''P'''rofessionnel.
*'''''M'''e '''V'''oici, '''T'''out '''M'''ouillé, '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''ageur '''P'''ressé.
*'''''M'''e '''V'''oici, '''T'''out '''M'''ouillé, '''J''''ai '''S'''uivi '''U'''n '''N'''uage '''P'''luvieux.
*'''''M'''ais '''V'''iendras-'''T'''u '''M'''anger, '''J'''ulie, '''S'''ur '''U'''ne '''N'''appe '''P'''ropre.
*'''''M'''on '''V'''ieux '''T'''héâtre '''M'''e '''J'''oue '''S'''ouvent '''U'''ne '''N'''ouvelle '''P'''ièce.
*'''''M'''on '''V'''ieux, '''T'''u '''M''''as '''J'''eté '''S'''ur '''U'''ne '''N'''ouvelle '''P'''lanète.
*'''''S'''ors (pour Soleil) -'''M'''oi '''V'''ite '''T'''a '''M'''armite '''J'''aune '''S'''ur '''U'''ne '''N'''appe '''P'''ropre.''
*'''''M'''onsieur '''V'''ous '''T'''irez '''M'''al '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''ovice '''P'''itoyable.
* '''''Mé'''lanie, '''V'''ous '''T'''ombez '''Ma'''l, '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''avet '''P'''ourri.''
*'''''M'''on '''V'''aisseau '''T'''e '''M'''ènera '''J'''eudi '''S'''ur '''U'''ne '''N'''ouvelle '''P'''lanète.
*'''''M'''a '''V'''ieille '''T'''ante '''M'''arge '''J'''oue '''S'''ur '''U'''n '''N'''ouveau '''P'''iano.
*'''''M'''aman '''V'''ole '''T'''ous '''M'''es '''J'''ouets, '''S'''auf '''U'''n '''N'''ounours '''P'''ourri !''
*'''''M'''arin '''V'''aleureux, '''T'''u '''M'''ourras '''J'''eune '''S'''ur '''U'''n '''N'''avire '''P'''erdu !''
*'''''M'''on '''V'''élo '''T'''ourne '''M'''al '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''ouveau '''P'''iéton.
*'''''M'''erci '''V'''ous '''T'''ous '''M'''aintenant '''J'''e '''S'''ais '''U'''nir '''N'''euf '''P'''lanètes.
*'''''M'''élanie '''V'''ous '''T'''ombez '''M'''al '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''avet '''P'''ourri.
*'''''M'''es '''V'''ieilles '''T'''antes '''M'''angeaient '''J'''adis '''S'''ur '''U'''ne '''N'''appe '''P'''ercée.''
*'''''M'''ets '''V'''ite '''T'''on '''M'''aillot '''J'''e '''S'''uis '''U'''n '''N'''udiste '''P'''oilu.
* '''''M'''on '''V'''ieux '''T'''acot '''M'''´a '''J'''eté '''S'''ur '''U'''n '''N'''oble '''P'''''assant.
*'''''M'''ange '''V'''ite '''T'''on '''M'''ars '''J''' 'en '''S'''ors '''U'''n '''N'''ouveau '''P'''aquet.
*'''''MÈR'''E, '''V'''iens '''Ter'''miner '''M'''a '''JUP'''e, '''SA''' cout'''UR'''e '''NE''' tient '''PLU'''s.''
* '''''M'''aman, '''V'''oudrais-'''T'''u '''M''''emmener '''J'''ouer '''S'''ur '''U'''ne '''N'''ouvelle '''P'''lanète ?''
Suite à un concours qui s’est déroulé au Québec, la formule suivante a été retenue :
*'''''M'''angez '''V'''os '''T'''artes, '''M'''ais '''J'''uste '''S'''ur '''U'''ne '''N'''appe !''
Il existe aussi cette formule (la plus ancienne mnémonique connue en astronomie) qui se retient facilement, grâce à ses trois mots de trois syllabes :
*''Merveter, Marjusa, Uneplu''
('''Mer'''cure, '''Vé'''nus, '''Ter'''re, '''Mar'''s, '''Ju'''piter, '''Sa'''turne, '''U'''ranus, '''Nep'''tune, '''Plu'''ton)
Une variante<ref>Formule tirée de l’un des tomes du [https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Manuel_des_Castors_Juniors ''Manuel des Castors Juniors'']</ref> de celle-ci :
* ''Mervé'', ''Termaju'', ''Saturneplu''
('''Mer'''cure, '''Vé'''nus, '''Ter'''re, '''Ma'''rs, '''Ju'''piter, '''Sat'''urne, '''Ur'''anus, '''Ne'''ptune, '''Plu'''ton)
Qui existe aussi sous cette forme :
* ''Mervé, Termaju, Satur n'est plus''
Et celle-ci qui inclut le Soleil :
*'''''S'''alut ! '''Me''' '''v'''ois-'''t'''u ? '''M'''oi '''j'''e '''s'''uis '''u'''ne '''n'''ouvelle '''pl'''anète !''
'''Planète ayant un système d'anneaux'''
* '''J'''e '''S'''uis '''U'''ne '''N'''ouille (Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune)
==== Ordre des quatre lunes principales de Jupiter ====
'''I'''l '''e'''st '''g'''rand, '''C'''harles !
* [[w:Io|Io]], [[w:Europe|Europe]], [[w:Ganymède_(lune)|Ganymède]], [[w:Callisto_(lune)|Callisto]]
==== Croissant de Lune ====
Le '''p'''remier croissant et le '''d'''ernier croissant peuvent être reconnus en les assimilant aux sens du p et du d. En effet, en « ajoutant » au croissant de lune un bâton, on obtient un p ou un d selon le croissant. Cette méthode marche uniquement dans l'[[w:Hémisphère (géographie)|hémisphère]] [[w:nord|nord]], dans l’hémisphère sud il faudra considérer que la Lune ment.
Une méthode plus simpliste consistait autrefois à lire le croissant de lune directement. Quand il formait un '''C''' la lune incitait à penser qu'elle était '''C'''roissante . Or dans ce cas là elle est décroissante. Et quand elle formait un '''D''' (en supposant l’ajout de la barre droite nécessaire) elle incitait à penser qu’elle était '''D'''écroissante. Or dans ce cas là elle est croissante. Il en est venu l’expression populaire : ''Il est menteur comme la lune''. Cependant, dans ce cas la Lune ne ment que dans l'hémisphère Nord : C correspond bien à la Lune croissante et D à la Lune décroissante.
Ces méthodes ne sont pas valables entre les tropiques, où le sens de ''lecture'' varie selon les saisons.
==== [[w:type spectral|Types spectraux]] [[w:étoile|stellaires]] ====
Les différents [[w:type spectral|types spectraux]], du plus chaud au plus froid, sont : O, B, A, F, G, K, M.
'''''O'''h, '''b'''e '''a''' '''f'''ine '''g'''irl/'''g'''uy, '''k'''iss '''m'''e !''
'''''O'''verseas '''b'''roadcast: '''a''' '''f'''lash! [[w:Godzilla|'''G'''odzilla]] '''k'''ills [[w:Mothra|'''M'''othra]] !''
=== Physique ===
==== Électromagnétique ====
Énergie électrique stockée dans un condensateur :
<math>E= (1/2) C U^2</math>
"l'''e''' '''demi''' '''cu'''l '''carré'''"
==== Les sept unités fondamentales====
Pour: ''seconde, ampère, candela, kilogramme, mètre, kelvin, mole '':
<br> Sac km km
<br> Je <u>'''s'''ais q</u>u<u>'''a'''n</u>d <u>'''c'''a</u>c<u>'''k'''i</u> <u>'''m'''et</u> <u>'''k'''el</u> <u>'''m'''o</u>t ! : (je) ''Sec-Am-Ca-Ki-Mè-Kel-Mo''
<br> <u>Ce con</u> d'<U>Ampère</U>, <u>qu'en d</u>it <u>qui l'au</u>ra!, <u>mettr</u>a <u>quel vin</u> au <u>môl</u>e ?: ''Sec<s>onde</s>'' d' ''ampère'', ''cand<s>ela</s>'' ''kilo<s>gramme</s>''ra, ''mètr<s>e</s>''a ''kelvin'' au ''moles''
"Secondes molles, quand des lacs-îlots [[wikt:grammer|grammant]] [[wikt:pairer|pairent]], Maître Kelvin !" (qui se prononce comme : "seconde, mole, candela, kilogramme, ampère, mètre, kelvin")
*
==== Ordre des couleurs de [[w:Résistance (composant)#Repérage et valeurs normalisées|résistance électrique]] ====
('''N'''oir, '''M'''arron, '''R'''ouge, '''O'''range, '''J'''aune, '''V'''ert, '''B'''leu, '''Vio'''let, '''G'''ris, '''B'''lanc)
'''''N'''e '''M'''ange '''R'''ien '''O'''u '''J'''e '''V'''ais '''B'''leuir '''V'''iolemment (ton) '''G'''ros '''B'''laze.''
'''''N'''e '''M'''angez '''R'''ien '''O'''u '''J'''e '''V'''ous '''B'''rule '''V'''otre '''G'''rosse '''B'''arbe.''
'''''N'''e '''M'''angez '''R'''ien '''O'''u '''J'''eûnez, '''V'''oilà '''B'''ien '''V'''otre '''G'''rande '''B'''êtise.''
'''''N'''e '''M'''angez '''R'''ien '''O'''u '''J'''e '''V'''ous '''B'''rise '''V'''otre '''G'''rosse '''B'''outeille.''
'''N'''e '''M'''angez '''R'''ien '''O'''u '''J'''e '''V'''ous '''B'''ats '''V'''iolemment '''G'''ros '''B'''êta
'''''N'''adine '''M'''e '''R'''épondit''' O'''ui, '''J'''e '''V'''eux '''B'''ien '''V'''otre '''G'''rosse '''B'''iroute''
'''''N'''oir, '''M'''arron, les couleurs de l'arc en ciel (sauf l'indigo), '''G'''ris, '''B'''lanc.''
Version québécoise utilisant la lettre '''B''' pour Brun au lieu de Marron :
'''''N'''otre '''B'''ar '''R'''estera '''O'''uvert '''J'''eudi et '''V'''endredi. '''B'''ière et '''V'''in '''G'''ratuit, '''B'''ienvenue.''
'''''N'''otre '''B'''ar '''R'''estera '''O'''uvert '''J'''eudi et '''V'''endredi. '''B'''ien'''V'''enue '''G'''ros '''B'''uveur.''
==== Ordre des couleurs du [[w:Couleur#Le spectre lumineux|spectre visible]] ====
Les sept couleurs du spectre visible ou de l'arc-en-ciel
(dans l'ordre des fréquences croissantes : '''R'''ouge - '''O'''range - '''J'''aune - '''V'''ert - '''B'''leu - '''I'''ndigo - '''V'''iolet)
peuvent se retenir grâce à la phrase suivante :
La '''ROU'''sse '''OR'''ienta le '''J'''uge '''VER'''s le '''BL'''azer de l''''INDI'''enne '''VIOL'''ée.
Dans l'ordre inverse (soit de la plus petite à la la plus grande longueur d'onde) elles peuvent se retenir grâce au mot '''VIBUJOR''', en remplaçant le '''U''' par un '''V''' ('''vert''' comme '''Hu'''lk).
'''V'''iolet - '''I'''ndigo - '''B'''leu - '''V'''ert - '''J'''aune - '''O'''range - '''R'''ouge
Remarque : en se figurant le drapeau français '''bleu'''-'''blanc'''-'''rouge''', on peut retrouver l’ordre des longueurs d’onde, en assimilant le bleu à l’ultraviolet, le blanc au visible, et le rouge à l’infra-rouge : '''ultraviolet'''-'''visible'''-'''infra-rouge'''.
==== Longueur d'onde des couleurs ====
Le mot rouge est plus long que le mot bleu (5 vs 4), sa longueur d'onde est plus longue également.
==== Couleurs en peinture et rayonnements lumineux ====
Les peintres utilisent les trois couleurs fondamentales '''Cyan Magenta et Jaune''', chacune absorbant une seule des trois couleurs fondamentales de la lumière (Rouge Vert et Bleu). Notre œil ne reconnaît la couleur que par la lumière identifiée par chacune des 3 familles de cônes de l'œil respectivement sensibles aux rayonnements '''Rouge Vert et Bleu'''.
Cette phrase permet aux peintres et aux physiciens d'identifier un équivalent des deux couleurs de rayonnement lumineux identifiées par les cônes de l'œil pour chacune des couleurs fondamentales de la peinture.
'''C'''ette '''B'''onne '''V'''ieille<br />
'''M'''ijote des '''R'''aviolis "'''B'''uitoni"<br />
'''<nowiki>J'</nowiki>'''en '''R'''é'''V'''ais
La couleur '''C'''yan de la peinture correspond ainsi à la réception des rayonnements lumineux '''B'''leu et '''V'''ert.
Le '''M'''agenta, pour sa part correspond aux rayonnements lumineux '''R'''ouge et '''B'''leu.
Quant à la couleur '''J'''aune, elle renvoie vers l'œil les rayonnements lumineux '''R'''ouge et '''V'''ert.
==== Constantes ====
* vitesse de la lumière<ref name="villemin.gerard" /> :
:{| style="text-align: center;"
|Ah,||messagère||admirable,||lumière||éclatante,||je||sais||votre||célérité||
|-
|La||constante||lumineuse||restera||désormais||là||dans||votre||cervelle||
|-
|2||9||9||7||9||2||4||5||8||m/s
|}
* définition formelle d'une seconde (périodes de la radiation correspondant à une transition entre les deux sous-niveaux hyperfins du césium 133) :
:{| style="text-align: center;"
|« Pharaonne,||j'||affirmais||là,||honore||mal||l'||aimable||seconde||0 ! »
|-
|9||1||9||2||6||3||1||7||7||0
|}
=== Chimie ===
'''Priorité des groupes caractéristiques en nomenclature'''
Pour nommer une molécule composée de plusieurs groupes caractéristiques, on utilise l'ordre suivant :
Acide carboxylique - anhydride d'acide - ester - halogénure d'acyle - amide - nitrile - aldéhyde - cétone - alcool - amine - alcyne - alcène - éther-oxyde - dérivé halogéné - alcane
Pour se rappeler de l'ordre :
'''Ac'''e '''an'''nule '''Ester''' ! '''Halo ami'''? '''Ni'''e '''al'''ors '''Cé'''cile '''alcool'''isée, '''Am'''élie '''ascene''' à N'''eoxi''' et '''De'''lp'''h'''ine un '''alcane'''
==== Radicaux alkyles ====
Pour se rappeler l’ordre des 3 premiers groupement alcanes :
* Il ai'''mait''' '''êt'''re '''pro'''pre. (Oralement, "Il ai'''Mét Éth Prop''' ")
Pour se rappeler l’ordre des 4 premiers groupement alcanes :
* ('''M'''éthane, '''É'''thane, '''P'''ropane, '''B'''utane)
* '''M'''aman '''Et''' '''P'''apa '''B'''ébé
* '''M'''aman '''Et''' '''P'''apa '''But'''inent.
* '''M'''alin qui '''É'''tudie '''P'''our le '''B'''ac.
* '''M'''ieux '''É'''tudier '''P'''our le '''B'''ac.
* '''M'''on '''É'''cole '''P'''eut '''B'''rûler.
* '''M'''on '''É'''lève '''P'''isse '''B'''ien
* '''M'''organe '''E'''st '''P'''as '''B'''elle.
* '''Me'''s '''é'''lèves '''p'''arlent '''b'''eaucoup.
* '''M'''ets '''t'''es '''Prop'''res '''But'''s ! (Oralement, "Mét Éth Prop But")
Pour se rappeler l’ordre des 5 premiers groupement alcanes :
* ('''M'''éthane, '''É'''thane, '''P'''ropane, '''B'''utane, '''P'''entane)
* '''M'''aman '''E'''st '''P'''artie '''B'''ébé '''P'''leure
* '''M'''amie '''E'''st '''P'''artie '''B'''oire une '''P'''inte
Pour se rappeler l’ordre des 6 premiers groupement alcanes :
* ('''M'''éthane, '''É'''thane, '''P'''ropane, '''B'''utane, '''P'''entane, '''H'''exane)
* '''M'''aurice '''E'''st '''P'''as '''B'''eau '''P'''our '''H'''élène.
* '''M'''amie '''E'''t '''P'''api '''B'''atifolent '''P'''endant l''''H'''iver.
* '''M'''aman '''E'''t '''P'''apa '''B'''oivent '''P'''endant '''H'''alloween
* '''M'''amie '''E'''st '''P'''artie '''B'''oire une '''P'''inte de '''H'''eineken
* '''M'''et '''E'''th '''P'''rop '''B'''ut '''P'''ent '''H'''ex
Pour les plus vulgaires :
* '''M'''audite '''É'''paisse ! '''P'''ourquoi '''B'''aiser '''P'''our l' '''H'''iver !
==== [[w:Tableau périodique des éléments|Tableau périodique des éléments]] ====
Il est à noter que la plupart des moyens mnémotechniques concernant les éléments ont été créés par des [[w:étudiant|étudiant]]s, d’où le [[w:vocabulaire|vocabulaire]] parfois amusant des maximes.
===== [[w:Éléments de la période 2|Période 2]] =====
'''Pour : Li'''thium, '''Bé'''ryllium, '''B'''ore, '''C'''arbone, '''N'''itrogène (Azote), '''O'''xygène, '''F'''luor, '''Né'''on.''
* «La '''Li''''''Bé'''llule '''B'''leue, d’une '''C'''aresse, '''N'''oit dans l’'''O'''nde la '''F'''leur de '''Né'''nuphare. »
* « '''Li'''thus et '''Be'''rénice '''B'''oivent, '''C'''haque '''N'''uit, '''O''' '''F'''rais de '''Né'''ron »
* « '''Li'''verpool, '''Be'''rceau des '''B'''eatles, '''C'''onnait '''N'''aturellement ces '''O'''librius '''F'''ous et '''Né'''vrosés »
* « '''Li'''bérez '''Be'''n '''B'''arkans, '''C'''élèbre '''N'''arrateur, '''O'''u '''F'''usillez '''Né'''ron »
* « '''Li''' '''Be''' le '''B'''on '''C'''anard du '''N'''ord '''O'''uest de la '''F'''rance '''Ne'''ogauchiste »
* « '''Li'''li '''Be'''sa '''B'''ien '''C'''ouchée '''N'''ue '''O''' '''F'''lanc de '''Né'''ron »
* « '''Li'''li '''Be'''se '''B'''ien '''C'''hez '''N'''otre '''O'''ncle '''F'''umeur de '''Ne'''squik »
* « '''Li'''li '''Be'''se '''B'''ien '''C'''onfortablement '''N'''otre '''O'''ncle '''F'''rançois '''Ne'''stor »
* « '''Li'''mace '''Be'''te '''B'''ouffa '''C'''inq '''N'''ouveaux '''O'''ignons '''F'''raîchement '''Né'''s »
* « '''Li'''li '''Be'''rça '''B'''ébé '''C'''hez '''N'''otre '''O'''ncle '''F'''ernand '''N'''estor
* « '''Li'''li '''B'''ecta '''B'''ien '''C'''hez '''N'''otre '''O'''ncle '''F'''erdinand '''N'''estor »
* « '''Li'''li '''Bé'''cha '''B'''ien '''C'''hez '''N'''otre '''O'''ncle '''F'''rançois-(ou '''F'''erdinand-)'''Ne'''stor »<br />
* « '''Li'''li '''Bé'''se '''B'''ien '''C'''hez '''N'''otre '''O'''ncle '''F'''rançois-(ou '''F'''erdinand-)'''Ne'''stor »<br />
* « '''LiBe'''rté '''B'''afouée '''C'''ontre '''N'''otre '''O'''rganisation '''F'''édérale '''Né'''ogaulliste (ou '''Né'''otrotskiste) »
* « le '''Li''' t de '''BE''' '''B''' é a '''C'''assé le '''N'''ez de l' '''O'''ncle '''F'''urieux '''Né'''on »
* « '''Li'''vrez '''Bê'''tement '''B'''ataille '''C'''ar '''N'''ous, '''O'''fficiers '''F'''rançais, '''Né'''gocions »
* « '''L'i'''magination '''Be'''lliqueuse '''B'''aissa '''C'''ar '''N'''otre '''O'''rdre '''F'''ut '''Ne'''t »
* « '''Li'''re '''Be'''aucoup '''B'''alzac '''C'''ar '''N'''otre '''O'''rthographe '''F'''ait '''Né'''gligé »
* « '''Li'''ste de '''Be'''lles '''B'''outeilles de '''C'''ognac '''N'''ous '''O'''nt '''F'''outus '''Ne'''rveux »
* « '''Li'''li '''Be'''cote '''B'''ien '''C'''omme '''Ni'''cole '''O''' '''F'''ond '''N'e'''st ce pas »
* « '''Li'''bérez '''Be'''rnard '''B'''ossu '''C'''ontre '''N'''ouvel '''O'''tage '''F'''éminin. Signé '''Ne'''on »
* « '''LiBe'''rté de '''B'''oire '''C'''ar '''N'''ous '''O'''n '''F'''oire '''N'''os '''e'''xams »
* « '''Li'''bérez '''Be'''n '''B'''arka '''C'''ar '''N'''ous, '''O'''fficiers '''F'''rançais, '''Né'''gocions »
* « '''Li'''li et '''Be'''rnard '''B'''aisent '''C'''omme '''N'''ous '''O'''n '''F'''ait '''Ne'''spa »
===== [[w:Éléments de la période 3|Période 3]] =====
''Pour : '''S'''odium, '''M'''a'''g'''nésium, '''Al'''uminium, '''Si'''licium, '''P'''hosphore, '''S'''oufre, '''C'''h'''l'''ore, '''Ar'''gon.''
* « '''S'''uzanne '''M'''an'''g'''ea '''Al'''lègrement '''Si'''x '''P'''russiens '''S'''ans '''Cl'''aquer '''A'''p'''r'''ès. »
* « '''S'''uzanne '''M'''an'''g'''ea '''Al'''lègrement '''Si'''x '''P'''oulets '''S'''ans '''Cl'''aquer des '''Ar'''ticulations. »
* « '''S'''uzanne '''M'''an'''g'''ea '''Al'''lègrement '''Si'''x '''P'''oulets (ou '''P'''erdrix) '''S'''ans '''Cl'''aquer d' '''Ar'''gent. »
Le sodium est représenté par '''Na'''. Alors Napoléon remplace Suzanne pour retrouver le symbole :
* « '''Na'''poléon '''M'''an'''g'''ea '''Al'''lègrement '''Si'''x '''P'''oulets '''S'''ans '''Cl'''aquer d''''Ar'''gent » — ou « sans claquer '''A'''p'''r'''ès », « d''''Ar'''gon », « d''''Ar'''tère », « (d')'''Ar'''tiche » ou « sans claquer les '''Ar'''ticulations » pour éviter la confusion avec l'élément argent, noté '''Ag'''.
* « '''Na'''poléon '''M'''an'''g'''ea '''Al'''lègrement '''Si'''x '''P'''russiens '''S'''ans '''Cl'''ore l’'''Ar'''mistice. »
* « '''Na'''guère '''M'''onsei'''g'''neur '''Al'''louche '''Si''' '''P'''ervers '''S'''uça '''Cl'''aire '''Ar'''demment. »
* « '''Na'''poléon '''M'''an'''g'''eait '''Al'''lègrement '''Si'''x '''P'''oulets '''S'''ans '''Cl'''amser '''A'''p'''r'''ès. »
* « '''Na'''poléon '''M'''a'''g'''nera '''À''' '''l'''<nowiki/>'est '''Si''' '''P'''ossible '''S'''a '''C'''o'''l'''onne '''A'''rmée. »
*« '''Na'''billa '''M'''an'''g'''e (h)'''Al'''lal '''Si''' '''P'''atrick '''S'''ébastien '''Cl'''ash '''Ar'''thur. »
===== [[w:Éléments de la période 4|Période 4]] =====
''Pour : '''K'''allium (Potassium), '''Ca'''lcium, '''Sc'''andium, '''Ti'''tane, '''V'''anadium, '''C'''h'''r'''ome, '''M'''a'''n'''ganèse, '''Fe'''r, '''Co'''balt, '''Ni'''ckel, '''Cu'''ivre, '''Z'''i'''n'''c, '''Ga'''llium, '''Ge'''rmanium, '''A'''r'''s'''enic, '''Sé'''lénium, '''Br'''ome, '''Kr'''ypton.''
* « '''K'''arl '''Ca'''pitaine '''Sc'''andinave '''Ti'''ra sa '''V'''erge '''Cr'''asseuse et '''M'''i'''n'''uscule, '''Fé'''conda le '''Co'''n de '''Ni'''cole, et le '''Cu'''l de ses '''Z'''e'''n'''nemies, '''Ga'''rdant '''Ge'''néreusement '''As'''sez de '''Se'''mence pour ce '''Br'''ave '''K'''h'''r'''ouchtchev. »
* « '''K'''évin '''Ca'''pture un '''Sc'''arabée '''Ti'''mide dans le '''V'''agin '''Cr'''éatif de '''M'''o'''n'''ique, '''Fé''' (fait) '''Co'''mme '''Ni'''cole dans le '''Cu'''l en '''Zinc''' de '''Ga'''spard de '''Ge'''rmanie, puis '''As'''pire '''Sé'''bastien dans la '''Br'''aguette du '''Kr'''aken »
* « '''K'''hrouchtchev '''Ca'''ressa '''Sc'''iemment '''Ti'''to. '''V'''orochev '''Cr'''ia '''M'''ag'''n'''anime : "'''Fé''' pas le '''Co'''n '''Ni'''kita, ton '''Cu'''l en '''Z'''i'''n'''c '''Ga'''lvanisé te '''Gè'''ne '''AsSe'''z pour '''Br'''anler des '''Kr'''evettes. »
* « '''K'''épler '''Ca'''lculait des '''Sc'''alaires '''Ti'''tanesques, '''V'''oyant '''Cr'''o-'''M'''ag'''n'''on '''Fé'''sant le '''Co'''n '''Ni'''ché sur le '''Cu'''l d'un '''Z'''ébulo'''n''', '''Ga'''gnant '''Gé'''néralement '''AsSe'''z de '''B'''iè'''r'''es '''Kr'''onenbourg. »
* « '''K''' '''Ca''' (cacas) '''Sc'''iés de '''Ti'''ti '''V'''olant et '''Cr'''os '''M'''i'''n'''et qui '''F'''ont ('''Fe''') des '''Co'''nneries ont '''Ni'''qué le '''Cu'''l à '''Z'''a'''n'''zibar d'un '''Ga'''rs '''Gé'''nial '''As'''sis '''Se'''rrant une '''B'''onne ('''Br''') '''Kr'''o. »
* « '''K'''hrouchtchev '''Ca'''ressa '''Sc'''andaleusement '''Ti'''tov. '''Van'''ia '''Cr'''ia '''M'''ag'''n'''animement "'''F'''ais pas le '''Co'''n Nikita, la Cuisine en '''Z'''i'''n'''c de la '''Ga'''re de '''Ge'''nève '''As''' Ses '''Br'''iques '''Cr'''euses » (ou '''K'''hrouchtchev '''Ca'''ssa le '''SC'''ooter à '''TI'''tov)
* « '''K'''hrouchtchev '''Ca'''ressa '''Sc'''andaleusement la '''Ti'''gnasse de '''V'''anadia, '''Cr'''oyant '''M'''a'''n'''ifestement '''Fe'''re '''Co'''cu '''Ni'''colaiev, le '''Cu'''ré de '''Z'''a'''n'''zibar '''Ga'''gna '''Ge'''nève '''As'''sez '''Se'''crètement avec Son '''Br'''éviaire '''Kr'''ipté. »
* « '''K'''arl '''Ca'''valier '''Sc'''andinave '''Ti'''ra '''V'''engeance '''C'''r'''u'''elle '''M'''a'''n'''iant le '''Fe'''r '''Co'''ntre le '''Ni'''kel. Le '''Cu'''l de '''Z'''e'''n'''obie '''Ga'''rnit de '''Ge'''ranium '''As'''pire la '''Se'''ve '''Br'''ûlante du '''Kr'''atère (cratère/Krypton). »
* « '''K'''onrad '''Ca'''pitaine '''Sc'''andinave '''Ti'''ra sa '''V'''erge '''Cr'''asseuse et '''M'''i'''n'''uscule, '''Fe'''rmant le '''Co'''n de '''Ni'''cole, le '''Cu'''l de '''Zn'''obie, et '''Ga'''rdant '''Ge'''néreusement l''''As'''permique '''Se'''mence du '''Br'''ave '''K'''e'''r'''mit. »
* « '''K'''a'''Ca''' '''Sc'''quatte avec '''Ti'''ti la '''V'''oiture de '''Cr'''os '''M'''i'''n'''et. '''Fe'''rnand '''Co'''nduit sa mi'''Ni''' '''COOPER''' en '''Z'''i'''g'''za'''Ga'''nt, '''Ge'''néralement '''As'''sis en se '''Se'''rvant une '''B'''ière '''Kr'''onembourg. »
* « '''K'''hrouchtchev '''Ca'''ressa '''Sc'''rupuleusement le '''Ti'''tanesque et '''V'''elue '''Cr'''ane du '''M'''o'''n'''de avec '''Fe'''rmeté. '''Co'''ntre l'ennemie, '''Ni'''kita '''C'''a'''u'''sa la '''Z'''iza'''n'''ie, il en'''Ga-Ge'''a l''''As'''sault '''S'''talinien. '''Br'''avo '''K'''h'''r'''ouchtchev. »
* « '''K'''af'''Ca''' (Kafka) '''Sc'''ruta, '''Ti'''mide, '''V'''era '''Cr'''uz '''M'''o'''n'''trant ses '''Fe'''sses, '''Co'''mme la '''Ni'''mphe (nymphe) '''Cu'''pide '''Z'''é'''n'''a. '''Ga'''llien et '''Ge'''rard, '''As'''ssis, '''Se''' '''Br'''assaient de la '''Kr'''onenbourg. »
* « '''K'''orrigan '''Ca'''pitaine '''Sc'''andinave '''Ti'''rant sa '''V'''erge '''Cr'''asseuse et '''M'''i'''n'''uscule ('''Mn''') '''Fe'''rma le '''Co'''n de '''Ni'''cole et le '''Cu'''l de '''Z'''é'''n'''obie ('''Zn''') '''Ga'''rdant '''Gé'''néreusement l’'''As'''permatique '''Se'''mence d’un '''Br'''un '''Kr'''omatique (chromatique).»
*« '''K'''évin '''Ca'''sse '''Sc'''iemment sa '''Ti'''relire et '''V'''ient '''Cr'''ier : "'''M'''ama'''n''', fait ('''Fe''') '''Co'''mme '''Ni'''cole, '''Cu'''isine !". '''Z'''hi'''n'''g lui dit : "dé'''GaGe''', '''AsSe'''z '''Br'''aillé '''Kr'''étin".
* « '''K'''arine '''Ca'''lcula que '''Sc'''ientifiquement '''Ti'''tillé, '''V'''incent '''Cr'''ame '''M'''o'''n''' '''F'''outr'''e''' '''Co'''mme '''Ni'''colas '''Cu'''pide '''Z'''i'''n'''zin '''Ga'''lleux '''Ge'''sticulant '''As'''ymétriquement et '''Se''' '''Br'''ulant à la '''Kr'''yptonite. »
* « '''K'''ptain '''Ca'''ca '''Sc'''andinave '''Ti'''re sa '''V'''erge '''Cr'''asseuse et '''M'''i'''n'''uscule (Mn) des '''Fe'''sses de '''Co'''rine '''Ni'''çoise, '''Cu'''ltivée et '''Z'''e'''n''' (Zn), '''Ga'''lamment '''Ge'''néreuse, '''As'''sez '''Se'''xy et '''Br'''anlant '''K'''a'''r'''im (Kr). »
* « '''K'''évin '''Ca'''tapulta '''Sc'''iemment '''Ti'''bère le '''V'''erreux, le '''Cr'''étin, le '''M'''écha'''n'''t, '''Fe'''roce, '''Co'''rrompu. Ha'''Ni'''bal, '''Cu'''i'''Z'''a'''n'''t, '''Ga'''ve '''Ge'''ntillement d''''As'''pirine '''Se'''c '''Br'''utus le '''Kr'''asseux. »
* « '''K'''arine '''Ca'''ressa '''S'''e'''c''' '''Ti'''mothée '''V'''ers sa '''Cr'''oupe '''M'''ais '''n'''e '''Fé'''(fait) '''Co'''uille '''Ni''' '''Cu'''l. '''Z'''ho'''n'''g '''Ga'''gna '''Ge'''ntiment '''A s'''e '''Br'''anler '''Kr'''asseusement. »
* « '''K'''oalas de '''Ca'''nberra, '''S'''’é'''c'''ria-'''T'''-'''i'''l, je '''V'''eux '''Cr'''oire '''M'''o'''n''' '''F'''r'''è'''re '''Co'''mplètement ! Ils '''Ni'''chent, '''C'''op'''u'''lent en '''Z'''o'''n'''ages '''Ga'''lamment '''Gé'''rés, '''As'''sistés '''Se'''ulement de '''Br'''ouillons '''K(r)'''yptés. (variante : de '''Br'''aves '''K'''angou'''r'''ous)»
===== [[w:Éléments de la période 5|Période 5]] =====
''Pour : '''R'''u'''b'''idium, '''S'''t'''r'''ontium, '''Y'''ttrium, '''Z'''i'''r'''conium, '''N'''io'''b'''ium, '''Mo'''lybdène, '''T'''e'''c'''hnétium, '''Ru'''thénium, '''Rh'''odium, '''P'''alla'''d'''ium, '''A'''r'''g'''ent, '''C'''a'''d'''mium, '''In'''dium, '''S'''ta'''n'''num (Étain), '''S'''ti'''b'''ium (Antimoine), '''Te'''llure, '''I'''ode, '''Xé'''non.''
* « '''R'''o'''b'''in '''S'''u'''r''' '''Y'''vette a le '''Z'''èb'''r'''e '''N'''o'''b'''le de '''Mo'''nsieur '''T'''u'''c''' '''Ru'''. '''R'''o'''h'''an '''P'''ru'''d'''emment '''Ag'''é '''C'''é'''d'''a '''In'''évitablement '''S'''a'''n'''s '''S'''u'''b'''ir '''Te'''s '''I'''dées '''Xé'''nophobes. » (variante : '''R'''o'''b'''in '''S'''o'''r'''t '''Y'''von, le '''Z'''èb'''r'''e '''N'''o'''b'''le, dans '''Mo'''n '''T'''a'''c'''ot '''R'''o'''u'''illé)
* «'''R'''o'''b'''ert '''S'''enio'''r''' est un '''Y'''éti du '''Z'''aï'''r'''e ou un '''N'''o'''b'''lio de '''Mo'''dène. Le '''T'''e'''c'''hnicien '''Ru'''dement bourré au '''Rh'''um '''P'''é'''d'''ale '''Ag'''ilement des '''C'''ou'''d'''es, il '''I'''nsulte '''S'''ai'''n'''t '''S'''e'''b'''astien, un '''Te'''rrien '''I'''diot et '''Xé'''nophobe. »
* « '''R'''u'''b'''y, '''S'''o'''r'''te de '''Y'''éti '''Z'''aï'''r'''ois qu’un '''N'''o'''b'''liau de '''Mo'''dène, '''T'''e'''c'''hniquement '''Ru'''iné, '''R'''ac'''h'''ète au '''P'''ala'''d'''in avec l’'''A'''r'''g'''ent des '''C'''a'''d'''eaux '''In'''digènes '''S'''a'''n'''s '''S'''u'''b'''ir '''Te'''s '''I'''res '''Xé'''nophobes. »
* « Le '''R'''a'''b'''bin '''S'''o'''r'''t son '''Y'''acht, le '''Z'''èb'''r'''e, pendant que '''N'''a'''b'''il, le '''Mo'''ldave '''T'''ur'''c''' '''Ru'''dement bourré au '''Rh'''um '''P'''é'''d'''ale '''Ag'''ilement des '''C'''ou'''d'''es, '''In'''diquant à '''S'''o'''n''' ami '''S'''é'''b'''astien la '''Te'''rre '''I'''mbibée de '''Xé'''rès. »
* « '''R'''o'''b'''in '''S'''′'''r'''approche du '''Y'''éti sur un '''Z'''èb'''r'''e, '''No'''nobstant le '''Mo'''rse '''Tc'''hèque en '''Ru'''t et le '''Rh'''inocéros '''P'''é'''d'''é '''Ag'''ressif et '''C'''an'''d'''ide ; '''In'''capable de '''Sn'''iffer du '''S'''a'''b'''le et de la '''Te'''rre en '''I'''mitant '''Xé'''na. »
* «'''R'''o'''b'''ert '''S'''enio'''r''', un '''Y'''éti du '''Z'''aï'''r'''e, '''N'''o'''b'''le et '''Mo'''rose, '''T'''ri'''c'''otait '''Ru'''e du '''Rh'''um et, '''P'''en'''d'''ant l′'''Ag'''enouillement du '''C'''i'''d''', '''In'''sulta '''Sn'''obes et '''Sb'''ires '''Te'''rrorisés à l′'''I'''rruption d′un '''Xé'''nophobe. »
===== [[w:Éléments de la période 6|Période 6]] =====
''Pour : '''C'''é'''s'''ium, '''Ba'''ryum, '''La'''nthane, '''H'''a'''f'''nium, '''Ta'''ntale, '''W'''olfram (Tungstène), '''R'''h'''é'''nium, '''Os'''mium, '''Ir'''idium, '''P'''la'''t'''ine, '''Au'''rum (Or), '''H'''ydrar'''g'''irum (Mercure), '''T'''ha'''l'''lium, '''P'''lom'''b''', '''Bi'''smuth, '''Po'''lonium, '''A'''s'''t'''ate, '''R'''ado'''n'''.'' (La ou Lu selon la classification)
* « '''C'''é'''s'''ar '''Ba'''lade '''La''' '''H'''i'''f'''i de '''Ta'''ta dans le '''W'''agon et '''Re'''garde '''Os'''si '''Ir'''ma. '''P'''e'''t'''er '''Au''' '''H'''an'''g'''ar, un '''T'''e'''l''' '''P'''ro'''b'''lème '''Bi'''en '''Po'''sé '''At'''tend '''R'''épo'''n'''se. » (variante : et '''Re'''garde '''Os'''ciller '''Ir'''ma)
* « '''C'''é'''s'''ar '''Ba'''isa '''La'''ngoureusement l''''H'''orri'''f'''iante '''Ta'''ntouse dans les '''W'''C ('''Ré'''pugnants), '''Ré'''pétant les '''Os'''cillations '''Ir'''resistibles du '''P'''é'''t'''ard d''''Au'''rélien ; Mercure('''Hg''') lui '''T'''ai'''l'''la dans le '''P'''lom'''b''' une '''Bi'''te '''Po'''ilue pour lui '''A'''s'''t'''iquer les '''R'''ei'''n'''s. »
* « '''C'''a'''s'''imir et '''Ba'''stien '''La'''ncent des '''H'''yper'''f'''réquences qui '''Ta'''pent sur un '''W'''agon '''Re'''mpli d''''Os''' '''Ir'''radiés, qui '''P'''é'''t'''a à l''''Au'''be '''H'''y'''g'''iénique, '''T'''é'''l'''éportant un '''P'''lom'''b'''ier '''Bi'''zarre '''Po'''lonais '''At'''taché à la '''R'''ei'''n'''e. »
===== [[w:Éléments de la période 7|Période 7]] =====
Pour : '''Fr'''ancium, '''Ra'''dium, '''Ac'''tinium, '''R'''uther'''f'''ordium, '''D'''u'''b'''nium, '''S'''eabor'''g'''ium, '''B'''o'''h'''rium, '''H'''a'''s'''sium, '''M'''ei'''t'''nérium, '''D'''arm'''s'''tadtium, '''R'''oent'''g'''enium, '''C'''oper'''n'''icium
* « Les '''Fr'''ancais '''Ra'''lent '''Ac'''tivement depuis que '''R'''a'''f'''farin a '''D'''ou'''b'''lé '''S'''é'''g'''olène, é'''B'''a'''h'''ie par son '''H'''i'''s'''toire '''M'''ue'''t'''te sur la '''D'''i'''s'''tribution '''R'''é'''g'''ionale de la '''C'''o'''n'''nerie. »
* « '''Fr'''anck '''Ra'''te '''Ac'''tuellement le '''R'''on'''f'''lement '''D'''é'''b'''ile du '''S'''i'''g'''nal '''B'''o'''h'''émien à l''''H'''i'''s'''toire '''M'''y'''t'''hique... »
===== [[w:Lanthanides|Lanthanides]] =====
''Pour : ('''La'''nthane), '''Cé'''rium, '''Pr'''aséodyme, '''N'''éo'''d'''yme, '''P'''ro'''m'''ethium, '''S'''a'''m'''arium, '''Eu'''ropium, '''G'''a'''d'''olinium, '''T'''er'''b'''ium, '''Dy'''sprosium, '''Ho'''lmium, '''Er'''bium, '''T'''hulliu'''m''', '''Y'''tter'''b'''ium, '''Lu'''técium''
* « '''Cé'''dric, '''Pr'''ophète '''N'''éan'''d'''ertalien, '''P'''ro'''m'''et la '''S'''a'''m'''ba. '''Eu'''gène, '''G'''ran'''d''' '''T'''rou'''b'''le '''Dy'''namique des '''Ho'''mmes '''Er'''rants, '''T'''o'''m'''be sur l'h'''Yb'''ride '''Lu'''ne. »
* « La '''Ce'''llule du '''Pr'''ofesseur est à '''N'''otre-'''d'''ame de '''P'''ana'''m'''e,'''S'''o'''m'''met de l' '''Eu'''rope, '''G'''ran'''d'''e et '''T'''rès''' b'''elle, où '''Dy'''onisos et '''Ho'''mère '''Er'''raient sans '''T'''u'''m'''ulte. '''Y'''a'''b'''on '''Lu'''tèce! »
* « '''Ce'''cile, qui '''Pr'''atiquait le '''N'''u'''d'''isme, '''P'''ro'''m'''ettait à la '''S'''a'''m'''aritaine '''Eu'''phorique un '''G'''o'''d'''emiché en '''T'''u'''b'''e de '''Dy'''namite, '''Ho'''chet '''Er'''otique et '''T'''u'''m'''éfiant, s'''Y'''m'''b'''ole de '''Lu'''xure. »
* « '''Ce'''sar se '''Pr'''omène avec '''N'''a'''d'''ine et '''P'''a'''m'''ina, en '''S'''e'''m'''ant les '''Eu'''nuques qui '''G'''ar'''d'''aient le '''T'''éné'''b'''reux '''Dy'''lan dans un cac'''Ho'''t car il '''Er'''rait près de la '''T'''o'''m'''be d''''Yb'''-'''Lu'''"
* « '''Ce''' '''P'''a'''r'''adis que '''N'''ous '''d'''onna ('''Nd''') '''P'''ro'''m'''éthée, '''S'''e'''m'''blable à l''''Eu'''rope, nous '''G'''ar'''d'''e des '''T'''erri'''b'''les '''Dy'''sputes à l''''Ho'''rizon. Nous '''Er'''igerons une '''T'''o'''m'''be et '''Y''' '''b'''annirons '''Lu'''cifer »
===== [[w:Actinides|Actinides]] =====
''Pour : ('''Ac'''tinium), '''Th'''orium, '''Pr'''otactinium, '''U'''ranium, '''N'''e'''p'''tunium, '''P'''l'''u'''tonium, '''Am'''ericium, '''C'''uriu'''m''', '''B'''er'''k'''élium, '''C'''ali'''f'''ornium, '''E'''in'''s'''teinium, '''F'''er'''m'''ium, '''M'''en'''d'''élénium, '''No'''bélium, '''L'''aw'''r'''encium.''
* « '''Th'''éo '''Pa'''rle '''U'''niversellement mais ''' N' '''ex'''p'''rime '''P'''l'''u'''s l''''Am'''ertume '''C'''o'''m'''mune. '''B'''roo'''k''' '''C'''on'''f'''ie l''''Es'''poir de '''F'''or'''m'''er un '''M'''on'''d'''e '''No'''uveau et '''L'''ib'''r'''e. »
* « L''''Ac'''tivation''' Th'''ermique des '''Pa'''tates à l''''U'''ranium du '''N'''é'''p'''al en '''Pu'''rée '''Am'''ène, '''C'''o'''m'''me à '''B'''ang'''k'''ok, le '''C'''on'''f'''ort '''Es'''thétique d'une '''F'''a'''m'''ine un '''M'''i'''d'''i de '''No'''ël au '''L'''ibé'''r'''ia. (ou en bord de '''Lw'''oire selon les classifications) »
* « '''Th'''or '''Pa'''rtit '''U'''ne '''N'''uit '''p'''our '''P'''l'''u'''ton, '''Am'''oureux de '''C'''a'''m'''ille. '''B'''er'''k'''eley, '''C'''ali'''f'''ornia '''Es'''perait '''F'''u'''m'''er '''M'''a '''d'''ouce et '''No'''ble '''L'''au'''r'''a.»
===== [[w:Alcalin|Alcalin]]s Groupe 1 =====
''Pour : ('''H'''ydrogène, non alcalin), '''Li'''thium, '''Na'''trium (Sodium), '''K'''allium (Potassium), '''R'''u'''b'''idium, '''C'''é'''s'''ium, '''Fr'''ancium.''
* « ('''H'''eureux) dans le '''Li'''t de '''Na'''tacha, [[w:Khrouchtchev|'''K'''hrouchtchev]] '''R'''a'''b'''aissait '''C'''on'''s'''tamment son '''Fr'''oc. »
* « '''L'''’'''i'''nter'''Na'''tionale '''K'''ommuniste '''R'''e'''b'''ute les '''C'''apitali'''s'''tes '''Fr'''ançais. »
* « '''Li'''li '''N’a''' '''K''' '''R'''e'''b'''outonner '''C'''e'''s''' '''Fr'''ocs ('''Fr'''usques). »
===== [[w:Alcalino-terreux|Alcalino-terreux]] Groupe 2 =====
''Pour : '''Bé'''ryllium, '''M'''a'''g'''nésium, '''Ca'''lcium, '''S'''t'''r'''ontium, '''Ba'''ryum, '''Ra'''dium.''
* « '''Bé'''bel(mondo) '''M'''an'''g'''eait du '''Ca'''ssoulet '''S'''u'''r''' un '''Ba'''teau '''Ra'''pide. »
* « '''Bé'''bert '''M'''an'''g'''ea du '''Ca'''nard '''S'''u'''r''' un '''Ba'''teau-'''Ra'''dar. »
* « '''Bé'''ta '''M'''an'''g'''ea du '''Ca'''ca '''S'''u'''r''' le '''Ba'''r de '''Ra'''bat (Maroc). »
* « '''Bé'''atrice '''M'''an'''g'''ea une '''Ca'''rotte en '''S'''i'''r'''otant un '''Ba'''nana-split '''Ra'''vissant. »
===== Groupe 13 =====
''Pour '''B'''ore, '''Al'''uminium, '''Ga'''llium, '''In'''dium, '''T'''ha'''l'''lium.''
*"'''B'''oris '''Al'''lait '''Ga'''mbader '''In''' '''T'''ou'''l'''ouse"
===== [[w:Cristallogène|Cristallogène]]s Groupe 14 =====
''Pour : '''C'''arbone, '''S'''ilicium, '''Ge'''rmanium, '''S'''ta'''n'''num (Étain), '''P'''lom'''b'''.''
* « '''C'''es '''S'''imples '''Ge'''stes '''S'''eraie'''n'''t '''P'''ro'''b'''lématiques'''. »'''
* « '''C''' 'est '''Si''' '''Gê'''nant '''S'''a'''n'''s '''P'''u'''b'''is. »
===== [[w:Pnictogène|Pnictogène]]s Groupe 15 =====
''Pour : '''N'''itrogène (Azote), '''P'''hosphore, '''A'''r'''s'''enic, '''S'''ti'''b'''ium (Antimoine), '''Bi'''smuth.''
* « '''N'''e '''P'''as '''As'''tiquer '''S'''e'''b''' et sa '''Bi'''te. »
* « '''N'''e '''P'''as '''As'''tiquer '''S'''o'''b'''rement le '''Bi'''zuth. »
* « '''N'''e '''P'''as '''As'''tiquer le'''S b'''outs de '''Bi'''te. »
* « '''N'''e '''PAs''' '''S'''a'''b'''rer Byzance('''Bi'''). »
* " '''N'''e '''P'''as '''As'''soir '''S'''a'''b'''rina '''Bi'''zarrement"
===== [[w:Chalcogène|Chalcogène]]s Groupe 16 =====
''Pour : '''O'''xygène, '''S'''oufre, '''Sé'''lénium, '''Te'''llure, '''Po'''lonium.''
* « '''O'''live '''S'''uce le '''Se'''xe '''Te'''ndu de '''Po'''peye. »
* « '''O'''hh '''S'''uce moi le '''Se'''xe et les '''Te'''sticules '''Po'''ilus. »
* « '''O'''scar '''S'''uce '''Se'''s '''Te'''sticules '''Po'''ilus. »
* « '''O'''rgasme '''S'''ur le '''Se'''duisant '''Te'''odore '''Po'''ilu. »
* « '''OS''' '''Se'''dimentaire '''Te'''rriblement '''Po'''li. »
* « '''O'''h '''S'''acré '''Se'''igneur aux '''Te'''sticules '''Po'''lyèdriques. »
* « '''O'''h '''S'''eigneur '''Sé''' (c'est) '''Te'''llement '''Po'''urri. »
===== [[w:Halogène|Halogène]]s Groupe 17 =====
''Pour : '''F'''luor, '''C'''h'''l'''ore, '''Br'''ome, '''I'''ode, '''A'''s'''t'''ate.''
* « '''F'''ootball '''Cl'''ub de '''Br'''èles '''I'''ncapables d''''At'''taquer. »
* « '''F'''ranck et '''Cl'''aude '''Br'''outent '''I'''rène '''A''' '''t'''able. »
* « Une '''F'''issure '''Cl'''aviculaire '''Br'''isa tout '''I'''ntérêt d''''At'''taquer. »
* « '''F'''outez '''Cl'''aire, qui '''Br'''anle '''I'''saac, car elle '''At'''tend. »
* « '''F'''antastique, '''Cl'''aire '''Br'''anche '''I'''nstinctivement l''''At'''tache. »
* « '''F'''erdinand '''Cl'''aque '''Br'''utalement '''I'''rène '''A''' '''t'''erre. »
* « Les '''F'''ameuses '''Cl'''ochettes des '''Br'''ebis d''''I'''talie '''At'''tirent. »
* « Le '''F'''ranc '''Cl'''ovis '''Br'''oie d''''I'''nnombrables '''At'''omes. »
* « '''F'''élicie '''Cl'''aqua '''Br'''ian, '''I'''nnocent '''At'''tardé. »
* « '''F'''olle '''Cl'''ara '''Br'''ave l''''I'''nvincible '''At'''hena. »
===== [[w:Gaz noble|Gaz noble]]s Groupe 18 =====
''Pour : '''Hé'''lium, '''Né'''on, '''Ar'''gon, '''Kr'''ypton, '''Xé'''non, '''R'''ado'''n'''.''
* « '''He'''rcule '''Né'''gligea d’'''Ar'''racher le '''K'''o'''r'''sage de '''Xé'''na et '''R'''o'''n'''fla. »
* « '''Hé''','''Né'''ron, '''Ar'''rête de '''Kr'''âner, '''Xé'''nophobe '''R'''i'''n'''gard ! »
===== [[w:Métalloïde|Métalloïde]]s =====
''Pour : '''B'''ore, '''Si'''licium, '''Ge'''rmanium, Arsenic '''As''', Antimoine '''Sb''', '''Te'''llure et '''Po'''lonium''
*« '''B'''ob '''Si'''ffle son '''Ge'''t '''As'''sis avec '''S'''é'''b''' devant la '''Té'''lé '''Po'''lonaise. »
==== Couples acide/base ====
L’a'''c'''i'''d'''e '''c'''è'''d'''e un ou plusieurs protons tandis que la b'''a'''se c'''a'''pte un ou plusieurs protons.
==== Couples oxydant/réducteur ====
« Les électrons sont du côté de l'Occident. » (phonétiquement ''l’oxydant'')
On peut également retenir que :
**Ox Fixe, Red Cède (L'oxydant fixe des électrons, le réducteur en cède)
** l’oxyd'''ant''' est méch'''ant''' (il prend donc des électrons) ;
** le réduct'''eur''' a bon c'''œur''' (il donne donc des électrons).
**L'oxydANT gagnANT, réductEUR donnEUR
**Cap sur l'occident ! (L'oxydant '''cap'''te les électrons)
**Notons aussi que l'oXydant aXepte (accepte) les électrons.
Phrase qui marche à la fois pour les couples Acide/Base et Oxydant/Réducteur : L'Apéro gagne toujours ! ( A[cide] perd (des protons), O[xydant] gagne (des électrons) ).
'''<nowiki/>'''
==== Ordre de priorité des groupements radicaux dans la nomenclature====
'''<nowiki/>'''
'''A'''bruti '''H'''ans '''est''' l' '''ami de''' '''Nitr'''o! '''Al'''lez '''c'''hantons, L''''alcool''' '''am'''ené '''i'''ci '''e'''st '''t'''rès '''t'''errible
Acide carboxylique, Halogénure, Ester, Amide, Nitrile, Aldéhyde, Cétone, Alcool, Amine, Imine, Ether, Thiol, Thioléter (pour ces deux derniers se reporter à la longueur).
'''A Carbalo''' '''Ester''' '''a mit''' du '''Nitrile Aldéhyde''', '''s'étonne''' '''Alcolaminimine'''. '''Et tertio''', du '''thioleter'''.
"L'''oïc''' '''est''' '''l’ami de Dalton":''' acide carboxylique (-oïque), ester, amide, aldéhyde, cétone.
(ne pas confondre l'aldéhyde et l'alcool- voir la longueur des mots: c'est le plus long qui gagne).
'''<u>Règle de Cahn, Ingold et Prelog</u>'''
<u>''pour '''I '''> '''Br''' > '''Cl''' > '''S''' > '''F '''> '''O''' > '''N''' > '''C''' > '''H'''''</u>
** « '''Ib'''ra '''Cl'''ame '''S'''a '''F'''oi '''O''' '''N'''ouveau '''C'''avani '''H'''éroïque. »
=== Thermodynamique ===
==== Loi des gaz parfaits ====
'''pV''' = '''nRT'''
'''p''' = pression en pascals ; '''V''' = volume en mètres cubes ; '''n''' = quantité de matière en mols ; '''R''' = constante des gaz parfaits. R = 8,3 J.K-1.mol-1 ; '''T''' = température en Kelvins
'''P'''ascal '''v'''oulut '''n'''ous '''r'''endre '''t'''héiste (référence au pari de Pascal)
'''P'''a'''v'''a'''n'''e'''r'''ai'''t''' (sans les voyelles)
'''pV''' = '''nRT''' n’est pas pété, énervé (ptnrv)
'''P'''rocès-'''v'''erbal ; '''n'''ous '''r'''end '''t'''riste
'''P'''uissance de '''V'''itesse = '''n'''otion de '''R'''apidité '''T'''errestre - Pour les joueurs de jeu de rôle uniquement !
Les PV d'un Pokemon est égale au Niveau fois sa RésisTance
<br>
==== Différentielle de l’enthalpie ====
dH = TdS + VdP
'''d'''îners '''H'''onorables = '''T'''artes '''d'''e '''S'''aison + '''V'''ins '''d'''u '''P'''ays (dH=TdS + VdP)
'''d'''ouces '''H'''armonies = '''T'''oniques '''d'''e '''S'''olfège + '''V'''ibrations '''d'''e '''P'''iano (dH=TdS + VdP)
'''d'''écouvertes '''H'''éroïques = '''T'''résors '''d'''e '''S'''able + '''V'''oyages '''d'''e '''P'''irates (dH=TdS + VdP)
'''d'''anses '''H'''ispaniques = '''T'''angos '''d'''e '''S'''eville + '''V'''alses '''d'''e '''P'''ampelune (dH=TdS + VdP)
'''d'''épart '''H'''éroïque = '''T'''oujours '''d'''u '''S'''tyle + '''V'''itesse '''d'''e '''P'''ointe (dH=TdS + VdP)
'''d'''estination des '''H'''istoriens = '''T'''raversant '''d'''es '''S'''iècles + '''V'''oyageant '''d'''ans le '''P'''assé (dH=TdS + VdP)
==== Différentielle de l’enthalpie libre ====
dG = VdP-SdT
'''V'''iande '''d'''e '''P'''orc '''-''' '''S'''el '''d'''e '''T'''able (VdP-SdT)
'''V'''ends '''d'''u '''P'''ain sans (-) '''S'''ortir '''d'''e '''T'''on '''G'''îte (VdP - SdT = dG)
==== Différentielle de l’énergie interne (sans variation de quantité de matière) ====
dU=TdS-PdV
'''T'''u '''d'''ois '''S'''avoir mais '''P'''as '''d'''e'''V'''iner (TdS-PdV)
'''T'''out '''d'''e '''S'''uite '''Moins''' de '''P'''oints '''d'''e '''V'''ie
'''T'''éter '''D'''u '''S'''el '''P'''endant '''D'''eux (ou '''D'''ix) '''V'''endredis.
'''T'''rou '''d'''ans le '''S'''lip et '''P'''antalon '''d'''ans le '''V'''ent
'''<nowiki>d'</nowiki>'''après '''U'''lysse = '''T'''outes '''d'''es '''S'''irènes mais '''P'''as '''d'''es '''V'''ampires
<br />
==== Différentielle de l’énergie interne (avec variation de quantité de matière) ====
dU=TdS-PdV+µdn
'''T'''rop '''d'''e '''S'''avoir mais '''P'''as '''d'''<nowiki/>'en'''V'''ie c'est être '''nu''' '''d'''ans la '''n'''uit
=== Géologie ===
'''Les ères géologiques, du Quaternaire au Primaire (permettant de retenir les datations approximatives 7x60 + 3x40 Ma)'''
'''Cénozoïque''' 60 (Quaternaire + Tertiaire) '''Crétacé''' 120 '''Jurassique''' 180 '''Trias''' 240 '''Permien''' 300 '''Carbonifère''' 360 '''Dévonien''' 420 '''Silurien''' 460 '''Ordovicien''' 500 '''Cambrien''' 540
'''C'''ite '''C'''e '''J'''oli '''T'''ruc '''P'''our '''C'''onnaître '''D'''es '''S'''iècles '''O'''rdonnés '''C'''orrectement
==== Niveaux de l'échelle chronologique géologique ====
'''Éo'''le '''ér'''adiqua les '''pe'''upliers '''ép'''uisés par l''''âge'''.
* (éon, ère, période, époque, âge)
==== Les six périodes géologiques de l’ère primaire ====
;Cambrien, Ordovicien, Silurien, Dévonien, Carbonifère, Permien.
* '''''Cambr'''onne, l’'''ord'''urier,''' s’il eû'''t été '''dévo'''t, n’eût point '''carboni'''sé son '''pèr'''e''
* '''''Cambr'''onne '''ordo'''nna '''sil'''ence et '''dévo'''uement à ses '''car'''abiniers '''perm'''issionnaires''
* '''''Cambr'''onne '''aur'''ait, '''s'il eût''' été '''dévo'''t, '''carboni'''sé son '''pèr'''e''
* '''c-or-si-dé-ca-pé''' = Corps si décapés.
* ''Le '''ca-or-sil-dé-ca-pe''' ='' Le Cahors, il décape.
==== Les trois périodes géologiques de l’ère secondaire ====
;Trias, Jurassique, Crétacé.
* '''T'''rois '''j'''ours '''c'''hacune.
==== Les cinq périodes géologiques de l’ère tertiaire ====
;Paléocène, Éocène, Oligocène, Miocène, Pliocène.
* '''Pâl'''e '''Et o'''bscène '''Au lit''', '''Mio''' se '''Plie au'''x scènes (de l'amour)
==== Stalactites et stalagmites ====
''Les stalac'''t'''ites '''t'''ombent, les stalag'''m'''ites '''m'''ontent.''
==== Géophysique ====
Formule pour la [http://fr.wikipedia.org/wiki/Anomalie_de_Bouguer correction gravitationnelle de Bouguer]:
2*π*h*ρ*G
(G=constante gravitationnelle ρ=Masse volumique/Densité)
"deux pies hachent Roger"
2 π h ρ G
(ρ = "Rho", lettre grecque)
==== [[w:Échelle de Mohs|Échelle de Mohs]] ====
"'''T'''a '''G'''rosse '''C'''oncierge '''F'''olle d''''A'''mour '''O'''se '''Q'''uémander '''T'''es '''C'''aresses '''D'''ivines"
"'''T'''oi '''G'''rand '''C'''hevalier, '''F'''uis '''A'''vec '''O'''rdre '''Q'''uand '''T'''on '''C'''œur '''D'''éfaille"
"'''T'''rès '''G'''rand '''C'''hemin de '''F'''er '''A'''pache. '''O'''h ! '''Q'''uel '''T'''emps '''C'''e '''D'''imanche !"
"'''T'''on '''G'''igolo '''C'''onte '''F'''leurette '''A''' '''(H)O'''rtense, '''Q'''ui '''T'''e '''C'''ocufie '''D'''iablement !"
"'''T'''on '''G'''rand '''C'''ul '''F'''endu '''A''' une '''O'''uverture '''Q'''ue '''T'''u '''C'''aches '''D'''écemment"
"'''T'''on '''G'''ros '''C'''ochon '''F'''ait '''A'''ïe '''O'''uille '''Q'''uand '''T'''u '''C'''ognes '''D'''essus"
([[w:Talc|'''T'''alc]], [[w:Gypse|'''G'''ypse]], [[w:Calcite|'''C'''alcite]], [[w:Fluorite|'''F'''luorite]], [[w:Apatite|'''A'''patite]], [[w:Orthose|'''O'''rthose]], [[w:Quartz (minéral)|'''Q'''uartz]], [[w:Topaze|'''T'''opaze]], [[w:Corindon|'''C'''orindon]], [[w:Diamant|'''D'''iamant]])
=== Botanique ===
==== Distinguer les hêtres des charmes ====
Le '''charme''' d''''Adam''' est d''''être''' à '''poil'''.
ou encore: "Être à poils charme Adam"
La feuille du charme a des dents (charme d’Adam)
et la feuille du hêtre a des poils (être à poil).
==== Distinguer les principales espèces de pin ====
Les aiguilles du pin '''blanc''' sont groupées par '''5'''.
'''Blanc''' a '''5''' lettres.
Le pin '''rouge''' a des aiguilles groupées par '''2'''.
Le mot '''rouge''' a '''2''' syllabes (s'il est suivit d'un mot commençant par une consonne en versification).
Les aiguilles du pin '''noir''' sont en groupes de '''2'''.
Dans le mot '''noir''', il y a '''2''' voyelles.
==== Distinguer les sapins des épicéas ====
Les sapins ('''''A'''bies'') ont des cônes '''a'''scendants, les épicéas ('''''P'''icea'') ont des cônes '''p'''endants.
==== Distinguer les cèdres ====
Le cèdre de l’'''A'''tlas a les pointes des branches '''a'''scendantes, le cèdre de l’Himalaya (''Cedrus '''d'''eodara'') '''d'''escendantes, le cèdre du '''L'''iban horizonta'''l'''es.
==== Distinguer les platanes des érables ====
pl'''A'''t'''A'''ne : feuilles '''A'''lternes
'''É'''rable : feuilles oppos'''É'''es
==== Distinguer un Catalpa d’un Paulownia ====
P'''a'''ulowni'''a''' : deux feuilles par nœud (2 fois le a dans le nom)
C'''a'''t'''a'''lp'''a''' : trois feuilles par nœud (3 a dans son nom)
==== Distinguer les feuilles de trèfle ====
Les feuilles du trèfle blanc ont de petites dents autour, celles du trèfle rouge ont des poils autour. Dents blanches, poils rouges (et non dents rouges, poils blancs !)
==== Distinguer les feuilles de trèfles de celles des luzernes ====
Les luzernes (''Medicago'') ont des pointes (= aiguilles, les médecins font des injections) au bout des folioles.
==== Distinguer les vesces des gesses ====
gesses ('''''L'''athyrus'') : l'alignement des points d'insertion des filets des étamines forme un angle droit avec le tube des étamines → L
vesces ('''''V'''icia'') : il est oblique par rapport au tube ; on retrouve ce côté oblique dans la lettre V
==== Distinguer les knauties des scabieuses ====
'''k'''nautie : 4 ('''k'''atr’) pétales dans chaque fleur de l’inflorescence
'''s'''cabieuse : 5 ('''s'''inq) pétales par fleur de l’inflorescence et des '''s'''oies sur le réceptacle
==== Distinguer les plantules de céréales dans un champ ====
BOAS :
le '''b'''lé étant plus riche a des oreillettes, des poils et une ligule
l’'''o'''rge a des oreillettes et une ligule
l’'''a'''voine a une ligule
le '''s'''eigle étant plus pauvre, n’a plus rien
=== Zoologie ===
==== Ordre des cétacés ====
« '''C'est assez''', dit la '''baleine''', al'''ors que''' j'ai le '''dos fin''' je me '''cache à l'eau'''
**baleine, orque, dauphin, cachalot, mais la liste est très incomplète.
==== Ordre des tatous ====
Les tatous font partie de l’ordre des ''Édentés'' car : "T’as tout sauf les dents !"
=== Biologie ===
==== L'ordre hiérarchique de la classification de [[w:Taxinomie|taxinomie]] ====
Des Rats Essayent de Courir là Où Finissent les Grands Espaces (Raccourcis).<br />
DoRs EnCOre, la Famille GÈRe.<br />
Reste En Classe Ou Fais Grandes Études.<br />
Reste En Contact, Odile, Fais Gaffe, Émile ! (inspiré de la Cité de la peur, où Odile est attachée de presse et Émile tueur)<br />
Domaine, Règne, Embranchement, Classe, Ordre, Famille, Genre, Espèce, (Race).
RECOFGE: Règne, Embranchement, Classe, Ordre, Famille, Genre, Espèce
==== Les [[w:bases azotées|bases azotées]] de l’ADN ====
'''À''' '''T'''on '''G'''rand '''C'''œur.
'''A'''h '''T'''a '''G'''ueule '''C'''rétin
'''À''' '''T'''able '''G'''rand '''C'''hef
('''ATGC''' : [[w:adénine|adénine]], [[w:thymine|thymine]], [[w:guanine|guanine]], [[w:cytosine|cytosine]])
==== Intron/Exon ====
'''Int'''ron = '''Int'''rus ou '''int'''rusif, c'est la partie de nucléotide d'un gène qui est excisé de l'ARN lors de l'épissage, à l'inverse des '''exons.'''
'''<nowiki/>'''
==== La séquence nucléotidique des télomères humains ====
'''T'''ous '''t'''es '''a'''mis se '''g'''avent de '''g'''énial '''g'''uarana.
(TTAGGG)
==== Les différentes phases de la [[mitose]] ====
**le Prophète Athée (Pro Met A T)
** Je te '''ProMets''' de l''''Ana'''l au '''Telo'''
** '''ProMets''' à '''Anna''' de '''Tél'''éphoner
** '''P'''etit '''M'''ammifère '''À''' '''T'''éton
** '''P'''etit '''M'''atin '''A'''uprès de '''T'''oi
** '''P'''etit '''M'''artien '''A'''ttaque la '''T'''erre
** '''P'''etite '''M'''émé '''A''' '''T'''éléphoné
** '''P'''apa '''M'''aman '''A'''mour '''T'''oujours
** '''P'''our '''M'''on '''A'''mi '''Th'''omas
** '''P'''our '''M'''on '''A'''mour '''T'''oujours
** '''P'''our '''M'''on '''A'''nus '''T'''roué
** '''P'''etite '''M'''ademoiselle '''A'''ge '''T'''endre
** Promettante : '''Pro'''/'''met'''t/'''an'''/'''te'''
** '''PROMETANATELO'''
** ou ProMéthée est AnaTello (Se rappeler de la phrase Prométhée est un intello)
** '''P'''apa '''M'''ange '''A''' '''T'''able
** '''P'''ro des '''M''' '''A''' '''T'''hs
** '''P'''rof de '''M''' '''A''' '''T'''hs
** '''P'''ierre '''M'''angea des '''A'''nanas '''T'''ransgéniques
** '''P'''ouvoir '''M'''asculin '''A'''vant '''T'''out
** '''P'''aris-'''M'''arseille '''A''' '''T'''rotinette
** '''P'''our '''M'''émoriser : '''A'''voir '''T'''ravaillé
** '''P'''our '''M'''ieux '''A'''pprendre'''T'''out
** '''P'''ays les '''M'''oins '''avancés'''
** Le '''Pro'''f '''Met''' l' '''Âne''' devant la '''Tél'''é
('''P'''rophase, '''M'''étaphase, '''A'''naphase, '''T'''élophase)
** '''P'''auline '''M'''arche '''à''' la '''T'''équila
** TAMPI (à lire à l'envers)
** c'est PRoMEtteur An(un) inTello
** Papa Mange un Abricot Trop sucré (avec le s de sucré pour la synthèse qui suit la mitose G1 --> S --> G2)
==== Les différentes phases de la PROPHASE ====
'''Le''' '''Zi'''zi du '''Pachy'''derme a des '''Di'''mensions '''Dia'''boliques.
(Leptotène, Zygotène, Pachytène, Diplotène, et Diacinèse)
ou
Letzplin (lepto/zygo) protége (pachy) didier (diplo/diacinèse)
ou
Le Zip à Didier
ou
Le zizi n'a pas de diarrhée
ou
Le zizi poilu du doyen
ou
Le zizi du pachyderme et du diplodocus sont différents
ou
Les Zizis Peuvent Devenir Durs !
ou '''Pré'''férer '''Le''' '''Zi'''zi du '''Pachy'''derme à celui du '''Diplo'''docus '''Dia'''bétique
Pour préleptotène, leptotène, zygotène, pachytène, diplotène, diacinèse
==== Les acides aminés dits essentiels : ====
''on compte neuf acides aminés essentiels : le tryptophane, la lysine, la méthionine, la phénylalanine, la thréonine, la valine, la leucine, l'isoleucine et l'histidine''
Le (LEU) trou (THR) de l'hystérique (HIS) Lyse (LYS) fait (PHE) tripper (TRY) valentin (VAL) mais (MET) ilose (ILE) pas !
'''''Le''' '''très''' '''ly'''rique '''Tri'''stan '''fait''' '''va'''chement '''m'''archer '''Ys'''eult, quelle '''Hist'''oire !''
ou encore :
Hystérique, le très lyrique Tristan fait vachement méditer Iseult en Argentine (His)Leu-Thr-Lys-Trp-Phe-Val-Met-Iso(Arg): Histidine et Arginine seulement essentiels chez les enfants.
('''Le'''ucine, '''Thré'''onine, '''Ly'''sine, '''Try'''ptophane, '''Phé'''nylalanine, '''Va'''line, '''M'''éthionine, '''Is'''oleucine, '''Hist'''idine)
Met le dans la valise, il fait trop d'histoire avec l'argent/en argentine.
le cours d’'''hist'''oire, '''il''' '''le''' '''lit''' '''mais''' '''fait''' '''tres''' '''trivial'''
('''Hist'''idine; '''Ile''': Isoleucine, '''Leu'''cine, '''Ly'''sine, '''Mé'''thionine, '''Phé'''nylalanine '''Thré'''onine,'''Try'''ptophane,, '''Va'''line)
Dans une '''V'''(aline)'''I'''(soleucine)'''L'''(eucine), il y a des '''H'''(ystidine)'''L'''(ysine)'''M'''(ethionine) et des '''P'''(hénilalanine)'''T'''(hréonine)'''T'''(ryptophane) (Dans une ville, il y a des HLM et des PTT)
''ils le valent trop trop mes félicitations''
'''ile''' '''leu''' '''val''' '''thr'''''op'' '''tr'''''o'''''p''' '''met''' '''phe''' '''lys''' ''itations''
''Va te le mettre, Phillipe''
'''VA'''l '''TH'''r '''LE'''u '''MET''' '''TR'''p '''PH'''e '''ILE''' '''LY'''s pe
'''''Va''' '''tri'''poter '''Lys'''e mais ('''met''') fait ('''phe''') '''le''' '''tr'''ès '''iso'''lément''
''val thr lys met phe (fait) leu trp ile (iso-leucine)''
Plus simple et plus concret que tous les autres moyens mnémotechniques:
VTT MILLPH (prononcé VTT MILF) et ainsi vous obtiendrez : Valine, Thréonine, Tryptophane, Méthionine, Isoleucine, Leucine, Lysine, Phénylalanine, Histidine.
==== Les acides aminés dits apolaire (Proline polaire/apolaire comprise) ====
Valérie promet à la triste Iseult le phénix et la Glycine.
(val) (Pro/Met)(Ala)(Trp) (Ile) (Leu) (Phe) (Gly)
Glycine dévale à la pelle, il le promet trop.
==== Le [[w:cycle de Krebs|cycle de Krebs]] ====
**''Si le '''citr'''on '''iso'''<nowiki>le l'</nowiki>'''acéto'''ne, le '''succi'''nct '''succès''' '''fumera''' '''m'''oins '''haut'''''
('''citr'''ate, '''iso'''citrate, alph'''acét'''oglutarate, '''succ'''inyl CoA, '''succ'''inate, '''fumara'''te, '''ma'''late, '''o'''xaloacétate)
** Avec les initiales : "C'est ici ce samedi soir : fumette, mal-à-la-tête, oubliette."
ou encore :
** ''La '''C''' '''I''' '''A''' '''su'''specte un '''su'''spect qui '''fum'''e des '''Mal'''boros '''ox'''ydées.''
** '''O'''h '''C'''atastrophe ! '''I'''l '''Os'''e '''Ac'''tiver '''Sa''' '''Su'''per '''F'''orce '''M'''agique
==== Le [[w:Cycle de Calvin|Cycle de Calvin]] ====
**"Les '''ri'''mes '''intermédiaires''' aux '''fo'''rmes '''diffo'''rmes de '''PGAL''' '''ri'''ment."
('''ri'''bulose phosphate, '''intermédiaire''' instable qui se scinde en deux 3-'''pho'''sphoglycérate, 1,3-'''dipho'''sphoglycérate, phosphoglycéraldéhyde ('''PGAL'''), dont l'un quitte le cycle et cinq sont utilisés pour reformer le '''ri'''bulose phosphate.)
==== Les Aldohexoses ====
'''Allo'''ns, '''altr'''uiste '''gl'''acer la '''mann'''e, '''Gul'''liver '''i'''ra '''gal'''érer au '''tall'''us
('''Allo'''se; '''altr'''ose; '''gl'''ucose; '''mann'''ose, '''Gu'''lose '''i'''dose '''ga'''lactose '''ta'''lose)
==== Les protéines intervenant dans les jonctions cellulaires ====
(Attention que ces phrases ne fonctionnent pleinement que si l'on connaît <i>déjà</i> les protéines intervenant, mais que l'on a du mal à retenir lesquelles font quoi.)
- Jonction Adherens : '''Vin'''t le '''cad'''avre '''é'''quipé d''''a'''rmes '''α''' qui '''plaqu'''a le '''glo'''ussant '''ca'''valier.
-> '''Vin'''culine, '''cad'''hérine-'''E''', '''a'''ctine, '''α'''-actinine, '''plak'''o'''glo'''bine, '''ca'''ténine.
- Jonction de contact focal : '''Vin'''t la '''paix''' '''intégr'''ale; les '''a'''rmes '''α''' en '''ta'''s.
-> '''Vin'''culine, '''pax'''iline, '''intégr'''ines, '''a'''ctine, '''α'''-actinine, '''ta'''line.
- Desmosome : Tout ce qui '''colle''', plus la '''kératine'''.
-> Desmo'''coll'''ine, desmo'''glé'''ine, desmo'''plak'''ine, '''plak'''oglobine, '''plak'''ophiline, '''kératine'''.
- Jonction Gap (de communication) : Elle induit une '''connexion'''.
-> '''Connex'''ines.
- Hémidesmosomes : La '''p'''yramide de '''Khé'''ops '''d'''étruit '''intégr'''alement '''la mi'''en'''ne'''.
-> '''P'''lectine, '''ké'''ratine 5 et 14, '''d'''ystonine, '''intégr'''ine α6β4, '''laminine''' 332.
- Jonction tight, ou étanche, qui comporte des "'''kissing''' points" et dont le complexe crée une "'''zonula occludens'''" : '''Embrasser''' '''Claudine''' crée une '''occlu'''sion '''acti'''ve.
-> Claudine, occludine, actine, ZO-1.
==== Les protéines des filaments intermédiaires ====
Elles diffèrent en fonction du tissu où elles se trouvent. Attention que les moyens proposés ici servent plus à retrouver la fonction d'une protéine déjà connue qu'à retenir le nom en lui-même.
- Épithéliums : Kératines.
Facile, il suffit de réfléchir un instant pour s'apercevoir que l'épithélium est bourré de kératines (couche cornée, desmosomes, ...).
- Tissu '''C'''onjonctif : '''V'''imentines.
On retient "'''CV'''".
- Tissu '''M'''usculaire : '''D'''esmines.
On retient "'''MD'''", une abréviation fréquente en anglais pour qualifier un Docteur en Médecine (Medicinæ doctor).
- Tissu Nerveux proprement dit : Protéines des neurofilaments.
Elles n'ont donc pas de nom propre, leur nom est leur fonction : des '''protéines''' dans les '''filaments''' intermédiaires des '''neuro'''nes.
- Tissu Nerveux "de soutien" (tissu glial, donc) : Protéines fibrillaires acides gliales.
Elles n'ont pas de nom propre, le nom est la fonction : Des '''protéines''' qui génèrent des '''filaments''' ('''fibrillaires''', donc) appartenant au tissu '''glial'''. La seule chose à retenir est qu'elles sont acides.
- Noyaux : Lamines.
On peut retenir qu'elles forment la '''lamina''' nucléaire, ou encore que pour arriver au noyau d'une cellule il faut la "maltraiter", et pourquoi pas la '''laminer'''.
==Technologie==
===Électronique===
====Code couleur des résistances====
Code couleur à retenir : Noir, Marron, Rouge, Orange, Jaune, Vert, Bleu, Violet, Gris, Blanc
* Ne Mangez Rien Ou Je Vous Battrai Violemment Gros Béta.
* Ne Mangez Rien Ou Je Vous Brûle Votre Grosse Barbe.
* Ne Mangez Rien Ou Jeunez Voilà Bien Votre Grande Bêtise.
=== Informatique ===
==== RJ45 croisé ====
Broches 361782'''45'''.
==== Modèle OSI ====
Le modèle OSI divise les fonctionnalités nécessaires à la communication en sept couches :
*# '''P'''hysique,
*# '''L'''iaison,
*# '''R'''éseau,
*# '''T'''ransport,
*# '''S'''ession,
*# '''P'''résentation,
*# '''A'''pplication.
** Il faut être deux pour avoir une liaison.
** Le 4*4 est un transport.
"Félicie, OSI"
*#Séduit par son '''PHYSIQUE'''
*#et n'ayant aucune '''LIAISON''',
*#je l'ai contactée sur un '''RÉSEAU''' social.
*#Arrivé chez elle en '''TRANSPORT''' en commun,
*#suivi une '''SESSION''' de va-et-vient,
*#sans aucune forme de '''PRÉSENTATION''',
*#j'y ai mis toute mon '''APPLICATION'''.
Le lendemain, elle me recontactait...
Les mots des phrases suivantes ont des initiales identiques à celles des couches, dans l'ordre ci-dessus ( P L R T S P A ) :
*#'''P'''artout '''L'''e '''R'''oi '''T'''rouve '''S'''a '''P'''lace '''A'''ssise
*# '''P'''our '''L'''e '''R'''éseau '''T'''out '''S'''e '''P'''asse '''A'''utomatiquement
*# '''P'''ar '''L'''à, '''R'''aisonnons '''T'''ransport '''S'''ans '''P'''résenter l''''A'''pplication
*# ''Pour les amateurs du jeu d'échecs :'' '''P'''rends '''L'''a '''R'''eine '''T'''out '''S'''era '''P'''lus '''A'''gréable
*# '''P'''etit '''L'''apin '''R'''ose '''T'''rouvé à la '''S.P.A.'''
*# '''P'''our '''L'''e '''R'''epas '''T'''out '''S'''era '''P'''rêt '''À''' 7 heures (7 couches)
*# '''P'''our '''L'''e '''R'''éseau '''T'''u '''S'''eras '''P'''as '''A'''ugmenté
*# '''P'''our '''L'''a '''R'''oute, '''T'''u '''S'''uis '''P'''ierre-'''A'''lain !
*# '''P'''ourquoi '''L'''e''' R'''oux '''T'''ouche '''S'''on '''P'''énis '''A'''llongé ?
*# '''P'''our '''L'''a''' R'''etenir '''T'''oujours '''S'''e '''P'''arler '''A'''vant !
*# '''P'''ierre '''L'''ouis ''' R'''este '''T'''oujours '''S'''ans '''P'''énétration '''A'''nale !
*# '''P'''endant '''L'''es '''R'''ègles '''T'''oujours '''S'''évir '''P'''ar l''''A'''nus !
Les mots des phrases suivantes ont des initiales identiques à celles des couches, dans l'ordre inverse ( A P S T R L P ) :
*# '''A'''près '''P'''lusieurs '''S'''emaines, '''T'''out '''R'''espire '''L'''a '''P'''aix
*# '''A'''près '''P'''lusieurs '''S'''odomies, '''T'''out '''R'''ectum '''L'''âche '''u'''n '''P'''et
*# '''A'''vec '''P'''atrick '''S'''abatier, '''T'''u '''R'''amasses '''L'''e '''P'''ognon
*# L''''A'''méricain '''P'''uritain '''S'''e '''T'''itille ('''R'''arement|'''R'''égulièrement) '''L'''e '''P'''hallus
*# '''A'''pparemment '''P'''atrick '''S'''ebastien '''T'''on '''R'''ectum '''L'''aisse '''P'''erplexe
*# '''A'''h '''P'''etite '''S'''alope, '''T'''u '''R'''ecraches '''L'''a '''P'''urée
==== Classe d'adresse IP ====
En binaire, compter le nombre de 1 avant le premier 0.
* A : 0 -> 127 (+ 127) <code>0xxxxxxx</code>
* B : 128 -> 191 (+ 63) <code>10xxxxxx</code>
* C : 192 -> 223 (+ 31) <code>110xxxxx</code>
== Grammaire et orthographe ==
===<u>Les principaux mots interrogatifs</u>===
Ce moyen mnémotechnique est très utile pour les coups de téléphone où l’on doit demander des renseignements. Il faut dresser rapidement la liste des mots interrogatifs sur un papier et être sûr que l’on a des réponses à toutes les questions.
'''C’est cucu, c’est occupé !'''
*'''C'''ombien ?
*'''Q'''uoi ?
*'''Q'''ui ?
*'''C'''omment ?
*'''O'''ù ?
*'''Q'''uand ?
*'''P'''ourquoi ?
=== [[w:Conjonction de coordination|Conjonctions de coordination]] ===
''Mais où est donc Ornicar ?''
(Mais, Ou, Et, Donc, Or, Ni, Car)
Mais cette méthode est pédagogiquement discutable, car elle entretient la confusion entre ''et'' (conjonction) et ''est'' (verbe ''être'' à la troisième personne du singulier), ainsi qu'entre ''ou'' (conjonction) et ''où'' (adverbe ou pronom relatif).
Attention, ''donc'' n’est plus une conjonction de coordination, mais bien un verbe conjugué pour ''est'' et un adverbe de coordination pour ''où'' !
On peut aussi l’apprendre de cette manière afin de sortir le OU et ne pas induire de confusion dans l’esprit
Mais ! Et donc Ornicar (mais, et, donc, or, ni, car) en jouant sur la sonorité de la surprise
Au Québec, on dit aussi: ''Mais où est donc Carnior ?''
===<u>Les principales prépositions</u>===
*''Adam part pour Anvers avec cent sous sûrs, entre derrière chez Decontre''
:(À, Dans, Par, Pour, En, Vers, Avec, Sans, Sous, Sur, Entre, Derrière, Chez, De, Contre)
*''Adam part pour envers avec deux cents sous chez Parmisur. ''
:(À, Dans, Par, Pour, En, Vers, Avec, De, Sans, Sous, Chez, Parmi, Sur)
*''Adam part pour Anvers avec deux cents sous.''
*"Adam part pour Anvers avec deux cents sous chez Sur."
:( À, Dans, Par, Pour, En, Vers, Avec, De, Sans, Sous, Chez, Sur)
*''Adam part pour Anvers avec cent sous de chez surdurand.''
*"(À, Dans, Par, Pour, En, Vers, Avec, Sans, Sous, De, Chez, Sur, Durant)
*''Adam Surché part pour Anvers avec deux-cents sous''
*"(À, Dans, Sur, Chez, Par, Pour, En, Vers, Avec, Sans, Sous)
*’’ Adeudans part pour Sur sans sous chez Devant-derrière avec Avant-après-contre’’
===<u>Les pronoms relatifs</u>===
3 culs domptent ouvertement monsieur lequel,Duquel,Auquel...
''<nowiki>Qui que quoi dont où lequel duquel auquel…'</nowiki>''
===<u>Les déterminants possessifs</u>===
Au pluriel: ''Mais c'était nos voleurs !''
(mes, ses, tes, nos, vos, leurs)
===<u>Orthographe</u>===
* Mou'''r'''ir ne prend qu’un “ r ” car on ne meurt qu’une fois.
* Nou'''rr'''ir prend deux “ r ” car on se nourrit plusieurs fois.
* Cou'''r'''ir ne prend qu’un “ r ”car on manque d’air en courant,<br /> mais quand on a'''rr'''ive on prend tout l’air qu’on peut.
* L’hironde'''ll'''e prend deux “ l ” car elle vole avec ses deux ailes.
* La v'''i'''e'''i'''lle ne peut marcher qu’avec ses deux bâtons.
* A'''pp'''uyer prend deux « p » car on s’appuie mieux sur deux pattes.
* Un ba'''l'''ai prend un seul “ l ” car il n’y a qu’un manche.
* Un ba'''ll'''et prend deux “ l ” car pour danser il faut deux jambes.
* Toujour'''s''', toujours un “ s ” et à jamai'''s''', ne jamais l’oublier.
* J’a'''p'''erçois sur une jambe mais j’a'''pp'''arais sur les deux.
* Quand je mets deux "p" à apercevoir, j'aperçois une faute.
* Je n’a'''p'''erçois qu’un '''p''' à a'''p'''ercevoir (ou je m’a'''p'''erçois qu’a'''p'''ercevoir ne prend qu’un '''p''').
* Enve'''l'''oppe ne prend qu’un “ l ” car on ne met qu’une lettre dans une enveloppe. En revanche pour un vélo on a deux '''p'''neus : dé''velo'''''pp'''er, en''velo'''''pp'''er, etc.
* Cuiss'''eau''' de v'''eau'''.
* Sate'''ll'''ite prend 2 '''L''' car c’est plus pratique pour voler. (et un seul '''t''' car il ne tourne qu’autour d’une seule '''T'''erre)
* Évide'''mm'''ent prend deux '''m''' comme dans '''Papa/Maman''' (à noter : tous les adjectifs qui se terminent par "ent", comme "évident", prennent 2 "m" ensuite, comme "évidemment").
* Je me souviens d’une corde en rappel : On se souvient '''DE''' quelque chose, mais on se rappelle quelque chose.
* Un pa'''r'''esseux cou'''r'''onné ca'''r'''essait une ca'''r'''otte avec un air intéressé : liste de mots qui ne prennent qu’un '''r'''.
* Co'''ll'''ine a deux colonnes (2 ” l ”) et colo'''nn'''e a deux collines (2 ” n ”).
* Dé'''velopp'''er je fais du vélo avec mes deux pieds pour pédaler.
* Échapper prend deux "P" car on s'échappe mieux avec deux pieds.
* Culo'''tt'''e prend deux '''T''' car il y a deux jambes pour une culotte
* Un professeur a un seul '''F'''ront et deux '''S'''ourcils, donc un seul F, mais deux S
* Philippe : je marche (2p) mais ne vole pas (1l)
* On parle le flaman'''D''' dans les Flan'''D'''res. Le flaman'''T''' rose est un oiseau de grande '''T'''aille.
* L’am'''a'''nde pousse sur un '''a'''rbre ; l’am'''e'''nde sur un '''e'''ssuie-glace.
*Guè'''r'''e signifie "pas beaucoup", donc un seul r. Il faut au moins deux adversaires pour faire la gue'''rr'''e, donc 2 R.
* Une P'''ê'''che (melba...) / P'''ê'''cher (du poisson) / P'''é'''cher (commettre une offense) / un P'''é'''ché (originel...) : Dans la p'''ê'''che en rivière, le '''^''' représente l’hameçon et la p'''ê'''che (fruit) représente le flotteur de la canne à p'''ê'''che). Quand on confesse au prêtre un p'''é'''ché, on fait profil bas (accent aigu sur le '''é''').
* Tous les membres de la famille ont un accent grave, sauf pépé et mémé : père, mère, nièce…
* M devant Mbappé (M devant M, B et P)
* Reg versus Erg :
** Un Reg est un désert de Roches, de pieRRes
** L’ERg est un désERt de dunes
===<u>Mots avec accent circonflexe</u>===
* Une t'''a'''che c'est suffisamment sale pour ne pas avoir besoin d'en rajouter (d'accent circonflexe)
* Le chapeau de c'''i'''me est tombé dans l’ab'''î'''me. Et celui du bo'''i'''teux dans la bo'''î'''te !
* On dit chapeau ! pour la '''tâche''' accomplie et non pas chapeau ! pour la '''tache''' sur le vêtement.
* Un chien ou un chat marche sur deux paires de pa'''tt'''es. Par contre, on fait cuire des p'''ât'''es dans une casserole qu'on couvre avec le chapeau du â.
* "Traîner ses guêtres", c'est flâner.
<u>Pour les anglophones</u>, il suffit souvent de comparer le mot anglais de même racine que le mot français sur lequel on a un doute pour l'accent circonflexe. Si ce mot anglais contient un S, le mot français équivalent contient souvent un accent circonflexe. Exemples :
* Ancêtre / Ancestor
* Apôtre / Apostle
* Arrêt / Arrest
* Bâtard / Bastard
* Bête / Beast
* Boîte / Box
* Château / Castle
*Cloître / Cloister
* Côte (anatomie, rivage, pente, culinaire) / Coast (rivage)
* Coût / Cost
* Crête / Crest (vague, cimier, huppe…)
* Dégoût / Disgust
* Épitre / Epistle
* Fête, Festif (fr) / Feast (eng)
* Guêpe / Wasp (eng) tous deux venant de vespa (latin)
* Forêt / Forest
* Hâtif / Hasty
* Hôpital / Hospital
* Hôte, hôtesse / Host, hostess
* Hâte / Haste
* Honnête / Honest
* Huître / Oyster
* Île / Island
* Intérêt / Interest
* Maître / Master
* Mât / Mast (bateau)
* Paître / To pasture
* Pâtisserie, Pâte / Pastry / Pasta (ital.)
* Plâtre / Plaster
* Quête / Quest
* Rôtir / To roast
* Tâche (travail et non salissure) / Task
* Tempête / Tempest
===<u>Pluriel</u>===
*Pluriel en OUX au lieu de OUS
::Un '''hibou''' moche comme un '''pou'''
::Avait pour '''joujou''' sur ses '''genoux'''
::Un '''caillou''' aussi '''chou''' qu’un '''bijou'''.
Variante :
::Viens mon '''chou''', mon '''bijou'''
::Viens sur mes '''genoux'''
::Avec des '''joujoux''' et des '''cailloux'''
::Pour éloigner ces vilains '''hiboux''' pleins de '''poux'''
Variante :
::Viens mon '''chou''', mon '''joujou''', mon '''bijou'''
::Sur mes '''genoux'''
::Jeter des '''cailloux'''
::À ces vieux '''hiboux''', pleins de '''poux'''
Variante :<blockquote>Viens mon '''chou''', sur mes '''genoux''' avec tes '''joujoux''' et tes '''bijoux'''</blockquote><blockquote>Pour jeter des '''cailloux''' sur les vilains '''hiboux''' pleins de '''poux'''.</blockquote>
Variante :
Répéter plusieurs fois très vite : Hi-ge-jou-bi-ca-chou-pou.
Vous avez ainsi les premières syllabes des 7 noms qui se terminent en "oux" au pluriel.
2e variante:
'''J'''e '''P'''eux '''B'''oire '''C'''omme '''C'''es '''G'''ros '''H'''ommes.
* Les noms terminés en « -al » font leur pluriel en « -aux » (sauf ''aval, bal, cal, carnaval, chacal, choral, festival, mistral, naval, pal, récital, régal''… qui font leur pluriel en « s ») :
::Dans mon pays '''natal'''
::Où les gens sont pourtant '''joviaux'''
::Eut lieu, c’était '''fatal''', un combat '''naval''',
::Heureusement, ce fut le combat '''final'''
::Parce qu’il faisait '''glacial'''.
== [[w:Grammaire|Langues étrangères]] ==
Ces langues nous sont étrangères, d’où l’importance de trouver des moyens mnémotechniques
=== [[w:Allemand|Allemand]] ===
==== Liste des particules verbales non détachables ====
''J’ai mis Cerbère en enfer'' : ge-, miss-, zer-, be-, er-, ent-, emp-, ver-
''Cerbère gémit en enfer'' : zer-, be-, er-, ge-, miss-, ent-, emp-, ver-
''Miss Verzer bégaie en panthère'' : miss-, ver-, zer-, be-, ge-, emp-, ent-, er-
==== Genre des mots ====
Les mots (de plus d'une syllabe) se terminant en -e, -ei, -ie, -heit, -keit, -tion, -ung sont féminins. <br />
Il existe bien sûr des exceptions : der Däne, das Genie, der Ursprung, der Hochsprung...
=== [[w:Anglais|Anglais]] ===
==== Mots contraires ou confondables ====
* Left: gauche / '''R'''ight: d'''r'''oite
** avec la''' main gauche''', on peut former un '''L''' en tenant les doigts en haut et le pouce en avant. C’est le '''L''' de '''L'''eft.
** dans l’alphabet le '''L''' est à '''gauche''' ('''L'''eft) et le '''R''' est à '''droite''' ('''R'''ight) :
**:A B C D E F G H I J K '''L''' M N O P Q '''R''' S T U V W X Y Z
** Copy'''right''' veut dire '''droit''' d'auteur.
** Quand on est a'''droit''', c’est bien (= '''right''' en anglais)
* Odd (3 lettres) : impair / Even (4 lettres) : pair
** Tuesday : mardi / Thu'''r'''sday : jeudi
*** Thu'''r'''sday est le quat'''r'''ième jour de la semaine, il a donc un '''r''' ('''quatrième''' lettre)
*** En classant les mots dans l’ordre lexicographique :
****jeudi (Thursday) est avant mardi (Tuesday),
****Thursday (jeudi) est avant Tuesday (mardi).
*** Je'''u'''di et Th'''u'''rsday ont tous les deux la lettre '''u''' en troisième position.
*** étymologiquement : Thursday = jour de '''Thor''', et jeudi = jour de '''Jupiter''' (Jovis die). Thor (mythologie nordique) et Jupiter (mythologie romaine) sont tous les deux ''dieu du tonnerre''. Même chose pour l'étymologie de Tuesday (jour de '''Tyr''') et de mardi (jour de '''Mars'''), tous les deux étant ''dieu de la guerre''. Mais il est plus difficile de retrouver Odin dans Tuesday.
***TUEsday sonne comme two-sday two étant égal au nombre 2 et mardi est le deuxième jour de la semaine.
=== [[w:Espagnol|Espagnol]] ===
==== [[w:Consonne|Consonnes]] doublées ====
Les seules consonnes que l’on peut trouver à l’écrit en double sont celles du mot CaRoLiNa.
On peut remarquer que le "[[w:LL|ll]]" est une consonne à part entière.
Attention ! Ne pas confondre N et Ñ
==== <u>Subjonctif</u> ====
===== verbe Savoir (saber) =====
si tu '''sé '''ton présent mais que tu ne '''sepa '''ton subjonctif ce n'est pas grave!
=== [[w:Japonais|Japonais]] ===
{{article détaillé|Japonais/Hiragana/Leçon 1}}
=== [[w:Latin|Latin]] ===
==== Ordre des six cas principaux du latin ====
'''No'''us '''Vo'''us '''Ac'''hetons '''Gé'''néralement '''D'''es '''Ab'''ricots
'''No'''minatif, '''Vo'''catif, '''Ac'''cusatif, '''Gé'''nitif, '''D'''atif, '''Ab'''latif
=== [[w:Néerlandais|Néerlandais]] ===
==== Liste des particules verbales non détachables ====
''begeherontverer' : be-, ge-, her-, ont-, ver-, er-''
BEnoit et Gerard ONT HERité du VERgER
==== Conjugaison de l’[[w:imparfait|imparfait]] ====
On forme l’[[w:imparfait|imparfait]] avec un '''t''' si le radical (Verbe -EN) du verbe se termine par F, K, P, S, T, CH.<br>
Retenez : '''F'''ran'''K'''lin '''p'''rend '''s'''on '''t'''hé '''ch'''aud. <br>
Si le radical se termine par une autre lettre, on forme l’imparfait avec un '''d'''.
Exemples : <br>
- pakken (''prendre'') : pak'''k'''-en > hij pak'''t'''e (''il prenait'')<br>
- ruilen (''échanger'') : rui'''l'''-en > hij ruil'''d'''e (''il échangeait'')
=== [[w:Russe|Russe]]===
==== Verbes à voyelle alternante ы/о dans le thème ====
'''К'''арл '''Р'''о'''М'''а'''Н'''о'''В'''
крыть « couvrir » - рыть « creuser » - мыть « laver » - ныть « gémir; faire mal » - выть « hurler »
Se fléchissent tous sur le modèle :
* infinitif : мыть (accent stable au passé: м'ыла)
* conjugaison : мóю, мóешь... мóют
Contrairement à ст'ыть, ст'ыну « refroidir » ; слыть, слывý « être réputé... »
== Littérature ==
=== Auteurs français du {{XVIIe siècle}} ===
''Sur une racine de la bruyère, une corneille boit l’eau de la fontaine Molière''
([[w:Jean Racine|Racine]], [[w:Jean de La Bruyère|Jean de La Bruyère]], [[w:Pierre Corneille|Pierre Corneille]], [[w:Nicolas Boileau|Nicolas Boileau]], [[w:Jean de La Fontaine|Jean de La Fontaine]], [[w:Molière|Molière]])
Variante : La Corneille perchée sur la Racine de La Bruyère, Boileau de La Fontaine Molière
''(Remarque : La fontaine Molière est une fontaine à Paris)''
== Théâtre ==
Face à la scène, le côté '''j'''ardin et le côté '''c'''our sont du côté de chaque initiale de '''J'''ésus '''C'''hrist, de '''J'''ules '''C'''ésar , de '''J'''acques '''C'''artier ou de '''J'''acques '''C'''hirac (J.C. : jardin à gauche, cour à droite)
Face au public, c’est l’inverse, et le côté '''cour''' est le côté du [[w:cœur|cœur]], à gauche.
== Musique ==
'''Ah ! Lala !'''
* Se souvenir de cette interjection pour faire correspondre les notes musicales latines (do, ré, mi fa...) avec les anglo-saxonnes (C, D, E, F...) '''A''' correspond à '''la''', il n'y a plus qu'à suivre B=si, C=do, D=ré, E=mi, F=fa, G=sol.
'''TS MS DSS'''
*''Nom des degrés'': '''t'''onique, '''s'''us-tonique, '''m'''édiante, '''s'''ous-dominante, '''d'''ominante, '''s'''us-dominante, '''s'''ensible
'''Sa mère la racaille ! Saleté de fumier !'''
*''Ordre des bémols'' : '''S'''i '''m'''i '''l'''a '''r'''é '''s'''ol '''d'''o '''f'''a
'''Six mille laquais repus songent au dodo, fatigués'''
*''Ordre des bémols'' : '''Si''' '''mi''' '''la''' '''ré''' '''so'''l '''do''' '''fa'''
'''Facteur, donne au soldat réjoui la missive'''
*''Ordre des dièses'' : '''Fa''' '''do''' '''sol''' '''ré''' '''la''' '''mi''' '''si'''
'''Dommage, la mine est cassée Do Majeur --> La mineur'''
*"Gamme relative" de Do Majeur
'''Il Doit Posséder Les Modes En Lui'''
Ionien, Dorien, Phrygien, Lydien, Mixolydien, Éolien, Locrien
== Géographie ==
=== Points cardinaux ===
==== Où est l’est ? ====
*Visualiser Strasbourg et Brest. Strasbourg est à l'est, Brest est à l'ouest
* Penser au mot '''O'''rang'''E''', sur une carte, l'Ouest est à gauche et l'Est à droite.
* Écrire "'''où est''' l''''est'''" --> ouest à gauche et est à droite (en considérant le nord en haut bien entendu)
* L’ouest est à gauche, l’est à droite (si le nord est au-dessus).
* Penser que si on regarde la France, à gauche c'est l' ''eau'' comme dans '''O'''uest et à droite c'est l' ''étranger'' comme dans '''E'''st.
* Penser qu'en France, on parle des "pays de l'est" (à droite sur la carte) et en parlant de la conquête de l'ouest on pense à l'Amérique (à gauche sur la carte)
* Penser à : Ouest, le suffixe "est" se trouve à droite, tout comme l’est. Ce qui signifie "ouest" à gauche et "est" à droite.
* Écrire ONE (1 en anglais) : Ouest-Nord-Est
* Penser au mot 'OiE': l’Ouest est à gauche comme le O et l’Est est à droite comme le E (si le Nord est en haut)
* Dans le mot ouest il y a un "u" comme dans gauche. Dans le mot est il n'y a pas de "u" comme dans droite.
* Retenir le mot NESO en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre, car l'inverse donne la nausée (NOSE).
==== Le soleil se couche à l’est ou à l’ouest ? ====
* Penser qu’en France, on voit de beaux couchers de soleil sur nos côtes atlantiques, à l’ouest.
* Penser aussi au pays du soleil levant, le Japon, qui est bien à l’est du continent
* Ou encore : Le Soleil se l'''è'''ve à l’'''e'''st et se c'''ou'''che à l’'''ou'''est
=== Pays limitrophes de la France ===
Aime '''I''S''A''B''E''L''A''' (Aimer pour la lettre '''M''')
'''M'''onaco, '''I'''talie, '''S'''uisse, '''A'''llemagne, '''B'''elgique, '''E'''spagne, '''L'''uxembourg, '''A'''ndorre.
''MAL BAISÉ''
'''M'''onaco, '''A'''ndorre, '''L'''uxembourg, '''B'''elgique, '''A'''llemagne, '''I'''talie, '''S'''uisse, '''E'''spagne.
''AIMABLES''
'''A'''llemagne, '''I'''talie, '''M'''onaco, '''A'''ndorre, '''B'''elgique, '''L'''uxembourg, '''E'''spagne, '''S'''uisse
Avec l’océan Atlantique, la Manche et la Méditerranée en plus :
'' '''O'''h '''MA''' '''MER'''veilleuse '''BALISE''' ''
'''O'''h = '''O'''céan Atlantique '''MA'''='''MA'''nche '''MER'''= '''MER'''Méditerranée '''BALISE'''= '''B'''elgique '''A'''llemagne '''L'''uxembourg '''I'''talie '''S'''uisse '''E'''spagne
PS cette liste est valable seulement pour la France Métropolitaine car le pays avec lequel la France a la plus longue frontière est le ... Brésil ! (car la Guyane est un département français)
=== Grands lacs de l'Amérique du Nord ===
''SMHEOL'' (d'ouest en est)
'''S'''upérieur, '''M'''ichigan, '''H'''uron, '''E'''rié, '''O'''ntario (et St '''L'''aurent)
''HOLMES (élémentaire !)''
'''H'''uron, '''O'''ntario, St '''L'''aurent, '''M'''ichigan, '''E'''rié, '''S'''upérieur.
Une autre méthode, souvent enseignée dans les cours de géographie, fait appel au mot anglais ''foyers'' de la manière suivante :
''HOMES''
'''H'''uron, '''O'''ntario, '''M'''ichigan, '''E'''rié, '''S'''upérieur
=== Les 5 arrondissements de New-York (Boroughs) ===
Vous n'arrivez pas à vous souvenir des 5 arrondissements de la grande ville de New-York? En sachant qu'il est incontournable d'aller se promener dans les grandes avenues et rues sans s'arrêter dans un stand BBQ et y manger les bons hot-dogs d'un sympathique New-yorkais. Il faut dire: '''Si Man BBQ''' (Staten Island, Manhattan, Brooklyn, Bronx, Queen). Bon appétit, bonne visite!.
=== Pays baltes ===
Vous confondez les pays baltes sur la carte ? C'est tout simple, ils sont placés par ordre alphabétique du nord au sud... [[w:Estonie|Estonie]], [[w:Lettonie|Lettonie]], [[w:Lituanie|Lituanie]]
* Cela fonctionne aussi avec les appellations anglo-saxonnes : Estonia, Latvia, Lithuania et aussi avec les noms locaux : Eesti, Latvija, Lietuva.
* Pour les capitales de ces pays : Estonie [[w:Tallinn|Tallinn]], Lettonie [[w:Riga|Riga]] et Lituanie [[w:Vilnius|Vilnius]]
'''T'''rafic '''R'''outier '''V'''olumineux
=== Les tropiques ===
Les tropiques du Cancer et du Capricorne sont classés du nord au sud par ordre alphabétique.
Le capricorne coule (en bas) car il a plus de lettres, il est plus lourd. L'antarctique aussi : l'arctique flotte.
ou tropique du caNcer : N represente le Nord.
ou Capricorne sonne comme "Cap Horn" donc au Sud
=== Les pays d'Amérique Centrale ===
*Du nord au sud : [[w:Bélize|Bélize]], [[w:Guatemala|Guatemala]], [[w:Honduras|Honduras]], [[w:Salvador|Salvador]], [[w:Nicaragua|Nicaragua]], [[w:Costa Rica|Costa Rica]], [[w:Panama|Panama]].
BGHSNCP soit: '''B'''eau '''G'''arçon '''H'''abitant '''S'''alvador '''N'''ettoie et '''C'''i'''r'''e les '''P'''lanchers ou Belle Guatemalaise Habitant Salvador, Nage sur la Côte du Panama.
=== Fleuves de Russie ===
D'ouest en est, les initiales des cinq principaux fleuves de [[w:Russie|Russie]] forment le mot "VOILA" : [[w:Volga|Volga]], [[w:Ob|Ob]], [[w:Ienisseï|Ienisseï]], [[w:Léna|Léna]], [[w:Amour (fleuve)|Amour]].
L'Ob, le Ienissei et la Léna sont les trois plus grands cours d'eau de Sibérie.
=== Pays du Moyen-Orient ===
Le Qatar est une presQu'île dans la péninsule arabiQue. Le Qatar peut être vu comme comme une Crête de CoQ juchée sur l'Arabie saoudite et s'ouvrant sur le golfe arabo-persiQue.
=== Pays d'Asie Centrale (en -stan) ===
* Du Nord au Sud et de l'Ouest à l'Est
'''Kaz'''akhstan - '''Ou'''zbékistan - '''Ki'''rghizistan - '''Tu'''rkménistan - '''Ta'''djikistan - '''Af'''ghanistan - '''Pa'''kistan
Kaz Ou Ki Tu Ta Af Pa
Kazouki, tu taffes pas ?
=== Principales villes traversées par la Loire ===
* De l´Atlantique au Mont Gerbier de Jonc
'''Na'''thalie '''an'''goisse '''to'''ujours les '''bl'''ondes '''or'''iginaires de '''Nevers''', elles '''ro'''ugissent '''sa'''ns '''pu'''deur.
Nantes Angers Tours Blois Orléans Nevers Roanne Saint-Étienne Le Puy en Velay
== Histoire ==
=== Préhistoire ===
{{loupe|#Les périodes géologiques de l’ère primaire|# Les périodes géologiques de l’ère secondaire}}
==== Évolution des [[w:Homininae|homininés]] ====
Les '''Austral'''iens '''habil'''es eurent une '''érec'''tion, quand ils aperçurent, dans le '''néan'''t, des '''sapins''' gigantesques, <br /> ce qui donne, par ordre d'apparition<br />
[[w:Australopithèque|Australopithèque]], [[w:Homo habilis|Homo habilis]], [[w:Homo erectus|Homo erectus]], [[w:Homme de Néanderthal|Homme de Néanderthal]] et [[w:Homo Sapiens|Homo Sapiens]].
=== Les 7 Merveilles du monde antique ===
"'''Mostapha''' ! '''J’attends''' la '''copie''' !"
Variante: "'''Mostapha''' ! '''J’attends''' ta '''coloscopie''' !"
('''Mau'''solée d’Halicarnasse, '''Sta'''tue de Zeus à Olympie, '''Pha'''re d’Alexandrie, '''Ja'''rdins suspendus de Babylone, '''Tem'''ple d'Artémis à Éphèse, '''Co'''losse de Rhodes, '''Py'''ramides d’Égypte)
=== Les 7 rois de Rome ===
''Ronutuann' tarsertar'' (qu'on retient mieux en imaginant le paresseux boucher Ronu : "Ronu, tuant tard, sert tard")
('''Ro'''mulus, '''Nu'''ma Pompilius, '''Tu'''llus Hostilius, '''An'''cus Martius, '''Tar'''quin l’Ancien, '''Ser'''vius Tullius, '''Tar'''quin le Superbe)
=== Les 11 [[w:Liste des empereurs romains|premiers empereurs romains]], dans l’ordre de leur règne ===
''AuTiCaClauNéGalOViVesTiDo''
('''Au'''guste, '''Ti'''bère, '''Ca'''ligula, '''Clau'''de, '''Né'''ron, '''Gal'''ba, '''O'''thon, '''Vi'''tellus, '''Ves'''pasien, '''Ti'''tus, '''Do'''mitien)
Et les six suivants : ''NeTraHadAnMarCo''
(Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin, Marc-Aurèle, Commode)
Cesautica
Clonegalo
Vivestido
CESar, AUguste, TIbere, CAligula
CLAUde, NEron, GALba, Othon
VItellus, VESpasien, TItus, Domitien
=== Les traités napoléoniens, dans l’ordre de leur signature ===
'''''CAV''''' (penser à une ''cave'') : ''Cambalu, Apresti, Viparis''
('''Cam'''po Formio, '''Bâ'''le, '''Lu'''néville, '''A'''miens, '''Pres'''bourg, '''Ti'''lsit, '''Vi'''enne, '''Paris''')
=== Les présidents de la troisième République française ===
''Thimagré Carcafauloufa Poindemidoudoule''
('''Thi'''ers, '''Ma'''c-Mahon, '''Gré'''vy, '''Car'''not, '''Ca'''simir-Perier, '''Fau'''re, '''Lou'''bet, '''Fa'''llières,
'''Poin'''caré, '''De'''schanel, '''Mi'''llerand, '''Dou'''mergue, '''Dou'''mer, '''Le'''brun)
OU ce petit poème :
Tire Mon Glaive
Car Casse-Pierre Fort
Loup Faillit Point
Dèche Mille Dômes
D'où Merle Brun
=== Les présidents de la cinquième République française ===
'''D'''es '''P'''illards '''G'''ouvernent, '''M'''ais '''C'''hacun '''S'''ubit '''H'''élas la Macronie
'''D'''ur '''P'''armesan '''G'''orgonzola '''M'''ozzarella '''Ch'''auds '''S'''ervis.
'''D'''ouce '''P'''atrie '''G'''auloise où '''M'''iaulent les '''Ch'''ats '''S'''iamois '''H'''eureux.
<math>\Longrightarrow</math>De Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande.
'''D'''ouce '''P'''atrie '''G'''auloise où '''M'''iaulent les '''Ch'''ats '''S'''iamois '''H'''eureux et '''M'''alades.
<math>\Longrightarrow</math>De Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron.
- Le sauveur de la France, Charles '''de Gaulle''', s’orthographie avec deux L. On peut retenir que de Gaulle a deux L, comme les deux barres de la croix de Lorraine, symbole de la France libre.
On retient que la Gaule n’a qu’un L comme le L unique dans Celtes. Car "les Gaulois" est le nom que Jules César donne aux Celtes.
=== Les présidents américains à partir de Roosevelt ===
'''R'''udy '''T'''ente '''E'''n '''K'''araté '''J'''e '''N'''ique '''F'''abienne '''C'''omme '''R'''udy '''B'''ouche '''C'''ontre '''B'''ouche '''O'''utré '''T'''errifié.
'''R'''oosevelt '''T'''rouva '''E'''léonore en '''K'''imono, '''J'''ames '''N'''e '''F'''ilma '''C'''arrément '''R'''ien, '''B'''rave '''C'''améraman '''B'''ouché et '''T'''êtu !
<math>\Longrightarrow</math>Roosevelt, Truman, Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan, Bush, Clinton, Bush, Obama, Trump.
=== Les dirigeants de l'URSS et de la Russie ===
'''L'''aissant '''S'''on '''K'''imono '''B'''leu '''À''' '''T'''rois '''G'''amins, '''E'''lle '''P'''ut '''M'''aintenir '''P'''outine.
L = Lénine, S = Staline, K = Khrouchtchev B = Brejnev, À = Andropov, T = Tchernenko, G = Gorbatchev.....la "virgule" marque la chute du communisme, et E = Eltsine, P = Poutine, M = Medvedev, P = Poutine
== Médecine ==
=== Plan des muscles complexus ===
1. Muscle semi-épineux de la tête
* Sème tranquillement 156 graines dans un carré de terre pour 71 arbres épineux.
(Le semi-épineux a pour origine les processus transverses de Th1 à TH5/Th6 et C4 à C7 et se termine sur les processus épineux de C7 ) th1)
2. Muscle longicissimus du cou
*Louons tranquillement une sainte tu (la) sauteras.
(Le muscle longicissimus du cou a pour origine les processus transverses de Th1 à Th5 et se termine sur les tubercules post de C3 à C7)
=== Les os du carpe ===
*''SSPP - TTCC'' (Initiales)
* ''Sca-Lu-Py-Pi T-T-Go-Oc'' (Phonétique)
<math>\Longrightarrow</math>('''Sca'''phoïde, (Semi-'''Lu'''naire)'''lu'''natum* , '''Py'''ramidal, '''Pi'''siforme - '''T'''rapèze, '''T'''rapézoïde, '''C'''apitatum ''', '''os '''C'''rochu ''')'''
NB : dans la nouvelle nomenclature ce n'est plus le semi-lunaire mais le LUNATUM
*On peut le voir sous un autre angle :
** PI - TRI - LU - SCA
*: (pisciforme) (triquetrum) (lunatum) (scaphoide)
** HA - CA - TRI - TRA
*: (hamatum) (capitatum) (trapézoide) (trapèze)
Ou encore prendre les consonnes de ces 2 mots :
*'''P'''é'''T'''a'''L'''e'''S''' : '''P'''isiforme - '''T'''riquetrum - '''L'''unatum - '''S'''caphoïde
* a'''TT'''a'''CH'''e : '''T'''rapèze - '''T'''rapézoïde - '''C'''apitatum - '''H'''amatum
*Trouvé par un étudiant :
*
** '''S'''a'''L'''e '''T'''e'''P'''u, '''<nowiki>T'</nowiki>'''é'''T'''ais à '''CH'''ier.
** '''S'''uce '''l'''a '''t'''rique '''P'''atrick, '''t'''u '''t'''ireras '''Ch'''arlotte
** Le '''S'''carabée à '''L'''unettes '''T'''rie ses '''P'''ièces, '''T'''out '''T'''as est un '''C'''apital ('''h''')Amassé"
** '''S'''a'''L'''u'''T''' '''P'''ierre, '''T'''<nowiki/>'é'''T'''ais '''C'''haud '''H'''ier.
=== Les muscles épicondyliens médiaux (ex-épitrochléens) du membre supérieur ===
''Grand Papa cuve et ronfle''
<math>\Longrightarrow</math>('''Grand pa'''lmaire, Petit '''pa'''lmaire, '''Cu'''bitus antérieur, '''Ron'''d pronateur, '''Flé'''chisseur commun superficiel)
Une autre phrase est proposée
"Grand Papa, Petit Papa, fléchit rondement le cul en avant"
<u>Avec la nouvelle nomenclature</u> :
''Paulo Fuck Les Filles Sans Défense Faisant Un CAprice''
''==> rond '''P'''ronateur, '''F'''léchisseur radial du carpe, '''L'''ong palmaire, '''F'''léchisseur '''S'''uperficiel des '''D'''oigts, '''Fl'''échisseur '''U'''lnaire du '''Ca'''rpe''
=== Les muscles épicondyliens latéraux (ex-épicondyliens) du membre supérieur ===
<math>\Longrightarrow</math>'''2'''ème '''Ra'''dial, '''Ext'''enseur '''commun''', '''ext'''enseur '''propre''' '''du 5'''ème doigt, '''Court Su'''pinateur, '''Cu'''bital '''Post'''érieur, '''Anconé'''
Deux rats excommuniés, expropriés du 5e ont cousu (court supinateur) le cul de la postière en cône.
<u>Avec la nouvelle nomenclature</u> :
''Charlie Rêve d'Explorer Des Etoiles, 5 Etoiles Uniques Au Sanctuaire''
''==>'' Court extenseur Radial du carpe, Extenseur commun des Doigts, Extenseur du 5ème doigt, Extenseur Ulnaire du carpe, Anconé, Supinateur
=== Les 12 paires de nerfs crâniens ===
==== Ancienne nomenclature ====
*'''''O'''h '''O'''scar, '''m'''a '''p'''etite '''t'''héière '''m'''e '''f'''ait '''à''' '''g'''rand '''p'''eine '''s'''ix '''g'''rogs''
*'''''O'''h '''O'''scar, '''m'''a '''p'''etite '''t'''hérèse '''m'''e '''f'''ait '''à''' '''g'''rand '''p'''eine '''s'''ix '''g'''osses''
<math>\Longrightarrow</math>'''O'''lfactifs, '''O'''ptiques, '''M'''oteur oculaire commun, '''p'''athétiques, '''T'''rijumeau, '''M'''oteur oculaire externe, '''F'''aciaux, '''A'''uditifs, '''G'''losso-pharyngiens, '''P'''neumogastriques, '''S'''pinaux, '''G'''rand hypoglosse.
* Nouvelle nomenclature
*'''''OL'''ivia '''OPT'''<nowiki>e pour l'</nowiki>'''OC'''éan c'est '''TRO'''p '''TRI'''<nowiki>ste d'</nowiki>'''A'''ller '''FA'''ire des '''V'''isites '''G'''avantes quand les '''VAGUES''' '''A'''<nowiki>pportent l'</nowiki>'''HYP'''nose.''
*'''O'''h '''O'''h ! '''O'''scar ! '''T'''a '''T'''héière '''A''' '''F'''ait '''V'''ingt '''G'''rands '''V'''erres '''A''' '''H'''ector.
*'' '''Ol'''ivier '''Op'''oil '''Ocul''' '''Troqu'''a '''Tri'''stement '''A'''vec '''Fa'''nny '''V'''ingt '''Gloss Par'''fums '''Va'''nille '''Accessoire'''<nowiki> d'</nowiki>'''Hy'''dratation.''
*'''''Ol'''é '''O'''<nowiki>scar d'</nowiki>'''Occ'''ident ! '''Tr'''availle ton '''Tri'''ceps, tes '''Abd'''o et tes '''F'''esses au '''WC'''. '''Gl'''isse '''vague'''ment ton '''accessoire''' et '''hip''' !''
*'''''O'''yez, '''O'''yez ! '''O'''bstinée '''T'''ortue '''T'''enace '''A''' '''F'''inalement '''V'''aincu, '''G'''rand '''V'''antard '''A''' '''H'''onte.''
*'''''O'''yé! '''O'''yé! '''O'''bstinée '''T'''ortue '''T'''enace '''A''' '''F'''inalement '''V'''aincu (la) '''G'''rande '''V'''ague '''À''' '''H'''awaii''.
*'' '''Ol'''af '''Opt'''a '''Occ'''asionellement pour le '''Tro'''quet '''T'''andis qu' '''Abd'''el '''Fa'''isait '''V'''alser '''G'''rand'''-P'''ère '''Vague'''ment '''A'''utour de l' '''Hippo'''campe. ''
*'''''O'''n '''O'''ccasion '''O'''livier '''T'''ries '''T'''o '''A'''nally '''F'''uck '''V'''arious '''G'''uys, '''V'''aginas '''A'''re '''H'''istory''.
*'''''Ol'''a! '''Op'''hélie '''O cul Tro'''p '''Tri'''pant '''A Fa'''it '''Co'''quettement '''Glo'''usser '''Va'''lentin '''A''' l'<nowiki/>'''Hypo'''drome.''
<math>\Longrightarrow</math>'''O'''lfactif, '''O'''ptique, '''O'''cculomoteur, '''T'''rochléaire, '''T'''rijumeau, '''A'''bducens, '''F'''acial, '''V'''estibulo-Cochléaire ''ou'' '''C'''ochléo-vestibulaire, '''G'''losso-Pharyngien, '''V'''ague, '''A'''ccessoire, '''H'''ypoglosse.
==== Sensitif ou moteur ====
- Un dernier pour savoir la '''composante de chaque nerfs''' :
Mots commençant par un '''S''' = sensitif, '''M''' = moteur, '''B''' = les deux (both). Ensuite les noms communs et les adjectifs sont parasympathiques (Money, brother, big, boobs).
*'''''S'''ome '''S'''ay '''M'''oney '''M'''atters, '''B'''ut '''M'''y '''B'''rother '''S'''ays : '''B'''ig '''B'''oobs '''M'''atter '''M'''ost.''
ex: Boobs = 10e nerf (Vague), B = sensitif et moteur, nom commun = parasympathique. Ceci correspond aux caractéristiques du nerf vague !
- Une autre plus rigolote et moins décente :
*'''''S'''eb '''S'''uces '''M'''oi '''M'''es '''D'''eux '''M'''amelons '''D'''e '''S'''ilicone '''D'''é-'''D'''é '''M'''e '''M'''anque''
'''S'''ahara '''S'''ablonneux (et) '''M'''er '''M'''orte, '''D'''eux '''M'''ondes '''D'''e '''S'''ilence (et) '''D'''éserts '''D'''e '''M'''ouvants '''M'''irages
'''S''' = sensitif,
'''M''' = moteur,
'''D'''= les deux.
Ainsi le 1{{er}} nerf crânien est sensitif.
Le 9{{e}} et le 10{{e}} sont à la fois sensitifs et moteurs, etc.
=== Les 15 collatérales de l’artère maxillaire ===
'''''T'''on '''m'''épris '''p'''eut '''a'''mener '''m'''a '''t'''empête '''p'''etite '''b'''iche '''t'''ant aimée. '''Un''' '''p'''etit '''c'''âlin '''p'''eut '''p'''ardonner''
<math>\Longrightarrow</math>('''T'''ympanique, '''M'''éningée moyenne, '''P'''etite méningée, '''A'''lvéolaire inférieure, '''M'''asseterine, '''T'''emporale profonde postérieure, '''P'''térygoïdienne, '''B'''uccale, '''T'''emporale profonde antérieure, '''A'''lvéolaire supérieure, '''In'''fra-orbitaire, '''P'''alatine descendante, du '''C'''anal ptérygoïdien, '''P'''térygo-palatine, '''P'''haryngienne)
(N.B. Non! l'artère pharyngienne est une branche de la carotide externe!)
les 15 branches dans l'ordre:
un '''T'''ic '''MENING'''é '''PE'''ut '''DE'''venir '''MA'''léfique, '''T'''andis qu'un '''BU'''bon '''TE'''rriblement '''AL'''gique '''P'''eu'''T''' être '''SOU'''lagé '''VI'''te '''PA'''r une '''PT'''yaline '''SP'''écifique
'''( T'''ympanique, '''MENINGE'''é moyenne, '''PE'''tite méningée, '''DE'''ntaire inférieure, '''MA'''ssétérine, '''T'''emporale profonde moyenne, '''BU'''ccale, '''TE'''mporale profonde antérieure, '''AL'''véolaire, '''PT'''érygoïdienne, '''SOU'''s orbitaire, '''VI'''dienne, '''PA'''latine descendante, '''PT'''érygopalatine, '''SP'''hénopalatine.)
=== Les branches de l'artère axillaire ===
'''TH'''éodore '''a''' '''m'''angé '''s'''on '''c'''a'''c'''a
<math>\Longrightarrow</math>'''TH'''oracique supérieure, '''A'''cromiothoracique, '''M'''ammaire Interne, '''S'''capulaire et les deux '''C'''irconflexes
Cette artère se trouve dans la région de l'aisselle et pas ailleurs.
=== Branche de l'artère carotide externe : ===
'''''T'''ous '''L'''es '''F'''rançais '''O'''nt '''A'''pplaudi le '''P'''résident '''M'''onsieur '''T'''hiers''.
<math>\Longrightarrow</math>('''T'''hyroïdienne supérieure, '''L'''inguale, '''F'''aciale, '''O'''ccipitale, '''A'''uriculaire postérieure, '''P'''haryngienne ascendante, '''M'''axillaire interne, '''T'''emporale superficielle):
=== Collatérales de la carotide externe ===
'''''T'''ire '''l'''a '''f'''icelle, '''p'''ortier ! '''O'''uvre '''à''' '''t'''on '''m'''aître '''r'''apidement''
<math>\Longrightarrow</math>('''T'''hyroïdienne supérieure, '''L'''inguale, '''F'''aciale, '''P'''haryngienne ascendante, '''O'''ccipitale, '''A'''uriculaire postérieure, '''T'''emporale superficielle, '''M'''axillaire, '''R'''ameau parotidien)
'''T'''ou'''s''' '''l'''es '''F'''rançais '''a'''cclament '''O'''bama '''p'''résident
<math>\Longrightarrow</math>('''T'''hyroïdienne '''s'''upérieure, '''L'''inguale, '''F'''aciale, '''A'''uriculaire postérieure, '''O'''ccipitale, '''P'''haryngienne ascendante)
'''S'''ome '''a'''ngry '''l'''ady '''f'''igured '''o'''ut '''p'''ost '''m'''enopausal '''s'''yndrom.
<math>\Longrightarrow</math>('''S'''uperior thyroidal, '''A'''scending pharyngeal, '''L'''ingual, '''F'''acial, '''O'''ccipital, '''P'''osterior auricular, '''M'''axillary, '''S'''uperficial temporal)
Ce dernier, bien qu'en anglais, a l'avantage d'indiquer les artères dans l'ordre ascendant.
'''T'''u '''P'''eux '''L'''a '''F'''ourrer '''O'''u l'''A''' '''M'''anger '''T'''oute.
<math>\Longrightarrow</math>('''T'''hyroïdienne supérieure, '''P'''haryngée ascendante, '''L'''inguale, '''F'''aciale, '''O'''ccipitale, '''A'''uriculaire postérieure, '''M'''axillaire, '''T'''emporale superficielle)
Ce dernier est une variante québécoise à caractère sexuel qui a également l'avantage d'indiquer les artères dans l'ordre ascendant.
=== Les collatérales de l’artère ophtalmique ===
'''''R'''emets '''l'''es '''c'''apotes '''s'''ans '''n'''ous '''f'''aire '''p'''<nowiki>erdre l'</nowiki>'''é'''rection''
<math>\Longrightarrow</math>(Centrale de la '''R'''étine, '''L'''acrymales, '''C'''iliaires, '''S'''upra-orbitaire, '''N'''asales, '''F'''rontales, '''P'''alpébrales, '''E'''htmoïdales antérieures et postérieures)
=== Les rameaux du plexus lombaire ===
'''Il''' '''hyp'''notise '''il'''lico l''''igu'''ane '''gé'''ant et '''fé'''roce et lui '''c'''oupe '''l'''ittéralement '''la''' '''cuisse''' qui '''fai'''sait '''ob'''struction '''car''' elle '''l'omb'''rageait.
<math>\Longrightarrow</math>('''il'''io-'''hyp'''ogastrique; '''il'''io-'''ingu'''inal; '''gé'''nito-'''fé'''moral; '''c'''utané '''l'''atéral de '''la''' '''cuisse'''; '''fé'''moral; '''ob'''turateur; du muscle '''car'''ré des '''lombes''')
=== Les rameaux du plexus sacré ===
'''Si''' un '''gl'''acier '''sup'''er '''inf'''idèle est '''honteux''' d’avoir '''per'''foré le '''rect'''um et '''élev'''é '''l’anus''' d’un '''cu'''isinier '''po'''urtant '''c'''onsentant, un '''curé''' '''fe'''ra un '''ju'''gement '''im'''partial en '''oub'''liant l’'''in'''acceptable.
<math>\Longrightarrow</math>('''sci'''atique; '''gl'''utéal '''sup'''érieur et '''inf'''érieur; '''honteux'''; '''pir'''iforme; '''rect'''al supérieur ; '''élév'''ateur de '''l’anus'''; '''cu'''tané '''po'''stérieur de la '''c'''uisse; '''carré''' '''fé'''moral et '''ju'''meau '''in'''férieur; '''ob'''turateur '''in'''terne)
=== Les muscles du grand trochanter ===
Mon '''g'''ars, '''troqu'''ons: Le '''Petit''' '''Pierre''' et '''les jumeaux''' '''moyen'''nant '''fesses''' à '''obtur'''er.
<math>\Longrightarrow</math>('''G'''rand '''Troch'''anter: '''petit''' fessier; '''pir'''iforme; '''jumeaux''' supérieur et inférieur; '''moyen fess'''ier; '''obtur'''ateurs internes et externes)
=== Les muscles de la patte d'oie ===
*SA GRA - Tte ("ça gratte")
*# Sartorius (ex-Couturier)
*# Gracile
*# Tendineux
**CGT
**Sartre est grat et tendre
**ça gratte
=== Les ménisques du genou ===
'''''CI'''TR'''OE'''N''
(Le ménisque en forme de '''C''' est le ménisque '''I'''nterne ; le ménisque en forme de '''O''' est le ménisque '''E'''xterne)
=== Les obturateurs pelvi-trochantériens ===
Être '''ex-empt''' d''''im-pôt'''s
(L'obturateur '''ex'''terne s'insère à la face '''ant'''érieure de l'os coxal, l'obturateur '''in'''terne s'insère à la face '''po'''stérieure de l'os coxal)
== Mythologie ==
=== Les 3 Grâces ===
'''Aglaé''' offre une u'''sine''' à Na'''thalie''' (variante : Aglaé offre Rosine à Nathalie)
** Aglaé, Euphrosine et Thalie
=== Les 9 Muses ===
Voici l'astuce des étudiants en grec à l'école pour retenir les neuf muses :
'''''Cl'''ame, '''Eu'''gène, '''ta''' '''mél'''odie, '''terr'''ible '''air''' '''pol'''onais, o'''ura'''gan '''cal'''culé''
<math>\Longrightarrow</math>('''Cl'''io, '''Eu'''terpe, '''Tha'''lie, '''Mel'''pomène, '''Ter'''psichore, '''Ér'''ato, '''Pol'''ymnie, '''Ura'''nie, '''Cal'''liope)
Calliope porte une couronne d’or, Clio une couronne de laurier, Érato une couronne de myrtes et de roses, Euterpe une couronne de fleurs, Melpomène une couronne de pampre de vigne, Polymnie une couronne de perles, Terpsichore une couronne de guirlandes, Thalie une couronne de lierre, et Uranie une couronne d'étoiles
=== Les dieux grecs ===
''Hazah Phadhadah''
<math>\Longrightarrow</math>('''H'''éra, '''A'''phrodite, '''Z'''eus, '''A'''pollon, '''H'''éphaïstos, '''P'''oséidon, '''H'''ermès, '''A'''rtémis, '''D'''ionysos, '''H'''adès, '''A'''théna, '''D'''éméter, '''A'''rès, '''H'''estia)
Notons que la plupart des dieux grecs commencent par la lettre "A" ou "H".
{| class="wikitable"
|-
| Hestia || arrêta || d'aimer || Zeus<small>:</small>
|| possédée || <small>par</small> Dionysos<small>,</small>
|| <small>elle</small> erra || <small>dans</small> Athènes<small>,</small>
|| affolée<small>,</small> || <small>et fit</small> l'apologie || <small>de l'</small>art || effarant || d'Hermes || et d'Hadès
|-
| Hestia || Arès || Demeter || Zeus || Poséidon || Dionysos
|| Héra || Athéna || Aphrodite || Apollon || Artémis || Héphaïstos || Hermes || Hades
|}
=== Les dieux romains ===
'''''J'''eune '''v'''euve '''j'''oyeuse '''c'''herche '''v'''ieux '''b'''aron '''m'''ême '''m'''alade '''a'''fin '''d'''e '''v'''ivre '''m'''ieux'' '''p'''oint
<math>\Longrightarrow</math>('''J'''unon, '''V'''énus, '''J'''upiter, '''C'''érès, '''V'''ulcain, '''B'''acchus, '''M'''ercure, '''M'''inerve, '''A'''pollon, '''D'''iane, '''V'''esta, '''M'''ars, '''P'''luton)
== Religion ==
=== Les dimanches avant Pâques ===
Les petits protestants alsaciens (et allemands aussi, sans doute) apprenaient jadis le nom des dimanches qui précédaient Pâques grâce à la phrase : « '''I'''n '''R'''echter '''O'''rdnung '''L'''ehre '''J'''esu '''P'''assion », ce qui signifie : « Apprends dans le bon ordre la passion de Jésus ». On peut aussi dire : « '''I'''n '''R'''ektors '''O'''fen '''L'''iegen '''J'''unge '''P'''almen », ce qui veut dire : « Dans le poêle du recteur se trouvent de jeunes palmes (allusion à rameaux) ». Et ils retrouvaient : '''I'''nvocavit, '''R'''eminiscere, '''O'''culi, '''L'''aetare, '''J'''udica et '''P'''almarum (Palmsonntag - dimanche des Rameaux).
=== Péchés capitaux ===
Les initiales des [[w:sept péchés capitaux|sept péchés capitaux]] sont rassemblés dans le mot « Pô glacé ». ('''p'''aresse, '''o'''rgueil, '''g'''ourmandise, '''l'''uxure, '''a'''varice, '''c'''olère et '''e'''nvie)
** Autre expression pour retenir les 7 péchés capitaux : " CE GALOP ".
(Colère, Envie, Gourmandise, Avarice, Luxure, Orgueil, Paresse)
** L' '''ENV''' ie '''EN V'''eut, lorsqu'on lui demande de travailler, la '''P'''aresse se '''P'''ousse, l' '''O'''rgueil se pense plus haut ('''O''') que les autres, la '''G'''ourmandise mange du '''G'''ateau et du '''G'''ras, la '''L'''uxure va dans un hot-'''L''', l' '''A'''varice en '''A''', la '''C'''olère '''C'''rie.
**Ou encore une phrase: '''L'''es '''G'''rands '''E'''sprits '''O'''bligent '''C'''ertainement '''A''' '''P'''enser (luxure, gourmandise, envie, orgueil, colère, avarice, paresse)
(entendu cité par Jacques Lacarrière lors d'une interview sur France-Culture)' '
**Une phrase courte et très facile à mémoriser, car elle ne fait pas appel qu'aux initiales qui demanderaient encore beaucoup d'efforts pour les identifier. Ici, l'utilisation de mots qui agissent immédiatement sur la divulgation des 7 péchés: ''''<nowiki>Par goût, Colette envie l'orgue luxueux d'Avarice'</nowiki>''' ('''Par'''esse, '''gou'''rmandise, '''colè'''re, '''envie''', '''orgue'''il, '''lux'''ure, '''avarice''')
=== Épîtres de Paul ===
Rococo Galéphicol ThèThè TimTim TiPhilHé
('''Ro'''mains, 1 '''Co'''rinthiens, 2 '''Co'''rinthiens, '''Gal'''ates, '''Éph'''esiens,
'''Phi'''lippiens, '''Col'''ossiens, 1 '''The'''ssaloniciens,
2 '''The'''ssaloniciens, 1 '''Tim'''othée, 2 '''Tim'''othée, '''Ti'''te, '''Phil'''émon, '''Hé'''breux)
=== Apôtres de Jésus ===
'''S'''ouvent '''a'''bsent, '''J'''ean '''J'''aures '''p'''erdait '''b'''êtement '''t'''oute '''m'''onnaie le '''j'''our '''J''' de '''s'''on '''j'''eûne.
'''S'''imon, '''A'''ndré, '''J'''acques, '''J'''ean, '''P'''hilippe, '''B'''arthélémy, '''T'''homas, '''M'''atthieu, '''J'''acques, '''J'''ude, '''S'''imon, '''J'''udas.
'''Si JaJa Ma embarté Juju, J'enfile To Pierre'''
'''Si'''mon, '''Ja'''cques, '''Ja'''cques, '''Ma'''tthieu, '''An'''dré, '''Barthé'''lémy, '''Ju'''de, '''Ju'''das, '''Jean''', '''Phil'''ippe, '''Tho'''mas, '''Pierre'''.
=== '''Vertus Cardinales''' ===
'''P'''rudence, '''J'''ustice, '''F'''orce et '''T'''empérance se retient avec : " '''P'''our '''J'''ésus, '''F'''ais '''T'''out ! ", les premières lettres des mots rappellent les quatre vertus cardinales.
=== Les sept sacrements catholiques ===
''BECOROM'' :
# Baptême
# Eucharistie
# Confirmation
# Onction des malades
# Réconciliation
# Ordination
# Mariage
=== Les sept dons de l'Esprit Saint ===
''P C DS FCC (paie ces déesses fichier central des chèques)''
# Sagesse
# Discernement
# Conseil
# Force
# Connaissance
# Crainte du Seigneur
# Piété
== Navigation ==
=== Marine ===
==== Bâbord/Tribord ====
'''''Bâ'''bord c’est g'''a'''uche, t'''r'''ibord, c’est d'''r'''oite.'' (si on regarde vers la partie avant du bateau)
On peut aussi le retenir avec le mot batterie (que l’on prononce généralement « BaTri »), on a Ba à gauche (comme bâbord) et Tri à droite (comme tribord) OU plus simple avec "BaTeau".
{| class="wikitable"
| Bâ
| Tri
|-
| Bâbord
| Tribord
|-
| Gauche
| Droite
|}
Variante : la seconde lettre de b'''â'''bord est la même que la seconde lettre de g'''a'''uche et la seconde lettre de t'''r'''ibord est la même que la seconde lettre de d'''r'''oite.
Variante : Babo<s>rd ga</s>uche = Babouche.
On ne retrouve qu'un A dans bAbord et gAuche et un I dans trIbord et droIte.
==== Couleur et signalisation bâbord et tribord ====
Couleur des feux de navigation d'un bateau:
{|
| Bâbord
| '''R'''ouge
|-
| Tribord
| '''V'''ert
|}
Lu de gauche à droite cela fait '''RV''' ou le prénom '''Hervé'''.
''Un marin emporte toujours Un Tricot Vert et Deux Bas Si Rouges'' = chiffres '''impairs''', '''Tri'''bord, '''Cô'''ne, '''Vert''', et chiffres '''pairs''', '''Bâ'''bord, '''Cy'''lindre, '''Rouge'''.
Ou encore : en entrant au port, on trouve les balises COniques VERTES à TRIbord, et les balise CYlindrique ROUGES à BAbord.
En [[w:aviron|aviron]], '''T.G.V''' à savoir '''T'''ribord-'''G'''auche-'''Vert''' car le rameur est dos à l'embarcation et donc tribord se situe à sa gauche.
==== Compartimentage ====
Le compartimentage est la méthode employée pour assurer la sécurité d'un navire contre les voies d'eau. Il consiste à diviser l'espace en compartiments étanches en-dessous de la ligne de flottaison. Il résulte de ces nombreux cloisonnements une difficulté à localiser, notamment sur les gros bâtiments, tel ou tel lieu précis (cabine, soute, etc.). Afin de régler cette difficulté se pratique un référencement des locaux selon une numérotation en quatres chiffres/lettres : la tranche (de la proue vers la poupe), le pont (de la surface vers le fond à partir du pont principal 0 situé immédiatement au-dessus de la ligne de flottaison), le rang (sous-section de tranche) et le bord (local dans un rang donné).
Ex. : A216 signifie que le local se trouve dans la tranche alpha, au niveau du deuxième pont inférieur (ou faux pont), au premier rang, premier local à bâbord en partant de la ligne médiane (ou de la coursive centrale) du navire.
La mémorisation de l'ordre des bords s'effctue avec la phrase mnémotechnique suivante : "j'aime les femmes en slip", le nombre de lettres de ces mots donnant la suite 1-5-3 (impairs sur tribord) 6-2-4 (pairs sur bâbord).
==== Nœuds ====
La phrase « ''Le serpent sort du trou, tourne autour de l'arbre, et rentre dans le trou'' » permet de se rappeler de la méthode pour faire un [[w:nœud de chaise|nœud de chaise]].
=== Aviation ===
Chez les pilotes d’avions utilisant le système [[w:Precision_Approach_Path_Indicator|Vasi]] pour trouver l’altitude correcte à l’atterrissage en [[w:vol à vue|vol à vue]], des panneaux rouges et blancs à côté de la piste leur fournissent de précieuses indications qui ont abouti à cette comptine :
:« ''White over white, you're high as a kite''
:''Red over white, you're right''
:''Red over red, you're dead'' »
(Blanc sur blanc : trop haut, rouge sur blanc : correct, rouge sur rouge : trop bas).
Pour récolter toutes les informations nécessaires pour compléter leur feuille de route, les pilotes aguerris utilisent la phrase :
'''''R'''''etranchez '''v'''otre '''d'''érive, '''c'''ela '''v'''ous '''d'''onne '''c'''haque '''m'''esure '''d'''u '''c'''ap '''c'''ompas.
Route vraie - X (dérive) / Cap vrai - Déclinaison / Cap magnétique - déviation / Cap compas
Pour le décollage : CC PP VV TT (ou 3T)
Compas, Conservateur de cap (ou gyro compas), Phares, Pompe, Volets, Verrière, [[w:Transpondeur|Transpondeur]], Top, (Talons au sol). Cela dépend bien sûr du type d'avion.
Pour l’observateur au sol et face à l’avion, contrôleur, mécanicien de piste, le rouge est à droite et le vert est à gauche. Très pratique la nuit, on ne voit rien d’autre que les feux.
Moyen mnémotechnique :
Quand on se sert du vin à boire, on a le "rouge" dans la main droite et le "verre" dans la main gauche.
Ou plus facile à retenir : Comme en politique, le rouge est toujours à gauche !
== Vie quotidienne ==
La vie quotidienne regorge de moyens mnémotechniques plus ou moins utiles.
=== Droite et Gauche ===
Se souvenir de sa main habile (droitier ou gaucher)
Utiliser les initiales en majuscules (G et D) : l'arrondi est du côté correspondant (à Gauche pour G), (à droite pour D).
En anglais, pour Left et Right (Gauche et Droite). On peut faire un L avec la main gauche, avec le pouce et l'index et non avec la main droite. D'où Left=gauche et right=droite.
=== Mois courts et mois longs ===
En mettant ses poings fermés côte à côte, les bosses des [[w:phalange|phalange]]s peuvent correspondre aux mois de 31 jours du [[w:calendrier|calendrier]] et les creux entre chacune aux mois de 30 jours ou moins. Et sans compter la jonction entre les mains comme un creux.
On peut aussi le faire avec une seule main (c'est mieux pour les enfants, car ça permet de suivre le décompte des mois avec un doigt de l'autre main...) : on commence sur le premier sommet pour janvier, on s'arrête sur le dernier sommet pour juillet et, pour les mois suivants, on repart en arrière en comptant de nouveau le sommet (ou bien, on recommence au sommet initial, pour bien marquer les 2 mois de 31 jours). Attention ! Juillet-Aout ont 31 Jours mais Décembre-Janvier aussi !!
=== Heure d’été, heure d’hiver ===
En été on avance d’une heure, car "'''é'''té" et "'''a'''vance" commencent par une voyelle.
En été le soleil qui passe à travers les volets nous réveille tôt car on dort une heure en moins.
En hiver on recule d’une heure, car "'''h'''iver" et "'''r'''ecule" commencent par une consonne.
En hiver on hiberne, donc on dort une heure en plus.
Le changement d’heure se faisant en avril (!) et en octobre :
* OCTOBRE finit par RE donc on REcule
* ''AVRIL commence par AV donc on AVance''
Hélas..... cette information est affichée sur de très nombreux sites.. alors que le changement annoncé en AVRIL.. est en réalité réalisé le dernier dimanche de MARS !
Comme le changement a lieu en MARS et OCTOBRE, et qu'en général on ne peut pas (ou ne doit pas) faire reculer une aiguille sur une montre analogique :
* MARS étant plus court (4 lettres), on avance de 1 heure,
* OCTOBRE étant plus long (7 lettres), on avance de 23 heures (ou 11 heures pour les montres et horloges analogiques sans date).
Pour les anglophones : Spring Forward, Fall Back
(Spring étant le Printemps et Fall l'Automne)...
=== Retrouver de tête le nom du jour de la semaine quelle que soit la date donnée ===
{{pas clair}}
Par convention, on associe les chiffres aux lettres suivantes :
<pre>
0 = S, Z
1 = T, D
2 = N, Gn
3 = M
4 = R
5 = L, Y, ill
6 = CH, J, Ge
7 = K, Qu, Gu
8 = F, Ph, V
9 = P, B
</pre>
==== N°1 - liens entre jours et lettres : ====
Lundi est le premier jour de la semaine . Donc '''Lundi = 1''' mardi = 2 ...
==== N°2 - liens entre mois et lettres ====
===== a) correspondances pour année normale =====
:
** Janvier Février Mars... deviennent
"'''S'''a'''M''' '''M'''e '''J'''e'''T'''e'''R'''a a'''G'''e'''N'''ou'''iLL'''é '''S'''on '''M'''a'''iLL'''ot"
'''S''' = Janvier ; '''M''' = Février ; '''M''' = Mars
'''J''' = Avril ; '''T''' = Mai ; '''R''' = Juin
'''g'''= Juillet ; '''n'''= Août ; '''L'''= Septembre
'''s'''= Octobre ; '''m'''= Novembre ; '''L'''= Décembre
===== b) correspondances pour année bissextile =====
"'''G'''i'''N'''o '''M'''e '''J'''e'''T'''e'''R'''a ..."
'''G''' = Janvier ; '''N''' = Février ; etc
===== N°3 - facteur en fonction du siècle =====
====== a) Avant le 4 octobre 1582, enlever 7 au siècle (''' -7''' ) ======
Année 670 : siècle 6 '''-7''' = 0
Année 1100 : siècle 11 '''-7''' = 4
Et le résultat on le transforme :
4 devient 0 , 3 devient 1 , 5 devient 6 , 2 reste 2 et inversement.
Moyen mnémotechnique (suivant la convention) :
RuSé MaTou :: 4-0 3-1
NoNNe LouChe :: 2-2 5-6
====== b) À compter du 4 Octobre 1582 ======
soit le '''4''' - '''10''' - '''1582''' , c'est à dire le jour où le '''R'''oi '''T'''hé'''S'''ée '''T'''é'''L'''é'''PH'''o'''N'''a , on enlève 4 et non 7 , autant de multiple possible :
**Année 1800 : siècle 18 - ( '''4'''x4 ) = 2
**Année 2000 : siècle 20 - ( '''4'''x5 ) = 0
La transformation donne 0-6 1-4 2-2 3-0
{| class="wikitable"
|-
| 0 || 1 || 2 || 3
|-
| '''6''' || '''4''' || '''2'''|| '''0'''
|-
| '''CH'''è... || ...'''r'''e || '''N'''iai... || '''se'''
|-
| 0-6 || 4-1 || 2-2 || 0-3
|}
==== Calcul pour le 26 septembre 1955 ====
Il y a plusieurs opérations à réaliser en se conformant aux règles citées .
**26 Sept 1955
règle 2a ::
septembre = L = ''5''
**26+''5'' = 31
règle 3b
** 31-(7x4) = '''''3'''''
**55 - (7x4) = 55-28= 27
**27 + (27/4) = 27+6 = 33
**33 - (7x4 ) = 33-28= '''''5'''''
** '''''5 + 3 ''''' =''''' 8'''''
comme il y a 7 jours dans la semaine :
*''''' 8-7 '''''= '''1'''
le 1 correspond à '''lundi''' donc le 26 septembre 1955 était un '''lundi''', toute la journée !!!
==== Sinon pour l'année cours, passée ou à venir, ====
le moyen le plus simple et le plus rapide est de diviser l'année en trimestres . Pour chaque mois, on cherche le quantième du premier dimanche par exemple .
On fait une phrase par trimestre et pour trouver la correspondance on rajoute 7 + de 1 à 6 .
Exemple, pour 2012,
{| class="wikitable"
|-
! Janvier !! Février !! Mars
|-
| '''1''' || '''5''' || '''4'''
|-
| '''D'''e || '''<nowiki>L'</nowiki>''' || ai'''R'''
|}
Donc, le premier dimanche de Janvier 2012 est le 1er janvier . Pour aller à mon Rendez vous du 3 je rajoute 2.
** Selon ma convention déjà vue , lundi=1 mardi=2 mercredi=3 jeudi=4 vendredi=5 samedi=6 et dimanche=7 .
Alors 2 correspond à mardi donc le 3 Janvier 2012 est mardi
pour aller au 18 janvier 2012 , une semaine ayant 7 jours, même sous le règne actuel, je retire autant de semaine complète que possible . Donc 18 - (2x7 ) = 18 - 14 = 4 . Surprise, le 18 janvier 2012 sera un mercredi . Soit parce que j'ai rajouté 3 jours au dimanche, soit parce que j'ai décidé une fois pour toutes que le dimanche est le premier jour de la semaine, donc le mardi le 2ème etc ...
** dans ce cas, dimanche=1 mardi=2 mercredi=4 jeudi=5 vendredi=6 samedi=7 dimanche=8-7=1
C'est selon sa préférence intellectuelle .
Je vous laisse continuer pour février et les autres trimestres.
{| class="wikitable"
|-
! janvier !! février !! mars !! avril !! mai !! juin !! juillet !! aout !! sept !! oct !! nov !! déc
|-
| 1 || 5 || 4 || 1 || 6 || 3 || 1 || 5 || 2 || 7 || 4 || 2
|-
| D || l || r || t || ch || m || d || l || n || k || r || g
|-
| de || l' || air || tu || chô || me || dans || la || nuit || qui || rè || gne
|}
=== Valeur d'un Euro en [[w:Franc français|Francs français]] ===
Selon le même principe que pour les décimales de ''π'' :
{| border="0" cellpadding="0" cellspacing="1"
|align="center"|''Chacun''
|
|align="center"|''saura''
|
|align="center"|''enfin''
|
|align="center"|''convertir''
|
|align="center"|''notre''
|
|align="center"|''monnaie''
|-
!align="center"|6
!align="center"|,
!align="center"|5
|
!align="center"|5
|
!align="center"|9
|
!align="center"|5
|
!align="center"|7
|}
=== Morse ===
Le code morse est facilement mémorisable à l’aide des codes courts et longs remplacés par des syllabes.
Le code long (-) remplacé par une syllabe en "O".
Le code court (.) remplacé par une des autres voyelles.
Ex : A = .- = Au/tO (une syllabe en A pour le . et une syllabe en O pour le -)
La liste complète est [[w:Alphabet Morse#Tableau Mn.C3.A9motechnique|Ici]]
=== Les vins ===
==== AOC de la côte de Nuits ====
Un mnémonique permettant de se rappeler des [[wikipedia:AOC|AOC]] communales de la [[wikipedia:Côte de Nuits|Côte de Nuits]], et dans l'ordre géographique en plus, par Paul Brunet, auteur du livre ''Le vin et les vins au restaurant'' : ''Messieurs, faites gaffe, mon chat vous voit noir'' (Marsannay, Fixin, Gevrey-Chambertin, Morey-Saint-Denis, Chambolle-Musigny, Vougeot, Vosne-Romanée, Nuits-Saint-Georges).
==== Nom des bouteilles de vin ====
Ce moyen mnémotechnique permet de mémoriser les principales tailles de [[w:bouteille de vin|bouteilles]] dans l'ordre croissant de contenance :
* Car de bon matin je remarquais mal sa banalité naturelle (quart, demi, bouteille, magnum, jéroboam, réhoboam, mathusalem, salmanazar, balthazar, nabuchodonosor).
Autre phrase mnémo, plus complète :
* PICARD FIT : DE BON MATIN, JE REMARQUE SA BANALITÉ, SA MATIERE SI PAUVRE.
Pour se rappeler tous les contenants de vin ou de champagne :
* PIccolo, QUARt, FIllette, DEmi-bouteille, Bouteille, MAgnum, Jeroboam, REhoboam, Mathusalem, SAlmanazar, Balthazar, Nabuchodonosor, SAlomon, Melchisédech, Souverain, Primat.
=== <u>Dresser une table</u> ===
Pour se souvenir d'où mettre la fourchette et le couteau :
Four'''<u>ch</u>'''ette à gau'''<u>ch</u>'''e, couteau à droite.
ou encore : A, B, '''C''', '''D''' ... '''C'''outeau à '''D'''roite. E, '''F''', '''G''', H ... '''F'''ourchette à '''G'''auche
== Cinéma, Bande dessinée... ==
=== Dupond et Dupont ===
Pour différencier les deux [[w:Dupond et Dupont|dupondt]] de la bande dessinée [[w:Les Aventures de Tintin et Milou|Les Aventures de Tintin et Milou]], celui à la moustache tombante comme un D est Dupond, celui à la moustache pointue comme les barres du T est Dupont.
=== Les 7 nains ===
'''A''' '''J'''ouer '''P'''resque '''S'''eul '''T'''u '''D'''eviens '''G'''rincheux
* Atchoum, Joyeux, Prof, Simplet, Timide, Dormeur, Grincheux : les 7 nains dans Blanche Neige...
=== Les Simpson ===
Pour différencier les deux sœurs de Marge, on observe les cheveux. Patty n'a pas de raie au centre et Selma a les cheveux découpés en deux blocs par une raie ou on regarde les boucles d'oreilles qui sont différentes
Sinon, regarder les boucles d'oreilles de Patty, elles sont triangulaires (P comme Pythagore).
== Sport ==
=== Escalade ===
''Pour la prochaine longueur je reste en bas, donc je me vache au plus bas.'' <br>
:En escalade, permet de savoir sur quel point d'assurage se vacher lors du relais '''réversible''' uniquement.
== Voir aussi ==
=== Article connexe ===
* [[w:Code chiffres-sons|Code chiffres-sons]]
=== Liens externes ===
* [https://jeretiens.net -JeRetiens.net- Libre recueil ayant pour objectif de rassembler tous les trucs et astuces mnémotechniques pour retenir et apprendre plus facilement.]
* [http://www.finallyover.com/categorie-1079667.html Méthodes thématiques de mémorisation]
* [http://www.echolalie.org/wiki/index.php?ListeMnemotechnique Liste mnémotechnique]
* [http://trucsmaths.free.fr/Pi.htm#poeme Le nombre pi]
* [http://www.francaisfacile.com/exercices/exercice-francais-2/exercice-francais-75628.php francaisfacile.com]
=== Références ===
<references />
[[Catégorie:minilivres]]
8i2jq5gxzbn5h7h4csmawlsh3d8968d
Structures de données en C/Les listes simples
0
12859
766571
724365
2026-05-15T08:25:23Z
DavidL
1746
766571
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Structures de données en C}}</noinclude>
== Cours ==
=== Type <code>List</code> en C ===
Une liste simple est une collection d'objets accessibles les uns après les autres. Elle peut être
* vide ; et la convention pour représenter la liste vide consiste à utiliser le pointeur <code>NULL</code>;
* composé d'un élément et du reste de la liste.
[[Image:Structures_de_données_en_C-list.png|140 px|Représentation graphique du type <code>List</code>]]
Les déclarations nécessaires pour représenter le type des listes en langage C sont:
<syntaxhighlight lang="c">
typedef struct s_List List;
struct s_List
{
List *next; /* pointeur sur le reste de la liste */
void *data; /* pointeur sur une donnée générique */
};
</syntaxhighlight>
=== Initialisation ===
L'utilisation primaire d'une liste consiste à la déclarer et à l'initialiser à la liste vide.
<syntaxhighlight lang="c">
List *list = NULL;
</syntaxhighlight>
=== Création d'une liste d'un élément ===
Cette fonction est très utile et pourra être modifiée par la suite lorsqu'il s'agira d'utiliser des [[Structures de données en C/Allocateurs de mémoire|allocateurs de mémoire]] intelligents.
La création d'une liste d'un élément demande d'allouer de la mémoire au gestionnaire de mémoire. Il convient de toujours tester le retour d'un <code>malloc</code> car la documentation dit que le retour peut être <code>NULL</code> si le système ne dispose plus de mémoire suffisante. Si l'allocation a réussi, il n'y a plus qu'à affecter les champs de la structure <code>List</code>
<syntaxhighlight lang="c">
List *
list_create (void *data)
{
List *list = malloc(sizeof(list)); /* allocation (en vert sur le diagramme) et affectation à la variable list (en bleu) */
if (list) /* si l'allocation a réussi */
{
list->data = data; /* affectation du champ data (en rouge) */
list->next = NULL; /* affectation du champ next à la liste vide */
}
return list; /* retour de la liste (correctement allouée et affectée ou NULL) */
}
</syntaxhighlight>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_create.png|108 px|Création d'une liste d'un élément]]
=== Ajouts d'éléments ===
==== Ajout d'un élément en tête de liste ====
L'insertion d'un élément en tête de liste demande tout d'abord de créer une liste d'un élément. Si la création a réussi, il n'y a plus qu'à affecter le champ <code>next</code> de la structure <code>List</code>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_prepend.png|334 px|Ajout d'un élément en tête de liste]]
<syntaxhighlight lang="c">
List *
list_prepend(List *old, void *data)
{
List *list = list_create(data); /* création et affectation d'une liste d'un élément (en vert sur le diagramme) */
if (list) /* si l'allocation mémoire a réussi */
list->next = old; /* accrochage de l'ancienne liste à la nouvelle (en bleu sur le diagramme) */
return list; /* retour de la nouvelle liste (ou NULL si l'allocation a échoué) */
}
</syntaxhighlight>
==== Ajout d'un élément en fin de liste ====
L'algorithme est relativement simple. Il consiste à rechercher le pointeur <code>NULL</code> dans la liste marquant sa fin. Une fois trouvé, il est modifié en allouant une nouvelle liste de 1 élément contenant <code>data</code>. La difficulté principale est l'utilisation d'un pointeur de liste (un <code>List **</code>) permettant de traiter indifféremment le cas où la liste d'origine est vide et le cas où elle n'est pas vide.
<syntaxhighlight lang="c">
List *
list_append(List *list, void *data)
{
List **plist = &list;
while (*plist)
plist = &(*plist)->next;
*plist = list_create(data);
if (*plist)
return list;
else
return NULL;
}
</syntaxhighlight>
===== Cas où la liste d'origine n'est pas vide =====
<syntaxhighlight lang="c">
...
List new_list=list_append(mylist,data);
...
</syntaxhighlight>
* instruction <code>List **plist = &list;</code>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_append_1.png|325 px|Ajout d'un élément en tête de liste]]
* instruction <code>plist = &(*plist)->next;</code>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_append_2.png|325 px|Ajout d'un élément en tête de liste]]
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_append_3.png|325 px|Ajout d'un élément en tête de liste]]
* instruction <code>*plist = list_create(data);</code>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_append_4.png|405 px|Ajout d'un élément en tête de liste]]
* instruction <code>return list;</code>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_append_5.png|413 px|Ajout d'un élément en tête de liste]]
===== Cas où la liste d'origine est vide =====
<syntaxhighlight lang="c">
...
List *new_list=list_append(NULL,data);
...
</syntaxhighlight>
* instruction <code>List **plist = &list;</code>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_append_6.png|192 px|Ajout d'un élément en tête de liste]]
* instruction <code>*plist = list_create(data);</code>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_append_7.png|245 px|Ajout d'un élément en tête de liste]]
* instruction <code>return list;</code>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_append_8.png|253 px|Ajout d'un élément en tête de liste]]
=== Destructions d'éléments ===
==== Destruction du premier élément ====
Le retrait du premier élément consiste à libérer le pointeur utilisé pour le premier élément et à retourner le reste de la liste
<syntaxhighlight lang="c">
List *
list_remove_first(List *list)
{
List *first = list; /* conservation de la liste actuelle (opération en vert)*/
list = list->next; /* faire pointer list sur le reste (opération en bleu)*/
free(first); /* libérer la mémoire utilisée par la structure List précédente (opération en rouge) */
return list; /* retour de la nouvelle liste */
}
</syntaxhighlight>
Lors d'un appel à list_remove_first la liste passée en argument n'est pas modifiée
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_remove_first.png|336 px|Résultat de la ligne <code>List *new_list = list_remove_first(mylist);</code>]]
<syntaxhighlight lang="c">
...
List *new_list = list_remove_first(mylist);
...
</syntaxhighlight>
==== Destruction de la liste entière ====
La destruction d'une liste concerne la libération de la mémoire préalablement réservée par le chainage de la liste. Je pense (et c'est discutable) que les bibliothèques ne doivent libérer que ce qu'elles ont alloué. Les données n'ont donc pas à être libérées. Elles peuvent être notamment des pointeurs vers des chaînes de caractères statiques, et je vous laisse imaginer les effets d'un <code>free</code> sur ce genre de pointeur.
<syntaxhighlight lang="c">
void
list_destroy(List *list)
{
while (list) /* tant que l'on n'est pas arrivé en fin de liste */
list = list_remove_first(list); /* retrait du premier élément de la liste */
}
</syntaxhighlight>
Il est à noter que le pointeur original n'est pas modifié par la ligne <code>list = list->next</code>
Exemple, lors de la destruction de la liste <code>mylist</code> dans le code suivant, <code>mylist</code> n'est pas modifié.
<syntaxhighlight lang="c">
...
list_destroy(mylist);
...
</syntaxhighlight>
Lors de l'appel à <code>list_destroy</code>, l'argument <code>list</code> prend la valeur de <code>mylist</code>. Les deux pointeurs sont donc confondus
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_destroy_1.png|329 px|Appel à <code>list_destroy(mylist)</code>]]
Dans la boucle, l'affectation de <code>list</code> ne modifie pas la valeur de <code>mylist</code> (bien que les structures de <code>List</code> n'existe plus (en rouge) en mémoire).
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_destroy_2.png|396 px|Déroulement de la boucle dans <code>list_destroy(mylist);</code>]]
=== Longueur d'une liste ===
Pour calculer la longueur d'une liste, il suffit de compter le nombre de pointeurs de type <code>List</code> différents du pointeur <code>NULL</code>
<syntaxhighlight lang="c">
int
list_length(List *list)
{
int length = 0; /* initialisation de la longueur à 0 */
while (list) /* tant que la fin de la liste n'est pas atteinte */
{
length++; /* incrémenter la longueur */
list = list->next; /* passer à l'élément suivant */
}
return length; /* retourner la longueur calculée */
}
</syntaxhighlight>
De même que pour la destruction, l'affectation de <code>list</code> ne modifie pas la valeur de la liste de la fonction appelante.
=== Itérer sur les listes ===
Il y a plusieurs moyens d'effectuer une itération sur les éléments d'une liste. Le plus simple étant présenté ici, mais j'enjoins les lecteurs à parcourir le chapitre consacré au concept d'[[Structures de données en C/Les itérateurs|itérateurs]].
<syntaxhighlight lang="c">
...
List *tmp=list; /* opération en vert sur le diagramme */
while (tmp)
{
/* traitement de tmp->data */
tmp = tmp->next; /* opération en bleu sur le diagramme */
}
...
</syntaxhighlight>
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_iteration_1.png|300 px|Début de l'itération]]
[[Image:Structures_de_données_en_C-list_iteration_2.png|300 px|Itération en cours]]
Il est à noter que la modification du pointeur <code>tmp</code> ne modifie en rien le pointeur original <code>list</code>.
Un itérateur en C sur les listes est un pointeur de <code>List *</code> soit un <code>List **</code> (la raison essentielle est que la fonction <code>list_iterator_next</code> modifie l'itérateur. La seule façon de procéder en C est d'utiliser en pointeur sur l'argument à modifier). Mais vu de l'extérieur des fonctions, il est préférable dans un soucis de généricité d'utiliser le pointeur <code>void *</code>
La fonction de création consiste à allouer un tel pointeur et à l'initialiser à la liste
<syntaxhighlight lang="c">
Iterator *list_iterator_create(void *list)
{
return iterator_create(list, NULL, list_iterator_has_next, list_iterator_next);
}
</syntaxhighlight>
La fonction pour savoir si il existe un élément suivant teste simplement la valeur de <code>*iterator</code>
<syntaxhighlight lang="c">
static int list_iterator_has_next(const void *list)
{
return (int)list;
}
</syntaxhighlight>
La fonction pour obtenir le prochain élément d'un itérateur de liste retourne la donnée et modifie l'itérateur en le faisant pointer sur la prochaine donnée.
<syntaxhighlight lang="c">
static void *list_iterator_next(void *plist)
{
void *data = (*(List**)plist)->data; /* conservation de la donnée courante de l'itérateur */
*(List**)plist = (*(List**)plist)->next; /* modification de l'itérateur */
return data; /* retour de la donnée */
}
</syntaxhighlight>
Le code classique pour parcourir une liste devient
<syntaxhighlight lang="c">
...
Iterator *iterator = list_iterator_create(list);
if (iterator)
{
while (iterator_has_next(iterator))
{
void *data = iterator_next(iterator);
/* traitement de data */
}
iterator_destroy(iterator);
}
else
/* traitement de l'erreur d'allocation */
...
</syntaxhighlight>
== Exercices ==
=== Listes et ensembles ===
Les éléments n'apparaissent qu'une seule fois dans un [[w:ensemble|ensemble]].
*Créer la fonction cardinal retournant le nombre d'éléments d'un ensemble
*Créer l'opérateur union
*Créer l'opérateur intersection
pz3vpa70cfxf6mnkoj0ixe6pvatseo9
Programmation Python/Et pour quelques widgets de plus...
0
16115
766581
682369
2026-05-15T08:34:02Z
DavidL
1746
[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
766581
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Python}}</noinclude>
Les pages qui suivent contiennent des indications et et des exemples complémentaires qui pourront vous être utiles pour le développement de vos projets personnels. Il ne s'agit évidemment pas d'une documentation de référence complète sur ''Tkinter''. Pour en savoir plus, vous devrez tôt ou tard consulter des ouvrages spécialisés, comme par exemple l'excellent ''Python and Tkinter programming'' de John E. Grayson, dont vous trouverez la référence complète à la page.
== Les « boutons radio » ==
Les ''widgets'' « boutons radio » permettent de proposer à l'utilisateur un ensemble de choix mutuellement exclusifs. On les appelle ainsi par analogie avec les boutons de sélection que l'on trouvait jadis sur les postes de radio. Ces boutons étaient conçus de telle manière qu'un seul à la fois pouvait être enfoncé : tous les autres ressortaient automatiquement.
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 47.png|right]]
La caractéristique essentielle de ces ''widgets'' est qu'on les utilise toujours par groupes. Tous les boutons radio faisant partie d'un même groupe sont associés à une seule et même ''variable Tkinter'', mais chacun d'entre eux se voit aussi attribuer une ''valeur'' particulière.
Lorsque l'utilisateur sélectionne l'un des boutons, la valeur correspondant à ce bouton est affectée à la ''variable Tkinter'' commune.
<syntaxhighlight lang=python line>
from Tkinter import *
class RadioDemo(Frame):
"""Démo : utilisation de widgets 'boutons radio'"""
def __init__(self, boss =None):
"""Création d'un champ d'entrée avec 4 boutons radio"""
Frame.__init__(self)
self.pack()
# Champ d'entrée contenant un petit texte :
self.texte = Entry(self, width =30, font ="Arial 14")
self.texte.insert(END, "La programmation, c'est génial")
self.texte.pack(padx =8, pady =8)
# Nom français et nom technique des quatre styles de police :
stylePoliceFr =["Normal", "Gras", "Italique", "Gras/Italique"]
stylePoliceTk =["normal", "bold", "italic" , "bold italic"]
# Le style actuel est mémorisé dans un 'objet-variable' Tkinter ;
self.choixPolice = StringVar()
self.choixPolice.set(stylePoliceTk[0])
# Création des quatre 'boutons radio' :
for n in range(4):
bout = Radiobutton(self,
text = stylePoliceFr[n],
variable = self.choixPolice,
value = stylePoliceTk[n],
command = self.changePolice)
bout.pack(side =LEFT, padx =5)
def changePolice(self):
"""Remplacement du style de la police actuelle"""
police = "Arial 15 " + self.choixPolice.get()
self.texte.configure(font =police)
if __name__ == '__main__':
RadioDemo().mainloop()
</syntaxhighlight>
;Commentaires
<ul>
<li>Ligne 3 : Cette fois encore, nous préférons construire notre petite application comme une classe dérivée de la classe <code>Frame()</code>, ce qui nous permettrait éventuellement de l'intégrer sans difficulté dans une application plus importante.</li>
<li>Ligne 8 : En général, on applique les méthodes de positionnement des ''widgets'' (<code>pack()</code>, <code>grid()</code>, ou <code>place()</code>) après instanciation de ceux-ci, ce qui permet de choisir librement leur disposition à l'intérieur des fenêtres maîtresses. Comme nous le montrons ici, il est cependant tout à fait possible de déjà prévoir ce positionnement dans le constructeur du ''widget''.</li>
<li>Ligne 11 : Les ''widgets'' de la classe <code>Entry</code> disposent de plusieurs méthodes pour accéder à la chaîne de caractères affichée. La méthode <code>get()</code> permet de récupérer la chaîne entière. La méthode <code>delete()</code> permet d'en effacer tout ou partie. La méthode <code>insert()</code> permet d'insérer de nouveaux caractères à un emplacement quelconque (c'est-à-dire au début, à la fin, ou même à l'intérieur d'une chaîne préexistante éventuelle). Cette méthode s'utilise donc avec deux arguments, le premier indiquant l'emplacement de l'insertion (utilisez 0 pour insérer au début, <code>END</code> pour insérer à la fin, ou encore un indice numérique quelconque pour désigner un caractère dans la chaîne).</li>
<li>Lignes 14-15 : Plutôt que de les instancier dans des instructions séparées, nous préférons créer nos quatre boutons à l'aide d'une boucle. Les options spécifiques à chacun d'eux sont d'abord préparées dans les deux listes <code>stylePoliceFr</code> et <code>stylePoliceTk</code> : la première contient les petits textes qui devront s'afficher en regard de chaque bouton, et la seconde les valeurs qui devront leur être associées.</li>
<li>Lignes 17-18 : Comme expliqué précédemment, les quatre boutons forment un groupe autour d'une variable commune. Cette variable prendra la valeur associée au bouton radio que l'utilisateur décidera de choisir. Nous ne pouvons cependant pas utiliser une variable ordinaire pour remplir ce rôle, parce que les attributs internes des objets ''Tkinter'' ne sont accessibles qu'au travers de méthodes spécifiques. Une fois de plus, nous utilisons donc ici un objet-variable ''Tkinter'', de type 'chaîne de caractères', que nous instancions à partir de la classe <code>StringVar()</code>, et auquel nous donnons une valeur par défaut à la ligne 18.</li>
<li>Lignes 20 à 26 : Instanciation des quatre boutons radio. Chacun d'entre eux se voit attribuer une étiquette et une valeur différentes, mais tous sont associés à la même ''variable Tkinter'' commune (<code>self.choixPolice</code>). Tous invoquent également la même méthode <code>self.changePolice()</code>, chaque fois que l'utilisateur effectue un clic de souris sur l'un ou l'autre.</li>
<li>Lignes 28 à 31 : Le changement de police s'obtient par re-configuration de l'option font du ''widget'' <code>Entry</code>. Cette option attend un tuple contenant le nom de la police, sa taille, et éventuellement son style. Si le nom de la police ne contient pas d'espaces, le tuple peut aussi être remplacé par une chaîne de caractères. Exemples :<br />
<code>('Arial', 12, 'italic')</code><br />
<code>('Helvetica', 10)</code><br />
<code>('Times New Roman', 12, 'bold italic')</code><br />
<code>"Verdana 14 bold"</code><br />
<code>"President 18 italic"</code><br />
</li>
</ul>
== Utilisation des cadres (frames) pour la composition d'une fenêtre ==
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 48.png|right]]
Vous avez déjà abondamment utilisé la classe de ''widgets'' <code>Frame()</code> (« cadre », en français), notamment pour créer de nouveaux ''widgets'' complexes par dérivation.
Le petit script ci-dessous vous montre l'utilité de cette même classe pour regrouper des ensembles de ''widgets'' et les disposer d'une manière déterminée dans une fenêtre. Il vous démontre également l'utilisation de certaines options décoratives (bordures, relief, etc.).
Pour composer la fenêtre ci-contre, nous avons utilisé deux cadres <code>f1</code> et <code>f2</code>, de manière à réaliser deux groupes de ''widgets'' bien distincts, l'un à gauche et l'autre à droite. Nous avons coloré ces deux cadres pour bien les mettre en évidence, mais ce n'est évidemment pas indispensable.
Le cadre <code>f1</code> contient lui-même 6 autres cadres, qui contiennent chacun un ''widget'' de la classe <code>Label()</code>. Le cadre <code>f2</code> contient un ''widget'' <code>Canvas()</code> et un ''widget'' <code>Button()</code>. Les couleurs et garnitures sont de simples options.
<syntaxhighlight lang=python line>
from Tkinter import * #1
#2
fen = Tk() #3
fen.title("Fenêtre composée à l'aide de frames") #4
fen.geometry("300x300") #5
#6
f1 = Frame(fen, bg = '#80c0c0') #7
f1.pack(side =LEFT, padx =5) #8
#9
fint = [0]*6 #10
for (n, col, rel, txt) in [(0, 'grey50', RAISED, 'Relief sortant'), #11
(1, 'grey60', SUNKEN, 'Relief rentrant'), #12
(2, 'grey70', FLAT, 'Pas de relief'), #13
(3, 'grey80', RIDGE, 'Crête'), #14
(4, 'grey90', GROOVE, 'Sillon'), #15
(5, 'grey100', SOLID, 'Bordure')]: #16
fint[n] = Frame(f1, bd =2, relief =rel) #17
e = Label(fint[n], text =txt, width =15, bg =col) #18
e.pack(side =LEFT, padx =5, pady =5) #19
fint[n].pack(side =TOP, padx =10, pady =5) #20
#21
f2 = Frame(fen, bg ='#d0d0b0', bd =2, relief =GROOVE) #22
f2.pack(side =RIGHT, padx =5) #23
#24
can = Canvas(f2, width =80, height =80, bg ='white', bd =2, relief =SOLID) #25
can.pack(padx =15, pady =15) #26
bou =Button(f2, text='Bouton') #27
bou.pack() #28
#29
fen.mainloop() #30
</syntaxhighlight>
* Lignes 3 à 5 : Afin de simplifier au maximum la démonstration, nous ne programmons pas cet exemple comme une nouvelle classe. Remarquez à la ligne 5 l'utilité de la méthode <code>geometry()</code> pour fixer les dimensions de la fenêtre principale.
* Ligne 7 : Instanciation du cadre de gauche. La couleur de fond (une variété de bleu cyan) est déterminée par l'argument <code>bg</code> (''background''). Cette chaîne de caractères contient en notation hexadécimale la description des trois composantes rouge, verte et bleue de la teinte que l'on souhaite obtenir : Après le caractère # signalant que ce qui suit est une valeur numérique hexadécimale, on trouve trois groupes de deux symboles alphanumériques. Chacun de ces groupes représente un nombre compris entre 1 et 255. Ainsi <code>80</code> correspond à 128, et <code>c0</code> correspond à 192 en notation décimale. Dans notre exemple, les composantes rouge, verte et bleue de la teinte à représenter valent donc respectivement 128, 192 & 192.<br />En application de cette technique descriptive, le noir serait obtenu avec <code>#000000</code>, le blanc avec <code>#ffffff</code>, le rouge pur avec <code>#ff0000</code>, un bleu sombre avec <code>#000050</code>, etc.
* Ligne 8 : Puisque nous lui appliquons la méthode <code>pack()</code>, le cadre sera automatiquement dimensionné par son contenu. L'option side <code>=LEFT</code> le positionnera à gauche dans sa fenêtre maîtresse. L'option <code>padx =5</code> ménagera un espace de 5 pixels à sa gauche et à sa droite (nous pouvons traduire « padx » par « espacement horizontal »).
* Ligne 10 : Dans le cadre <code>f1</code> que nous venons de préparer, nous avons l'intention de regrouper 6 autres cadres similaires contenant chacun une étiquette. Le code correspondant sera plus simple et plus efficient si nous instancions ces ''widgets'' dans une liste plutôt que dans des variables indépendantes. Nous préparons donc cette liste avec 6 éléments que nous remplacerons plus loin.
* Lignes 11 à 16 : Pour construire nos 6 cadres similaires, nous allons parcourir une liste de 6 tuples contenant les caractéristiques particulières de chaque cadre. Chacun de ces tuples est constitué de 4 éléments : un indice, une constante ''Tkinter'' définissant un type de relief, et deux chaînes de caractères décrivant respectivement la couleur et le texte de l'étiquette.<br />La boucle <code>for</code> effectue 6 itérations pour parcourir les 6 éléments de la liste. À chaque itération, le contenu d'un des tuples est affecté aux variables <code>n</code>, <code>col</code>, <code>rel</code> et <code>txt</code> (et ensuite les instructions des lignes 17 à 20 sont exécutées). Le parcours d'une liste de tuples à l'aide d'une boucle for constitue donc une construction particulièrement compacte, qui permet de réaliser de nombreuses affectations avec un très petit nombre d'instructions.
* Ligne 17 : Les 6 cadres sont instanciés comme des éléments de la liste <code>fint</code>. Chacun d'entre eux est agrémenté d'une bordure décorative de 2 pixels de large, avec un certain effet de relief.
* Lignes 18-20 : Les étiquettes ont toutes la même taille, mais leurs textes et leurs couleurs de fond diffèrent. Du fait de l'utilisation de la méthode <code>pack()</code>, c'est la dimension des étiquettes qui détermine la taille des petits cadres. Ceux-ci à leur tour déterminent la taille du cadre qui les regroupe (le cadre <code>f1</code>). Les options <code>padx</code> et <code>pady</code> permettent de réserver un petit espace autour de chaque étiquette, et un autre autour de chaque petit cadre. L'option <code>side =TOP</code> positionne les 6 petits cadres les uns en dessous des autres dans le cadre conteneur <code>f1</code>.
* Lignes 22-23 : Préparation du cadre <code>f2</code> (cadre de droite). Sa couleur sera une variété de jaune, et nous l'entourerons d'une bordure décorative ayant l'aspect d'un sillon.
* Lignes 25 à 28 : Le cadre <code>f2</code> contiendra un canevas et un bouton. Notez encore une fois l'utilisation des options <code>padx</code> et <code>pady</code> pour ménager des espaces autour des ''widgets'' (Considérez par exemple le cas du bouton, pour lequel cette option n'a pas été utilisée : de ce fait, il entre en contact avec la bordure du cadre qui l'entoure). Comme nous l'avons fait pour les cadres, nous avons placé une bordure autour du canevas. Sachez que d'autres ''widgets'' acceptent également ce genre de décoration : boutons, champs d'entrée, etc.
== Comment déplacer des dessins à l'aide de la souris ==
Le ''widget'' canevas est l'un des points forts de la bibliothèque graphique ''Tkinter''. Il intègre en effet un grand nombre de dispositifs très efficaces pour manipuler des dessins. Le script ci-après est destiné à vous montrer quelques techniques de base. Si vous voulez en savoir plus, notamment en ce qui concerne la manipulation de dessins composés de plusieurs parties, veuillez consulter l'un ou l'autre ouvrage de référence traitant de ''Tkinter''.
Au démarrage de notre petite application, une série de dessins sont tracés au hasard dans un canevas (il s'agit en l'occurrence de simples ellipses colorées). Vous pouvez déplacer n'importe lequel de ces dessins en les « saisissant » à l'aide de votre souris.
Lorsqu'un dessin est déplacé, il passe à l'avant-plan par rapport aux autres, et sa bordure apparaît plus épaisse pendant toute la durée de sa manipulation.
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 49.png|center]]
Pour bien comprendre la technique utilisée, vous devez vous rappeler qu'un logiciel utilisant une interface graphique est un logiciel « piloté par les événements » (revoyez au besoin les explications de la page {{todo}}). Dans cette application, nous allons mettre en place un mécanisme qui réagit aux événements : « enfoncement du bouton gauche de la souris », « déplacement de la souris, le bouton gauche restant enfoncé », « relâchement du bouton gauche ».
Ces événements sont générés par le système d'exploitation et pris en charge par l'interface ''Tkinter''. Notre travail de programmation consistera donc simplement à les associer à des gestionnaires différents (fonctions ou méthodes).
<syntaxhighlight lang=python line>
# Exemple montrant comment faire en sorte que les objets dessinés dans un
# canevas puissent être manipulés à l'aide de la souris
from Tkinter import *
from random import randrange
class Draw(Frame):
"classe définissant la fenêtre principale du programme"
def __init__(self):
Frame.__init__(self)
# mise en place du canevas - dessin de 15 ellipses colorées :
self.c = Canvas(self, width =400, height =300, bg ='ivory')
self.c.pack(padx =5, pady =3)
for i in range(15):
# tirage d'une couleur au hasard :
coul =['brown','red','orange','yellow','green','cyan','blue',
'violet', 'purple'][randrange(9)]
# tracé d'une ellipse avec coordonnées aléatoires :
x1, y1 = randrange(300), randrange(200)
x2, y2 = x1 + randrange(10, 150), y1 + randrange(10, 150)
self.c.create_oval(x1, y1, x2, y2, fill =coul)
# liaison d'événements <souris> au widget <canevas> :
self.c.bind("<Button-1>", self.mouseDown)
self.c.bind("<Button1-Motion>", self.mouseMove)
self.c.bind("<Button1-ButtonRelease>", self.mouseUp)
# mise en place d'un bouton de sortie :
b_fin = Button(self, text ='Terminer', bg ='royal blue', fg ='white',
font =('Helvetica', 10, 'bold'), command =self.quit)
b_fin.pack(pady =2)
self.pack()
def mouseDown(self, event):
"Op. à effectuer quand le bouton gauche de la souris est enfoncé"
self.currObject =None
# event.x et event.y contiennent les coordonnées du clic effectué :
self.x1, self.y1 = event.x, event.y
# <find_closest> renvoie la référence du dessin le plus proche :
self.selObject = self.c.find_closest(self.x1, self.y1)
# modification de l'épaisseur du contour du dessin :
self.c.itemconfig(self.selObject, width =3)
# <lift> fait passer le dessin à l'avant-plan :
self.c.lift(self.selObject)
def mouseMove(self, event):
"Op. à effectuer quand la souris se déplace, bouton gauche enfoncé"
x2, y2 = event.x, event.y
dx, dy = x2 -self.x1, y2 -self.y1
if self.selObject:
self.c.move(self.selObject, dx, dy)
self.x1, self.y1 = x2, y2
def mouseUp(self, event):
"Op. à effectuer quand le bouton gauche de la souris est relâché"
if self.selObject:
self.c.itemconfig(self.selObject, width =1)
self.selObject =None
if __name__ == '__main__':
Draw().mainloop()
</syntaxhighlight>
;Commentaires
Le script contient essentiellement la définition d'une classe graphique dérivée de <code>Frame()</code>.
Comme c'est souvent le cas pour les programmes exploitant les classes d'objets, le corps principal du script se résume à une seule instruction composée, dans laquelle on réalise deux opérations consécutives : instanciation d'un objet de la classe définie précédemment, et activation de sa méthode <code>mainloop()</code> (laquelle démarre l'observateur d'événements).
Le constructeur de la classe <code>Draw()</code> présente une structure qui doit vous être devenue familière, à savoir : appel au constructeur de la classe parente, puis mise en place de divers ''widgets''.
Dans le ''widget'' canevas, nous instancions 15 dessins sans nous préoccuper de conserver leurs références dans des variables. Nous pouvons procéder ainsi parce que ''Tkinter'' conserve lui-même une référence interne pour chacun de ces objets. (Si vous travaillez avec d'autres bibliothèques graphiques, vous devrez probablement prévoir une mémorisation de ces références).
Les dessins sont de simples ellipses colorées. Leur couleur est choisie au hasard dans une liste de 9 possibilités, l'indice de la couleur choisie étant déterminé par la fonction <code>randrange()</code> importée du module <code>random</code>.
Le mécanisme d'interaction est installé ensuite : on associe les trois identificateurs d'événements <code><Button-1></code>, <code><Button1-Motion></code> et <code><Button1-ButtonRelease></code> concernant le ''widget'' canevas, aux noms des trois méthodes choisies comme gestionnaires d'événements.
Lorsque l'utilisateur enfonce le bouton gauche de sa souris, la méthode <code>mouseDown()</code> est donc activée, et le système d'exploitation lui transmet en argument un objet <code>event</code>, dont les attributs <code>x</code> et <code>y</code> contiennent les coordonnées du curseur souris dans le canevas, déterminées au moment du clic.
Nous mémorisons directement ces coordonnées dans les variables d'instance <code>self.x1</code> et <code>self.x2</code>, car nous en aurons besoin par ailleurs. Ensuite, nous utilisons la méthode <code>find_closest()</code> du ''widget'' canevas, qui nous renvoie la référence du dessin le plus proche. (Note : cette méthode bien pratique renvoie toujours une référence, même si le clic de souris n'a pas été effectué à l'intérieur du dessin).
Le reste est facile : la référence du dessin sélectionné est mémorisée dans une variable d'instance, et nous pouvons faire appel à d'autres méthodes du ''widget'' canevas pour modifier ses caractéristiques. En l'occurrence, nous utilisons les méthodes <code>itemconfig()</code> et <code>lift()</code> pour épaissir son contour et le faire passer à l'avant-plan.
Le « transport » du dessin est assuré par la méthode <code>mouseMove()</code>, invoquée à chaque fois que la souris se déplace alors que son bouton gauche est resté enfoncé. L'objet event contient cette fois encore les coordonnées du curseur souris, au terme de ce déplacement. Nous nous en servons pour calculer les différences entre ces nouvelles coordonnées et les précédentes, afin de pouvoir les transmettre à la méthode <code>move()</code> du ''widget'' canevas, qui effectuera le transport proprement dit.
Nous ne pouvons cependant faire appel à cette méthode que s'il existe effectivement un objet sélectionné, et il nous faut veiller également à mémoriser les nouvelles coordonnées acquises.
La méthode <code>mouseUp()</code> termine le travail. Lorsque le dessin transporté est arrivé à destination, il reste à annuler la sélection et rendre au contour son épaisseur initiale. Ceci ne peut être envisagé que s'il existe effectivement une sélection, bien entendu.
== Python Mega Widgets ==
Les modules ''Pmw'' constituent une extension intéressante de ''Tkinter''. Entièrement écrits en Python, ils contiennent toute une bibliothèque de ''widgets'' composites, construits à partir des classes de base de ''Tkinter''. Dotés de fonctionnalités très étendues, ces ''widgets'' peuvent se révéler fort précieux pour le développement rapide d'applications complexes. Si vous souhaitez les utiliser, sachez cependant que les modules ''Pmw'' ne font pas partie de l'installation standard de Python : vous devrez donc toujours vérifier leur présence sur les machines cibles de vos programmes.
Il existe un grand nombre de ces méga-widgets. Nous n'en présenterons ici que quelques-uns parmi les plus utiles. Vous pouvez rapidement vous faire une idée plus complète de leurs multiples possibilités, en essayant les scripts de démonstration qui les accompagnent (lancez par exemple le script all.py , situé dans le répertoire <code>.../Pmw/demos</code>).
=== « Combo Box » ===
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 50.png|right]]
Les méga-widgets s'utilisent aisément. La petite application ci-après vous montre comment mettre en œuvre un ''widget'' de type <code>ComboBox</code> (boîte de liste combinée à un champ d'entrée). Nous l'avons configuré de la manière la plus habituelle (avec une boîte de liste déroulante).
Lorsque l'utilisateur de notre petit programme choisit une couleur dans la liste déroulante (il peut aussi entrer un nom de couleur directement dans le champ d'entrée), cette couleur devient automatiquement la couleur de fond pour la fenêtre maîtresse.
Dans cette fenêtre maîtresse, nous avons ajouté un libellé et un bouton, afin de vous montrer comment vous pouvez accéder à la sélection opérée précédemment dans le ''ComboBox'' lui-même (le bouton provoque l'affichage du nom de la dernière couleur choisie).
<syntaxhighlight lang=python line=1>
from Tkinter import *
import Pmw
def changeCoul(col):
fen.configure(background = col)
def changeLabel():
lab.configure(text = combo.get())
couleurs = ('navy', 'royal blue', 'steelblue1', 'cadet blue',
'lawn green', 'forest green', 'dark red',
'grey80','grey60', 'grey40', 'grey20')
fen = Pmw.initialise()
bou = Button(fen, text ="Test", command =changeLabel)
bou.grid(row =1, column =0, padx =8, pady =6)
lab = Label(fen, text ='néant', bg ='ivory')
lab.grid(row =1, column =1, padx =8)
combo = Pmw.ComboBox(fen, labelpos = NW,
label_text = 'Choisissez la couleur :',
scrolledlist_items = couleurs,
listheight = 150,
selectioncommand = changeCoul)
combo.grid(row =2, columnspan =2, padx =10, pady =10)
fen.mainloop()
</syntaxhighlight>
;Commentaires
* Lignes 1 & 2 : On commence par importer les composants habituels de ''Tkinter'', ainsi que le module ''Pmw''.
* Ligne 14 : Pour créer la fenêtre maîtresse, il faut utiliser de préférence la méthode <code>Pmw.initialise()</code>, plutôt que d'instancier directement un objet de la classe <code>Tk()</code>. Cette méthode veille en effet à mettre en place tout ce qui est nécessaire afin que les widgets esclaves de cette fenêtre puissent être détruits correctement lorsque la fenêtre elle-même sera détruite. Cette méthode installe également un meilleur gestionnaire des messages d'erreurs.
* Ligne 12 : L'option <code>labelpos</code> détermine l'emplacement du libellé qui accompagne le champ d'entrée. Dans notre exemple, nous l'avons placé au-dessus, mais vous pourriez préférer le placer ailleurs, à gauche par exemple (<code>labelpos = W</code>). Notez que cette option est indispensable si vous souhaitez un libellé (pas de valeur par défaut).
* Ligne 14 : L'option <code>selectioncommand</code> transmet un argument à la fonction invoquée : l'item sélectionné dans la boîte de liste. Vous pourrez également retrouver cette sélection à l'aide de la méthode <code>get()</code>, comme nous le faisons à la ligne 8 pour actualiser le libellé.
=== Remarque concernant l'entrée de caractères accentués ===
Nous vous avons déjà signalé précédemment que Python est tout à fait capable de prendre en charge les alphabets du monde entier (grec, cyrillique, arabe, japonais, etc. - voir notamment page {{todo}}). Il en va de même pour ''Tkinter''. En tant que francophone, vous souhaiterez certainement que les utilisateurs de vos scripts puissent entrer des caractères accentués dans les widgets ''Entry'', ''Text'' et leurs dérivés (''ComboBox'', ''ScrolledText'').
Veuillez donc prendre bonne note que lorsque vous entrez dans l'un de ces widgets une chaîne contenant un ou plusieurs caractères non-ASCII (tel qu'une lettre accentuée, par exemple), ''Tkinter'' encode cette chaîne suivant la norme UTF-8. Si votre ordinateur utilise plutôt le codage Latin-1 par défaut (ce qui est très souvent le cas), vous devrez convertir la chaîne avant de pouvoir l'afficher.
Cela peut se faire très aisément en utilisant la fonction intégrée <code>encode()</code>. Exemple :
<pre>
# -*- coding: Latin-1 -*-
from Tkinter import *
def imprimer():
ch1 = e.get() # le widget Entry renvoie une chaîne utf8
ch2 = ch1.encode("Latin-1") # conversion utf8 -> Latin-1
print ch2
f = Tk()
e = Entry(f)
e.pack()
Button(f, text ="afficher", command =imprimer).pack()
f.mainloop()
</pre>
Essayez ce petit script en entrant des chaînes avec caractères accentués dans le champ d'entrée.
Essayez encore, mais en remplaçant l'instruction <code>print ch2</code> par <code>print ch1</code>. Concluez.
=== « Scrolled Text » ===
Ce ''méga-widget'' étend les possibilités du ''widget'' Text sandard, en lui associant un cadre, un libellé (titre) et des barres de défilement.
Comme le démontrera le petit script ci-dessous, il sert fondamentalement à afficher des textes, mais ceux-ci peuvent être mis en forme et intégrer des images.
Vous pouvez également rendre « cliquables » les éléments affichés (textes ou images), et vous en servir pour déclencher toutes sortes de mécanismes.
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 51.png|right]]
Dans l'application qui génère la figure ci-dessus, par exemple, le fait de cliquer sur le nom « Jean de la Fontaine » provoque le défilement automatique du texte (''scrolling''), jusqu'à ce qu'une rubrique décrivant cet auteur devienne visible dans le ''widget'' (Voir page suivante le script correspondant).
D'autres fonctionnalités sont présentes, mais nous ne présenterons ici que les plus fondamentales. Veuillez donc consulter les démos et exemples accompagnant ''Pmw'' pour en savoir davantage.
''Gestion du texte affiché'' : Vous pouvez accéder à n'importe quelle portion du texte pris en charge par le ''widget'' grâce à deux concepts complémentaires, les ''indices'' et les ''balises'' :
* Chaque caractère du texte affiché est référencé par un ''indice'', lequel doit être une chaîne de caractères contenant deux valeurs numériques reliées par un point (ex : <code>"5.2"</code>). Ces deux valeurs indiquent respectivement le numéro de ligne et le numéro de colonne où se situe le caractère.
* N'importe quelle portion du texte peut être associée à une ou plusieurs ''balise(s)'', dont vous choisissez librement le nom et les propriétés. Celles-ci vous permettent de définir la police, les couleurs d'avant- et d'arrière-plan, les événements associés, etc.
Note : Pour la bonne compréhension du script ci-dessous, veuillez considérer que le texte de la fable traitée doit être accessible, dans un fichier nommé ''CorbRenard.txt''.
<syntaxhighlight lang=python line>
from Tkinter import * #1
import Pmw #2
#3
def action(event=None): #4
"""défilement du texte jusqu'à la balise <cible>""" #5
index = st.tag_nextrange('cible', '0.0', END) #6
st.see(index[0]) #7
#8
# Instanciation d'une fenêtre contenant un widget ScrolledText : #9
fen = Pmw.initialise() #10
st = Pmw.ScrolledText(fen, #11
labelpos =N, #12
label_text ="Petite démo du widget ScrolledText", #13
label_font ='Times 14 bold italic', #14
label_fg = 'navy', label_pady =5, #15
text_font='Helvetica 11 normal', text_bg ='ivory', #16
text_padx =10, text_pady =10, text_wrap ='none', #17
borderframe =1, #18
borderframe_borderwidth =3, #19
borderframe_relief =SOLID, #20
usehullsize =1, #21
hull_width =370, hull_height =240) #22
st.pack(expand =YES, fill =BOTH, padx =8, pady =8) #23
#24
# Définition de balises, liaison d'un gestionnaire d'événement au clic de souris : #25
st.tag_configure('titre', foreground ='brown', font ='Helvetica 11 bold italic') #26
st.tag_configure('lien', foreground ='blue', font ='Helvetica 11 bold') #27
st.tag_configure('cible', foreground ='forest green', font ='Times 11 bold') #28
st.tag_bind('lien', '<Button-1>', action) #29
#30
titre ="""Le Corbeau et le Renard #31
par Jean de la Fontaine, auteur français #32
\n""" #33
auteur =""" #34
Jean de la Fontaine #35
écrivain français (1621-1695) #36
célèbre pour ses Contes en vers, #37
et surtout ses Fables, publiées #38
de 1668 à 1694.""" #39
#40
# Remplissage du widget Text (2 techniques) : #41
st.importfile('CorbRenard.txt') #42
st.insert('0.0', titre, 'titre') #43
st.insert(END, auteur, 'cible') #44
# Insertion d'une image : #45
photo =PhotoImage(file= 'Penguin.gif') #46
st.image_create('6.14', image =photo) #47
# Mise en œuvre dynamique d'une balise : #48
st.tag_add('lien', '2.4', '2.23') #49
#50
fen.mainloop() #51
</syntaxhighlight>
;Commentaires
* Lignes 4-7 : Cette fonction est un gestionnaire d'événement, qui est appelé lorsque l'utilisateur effectue un clic de souris sur le nom de l'auteur (cf. lignes 27 et 29). À la ligne 6, on utilise la méthode <code>tag_nextrange()</code> du ''widget'' pour trouver les ''indices'' de la portion de texte associée à la ''balise'' <code>cible</code>. La recherche de ces index est limitée au domaine défini par les 2e et 3e arguments (dans notre exemple, on recherche du début à la fin du texte entier). La méthode <code>tag_nextrange()</code> renvoie une liste de deux indices (ceux des premier et dernier caractères de la portion de texte associée à la balise « cible »). À la ligne 7, nous nous servons d'un seul de ces index (le premier) pour activer la méthode <code>see()</code>. Celle-ci provoque un défilement automatique du texte (''scrolling''), de telle manière que le caractère correspondant à l'index transmis devienne visible dans le ''widget'' (avec en général un certain nombre des caractères qui suivent).
* Lignes 9 à 23 : Construction classique d'une fenêtre destinée à afficher un seul ''widget''. Dans le code d'instanciation du ''widget'', nous avons inclus un certain nombre d'options destinées à vous montrer une petite partie des nombreuses possibilités de configuration.
* Ligne 12 : L'option labelpos détermine l'emplacement du libellé (titre) par rapport à la fenêtre de texte. Les valeurs acceptées s'inspirent des lettres utilisées pour désigner les points cardinaux (N, S, E, W, ou encore NE, NW, SE, SW). Si vous ne souhaitez pas afficher un libellé, il vous suffit tout simplement de ne pas utiliser cette option.
* Lignes 13 à 15 : Le libellé n'est rien d'autre qu'un ''widget'' <code>Label</code> standard, intégré dans le ''widget'' composite <code>ScrolledText</code>. On peut accéder à toutes ses options de configuration, en utilisant la syntaxe qui est présentée dans ces lignes : on y voit qu'il suffit d'associer le préfixe <code>label_</code> au nom de l'option que l'on souhaite activer, pour définir aisément les couleurs d'avant- et d'arrière-plans, la police, la taille, et même l'espacement à réserver autour du ''widget'' (option <code>pady</code>).
* Lignes 16-17 : En utilisant une technique similaire à celle qui est décrite ci-dessus pour le libellé, on peut accéder aux options de configuration du ''widget'' <code>Text</code> intégré dans <code>ScrolledText</code>. Il suffit cette fois d'associer aux noms d'option le préfixe <code>text_</code>.
* Lignes 18 à 20 : Il est prévu un cadre (un ''widget'' <code>Frame</code>) autour du ''widget'' <code>Text</code>. L'option <code>borderframe = 1</code> permet de le faire apparaître. On accède ensuite à ses options de configuration d'une manière similaire à celle qui a été décrite ci-dessus pour <code>label_</code> et <code>text_</code>.
* Lignes 21-22 : Ces options permettent de fixer globalement les dimensions du ''widget''. Une autre possibilité serait de définir plutôt les dimensions de son composant <code>Text</code> (par exemple à l'aide d'options telles que <code>text_width</code> et <code>text_height</code>), mais alors les dimensions globales du ''widget'' risqueraient de changer en fonction du contenu (apparition/disparition automatique de barres de défilement). Note : le mot ''hull'' désigne le contenant global, c'est à dire le ''méga-widget'' lui-même.
* Ligne 23 : Les options <code>expand = YES</code> et <code>fill = BOTH</code> de la méthode <code>pack()</code> indiquent que le ''widget'' concerné pourra être redimensionné à volonté, dans ses 2 dimensions horiz. et verticale.
* Lignes 26 à 29 : Ces lignes définissent les trois ''balises'' <code>titre</code>, <code>lien</code> et <code>cible</code> ainsi que le formatage du texte qui leur sera associé. La ligne 29 précise en outre que le texte associé à la balise <code>lien</code> sera « cliquable », avec indication du gestionnaire d'événement correspondant.
* Ligne 42 : Importation de texte à partir d'un fichier. Note : Il est possible de préciser l'endroit exact où devra se faire l'insertion, en fournissant un index comme second argument.
* Lignes 43-44 : Ces instructions insèrent des fragments de texte (respectivement au début et à la fin du texte préexistant), en associant une balise à chacun d'eux.
* Ligne 49 : L'association des balises au texte est dynamique. À tout moment, vous pouvez activer une nouvelle association (comme nous le faisons ici en rattachant la balise « lien » à une portion de texte préexistante). Note : pour « détacher » une balise, utilisez la méthode <code>tag_delete()</code>.
=== « Scrolled Canvas » ===
Le script ci-après vous montre comment vous pouvez exploiter le <code>méga-widget</code> <code>ScrolledCanvas</code>, lequel étend les possibilités du ''widget'' <code>Canvas</code> standard en lui associant des barres de défilement, un libellé et un cadre. Notre exemple constitue en fait un petit jeu d'adresse, dans lequel l'utilisateur doit réussir à cliquer sur un bouton qui s'esquive sans cesse. (Note : si vous éprouvez vraiment des difficultés pour l'attraper, commencez d'abord par dilater la fenêtre).
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 52.png|center]]
Le ''widget'' <code>Canvas</code> est très versatile : il vous permet de combiner à volonté des dessins, des images ''bitmap'', des fragments de texte, et même d'autres ''widgets'', dans un espace parfaitement extensible. Si vous souhaitez développer l'un ou l'autre jeu graphique, c'est évidemment le ''widget'' qu'il vous faut apprendre à maîtriser en priorité.
Comprenez bien cependant que les indications que nous vous fournissons à ce sujet dans les présentes notes sont forcément très incomplètes. Leur objectif est seulement de vous aider à comprendre quelques concepts de base, afin que vous puissiez ensuite consulter les ouvrages de référence spécialisés dans de bonnes conditions.
Notre petite application se présente comme une nouvelle classe <code>FenPrinc()</code>, obtenue par dérivation à partir de la classe de ''méga-widgets'' <code>Pmw.ScrolledCanvas()</code>. Elle contient donc un grand canevas muni de barres de défilement, dans lequel nous commençons par planter un décor constitué de 80 ellipses de couleur dont l'emplacement et les dimensions sont tirés au hasard.
Nous y ajoutons également un petit clin d'œil sous la forme d'une image bitmap, destinée avant tout à vous rappeler comment vous pouvez gérer ce type de ressource.
Nous y installons enfin un véritable ''widget'' : un simple bouton, en l'occurrence, mais la technique mise en œuvre pourrait s'appliquer à n'importe quel autre type de ''widget'', y compris un gros ''widget'' composite comme ceux que nous avons développés précédemment. Cette grande souplesse dans le développement d'applications complexes est l'un des principaux bénéfices apportés par le mode de programmation « orientée objet ».
Le bouton s'anime dès qu'on l'a enfoncé une première fois. Dans votre analyse du script ci-après, soyez attentifs aux méthodes utilisées pour modifier les propriétés d'un objet existant.
<syntaxhighlight lang=python line>
from Tkinter import * #1
import Pmw #2
from random import randrange #3
#4
Pmw.initialise() #5
coul =['sienna','maroon','brown','pink','tan','wheat','gold','orange','plum', #6
'red','khaki','indian red','thistle','firebrick','salmon','coral'] #7
#8
class FenPrinc(Pmw.ScrolledCanvas): #9
"""Fenêtre principale : canevas extensible avec barres de défilement""" #10
def __init__(self): #11
Pmw.ScrolledCanvas.__init__(self, #12
usehullsize =1, hull_width =500, hull_height =300, #13
canvas_bg ='grey40', canvasmargin =10, #14
labelpos =N, label_text ='Attrapez le bouton !', #15
borderframe =1, #16
borderframe_borderwidth =3) #17
# Les options ci-dessous doivent être précisées après initialisation : #18
self.configure(vscrollmode ='dynamic', hscrollmode ='dynamic') #19
self.pack(padx =5, pady =5, expand =YES, fill =BOTH) #20
#21
self.can = self.interior() # accès au composant canevas #22
# Décor : tracé d'une série d'ellipses aléatoires : #23
for r in range(80): #24
x1, y1 = randrange(-800,800), randrange(-800,800) #25
x2, y2 = x1 + randrange(40,300), y1 + randrange(40,300) #26
couleur = coul[randrange(0,16)] #27
self.can.create_oval(x1, y1, x2, y2, fill=couleur, outline='black') #28
# Ajout d'une petite image GIF : #29
self.img = PhotoImage(file ='linux2.gif') #30
self.can.create_image(50, 20, image =self.img) #31
# Dessin du bouton à attraper : #32
self.x, self.y = 50, 100 #33
self.bou = Button(self.can, text ="Start", command =self.start) #34
self.fb = self.can.create_window(self.x, self.y, window =self.bou) #35
self.resizescrollregion() #36
#37
def anim(self): #38
if self.run ==0: #39
return #40
self.x += randrange(-60, 61) #41
self.y += randrange(-60, 61) #42
self.can.coords(self.fb, self.x, self.y) #43
self.configure(label_text = 'Cherchez en %s %s' % (self.x, self.y)) #44
self.resizescrollregion() #45
self.after(250, self.anim) #46
#47
def stop(self): #48
self.run =0 #49
self.bou.configure(text ="Restart", command =self.start) #50
#51
def start(self): #52
self.bou.configure(text ="Attrapez-moi !", command =self.stop) #53
self.run =1 #54
self.anim() #55
#56
##### Main Program ############## #57
#58
if __name__ == '__main__': #59
FenPrinc().mainloop() #60
</syntaxhighlight>
;Commentaires
* Ligne 6 : Tous ces noms de couleurs sont acceptés par ''Tkinter''. Vous pourriez bien évidemment les remplacer par des descriptions hexadécimales, comme nous l'avons expliqué page {{todo}}.
* Lignes 12 à 17 : Ces options sont très similaires à celles que nous avons décrites plus haut pour le ''widget ScrolledText''. Le présent ''méga-widget'' intègre un composant <code>Frame</code>, un composant <code>Label</code>, un composant <code>Canvas</code> et deux composants <code>Scrollbar</code>. On accède aux options de configuration de ces composants à l'aide d'une syntaxe qui relie le nom du composant et celui de l'option par l'intermédiaire d'un caractère « souligné ».
* Ligne 19 : Ces options définissent le mode d'apparition des barres de défilement. En mode « ''static'' », elles sont toujours présentes. En mode « ''dynamic'' », elles disparaissent si les dimensions du canevas deviennent inférieures à celles de la fenêtre de visualisation.
* Ligne 22 : La méthode <code>interior()</code> renvoie la référence du composant <code>Canvas</code> intégré dans le ''méga-widget'' <code>ScrolledCanvas</code>. Les instructions suivantes (lignes 23 à 35) installent ensuite toute une série d'éléments dans ce canevas : des dessins, une image et un bouton.
* Lignes 25 à 27 : La fonction <code>randrange()</code> permet de tirer au hasard un nombre entier compris dans un certain intervalle (Veuillez vous référer aux explications de la page {{todo}}).
* Ligne 35 : C'est la méthode <code>create_window()</code> du ''widget'' <code>Canvas</code> qui permet d'y insérer n'importe quel autre ''widget'' (y compris un ''widget'' composite). Le ''widget'' à insérer doit cependant avoir été défini lui-même au préalable comme un esclave du canevas ou de sa fenêtre maîtresse.<br />La méthode <code>create_window()</code> attend trois arguments : les coordonnées X et Y du point où l'on souhaite insérer le widget, et la référence de ce widget.
* Ligne 36 : La méthode <code>resizescrollregion()</code> réajuste la situation des barres de défilement de manière à ce qu'elles soient en accord avec la portion du canevas actuellement affichée.
* Lignes 38 à 46 : Cette méthode est utilisée pour l'animation du bouton. Après avoir repositionné le bouton au hasard à une certaine distance de sa position précédente, elle se ré-appelle elle-même après une pause de 250 millisecondes. Ce bouclage s'effectue sans cesse, aussi longtemps que la variable <code>self.run</code> contient une valeur non-nulle.
* Lignes 48 à 55 : Ces deux gestionnaires d'événement sont associés au bouton en alternance. Ils servent évidemment à démarrer et à arrêter l'animation.
=== Barres d'outils avec bulles d'aide - expressions lambda ===
De nombreux programmes comportent une ou plusieurs « barres d'outils » (''toolbar'') constituées de petits boutons sur lesquels sont représentés des pictogrammes (icônes). Cette façon de faire permet de proposer à l'utilisateur un grand nombre de commandes spécialisées, sans que celles-ci n'occupent une place excessive à l'écran (un petit dessin vaut mieux qu'un long discours, dit-on).
La signification de ces pictogrammes n'est cependant pas toujours évidente, surtout pour les utilisateurs néophytes. Il est donc vivement conseillé de compléter les barres d'outils à l'aide d'un système de bulles d'aide (''tool tips''), qui sont des petits messages explicatifs apparaissant automatiquement lorsque la souris survole les boutons concernés.
L'application décrite ci-après comporte une barre d'outils et un canevas. Lorsque l'utilisateur clique sur l'un des boutons de la barre, le pictogramme qu'il porte est recopié dans le canevas, à un emplacement choisi au hasard :
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 53.png|center]]
Dans notre exemple, chaque bouton apparaît entouré d'un sillon. Vous pouvez aisément obtenir d'autres aspects en choisissant judicieusement les options <code>relief</code> et <code>bd</code> (bordure) dans l'instruction d'instanciation des boutons. En particulier, vous pouvez choisir <code>relief = FLAT</code> et <code>bd = 0</code> pour obtenir des petits boutons « plats », sans aucun relief.
La mise en place des bulles d'aide est un jeu d'enfant. Il suffit d'instancier un seul objet <code>Pmw.Balloon</code> pour l'ensemble de l'application, puis d'associer un texte à chacun des ''widgets'' auxquels on souhaite associer une bulle d'aide, en faisant appel autant de fois que nécessaire à la méthode <code>bind()</code> de cet objet.
<syntaxhighlight lang=python line>
from Tkinter import *
import Pmw
from random import randrange
# noms des fichiers contenant les icônes (format GIF):
images =('floppy_2','papi2','pion_1','pion_2','help_4')
textes =('sauvegarde','papillon','joueur 1','joueur 2','Aide')
class Application(Frame):
def __init__(self):
Frame.__init__(self)
# Création d'un objet <bulle d'aide> (un seul suffit) :
tip = Pmw.Balloon(self)
# Création de la barre d'outils (c'est un simple cadre) :
toolbar = Frame(self, bd =1)
toolbar.pack(expand =YES, fill =X)
# Nombre de boutons à construire :
nBou = len(images)
# Les icônes des boutons doivent être placées dans des variables
# persistantes. Une liste fera l'affaire :
self.photoI =[None]*nBou
for b in range(nBou):
# Création de l'icône (objet PhotoImage Tkinter) :
self.photoI[b] =PhotoImage(file = images[b] +'.gif')
# Création du bouton.:
# On utilise une expression "lambda" pour transmettre
# un argument à la méthode invoquée comme commande :
bou = Button(toolbar, image =self.photoI[b], relief =GROOVE,
command = lambda arg =b: self.action(arg))
bou.pack(side =LEFT)
# association du bouton avec un texte d'aide (bulle) :
tip.bind(bou, textes[b])
self.ca = Canvas(self, width =400, height =200, bg ='orange')
self.ca.pack()
self.pack()
def action(self, b):
"l'icône du bouton b est recopiée dans le canevas"
x, y = randrange(25,375), randrange(25,175)
self.ca.create_image(x, y, image =self.photoI[b])
Application().mainloop()
</syntaxhighlight>
=== Métaprogrammation. Expressions lambda : ===
Vous savez qu'en règle générale, on associe à chaque bouton une ''commande'', laquelle est une méthode ou une fonction particulière qui se charge d'effectuer le travail lorsque le bouton est activé. Or dans l'application présente, tous les boutons doivent faire à peu près la même chose (recopier un dessin dans le canevas), la seule différence entre eux étant le dessin concerné.
Pour simplifier notre code, nous voudrions donc pouvoir associer l'option <code>command</code> de tous nos boutons avec une seule et même méthode (ce sera la méthode <code>action()</code>), mais en lui transmettant à chaque fois la référence du bouton particulier utilisé, de manière à ce que l'action accomplie puisse être différente pour chacun d'eux.
Une difficulté se présente, cependant, parce que l'option command du ''widget'' <code>Button</code> accepte seulement une ''valeur'' ou une ''expression'', et non une ''instruction''. Il est donc permis de lui indiquer la référence d'une fonction, mais pas de l'invoquer véritablement en lui transmettant des arguments éventuels (c'est la raison pour laquelle on indique le nom de cette fonction sans lui adjoindre de parenthèses).
On peut résoudre cette difficulté de deux manières :
<ul>
li> Du fait de son caractère ''dynamique'', Python accepte qu'''un programme puisse se modifier lui-même'', par exemple en définissant de nouvelles fonctions au cours de son exécution (c'est le concept de ''métaprogrammation'').
Il est donc possible de définir à la volée une fonction qui utilise des paramètres, en indiquant pour chacun de ceux-ci une valeur par défaut, et ensuite d'invoquer cette même fonction sans arguments là où ceux-ci ne sont pas autorisés. Puisque la fonction est définie en cours d'exécution, les valeurs par défaut peuvent être les contenus de variables, et le résultat de l'opération est un véritable transfert d'arguments.
Pour illustrer cette technique, remplacez les lignes 27 à 31 du script par les suivantes :
<pre>
# Création du bouton.:
# On définit à la volée une fonction avec un paramètre, dont
# la valeur par défaut est l'argument à transmettre.
# Cette fonction appelle la méthode qui nécessite un argument :
def agir(arg = b):
self.action(arg)
# La commande associée au bouton appelle la fonction ci-dessus :
bou = Button(toolbar, image =self.photoI[b], relief =GROOVE,
command = agir)
</pre>
<li>Tout ce qui précède peut être simplifié en faisant appel à une expression ''lambda''. Ce mot réservé Python désigne une ''expression'' qui renvoie un objet fonction, similaire à ceux que vous créez avec l'instruction <code>def</code>, mais avec la différence que <code>lambda</code> étant une expression et non une instruction, on peut l'utiliser comme interface afin d'invoquer une fonction (avec passage d'arguments) là où ce n'est normalement pas possible. Notez au passage qu'une telle fonction est anonyme (elle ne possède pas de nom).
Par exemple, l'instruction :
<code>lambda ar1=b, ar2=c : bidule(ar1,ar2)</code>
renvoie la référence d'une fonction anonyme qui aura elle-même invoqué la fonction <code>bidule()</code> en lui transmettant les arguments <code>b</code> et <code>c</code>, ceux-ci étant utilisés comme valeurs par défaut dans la définition des paramètres de la fonction.
Cette technique utilise finalement le même principe que la précédente, mais elle présente l'avantage d'être plus concise, raison pour laquelle nous l'avons utilisée dans notre script. En revanche, elle est un peu plus difficile à comprendre :
<code>command = lambda arg =b: self.action(arg)</code>
Dans cette portion d'instruction, la commande associée au bouton se réfère à une fonction anonyme dont le paramètre <code>arg</code> possède une valeur par défaut : la valeur de l'argument <code>b</code>.
Invoquée sans argument par la commande, cette fonction anonyme peut tout de même utiliser son paramètre (avec la valeur par défaut) pour faire appel à la méthode cible <code>self.action()</code>, et l'on obtient ainsi un véritable transfert d'argument vers cette méthode.</li></ul>
Nous ne détaillerons pas davantage ici la question des expressions lambda, car elle déborde du cadre que nous nous sommes fixés pour cet ouvrage d'initiation. Si vous souhaitez en savoir plus, veuillez donc consulter l'un ou l'autre des ouvrages de référence cités dans la bibliographie.
== Fenêtres avec menus ==
Nous allons décrire à présent la construction d'une fenêtre d'application dotée de différents types de menus « déroulants », chacun de ces menus pouvant être « détaché » de l'application principale pour devenir lui-même une petite fenêtre indépendante, comme dans l'illustration ci-dessous.
Cet exercice un peu plus long nous servira également de révision, et nous le réaliserons par étapes, en appliquant une stratégie de programmation que l'on appelle ''développement incrémental''.
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 54.png|right]]
Comme nous l'avons déjà expliqué précédemment<ref>Voir page : Recherche des erreurs et expérimentation {{Note à faire}}</ref>, cette méthode consiste à commencer l'écriture d'un programme par une ébauche, qui ne comporte que quelques lignes seulement mais qui est déjà fonctionnelle. On teste alors cette ébauche soigneusement afin d'en éliminer les ''bugs'' éventuels. Lorsque l'ébauche fonctionne correctement, on y ajoute une fonctionnalité supplémentaire. On teste ce complément jusqu'à ce qu'il donne entière satisfaction, puis on en ajoute un autre, et ainsi de suite...
''Cela ne signifie pas que vous pouvez commencer directement à programmer'' sans avoir au préalable effectué une analyse sérieuse du projet, dont au moins les grandes lignes devront être convenablement décrites dans un ''cahier des charges'' clairement rédigé.
{{remarque|Il reste également impératif de commenter convenablement le code produit, au fur et à mesure de son élaboration. S'efforcer de rédiger de bons commentaires est en effet nécessaire, non seulement pour que votre code soit facile à lire (et donc à maintenir plus tard, par d'autres ou par vous-même), mais aussi pour que vous soyez forcés d'exprimer ce que vous souhaitez vraiment que la machine fasse (cf. ''Erreurs sémantiques'').}}
;Cahier des charges de l'exercice
Notre application comportera simplement une barre de menus et un canevas. Les différentes rubriques et options des menus ne serviront qu'à faire apparaître des fragments de texte dans le canevas ou à modifier des détails de décoration, mais ce seront avant tout des exemples variés, destinés à donner un aperçu des nombreuses possibilités offertes par ce type de ''widget'', accessoire indispensable de toute application moderne d'une certaine importance.
Nous souhaitons également que le code produit dans cet exercice soit bien structuré. Pour ce faire, nous ferons usage de deux classes : une classe pour l'application principale, et une autre pour la barre de menus. Nous voulons procéder ainsi afin de bien mettre en évidence la construction d'une application type incorporant plusieurs classes d'objets interactifs.
=== Première ébauche du programme : ===
Lorsque l'on construit l'ébauche d'un programme, il faut tâcher d'y faire apparaître le plus tôt possible la structure d'ensemble, avec les relations entre les principaux blocs qui constitueront l'application définitive. C'est ce que nous nous sommes efforcés de faire dans l'exemple ci-dessous :
<syntaxhighlight lang=python line>
from Tkinter import * #1
#2
class MenuBar(Frame): #3
"""Barre de menus déroulants""" #4
def __init__(self, boss =None): #5
Frame.__init__(self, borderwidth =2) #6
#7
##### Menu <Fichier> ##### #8
fileMenu = Menubutton(self, text ='Fichier') #9
fileMenu.pack(side =LEFT) #10
# Partie "déroulante" : #11
me1 = Menu(fileMenu) #12
me1.add_command(label ='Effacer', underline =0, #13
command = boss.effacer) #14
me1.add_command(label ='Terminer', underline =0, #15
command = boss.quit) #16
# Intégration du menu : #17
fileMenu.configure(menu = me1) #18
#19
class Application(Frame): #20
"""Application principale""" #21
def __init__(self, boss =None): #22
Frame.__init__(self) #23
self.master.title('Fenêtre avec menus') #24
mBar = MenuBar(self) #25
mBar.pack() #26
self.can = Canvas(self, bg='light grey', height=190, #27
width=250, borderwidth =2) #28
self.can.pack() #29
self.pack() #30
#31
def effacer(self): #32
self.can.delete(ALL) #33
#34
if __name__ == '__main__': #35
app = Application() #36
app.mainloop() #37
</syntaxhighlight>
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 55.png|right]]
Veuillez donc encoder ces lignes et en tester l'exécution. Vous devriez obtenir une fenêtre avec un canevas gris clair surmonté d'une barre de menus. À ce stade, la barre de menus ne comporte encore que la seule rubrique « Fichier ».
Cliquez sur la rubrique « fichier » pour faire apparaître le menu correspondant : l'option « Effacer » n'est pas encore fonctionnelle (elle servira à effacer le contenu du canevas), mais l'option « Terminer » devrait déjà vous permettre de fermer proprement l'application.
Comme tous les menus gérés par ''Tkinter'', le menu que vous avez créé peut être converti en menu « flottant » : il suffit de cliquer sur la ligne pointillée apparaissant en-tête de menu. Vous obtenez ainsi une petite fenêtre satellite, que vous pouvez alors positionner où bon vous semble sur le bureau.
;Analyse du script
La structure de ce petit programme devrait désormais vous apparaître familière : afin que les classes définies dans ce script puissent éventuellement être (ré)utilisées dans d'autres projets par importation, comme nous l'avons déjà expliqué précédemment<ref>Voir page : Modules contenant des bibliothèques de classes {{Note à faire}}</ref>, le corps principal du programme (lignes 35 à 37) comporte l'instruction classique : <code>if __name__ == '__main__'</code> :
Les deux instructions qui suivent consistent seulement à instancier un objet <code>app</code> et à faire fonctionner sa méthode <code>mainloop()</code>. Comme vous le savez certainement, nous aurions pu également condenser ces deux instructions en une seule.
L'essentiel du programme se trouve cependant dans les définitions de classes qui précèdent :
La classe <code>MenuBar()</code> contient la description de la barre de menus. Dans l'état présent du script, elle se résume à une ébauche de constructeur.
* Ligne 5 : Le paramètre boss réceptionne la référence de la fenêtre maîtresse du ''widget'' au moment de son instanciation. Cette référence va nous permettre d'invoquer les méthodes associées à cette fenêtre maîtresse, aux lignes 14 & 16.
* Ligne 6 : Activation obligatoire du constructeur de la classe parente.
* Ligne 9 : Instanciation d'un ''widget'' de la classe <code>Menubutton()</code>, défini comme un « esclave » de <code>self</code> (c'est-à-dire l'objet composite « barre de menus » dont nous sommes occupés à définir la classe). Comme l'indique son nom, ce type de ''widget'' se comporte un peu comme un bouton : une action se produit lorsque l'on clique dessus.
* Ligne 12 : Afin que cette action consiste en l'apparition véritable d'un menu, il reste encore à définir celui-ci : ce sera encore un nouveau ''widget'', de la classe <code>Menu()</code> cette fois, défini lui-même comme un « esclave » du ''widget'' <code>Menubutton</code> instancié à la ligne 9.
* Lignes 13 à 16 : On peut appliquer aux ''widgets'' de la classe <code>Menu()</code> un certain nombre de méthodes spécifiques, chacune d'elles acceptant de nombreuses options. Nous utilisons ici la méthode <code>add_command()</code> pour installer dans le menu les deux items « Effacer » et « Terminer ». Nous y intégrons tout de suite l'option underline, qui sert à définir un ''raccourci clavier'' : cette option indique en effet lequel des caractères de l'item doit apparaître souligné à l'écran. L'utilisateur sait alors qu'il lui suffit de frapper ce caractère au clavier pour que l'action correspondant à cet item soit activée (comme s'il avait cliqué dessus à l'aide de la souris).<br />L'action à déclencher lorsque l'utilisateur sélectionne l'item est désignée par l'option command. Dans notre script, les commandes invoquées sont toutes les deux ''des méthodes de la fenêtre maîtresse'', dont la référence aura été transmise au présent ''widget'' au moment de son instanciation par l'intermédiaire du paramètre <code>boss</code>. La méthode <code>effacer()</code>, que nous définissons nous-même plus loin, servira à vider le canevas. La méthode prédéfinie <code>quit()</code> provoque la sortie de la boucle <code>mainloop()</code> et donc l'arrêt du réceptionnaire d'événements associé à la fenêtre d'application.
* Ligne 18 : Lorsque les items du menu ont été définis, il reste encore à reconfigurer le ''widget'' maître <code>Menubutton</code> de manière à ce que son option « menu » désigne effectivement le ''Menu'' que nous venons de construire. En effet, nous ne pouvions pas déjà préciser cette option lors de la définition initiale du ''widget'' <code>Menubutton</code>, puisqu'à ce stade le <code>Menu</code> n'existait pas encore. Nous ne pouvions pas non plus définir le ''widget'' <code>Menu</code> en premier lieu, puisque celui-ci doit être défini comme un « esclave » du ''widget'' <code>Menubutton</code>. Il faut donc bien procéder en trois étapes comme nous l'avons fait, en faisant appel à la méthode <code>configure()</code>. (Cette méthode peut être appliquée à n'importe quel ''widget'' préexistant pour en modifier l'une ou l'autre option).
La classe <code>Application()</code> contient la description de la fenêtre principale du programme ainsi que les méthodes gestionnaires d'événements qui lui sont associées.
* Ligne 20 : Nous préférons faire dériver notre application de la classe <code>Frame()</code>, qui présente de nombreuses options, plutôt que de la classe primordiale <code>Tk()</code>. De cette manière, l'application toute entière est encapsulée dans un ''widget'', lequel pourra éventuellement être intégré par la suite dans une application plus importante. Rappelons que de toute manière, ''Tkinter'' instanciera automatiquement une fenêtre maîtresse de type <code>Tk()</code> pour contenir de cette ''Frame''.
* Lignes 23-24 : Après l'indispensable activation du constructeur de la classe parente, nous utilisons l'attribut master que ''Tkinter'' associe automatiquement à chaque ''widget'', pour référencer la fenêtre principale de l'application (la fenêtre maîtresse dont nous venons de parler au paragraphe précédent) et en redéfinir le bandeau-titre.
* Lignes 25 à 29 : Instanciation de deux ''widgets'' esclaves pour notre ''Frame'' principale. La « barre de menus » est évidemment le ''widget'' défini dans l'autre classe.
* Ligne 30 : Comme n'importe quel autre ''widget'', notre ''Frame'' principale doit être mise en place.
* Lignes 32-33 : La méthode servant à effacer le canevas est définie dans la classe présente (puisque l'objet canevas en fait partie), mais elle est invoquée par l'option ''command'' d'un ''widget'' esclave défini dans l'autre classe. Comme nous l'avons expliqué plus haut, ce ''widget'' esclave reçoit la référence de son widget maître par l'intermédiaire du paramètre <code>boss</code>. Toutes ces références sont hiérarchisées à l'aide de la qualification des noms par points.
=== Ajout de la rubrique « Musiciens » ===
Continuez le développement de ce petit programme, en ajoutant les lignes suivantes dans le constructeur de la classe <code>MenuBar()</code> (après la ligne 18) :
<pre>
##### Menu <Musiciens> #####
self.musi = Menubutton(self, text ='Musiciens')
self.musi.pack(side =LEFT, padx ='3')
# Partie "déroulante" du menu <Musiciens> :
me1 = Menu(self.musi)
me1.add_command(label ='17e siècle', underline =1,
foreground ='red', background ='yellow',
font =('Comic Sans MS', 11),
command = boss.showMusi17)
me1.add_command(label ='18e siècle', underline =1,
foreground='royal blue', background ='white',
font =('Comic Sans MS', 11, 'bold'),
command = boss.showMusi18)
# Intégration du menu :
self.musi.configure(menu = me1)
</pre>
... ainsi que les définitions de méthodes suivantes à la classe Application() (après la ligne 33) :
<pre>
def showMusi17(self):
self.can.create_text(10, 10, anchor =NW, text ='H. Purcell',
font=('Times', 20, 'bold'), fill ='yellow')
def showMusi18(self):
self.can.create_text(245, 40, anchor =NE, text ="W. A. Mozart",
font =('Times', 20, 'italic'), fill ='dark green')
</pre>
Lorsque vous y aurez ajouté toutes ces lignes, sauvegardez le script et exécutez-le.
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 56.png|right]]
Votre barre de menus comporte à présent une rubrique supplémentaire : la rubrique « Musiciens ».
Le menu correspondant propose deux items qui sont affichés avec des couleurs et des polices personnalisées. Vous pourrez vous inspirer de ces techniques décoratives pour vos projets personnels. À utiliser avec modération !
Les commandes que nous avons associées à ces items sont évidemment simplifiées afin de ne pas alourdir l'exercice : elles provoquent l'affichage de petits textes sur le canevas.
;Analyse du script
Les seules nouveautés introduites dans ces lignes concernent l'utilisation de polices de caractères bien déterminées (option <code>font</code>), ainsi que de couleurs pour l'avant-plan (option <code>foreground</code>) et le fond (option <code>background</code>) des textes affichés.
Veuillez noter encore une fois l'utilisation de l'option <code>underline</code> pour désigner les caractères correspondant à des raccourcis claviers (en n'oubliant pas que la numérotation des caractères d'une chaîne commence à partir de zéro), et surtout que l'option <code>command</code> de ces ''widgets'' accède aux méthodes de l'autre classe, par l'intermédiaire de la référence mémorisée dans l'attribut <code>boss</code>.
La méthode <code>create_text()</code> du canevas doit être utilisée avec deux arguments numériques, qui sont les coordonnées X et Y d'un point dans le canevas. Le texte transmis sera positionné par rapport à ce point, en fonction de la valeur choisie pour l'option anchor : Celle-ci détermine comment le fragment de texte doit être « ancré » au point choisi dans le canevas, par son centre, par son coin supérieur gauche, etc., en fonction d'une syntaxe qui utilise l'analogie des points cardinaux géographiques (NW = angle supérieur gauche, SE = angle inférieur droit, CENTER = centre, etc.)
=== Ajout de la rubrique « Peintres » : ===
Cette nouvelle rubrique est construite d'une manière assez semblable à la précédente, mais nous lui avons ajouté une fonctionnalité supplémentaire : des menus « en cascade ». Veuillez donc ajouter les lignes suivantes dans le constructeur de la classe <code>MenuBar()</code> :
<pre>
##### Menu <Peintres> #####
self.pein = Menubutton(self, text ='Peintres')
self.pein.pack(side =LEFT, padx='3')
# Partie "déroulante" :
me1 = Menu(self.pein)
me1.add_command(label ='classiques', state=DISABLED)
me1.add_command(label ='romantiques', underline =0,
command = boss.showRomanti)
# Sous-menu pour les peintres impressionistes :
me2 = Menu(me1)
me2.add_command(label ='Claude Monet', underline =7,
command = boss.tabMonet)
me2.add_command(label ='Auguste Renoir', underline =8,
command = boss.tabRenoir)
me2.add_command(label ='Edgar Degas', underline =6,
command = boss.tabDegas)
# Intégration du sous-menu :
me1.add_cascade(label ='impressionistes', underline=0, menu =me2)
# Intégration du menu :
self.pein.configure(menu =me1)
</pre>
... et les définitions suivantes dans la classe Application() :
<pre>
def showRomanti(self):
self.can.create_text(245, 70, anchor =NE, text = "E. Delacroix",
font =('Times', 20, 'bold italic'), fill ='blue')
def tabMonet(self):
self.can.create_text(10, 100, anchor =NW, text = 'Nymphéas à Giverny',
font =('Technical', 20), fill ='red')
def tabRenoir(self):
self.can.create_text(10, 130, anchor =NW,
text = 'Le moulin de la galette',
font =('Dom Casual BT', 20), fill ='maroon')
def tabDegas(self):
self.can.create_text(10, 160, anchor =NW, text = 'Danseuses au repos',
font =('President', 20), fill ='purple')
</pre>
;Analyse du script
Vous pouvez réaliser aisément des menus en cascade, en enchaînant des sous-menus les uns aux autres jusqu'à un niveau quelconque (il vous est cependant déconseillé d'aller au-delà de 5 niveaux successifs : vos utilisateurs s'y perdraient).
Un sous-menu est défini comme un menu « esclave » du menu de niveau précédent (dans notre exemple, me2 est défini comme un menu « esclave » de <code>me1</code>). L'intégration est assurée ensuite à l'aide de la méthode <code>add_cascade()</code>.
L'un des items est désactivé (option <code>state = DISABLED</code>). L'exemple suivant vous montrera comment vous pouvez activer ou désactiver à volonté des items, par programme.
=== Ajout de la rubrique « Options » : ===
La définition de cette rubrique est un peu plus compliquée, parce que nous allons y intégrer l'utilisation de variables internes à ''Tkinter''.
Les fonctionnalités de ce menu sont cependant beaucoup plus élaborées : les options ajoutées permettent en effet d'activer ou de désactiver à volonté les rubriques « Musiciens » et « Peintres », et vous pouvez également modifier à volonté l'aspect de la barre de menus elle-même.
[[Image:Apprendre à programmer avec Python 57.png|center]]
Veuillez donc ajouter les lignes suivantes dans le constructeur de la classe <code>MenuBar()</code> :
<pre>
##### Menu <Options> #####
optMenu = Menubutton(self, text ='Options')
optMenu.pack(side =LEFT, padx ='3')
# Variables Tkinter :
self.relief = IntVar()
self.actPein = IntVar()
self.actMusi = IntVar()
# Partie "déroulante" du menu :
self.mo = Menu(optMenu)
self.mo.add_command(label = 'Activer :', foreground ='blue')
self.mo.add_checkbutton(label ='musiciens',
command = self.choixActifs, variable =self.actMusi)
self.mo.add_checkbutton(label ='peintres',
command = self.choixActifs, variable =self.actPein)
self.mo.add_separator()
self.mo.add_command(label = 'Relief :', foreground ='blue')
for (v, lab) in [(0,'aucun'), (1,'sorti'), (2,'rentré'),
(3,'sillon'), (4,'crête'), (5,'bordure')]:
self.mo.add_radiobutton(label =lab, variable =self.relief,
value =v, command =self.reliefBarre)
# Intégration du menu :
optMenu.configure(menu = self.mo)
</pre>
... ainsi que les définitions de méthodes suivantes (toujours dans la classe <code>MenuBar()</code>) :
<pre>
def reliefBarre(self):
choix = self.relief.get()
self.configure(relief =[FLAT,RAISED,SUNKEN,GROOVE,RIDGE,SOLID][choix])
def choixActifs(self):
p = self.actPein.get()
m = self.actMusi.get()
self.pein.configure(state =[DISABLED, NORMAL][p])
self.musi.configure(state =[DISABLED, NORMAL][m])
</pre>
;Analyse du script
;Menu avec « cases à cocher »
Notre nouveau menu déroulant comporte deux parties. Afin de bien les mettre en évidence, nous avons inséré une ligne de séparation ainsi que deux « faux items » (« Activer : » et « Relief : ») qui servent simplement de titres. Nous faisons apparaître ceux-ci en couleur pour que l'utilisateur ne les confonde pas avec de véritables commandes.
Les items de la première partie sont dotées de « cases à cocher ». Lorsque l'utilisateur effectue un clic de souris sur l'un ou l'autre de ces items, les options correspondantes sont activées ou désactivées, et ces états « actif / inactif » sont affichés sous la forme d'une coche. Les instructions qui servent à mettre en place ce type de rubrique sont assez explicites. Elles présentent en effet ces items comme des ''widgets'' de type <code>chekbutton</code> :
<pre>
self.mo.add_checkbutton(label = 'musiciens', command = choixActifs,
variable = mbu.me1.music)
</pre>
Il est important de comprendre ici que ce type de ''widget'' comporte nécessairement une variable interne, destinée à mémoriser l'état « actif / inactif » du ''widget''. Cette variable ne peut pas être une variable Python ordinaire, parce que les classes de la bibliothèque ''Tkinter'' sont écrites dans un autre langage. Et par conséquent, on ne pourra accéder à une telle variable interne qu'à travers une interface. Cette interface, appelée « ''variable Tkinter'' », est en fait un objet, que l'on crée à partir d'une classe particulière, qui fait partie du module ''Tkinter'' au même titre que les classes de ''widgets''. L'utilisation de ces « objets-variables » est relativement simple :
<ul>
<li>La classe <code>IntVar()</code> permet de créer des objets équivalents à des variables de type entier.
On commence donc par créer un ou plusieurs de ces objets-variables, que l'on mémorise dans notre exemple comme de nouveaux attribiuts d'instance :
<pre>
self.actMusi =IntVar()
</pre>
Après cette affectation, l'objet référencé dans <code>self.actMusi</code> contient désormais l'équivalent d'une variable de type entier, dans un format spécifique à ''Tkinter''.</li>
<li>Ensuite, on associe l'option <code>variable</code> de l'objet <code>checkbutton</code> à la variable ''Tkinter'' ainsi définie :
<pre>
self.mo.add_checkbutton(label ='musiciens', variable =self.actMusi)
</pre></li>
<li>Il est nécessaire de procéder ainsi en deux étapes, parce que ''Tkinter'' ne peut pas directement assigner des valeurs aux variables Python. Pour une raison similaire, il n'est pas possible à Python de lire directement le contenu d'une ''variable Tkinter''. Il faut utiliser pour cela une méthode spécifique de cette classe d'objets : la méthode <code>get()</code><ref>Pour ''écrire'' dans une variable ''Tkinter'', il faudrait utiliser la méthode <code>set()</code>. Exemple :<br />
<code>self.actMusi.set(45)</code></ref> :
<pre>
m = self.actMusi.get()
</pre>
Dans cette instruction, nous affectons à <code>m</code> (variable ordinaire de Python) le contenu d'une ''variable Tkinter'' (laquelle est elle-même associée à un ''widget'' bien déterminé).</li>
</ul>
Tout ce qui précède peut vous paraître un peu compliqué. Considérez simplement qu'il s'agit de votre première rencontre avec les problèmes d'''interfaçage'' entre deux langages de programmation différents, utilisés ensemble dans un projet composite.
;Menu avec choix exclusifs
La deuxième partie du menu « Options » permet à l'utilisateur de choisir l'aspect que prendra la barre de menus, parmi six possibilités. Il va de soi que l'on ne peut activer qu'une seule de ces possibilités à la fois. Pour mettre en place ce genre de fonctionnalité, on fait classiquement appel appel à des ''widgets'' de type « boutons radio ». La caractéristique essentielle de ces ''widgets'' est que plusieurs d'entre eux doivent être associés à une seule et même ''variable Tkinter''. À chaque bouton radio correspond alors une valeur particulière, et c'est cette valeur qui est affectée à la variable lorsque l'utilisateur sélectionne le bouton.
Ainsi, l'instruction :
<pre>
self.mo.add_radiobutton(label ='sillon', variable =self.relief,
value =3, command =self.reliefBarre)
</pre>
configure un item du menu «Options» de telle manière qu'il se comporte comme un bouton radio.
Lorsque l'utilisateur sélectionne cet item, la valeur 3 est affectée à la ''variable Tkinter'' <code>self.relief</code> (celle-ci étant désignée à l'aide de l'option <code>variable</code> du ''widget''), et un appel est lancé en direction de la méthode <code>reliefBarre()</code>. Celle-ci récupère alors la valeur mémorisée dans la ''variable Tkinter'' pour effectuer son travail.
Dans le contexte particulier de ce menu, nous souhaitons proposer 6 possibilités différentes à l'utilisateur. Il nous faut donc six « boutons radio », pour lesquels nous pourrions encoder six instructions similaires à celle que nous avons reproduite ci-dessus, chacune d'elles ne différant des cinq autres que par ses options <code>value</code> et <code>label</code>. Dans une situation de ce genre, la bonne pratique de programmation consiste à placer les valeurs de ces options dans une liste, et à parcourir ensuite cette liste à l'aide d'une boucle <code>for</code>, afin d'instancier les ''widgets'' avec une instruction commune :
<pre>
for (v, lab) in [(0,'aucun'), (1,'sorti'), (2,'rentré'),
(3,'sillon'), (4,'crête'), (5,'bordure')]:
self.mo.add_radiobutton(label =lab, variable =self.relief,
value =v, command =self.reliefBarre)
</pre>
La liste utilisée est une liste de six tuples (valeur, libellé). À chacune des 6 itérations de la boucle, un nouvel item <code>radiobutton</code> est instancié, dont les options <code>label</code> et <code>value</code> sont extraites de la liste par l'intermédiaire des variables <code>lab</code> et <code>v</code>.
Dans vos projets personnels, il vous arrivera fréquemment de constater que vous pouvez ainsi remplacer des suites d'instructions similaires, par une structure de programmation plus compacte (en général, la combinaison d'une liste et d'une boucle, comme dans l'exemple ci-dessus).
Vous découvrirez petit à petit encore d'autres techniques pour alléger votre code : nous en fournissons encore un exemple dans le paragraphe suivant. Tâchez cependant de garder à l'esprit cette règle essentielle, qu'un bon programme doit avant tout rester ''lisible'' et ''commenté''.
;Contrôle du flux d'exécution à l'aide d'une liste
Veuillez à présent considérer la définition de la méthode <code>reliefBarre()</code> :
À la première ligne, la méthode <code>get()</code> nous permet de récupérer l'état d'une ''variable Tkinter'' qui contient le numéro du choix opéré par l'utilisateur dans le sous-menu « Relief : ».
À la seconde ligne, nous utilisons le contenu de la variable <code>choix</code> pour extraire d'une liste de six éléments celui qui nous intéresse. Par exemple, si <code>choix</code> contient la valeur <code>2</code>, c'est l'option <code>SUNKEN</code> qui sera utilisée pour reconfigurer le ''widget''.
La variable <code>choix</code> est donc utilisée ici comme un index, servant à désigner un élément de la liste. En lieu et place de cette construction compacte, nous aurions pu programmer une série de tests conditionnels, comme par exemple :
<pre>
if choix ==0:
self.configure(relief =FLAT)
elif choix ==1:
self.configure(relief =RAISED)
elif choix ==2:
self.configure(relief =SUNKEN)
...
etc.
</pre>
D'un point de vue strictement fonctionnel, le résultat serait exactement le même. Vous admettrez cependant que la construction que nous avons choisie est d'autant plus efficiente, que le nombre de possibilités de choix est élevé. Imaginez par exemple que l'un de vos programmes personnels doive effectuer une sélection dans un très grand nombre d'éléments : avec une construction du type ci-dessus, vous seriez peut-être amené à encoder plusieurs pages de « <code>elif</code> » !
Nous utilisons encore la même technique dans la méthode <code>choixActifs()</code>. Ainsi l'instruction :
<pre>
self.pein.configure(state =[DISABLED, NORMAL][p])
</pre>
utilise le contenu de la variable <code>p</code> comme index pour désigner lequel des deux états <code>DISABLED</code>, <code>NORMAL</code> doit être sélectionné pour reconfigurer le menu « Peintres ».
Lorsqu'elle est appelée, la méthode <code>choixActifs()</code> reconfigure donc les deux rubriques « Peintres » et « Musiciens » de la barre de menus, pour les faire apparaître « normales » ou « désactivées » en fonction de l'état des variables <code>m</code> et <code>p</code>, lesquelles sont elles-mêmes le reflet de variables ''Tkinter''.
Ces variables intermédiaires <code>m</code> et <code>p</code> ne servent en fait qu'à clarifier le script. Il serait en effet parfaitement possible de les éliminer, et de rendre le script encore plus compact, en utilisant la composition d'instructions. On pourrait par exemple remplacer les deux instructions :
<pre>
m = self.actMusi.get()
self.musi.configure(state =[DISABLED, NORMAL][m])
</pre>
par une seule, telle que :
<pre>
self.musi.configure(state =[DISABLED, NORMAL][self.actMusi.get()])
</pre>
Notez cependant que ce que l'on gagne en compacité se paie d'une certaine perte de lisibilité.
;Pré-sélection d'une rubrique
Pour terminer cet exercice, voyons encore comment vous pouvez déterminer à l'avance certaines sélections, ou bien les modifier par programme.
Veuillez donc ajouter l'instruction suivante dans le constructeur de la classe <code>Application()</code> (juste avant l'instruction <code>self.pack()</code>, par exemple) :
<pre>
mBar.mo.invoke(2)
</pre>
Lorsque vous exécutez le script ainsi modifié, vous constatez qu'au départ la rubrique « Musiciens » de la barre de menus est active, alors que la rubrique « Peintres » ne l'est pas. Programmées comme elles le sont, ces deux rubriques devraient être actives toutes deux par défaut. Et c'est effectivement ce qui se passe si nous supprimons l'instruction :
<pre>
mBar.mo.invoke(2)
</pre>
Nous vous avons suggéré d'ajouter cette instruction au script, pour vous montrer comment vous pouvez effectuer ''par programme'' la même opération que celle que l'on obtient normalement avec un clic de souris.
L'instruction ci-dessus ''invoque'' le ''widget'' <code>mBar.mo</code> en actionnant la commande associée au ''deuxième'' item de ce ''widget''. En consultant le listing, vous pouvez vérifier que ce deuxième item est bien l'objet de type checkbutton qui active/désactive le menu « Peintres » (Rappelons encore une fois que l'on numérote toujours à partir de zéro).
Au démarrage du programme, tout se passe donc comme si l'utilisateur effectuait tout de suite un premier clic sur la rubrique « Peintres » du menu « Options », ce qui a pour effet de désactiver le menu correspondant.Mais si vous voulez le réactiver , vous devrez éteinde votre ordinateur et le tour sera joué !
== Notes ==
{{références}}
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Livre de cuisine/Boissons
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wikitext
text/x-wiki
{{livre de cuisine}}
__NOTOC__ __NOEDITSECTION__
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<div style="text-align: center;">Le '''Livre des boissons''' est un Wikilivre dont le but est de regrouper des recettes, des savoir-faire et des techniques sur les boissons.</div>
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Une '''boisson''' ou '''breuvage''' (qc) est un liquide nutritif, que l'on boit donc en premier lieu pour se désaltérer, c'est-à-dire apaiser la soif, mais souvent aussi pour le plaisir. Le terme est souvent utilisé dans un sens plus restreint de boisson alcoolisée, qui est son sens premier et qu'il a conservé dans des expressions telles que "pris de boisson", ou "débit de boissons".
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text/x-wiki
Une bonne couverture est capitale pour bien présenter le contenu d'un livre, et attirer de nouveaux lecteurs.
Elle permet aussi aux auteurs de présenter leurs livres comme ils le souhaitent sur leur page personnelle (ou ailleurs, si c'est autorisé).
Vous pouvez assez facilement créer une couverture en wikicode, ou utiliser un logiciel de PAO (comme [[Scribus]]), de dessin vectoriel (comme [[Inkscape]]) voire de dessin matriciel (comme [[GIMP]]).
== Recette : Comment créer une couverture en wikicode sur la première page du Wikilivre ==
Sur [[Spécial:Ma page|votre page utilisateur]], mettez un lien
<pre>
[[/Titre de la couverture/]]
</pre>
Pour créer la page [[Spécial:Ma page/Titre de la couverture]] qui crée la couverture.
Copiez le code suivant, que vous pouvez adapter librement à vos besoins, et collez-le sur la page '''[[Spécial:Ma page/Titre de la couverture]]''' :
<div style="float:left; width: 30%; min-width: 270px; max-width: 333px; padding: 10px; vertical-align: top; background-color: #FBFBFB; border: thin solid #A7D7F9; text-align: center; height: 400px; margin-left: 7px; margin-bottom: 7px;">
<div style="margin-top: 10px; height: 250px">
<strong>'''[[Titre du livre]]'''</strong><br>
<small>''sous-titre''<small> ou commentaire</small></small>
Nom d'auteur, si vous voulez
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<br>
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<small>[[Titre du livre/Comment lire ce livre de façon coopérative|''Comment lire ce livre de façon coopérative'']]</small>
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<small>
''Une ou plusieurs phrases de présentation de votre livre.''<br>
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<strong>'''[[Titre du livre]]'''</strong><br>
<small>''sous-titre''<small> ou commentaire</small></small>
Nom d'auteur, si vous voulez
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<small>[[Titre du livre/Comment lire ce livre de façon coopérative|''Comment lire ce livre de façon coopérative'']]</small></small>
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''“Une ou plusieurs phrases de présentation de votre livre.”''<br>
</small>
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Pour lire Platon/Guide des dialogues/Ion
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== Introduction générale ==
=== Statut et datation du dialogue ===
{{wikisource|Ion (Platon)|Ion}}
L{{'}}''Ion'' est l'un des plus brefs dialogues du corpus platonicien, une douzaine de pages Stephanus (530a-542b) pour une conversation dont la durée fictive n'excède pas la demi-heure entre Socrate et le rapsode Ion d'Éphèse. Cette brièveté, jointe au caractère apparemment simpliste d'Ion comme interlocuteur, a longtemps nourri un soupçon d'inauthenticité ou de légèreté. Goethe voyait dans le dialogue « ''nichts als eine Persiflage'' » (« rien qu'une parodie »), et plusieurs philologues, Wilamowitz en tête, ont douté qu'il fût de Platon, avant que Wilamowitz lui-même, vers la fin de sa carrière, ne revienne partiellement sur son jugement. L'authenticité est aujourd'hui largement admise, sans être absolument consensuelle.
La datation reste débattue. Traditionnellement rangé parmi les dialogues de jeunesse, voire parmi les premiers écrits platoniciens,, l{{'}}''Ion'' a été rapproché par Albert Rijksbaron de la période où Platon rédigeait la ''République'' et le ''Phèdre'', sur la base d'un vocabulaire technique et de procédures argumentatives communs à ces œuvres. Cette thèse n'est pas universellement acceptée : plusieurs commentateurs maintiennent une date plus précoce, et les critères stylométriques sont ici peu concluants, comme le rappelle Aguirre.
La date dramatique fictive se laisse conjecturer à partir d'indices internes : Ion revient d'Épidaure, où il vient de remporter les concours rapsodiques des fêtes d'Asclépios, et attend les Grandes Panathénées à Athènes. La conversation se placerait donc vraisemblablement, mais sans certitude, dans la période précédant ces Panathénées, dont la journée principale tombait le 28 Hécatombéon. Rijksbaron note d'ailleurs que, si l'on accepte cette reconstruction, Ion aurait passé plusieurs semaines désœuvré à Athènes, ce qui n'est pas sans poser question.
=== Les deux personnages ===
Socrate apparaît ici tel qu'on le connaît : ironique, réservé, méthodique, se disant ''idiôtês'' (profane, 532d9) face aux « sages ». Il refuse d'emblée la qualification de ''sophos'' qu'Ion lui attribue (532d) et la renvoie, non sans malice, aux rapsodes, acteurs et poètes eux-mêmes.
Ion d'Éphèse est un rapsode présenté comme célèbre, mais son historicité reste incertaine : aucune source indépendante ne le mentionne, et il est possible qu'il s'agisse d'un personnage fictif. Le portrait qu'en donne le dialogue correspond en tout cas, dans ses grandes lignes, au type social du rapsode professionnel tel qu'on peut le reconstituer pour l'époque classique : tournée de concours, prestations en tenue somptueuse avec couronne d'or, rémunération substantielle, prétention à être non seulement récitant mais ''hermêneus'' (interprète) de la pensée du poète, et ambition de se poser en éducateur au titre de spécialiste d'Homère. Il ne faut toutefois pas confondre le [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]] dramatique du dialogue, le temps de Platon écrivant, et les pratiques attestées de la rhapsodie : le texte est un portrait littéraire, construit pour les besoins de l'argument, avant d'être un document historique sur les rhapsodes.
Par ce personnage, Platon vise un ensemble : l'héritier de l'aède, qui a renoncé à la cithare mais garde le ''rhabdos'' (bâton), et qui porte la culture épique dans les festivals publics. Cette figure condense, aux yeux de Platon, le système éducatif traditionnel fondé sur la mémorisation et l'interprétation des poèmes homériques.
=== Structure générale et enjeu ===
Le dialogue s'articule en trois grandes sections organisées autour d'un noyau central :
* Partie I (530a-533c) : dialogue dialectique qui met en question la possibilité, pour Ion, de posséder une ''technê'' rhapsodique au sens strict, puisqu'il prétend n'être expert que d'Homère alors que la poésie, ''si'' elle est une ''technê'', constitue un tout.
* Partie II (533c-536d) : long développement de Socrate où la notion de ''technê'' est remplacée par celle d{{'}}''enthousiasmos'', une puissance divine (''theia dynamis'') qui fait du poète et du rapsode les maillons d'une chaîne magnétique partant de la Muse.
* Partie III (536d-541e) : retour à l'examen de la ''technê'' par l'analyse de passages homériques concrets, aboutissant au dilemme final.
* Épilogue (541e-542b) : alternative entre deux statuts qu'Ion peut revendiquer, injuste (s'il possède une ''technê'' qu'il refuse de montrer) ou divin (s'il n'en a pas).
La question du sens global du dialogue reste discutée. Une lecture forte, répandue chez les commentateurs modernes (Rijksbaron, Aguirre, von der Walde notamment), y voit un geste de disqualification de la poésie traditionnelle comme savoir et comme modèle éducatif du citoyen grec. Dans cette perspective, l{{'}}''Ion'' préparerait déjà les thèses du livre X de la ''République''. Une autre lecture, défendue notamment par Penelope Murray et reprise, avec des nuances, par Grace Ledbetter ou Suzanne Stern-Gillet, insiste davantage sur l'instabilité du texte : Socrate mobiliserait la doctrine de l'inspiration sans nécessairement l'endosser de façon simple, et le dialogue serait plus suggestif que conclusif. Le commentaire qui suit privilégie, par commodité d'exposition, la première ligne, tout en signalant, aux moments décisifs, les points où l'autre lecture peut légitimement se faire entendre.
== I. Le prologue (530a-531a) : la mise en place ==
=== 530a-b : les salutations et le contexte ===
Le dialogue s'ouvre sur une formule de salutation étonnamment solennelle : « Τὸν Ἴωνα χαίρειν », le nom propre à l'accusatif, précédé de l'article, suivi du verbe à l'infinitif. Ce n'est pas l'habituel « ὦ Ἴων » que Socrate utilise avec ses proches ; c'est une formule de déférence, presque protocolaire, qui présente Ion comme un personnage illustre. On peut y entendre, rétrospectivement, une charge ironique : la suite confirme que Socrate ne partage pas, en réalité, l'estime que suggère ce salut.
Les salutations révèlent que les deux hommes se connaissent déjà : Socrate sait qu'Ion est Éphésien, connaît son activité et le motif de son séjour à Athènes. L'échange initial, avec son ''hêmin'' (« nous ») qui feint la camaraderie, crée une connivence qui se dissipera à mesure que Socrate reprendra ses distances.
Ion vient de remporter « les premiers prix » à Épidaure, lors des concours rapsodiques associés aux fêtes d'Asclépios, et espère vaincre également aux Panathénées athéniennes, les deux plus importants festivals rapsodiques du monde grec. Cette double mention établit le prestige d'Ion ; elle peut aussi, plus discrètement, poser la question de la valeur réelle d'une couronne remportée dans de telles compétitions. La vie itinérante du rapsode, toujours en voyage d'un concours à l'autre, est un trait qui le rapproche du mode de vie des sophistes, et contraste avec l'enracinement athénien de Socrate (qui n'a quitté Athènes que pour trois campagnes militaires).
=== 530b-c : la double dimension du rapsode ===
Socrate enchaîne sur un éloge du rapsode qui pose, en réalité, les termes conceptuels de la discussion à venir. Trois motifs se détachent :
# L'apparence (''kekosmêsthai'') : le rapsode se présente dans une tenue somptueuse qui convient à son [[Dictionnaire de philosophie/Art|art]]. Cet aspect physique reviendra à plusieurs reprises (535d, 541c) et sera tourné en dérision.
# La fréquentation des poètes : le rapsode est nécessairement en contact avec les plus grands, « en particulier avec Homère, le meilleur et le plus divin (''theiotatos'') de tous ». Le qualificatif ''theiotatos'' appliqué à Homère est suggestif : il prépare la terminologie qui structurera la conclusion du dialogue, où « divin » sera opposé à « technicien ».
# L'exigence herméneutique : le rapsode ne doit pas seulement mémoriser les vers (''ta epê'') mais en saisir la pensée (''dianoia'') : « il ne serait pas un bon rapsode s'il ne comprenait pas ce que dit le poète » (530b-c). Cette phrase installe le cadre épistémique dans lequel Socrate va conduire l'examen : ''epê'' d'un côté, ''dianoia'' de l'autre, mots et pensée.
Le vocabulaire cognitif est dense : ''syniénai, gignôskein, epistasthai, phrontizein, krinein, eidenai'', toute une constellation qui amène insensiblement la rhapsodie sur le terrain du savoir.
Socrate introduit alors le concept-clef de la première partie : le rapsode est ''hermêneus'', interprète, médiateur, de la pensée du poète auprès des auditeurs (530c). Le terme va jouer un rôle double dans le dialogue :
* d'abord comme interprète au sens herméneutique (celui qui ''explique'' le texte) ;
* puis, dans la partie centrale, comme simple intermédiaire par lequel passe une parole qui ne lui appartient pas.
=== 530c-531a : Ion se vante ===
Ion, ravi, confirme et surenchérit. Il a, dit-il, mis tout son soin à comprendre la pensée d'Homère et « parle mieux que quiconque » à son sujet. Il se dit digne de recevoir la couronne d'or des Homérides. La vanité d'Ion apparaît dans sa forme la plus directe, mais pas caricaturale : c'est celle d'un professionnel persuadé de la valeur de son métier.
Socrate propose alors la première esquive : il réclame un entretien préalable à toute ''epideixis'' (exhibition publique), stratégie qu'il emploiera à plusieurs reprises pour empêcher Ion de se dérober dans la performance (531a, 536d, 538d).
Socrate pose alors la question qui va déclencher toute l'argumentation : « Es-tu expert seulement sur Homère, ou bien aussi sur Hésiode et Archiloque ? » Ion, dans ce que Sales et Menza ont appelé, respectivement, « le motif possibilisateur du dialogue » et la « proposition catalysante », répond fièrement : « Nullement, mais seulement sur Homère, car cela me suffit ».
Cette réponse est l'étincelle. Si Ion affirme être excellent sur Homère ''et seulement'' sur Homère, une question devient inévitable : comment cela est-il possible, dès lors qu'Homère parle des mêmes thèmes que les autres poètes ? La tension entre la prétention universelle de la compétence homérique et sa restriction à Homère seul va fournir le levier de toute la première réfutation.
== II. Première partie (531a-533c) : l'argument du ''tout'' ==
=== 531a-d : le problème des sujets communs ===
Socrate commence par une question apparemment innocente : Homère et Hésiode parlent-ils des mêmes choses ? Oui, répond Ion, sur beaucoup de sujets. Sur ces sujets communs, donc, Ion explique-t-il aussi bien Hésiode qu'Homère ? Oui, concède-t-il, au moins sur ce qu'ils disent de la même manière. Quant aux sujets où ils divergent, par exemple la mantique (où Homère et Hésiode disent « quelque chose »), c'est un devin qui jugera le mieux, non Ion.
Socrate déploie alors un premier mouvement décisif (531b-c). Si quelqu'un est devin au point de pouvoir expliquer ce que les poètes disent de la même manière, il doit aussi être capable d'expliquer ce qu'ils disent différemment. La compétence d'expert porterait donc sur la ''matière'' et non sur l'auteur. Un expert en mantique juge ''toute'' énonciation mantique, d'où qu'elle vienne ; il ne saurait être expert des énoncés divinatoires d'Homère seul et ignorant de ceux d'Hésiode.
Socrate élargit alors la gamme des sujets qu'Homère traite (531c-d) : la guerre, les relations humaines (entre bons et méchants, profanes et spécialistes), les rapports entre dieux et hommes, les événements célestes et infernaux, la généalogie des dieux et des héros. L'éventail est quasi encyclopédique, et c'est précisément cette prétention à l'universalité des contenus poétiques qui permet à Socrate de la retourner.
Les autres poètes n'ont-ils pas traité les mêmes sujets ? Ion concède qu'ils l'ont fait, mais « bien moins bien qu'Homère ». Cette concession est décisive : Ion admet implicitement qu'il existe un critère de qualité, donc une norme selon laquelle juger.
=== 531d-532b : le critère unique de jugement ===
Socrate introduit alors le principe fondamental : celui qui reconnaît qui parle ''bien'' sur un sujet reconnaît aussi qui parle ''mal''. Si plusieurs personnes parlent de nombres, celui qui reconnaîtra l'expert reconnaîtra aussi le médiocre, c'est l'arithméticien. Si plusieurs parlent d'aliments sains, c'est le médecin qui départagera. Un expert juge donc à la fois le bon et le mauvais dans son domaine.
Application (532b) : puisqu'Ion dit qu'Homère et les autres poètes traitent des mêmes sujets, et puisque le bon juge reconnaît tant l'excellent que le moins bon, Ion, s'il est vraiment expert, devrait être « juge compétent » (''kritês hikanos'') de tous les poètes, non d'Homère seul.
Ion sent le piège, « il semblerait » (''éoiken ge''), répond-il, avec réticence, mais accepte la conclusion tout en maintenant son exclusivité homérique. La contradiction est désormais pleinement formulée : Ion prétend posséder une compétence à prétention universelle (il peut juger tout ce que dit Homère, qui parle de tout) tout en confessant une incompétence universelle sur les autres poètes qui parlent des mêmes choses.
=== 532c-533c : le principe de totalité de la ''technê'' ===
Socrate formule alors le principe méthodologique central : toute ''technê'' est un ''tout'' (''holon''). Il est remarquable qu'il introduise ici la ''technê'' poétique avec un prudent ''pou'' (« je suppose ») : « ποιητικὴ γάρ πού ἐστιν τὸ ὅλον » (532c7-8), « car il y a, je suppose, un art poétique comme un tout ». Ce ''pou'' n'est pas anodin. Rijksbaron, suivi par d'autres, estime que la ''technê'' poétique n'est introduite ici qu{{'}}''argumenti causa'', pour les besoins de la démonstration, sans que Platon lui reconnaisse d'existence effective. Cette lecture est cohérente avec l'ensemble du dialogue et elle est commune aujourd'hui, mais on peut aussi, plus prudemment, y voir une simple réserve rhétorique.
Socrate multiplie alors les exemples de ''technai'' réelles où le principe s'applique :
* La peinture (532e-533a) : existe-t-il quelqu'un d'expert sur Polygnote seul, capable d'expliquer ses réussites et ses échecs, mais qui reste « sans voix, endormi et sans rien à dire » devant les autres peintres ? Non, bien sûr.
* La sculpture (533b) : même démonstration avec Dédale de Métion, Épeios de Panopée, Théodore de Samos.
* La musique, flûte, cithare, chant à la cithare (533b-c) : même principe ; personne n'est expert d'Olympos ou de Thamyras seulement.
* La rhapsodie elle-même (533c) : personne n'est expert de Phémios (le rapsode ithacien de l{{'}}''Odyssée'') seul et incapable de juger Ion d'Éphèse.
Chaque exemple renvoie à des figures réelles, mythiques ou historiques, et évoque un domaine entier où le principe est évidemment valide. Socrate souligne qu'« il importe peu que l'on prenne ''telle ou telle'' ''technê'' comme illustration : la même méthode d'examen vaudra pour toutes les ''technai'' » (532d-e).
La conclusion de ce mouvement est la suivante : si la poésie était une ''technê'', son expert serait capable de juger tous les poètes également. Or Ion ne peut parler bien que d'Homère. Donc, ou bien la poésie n'est pas une ''technê'', ou bien Ion n'est pas un expert. En prenant la ''poiêtikê'' comme tout, Socrate tend à unir, dans un même objet d'analyse, composition (le poète) et interprétation (le rapsode). L'examen dialectique paraît englober toute la chaîne.
=== 533c : l'aveu d'Ion et la demande d'explication ===
Ion, rendu perplexe (« je ne peux te contredire sur ce point »), revient cependant à sa conviction : « Je suis conscient que sur Homère je parle mieux que quiconque… et tous les autres disent que je parle bien. Mais regarde ce que cela signifie ». Cette demande d'éclaircissement marque la transition vers la partie centrale.
Socrate n'insiste pas sur la réfutation dialectique. Il offre à Ion une forme de consolation, dont le statut est précisément l'un des points les plus débattus du dialogue : si l'on suit Rijksbaron ou Aguirre, c'est une consolation empoisonnée, une apparente promotion qui se révèle être, au fil du développement, une disqualification ; si l'on suit Murray ou Stern-Gillet, la doctrine que Socrate va développer peut être prise plus au sérieux qu'on ne le dit, ou à tout le moins comporter une ambivalence. La question mérite d'être posée dès ce seuil, car elle engage la lecture de toute la section centrale.
== III. Partie centrale (533c-536d) : l{{'}}''enthousiasmos'' et la chaîne magnétique ==
=== 533c-534e : la métaphore de la pierre magnétique ===
Socrate annonce : « Je vais te montrer de quoi il s'agit » (''erchomai ge soi apophanoumenos''). Ce qui permet à Ion de bien parler d'Homère ne serait pas une ''technê'' mais une « puissance divine » (''theia dynamis'', 533d3). Socrate développe alors l'une des métaphores les plus célèbres de l'œuvre platonicienne.
La pierre qu'Euripide appelait « Magnésienne » (fragment 571 Nauck, tiré de l{{'}}''Oineus'') et que la plupart appellent « Héraclée », la pierre aimantée, non seulement attire les anneaux de fer, mais leur transmet sa propre force d'attraction, si bien qu'ils peuvent à leur tour attirer d'autres anneaux, formant une chaîne. De même la Muse, directement (''autê'', « par elle-même », et non par quelque intermédiaire technique), rend les poètes ''entheoi'' (« inspirés », littéralement « qui ont le dieu en eux ») et, à travers ces inspirés, fait de toute une ligne d'autres personnes des ''enthousiazontes''.
Le passage est d'une grande densité sémantique. Les verbes ''artaô, anartaô, exartaô'' (« pendre, être suspendu ») disent la dépendance du poète à l'égard de la source divine. La syntaxe elle-même, comme le suggère Omert Schrier (cité par Rijksbaron), adopte un rythme qui imite presque iconiquement le frémissement corybantique. Il existe enfin une distinction sémantique fine, mais significative, entre ''entheoi'' (les poètes, qui ''ont'' le dieu en eux) et ''enthousiazontes'' (les rapsodes et spectateurs, que l'inspiration reçue par transmission met en mouvement).
La description, si on la prend à la lettre, rompt avec une part importante de la tradition poétique grecque. Comme le souligne von der Walde, les poètes archaïques, Homère, Hésiode, Pindare, ne se présentent pas, dans leurs propres textes, comme passifs et possédés. L'invocation aux Muses chez Homère (''Iliade'' II, 480-492) ou Hésiode (''Théogonie'' 104-115) n'implique pas, à première vue, extase ou perte de [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]]. C'est Platon qui, dans l{{'}}''Ion'', les ''Lois'' (719c) et le ''Phèdre'', articule fortement l'image du poète à la figure du ''mainomenos'' (fou), du ''mantis'' en transe, de la Pythie sur son trépied. Le « ''palaios mythos'' » dont parlent les ''Lois'' est, selon plusieurs interprètes, plus une reconstruction platonicienne qu'une tradition ancienne attestable. Reste que d'autres sources archaïques (certains hymnes, certains fragments lyriques) peuvent être lues dans le sens d'une continuité partielle : le dossier n'est pas entièrement à sens unique.
=== 534a-b : poètes lyriques, corybantes, bacchantes ===
Socrate élargit l'analyse aux poètes lyriques (''melopoioi''). Ceux-ci ne composeraient pas leurs beaux vers quand ils sont ''emphrones'' (dans leur bon sens), mais seulement quand ils sont « entrés dans l'harmonie et dans le rythme ». Les comparaisons s'accumulent : les corybantes ne dansent pas quand ils sont dans leur bon sens, les bacchantes ne tirent du miel et du lait des fleuves que quand elles sont possédées.
Le jeu phonétique est savant : ''melopoioi'' (534a1, a6) résonne avec ''melê'' (chants, 534a2), ''meli'' (miel, 534a5) et ''melirryton'' (qui coule comme du miel, 534b1). Le tissage sonore renforce l'analogie et tend à dissoudre les frontières conceptuelles entre poètes, corybantes et bacchantes.
Socrate livre alors l'une des définitions les plus fameuses de l{{'}}''Ion'' : le poète est « chose légère, ailée et sacrée » (''kouphon… ptênon… hieron''), « incapable de composer avant d'être inspiré, hors de lui et qu'en lui il n'y ait plus de [[Manuel de terminale de philosophie/Raison|raison]] » (534b). La métaphore de l'abeille, commune dans la tradition poétique grecque (Pindare, Bacchylide, Callimaque, Euripide), est reprise : le poète butine les sources et les jardins des Muses, ce qui évoque simultanément la douceur du chant et la dépossession, ''kouphon'' peut aussi signifier « vide ». Les ailes et le vol rapprochent le poète du chamane. Toute cette imagerie oriente vers l'idée que l'activité poétique ne résulterait pas d'un savoir, mais d'un don divin exceptionnel et transitoire. Le verdict est posé en 534c1 et répété en 535a4 : c'est par ''theia moira'' (« allotissement divin ») que les poètes font ce qu'ils font, ''ou technêi'' (« non par art »).
On notera la quasi-équivalence, dans ce passage, des termes ''theia dynamis'' (533d3), ''theia moira'' (534c1, 535a4), ''katokochê'' (« possession », 533e7) et ''enthousiasmos'' (533e5, 535c2, 536b3). Platon accumule les expressions synonymes pour souligner le caractère non rationnel de l'activité poétique, ce qui ne préjuge pas encore de la valeur finale qu'il accorde à cette inspiration.
=== 534c-535a : les exemples confirmants ===
Socrate illustre alors son propos par trois considérations :
# Spécialisation des inspirations : chaque poète n'est capable de bien composer que dans le genre où la Muse l'a poussé, dithyrambes, encomiums, hyporchèmes, épopées, iambes. « Dans les autres genres, il est nul ». La diversité des talents poétiques trahirait ainsi leur origine divine : si c'était une ''technê'', un poète devrait pouvoir exceller en tous genres.
# Tynnichos de Chalcis (534d) : preuve la plus belle, dit Socrate. Ce poète par ailleurs médiocre (''phaulotatos poiêtês'') a composé un péan en l'honneur d'Apollon que tout le monde chante encore et qui est « presque la plus belle de toutes les chansons ». Il le disait lui-même : « une invention des Muses ». Le cas illustrerait que le dieu parle à travers les poètes, comme l'oracle, précisément pour que les hommes sachent que ces beaux poèmes ne sont pas humains (''ouk anthrôpina''), mais divins (''theia''), les poètes n'étant que des ''hermêneis tôn theôn'' (« interprètes des dieux »), chacun possédé par le dieu qui l'a pris. On observe ici que le terme ''hermêneus'' s'est déjà déplacé par rapport à l'usage initial (530c) : il ne désigne plus celui qui ''explique'' le texte, mais celui qui ''transmet passivement'' le message divin.
# L'unicité rhapsodique d'Ion : c'est pour cette raison que le dieu, par dessein, chanterait les plus beaux vers à travers le poète le plus médiocre, pour que nul n'attribue les œuvres divines à un talent proprement humain.
Ion, à ce point, avoue être « touché » par les paroles de Socrate (535a2). Il concède : « Les bons poètes nous transmettent par ''theia moira'' ces choses qui viennent des dieux ». Et quand Socrate lui demande si les rapsodes ne sont pas, eux aussi, les interprètes des poètes, Ion acquiesce. La formule qu'il accepte a un poids considérable : les rapsodes sont « ἑρμηνέων ἑρμηνῆς » (535a8), « des interprètes d'interprètes ». Selon la lecture qu'on retient, cette formule peut marquer soit l'effondrement de la position d'Ion (il ne serait plus qu'un maillon passif dans une chaîne d'ignorance transitoire), soit, de façon plus ambivalente, l'indication que l'activité rhapsodique trouve son sens ailleurs que dans la possession d'une ''technê'', sans être pour autant insignifiante. Penelope Murray, par exemple, tient que le passage central a une tonalité partiellement « élogieuse » (''eulogistic''), même s'il retire aux poètes la ''technê'' traditionnellement reconnue.
=== 535b-d : l'état mental du rapsode ===
Socrate pose alors la question : quand Ion récite Homère, Ulysse sautant sur le seuil, Achille s'élançant contre Hector, les lamentations d'Andromaque, d'Hécube, de Priam, est-il ''dans son bon sens'' (''emphrôn'') ou ''hors de lui'' (''exô heautou''), son âme s'imaginant dans les événements qu'il narre ?
Ion avoue sans détour : « Quand je récite quelque chose de pitoyable, mes yeux se remplissent de larmes ; quand c'est effrayant ou terrible, mes cheveux se dressent et mon cœur palpite ». Cette description recoupe ce que Gorgias avait décrit dans l{{'}}''Éloge d'Hélène'' (§9), et elle n'est pas très éloignée, dans la lettre, de ce qu'[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] nommera plus tard ''catharsis'' par ''eleos'' et ''phobos'', même si Platon et Aristote évaluent ces mêmes phénomènes de manière diamétralement opposée.
Socrate pousse alors l'argument (535d) : peut-on être ''emphrôn'' quand, orné d'une étoffe bariolée et de couronnes d'or, on pleure pendant des sacrifices et des fêtes solennelles sans rien avoir perdu, ou qu'on a peur au milieu de ''vingt mille personnes'' (''dismyrioi'', chiffre peut-être hyperbolique) qui ne sont pas du tout hostiles ? La disproportion entre la situation objective (spectacle avec couronne d'or) et la réaction affective (larmes, tremblements) tend à montrer que le rapsode est ''ekphrôn'', hors de sa raison.
=== 535d-536d : le spectateur, dernier anneau ===
Socrate montre ensuite que l'état du rapsode se transmet aux spectateurs. Ion le confirme : « Je les vois, du haut de l'estrade, pleurant et me regardant terrifiés, stupéfaits de ce que j'énonce… Car il faut que je leur prête grande attention : s'ils pleurent, je rirai en touchant l'argent ; s'ils rient, c'est moi qui pleurerai pour l'argent perdu ». Le mercantilisme avoué d'Ion, qui rappelle l{{'}}''Hippias Majeur'' 282b-283b et constitue, aux yeux de Platon, un trait commun aux rapsodes et aux sophistes, n'arrange pas sa position. Surtout, Ion décrit l'effet de contagion affective qu'il produit.
Socrate peut alors donner sa forme finale à la métaphore (535e-536a) :
{| class="wikitable"
! Anneau !! Occupant
|-
| Premier anneau || Le poète (Homère)
|-
| Anneau intermédiaire || Le rapsode-acteur (Ion)
|-
| Dernier anneau || Le spectateur
|}
La divinité, à travers tous, « attire l'âme des hommes là où elle veut ». Chaque dieu suscite une chaîne propre : Orphée attire les uns, Musée les autres, Homère la plupart. Ion est possédé par Homère, ce qui expliquerait pourquoi il ne peut bien parler que de lui, et reste « sans voix » devant les autres poètes (536b-c). Même les corybantes ne sont sensibles qu'à la mélodie du dieu qui les possède.
La conclusion, en 536c-d, est nette : « Ce n'est pas par une ''technê'', mais par ''theia moira'' que tu es un formidable louangeur d'Homère ». Ion ne serait donc pas un technicien de la poésie. Que cela constitue, comme le pense la tradition interprétative majoritaire, une disqualification radicale, ou comme d'autres le soutiennent, une caractérisation plus ambivalente, c'est un point sur lequel on peut encore débattre.
== IV. Troisième partie (536d-541e) : retour à la ''technê'' par l'examen des passages ==
=== 536d-537a : le refus d'Ion et la transition ===
Ion, touché dans sa dignité professionnelle, refuse pourtant la description que Socrate fait de lui. Il ne peut croire qu'il est « hors de lui ou possédé ». Il invite Socrate à venir l'écouter en personne. Socrate esquive une fois encore l{{'}}''epideixis'' et propose une nouvelle question préalable, c'est la troisième partie qui s'ouvre.
La stratégie de cette partie est de reprendre l'hypothèse de la ''technê'' rhapsodique comme si elle était encore vraie, pour en examiner concrètement le contenu. Si Ion est expert de tout ce que dit Homère, sur quoi précisément est-il expert ? Socrate va parcourir une série de passages homériques en demandant, pour chacun, quelle ''technê'' particulière est compétente pour en juger.
=== 537a-c : le passage de l'aurige (Nestor à Antilocos) ===
Socrate se propose de citer un passage sur l'art de l'aurige, mais Ion l'interrompt pour le réciter lui-même : il s'agit d{{'}}''Iliade'' XXIII, 335-340, les conseils de Nestor à son fils Antilocos pour prendre le tournant dans la course funèbre en l'honneur de Patrocle. Question : qui jugera le mieux si Homère dit cela correctement, un médecin ou un aurige ? Ion concède : l'aurige, « parce qu'il possède cet art ».
Socrate formule alors le principe de spécialisation des ''technai'' (537c-d) : « À chaque art n'a-t-il pas été accordé par la divinité la fonction de connaître un objet déterminé ? Car ce que nous connaissons par l'art du pilote, nous ne le connaissons pas par celui du médecin ». Le principe s'applique à toutes les ''technai'' (''kata pasôn tôn technôn''). La différence entre les ''technai'' repose sur la différence des objets connus : à objets différents, ''technai'' distinctes ; à même objet, même ''technê'' (illustration : l'arithmétique, par laquelle Socrate et Ion savent tous deux qu'il y a cinq doigts à la main).
Corollaire (538a-b) : celui qui ne possède pas une ''technê'' n'est pas capable de juger ce qui est dit ou fait selon cette ''technê''. Par conséquent, pour le passage sur la course de chars, c'est l'aurige qui juge, non Ion. La distinction est cruciale : posséder la ''technê'' rhapsodique, si elle existe, n'est pas posséder la ''technê'' de l'aurige. Le rapsode est expert ''en tant que rapsode'', non en tant qu'aurige.
On peut signaler ici une objection connue, formulée notamment par Goethe : à la question de savoir si l'aurige ou le poète juge mieux ce que Nestor dit à Antilocos, on pourrait soutenir que le poète juge mieux, ''en tant que poète'', car l'aurige saurait seulement si Homère dit des choses techniquement exactes, tandis que le poète saurait si Homère les dit ''de manière convenable'' pour sa fiction. L'argument socratique suppose en réalité qu'il n'y a pas de critère proprement poétique distinct des critères techniques. Pour qui n'accorde pas cette prémisse, une partie de la démonstration perd de sa force.
=== 538b-d : le médecin, le pêcheur ===
Socrate enchaîne les exemples :
* Le médecin (538b-c) : le passage où Hécamède verse au blessé Machaon une boisson de vin pramnien avec du fromage de chèvre râpé (''Iliade'' XI, 639-640). Qui juge ? La médecine, pas la rhapsodie.
* Le pêcheur (538d) : le passage où un plomb descend dans l'eau « pour apporter malheur aux poissons voraces » (''Iliade'' XXIV, 80-82). Qui juge ? La pêche, pas la rhapsodie.
=== 538e-539d : le devin et l'élargissement de la liste ===
Socrate anticipe avec une ironie fine qu'Ion pourrait lui demander si la ''technê'' du devin fait aussi partie de celles capables de juger Homère. Oui, répond-il, et il cite deux exemples :
* La prophétie du devin Théoclymène, descendant de Mélampous, aux prétendants dans l{{'}}''Odyssée'' XX, 351-357 (« Malheureux ! Quel mal vous frappe ? ») ;
* L'augure du combat où un aigle porte un serpent vivant sur l'armée troyenne, en ''Iliade'' XII, 200 et suiv.
Le mouvement est révélateur : à mesure que Socrate parcourt la poésie homérique, il indique que ''chaque passage'' relève de la compétence d'une ''technê'' particulière ''autre que la rhapsodie''. Le rapsode n'est expert ni en conduite de char, ni en médecine, ni en pêche, ni en divination. Que reste-t-il, alors, à la ''technê'' rhapsodique ?
=== 539e-540b : la question inverse ===
Socrate retourne la question à Ion : puisque tu es plus expérimenté que moi en matière homérique, dis-moi toi-même quels sont les passages qui concernent spécifiquement le rapsode et sa ''technê'', ceux qu'il lui revient, à lui plus qu'à tout autre, d'examiner et de juger.
Ion répond avec grandiloquence : « Tous, Socrate ». Socrate pointe immédiatement la contradiction : l'ordre vient d'être établi qu'à ''technê'' distincte correspond objet distinct ; Ion a reconnu que la ''technê'' rhapsodique était distincte des autres ; donc elle ne peut pas connaître ''tous'' les objets. Ion se rétracte : « Tous sauf, peut-être, ces choses-là », c'est-à-dire, précise Socrate, « à peu près tout ce qui concerne les ''autres technai'' ».
Ion tente alors une formulation plus étroite (540b) : ce que le rapsode connaîtrait, ce serait « les choses qui conviennent à un homme, à une femme, à un esclave, à un libre, à un gouverné, à un gouvernant ». Mais Socrate démonte cette défense en série : ce qui convient de dire à un pilote dans la tempête, le pilote le sait mieux ; ce qui convient au malade, le médecin le sait mieux ; à l'esclave bouvier face à un bœuf enragé, le bouvier le sait mieux ; à la fileuse sur le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] de la laine, la fileuse le sait mieux…
=== 540d-541c : le repli sur le général (''stratêgos'') ===
Acculé, Ion joue alors une dernière carte : le rapsode connaîtrait ce qui convient de dire à un général qui harangue ses soldats. Socrate feint la surprise : « L'art du rapsode serait-il donc celui du général ? » Ion affirme qu'il connaîtrait effectivement ce qui convient à un général, et Socrate rétorque : « Alors tu es peut-être aussi doué pour la stratégie, Ion ». La question suit : quand tu distingues les bons chevaux, le fais-tu en tant que cavalier ou en tant que citharède ? En tant que cavalier. Mais, pour les affaires militaires, les connais-tu en tant que bon rapsode ou en tant que général ?
Ion s'égare : « Il me semble qu'il n'y a pas de différence ». Socrate resserre la prise : « Comment, pas de différence ? L'art du rapsode et celui du général sont-ils un seul art, ou bien deux ? », « Il me semble que c'est un seul art ». Socrate en tire alors la conclusion (541a) : tout bon rapsode est donc bon général, et inversement. Ion accepte la première implication mais refuse la seconde, il pense donc que le bon rapsode est nécessairement bon général, mais que le bon général n'est pas nécessairement bon rapsode.
Cette dissymétrie éclaire la structure de la croyance d'Ion : pour lui, le critère fondamental du savoir semble être l'habileté rhétorique et l'effet émotionnel sur l'auditoire. Puisque le général doit galvaniser ses hommes, et que le rapsode maîtrise cet art, le rapsode englobe le général, mais pas l'inverse. Ion confond alors la performance discursive avec la compétence pratique : le général sur le champ de bataille doit connaître les manœuvres, le terrain, l'ennemi, la logistique, et non seulement exhorter.
Socrate pousse l'argument à son terme (541b) : puisque Ion est le meilleur rapsode de Grèce, il serait donc aussi le meilleur général de Grèce. Pourquoi alors ne commande-t-il pas des armées ? Parce que, répond Ion à côté de la question, sa cité (Éphèse) est sous tutelle athénienne et n'a pas besoin de général, et ni les Athéniens ni les Lacédémoniens ne le choisiraient, pensant se suffire à eux-mêmes.
Socrate, ironique, renverse alors cet argument (541c-d) en citant des généraux ''étrangers'' que les Athéniens ont effectivement élus, Apollodore de Cyzique, Phanosthène d'Andros, Héraclide de Clazomènes. Éphèse n'est pas une cité inférieure, et les Éphésiens sont Athéniens par origine (cf. Strabon, XIV, 1 ; Pausanias, VII, 2, 5). Les Athéniens pourraient très bien élire Ion d'Éphèse s'il était vraiment un bon général.
Le choix du ''stratêgos'' comme ''technê'' ultime n'est pas indifférent : cette fonction est élective à Athènes (contrairement à la plupart des magistratures, tirées au sort), ce qui suppose que les citoyens identifient le savoir militaire comme un savoir ''réel'', vital pour la survie de la polis. Hors du théâtre où Ion manipule les émotions du public, la pratique politique concrète paraît reposer sur une distinction implicite entre savoir effectif et performance rhétorique. Goethe jugeait sévèrement la « méchanceté proprement aristophanesque » de ce passage ; d'autres commentateurs y voient au contraire l'un des arguments décisifs du dialogue, en ce qu'il oblige Ion à choisir entre un savoir sérieux et une simple pose.
=== 541e : la rupture du dialogue ===
Socrate rompt alors le dialogue avec le « ἀλλὰ γάρ », « mais en réalité ». Ce marqueur, comme le souligne Rijksbaron, est particulièrement abrupt : Socrate se prive lui-même de la possibilité de continuer à questionner Ion, pour passer au résumé conclusif. Le ton se raidit. L'emploi de l'indicatif conditionnel (''ei alêthê legeis'', « si tu dis la vérité ») marque un scepticisme manifeste.
== V. Épilogue (541e-542b) : le dilemme final ==
=== 541e-542a : l'accusation ===
Socrate formule directement son accusation. Ion est ''adikos'' (injuste) : il a promis une ''epideixis'' sur Homère (530d4-5), il a prétendu posséder une connaissance à prétention universelle, il a maintenu qu'il ''connaissait beaucoup de belles choses'' sur le poète, mais il n'a cessé d'esquiver la démonstration que Socrate lui réclamait. Comme Protée, le dieu marin de l{{'}}''Odyssée'' IV (capture par Ménélas aux vers 384-461), dont la capacité de métamorphose est proverbiale, et que Platon utilise dans l{{'}}''Euthydème'' 288b-c pour critiquer les sophistes, Ion prend mille formes, « va de haut en bas », jusqu'à se présenter comme général pour ne pas avoir à montrer en quoi il est « habile dans la sagesse homérique ».
L'analogie protéenne prend ici tout son sens. Protée change de forme pour échapper à qui voudrait lui arracher la vérité. Ion, de même, change d'identité professionnelle, rapsode, juge de ''technai'', conseiller de rôles sociaux, général, pour ne pas avoir à produire le contenu positif de sa ''technê''. On peut suivre Aguirre lorsqu'il voit dans cette figure l'image d'un savoir sans identité stable, dont la consistance n'excède pas le temps du spectacle.
=== 542a-b : l'alternative ===
Socrate pose alors la dichotomie finale, dans une construction conditionnelle rigoureuse :
* Si Ion possède une ''technê'' (''ei men… technikos ôn'') et ne l'a pas montrée, alors il ment et il est injuste (''adikos'') envers Socrate.
* Si Ion ne possède pas de ''technê'' (''ei de mê technikos ei'') mais est « possédé par Homère par ''theia moira'' » et dit sans savoir beaucoup de belles choses, alors il n'est pas injuste.
« Choisis donc ce que tu préfères qu'on te considère : homme injuste ou homme divin (''adikos anêr einai ê theios'') ».
La structure du dilemme est exemplaire de l'ironie socratique. Formellement, elle offre un choix. Mais les deux termes ne sont pas équivalents dans le lexique du dialogue :
* Être ''technikos'' supposerait que l'on possède un savoir authentique, or Ion vient de reconnaître, passage après passage, qu'il n'en a aucun clairement identifiable. Choisir cette branche supposerait d'admettre une certaine imposture.
* Être ''theios'' sonne flatteusement, mais c'est, dans le lexique platonicien tel qu'il s'est déployé dans l{{'}}''Ion'', proche d{{'}}''ekphrôn'' : possédé, sans savoir, simple canal. La noblesse apparente peut ainsi dissimuler, pour qui relit tout le dialogue, un statut de médiateur passif.
Ion tranche : « Il y a une grande différence, Socrate : il est bien plus beau d'être considéré divin ». Socrate conclut : « Eh bien, le plus beau est à ton actif : tu es, selon nous, un louangeur d'Homère parce que tu es divin et non technicien (''theios kai mê technikos'') ». Les derniers mots font écho aux premiers vrais mots de Socrate après le prologue (530b5-11) : l'inclusion est soignée, le dialogue a fait le tour de la question.
Le qualificatif « ''par' hêmin'' » (« auprès de nous », 542b3) que Socrate ajoute mérite attention. Il indique que cette reconnaissance est conditionnelle, relative au point de vue de Socrate et de son petit cercle. On peut, avec Penelope Murray, voir dans cette précision la marque d'une réserve ironique : l'idée qu'Ion soit inspiré serait, ''aux yeux de Socrate'', une hypothèse de travail plutôt qu'une conviction pleine. L{{'}}''ho Iôn'' solennel du début peut ainsi devenir ''theios Iôn'', mais dans un sens qui n'est pas nécessairement celui qu'Ion lui-même entend.
== VI. La portée philosophique du dialogue ==
=== 1. La dualité structurante : ''technê'' et ''enthousiasmos'' ===
L'architecture conceptuelle du dialogue repose sur l'opposition entre deux modèles du savoir :
* La ''technê'' est rationnelle, communicable, spécifique à un domaine d'objets, et implique la capacité de rendre raison de son savoir (''logon didonai''). Elle est le modèle du savoir véritable que Platon thématisera pleinement dans le ''Gorgias'' et la ''République''.
* L{{'}}''enthousiasmos'' (ou ''theia moira'', ou ''theia dynamis'') est non rationnel, opaque, transitoire, imprévisible, et ne se transmet pas par enseignement. Il produit des effets, parfois de beaux poèmes, mais ne constitue pas, dans les termes du dialogue, un savoir.
Cette opposition est structurante. Les parties I et III (réfutation par la ''technê'') encadrent le noyau central (description de l{{'}}''enthousiasmos''). En ne laissant à Ion, au bout du compte, que l{{'}}''enthousiasmos'', le dialogue tend à placer l'activité poétique en marge de ce qu'il nomme savoir rationnel.
Aristote contredira ce point de vue dans la ''Poétique'' (1460b14-15) : « la rectitude de la politique et celle de l'art poétique ne sont pas la même, ni celle d'un autre art et celle de l'art poétique ». Pour le Platon de l{{'}}''Ion'' au moins, en revanche, la poésie, tant qu'elle est rapportée à l{{'}}''enthousiasmos'', semble ne pas pouvoir fournir de fondement à la pédagogie du citoyen. Reste que ce jugement n'épuise pas nécessairement la pensée platonicienne sur la poésie : le ''Phèdre'' (245a) distingue plusieurs formes de ''mania'' et accorde à l'inspiration poétique une place positive, ce qui invite à lire l{{'}}''Ion'' moins comme un dernier mot que comme une pièce d'un ensemble plus mobile.
=== 2. L'enjeu éducatif et politique ===
Le dialogue ne se réduit pas à une querelle esthétique. L'enjeu porte sur le modèle d'éducation du citoyen grec. La culture grecque traditionnelle repose en partie sur la ''paideia'' homérique : on apprend à vivre en mémorisant, chantant, interprétant les poèmes épiques, considérés comme dépositaires du savoir éthique, politique, militaire, religieux. Les rapsodes, et surtout les poètes, prétendent être les pédagogues du peuple.
En déniant à la poésie le statut de ''technê'', le dialogue tend à contester aux poètes et rapsodes ce droit pédagogique. Si Homère ne possède aucun savoir véritable, ni en médecine, ni en stratégie, ni en gouvernement, ni en éducation, alors il ne peut guider le citoyen vers l'excellence morale. Ce thème sera repris et systématisé dans la ''République'' X, 599b-e, où Socrate demande à Homère : « Quelle guerre se rappelle-t-on qu'il ait bien conduite ? Quelle cité a-t-il fondée ? Quelle loi a-t-il donnée ? » Aucune. L{{'}}''Ion'' peut donc être lu, de ce point de vue, comme une anticipation de la critique plus large développée dans la ''République''.
La métaphore de la chaîne magnétique peut, sous cet angle, être lue comme portant un diagnostic politique. L'unité qu'elle décrit serait précaire : elle naît dans le moment du spectacle, s'évanouit à sa fin ; elle homogénéise les différences individuelles et sociales ; elle repose sur la connexion des émotions ; elle suspend, pour un temps, l'autonomie rationnelle. À cette unité que l'on peut appeler liturgique, Platon oppose, non dans l{{'}}''Ion'' lui-même, mais dans l'ensemble de son œuvre, une unité plus durable, celle qu'assure selon lui l'examen philosophique. Il faut se garder, pour autant, de faire dire au seul ''Ion'' ce qui n'apparaît clairement que dans la ''République''.
=== 3. La figure du rapsode comme intermédiaire compromis ===
Le choix de faire dialoguer Socrate avec un rapsode plutôt qu'avec un poète n'est pas anodin. Le rapsode cumule deux fonctions problématiques :
* il est récitant, avec une dimension émotionnelle et collective ;
* il est interprète (exégète), avec une prétention à éclairer le texte.
Cette double fonction permet à Platon d'étendre la critique : en visant le rapsode, il atteint à la fois la performance publique de la poésie et la prétention interprétative (notamment les interprétations allégoriques évoquées en 530c-d, celles de Métrodore de Lampsaque, Stésimbrote de Thasos, Glaucon). Dans une culture largement orale, poète et rapsode constituent deux moments inséparables du même processus poétique, ce que la métaphore de la chaîne magnétique représente par les anneaux successifs.
Le rapsode apparaît par ailleurs comme un parent des sophistes : vie itinérante, exhibitions rémunérées (''epideixis''), culte de la performance oratoire, relation mercenaire au public. Dans l{{'}}''Hippias Mineur'' et l{{'}}''Hippias Majeur'', Platon tisse explicitement cette connexion.
=== 4. L{{'}}''hermêneus'' et la question de la médiation ===
La notion d{{'}}''hermêneus'' mérite attention. Au début du dialogue (530c), le rapsode est ''hermêneus'' au sens d{{'}}interprète qui explique, commente, éclaire la pensée du poète. Dans la partie centrale (534e, 535a), le terme se déplace : les rapsodes deviennent ''hermêneis hermêneôn'', « interprètes d'interprètes », c'est-à-dire simples intermédiaires d'un message dont ni eux ni les poètes ne sont les auteurs. La médiation herméneutique active tend à se transformer en transmission passive. Ce glissement du même mot trace, à lui seul, une bonne partie de la trajectoire argumentative du dialogue.
Il soulève, accessoirement, une question générale : peut-on comprendre un texte dont on ne partage pas le savoir, dont on n'est pas soi-même l'auteur ? Le Socrate de l{{'}}''Ion'' semble répondre que l'interprétation authentique suppose la possession d'une ''technê'' sur le contenu interprété. D'autres dialogues, et d'autres traditions interprétatives, donneront des réponses différentes.
=== 5. La dimension comique et l'ironie ===
L{{'}}''Ion'' a aussi une dimension comique assumée. Aguirre rapproche Ion du type de l{{'}}''alazôn'' (le fanfaron qui se donne pour plus qu'il n'est) et Socrate de l{{'}}''eirôn'' (celui qui se diminue) de la comédie ancienne. L'opposition est adoucie par Platon : Ion n'est pas un rustre grotesque, il est affable et sincèrement intéressé par la conversation ; Socrate n'est ni sarcastique ni humiliant, et reste dans le registre de son ironie habituelle. Le comique naît des décalages, la solennité du salut initial, la vanité d'Ion, l'absurde du raisonnement sur la stratégie, la grandiloquence du « Tous, Socrate ! » face à la demande de préciser une compétence. Cette tonalité comique n'est pas étrangère à la gravité philosophique : elle en est souvent, chez Platon, un vecteur.
=== 6. Poésie, vérité, mensonge ===
L{{'}}''Ion'' effleure enfin la question, qui sera pleinement thématisée dans la ''République'' II (376c-383c), du rapport entre poésie et vérité. Si le poète inspiré ne sait pas ce qu'il dit, il ne peut être tenu pour garant de la vérité de son discours. La poésie peut être belle sans être vraie au sens fort que Platon accorde à ce mot. Elle produit des effets sur l'âme, des ''pathê'' collectifs, mais ne fait pas nécessairement connaître. C'est sur cette base que la ''République'' II accusera Homère et Hésiode d'avoir propagé de fausses représentations des dieux et de nourrir l'ignorance chez leurs auditeurs. L{{'}}''Ion'', plus modestement, prépare ce terrain sans encore le labourer.
== Conclusion ==
L{{'}}''Ion'', malgré sa brièveté, accomplit plusieurs choses à la fois. En une demi-heure de conversation simulée, Platon :
# expose le statut ambigu de la rhapsodie, pratique culturelle centrale dans l'éducation grecque traditionnelle ;
# élabore l'opposition, qui sera durablement féconde, entre ''technê'' rationnelle et transmissible, d'une part, et ''enthousiasmos'' non rationnel et imprévisible, d'autre part ;
# formule l'une des métaphores les plus durables de la poétique occidentale, la chaîne magnétique de l'inspiration,, que Longin, puis les Romantiques, reprendront ;
# anticipe, sur un mode plus restreint, la critique que le livre X de la ''République'' développera contre la poésie mimétique ;
# met en place un schéma socratique typique, où la réfutation dialectique se double d'une fausse concession qui enferme l'interlocuteur dans une alternative contrainte.
À la fin, Ion choisit d'être « divin ». Selon la lecture majoritaire, il y perd beaucoup : la ''technê'' que l'examen lui a contestée, et une part de la parole autonome que la théorie de l'inspiration lui dénie. Selon une lecture plus retenue, il gagne une place, mineure mais non nulle, dans une économie divine de la parole ; reste à savoir quel prix Platon lui-même attache à cette place. Dans les deux cas, ce qui semble clair, c'est que la parole pleinement responsable tend à se déplacer, dans le dialogue, vers la figure du philosophe.
Ce bref texte, longtemps jugé mineur, apparaît à l'examen comme une pièce articulée du dispositif platonicien, une préparation conceptuelle à la « querelle ancienne » (''palaia diaphora'', ''République'' X, 607b) entre philosophie et poésie, dont il pose les premiers termes sans encore les systématiser.
== Plan récapitulatif des grandes articulations ==
{| class="wikitable"
|-
! Passage !! Contenu
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| 530a-531a || Prologue : rencontre, salutations, présentation de la rhapsodie, question sur l'exclusivité homérique
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| 531a-533c || Première partie : argument du ''tout'', la ''technê'' comme unité de jugement ; exemples (arithmétique, médecine, peinture, sculpture, musique, rhapsodie)
|-
| 533c-534e || Partie centrale I : la pierre magnétique ; les poètes ''entheoi'' ; comparaison avec les corybantes et les bacchantes ; Tynnichos de Chalcis
|-
| 534e-536d || Partie centrale II : les trois anneaux (poète, rapsode, spectateur) ; l'émotion rhapsodique ; conclusion sur la ''theia moira''
|-
| 536d-538d || Troisième partie I : principe de spécialisation des ''technai'' ; analyse des passages (aurige, médecin, pêcheur)
|-
| 538d-540b || Troisième partie II : le devin ; retour à Ion et sa prétention universelle ; repli sur « ce qui convient à chacun »
|-
| 540b-541c || Troisième partie III : l'art du général ; raisonnement par l'absurde ; les généraux étrangers
|-
| 541c-542b || Épilogue : rupture du dialogue ; analogie protéenne ; dilemme final ; choix d'Ion
|}
== Bibliographie ==
=== Éditions, traductions et commentaires ===
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Ὧς ὁ μὲν ἔνθ᾽ ἠρᾶτο πολύτλας δῖος Ὀδυσσεύς,
κούρην δὲ προτὶ ἄστυ φέρεν μένος ἡμιόνοιιν.
Ἡ δ᾽ ὅτε δὴ οὗ πατρὸς ἀγακλυτὰ δώμαθ᾽ ἵκανε,
στῆσεν ἄρ᾽ ἐν προθύροισι, κασίγνητοι δέ μιν ἀμφὶς
ἵσταντ᾽ ἀθανάτοις ἐναλίγκιοι, οἵ ῥ᾽ ὑπ᾽ ἀπήνης
ἡμιόνους ἔλυον ἐσθῆτά τε ἔσφερον εἴσω.
Αὐτὴ δ᾽ ἐς θάλαμον ἑὸν ἤιε· δαῖε δέ οἱ πῦρ
γρῆυς Ἀπειραίη, θαλαμηπόλος Εὐρυμέδουσα,
τήν ποτ᾽ Ἀπείρηθεν νέες ἤγαγον ἀμφιέλισσαι·
Ἀλκινόῳ δ᾽ αὐτὴν γέρας ἔξελον, οὕνεκα πᾶσιν
Φαιήκεσσιν ἄνασσε, θεοῦ δ᾽ ὣς δῆμος ἄκουεν·
ἣ τρέφε Ναυσικάαν λευκώλενον ἐν μεγάροισιν.
Ἥ οἱ πῦρ ἀνέκαιε καὶ εἴσω δόρπον ἐκόσμει.
Καὶ τότ᾽ Ὀδυσσεὺς ὦρτο πόλινδ᾽ ἴμεν· ἀμφὶ δ᾽ Ἀθήνη
πολλὴν ἠέρα χεῦε φίλα φρονέουσ᾽ Ὀδυσῆι,
μή τις Φαιήκων μεγαθύμων ἀντιβολήσας
κερτομέοι τ᾽ ἐπέεσσι καὶ ἐξερέοιθ᾽ ὅτις εἴη.
Ἀλλ᾽ ὅτε δὴ ἄρ᾽ ἔμελλε πόλιν δύσεσθαι ἐραννήν,
ἔνθα οἱ ἀντεβόλησε θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη,
παρθενικῇ ἐικυῖα νεήνιδι, κάλπιν ἐχούσῃ.
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Le divin et intrépide Ulysse suppliait ainsi la déesse Minerve: Nausica arrive à la ville sur le chariot traîné par de fortes mules. Lorsque cette jeune fille est devant la superbe demeure de son père, elle s'arrête sous les portiques. Les frères de Nausica, semblables aux dieux, s'empressent autour d'elle ; les uns détellent les mules du chariot, les autres portent les riches vêtements dans l'intérieur du palais, et Nausica se dirige vers ses appartements. Une vieille femme d'Épire, la suivante Euryméduse, que naguère dix vaisseaux ballottés par les flots amenèrent en cette île, enflamme le bois dans le foyer : les Phéaciens choisirent Euryméduse pour l'offrir en présent au roi Alcinoüs que le peuple écoute comme un dieu ; ce fut elle qui jadis éleva dans le palais la belle Nausica. Maintenant Euryméduse dispose le feu et prépare le repas.
Alors Ulysse se lève pour aller à la ville. Minerve-Pallas chérit ce héros, le couvre d'un épais nuage afin que sur sa route les magnanimes Phéaciens ne puissent ni le railler ni l'interroger. Quand Ulysse est près d'entrer dans cette agréable cité, Minerve, la déesse aux yeux d'azur, marche à sa rencontre sous les traits d'une jeune fille portant une urne ;
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Στῆ δὲ πρόσθ᾽ αὐτοῦ, ὁ δ᾽ ἀνείρετο δῖος Ὀδυσσεύς·
« Ὦ τέκος, οὐκ ἄν μοι δόμον ἀνέρος ἡγήσαιο
Ἀλκινόου, ὃς τοῖσδε μετ᾽ ἀνθρώποισι ἀνάσσει;
καὶ γὰρ ἐγὼ ξεῖνος ταλαπείριος ἐνθάδ᾽ ἱκάνω
τηλόθεν ἐξ ἀπίης γαίης· τῷ οὔ τινα οἶδα
ἀνθρώπων, οἳ τήνδε πόλιν καὶ γαῖαν ἔχουσιν. »
Τὸν δ᾽ αὖτε προσέειπε θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη·
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elle s'arrête devant lui, et Ulysse lui parle en ces termes :
« Ô ma fille, pourrais-tu me conduire dans la demeure du héros Alcinoüs, roi des Phéaciens ? Je suis un malheureux voyageur et je viens d'un pays éloigné. Je ne connais, moi, aucun des hommes qui habitent cette ville et cultivent ces champs. »
La déesse Minerve lui répond :
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« Τοιγὰρ ἐγώ τοι, ξεῖνε πάτερ, δόμον, ὅν με κελεύεις,
δείξω, ἐπεί μοι πατρὸς ἀμύμονος ἐγγύθι ναίει.
Ἀλλ᾽ ἴθι σιγῇ τοῖον, ἐγὼ δ᾽ ὁδὸν ἡγεμονεύσω,
μηδέ τιν᾽ ἀνθρώπων προτιόσσεο μηδ᾽ ἐρέεινε.
Οὐ γὰρ ξείνους οἵδε μάλ᾽ ἀνθρώπους ἀνέχονται,
οὐδ᾽ ἀγαπαζόμενοι φιλέουσ᾽ ὅς κ᾽ ἄλλοθεν ἔλθῃ.
Νηυσὶ θοῇσιν τοί γε πεποιθότες ὠκείῃσι
λαῖτμα μέγ᾽ ἐκπερόωσιν, ἐπεί σφισι δῶκ᾽ ἐνοσίχθων·
τῶν νέες ὠκεῖαι ὡς εἰ πτερὸν ἠὲ νόημα. »
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« Oui sans doute, vénérable étranger, je t'indiquerai la demeure que tu me demandes ; car le palais de mon irréprochable père touche à celui d'Alcinoüs. Mais marche toujours en silence, et je te montrerai le chemin : surtout ne regarde ni n'interroge personne. Les Phéaciens ne sont point favorables aux voyageurs, et ils accueillent sans bienveillance ceux qui viennent des pays lointains. Ces peuples, protégés par Neptune, se fient à leurs navires légers et rapides, et ils sillonnent sans cesse l'immense surface de la mer ; car leurs vaisseaux sont légers comme l'aile et rapides comme la pensée.»
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Ὣς ἄρα φωνήσασ᾽ ἡγήσατο Παλλὰς Ἀθήνη
καρπαλίμως· ὁ δ᾽ ἔπειτα μετ᾽ ἴχνια βαῖνε θεοῖο.
Τὸν δ᾽ ἄρα Φαίηκες ναυσικλυτοὶ οὐκ ἐνόησαν
ἐρχόμενον κατὰ ἄστυ διὰ σφέας· οὐ γὰρ Ἀθήνη
εἴα ἐυπλόκαμος, δεινὴ θεός, ἥ ῥά οἱ ἀχλὺν
θεσπεσίην κατέχευε φίλα φρονέουσ᾽ ἐνὶ θυμῷ.
Θαύμαζεν δ᾽ Ὀδυσεὺς λιμένας καὶ νῆας ἐίσας
αὐτῶν θ᾽ ἡρώων ἀγορὰς καὶ τείχεα μακρὰ
ὑψηλά, σκολόπεσσιν ἀρηρότα, θαῦμα ἰδέσθαι.
Ἀλλ᾽ ὅτε δὴ βασιλῆος ἀγακλυτὰ δώμαθ᾽ ἵκοντο,
τοῖσι δὲ μύθων ἦρχε θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη·
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Minerve ayant ainsi parlé précède le héros qui suit ses pas. — Les Phéaciens, navigateurs illustres, ne l'aperçurent point lorsqu'au milieu d'eux il traversa la ville : Minerve par amour pour Ulysse, l'avait enveloppé d'un nuage céleste. — Le héros, en s'avançant, admire le port rempli de navires égaux, la place publique où s'assemblent les chefs du peuple, les longues et hautes murailles garnies de gigantesques pieux : spectacle admirable à voir. Lorsqu'ils sont arrivés tous deux devant le magnifique palais du roi, la déesse aux yeux d'azur dit à Ulysse :
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« Οὗτος δή τοι, ξεῖνε πάτερ, δόμος, ὅν με κελεύεις
πεφραδέμεν· δήεις δὲ διοτρεφέας βασιλῆας
δαίτην δαινυμένους· σὺ δ᾽ ἔσω κίε, μηδέ τι θυμῷ
τάρβει· θαρσαλέος γὰρ ἀνὴρ ἐν πᾶσιν ἀμείνων
ἔργοισιν τελέθει, εἰ καί ποθεν ἄλλοθεν ἔλθοι.
Δέσποιναν μὲν πρῶτα κιχήσεαι ἐν μεγάροισιν·
Ἀρήτη δ᾽ ὄνομ᾽ ἐστὶν ἐπώνυμον, ἐκ δὲ τοκήων
τῶν αὐτῶν οἵ περ τέκον Ἀλκίνοον βασιλῆα.
Ναυσίθοον μὲν πρῶτα Ποσειδάων ἐνοσίχθων
γείνατο καὶ Περίβοια, γυναικῶν εἶδος ἀρίστη,
ὁπλοτάτη θυγάτηρ μεγαλήτορος Εὐρυμέδοντος,
ὅς ποθ᾽ ὑπερθύμοισι Γιγάντεσσιν βασίλευεν.
Ἀλλ᾽ ὁ μὲν ὤλεσε λαὸν ἀτάσθαλον, ὤλετο δ᾽ αὐτός·
τῇ δὲ Ποσειδάων ἐμίγη καὶ ἐγείνατο παῖδα
Ναυσίθοον μεγάθυμον, ὃς ἐν Φαίηξιν ἄνασσε·
Ναυσίθοος δ᾽ ἔτεκεν ῾Ρηξήνορά τ᾽ Ἀλκίνοόν τε.
Τὸν μὲν ἄκουρον ἐόντα βάλ᾽ ἀργυρότοξος Ἀπόλλων
νυμφίον ἐν μεγάρῳ, μίαν οἴην παῖδα λιπόντα
Ἀρήτην· τὴν δ᾽ Ἀλκίνοος ποιήσατ᾽ ἄκοιτιν,
καί μιν ἔτισ᾽, ὡς οὔ τις ἐπὶ χθονὶ τίεται ἄλλη,
ὅσσαι νῦν γε γυναῖκες ὑπ᾽ ἀνδράσιν οἶκον ἔχουσιν.
Ὣς κείνη περὶ κῆρι τετίμηταί τε καὶ ἔστιν
ἔκ τε φίλων παίδων ἔκ τ᾽ αὐτοῦ Ἀλκινόοιο
καὶ λαῶν, οἵ μίν ῥα θεὸν ὣς εἰσορόωντες
δειδέχαται μύθοισιν, ὅτε στείχῃσ᾽ ἀνὰ ἄστυ.
Οὐ μὲν γάρ τι νόου γε καὶ αὐτὴ δεύεται ἐσθλοῦ·
ᾗσι τ᾽ ἐὺ φρονέῃσι καὶ ἀνδράσι νείκεα λύει.
Εἴ κέν τοι κείνη γε φίλα φρονέῃσ᾽ ἐνὶ θυμῷ,
ἐλπωρή τοι ἔπειτα φίλους τ᾽ ἰδέειν καὶ ἱκέσθαι
οἶκον ἐς ὑψόροφον καὶ σὴν ἐς πατρίδα γαῖαν. »
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« Voilà, vénérable étranger, la demeure que tu m'as ordonné de t'indiquer. Tu trouveras dans ce palais les princes chéris de Jupiter rassemblés pour le festin. Entre donc sans crainte dans cette maison. L'homme intrépide réussit mieux en toute entreprise, lors même qu'il arrive d'un pays éloigné. D'abord, tu t'adresseras à la reine : son nom est Arété, et elle descend des mêmes ancêtres qui donnèrent le jour au roi Alcinoüs. Nausithoüs naquit du redoutable Neptune et de Péribée, la plus belle des femmes et la plus jeune d'entre les filles du magnanime Eurymédon qui régna jadis sur les géants orgueilleux ; ce héros anéantit pour jamais ce peuple criminel, et lui-même il trouva la mort au milieu des combats. Neptune s'unit donc à Péribée ; il eut avec elle le courageux Nausithoüs, roi des Phéaciens et père d'Alcinoüs et de Rhexenor. Ce dernier héros récemment uni n'eut point de fils : il mourut frappé dans son palais par les flèches d'Apollon, le dieu à l'arc d'argent. Rhexenor ne laissa qu'une seule fille, Arété, qu'Alcinoüs choisit pour épouse, et qu'il honore maintenant comme nulle autre femme n'est honorée sur la terre, même parmi toutes celles qui, soumises à leur époux, gouvernent avec sagesse leurs somptueuses demeures. Ainsi la noble Arété est chérie par ses enfants, par le roi Alcinoüs lui-même, et par tous les Phéaciens qui la contemplent comme une déesse et lui adressent de nombreuses bénédictions toutes les fois qu'elle se promène par la ville. Jamais son esprit n'a manqué de prudence ; et par de sages pensées elle termine les querelles qui s'élèvent parmi les hommes. Si cette reine a pour toi quelque bienveillance, tu reverras bientôt tes amis et ta terre natale. »
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Ὣς ἄρα φωνήσασ᾽ ἀπέβη γλαυκῶπις Ἀθήνη
πόντον ἐπ᾽ ἀτρύγετον, λίπε δὲ Σχερίην ἐρατεινήν,
ἵκετο δ᾽ ἐς Μαραθῶνα καὶ εὐρυάγυιαν Ἀθήνην,
δῦνε δ᾽ Ἐρεχθῆος πυκινὸν δόμον. Αὐτὰρ Ὀδυσσεὺς
Ἀλκινόου πρὸς δώματ᾽ ἴε κλυτά· πολλὰ δέ οἱ κῆρ
ὥρμαιν᾽ ἱσταμένῳ, πρὶν χάλκεον οὐδὸν ἱκέσθαι.
Ὥς τε γὰρ ἠελίου αἴγλη πέλεν ἠὲ σελήνης
δῶμα καθ᾽ ὑψερεφὲς μεγαλήτορος Ἀλκινόοιο.
Χάλκεοι μὲν γὰρ τοῖχοι ἐληλέδατ᾽ ἔνθα καὶ ἔνθα,
ἐς μυχὸν ἐξ οὐδοῦ, περὶ δὲ θριγκὸς κυάνοιο·
χρύσειαι δὲ θύραι πυκινὸν δόμον ἐντὸς ἔεργον·
σταθμοὶ δ᾽ ἀργύρεοι ἐν χαλκέῳ ἕστασαν οὐδῷ,
ἀργύρεον δ᾽ ἐφ᾽ ὑπερθύριον, χρυσέη δὲ κορώνη.
Χρύσειοι δ᾽ ἑκάτερθε καὶ ἀργύρεοι κύνες ἦσαν,
οὓς Ἥφαιστος ἔτευξεν ἰδυίῃσι πραπίδεσσι
δῶμα φυλασσέμεναι μεγαλήτορος Ἀλκινόοιο,
ἀθανάτους ὄντας καὶ ἀγήρως ἤματα πάντα.
Ἐν δὲ θρόνοι περὶ τοῖχον ἐρηρέδατ᾽ ἔνθα καὶ ἔνθα,
ἐς μυχὸν ἐξ οὐδοῖο διαμπερές, ἔνθ᾽ ἐνὶ πέπλοι
λεπτοὶ ἐύννητοι βεβλήατο, ἔργα γυναικῶν.
Ἔνθα δὲ Φαιήκων ἡγήτορες ἑδριόωντο
πίνοντες καὶ ἔδοντες· ἐπηετανὸν γὰρ ἔχεσκον.
Χρύσειοι δ᾽ ἄρα κοῦροι ἐυδμήτων ἐπὶ βωμῶν
ἕστασαν αἰθομένας δαΐδας μετὰ χερσὶν ἔχοντες,
φαίνοντες νύκτας κατὰ δώματα δαιτυμόνεσσι.
Πεντήκοντα δέ οἱ δμωαὶ κατὰ δῶμα γυναῖκες
αἱ μὲν ἀλετρεύουσι μύλῃς ἔπι μήλοπα καρπόν,
αἱ δ᾽ ἱστοὺς ὑφόωσι καὶ ἠλάκατα στρωφῶσιν
ἥμεναι, οἷά τε φύλλα μακεδνῆς αἰγείροιο·
καιρουσσέων δ᾽ ὀθονέων ἀπολείβεται ὑγρὸν ἔλαιον.
Ὅσσον Φαίηκες περὶ πάντων ἴδριες ἀνδρῶν
νῆα θοὴν ἐνὶ πόντῳ ἐλαυνέμεν, ὣς δὲ γυναῖκες
ἱστῶν τεχνῆσσαι· πέρι γάρ σφισι δῶκεν Ἀθήνη
ἔργα τ᾽ ἐπίστασθαι περικαλλέα καὶ φρένας ἐσθλάς.
Ἔκτοσθεν δ᾽ αὐλῆς μέγας ὄρχατος ἄγχι θυράων
τετράγυος· περὶ δ᾽ ἕρκος ἐλήλαται ἀμφοτέρωθεν.
Ἔνθα δὲ δένδρεα μακρὰ πεφύκασι τηλεθόωντα,
ὄγχναι καὶ ῥοιαὶ καὶ μηλέαι ἀγλαόκαρποι
συκέαι τε γλυκεραὶ καὶ ἐλαῖαι τηλεθόωσαι.
Τάων οὔ ποτε καρπὸς ἀπόλλυται οὐδ᾽ ἀπολείπει
χείματος οὐδὲ θέρευς, ἐπετήσιος· ἀλλὰ μάλ᾽ αἰεὶ
Ζεφυρίη πνείουσα τὰ μὲν φύει, ἄλλα δὲ πέσσει.
Ὄγχνη ἐπ᾽ ὄγχνῃ γηράσκει, μῆλον δ᾽ ἐπὶ μήλῳ,
αὐτὰρ ἐπὶ σταφυλῇ σταφυλή, σῦκον δ᾽ ἐπὶ σύκῳ.
Ἔνθα δέ οἱ πολύκαρπος ἀλωὴ ἐρρίζωται,
τῆς ἕτερον μὲν θειλόπεδον λευρῷ ἐνὶ χώρῳ
τέρσεται ἠελίῳ, ἑτέρας δ᾽ ἄρα τε τρυγόωσιν,
ἄλλας δὲ τραπέουσι· πάροιθε δέ τ᾽ ὄμφακές εἰσιν
ἄνθος ἀφιεῖσαι, ἕτεραι δ᾽ ὑποπερκάζουσιν.
Ἔνθα δὲ κοσμηταὶ πρασιαὶ παρὰ νείατον ὄρχον
παντοῖαι πεφύασιν, ἐπηετανὸν γανόωσαι·
ἐν δὲ δύω κρῆναι ἡ μέν τ᾽ ἀνὰ κῆπον ἅπαντα
σκίδναται, ἡ δ᾽ ἑτέρωθεν ὑπ᾽ αὐλῆς οὐδὸν ἵησι
πρὸς δόμον ὑψηλόν, ὅθεν ὑδρεύοντο πολῖται.
Τοῖ᾽ ἄρ᾽ ἐν Ἀλκινόοιο θεῶν ἔσαν ἀγλαὰ δῶρα.
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Telles sont les paroles que prononce Minerve aux yeux d'azur ; puis en s'élançant sur la mer stérile elle quitte la riante Schérie. La déesse traverse les plaines de Marathon, la ville aux larges rues des Athéniens, et elle se rend dans la superbe demeure d'Érechthée. — Ulysse s'avance vers le riche palais d'Alcinoüs, le cœur agité de mille pensées, et il s'arrête avant de franchir le seuil d'airain. — La haute demeure du magnanime Alcinoüs brille ainsi que la splendide clarté de la lune et l'éclatante lumière du soleil. Les murailles sont de toutes parts revêtues d'airain, depuis l'entrée du palais jusqu'au fond des appartements ; tout autour des murailles règne une corniche azurée. L'intérieur de cette demeure inébranlable est fermé par des portes d'or ; les montants d'argent reposent sur le seuil d'airain, et le linteau des portes est aussi en argent et l'anneau est en or. Aux extrémités des portes on aperçoit des chiens d'or et d'argent qu'avait forgés Vulcain avec un art merveilleux pour garder la demeure du magnanime Alcinoüs ; ces chiens sont immortels et pour toujours exempts de vieillesse. Dans l'intérieur du palais, depuis le seuil jusqu'à l'extrémité des vastes salles se trouvent des sièges rangés le long des murailles ; ces sièges sont recouverts de tissus finement travaillés par des mains de femmes : là s'asseyent les chefs des Phéaciens pour goûter les douceurs du repas, car ils ont chaque jour de nouvelles fêtes. Sur de magnifiques piédestaux s'élèvent des statues en or représentant des hommes encore jeunes tenant entre leurs mains des flambeaux allumés servant à éclairer pendant la nuit la salle des convives. Cinquante femmes esclaves servent dans ce palais ; les unes broient sous la meule le jaune froment ; les autres tissent la laine ou filent la toile, et les mains de ces femmes sont aussi mobiles que les feuilles d'un haut peuplier agité par le vent : une huile éclatante semble couler de ces magnifiques étoffes tissées avec tant d'habileté. Autant les Phéaciens surpassent tous les hommes dans l'art de diriger les rapides navires sur la mer ténébreuse, autant les Phéaciennes l'emportent sur les autres femmes et par leur adresse et par l'excellence de leurs tissus ; car Minerve leur accorda la faveur de produire des ouvrages merveilleux et d'avoir de sages pensées. — En dehors de la cour et tout près des portes se trouve un jardin de quatre arpents, fermé par une enceinte. Là croissent des arbres élevés et verdoyants, des poiriers, des grenadiers, des pommiers, des figuiers et des oliviers toujours verts ; ces arbres sont chargés de fruits toute l'année, et ils en portent pendant l'hiver comme pendant l'été : le souffle du zéphyr fait tantôt naître les uns et tantôt mûrir les autres. La poire vieillit auprès de la poire, la pomme auprès de la pomme, le raisin auprès du raisin et la figue auprès de la figue. — Là est aussi plantée une vigne dont les grappes sèchent aux rayons du soleil, dans une plaine unie et découverte ; d'autres sont cueillies par le laboureur, ou pressées dans la cuve, et a quelque distance on aperçoit encore de jeunes grappes : les unes sont en fleur, et les autres commencent à noircir. — À l'extrémité du jardin, des espaces réguliers sont remplis de diverses plantes potagères qui fleurissent constamment. En ces lieux coulent deux fontaines ; la première répand son onde limpide à travers le jardin ; la seconde serpente à l'entrée de la cour, près du palais élevé : c'est là que les Phéaciens viennent puiser l'eau. — Tels sont les présents splendides dont les dieux embellirent la demeure d'Alcinoüs.
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| valign=top align=right|'''133'''
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Ἔνθα στὰς θηεῖτο πολύτλας δῖος Ὀδυσσεύς.
Αὐτὰρ ἐπεὶ δὴ πάντα ἑῷ θηήσατο θυμῷ,
καρπαλίμως ὑπὲρ οὐδὸν ἐβήσετο δώματος εἴσω.
Εὗρε δὲ Φαιήκων ἡγήτορας ἠδὲ μέδοντας
σπένδοντας δεπάεσσιν ἐυσκόπῳ ἀργεϊφόντῃ,
ᾧ πυμάτῳ σπένδεσκον, ὅτε μνησαίατο κοίτου.
Αὐτὰρ ὁ βῆ διὰ δῶμα πολύτλας δῖος Ὀδυσσεὺς
πολλὴν ἠέρ᾽ ἔων, ἥν οἱ περίχευεν Ἀθήνη,
ὄφρ᾽ ἵκετ᾽ Ἀρήτην τε καὶ Ἀλκίνοον βασιλῆα.
Ἀμφὶ δ᾽ ἄρ᾽ Ἀρήτης βάλε γούνασι χεῖρας Ὀδυσσεύς,
καὶ τότε δή ῥ᾽ αὐτοῖο πάλιν χύτο θέσφατος ἀήρ.
Οἱ δ᾽ ἄνεῳ ἐγένοντο, δόμον κάτα φῶτα ἰδόντες·
θαύμαζον δ᾽ ὁρόωντες. Ὁ δὲ λιτάνευεν Ὀδυσσεύς·
| valign=top align=right|'''133'''
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À cette vue le divin Ulysse s'arrête étonné. Le héros, après avoir admiré toutes ces merveilles, franchit rapidement le seuil et pénètre dans l'intérieur du palais où il trouve les princes et les chefs des Phéaciens offrant, avec leurs coupes, des libations à Mercure : c'est en l'honneur de ce dieu que l'on fait les derniers sacrifices quand on songe au sommeil. L'intrépide Ulysse, toujours enveloppé par l'épais nuage, traverse la demeure et arrive auprès d'Alcinoüs et de la belle Arété. Il entoure de ses bras les genoux de la reine, et soudain le céleste nuage se dissipe. Tous les Phéaciens restent muets en apercevant cet étranger, et ils le contemplent avec admiration. Alors Ulysse fait entendre ces paroles suppliantes :
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| valign=top align=right|'''146'''
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« Ἀρήτη, θύγατερ ῾Ρηξήνορος ἀντιθέοιο,
σόν τε πόσιν σά τε γούναθ᾽ ἱκάνω πολλὰ μογήσας
τούσδε τε δαιτυμόνας· τοῖσιν θεοὶ ὄλβια δοῖεν
ζωέμεναι, καὶ παισὶν ἐπιτρέψειεν ἕκαστος
κτήματ᾽ ἐνὶ μεγάροισι γέρας θ᾽ ὅ τι δῆμος ἔδωκεν·
αὐτὰρ ἐμοὶ πομπὴν ὀτρύνετε πατρίδ᾽ ἱκέσθαι
θᾶσσον, ἐπεὶ δὴ δηθὰ φίλων ἄπο πήματα πάσχω. »
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«Arété, fille du divin Rhexenor, écoute-moi. Après avoir beaucoup souffert, je viens me jeter à tes pieds et implorer ton époux et ses convives. Puissent les dieux vous accorder à tous des jours heureux ! Puisse aussi chacun de vous laisser à ses enfants les richesses de son palais et les honneurs qu'il reçut du peuple ! Mais faites que je quitte cette île, et que je retourne bientôt dans ma patrie ; car, depuis longtemps, je supporte, loin de mes amis, d'amères douleurs ! »
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| valign=top align=right|'''153'''
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Ὣς εἰπὼν κατ᾽ ἄρ᾽ ἕζετ᾽ ἐπ᾽ ἐσχάρῃ ἐν κονίῃσιν
πὰρ πυρί· οἱ δ᾽ ἄρα πάντες ἀκὴν ἐγένοντο σιωπῇ.
Ὀψὲ δὲ δὴ μετέειπε γέρων ἥρως Ἐχένηος,
ὃς δὴ Φαιήκων ἀνδρῶν προγενέστερος ἦεν
καὶ μύθοισι κέκαστο, παλαιά τε πολλά τε εἰδώς·
ὅ σφιν ἐὺ φρονέων ἀγορήσατο καὶ μετέειπεν·
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En achevant ces mots, le héros va s'asseoir près du feu, sur la cendre du foyer, et tous les assistants gardent un profond silence. Tout à coup se lève le vieux guerrier Échénus, le plus âgé des Phéaciens, Échénus qui brillait par ses paroles et par sa connaissance des temps passés ; ce héros, plein de bienveillance, s'exprime en ces termes :
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| valign=top align=right|'''159'''
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« Ἀλκίνο᾽, οὐ μέν τοι τόδε κάλλιον, οὐδὲ ἔοικε,
ξεῖνον μὲν χαμαὶ ἧσθαι ἐπ᾽ ἐσχάρῃ ἐν κονίῃσιν,
οἵδε δὲ σὸν μῦθον ποτιδέγμενοι ἰσχανόωνται.
Ἄλλ᾽ ἄγε δὴ ξεῖνον μὲν ἐπὶ θρόνου ἀργυροήλου
εἷσον ἀναστήσας, σὺ δὲ κηρύκεσσι κέλευσον
οἶνον ἐπικρῆσαι, ἵνα καὶ Διὶ τερπικεραύνῳ
σπείσομεν, ὅς θ᾽ ἱκέτῃσιν ἅμ᾽ αἰδοίοισιν ὀπηδεῖ·
δόρπον δὲ ξείνῳ ταμίη δότω ἔνδον ἐόντων. »
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«Non, sans doute, Alcinoüs, il n'est point généreux ni convenable de laisser un étranger assis sur la cendre du foyer. Tu le vois, tous les convives se taisent et attendent tes ordres. Ordonne donc qu'il se lève ; fais-le asseoir sur un siège magnifique orné de clous d'argent, et commande à tes hérauts de verser le vin, afin que nous offrions des libations au dieu qui lance la foudre, à Jupiter qui toujours accompagne les suppliants placés sous la protection divine. Que ta vénérable intendante serve à cet étranger les mets qui sont renfermés dans ton palais. »
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| valign=top align=right|'''167'''
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Αὐτὰρ ἐπεὶ τό γ᾽ ἄκουσ᾽ ἱερὸν μένος Ἀλκινόοιο,
χειρὸς ἑλὼν Ὀδυσῆα δαΐφρονα ποικιλομήτην
ὦρσεν ἀπ᾽ ἐσχαρόφιν καὶ ἐπὶ θρόνου εἷσε φαεινοῦ,
υἱὸν ἀναστήσας ἀγαπήνορα Λαοδάμαντα,
ὅς οἱ πλησίον ἷζε, μάλιστα δέ μιν φιλέεσκεν.
Χέρνιβα δ᾽ ἀμφίπολος προχόῳ ἐπέχευε φέρουσα
καλῇ χρυσείῃ ὑπὲρ ἀργυρέοιο λέβητος,
νίψασθαι· παρὰ δὲ ξεστὴν ἐτάνυσσε τράπεζαν.
Σῖτον δ᾽ αἰδοίη ταμίη παρέθηκε φέρουσα,
εἴδατα πόλλ᾽ ἐπιθεῖσα, χαριζομένη παρεόντων.
Αὐτὰρ ὁ πῖνε καὶ ἦσθε πολύτλας δῖος Ὀδυσσεύς.
Καὶ τότε κήρυκα προσέφη μένος Ἀλκινόοιο·
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Alcinoüs, après avoir entendu ces paroles, présente la main au prudent et ingénieux Ulysse, le relève et le fait asseoir sur un siège brillant, sur celui que venait de quitter son fils bien-aimé, le brave Laodamas assis à ses côtés. Alors une esclave, portant une belle aiguière d'or, verse l'eau qu'elle contient dans un bassin d'argent pour qu'Ulysse baigne ses mains vigoureuses ; puis elle place devant l'étranger une table lisse et polie ; une vénérable intendante y dépose le pain et les nombreux aliments qu'elle offre ensuite avec largesse. Tandis que le divin Ulysse boit et mange selon ses désirs, le puissant Alcinoüs dit à l'un de ses hérauts :
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| valign=top align=right|'''179'''
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« Ποντόνοε, κρητῆρα κερασσάμενος μέθυ νεῖμον
πᾶσιν ἀνὰ μέγαρον, ἵνα καὶ Διὶ τερπικεραύνῳ
σπείσομεν, ὅς θ᾽ ἱκέτῃσιν ἅμ᾽ αἰδοίοισιν ὀπηδεῖ. »
| valign=top align=right|'''179'''
| valign=top|
« Pontonoüs , mêle le vin dans le cratère, et présente des coupes pleines à tous les convives, afin que nous offrions des libations à Jupiter qui toujours accompagne les suppliants placés sous la protection divine. »
|-
| valign=top align=right|'''182'''
| valign=top|
Ὣς φάτο, Ποντόνοος δὲ μελίφρονα οἶνον ἐκίρνα,
νώμησεν δ᾽ ἄρα πᾶσιν ἐπαρξάμενος δεπάεσσιν.
Αὐτὰρ ἐπεὶ σπεῖσάν τ᾽ ἔπιόν θ᾽, ὅσον ἤθελε θυμός,
τοῖσιν δ᾽ Ἀλκίνοος ἀγορήσατο καὶ μετέειπε·
| valign=top align=right|'''182'''
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Il dit. Pontonoüs mêle le doux nectar dans le cratère ; puis il verse le vin dans des coupes qu'il porte à ses lèvres, et qu'il distribue ensuite à tous les convives.
Quand ceux-ci ont bu et fait les libations, Alcinoüs se lève et prononce ce discours :
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{| width=70% cellspacing=5 border=0 |
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| colspan=4 |
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| valign=top align=right|'''186'''
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« Κέκλυτε, Φαιήκων ἡγήτορες ἠδὲ μέδοντες
ὄφρ᾽ εἴπω τά με θυμὸς ἐνὶ στήθεσσι κελεύει.
Νῦν μὲν δαισάμενοι κατακείετε οἴκαδ᾽ ἰόντες·
ἠῶθεν δὲ γέροντας ἐπὶ πλέονας καλέσαντες
ξεῖνον ἐνὶ μεγάροις ξεινίσσομεν ἠδὲ θεοῖσιν 190
ῥέξομεν ἱερὰ καλά, ἔπειτα δὲ καὶ περὶ πομπῆς
μνησόμεθ᾽, ὥς χ᾽ ὁ ξεῖνος ἄνευθε πόνου καὶ ἀνίης
πομπῇ ὑφ᾽ ἡμετέρῃ ἣν πατρίδα γαῖαν ἵκηται
χαίρων καρπαλίμως, εἰ καὶ μάλα τηλόθεν ἐστί,
μηδέ τι μεσσηγύς γε κακὸν καὶ πῆμα πάθῃσι,
πρίν γε τὸν ἧς γαίης ἐπιβήμεναι· ἔνθα δ᾽ ἔπειτα
πείσεται, ἅσσα οἱ αἶσα κατὰ κλῶθές τε βαρεῖαι
γιγνομένῳ νήσαντο λίνῳ, ὅτε μιν τέκε μήτηρ.
Εἰ δέ τις ἀθανάτων γε κατ᾽ οὐρανοῦ εἰλήλουθεν,
ἄλλο τι δὴ τόδ᾽ ἔπειτα θεοὶ περιμηχανόωνται.
Αἰεὶ γὰρ τὸ πάρος γε θεοὶ φαίνονται ἐναργεῖς
ἡμῖν, εὖτ᾽ ἔρδωμεν ἀγακλειτὰς ἑκατόμβας,
δαίνυνταί τε παρ᾽ ἄμμι καθήμενοι ἔνθα περ ἡμεῖς.
Εἰ δ᾽ ἄρα τις καὶ μοῦνος ἰὼν ξύμβληται ὁδίτης,
οὔ τι κατακρύπτουσιν, ἐπεί σφισιν ἐγγύθεν εἰμέν,
ὥς περ Κύκλωπές τε καὶ ἄγρια φῦλα Γιγάντων. »
Τὸν δ᾽ ἀπαμειβόμενος προσέφη πολύμητις Ὀδυσσεύς·
| valign=top align=right|'''186'''
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« Princes et chefs des Phéaciens, écoutez moi, pour que je vous dise tout ce que mon âme m'inspire. — Maintenant que le repas est terminé, retirez-vous dans vos demeures pour y goûter le repos. Demain nous rassemblerons en plus grand nombre les anciens du peuple ; nous traiterons somptueusement notre hôte ; nous offrirons aux dieux de pompeux sacrifices, et nous nous occuperons du départ de cet étranger. Je désire que, sans tourments et sans peines, il arrive promptement et joyeusement, sous notre conduite, dans sa chère patrie, fût-elle même très éloignée de cette île. Veillons à ce que dans son trajet il n'éprouve aucun malheur avant d'avoir atteint sa terre natale. Il subira là le sort que lui filèrent les impitoyables Parques lorsque sa mère le mit au jour ; mais si ce voyageur est un immortel descendu de l'Olympe, les dieux méditeront alors d'autres desseins. Jusqu'à présent les divinités se sont manifestées à nous lorsque nous leur avons offert d'illustres hécatombes ; elles-mêmes ont pris part à nos festins en se tenant assises au milieu de nous. Si jamais un Phéacien voyageant solitairement vient à rencontrer des immortels, ils ne se dérobent pas à lui car par notre origine nous nous rapprochons autant des dieux que les cyclopes et la race farouche des géants. »
Le prudent Ulysse lui répond :
|-
| valign=top align=right|'''208'''
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« Ἀλκίνο᾽, ἄλλο τί τοι μελέτω φρεσίν· οὐ γὰρ ἐγώ γε
ἀθανάτοισιν ἔοικα, τοὶ οὐρανὸν εὐρὺν ἔχουσιν,
οὐ δέμας οὐδὲ φυήν, ἀλλὰ θνητοῖσι βροτοῖσιν.
Οὕς τινας ὑμεῖς ἴστε μάλιστ᾽ ὀχέοντας ὀιζὺν
ἀνθρώπων, τοῖσίν κεν ἐν ἄλγεσιν ἰσωσαίμην.
Καὶ δ᾽ ἔτι κεν καὶ μᾶλλον ἐγὼ κακὰ μυθησαίμην,
ὅσσα γε δὴ ξύμπαντα θεῶν ἰότητι μόγησα.
Ἀλλ᾽ ἐμὲ μὲν δορπῆσαι ἐάσατε κηδόμενόν περ·
οὐ γάρ τι στυγερῇ ἐπὶ γαστέρι κύντερον ἄλλο
ἔπλετο, ἥ τ᾽ ἐκέλευσεν ἕο μνήσασθαι ἀνάγκῃ
καὶ μάλα τειρόμενον καὶ ἐνὶ φρεσὶ πένθος ἔχοντα,
ὡς καὶ ἐγὼ πένθος μὲν ἔχω φρεσίν, ἡ δὲ μάλ᾽ αἰεὶ
ἐσθέμεναι κέλεται καὶ πινέμεν, ἐκ δέ με πάντων
ληθάνει ὅσσ᾽ ἔπαθον, καὶ ἐνιπλησθῆναι ἀνώγει.
Ὑμεῖς δ᾽ ὀτρύνεσθαι ἅμ᾽ ἠοῖ φαινομένηφιν,
ὥς κ᾽ ἐμὲ τὸν δύστηνον ἐμῆς ἐπιβήσετε πάτρης
καί περ πολλὰ παθόντα· ἰδόντα με καὶ λίποι αἰὼν
κτῆσιν ἐμήν, δμῶάς τε καὶ ὑψερεφὲς μέγα δῶμα. »
| valign=top align=right|'''208'''
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« Alcinoüs, écarte de pareilles pensées de ton esprit. Non, je ne suis point, ni par ma taille, ni par mes traits, semblable aux dieux qui habitent les vastes régions célestes ; mais je ressemble aux faibles mortels, et je puis m'égaler à l'homme qui a le plus souffert. Je pourrais même te raconter les plus grandes infortunes si je te disais tout ce que j'ai enduré sur la terre et sur l'onde par la volonté des immortels ; mais permets que malgré ma tristesse j'achève mon repas : rien n'est plus horrible en effet que la faim, qui revient impérieusement et sans cesse dans la mémoire des hommes, de ceux qui sont affligés et souffrent les plus grandes douleurs. Ainsi, moi je suis dévoré par les chagrins, et cependant la faim me commande de manger et de boire ; elle me fait oublier tous les maux que j'ai soufferts, et elle ne demande qu'à être satisfaite.— Demain, au lever de l'aurore, hâte-toi, puissant Alcinoüs, de ramener dans sa patrie un infortuné qui a supporté tant de malheurs ! Que la vie m'abandonne ensuite lorsque j'aurai revu ma terre natale, mes serviteurs et mon superbe palais. »
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| valign=top align=right|'''226'''
| valign=top|
Ὣς ἔφαθ᾽, οἱ δ᾽ ἄρα πάντες ἐπῄνεον ἠδ᾽ ἐκέλευον
πεμπέμεναι τὸν ξεῖνον, ἐπεὶ κατὰ μοῖραν ἔειπεν.
Αὐτὰρ ἐπεὶ σπεῖσάν τ᾽ ἔπιον θ᾽ ὅσον ἤθελε θυμός,
οἱ μὲν κακκείοντες ἔβαν οἶκόνδε ἕκαστος,
αὐτὰρ ὁ ἐν μεγάρῳ ὑπελείπετο δῖος Ὀδυσσεύς,
πὰρ δέ οἱ Ἀρήτη τε καὶ Ἀλκίνοος θεοειδὴς
ἥσθην· ἀμφίπολοι δ᾽ ἀπεκόσμεον ἔντεα δαιτός.
Τοῖσιν δ᾽ Ἀρήτη λευκώλενος ἤρχετο μύθων·
ἔγνω γὰρ φᾶρός τε χιτῶνά τε εἵματ᾽ ἰδοῦσα
καλά, τά ῥ᾽ αὐτὴ τεῦξε σὺν ἀμφιπόλοισι γυναιξί·
καί μιν φωνήσασ᾽ ἔπεα πτερόεντα προσηύδα·
| valign=top align=right|'''226'''
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Il s'arrête, et les Phéaciens l'applaudissent. Tous ces héros veulent qu'on ramène dans sa patrie qui vient de parler avec tant de sagesse. Quand les convives ont achevé les libations et bu selon leurs désirs, ils retournent dans leurs demeures pour y goûter le repos. Le divin Ulysse reste dans le palais ; et près de lui sont assis la reine Arété et le puissant Alcinous semblable à un dieu. Aussitôt les esclaves enlèvent les apprêts du festin. Alors Arété aux blanches épaules, ayant reconnu le manteau, la tunique et les riches vêtements qu'elle-même avait tissés avec ses femmes, adresse au voyageur ces rapides paroles :
|-
| valign=top align=right|'''237'''
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« Ξεῖνε, τὸ μέν σε πρῶτον ἐγὼν εἰρήσομαι αὐτή·
Τίς πόθεν εἰς ἀνδρῶν; τίς τοι τάδε εἵματ᾽ ἔδωκεν;
Οὐ δὴ φῆς ἐπὶ πόντον ἀλώμενος ἐνθάδ᾽ ἱκέσθαι; »
Τὴν δ᾽ ἀπαμειβόμενος προσέφη πολύμητις Ὀδυσσεύς·
| valign=top align=right|'''237'''
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« Étranger, qui es-tu ? Quels sont les peuples que tu viens de quitter ? Qui t'a donné ces riches vêtements ? N'as-tu pas dit qu'après avoir erré longtemps sur la mer, tu fus jeté par les tempêtes sur ce rivage ? »
Le prudent Ulysse lui répond en disant :
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| valign=top align=right|'''241'''
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« Ἀργαλέον, βασίλεια, διηνεκέως ἀγορεῦσαι
κήδε᾽, ἐπεί μοι πολλὰ δόσαν θεοὶ Οὐρανίωνες·
τοῦτο δέ τοι ἐρέω ὅ μ᾽ ἀνείρεαι ἠδὲ μεταλλᾷς.
Ὠγυγίη τις νῆσος ἀπόπροθεν εἰν ἁλὶ κεῖται·
ἔνθα μὲν Ἄτλαντος θυγάτηρ, δολόεσσα Καλυψὼ
ναίει ἐυπλόκαμος, δεινὴ θεός· οὐδέ τις αὐτῇ
μίσγεται οὔτε θεῶν οὔτε θνητῶν ἀνθρώπων.
Ἀλλ᾽ ἐμὲ τὸν δύστηνον ἐφέστιον ἤγαγε δαίμων
οἶον, ἐπεί μοι νῆα θοὴν ἀργῆτι κεραυνῷ
Ζεὺς ἔλσας ἐκέασσε μέσῳ ἐνὶ οἴνοπι πόντῳ.
Ἔνθ᾽ ἄλλοι μὲν πάντες ἀπέφθιθεν ἐσθλοὶ ἑταῖροι,
αὐτὰρ ἐγὼ τρόπιν ἀγκὰς ἑλὼν νεὸς ἀμφιελίσσης
ἐννῆμαρ φερόμην· δεκάτῃ δέ με νυκτὶ μελαίνῃ
νῆσον ἐς Ὠγυγίην πέλασαν θεοί, ἔνθα Καλυψὼ
ναίει ἐυπλόκαμος, δεινὴ θεός, ἥ με λαβοῦσα
ἐνδυκέως ἐφίλει τε καὶ ἔτρεφεν ἠδὲ ἔφασκε
θήσειν ἀθάνατον καὶ ἀγήραον ἤματα πάντα·
ἀλλ᾽ ἐμὸν οὔ ποτε θυμὸν ἐνὶ στήθεσσιν ἔπειθεν.
Ἔνθα μὲν ἑπτάετες μένον ἔμπεδον, εἵματα δ᾽ αἰεὶ
δάκρυσι δεύεσκον, τά μοι ἄμβροτα δῶκε Καλυψώ·
ἀλλ᾽ ὅτε δὴ ὀγδόατόν μοι ἐπιπλόμενον ἔτος ἦλθεν,
καὶ τότε δή μ᾽ ἐκέλευσεν ἐποτρύνουσα νέεσθαι
Ζηνὸς ὑπ᾽ ἀγγελίης, ἢ καὶ νόος ἐτράπετ᾽ αὐτῆς.
Πέμπε δ᾽ ἐπὶ σχεδίης πολυδέσμου, πολλὰ δ᾽ ἔδωκε,
σῖτον καὶ μέθυ ἡδύ, καὶ ἄμβροτα εἵματα ἕσσεν,
οὖρον δὲ προέηκεν ἀπήμονά τε λιαρόν τε.
Ἑπτὰ δὲ καὶ δέκα μὲν πλέον ἤματα ποντοπορεύων,
ὀκτωκαιδεκάτῃ δ᾽ ἐφάνη ὄρεα σκιόεντα
γαίης ὑμετέρης, γήθησε δέ μοι φίλον ἦτορ
δυσμόρῳ· ἦ γὰρ ἔμελλον ἔτι ξυνέσεσθαι ὀιζυῖ
πολλῇ, τήν μοι ἐπῶρσε Ποσειδάων ἐνοσίχθων,
ὅς μοι ἐφορμήσας ἀνέμους κατέδησε κέλευθον,
ὤρινεν δὲ θάλασσαν ἀθέσφατον, οὐδέ τι κῦμα
εἴα ἐπὶ σχεδίης ἁδινὰ στενάχοντα φέρεσθαι.
Τὴν μὲν ἔπειτα θύελλα διεσκέδασ᾽· αὐτὰρ ἐγώ γε
νηχόμενος τόδε λαῖτμα διέτμαγον, ὄφρα με γαίῃ
ὑμετέρῃ ἐπέλασσε φέρων ἄνεμός τε καὶ ὕδωρ.
| valign=top align=right|'''241'''
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« Ô reine, il me serait difficile de te raconter toutes mes infortunes ; car les immortels m'ont sans cesse accablé de maux : cependant je vais te répondre. — Au loin dans la mer s'élève l'île d'Ogygie qu'habite la fille d'Atlas, l'artificieuse Calypso, puissante déesse à la belle chevelure, que fuient et les hommes et les dieux. Une divinité me conduisit seul dans sa demeure pour être son hôte infortuné, lorsque Jupiter en lançant du haut des cieux sa foudre éclatante eut brisé mon navire, au sein de la mer ténébreuse. Tous mes braves compagnons perdirent la vie ; mais moi, saisissant entre mes bras la carène de mon vaisseau ballotté par les vagues, je fus pendant neuf jours porté sur les ondes. Le dixième jour, par une nuit obscure, les dieux me poussèrent vers les rivages de l'île d'Ogygie habitée par Calypso à l'ondoyante chevelure. La déesse m'accueillit avec empressement ; elle me combla de caresses, prit soin de mes jours, et me dit qu'elle me rendrait immortel en m'affranchissant à jamais de la vieillesse ; mais elle ne put fléchir mon cœur. Je demeurai sept années entières dans cette île, arrosant de mes larmes les vêtements sacrés que m'avait donnés la divine Calypso. Lorsque dans le cours du temps la huitième année fut arrivée, la déesse m'ordonna de tout préparer pour mon départ. Soit que Jupiter eût donné cet ordre, soit qu'elle-même eût changé de pensée, elle me renvoya sur un frêle radeau garni de liens ; elle me fit de nombreux présents, me donna du pain et du vin délicieux, me revêtit de magnifiques vêtements ; puis elle fit souffler un vent doux et propice. Pendant dix-sept jours je voguai sur la mer ; et le dix-huitième les montagnes ombragées d'arbres de votre pays m'apparurent. À cette vue je fus transporté de joie ; mais j'avais encore à souffrir de nouveaux malheurs ! Neptune, en déchaînant les vents, me ferma le chemin et bouleversa la mer ; la fureur des vagues ne me permit point de rester sur mon radeau ; et bientôt, malgré mes gémissements, il fut brisé par la tempête. Alors nageant avec effort, je fendis les ondes jusqu'au moment où les vents et les flots me poussèrent contre ces rivages.
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<div style="text-align: center;">
{| width=70% cellspacing=5 border=0 |
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|width=50%|
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| colspan=4 |
|-
| valign=top align=right|'''278'''
| valign=top|
Ἔνθα κέ μ᾽ ἐκβαίνοντα βιήσατο κῦμ᾽ ἐπὶ χέρσου,
πέτρῃς πρὸς μεγάλῃσι βαλὸν καὶ ἀτερπέι χώρῳ·
ἀλλ᾽ ἀναχασσάμενος νῆχον πάλιν, ἧος ἐπῆλθον
ἐς ποταμόν, τῇ δή μοι ἐείσατο χῶρος ἄριστος,
λεῖος πετράων, καὶ ἐπὶ σκέπας ἦν ἀνέμοιο.
Ἐκ δ᾽ ἔπεσον θυμηγερέων, ἐπὶ δ᾽ ἀμβροσίη νὺξ
ἤλυθ᾽. ἐγὼ δ᾽ ἀπάνευθε διιπετέος ποταμοῖο
Ἐκβὰς ἐν θάμνοισι κατέδραθον, ἀμφὶ δὲ φύλλα
ἠφυσάμην· ὕπνον δὲ θεὸς κατ᾽ ἀπείρονα χεῦεν.
Ἔνθα μὲν ἐν φύλλοισι φίλον τετιημένος ἦτορ
εὗδον παννύχιος καὶ ἐπ᾽ ἠῶ καὶ μέσον ἦμαρ.
Δείλετό τ᾽ ἠέλιος καί με γλυκὺς ὕπνος ἀνῆκεν.
Ἀμφιπόλους δ᾽ ἐπὶ θινὶ τεῆς ἐνόησα θυγατρὸς
παιζούσας, ἐν δ᾽ αὐτὴ ἔην ἐικυῖα θεῇσι·
τὴν ἱκέτευσ᾽· ἡ δ᾽ οὔ τι νοήματος ἤμβροτεν ἐσθλοῦ,
ὡς οὐκ ἂν ἔλποιο νεώτερον ἀντιάσαντα
ἐρξέμεν· αἰεὶ γάρ τε νεώτεροι ἀφραδέουσιν.
Ἥ μοι σῖτον ἔδωκεν ἅλις ἠδ᾽ αἴθοπα οἶνον
καὶ λοῦσ᾽ ἐν ποταμῷ καί μοι τάδε εἵματ᾽ ἔδωκε.
Ταῦτά τοι ἀχνύμενός περ ἀληθείην κατέλεξα. »
Τὸν δ᾽ αὖτ᾽ Ἀλκίνοος ἀπαμείβετο φώνησέν τε·
| valign=top align=right|'''278'''
| valign=top|
J'allais toucher à la terre quand une vague me jeta contre un immense rocher, dans un lieu stérile, et là j'aurais été impitoyablement englouti si, me retournant aussitôt, je n'eusse nagé jusqu'aux rives de cette île. Une plage favorable s'offrit à mes yeux, une plage unie, sans rochers et à l'abri des vents. Je gravis cette côte, et bientôt je tombai sur le sable privé de mouvement et de forces. La nuit divine descendit sur la terre, et moi, m'éloignant du fleuve formé par les eaux du ciel, je me couchai sous des arbustes ; je me couvris de feuilles sèches, et un dieu me plongea dans le plus profond sommeil. Là, quoique affligé de chagrins, je dormis toute la nuit sous ces feuilles et le lendemain même jusqu'au milieu du jour. Le soleil était près de terminer sa course quand le doux sommeil m'abandonna. C'est alors que j'aperçus les suivantes de ta fille jouant sur le rivage : Nausica, au milieu d'elles, paraissait semblable à une divinité. J'implorai son secours, et elle me répondit avec cet esprit de sagesse qu'on n'espère jamais rencontrer dans un âge aussi tendre ; car les jeunes gens manquent toujours de prudence. Ta fille m'offrit du pain en abondance, du vin aux sombres couleurs ; et, m'ayant fait baigner dans les eaux du fleuve, elle me donna de riches vêtements. — Maintenant, ô reine, je viens, malgré mon affliction, te raconter tout avec sincérité. »
Alors Alcinoüs dit à Ulysse :
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| valign=top align=right|'''299'''
| valign=top|
« Ξεῖν᾽, ἦ τοι μὲν τοῦτο γ᾽ ἐναίσιμον οὐκ ἐνόησε
παῖς ἐμή, οὕνεκά σ᾽ οὔ τι μετ᾽ ἀμφιπόλοισι γυναιξὶν
ἦγεν ἐς ἡμέτερον, σὺ δ᾽ ἄρα πρώτην ἱκέτευσας. »
Τὸν δ᾽ ἀπαμειβόμενος προσέφη πολύμητις Ὀδυσσεύς·
| valign=top align=right|'''299'''
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« Étranger, ma fille a encore négligé un devoir important, puisqu'elle-même ne t'a point conduit dans mon palais ; cependant c'est elle que tu as imploré la première. »
Le prudent Ulysse réplique à ces paroles en disant :
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| valign=top align=right|'''302'''
| valign=top|
« Ἥρως, μή τοι τοὔνεκ᾽ ἀμύμονα νείκεε κούρην·
ἡ μὲν γάρ μ᾽ ἐκέλευε σὺν ἀμφιπόλοισιν ἕπεσθαι,
ἀλλ᾽ ἐγὼ οὐκ ἔθελον δείσας αἰσχυνόμενός τε,
μή πως καὶ σοὶ θυμὸς ἐπισκύσσαιτο ἰδόντι·
δύσζηλοι γάρ τ᾽ εἰμὲν ἐπὶ χθονὶ φῦλ᾽ ἀνθρώπων. »
Τὸν δ᾽ αὖτ᾽ Ἀλκίνοος ἀπαμείβετο φώνησέν τε·
| valign=top align=right|'''302'''
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« Vaillant héros, ne blâme point en ma présence ta fille irréprochable ; elle m'a ordonné de la suivre avec ses femmes; mais par respect je ne l'ai point voulu, craignant qu'à cette vue ta colère ne s'enflammât : car nous sommes tous soupçonneux, nous faibles habitants de cette terre. »
Le puissant Alcinoüs lui répond :
|-
| valign=top align=right|'''309'''
| valign=top|
« Ξεῖν᾽, οὔ μοι τοιοῦτον ἐνὶ στήθεσσι φίλον κῆρ
μαψιδίως κεχολῶσθαι· ἀμείνω δ᾽ αἴσιμα πάντα.
Αἲ γάρ, Ζεῦ τε πάτερ καὶ Ἀθηναίη καὶ Ἄπολλον,
τοῖος ἐὼν οἷός ἐσσι, τά τε φρονέων ἅ τ᾽ ἐγώ περ,
παῖδά τ᾽ ἐμὴν ἐχέμεν καὶ ἐμὸς γαμβρὸς καλέεσθαι
αὖθι μένων· οἶκον δέ κ᾽ ἐγὼ καὶ κτήματα δοίην,
εἴ κ᾽ ἐθέλων γε μένοις· ἀέκοντα δέ σ᾽ οὔ τις ἐρύξει
Φαιήκων· μὴ τοῦτο φίλον Διὶ πατρὶ γένοιτο.
Πομπὴν δ᾽ ἐς τόδ᾽ ἐγὼ τεκμαίρομαι, ὄφρ᾽ ἐὺ εἰδῇς,
αὔριον ἔς· τῆμος δὲ σὺ μὲν δεδμημένος ὕπνῳ
λέξεαι, οἱ δ᾽ ἐλόωσι γαλήνην, ὄφρ᾽ ἂν ἵκηαι
πατρίδα σὴν καὶ δῶμα, καὶ εἴ πού τοι φίλον ἐστίν,
εἴ περ καὶ μάλα πολλὸν ἑκαστέρω ἔστ᾽ Εὐβοίης,
τήν περ τηλοτάτω φάσ᾽ ἔμμεναι, οἵ μιν ἴδοντο
λαῶν ἡμετέρων, ὅτε τε ξανθὸν ῾Ραδάμανθυν
ἦγον ἐποψόμενον Τιτυὸν Γαιήιον υἱόν.
Καὶ μὲν οἱ ἔνθ᾽ ἦλθον καὶ ἄτερ καμάτοιο τέλεσσαν
ἤματι τῷ αὐτῷ καὶ ἀπήνυσαν οἴκαδ᾽ ὀπίσσω.
Εἰδήσεις δὲ καὶ αὐτὸς ἐνὶ φρεσὶν ὅσσον ἄρισται
νῆες ἐμαὶ καὶ κοῦροι ἀναρρίπτειν ἅλα πηδῷ. »
Ὣς φάτο, γήθησεν δὲ πολύτλας δῖος Ὀδυσσεύς,
εὐχόμενος δ᾽ ἄρα εἶπεν, ἔπος τ᾽ ἔφατ᾽ ἔκ τ᾽ ὀνόμαζεν·
| valign=top align=right|'''309'''
| valign=top|
« Ma poitrine ne renferme pas un cœur qui s'irrite sans motif. Cependant je sais que l'honnêteté et la décence sont préférables à tout. Que Jupiter, Minerve et Apollon m'accordent la faveur qu'un homme tel que toi, et pensant comme je pense moi-même, épouse ma fille et reste en ces lieux ! — Étranger, je te donnerais un palais et de grandes richesses si seulement tu consentais à habiter cette demeure. Mais aucun Phéacien ne te retiendra malgré ton désir : une semblable pensée serait odieuse. Demain j'ordonnerai tout pour ton départ ; jusqu'à ce moment goûte en paix les douceurs du sommeil. Quelle que soit la terre où tu désires arriver, demain les Phéaciens sillonneront la mer tranquille pour te conduire dans ta patrie, fût-elle même au delà de l'Eubée. Ce pays est bien loin de nous, disent les Phéaciens qui l'ont visité lorsqu'ils se rendirent avec le blond Rhadamanthe ; auprès de Tityus, fils de la Terre ; les compagnons de Rhadamanthe firent sans fatigue ce trajet en un jour ; puis ils revinrent dans leurs demeures. Étranger, tu jugeras toi-même de l'excellence de nos vaisseaux et de l'adresse de nos jeunes nautoniers habiles à frapper la mer avec la rame. »
À ces mots le divin Ulysse, transporté de joie, s'écrie en implorant les dieux :
|-
| valign=top align=right|'''331'''
| valign=top|
« Ζεῦ πάτερ, αἴθ᾽ ὅσα εἶπε τελευτήσειεν ἅπαντα
Ἀλκίνοος· τοῦ μέν κεν ἐπὶ ζείδωρον ἄρουραν
ἄσβεστον κλέος εἴη, ἐγὼ δέ κε πατρίδ᾽ ἱκοίμην. »
| valign=top align=right|'''331'''
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« Puisses-tu accomplir tout ce que tu viens de prononcer ! Alcinoüs, tu obtiendras alors sur la terre une gloire immortelle, et moi je pourrai revoir enfin le sol chéri de ma patrie ! »
|-
| valign=top align=right|'''334'''
| valign=top|
Ὥς οἱ μὲν τοιαῦτα πρὸς ἀλλήλους ἀγόρευον·
κέκλετο δ᾽ Ἀρήτη λευκώλενος ἀμφιπόλοισιν
δέμνι᾽ ὑπ᾽ αἰθούσῃ θέμεναι καὶ ῥήγεα καλὰ
πορφύρε᾽ ἐμβαλέειν, στορέσαι τ᾽ ἐφύπερθε τάπητας
χλαίνας τ᾽ ἐνθέμεναι οὔλας καθύπερθεν ἕσασθαι.
Αἱ δ᾽ ἴσαν ἐκ μεγάροιο δάος μετὰ χερσὶν ἔχουσαι·
αὐτὰρ ἐπεὶ στόρεσαν πυκινὸν λέχος ἐγκονέουσαι,
ὤτρυνον δ᾽ Ὀδυσῆα παριστάμεναι ἐπέεσσιν·
| valign=top align=right|'''334'''
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C'est ainsi qu'Ulysse et Alcinoüs discouraient ensemble. — Pendant ce temps, Arété aux bras blancs ordonne à ses femmes de dresser sous le portique un lit magnifique, d'y étendre de belles couvertures de pourpre, et d'y placer des tapis et des tissus fins et délicats ; les femmes sortent aussitôt en portant des flambeaux éclatants. Lorsque les suivantes ont préparé cette couche moelleuse, elles se tiennent devant Ulysse et lui adressent ces paroles :
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| valign=top align=right|'''342'''
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« Ὄρσο κέων, ὦ ξεῖνε· πεποίηται δέ τοι εὐνή. »
Ὣς φάν, τῷ δ᾽ ἀσπαστὸν ἐείσατο κοιμηθῆναι.
Ὣς ὁ μὲν ἔνθα καθεῦδε πολύτλας δῖος Ὀδυσσεὺς
τρητοῖς ἐν λεχέεσσιν ὑπ᾽ αἰθούσῃ ἐριδούπῳ·
Ἀλκίνοος δ᾽ ἄρα λέκτο μυχῷ δόμου ὑψηλοῖο,
πὰρ δὲ γυνὴ δέσποινα λέχος πόρσυνε καὶ εὐνήν.
| valign=top align=right|'''342'''
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« Étranger, venez dormir, votre couche est prête. »
Elles disent ; et le héros est joyeux de pouvoir enfin reposer ses membres fatigués. Le divin Ulysse s'endort dans le lit superbe placé sous le portique sonore. Alcinoüs se retire dans les appartements les plus reculés de son palais ; il se couche, et la reine son épouse repose auprès de lui.
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== Étude du texte ==
{{Avertissement exercice}}
{{Grc-voc|align=right|'''τρέφω:''' Elevé (dans le sens de vivre et non pas de grandir)}}
1. Dans le premier paragraphe, vous pouvez lire: ''ἣ τρέφε Ναυσικάαν λευκώλενον ἐν μεγάροισιν''. Recherchez l'adjectif.<br>
2. Que signifie-t-il ?<br>
3. À votre avis, pourquoi a-t-il été traduit dans cette version par ''beau'' ?<br>
4. Dans le paragraphe 342, relevez 1 adjectif.<br>
5. Effectuez des recherches sur Nausica et complétez la fiche ci-dessous:
::'''Nom grec:'''
::'''Fille de:'''
::'''Princesse de:'''
{{Boîte déroulante|titre=réponses masquer|contenu=
#''λευκώλενον'', radical ''λευκ-ώλενος''.
#En grec ancien, il signifie ''Aux bras blancs''.
#Il a été traduit dans cette version par ''beau'' car dans la Grèce antique, avoir le teint pâle était signe de beauté.
#''ἀσπαστὸν'', radical ''ἀσπασιος, {{alpha}}, ον'', joyeux.
#'''Nom grec:''' Ναυσικάα
:'''Fille de:''' Alkinoos
:'''Princesse de:''' Phéacie}}
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{{titre|<strong>ΟΔΥΣΣΕΙΑΣ Ζ.</strong><br><small>Odyssée, livre 7</small>|Homère|Traduction Eugène Bareste}}
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! style="background-color:#d7d77340;" |ΟΔΥΣΣΕΙΑΣ Ζ.
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! style="background-color:#d7d77340;" |ODYSSÉE : LIVRE VII
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Ὧς ὁ μὲν ἔνθ᾽ ἠρᾶτο πολύτλας δῖος Ὀδυσσεύς,
κούρην δὲ προτὶ ἄστυ φέρεν μένος ἡμιόνοιιν.
Ἡ δ᾽ ὅτε δὴ οὗ πατρὸς ἀγακλυτὰ δώμαθ᾽ ἵκανε,
στῆσεν ἄρ᾽ ἐν προθύροισι, κασίγνητοι δέ μιν ἀμφὶς
ἵσταντ᾽ ἀθανάτοις ἐναλίγκιοι, οἵ ῥ᾽ ὑπ᾽ ἀπήνης
ἡμιόνους ἔλυον ἐσθῆτά τε ἔσφερον εἴσω.
Αὐτὴ δ᾽ ἐς θάλαμον ἑὸν ἤιε· δαῖε δέ οἱ πῦρ
γρῆυς Ἀπειραίη, θαλαμηπόλος Εὐρυμέδουσα,
τήν ποτ᾽ Ἀπείρηθεν νέες ἤγαγον ἀμφιέλισσαι·
Ἀλκινόῳ δ᾽ αὐτὴν γέρας ἔξελον, οὕνεκα πᾶσιν
Φαιήκεσσιν ἄνασσε, θεοῦ δ᾽ ὣς δῆμος ἄκουεν·
ἣ τρέφε Ναυσικάαν λευκώλενον ἐν μεγάροισιν.
Ἥ οἱ πῦρ ἀνέκαιε καὶ εἴσω δόρπον ἐκόσμει.
Καὶ τότ᾽ Ὀδυσσεὺς ὦρτο πόλινδ᾽ ἴμεν· ἀμφὶ δ᾽ Ἀθήνη
πολλὴν ἠέρα χεῦε φίλα φρονέουσ᾽ Ὀδυσῆι,
μή τις Φαιήκων μεγαθύμων ἀντιβολήσας
κερτομέοι τ᾽ ἐπέεσσι καὶ ἐξερέοιθ᾽ ὅτις εἴη.
Ἀλλ᾽ ὅτε δὴ ἄρ᾽ ἔμελλε πόλιν δύσεσθαι ἐραννήν,
ἔνθα οἱ ἀντεβόλησε θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη,
παρθενικῇ ἐικυῖα νεήνιδι, κάλπιν ἐχούσῃ.
| valign=top align=right|'''1'''
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Le divin et intrépide Ulysse suppliait ainsi la déesse Minerve: Nausica arrive à la ville sur le chariot traîné par de fortes mules. Lorsque cette jeune fille est devant la superbe demeure de son père, elle s'arrête sous les portiques. Les frères de Nausica, semblables aux dieux, s'empressent autour d'elle ; les uns détellent les mules du chariot, les autres portent les riches vêtements dans l'intérieur du palais, et Nausica se dirige vers ses appartements. Une vieille femme d'Épire, la suivante Euryméduse, que naguère dix vaisseaux ballottés par les flots amenèrent en cette île, enflamme le bois dans le foyer : les Phéaciens choisirent Euryméduse pour l'offrir en présent au roi Alcinoüs que le peuple écoute comme un dieu ; ce fut elle qui jadis éleva dans le palais la belle Nausica. Maintenant Euryméduse dispose le feu et prépare le repas.
Alors Ulysse se lève pour aller à la ville. Minerve-Pallas chérit ce héros, le couvre d'un épais nuage afin que sur sa route les magnanimes Phéaciens ne puissent ni le railler ni l'interroger. Quand Ulysse est près d'entrer dans cette agréable cité, Minerve, la déesse aux yeux d'azur, marche à sa rencontre sous les traits d'une jeune fille portant une urne ;
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| valign=top align=right|'''21'''
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Στῆ δὲ πρόσθ᾽ αὐτοῦ, ὁ δ᾽ ἀνείρετο δῖος Ὀδυσσεύς·
« Ὦ τέκος, οὐκ ἄν μοι δόμον ἀνέρος ἡγήσαιο
Ἀλκινόου, ὃς τοῖσδε μετ᾽ ἀνθρώποισι ἀνάσσει;
καὶ γὰρ ἐγὼ ξεῖνος ταλαπείριος ἐνθάδ᾽ ἱκάνω
τηλόθεν ἐξ ἀπίης γαίης· τῷ οὔ τινα οἶδα
ἀνθρώπων, οἳ τήνδε πόλιν καὶ γαῖαν ἔχουσιν. »
Τὸν δ᾽ αὖτε προσέειπε θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη·
| valign=top align=right|'''21'''
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elle s'arrête devant lui, et Ulysse lui parle en ces termes :
« Ô ma fille, pourrais-tu me conduire dans la demeure du héros Alcinoüs, roi des Phéaciens ? Je suis un malheureux voyageur et je viens d'un pays éloigné. Je ne connais, moi, aucun des hommes qui habitent cette ville et cultivent ces champs. »
La déesse Minerve lui répond :
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| valign=top align=right|'''28'''
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« Τοιγὰρ ἐγώ τοι, ξεῖνε πάτερ, δόμον, ὅν με κελεύεις,
δείξω, ἐπεί μοι πατρὸς ἀμύμονος ἐγγύθι ναίει.
Ἀλλ᾽ ἴθι σιγῇ τοῖον, ἐγὼ δ᾽ ὁδὸν ἡγεμονεύσω,
μηδέ τιν᾽ ἀνθρώπων προτιόσσεο μηδ᾽ ἐρέεινε.
Οὐ γὰρ ξείνους οἵδε μάλ᾽ ἀνθρώπους ἀνέχονται,
οὐδ᾽ ἀγαπαζόμενοι φιλέουσ᾽ ὅς κ᾽ ἄλλοθεν ἔλθῃ.
Νηυσὶ θοῇσιν τοί γε πεποιθότες ὠκείῃσι
λαῖτμα μέγ᾽ ἐκπερόωσιν, ἐπεί σφισι δῶκ᾽ ἐνοσίχθων·
τῶν νέες ὠκεῖαι ὡς εἰ πτερὸν ἠὲ νόημα. »
| valign=top align=right|'''28'''
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« Oui sans doute, vénérable étranger, je t'indiquerai la demeure que tu me demandes ; car le palais de mon irréprochable père touche à celui d'Alcinoüs. Mais marche toujours en silence, et je te montrerai le chemin : surtout ne regarde ni n'interroge personne. Les Phéaciens ne sont point favorables aux voyageurs, et ils accueillent sans bienveillance ceux qui viennent des pays lointains. Ces peuples, protégés par Neptune, se fient à leurs navires légers et rapides, et ils sillonnent sans cesse l'immense surface de la mer ; car leurs vaisseaux sont légers comme l'aile et rapides comme la pensée.»
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| valign=top align=right|'''37'''
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Ὣς ἄρα φωνήσασ᾽ ἡγήσατο Παλλὰς Ἀθήνη
καρπαλίμως· ὁ δ᾽ ἔπειτα μετ᾽ ἴχνια βαῖνε θεοῖο.
Τὸν δ᾽ ἄρα Φαίηκες ναυσικλυτοὶ οὐκ ἐνόησαν
ἐρχόμενον κατὰ ἄστυ διὰ σφέας· οὐ γὰρ Ἀθήνη
εἴα ἐυπλόκαμος, δεινὴ θεός, ἥ ῥά οἱ ἀχλὺν
θεσπεσίην κατέχευε φίλα φρονέουσ᾽ ἐνὶ θυμῷ.
Θαύμαζεν δ᾽ Ὀδυσεὺς λιμένας καὶ νῆας ἐίσας
αὐτῶν θ᾽ ἡρώων ἀγορὰς καὶ τείχεα μακρὰ
ὑψηλά, σκολόπεσσιν ἀρηρότα, θαῦμα ἰδέσθαι.
Ἀλλ᾽ ὅτε δὴ βασιλῆος ἀγακλυτὰ δώμαθ᾽ ἵκοντο,
τοῖσι δὲ μύθων ἦρχε θεά, γλαυκῶπις Ἀθήνη·
| valign=top align=right|'''37'''
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Minerve ayant ainsi parlé précède le héros qui suit ses pas. — Les Phéaciens, navigateurs illustres, ne l'aperçurent point lorsqu'au milieu d'eux il traversa la ville : Minerve par amour pour Ulysse, l'avait enveloppé d'un nuage céleste. — Le héros, en s'avançant, admire le port rempli de navires égaux, la place publique où s'assemblent les chefs du peuple, les longues et hautes murailles garnies de gigantesques pieux : spectacle admirable à voir. Lorsqu'ils sont arrivés tous deux devant le magnifique palais du roi, la déesse aux yeux d'azur dit à Ulysse :
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| valign=top align=right|'''48'''
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« Οὗτος δή τοι, ξεῖνε πάτερ, δόμος, ὅν με κελεύεις
πεφραδέμεν· δήεις δὲ διοτρεφέας βασιλῆας
δαίτην δαινυμένους· σὺ δ᾽ ἔσω κίε, μηδέ τι θυμῷ
τάρβει· θαρσαλέος γὰρ ἀνὴρ ἐν πᾶσιν ἀμείνων
ἔργοισιν τελέθει, εἰ καί ποθεν ἄλλοθεν ἔλθοι.
Δέσποιναν μὲν πρῶτα κιχήσεαι ἐν μεγάροισιν·
Ἀρήτη δ᾽ ὄνομ᾽ ἐστὶν ἐπώνυμον, ἐκ δὲ τοκήων
τῶν αὐτῶν οἵ περ τέκον Ἀλκίνοον βασιλῆα.
Ναυσίθοον μὲν πρῶτα Ποσειδάων ἐνοσίχθων
γείνατο καὶ Περίβοια, γυναικῶν εἶδος ἀρίστη,
ὁπλοτάτη θυγάτηρ μεγαλήτορος Εὐρυμέδοντος,
ὅς ποθ᾽ ὑπερθύμοισι Γιγάντεσσιν βασίλευεν.
Ἀλλ᾽ ὁ μὲν ὤλεσε λαὸν ἀτάσθαλον, ὤλετο δ᾽ αὐτός·
τῇ δὲ Ποσειδάων ἐμίγη καὶ ἐγείνατο παῖδα
Ναυσίθοον μεγάθυμον, ὃς ἐν Φαίηξιν ἄνασσε·
Ναυσίθοος δ᾽ ἔτεκεν ῾Ρηξήνορά τ᾽ Ἀλκίνοόν τε.
Τὸν μὲν ἄκουρον ἐόντα βάλ᾽ ἀργυρότοξος Ἀπόλλων
νυμφίον ἐν μεγάρῳ, μίαν οἴην παῖδα λιπόντα
Ἀρήτην· τὴν δ᾽ Ἀλκίνοος ποιήσατ᾽ ἄκοιτιν,
καί μιν ἔτισ᾽, ὡς οὔ τις ἐπὶ χθονὶ τίεται ἄλλη,
ὅσσαι νῦν γε γυναῖκες ὑπ᾽ ἀνδράσιν οἶκον ἔχουσιν.
Ὣς κείνη περὶ κῆρι τετίμηταί τε καὶ ἔστιν
ἔκ τε φίλων παίδων ἔκ τ᾽ αὐτοῦ Ἀλκινόοιο
καὶ λαῶν, οἵ μίν ῥα θεὸν ὣς εἰσορόωντες
δειδέχαται μύθοισιν, ὅτε στείχῃσ᾽ ἀνὰ ἄστυ.
Οὐ μὲν γάρ τι νόου γε καὶ αὐτὴ δεύεται ἐσθλοῦ·
ᾗσι τ᾽ ἐὺ φρονέῃσι καὶ ἀνδράσι νείκεα λύει.
Εἴ κέν τοι κείνη γε φίλα φρονέῃσ᾽ ἐνὶ θυμῷ,
ἐλπωρή τοι ἔπειτα φίλους τ᾽ ἰδέειν καὶ ἱκέσθαι
οἶκον ἐς ὑψόροφον καὶ σὴν ἐς πατρίδα γαῖαν. »
| valign=top align=right|'''48'''
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« Voilà, vénérable étranger, la demeure que tu m'as ordonné de t'indiquer. Tu trouveras dans ce palais les princes chéris de Jupiter rassemblés pour le festin. Entre donc sans crainte dans cette maison. L'homme intrépide réussit mieux en toute entreprise, lors même qu'il arrive d'un pays éloigné. D'abord, tu t'adresseras à la reine : son nom est Arété, et elle descend des mêmes ancêtres qui donnèrent le jour au roi Alcinoüs. Nausithoüs naquit du redoutable Neptune et de Péribée, la plus belle des femmes et la plus jeune d'entre les filles du magnanime Eurymédon qui régna jadis sur les géants orgueilleux ; ce héros anéantit pour jamais ce peuple criminel, et lui-même il trouva la mort au milieu des combats. Neptune s'unit donc à Péribée ; il eut avec elle le courageux Nausithoüs, roi des Phéaciens et père d'Alcinoüs et de Rhexenor. Ce dernier héros récemment uni n'eut point de fils : il mourut frappé dans son palais par les flèches d'Apollon, le dieu à l'arc d'argent. Rhexenor ne laissa qu'une seule fille, Arété, qu'Alcinoüs choisit pour épouse, et qu'il honore maintenant comme nulle autre femme n'est honorée sur la terre, même parmi toutes celles qui, soumises à leur époux, gouvernent avec sagesse leurs somptueuses demeures. Ainsi la noble Arété est chérie par ses enfants, par le roi Alcinoüs lui-même, et par tous les Phéaciens qui la contemplent comme une déesse et lui adressent de nombreuses bénédictions toutes les fois qu'elle se promène par la ville. Jamais son esprit n'a manqué de prudence ; et par de sages pensées elle termine les querelles qui s'élèvent parmi les hommes. Si cette reine a pour toi quelque bienveillance, tu reverras bientôt tes amis et ta terre natale. »
|}
<div style="text-align: center;">
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| colspan=4 |
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| valign=top align=right|'''78'''
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Ὣς ἄρα φωνήσασ᾽ ἀπέβη γλαυκῶπις Ἀθήνη
πόντον ἐπ᾽ ἀτρύγετον, λίπε δὲ Σχερίην ἐρατεινήν,
ἵκετο δ᾽ ἐς Μαραθῶνα καὶ εὐρυάγυιαν Ἀθήνην,
δῦνε δ᾽ Ἐρεχθῆος πυκινὸν δόμον. Αὐτὰρ Ὀδυσσεὺς
Ἀλκινόου πρὸς δώματ᾽ ἴε κλυτά· πολλὰ δέ οἱ κῆρ
ὥρμαιν᾽ ἱσταμένῳ, πρὶν χάλκεον οὐδὸν ἱκέσθαι.
Ὥς τε γὰρ ἠελίου αἴγλη πέλεν ἠὲ σελήνης
δῶμα καθ᾽ ὑψερεφὲς μεγαλήτορος Ἀλκινόοιο.
Χάλκεοι μὲν γὰρ τοῖχοι ἐληλέδατ᾽ ἔνθα καὶ ἔνθα,
ἐς μυχὸν ἐξ οὐδοῦ, περὶ δὲ θριγκὸς κυάνοιο·
χρύσειαι δὲ θύραι πυκινὸν δόμον ἐντὸς ἔεργον·
σταθμοὶ δ᾽ ἀργύρεοι ἐν χαλκέῳ ἕστασαν οὐδῷ,
ἀργύρεον δ᾽ ἐφ᾽ ὑπερθύριον, χρυσέη δὲ κορώνη.
Χρύσειοι δ᾽ ἑκάτερθε καὶ ἀργύρεοι κύνες ἦσαν,
οὓς Ἥφαιστος ἔτευξεν ἰδυίῃσι πραπίδεσσι
δῶμα φυλασσέμεναι μεγαλήτορος Ἀλκινόοιο,
ἀθανάτους ὄντας καὶ ἀγήρως ἤματα πάντα.
Ἐν δὲ θρόνοι περὶ τοῖχον ἐρηρέδατ᾽ ἔνθα καὶ ἔνθα,
ἐς μυχὸν ἐξ οὐδοῖο διαμπερές, ἔνθ᾽ ἐνὶ πέπλοι
λεπτοὶ ἐύννητοι βεβλήατο, ἔργα γυναικῶν.
Ἔνθα δὲ Φαιήκων ἡγήτορες ἑδριόωντο
πίνοντες καὶ ἔδοντες· ἐπηετανὸν γὰρ ἔχεσκον.
Χρύσειοι δ᾽ ἄρα κοῦροι ἐυδμήτων ἐπὶ βωμῶν
ἕστασαν αἰθομένας δαΐδας μετὰ χερσὶν ἔχοντες,
φαίνοντες νύκτας κατὰ δώματα δαιτυμόνεσσι.
Πεντήκοντα δέ οἱ δμωαὶ κατὰ δῶμα γυναῖκες
αἱ μὲν ἀλετρεύουσι μύλῃς ἔπι μήλοπα καρπόν,
αἱ δ᾽ ἱστοὺς ὑφόωσι καὶ ἠλάκατα στρωφῶσιν
ἥμεναι, οἷά τε φύλλα μακεδνῆς αἰγείροιο·
καιρουσσέων δ᾽ ὀθονέων ἀπολείβεται ὑγρὸν ἔλαιον.
Ὅσσον Φαίηκες περὶ πάντων ἴδριες ἀνδρῶν
νῆα θοὴν ἐνὶ πόντῳ ἐλαυνέμεν, ὣς δὲ γυναῖκες
ἱστῶν τεχνῆσσαι· πέρι γάρ σφισι δῶκεν Ἀθήνη
ἔργα τ᾽ ἐπίστασθαι περικαλλέα καὶ φρένας ἐσθλάς.
Ἔκτοσθεν δ᾽ αὐλῆς μέγας ὄρχατος ἄγχι θυράων
τετράγυος· περὶ δ᾽ ἕρκος ἐλήλαται ἀμφοτέρωθεν.
Ἔνθα δὲ δένδρεα μακρὰ πεφύκασι τηλεθόωντα,
ὄγχναι καὶ ῥοιαὶ καὶ μηλέαι ἀγλαόκαρποι
συκέαι τε γλυκεραὶ καὶ ἐλαῖαι τηλεθόωσαι.
Τάων οὔ ποτε καρπὸς ἀπόλλυται οὐδ᾽ ἀπολείπει
χείματος οὐδὲ θέρευς, ἐπετήσιος· ἀλλὰ μάλ᾽ αἰεὶ
Ζεφυρίη πνείουσα τὰ μὲν φύει, ἄλλα δὲ πέσσει.
Ὄγχνη ἐπ᾽ ὄγχνῃ γηράσκει, μῆλον δ᾽ ἐπὶ μήλῳ,
αὐτὰρ ἐπὶ σταφυλῇ σταφυλή, σῦκον δ᾽ ἐπὶ σύκῳ.
Ἔνθα δέ οἱ πολύκαρπος ἀλωὴ ἐρρίζωται,
τῆς ἕτερον μὲν θειλόπεδον λευρῷ ἐνὶ χώρῳ
τέρσεται ἠελίῳ, ἑτέρας δ᾽ ἄρα τε τρυγόωσιν,
ἄλλας δὲ τραπέουσι· πάροιθε δέ τ᾽ ὄμφακές εἰσιν
ἄνθος ἀφιεῖσαι, ἕτεραι δ᾽ ὑποπερκάζουσιν.
Ἔνθα δὲ κοσμηταὶ πρασιαὶ παρὰ νείατον ὄρχον
παντοῖαι πεφύασιν, ἐπηετανὸν γανόωσαι·
ἐν δὲ δύω κρῆναι ἡ μέν τ᾽ ἀνὰ κῆπον ἅπαντα
σκίδναται, ἡ δ᾽ ἑτέρωθεν ὑπ᾽ αὐλῆς οὐδὸν ἵησι
πρὸς δόμον ὑψηλόν, ὅθεν ὑδρεύοντο πολῖται.
Τοῖ᾽ ἄρ᾽ ἐν Ἀλκινόοιο θεῶν ἔσαν ἀγλαὰ δῶρα.
| valign=top align=right|'''78'''
| valign=top|
Telles sont les paroles que prononce Minerve aux yeux d'azur ; puis en s'élançant sur la mer stérile elle quitte la riante Schérie. La déesse traverse les plaines de Marathon, la ville aux larges rues des Athéniens, et elle se rend dans la superbe demeure d'Érechthée. — Ulysse s'avance vers le riche palais d'Alcinoüs, le cœur agité de mille pensées, et il s'arrête avant de franchir le seuil d'airain. — La haute demeure du magnanime Alcinoüs brille ainsi que la splendide clarté de la lune et l'éclatante lumière du soleil. Les murailles sont de toutes parts revêtues d'airain, depuis l'entrée du palais jusqu'au fond des appartements ; tout autour des murailles règne une corniche azurée. L'intérieur de cette demeure inébranlable est fermé par des portes d'or ; les montants d'argent reposent sur le seuil d'airain, et le linteau des portes est aussi en argent et l'anneau est en or. Aux extrémités des portes on aperçoit des chiens d'or et d'argent qu'avait forgés Vulcain avec un art merveilleux pour garder la demeure du magnanime Alcinoüs ; ces chiens sont immortels et pour toujours exempts de vieillesse. Dans l'intérieur du palais, depuis le seuil jusqu'à l'extrémité des vastes salles se trouvent des sièges rangés le long des murailles ; ces sièges sont recouverts de tissus finement travaillés par des mains de femmes : là s'asseyent les chefs des Phéaciens pour goûter les douceurs du repas, car ils ont chaque jour de nouvelles fêtes. Sur de magnifiques piédestaux s'élèvent des statues en or représentant des hommes encore jeunes tenant entre leurs mains des flambeaux allumés servant à éclairer pendant la nuit la salle des convives. Cinquante femmes esclaves servent dans ce palais ; les unes broient sous la meule le jaune froment ; les autres tissent la laine ou filent la toile, et les mains de ces femmes sont aussi mobiles que les feuilles d'un haut peuplier agité par le vent : une huile éclatante semble couler de ces magnifiques étoffes tissées avec tant d'habileté. Autant les Phéaciens surpassent tous les hommes dans l'art de diriger les rapides navires sur la mer ténébreuse, autant les Phéaciennes l'emportent sur les autres femmes et par leur adresse et par l'excellence de leurs tissus ; car Minerve leur accorda la faveur de produire des ouvrages merveilleux et d'avoir de sages pensées. — En dehors de la cour et tout près des portes se trouve un jardin de quatre arpents, fermé par une enceinte. Là croissent des arbres élevés et verdoyants, des poiriers, des grenadiers, des pommiers, des figuiers et des oliviers toujours verts ; ces arbres sont chargés de fruits toute l'année, et ils en portent pendant l'hiver comme pendant l'été : le souffle du zéphyr fait tantôt naître les uns et tantôt mûrir les autres. La poire vieillit auprès de la poire, la pomme auprès de la pomme, le raisin auprès du raisin et la figue auprès de la figue. — Là est aussi plantée une vigne dont les grappes sèchent aux rayons du soleil, dans une plaine unie et découverte ; d'autres sont cueillies par le laboureur, ou pressées dans la cuve, et a quelque distance on aperçoit encore de jeunes grappes : les unes sont en fleur, et les autres commencent à noircir. — À l'extrémité du jardin, des espaces réguliers sont remplis de diverses plantes potagères qui fleurissent constamment. En ces lieux coulent deux fontaines ; la première répand son onde limpide à travers le jardin ; la seconde serpente à l'entrée de la cour, près du palais élevé : c'est là que les Phéaciens viennent puiser l'eau. — Tels sont les présents splendides dont les dieux embellirent la demeure d'Alcinoüs.
|-
| valign=top align=right|'''133'''
| valign=top|
Ἔνθα στὰς θηεῖτο πολύτλας δῖος Ὀδυσσεύς.
Αὐτὰρ ἐπεὶ δὴ πάντα ἑῷ θηήσατο θυμῷ,
καρπαλίμως ὑπὲρ οὐδὸν ἐβήσετο δώματος εἴσω.
Εὗρε δὲ Φαιήκων ἡγήτορας ἠδὲ μέδοντας
σπένδοντας δεπάεσσιν ἐυσκόπῳ ἀργεϊφόντῃ,
ᾧ πυμάτῳ σπένδεσκον, ὅτε μνησαίατο κοίτου.
Αὐτὰρ ὁ βῆ διὰ δῶμα πολύτλας δῖος Ὀδυσσεὺς
πολλὴν ἠέρ᾽ ἔων, ἥν οἱ περίχευεν Ἀθήνη,
ὄφρ᾽ ἵκετ᾽ Ἀρήτην τε καὶ Ἀλκίνοον βασιλῆα.
Ἀμφὶ δ᾽ ἄρ᾽ Ἀρήτης βάλε γούνασι χεῖρας Ὀδυσσεύς,
καὶ τότε δή ῥ᾽ αὐτοῖο πάλιν χύτο θέσφατος ἀήρ.
Οἱ δ᾽ ἄνεῳ ἐγένοντο, δόμον κάτα φῶτα ἰδόντες·
θαύμαζον δ᾽ ὁρόωντες. Ὁ δὲ λιτάνευεν Ὀδυσσεύς·
| valign=top align=right|'''133'''
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À cette vue le divin Ulysse s'arrête étonné. Le héros, après avoir admiré toutes ces merveilles, franchit rapidement le seuil et pénètre dans l'intérieur du palais où il trouve les princes et les chefs des Phéaciens offrant, avec leurs coupes, des libations à Mercure : c'est en l'honneur de ce dieu que l'on fait les derniers sacrifices quand on songe au sommeil. L'intrépide Ulysse, toujours enveloppé par l'épais nuage, traverse la demeure et arrive auprès d'Alcinoüs et de la belle Arété. Il entoure de ses bras les genoux de la reine, et soudain le céleste nuage se dissipe. Tous les Phéaciens restent muets en apercevant cet étranger, et ils le contemplent avec admiration. Alors Ulysse fait entendre ces paroles suppliantes :
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| valign=top align=right|'''146'''
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« Ἀρήτη, θύγατερ ῾Ρηξήνορος ἀντιθέοιο,
σόν τε πόσιν σά τε γούναθ᾽ ἱκάνω πολλὰ μογήσας
τούσδε τε δαιτυμόνας· τοῖσιν θεοὶ ὄλβια δοῖεν
ζωέμεναι, καὶ παισὶν ἐπιτρέψειεν ἕκαστος
κτήματ᾽ ἐνὶ μεγάροισι γέρας θ᾽ ὅ τι δῆμος ἔδωκεν·
αὐτὰρ ἐμοὶ πομπὴν ὀτρύνετε πατρίδ᾽ ἱκέσθαι
θᾶσσον, ἐπεὶ δὴ δηθὰ φίλων ἄπο πήματα πάσχω. »
| valign=top align=right|'''146'''
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«Arété, fille du divin Rhexenor, écoute-moi. Après avoir beaucoup souffert, je viens me jeter à tes pieds et implorer ton époux et ses convives. Puissent les dieux vous accorder à tous des jours heureux ! Puisse aussi chacun de vous laisser à ses enfants les richesses de son palais et les honneurs qu'il reçut du peuple ! Mais faites que je quitte cette île, et que je retourne bientôt dans ma patrie ; car, depuis longtemps, je supporte, loin de mes amis, d'amères douleurs ! »
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| valign=top align=right|'''153'''
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Ὣς εἰπὼν κατ᾽ ἄρ᾽ ἕζετ᾽ ἐπ᾽ ἐσχάρῃ ἐν κονίῃσιν
πὰρ πυρί· οἱ δ᾽ ἄρα πάντες ἀκὴν ἐγένοντο σιωπῇ.
Ὀψὲ δὲ δὴ μετέειπε γέρων ἥρως Ἐχένηος,
ὃς δὴ Φαιήκων ἀνδρῶν προγενέστερος ἦεν
καὶ μύθοισι κέκαστο, παλαιά τε πολλά τε εἰδώς·
ὅ σφιν ἐὺ φρονέων ἀγορήσατο καὶ μετέειπεν·
| valign=top align=right|'''153'''
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En achevant ces mots, le héros va s'asseoir près du feu, sur la cendre du foyer, et tous les assistants gardent un profond silence. Tout à coup se lève le vieux guerrier Échénus, le plus âgé des Phéaciens, Échénus qui brillait par ses paroles et par sa connaissance des temps passés ; ce héros, plein de bienveillance, s'exprime en ces termes :
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| valign=top align=right|'''159'''
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« Ἀλκίνο᾽, οὐ μέν τοι τόδε κάλλιον, οὐδὲ ἔοικε,
ξεῖνον μὲν χαμαὶ ἧσθαι ἐπ᾽ ἐσχάρῃ ἐν κονίῃσιν,
οἵδε δὲ σὸν μῦθον ποτιδέγμενοι ἰσχανόωνται.
Ἄλλ᾽ ἄγε δὴ ξεῖνον μὲν ἐπὶ θρόνου ἀργυροήλου
εἷσον ἀναστήσας, σὺ δὲ κηρύκεσσι κέλευσον
οἶνον ἐπικρῆσαι, ἵνα καὶ Διὶ τερπικεραύνῳ
σπείσομεν, ὅς θ᾽ ἱκέτῃσιν ἅμ᾽ αἰδοίοισιν ὀπηδεῖ·
δόρπον δὲ ξείνῳ ταμίη δότω ἔνδον ἐόντων. »
| valign=top align=right|'''159'''
| valign=top|
«Non, sans doute, Alcinoüs, il n'est point généreux ni convenable de laisser un étranger assis sur la cendre du foyer. Tu le vois, tous les convives se taisent et attendent tes ordres. Ordonne donc qu'il se lève ; fais-le asseoir sur un siège magnifique orné de clous d'argent, et commande à tes hérauts de verser le vin, afin que nous offrions des libations au dieu qui lance la foudre, à Jupiter qui toujours accompagne les suppliants placés sous la protection divine. Que ta vénérable intendante serve à cet étranger les mets qui sont renfermés dans ton palais. »
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| valign=top align=right|'''167'''
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Αὐτὰρ ἐπεὶ τό γ᾽ ἄκουσ᾽ ἱερὸν μένος Ἀλκινόοιο,
χειρὸς ἑλὼν Ὀδυσῆα δαΐφρονα ποικιλομήτην
ὦρσεν ἀπ᾽ ἐσχαρόφιν καὶ ἐπὶ θρόνου εἷσε φαεινοῦ,
υἱὸν ἀναστήσας ἀγαπήνορα Λαοδάμαντα,
ὅς οἱ πλησίον ἷζε, μάλιστα δέ μιν φιλέεσκεν.
Χέρνιβα δ᾽ ἀμφίπολος προχόῳ ἐπέχευε φέρουσα
καλῇ χρυσείῃ ὑπὲρ ἀργυρέοιο λέβητος,
νίψασθαι· παρὰ δὲ ξεστὴν ἐτάνυσσε τράπεζαν.
Σῖτον δ᾽ αἰδοίη ταμίη παρέθηκε φέρουσα,
εἴδατα πόλλ᾽ ἐπιθεῖσα, χαριζομένη παρεόντων.
Αὐτὰρ ὁ πῖνε καὶ ἦσθε πολύτλας δῖος Ὀδυσσεύς.
Καὶ τότε κήρυκα προσέφη μένος Ἀλκινόοιο·
| valign=top align=right|'''167'''
| valign=top|
Alcinoüs, après avoir entendu ces paroles, présente la main au prudent et ingénieux Ulysse, le relève et le fait asseoir sur un siège brillant, sur celui que venait de quitter son fils bien-aimé, le brave Laodamas assis à ses côtés. Alors une esclave, portant une belle aiguière d'or, verse l'eau qu'elle contient dans un bassin d'argent pour qu'Ulysse baigne ses mains vigoureuses ; puis elle place devant l'étranger une table lisse et polie ; une vénérable intendante y dépose le pain et les nombreux aliments qu'elle offre ensuite avec largesse. Tandis que le divin Ulysse boit et mange selon ses désirs, le puissant Alcinoüs dit à l'un de ses hérauts :
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| valign=top align=right|'''179'''
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« Ποντόνοε, κρητῆρα κερασσάμενος μέθυ νεῖμον
πᾶσιν ἀνὰ μέγαρον, ἵνα καὶ Διὶ τερπικεραύνῳ
σπείσομεν, ὅς θ᾽ ἱκέτῃσιν ἅμ᾽ αἰδοίοισιν ὀπηδεῖ. »
| valign=top align=right|'''179'''
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« Pontonoüs , mêle le vin dans le cratère, et présente des coupes pleines à tous les convives, afin que nous offrions des libations à Jupiter qui toujours accompagne les suppliants placés sous la protection divine. »
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| valign=top align=right|'''182'''
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Ὣς φάτο, Ποντόνοος δὲ μελίφρονα οἶνον ἐκίρνα,
νώμησεν δ᾽ ἄρα πᾶσιν ἐπαρξάμενος δεπάεσσιν.
Αὐτὰρ ἐπεὶ σπεῖσάν τ᾽ ἔπιόν θ᾽, ὅσον ἤθελε θυμός,
τοῖσιν δ᾽ Ἀλκίνοος ἀγορήσατο καὶ μετέειπε·
| valign=top align=right|'''182'''
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Il dit. Pontonoüs mêle le doux nectar dans le cratère ; puis il verse le vin dans des coupes qu'il porte à ses lèvres, et qu'il distribue ensuite à tous les convives.
Quand ceux-ci ont bu et fait les libations, Alcinoüs se lève et prononce ce discours :
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<div style="text-align: center;">
{| width=70% cellspacing=5 border=0 |
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| colspan=4 |
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| valign=top align=right|'''186'''
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« Κέκλυτε, Φαιήκων ἡγήτορες ἠδὲ μέδοντες
ὄφρ᾽ εἴπω τά με θυμὸς ἐνὶ στήθεσσι κελεύει.
Νῦν μὲν δαισάμενοι κατακείετε οἴκαδ᾽ ἰόντες·
ἠῶθεν δὲ γέροντας ἐπὶ πλέονας καλέσαντες
ξεῖνον ἐνὶ μεγάροις ξεινίσσομεν ἠδὲ θεοῖσιν 190
ῥέξομεν ἱερὰ καλά, ἔπειτα δὲ καὶ περὶ πομπῆς
μνησόμεθ᾽, ὥς χ᾽ ὁ ξεῖνος ἄνευθε πόνου καὶ ἀνίης
πομπῇ ὑφ᾽ ἡμετέρῃ ἣν πατρίδα γαῖαν ἵκηται
χαίρων καρπαλίμως, εἰ καὶ μάλα τηλόθεν ἐστί,
μηδέ τι μεσσηγύς γε κακὸν καὶ πῆμα πάθῃσι,
πρίν γε τὸν ἧς γαίης ἐπιβήμεναι· ἔνθα δ᾽ ἔπειτα
πείσεται, ἅσσα οἱ αἶσα κατὰ κλῶθές τε βαρεῖαι
γιγνομένῳ νήσαντο λίνῳ, ὅτε μιν τέκε μήτηρ.
Εἰ δέ τις ἀθανάτων γε κατ᾽ οὐρανοῦ εἰλήλουθεν,
ἄλλο τι δὴ τόδ᾽ ἔπειτα θεοὶ περιμηχανόωνται.
Αἰεὶ γὰρ τὸ πάρος γε θεοὶ φαίνονται ἐναργεῖς
ἡμῖν, εὖτ᾽ ἔρδωμεν ἀγακλειτὰς ἑκατόμβας,
δαίνυνταί τε παρ᾽ ἄμμι καθήμενοι ἔνθα περ ἡμεῖς.
Εἰ δ᾽ ἄρα τις καὶ μοῦνος ἰὼν ξύμβληται ὁδίτης,
οὔ τι κατακρύπτουσιν, ἐπεί σφισιν ἐγγύθεν εἰμέν,
ὥς περ Κύκλωπές τε καὶ ἄγρια φῦλα Γιγάντων. »
Τὸν δ᾽ ἀπαμειβόμενος προσέφη πολύμητις Ὀδυσσεύς·
| valign=top align=right|'''186'''
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« Princes et chefs des Phéaciens, écoutez moi, pour que je vous dise tout ce que mon âme m'inspire. — Maintenant que le repas est terminé, retirez-vous dans vos demeures pour y goûter le repos. Demain nous rassemblerons en plus grand nombre les anciens du peuple ; nous traiterons somptueusement notre hôte ; nous offrirons aux dieux de pompeux sacrifices, et nous nous occuperons du départ de cet étranger. Je désire que, sans tourments et sans peines, il arrive promptement et joyeusement, sous notre conduite, dans sa chère patrie, fût-elle même très éloignée de cette île. Veillons à ce que dans son trajet il n'éprouve aucun malheur avant d'avoir atteint sa terre natale. Il subira là le sort que lui filèrent les impitoyables Parques lorsque sa mère le mit au jour ; mais si ce voyageur est un immortel descendu de l'Olympe, les dieux méditeront alors d'autres desseins. Jusqu'à présent les divinités se sont manifestées à nous lorsque nous leur avons offert d'illustres hécatombes ; elles-mêmes ont pris part à nos festins en se tenant assises au milieu de nous. Si jamais un Phéacien voyageant solitairement vient à rencontrer des immortels, ils ne se dérobent pas à lui car par notre origine nous nous rapprochons autant des dieux que les cyclopes et la race farouche des géants. »
Le prudent Ulysse lui répond :
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| valign=top align=right|'''208'''
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« Ἀλκίνο᾽, ἄλλο τί τοι μελέτω φρεσίν· οὐ γὰρ ἐγώ γε
ἀθανάτοισιν ἔοικα, τοὶ οὐρανὸν εὐρὺν ἔχουσιν,
οὐ δέμας οὐδὲ φυήν, ἀλλὰ θνητοῖσι βροτοῖσιν.
Οὕς τινας ὑμεῖς ἴστε μάλιστ᾽ ὀχέοντας ὀιζὺν
ἀνθρώπων, τοῖσίν κεν ἐν ἄλγεσιν ἰσωσαίμην.
Καὶ δ᾽ ἔτι κεν καὶ μᾶλλον ἐγὼ κακὰ μυθησαίμην,
ὅσσα γε δὴ ξύμπαντα θεῶν ἰότητι μόγησα.
Ἀλλ᾽ ἐμὲ μὲν δορπῆσαι ἐάσατε κηδόμενόν περ·
οὐ γάρ τι στυγερῇ ἐπὶ γαστέρι κύντερον ἄλλο
ἔπλετο, ἥ τ᾽ ἐκέλευσεν ἕο μνήσασθαι ἀνάγκῃ
καὶ μάλα τειρόμενον καὶ ἐνὶ φρεσὶ πένθος ἔχοντα,
ὡς καὶ ἐγὼ πένθος μὲν ἔχω φρεσίν, ἡ δὲ μάλ᾽ αἰεὶ
ἐσθέμεναι κέλεται καὶ πινέμεν, ἐκ δέ με πάντων
ληθάνει ὅσσ᾽ ἔπαθον, καὶ ἐνιπλησθῆναι ἀνώγει.
Ὑμεῖς δ᾽ ὀτρύνεσθαι ἅμ᾽ ἠοῖ φαινομένηφιν,
ὥς κ᾽ ἐμὲ τὸν δύστηνον ἐμῆς ἐπιβήσετε πάτρης
καί περ πολλὰ παθόντα· ἰδόντα με καὶ λίποι αἰὼν
κτῆσιν ἐμήν, δμῶάς τε καὶ ὑψερεφὲς μέγα δῶμα. »
| valign=top align=right|'''208'''
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« Alcinoüs, écarte de pareilles pensées de ton esprit. Non, je ne suis point, ni par ma taille, ni par mes traits, semblable aux dieux qui habitent les vastes régions célestes ; mais je ressemble aux faibles mortels, et je puis m'égaler à l'homme qui a le plus souffert. Je pourrais même te raconter les plus grandes infortunes si je te disais tout ce que j'ai enduré sur la terre et sur l'onde par la volonté des immortels ; mais permets que malgré ma tristesse j'achève mon repas : rien n'est plus horrible en effet que la faim, qui revient impérieusement et sans cesse dans la mémoire des hommes, de ceux qui sont affligés et souffrent les plus grandes douleurs. Ainsi, moi je suis dévoré par les chagrins, et cependant la faim me commande de manger et de boire ; elle me fait oublier tous les maux que j'ai soufferts, et elle ne demande qu'à être satisfaite.— Demain, au lever de l'aurore, hâte-toi, puissant Alcinoüs, de ramener dans sa patrie un infortuné qui a supporté tant de malheurs ! Que la vie m'abandonne ensuite lorsque j'aurai revu ma terre natale, mes serviteurs et mon superbe palais. »
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| valign=top align=right|'''226'''
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Ὣς ἔφαθ᾽, οἱ δ᾽ ἄρα πάντες ἐπῄνεον ἠδ᾽ ἐκέλευον
πεμπέμεναι τὸν ξεῖνον, ἐπεὶ κατὰ μοῖραν ἔειπεν.
Αὐτὰρ ἐπεὶ σπεῖσάν τ᾽ ἔπιον θ᾽ ὅσον ἤθελε θυμός,
οἱ μὲν κακκείοντες ἔβαν οἶκόνδε ἕκαστος,
αὐτὰρ ὁ ἐν μεγάρῳ ὑπελείπετο δῖος Ὀδυσσεύς,
πὰρ δέ οἱ Ἀρήτη τε καὶ Ἀλκίνοος θεοειδὴς
ἥσθην· ἀμφίπολοι δ᾽ ἀπεκόσμεον ἔντεα δαιτός.
Τοῖσιν δ᾽ Ἀρήτη λευκώλενος ἤρχετο μύθων·
ἔγνω γὰρ φᾶρός τε χιτῶνά τε εἵματ᾽ ἰδοῦσα
καλά, τά ῥ᾽ αὐτὴ τεῦξε σὺν ἀμφιπόλοισι γυναιξί·
καί μιν φωνήσασ᾽ ἔπεα πτερόεντα προσηύδα·
| valign=top align=right|'''226'''
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Il s'arrête, et les Phéaciens l'applaudissent. Tous ces héros veulent qu'on ramène dans sa patrie qui vient de parler avec tant de sagesse. Quand les convives ont achevé les libations et bu selon leurs désirs, ils retournent dans leurs demeures pour y goûter le repos. Le divin Ulysse reste dans le palais ; et près de lui sont assis la reine Arété et le puissant Alcinous semblable à un dieu. Aussitôt les esclaves enlèvent les apprêts du festin. Alors Arété aux blanches épaules, ayant reconnu le manteau, la tunique et les riches vêtements qu'elle-même avait tissés avec ses femmes, adresse au voyageur ces rapides paroles :
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| valign=top align=right|'''237'''
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« Ξεῖνε, τὸ μέν σε πρῶτον ἐγὼν εἰρήσομαι αὐτή·
Τίς πόθεν εἰς ἀνδρῶν; τίς τοι τάδε εἵματ᾽ ἔδωκεν;
Οὐ δὴ φῆς ἐπὶ πόντον ἀλώμενος ἐνθάδ᾽ ἱκέσθαι; »
Τὴν δ᾽ ἀπαμειβόμενος προσέφη πολύμητις Ὀδυσσεύς·
| valign=top align=right|'''237'''
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« Étranger, qui es-tu ? Quels sont les peuples que tu viens de quitter ? Qui t'a donné ces riches vêtements ? N'as-tu pas dit qu'après avoir erré longtemps sur la mer, tu fus jeté par les tempêtes sur ce rivage ? »
Le prudent Ulysse lui répond en disant :
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| valign=top align=right|'''241'''
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« Ἀργαλέον, βασίλεια, διηνεκέως ἀγορεῦσαι
κήδε᾽, ἐπεί μοι πολλὰ δόσαν θεοὶ Οὐρανίωνες·
τοῦτο δέ τοι ἐρέω ὅ μ᾽ ἀνείρεαι ἠδὲ μεταλλᾷς.
Ὠγυγίη τις νῆσος ἀπόπροθεν εἰν ἁλὶ κεῖται·
ἔνθα μὲν Ἄτλαντος θυγάτηρ, δολόεσσα Καλυψὼ
ναίει ἐυπλόκαμος, δεινὴ θεός· οὐδέ τις αὐτῇ
μίσγεται οὔτε θεῶν οὔτε θνητῶν ἀνθρώπων.
Ἀλλ᾽ ἐμὲ τὸν δύστηνον ἐφέστιον ἤγαγε δαίμων
οἶον, ἐπεί μοι νῆα θοὴν ἀργῆτι κεραυνῷ
Ζεὺς ἔλσας ἐκέασσε μέσῳ ἐνὶ οἴνοπι πόντῳ.
Ἔνθ᾽ ἄλλοι μὲν πάντες ἀπέφθιθεν ἐσθλοὶ ἑταῖροι,
αὐτὰρ ἐγὼ τρόπιν ἀγκὰς ἑλὼν νεὸς ἀμφιελίσσης
ἐννῆμαρ φερόμην· δεκάτῃ δέ με νυκτὶ μελαίνῃ
νῆσον ἐς Ὠγυγίην πέλασαν θεοί, ἔνθα Καλυψὼ
ναίει ἐυπλόκαμος, δεινὴ θεός, ἥ με λαβοῦσα
ἐνδυκέως ἐφίλει τε καὶ ἔτρεφεν ἠδὲ ἔφασκε
θήσειν ἀθάνατον καὶ ἀγήραον ἤματα πάντα·
ἀλλ᾽ ἐμὸν οὔ ποτε θυμὸν ἐνὶ στήθεσσιν ἔπειθεν.
Ἔνθα μὲν ἑπτάετες μένον ἔμπεδον, εἵματα δ᾽ αἰεὶ
δάκρυσι δεύεσκον, τά μοι ἄμβροτα δῶκε Καλυψώ·
ἀλλ᾽ ὅτε δὴ ὀγδόατόν μοι ἐπιπλόμενον ἔτος ἦλθεν,
καὶ τότε δή μ᾽ ἐκέλευσεν ἐποτρύνουσα νέεσθαι
Ζηνὸς ὑπ᾽ ἀγγελίης, ἢ καὶ νόος ἐτράπετ᾽ αὐτῆς.
Πέμπε δ᾽ ἐπὶ σχεδίης πολυδέσμου, πολλὰ δ᾽ ἔδωκε,
σῖτον καὶ μέθυ ἡδύ, καὶ ἄμβροτα εἵματα ἕσσεν,
οὖρον δὲ προέηκεν ἀπήμονά τε λιαρόν τε.
Ἑπτὰ δὲ καὶ δέκα μὲν πλέον ἤματα ποντοπορεύων,
ὀκτωκαιδεκάτῃ δ᾽ ἐφάνη ὄρεα σκιόεντα
γαίης ὑμετέρης, γήθησε δέ μοι φίλον ἦτορ
δυσμόρῳ· ἦ γὰρ ἔμελλον ἔτι ξυνέσεσθαι ὀιζυῖ
πολλῇ, τήν μοι ἐπῶρσε Ποσειδάων ἐνοσίχθων,
ὅς μοι ἐφορμήσας ἀνέμους κατέδησε κέλευθον,
ὤρινεν δὲ θάλασσαν ἀθέσφατον, οὐδέ τι κῦμα
εἴα ἐπὶ σχεδίης ἁδινὰ στενάχοντα φέρεσθαι.
Τὴν μὲν ἔπειτα θύελλα διεσκέδασ᾽· αὐτὰρ ἐγώ γε
νηχόμενος τόδε λαῖτμα διέτμαγον, ὄφρα με γαίῃ
ὑμετέρῃ ἐπέλασσε φέρων ἄνεμός τε καὶ ὕδωρ.
| valign=top align=right|'''241'''
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« Ô reine, il me serait difficile de te raconter toutes mes infortunes ; car les immortels m'ont sans cesse accablé de maux : cependant je vais te répondre. — Au loin dans la mer s'élève l'île d'Ogygie qu'habite la fille d'Atlas, l'artificieuse Calypso, puissante déesse à la belle chevelure, que fuient et les hommes et les dieux. Une divinité me conduisit seul dans sa demeure pour être son hôte infortuné, lorsque Jupiter en lançant du haut des cieux sa foudre éclatante eut brisé mon navire, au sein de la mer ténébreuse. Tous mes braves compagnons perdirent la vie ; mais moi, saisissant entre mes bras la carène de mon vaisseau ballotté par les vagues, je fus pendant neuf jours porté sur les ondes. Le dixième jour, par une nuit obscure, les dieux me poussèrent vers les rivages de l'île d'Ogygie habitée par Calypso à l'ondoyante chevelure. La déesse m'accueillit avec empressement ; elle me combla de caresses, prit soin de mes jours, et me dit qu'elle me rendrait immortel en m'affranchissant à jamais de la vieillesse ; mais elle ne put fléchir mon cœur. Je demeurai sept années entières dans cette île, arrosant de mes larmes les vêtements sacrés que m'avait donnés la divine Calypso. Lorsque dans le cours du temps la huitième année fut arrivée, la déesse m'ordonna de tout préparer pour mon départ. Soit que Jupiter eût donné cet ordre, soit qu'elle-même eût changé de pensée, elle me renvoya sur un frêle radeau garni de liens ; elle me fit de nombreux présents, me donna du pain et du vin délicieux, me revêtit de magnifiques vêtements ; puis elle fit souffler un vent doux et propice. Pendant dix-sept jours je voguai sur la mer ; et le dix-huitième les montagnes ombragées d'arbres de votre pays m'apparurent. À cette vue je fus transporté de joie ; mais j'avais encore à souffrir de nouveaux malheurs ! Neptune, en déchaînant les vents, me ferma le chemin et bouleversa la mer ; la fureur des vagues ne me permit point de rester sur mon radeau ; et bientôt, malgré mes gémissements, il fut brisé par la tempête. Alors nageant avec effort, je fendis les ondes jusqu'au moment où les vents et les flots me poussèrent contre ces rivages.
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<div style="text-align: center;">
{| width=70% cellspacing=5 border=0 |
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|width=5%|
|width=50%|
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| colspan=4 |
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| valign=top align=right|'''278'''
| valign=top|
Ἔνθα κέ μ᾽ ἐκβαίνοντα βιήσατο κῦμ᾽ ἐπὶ χέρσου,
πέτρῃς πρὸς μεγάλῃσι βαλὸν καὶ ἀτερπέι χώρῳ·
ἀλλ᾽ ἀναχασσάμενος νῆχον πάλιν, ἧος ἐπῆλθον
ἐς ποταμόν, τῇ δή μοι ἐείσατο χῶρος ἄριστος,
λεῖος πετράων, καὶ ἐπὶ σκέπας ἦν ἀνέμοιο.
Ἐκ δ᾽ ἔπεσον θυμηγερέων, ἐπὶ δ᾽ ἀμβροσίη νὺξ
ἤλυθ᾽. ἐγὼ δ᾽ ἀπάνευθε διιπετέος ποταμοῖο
Ἐκβὰς ἐν θάμνοισι κατέδραθον, ἀμφὶ δὲ φύλλα
ἠφυσάμην· ὕπνον δὲ θεὸς κατ᾽ ἀπείρονα χεῦεν.
Ἔνθα μὲν ἐν φύλλοισι φίλον τετιημένος ἦτορ
εὗδον παννύχιος καὶ ἐπ᾽ ἠῶ καὶ μέσον ἦμαρ.
Δείλετό τ᾽ ἠέλιος καί με γλυκὺς ὕπνος ἀνῆκεν.
Ἀμφιπόλους δ᾽ ἐπὶ θινὶ τεῆς ἐνόησα θυγατρὸς
παιζούσας, ἐν δ᾽ αὐτὴ ἔην ἐικυῖα θεῇσι·
τὴν ἱκέτευσ᾽· ἡ δ᾽ οὔ τι νοήματος ἤμβροτεν ἐσθλοῦ,
ὡς οὐκ ἂν ἔλποιο νεώτερον ἀντιάσαντα
ἐρξέμεν· αἰεὶ γάρ τε νεώτεροι ἀφραδέουσιν.
Ἥ μοι σῖτον ἔδωκεν ἅλις ἠδ᾽ αἴθοπα οἶνον
καὶ λοῦσ᾽ ἐν ποταμῷ καί μοι τάδε εἵματ᾽ ἔδωκε.
Ταῦτά τοι ἀχνύμενός περ ἀληθείην κατέλεξα. »
Τὸν δ᾽ αὖτ᾽ Ἀλκίνοος ἀπαμείβετο φώνησέν τε·
| valign=top align=right|'''278'''
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J'allais toucher à la terre quand une vague me jeta contre un immense rocher, dans un lieu stérile, et là j'aurais été impitoyablement englouti si, me retournant aussitôt, je n'eusse nagé jusqu'aux rives de cette île. Une plage favorable s'offrit à mes yeux, une plage unie, sans rochers et à l'abri des vents. Je gravis cette côte, et bientôt je tombai sur le sable privé de mouvement et de forces. La nuit divine descendit sur la terre, et moi, m'éloignant du fleuve formé par les eaux du ciel, je me couchai sous des arbustes ; je me couvris de feuilles sèches, et un dieu me plongea dans le plus profond sommeil. Là, quoique affligé de chagrins, je dormis toute la nuit sous ces feuilles et le lendemain même jusqu'au milieu du jour. Le soleil était près de terminer sa course quand le doux sommeil m'abandonna. C'est alors que j'aperçus les suivantes de ta fille jouant sur le rivage : Nausica, au milieu d'elles, paraissait semblable à une divinité. J'implorai son secours, et elle me répondit avec cet esprit de sagesse qu'on n'espère jamais rencontrer dans un âge aussi tendre ; car les jeunes gens manquent toujours de prudence. Ta fille m'offrit du pain en abondance, du vin aux sombres couleurs ; et, m'ayant fait baigner dans les eaux du fleuve, elle me donna de riches vêtements. — Maintenant, ô reine, je viens, malgré mon affliction, te raconter tout avec sincérité. »
Alors Alcinoüs dit à Ulysse :
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| valign=top align=right|'''299'''
| valign=top|
« Ξεῖν᾽, ἦ τοι μὲν τοῦτο γ᾽ ἐναίσιμον οὐκ ἐνόησε
παῖς ἐμή, οὕνεκά σ᾽ οὔ τι μετ᾽ ἀμφιπόλοισι γυναιξὶν
ἦγεν ἐς ἡμέτερον, σὺ δ᾽ ἄρα πρώτην ἱκέτευσας. »
Τὸν δ᾽ ἀπαμειβόμενος προσέφη πολύμητις Ὀδυσσεύς·
| valign=top align=right|'''299'''
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« Étranger, ma fille a encore négligé un devoir important, puisqu'elle-même ne t'a point conduit dans mon palais ; cependant c'est elle que tu as imploré la première. »
Le prudent Ulysse réplique à ces paroles en disant :
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| valign=top align=right|'''302'''
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« Ἥρως, μή τοι τοὔνεκ᾽ ἀμύμονα νείκεε κούρην·
ἡ μὲν γάρ μ᾽ ἐκέλευε σὺν ἀμφιπόλοισιν ἕπεσθαι,
ἀλλ᾽ ἐγὼ οὐκ ἔθελον δείσας αἰσχυνόμενός τε,
μή πως καὶ σοὶ θυμὸς ἐπισκύσσαιτο ἰδόντι·
δύσζηλοι γάρ τ᾽ εἰμὲν ἐπὶ χθονὶ φῦλ᾽ ἀνθρώπων. »
Τὸν δ᾽ αὖτ᾽ Ἀλκίνοος ἀπαμείβετο φώνησέν τε·
| valign=top align=right|'''302'''
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« Vaillant héros, ne blâme point en ma présence ta fille irréprochable ; elle m'a ordonné de la suivre avec ses femmes; mais par respect je ne l'ai point voulu, craignant qu'à cette vue ta colère ne s'enflammât : car nous sommes tous soupçonneux, nous faibles habitants de cette terre. »
Le puissant Alcinoüs lui répond :
|-
| valign=top align=right|'''309'''
| valign=top|
« Ξεῖν᾽, οὔ μοι τοιοῦτον ἐνὶ στήθεσσι φίλον κῆρ
μαψιδίως κεχολῶσθαι· ἀμείνω δ᾽ αἴσιμα πάντα.
Αἲ γάρ, Ζεῦ τε πάτερ καὶ Ἀθηναίη καὶ Ἄπολλον,
τοῖος ἐὼν οἷός ἐσσι, τά τε φρονέων ἅ τ᾽ ἐγώ περ,
παῖδά τ᾽ ἐμὴν ἐχέμεν καὶ ἐμὸς γαμβρὸς καλέεσθαι
αὖθι μένων· οἶκον δέ κ᾽ ἐγὼ καὶ κτήματα δοίην,
εἴ κ᾽ ἐθέλων γε μένοις· ἀέκοντα δέ σ᾽ οὔ τις ἐρύξει
Φαιήκων· μὴ τοῦτο φίλον Διὶ πατρὶ γένοιτο.
Πομπὴν δ᾽ ἐς τόδ᾽ ἐγὼ τεκμαίρομαι, ὄφρ᾽ ἐὺ εἰδῇς,
αὔριον ἔς· τῆμος δὲ σὺ μὲν δεδμημένος ὕπνῳ
λέξεαι, οἱ δ᾽ ἐλόωσι γαλήνην, ὄφρ᾽ ἂν ἵκηαι
πατρίδα σὴν καὶ δῶμα, καὶ εἴ πού τοι φίλον ἐστίν,
εἴ περ καὶ μάλα πολλὸν ἑκαστέρω ἔστ᾽ Εὐβοίης,
τήν περ τηλοτάτω φάσ᾽ ἔμμεναι, οἵ μιν ἴδοντο
λαῶν ἡμετέρων, ὅτε τε ξανθὸν ῾Ραδάμανθυν
ἦγον ἐποψόμενον Τιτυὸν Γαιήιον υἱόν.
Καὶ μὲν οἱ ἔνθ᾽ ἦλθον καὶ ἄτερ καμάτοιο τέλεσσαν
ἤματι τῷ αὐτῷ καὶ ἀπήνυσαν οἴκαδ᾽ ὀπίσσω.
Εἰδήσεις δὲ καὶ αὐτὸς ἐνὶ φρεσὶν ὅσσον ἄρισται
νῆες ἐμαὶ καὶ κοῦροι ἀναρρίπτειν ἅλα πηδῷ. »
Ὣς φάτο, γήθησεν δὲ πολύτλας δῖος Ὀδυσσεύς,
εὐχόμενος δ᾽ ἄρα εἶπεν, ἔπος τ᾽ ἔφατ᾽ ἔκ τ᾽ ὀνόμαζεν·
| valign=top align=right|'''309'''
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« Ma poitrine ne renferme pas un cœur qui s'irrite sans motif. Cependant je sais que l'honnêteté et la décence sont préférables à tout. Que Jupiter, Minerve et Apollon m'accordent la faveur qu'un homme tel que toi, et pensant comme je pense moi-même, épouse ma fille et reste en ces lieux ! — Étranger, je te donnerais un palais et de grandes richesses si seulement tu consentais à habiter cette demeure. Mais aucun Phéacien ne te retiendra malgré ton désir : une semblable pensée serait odieuse. Demain j'ordonnerai tout pour ton départ ; jusqu'à ce moment goûte en paix les douceurs du sommeil. Quelle que soit la terre où tu désires arriver, demain les Phéaciens sillonneront la mer tranquille pour te conduire dans ta patrie, fût-elle même au delà de l'Eubée. Ce pays est bien loin de nous, disent les Phéaciens qui l'ont visité lorsqu'ils se rendirent avec le blond Rhadamanthe ; auprès de Tityus, fils de la Terre ; les compagnons de Rhadamanthe firent sans fatigue ce trajet en un jour ; puis ils revinrent dans leurs demeures. Étranger, tu jugeras toi-même de l'excellence de nos vaisseaux et de l'adresse de nos jeunes nautoniers habiles à frapper la mer avec la rame. »
À ces mots le divin Ulysse, transporté de joie, s'écrie en implorant les dieux :
|-
| valign=top align=right|'''331'''
| valign=top|
« Ζεῦ πάτερ, αἴθ᾽ ὅσα εἶπε τελευτήσειεν ἅπαντα
Ἀλκίνοος· τοῦ μέν κεν ἐπὶ ζείδωρον ἄρουραν
ἄσβεστον κλέος εἴη, ἐγὼ δέ κε πατρίδ᾽ ἱκοίμην. »
| valign=top align=right|'''331'''
| valign=top|
« Puisses-tu accomplir tout ce que tu viens de prononcer ! Alcinoüs, tu obtiendras alors sur la terre une gloire immortelle, et moi je pourrai revoir enfin le sol chéri de ma patrie ! »
|-
| valign=top align=right|'''334'''
| valign=top|
Ὥς οἱ μὲν τοιαῦτα πρὸς ἀλλήλους ἀγόρευον·
κέκλετο δ᾽ Ἀρήτη λευκώλενος ἀμφιπόλοισιν
δέμνι᾽ ὑπ᾽ αἰθούσῃ θέμεναι καὶ ῥήγεα καλὰ
πορφύρε᾽ ἐμβαλέειν, στορέσαι τ᾽ ἐφύπερθε τάπητας
χλαίνας τ᾽ ἐνθέμεναι οὔλας καθύπερθεν ἕσασθαι.
Αἱ δ᾽ ἴσαν ἐκ μεγάροιο δάος μετὰ χερσὶν ἔχουσαι·
αὐτὰρ ἐπεὶ στόρεσαν πυκινὸν λέχος ἐγκονέουσαι,
ὤτρυνον δ᾽ Ὀδυσῆα παριστάμεναι ἐπέεσσιν·
| valign=top align=right|'''334'''
| valign=top|
C'est ainsi qu'Ulysse et Alcinoüs discouraient ensemble. — Pendant ce temps, Arété aux bras blancs ordonne à ses femmes de dresser sous le portique un lit magnifique, d'y étendre de belles couvertures de pourpre, et d'y placer des tapis et des tissus fins et délicats ; les femmes sortent aussitôt en portant des flambeaux éclatants. Lorsque les suivantes ont préparé cette couche moelleuse, elles se tiennent devant Ulysse et lui adressent ces paroles :
|-
| valign=top align=right|'''342'''
| valign=top|
« Ὄρσο κέων, ὦ ξεῖνε· πεποίηται δέ τοι εὐνή. »
Ὣς φάν, τῷ δ᾽ ἀσπαστὸν ἐείσατο κοιμηθῆναι.
Ὣς ὁ μὲν ἔνθα καθεῦδε πολύτλας δῖος Ὀδυσσεὺς
τρητοῖς ἐν λεχέεσσιν ὑπ᾽ αἰθούσῃ ἐριδούπῳ·
Ἀλκίνοος δ᾽ ἄρα λέκτο μυχῷ δόμου ὑψηλοῖο,
πὰρ δὲ γυνὴ δέσποινα λέχος πόρσυνε καὶ εὐνήν.
| valign=top align=right|'''342'''
| valign=top|
« Étranger, venez dormir, votre couche est prête. »
Elles disent ; et le héros est joyeux de pouvoir enfin reposer ses membres fatigués. Le divin Ulysse s'endort dans le lit superbe placé sous le portique sonore. Alcinoüs se retire dans les appartements les plus reculés de son palais ; il se couche, et la reine son épouse repose auprès de lui.
|}
</div>
</div>
</div>
</div>
== Étude du texte ==
{{Avertissement exercice}}
{{Grc-voc|align=right|'''τρέφω:''' Elevé (dans le sens de vivre et non pas de grandir)}}
1. Dans le premier paragraphe, vous pouvez lire: ''ἣ τρέφε Ναυσικάαν λευκώλενον ἐν μεγάροισιν''. Recherchez l'adjectif.<br>
2. Que signifie-t-il ?<br>
3. À votre avis, pourquoi a-t-il été traduit dans cette version par ''beau'' ?<br>
4. Dans le paragraphe 342, relevez 1 adjectif.<br>
5. Effectuez des recherches sur Nausica et complétez la fiche ci-dessous:
::'''Nom grec:'''
::'''Fille de:'''
::'''Princesse de:'''
{{Boîte déroulante|titre=réponses masquer|contenu=
#''λευκώλενον'', radical ''λευκ-ώλενος''.
#En grec ancien, il signifie ''Aux bras blancs''.
#Il a été traduit dans cette version par ''beau'' car dans la Grèce antique, avoir le teint pâle était signe de beauté.
#''ἀσπαστὸν'', radical ''ἀσπασιος, {{alpha}}, ον'', joyeux.
#'''Nom grec:''' Ναυσικάα
:'''Fille de:''' Alkinoos
:'''Princesse de:''' Phéacie}}
{{AutoCat}}
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Initiatives éco-citoyennes/Introduction
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[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
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=='''Introduction'''==
{|class="WSerieH plainlinks" title="{{((}}subst:Test 0{{))}}" align="left" style="width:100%;margin-top:2em;border:1px solid #8888aa;border-right-width:2px;border-bottom-width:2px;background-color:#8090ff10;padding:5px;text-align:left"
|
<div style='-moz-column-count:1; -moz-column-gap:10px;'>
[[Image:ParcHéro...jpg|thumb|left|350px|Promo M1 EGEDD 2008-2009 en chantier nature]]
Les initiatives éco-citoyennes sont des initiatives relatives à la protection de l’environnement qui impliquent directement des [[w:citoyen|citoyens]]. Elles peuvent être imaginées par un groupe de citoyens, des [[w:association|associations]] ou par d’autres organismes (institutions, [[w:collectivité_territoriale|collectivités]], acteurs économiques…) qui s’organisent pour porter leur [[w: projet|projet]]. Nous verrons, tout au long du livre, que le champ d’action de cette thématique est très large et peut toucher toutes les personnes sensibles à leur [[w:environnement|environnement]].
Notre travail a été de recenser les initiatives sur le thème de l’[[w:écocitoyenneté|écocitoyenneté]]. Pour commencer, notre étude concernera les engagements citoyens innovants en matière d’[[w:énergie|énergie]] et de [[w:déchet|déchets]]. Mais celui-ci pourra être élargi aux autres solutions apportées par l’écocitoyenneté sur d’autres problématiques. Comme par exemple sur celle de l’[[w:habitat|habitat]], où nous allons tenter d'apporter quelques idées.
S’agissant d’un livre évolutif, chacun pourra apporter sa propre contribution pour informer la communauté sur ce qu’il est possible d’effectuer à son niveau. Tout le monde peut contribuer en apportant des informations qu’il nous manque sur certains domaines. Les objectifs de ce travail étant d’approfondir nos connaissances sur des thèmes variés dans le champ des initiatives écocitoyennes qui sont toutes [[w:innovation|innovantes]] et originales.
Ce livre [[w:électronique|électronique]] a donc pour but de partager les expériences recensées en matière d’[[w:engagement|engagement]] éco-citoyens afin de diffuser ces expériences au plus grand nombre de personnes et enfin d'être reproduite sur d'autres territoires. En effet, tout le monde peut être acteur pour améliorer son environnement, tout du moins locale. Car la [[w:terre|terre]] sur laquelle nous vivons est fragile, nous pouvons améliorer son état par des pratiques plus [[w:responsable|responsables]] et plus [[w:durable|durables]].
Après vous avoir présenté les pré-requis, ce livre va vous décrire précisément des initiatives qui agissent dans le but de la protection de l’environnement. Nous allons retracer le [[Initiatives éco-citoyennes/Contexte_et_enjeux_en_matière_d'énergie| contexte et les enjeux en matière d’énergie]] et de [[Initiatives éco-citoyennes/Contexte_et_enjeux_en_matière_de_déchets| déchets]] avant de vous montrez les perspectives d’évolutions futures.
Ce livre est donc un recueil des initiatives écocitoyennes qui sert à informer des actions de «protection de l’environnement» déjà effectué par différents collectifs. Et ceci afin que cela puisse servir à tous les citoyens désirant développer ce genre d’initiatives sur leur [[w:territoire|territoire]].
Cela pourra donc permettre de créer une réelle dynamique en faveur de l’environnement tout en facilitant le contact et l'entraide [[w:social|sociale]]. Nous devons protéger cette terre qui nous donne tant en commençant par de petits gestes au quotidien qui sont simples afin de perdre nos mauvaises [[w:habitude|habitudes]].
[[Image:Chantier_...jpg|thumb|right|500px|Promo M1 EGEDD 2008-2009 en chantier nature (bis)]]
Ce nouveau [[w:phénomène|phénomène]] encore méconnue faciliterait les contacts au sein de nos [[w:société|sociétés]] tout en agissant en faveur de notre environnement. Travailler sur la base de l'[[w:échange|échange]] et de l'entraide est très bénéfique à long terme. Les bénéfices que l'on pourrait en retirer serait énormes si nous arrivions à généraliser ce genre d'initiatives. Car ce genre d'action si elles rentreraient dans nos habitudes engendrerait des bénéfices énormes pas au sens économique, tout du moins au début. Mais dans l'avenir sur le plan environnemental et social, les gains sur nos habitudes et notre culture se ferait ressentir largement comparé à nos modes de vies actuels.
Cependant, pour arriver à la création de [[w:mouvement|mouvements]] citoyens il faut un réel engagement de la part de toutes les populations environnantes sans distinction de génération. Chacun à son niveau a toujours quelques choses à apporter, qu'ils soient jeunes, plus âgées, nous avons tous des qualités à faire valoir dans son entourage et son environnement.
Il est donc possible de vivre de manière plus sobre énergétiquement, comme nous allons le voir avec la plupart des initiatives. Cependant, il y a des freins liés à la connaissance et à l'[[w:éducation|éducation]], car tout le monde ne connait pas tout ce qu’il est possible de faire.
On pourrait même parler d’une certaine éducation qui se perd car quelques unes de ces techniques sont très anciennes et tiennent du bon sens. Pour cela il est important de diffuser à tous notre entourage tous les gestes qu’il est possible d’effectuer à son niveau. Nous allons tenter d’apporter une des réponses possibles par ce livre [[w:Interaction_(sciences_sociales)|interactif]] sur les initiatives éco-citoyennes.
{{clr}}
==={{Vert|Par qui, quand, pourquoi, pour quoi et pour qui est fait ce livre ?}}===
{| class="WSerieH plainlinks" title="{{((}}subst:Test 0{{))}}" align="left" style="width:100%;margin-top:2em;border:1px solid #8888aa;border-right-width:2px;border-bottom-width:2px;padding:5px;text-align:left"
|
<div style='-moz-column-count:2; -moz-column-gap:10px;'>
* Ce livre a été entamé le 19 octobre 2009 par le Master 2 ''« Économie et Gestion de l'Environnement et du Développement Durable »'' de l'Université de Lille 3 (UFR mathématiques et sciences sociales), dans le cadre de leur cours sur l'énergie et les déchets.
* Il s'adresse à toutes les personnes souhaitant développer des initiatives éco-citoyennes.
* Il a pour objectif d'informer le public sur les initiatives de ce type qui se développent sur les thèmes de l'[[w:Energie|énergie]] et des [[w:Déchet|déchet]]s dans le monde entier.
* Il a pour vocation à créer un réel recueil de connaissances sur ce thème pour que les personnes désirant développer ce type d'initiatives puissent s'en servir. L'objectif étant de diffuser au maximum ce type d'initiatives favorables à l'environennement.
* Et ceci, en accumulant toutes les informations disponibles sur le sujet, aussi bien techniques que générales, pour que l'on puisse se faire une idée générale de l'initiative. Enfin vous trouverez toutes les sources que nous avons utilisées dans le glossaire en fin de livre.
</div>
|}
{{clr}}
==={{Vert|Comment participer à ce livre ?}}===
{|class="WSerieH plainlinks" title="{{((}}subst:Test 0{{))}}" align="left" style="width:100%;margin-top:2em;border:1px solid #8888aa;border-right-width:2px;border-bottom-width:2px;padding:5px;text-align:left"
|
<div style='-moz-column-count:2; -moz-column-gap:10px;'>
Chacun peut y contribuer par exemple ;
* comme '''rédacteur''', sur un sujet que vous connaissez bien où vous disposez d'informations générales de façon à orienter le lecteur;
* comme '''relecteur/correcteur''' (''pour faciliter le travail de tous: quand vous êtes en ''mode travail'' et que vous avez fait une modification, merci de ne pas oublier de remplir la case "résumé" en justifiant les corrections ou modifications de mise en page'');
* comme ''« discutant »'' dans la [[Discussion:Initiatives éco-citoyennes|page de discussion]] (il en existe une pour le livre et une par chapitre et page);
* comme '''illustrateur, photographe, maquettiste, graphiste''' ou pour de simples petites améliorations de mise en page, grammaire ou orthographe...
* comme '''coordinateur du travail fait ou à faire''' autour d'un chapitre, d'un thème particulier que vous connaissez bien
Ce livre, en cours de construction, est un [[W:Travail collaboratif|projet collaboratif]]. Si vous y trouvez des erreurs, corrigez les directement à l'aide des liens « ''Modifier'' » sur chaque page, ou poser des questions et apportez vos remarques et suggestions en laissant un nouveau message (précédé d'un titre précédé de deux signes = et terminé par deux signes = sur la page de discussion de ce livre. Toute question ou participation est bienvenue !
Dans tous les cas :
* Ne pas hésiter à vous créer un compte ([[Wikilivres:Dialogue entre contributeurs|pour dialoguer avec les autre contributeurs]]) puis à utiliser la page de discussion du projet
* Merci d'utiliser un [[Wikilivres:La neutralité de point de vue|point de vue neutre]], de toujours utiliser des [[Wikilivres:Ressources libres de droit|ressources libres de droit]] et dans la mesure du possible de [[Wikilivres:Citez vos sources|citer vos sources]] afin que d'autres puissent vérifier, améliorer ou compléter votre travail conformément à la [[Wikilivres:Charte pédagogique|charte pédagogique]] de Wikilivre. Merci de ne pas insérer de messages publicitaires ou personnels dans ce livres. Ils en seraient retirés.
* Si vous débutez sur les wiki, voir la [[Aide:Syntaxe#Identification dans les pages de discussion|page d'aide]] pour la syntaxe.
* Il est souvent plus facile de préalablement copier un texte (à partir de votre navigateur) puis de le coller sur votre éditeur favori (Word par exemple) qui vous permettra de le compléter ou vérifier les erreurs typographiques ou grammaticales plus aisément; puis de recopier le tout dans le navigateur, avant une dernière prévisualisation et sauvegarde. Vous pouvez ainsi garder votre propre version de sauvegarde, ou au moins une version vous permettant de travailler hors-ligne.
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{{clr}}
==={{Vert|'''Pré-requis''' pour participer, comprendre et profiter au mieux ce livre}}===
{|class="WSerieH plainlinks" title="{{((}}subst:Test 0{{))}}" align="left" style="width:100%;margin-top:2em;border:1px solid #8888aa;border-right-width:2px;border-bottom-width:2px;padding:5px;text-align:left"
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<div style="column-count:2; column-gap:10px;">
Quelques notions sur la [[w:Citoyenneté|citoyenneté]] et des connaissances de base (ou élaborées pour les chapitres les plus techniques) sont recommandées en matière d'énergie et de déchet. Par ailleurs, il est envisagé d'élargir le sujet sur la problématique de l'habitat car beaucoup d'initiatives de ce type se développe sur cette problématique, autant pour la rénovation que pour la construction.
<br />Les auteurs chercheront à partager leurs connaissances de la manière la plus claire possible, afin que tous et chacun puissent en bénéficier.
<br />Un glossaire, des schémas et illustrations, ainsi que des liens bibliographiques et des liens vers des articles de [[w:Wikipédia|wikipédia]] aideront le lecteur qui veut en savoir plus.
</div>
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{{clr}}
<div style="text-align: center;">[[Initiatives éco-citoyennes|Retour au sommaire]]</div>
[[Catégorie:Initiatives éco-citoyennes (livre)|Introduction]]
6echqiwnc5kwg2jvj6r0tba2f89sttg
Wikilivres:Vitrine/Programmation C sharp
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2026-05-15T07:35:10Z
Too Classy for This World
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text/x-wiki
<noinclude>[[Catégorie:Livres en vitrine]]</noinclude>{{VitrineLivre{{{1|}}}|
image=C Sharp Logo 2023.svg|
lien=Programmation C sharp|
texte=Programmer en C#, le langage de la [[Programmation .Net|plateforme .Net]].
Apprenez à maîtriser ce langage de programmation orienté objet récent.}}
69bb6txryty39l29p604mkabtt2qdzs
Les ASCII de 0 à 127/Caractères de contrôle
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DavidL
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[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Les ASCII de 0 à 127}}</noinclude>
Les caractères de contrôle de l'ASCII, aussi connus sous le nom de block C0 donné par le mécanisme d'extension de l'[[w:ISO/IEC 2022|ISO/IEC 2022]]. Le protocole de communication permis par le code ASCII n'est pas décrit par l'ASCII lui même mais il est décrit par la norme ANSI X3.28-1976 notamment.
{| class="wikitable"
! [[w:Notation caret|Seq]]
! title="Decimal" | Dec
! title="Hexadecimal" | Hex
! title="Acronym" | Acro
! title="Unicode symbol" | Symb
! title="Character name" | Name
! title="C and similar programming languages" | [[w:C (programming language)|C]]
! Description
|-
|<code>^@</code>||00||00||NUL||␀||[[w:Null character|Null]] ||<code>\0</code>
| À l'origine utilisé pour permettre de laisser une absence (un gap) sur les bandes de papier pour modification ultérieure. Plus tard utilisé pour combler la suite d'un code nécessitant au terminal un temps de traitement (par exemple le temps d'un retour chariot ou d'un retour à la ligne sur un terminal imprimant). Il est maintenant souvent utilisé comme terminateur de chaîne de caractères, spécialement dans le langage de programmation C.
|- id="SOH"
|<code>^A</code>||01||01||SOH||␁||Start of Heading ||
| Premier caractère du header de message.
|- id="STX"
|<code>^B</code>||02||02||STX||␂||Start of text ||
| Premier caractère de texte pouvant être utilisé pour terminer le header du message.
|-
|<code>^C</code>||03||03||ETX||␃||[[w:End-of-text character|End of Text]] ||
|Souvent utilisé comme caractère d'arrêt (break) " pour interrompre ou terminer un programme ou un processus (par exemple sous DOS et sous Unix)
|-
|<code>^D</code>||04||04||EOT||␄||[[w:End-of-transmission character|End of Transmission]] ||
|Utilisé sous [[w:Unix|Unix]] pour signaler une condition de fin de fichier (end-of-file) ou pour un logout d'un terminal.
|-
|<code>^E</code>||05||05||ENQ||␅||[[w:Enquiry character|Enquiry]] ||
| Signal appelant une réponse du destinataire pour s'assurer de la continuité de sa présence.
|-
|<code>^F</code>||06||06||ACK||␆||[[w:Acknowledge character|Acknowledge]] ||
| Réponse au ENQ, ou une indication de succès de réception de message.
|-
|<code>^G</code>||07||07||BEL||␇||[[w:Bell character|Bell]]||<code>\a</code>
|À l'origine utilisé pour faire tinter la cloche du terminal. Ensuite utilisé pour produire un court signal sonore (beep) sur des systèmes n'étant pas dotés d'un timbre physique. Par la suite, en mode silencieux, l'avertisseur peut attirer l'attention sous forme de flash en activant et désactivant l'[[w:inverse video|inverse video]] (visual bell / cloche visuelle), le temps d'un éclair.
|-
|<code>^H</code>||08||08||BS ||␈||[[w:Backspace|Backspace]]||<code>\b</code>
|Déplacement du curseur d'une position vers la gauche. En entrée, cela peut détruire le caractère précédent (à gauche, le sens d'écriture étant de gauche à droite). En sortie, alors qu'avec les premières technologies, une caractère imprimé ne pouvait plus être effacé, le retour arrière (backspace) était parfois utilisé pour générer des caractères accentués en ASCII. Par exemple, ''<code>à</code>'' pouvait être imprimé en utilisant la séquence des trois multiplets ASCII <code>a BS `</code> (<code>0x61 0x08 0x60</code>). Cet usage est maintenant désuet et généralement n'est plus pris en charge. Pour permettre une levée d'ambiguïté entre les deux usages potentiels du ''backspace', le code de contrôle caractère d'annulation (''cancel character'') a été intégré dans le jeu de contrôle C1.
|-
|<code>^I</code>||09||09||HT ||␉||Character Tabulation, [[w:Horizontal Tab|Horizontal Tab]]ulation||<code>\t</code>
|Positionne le caractère suivant dans une colonne de type ''tab stop'' (tabulation).
|-
|<code>^J</code>||10||0A||LF ||␊||[[w:Line feed|Line Feed]]||<code>\n</code>
|Sur les machines à écrire, imprimantes, et certains émulateurs de terminaux déplace le curseur vers le bas d'une rangée sans modifier la position colonne. Sur Unix, utilisé pour indiquer la fin de ligne (''[end-of-line''). Sous [[w:MS-DOS|MS-DOS]], [[w:Microsoft Windows|Windows]], et des standards réseaux variables, la caractère de contrôle LF est utilisé immédiatement après CR comme partie composante de la fin de ligne.
|-
|<code>^K</code>||11||0B||VT ||␋||Line Tabulation, [[w:Vertical Tab|Vertical Tab]]ulation||<code>\v</code>
|Positionnement sur la prochaine ligne de tabulation.
|-
|<code>^L</code>||12||0C||FF ||␌||[[w:Form feed|Form Feed]]||<code>\f</code>
|Sur imprimante, charge la page suivante. Traité comme espace dans beaucoup de langages de programmation, peut être également utilisé pour séparer différentes divisions du code. Sur certains émulateurs de terminal, efface l'écran.
|-
|<code>^M</code>||13||0D||CR ||␍||[[w:Carriage return|Carriage Return]]||<code>\r</code>
|À l'origine utilisé pour positionner le curseur en première colonne en restant sur la même ligne. Sur [[w:Mac OS|Mac OS]] (pre-[[w:Mac OS X|Mac OS X]]), ainsi que sur d'autres systèmes anciens comme l' [[w:Apple II|Apple II]] et le [[w:Commodore 64|Commodore 64]], utilisé pour indiquer la fin de ligne. Sous [[w:MS-DOS|MS-DOS]], [[w:Microsoft Windows|Windows]], et des protocoles réseaux voisins, est utilisé immédiatement avant LF pour former une marque de fine de ligne. La touche [Entrée] (ou [Retour]) d'un clavier envoie cette valeur qui peut être différente suivant le logiciel impliqué. De la même manière que pour le backspace, sur un support imprimé, on peut utiliser un retour chariot pour appliquer un effet de souligné avec l'underscore sur toute une ligne. Cette pratique est obsolète et ne fonctionne pas sur un écran télétype car l'underscore remplacerait complètement le texte.
|-
|<code>^N</code>||14||0E||SO ||␎||[[w:Shift Out and Shift In characters|Shift Out]]||
|Change pour un jeu de caractère alternatif.
|-
|<code>^O</code>||15||0F||SI ||␏||[[w:Shift Out and Shift In characters|Shift In]]||
|Retour au jeu de caractère régulier après avoir utilisé un jeu de caractères alternatifs.
|- id="DLE"
|<code>^P</code>||16||10||DLE||␐||Data Link Escape||
|Conduit à l'interprétation des prochains octets comme données binaires plutôt que des caractères de contrôle ou graphiques. Le retour à une utilisation normale est alors dépendant de l'implémentation.
|- id="Device Control"
|<code>^Q</code>||17||11||DC1||␑||[[w:Device Control|Device Control]] One ([[w:XON|XON]])||
| rowspan="4" | Ces quatre codes de contrôles sont réserves pour le contrôle des périphériques (device), leur interprétation est dépendante du périphérique connecté. DC1 et DC2 portaient l'intention primaire d'indiquer l'activation d'un périphérique alors que DC3 et DC4 indiquaient la pause ou l'arrêt. La pratique actuelle a fait de DC1 et DC3 (aussi connus comme XON et XOFF respectivement et dans cette utilisation) la standard de fait pour le ''flow contrôle'' logiciel.
|-
|<code>^R</code>||18||12||DC2||␒||Device Control Two||
|-
|<code>^S</code>||19||13||DC3||␓||Device Control Three ([[w:XOFF|XOFF]])||
|-
|<code>^T</code>||20||14||DC4||␔||Device Control Four||
|-
|<code>^U</code>||21||15||NAK||␕||[[w:Negative-acknowledge character|Negative Acknowledge]] ||
| Envoyé par une station comme réponse négative. Dans les protocoles de communication binaires et synchrones, le NAK est utilisé pour indiquer la détection d'une erreur dans le bloc de données précédemment reçu et ainsi accepter la retransmission du dit bloc. Dans les systèmes multipoint, le NAK est utilisé comme réponse '' not-ready'' à un ''poll''.
|-
|<code>^V</code>||22||16||SYN||␖||[[w:Synchronous idle|Synchronous Idle]] ||
| Utilisé dans les systèmes à transmission synchrone pour fournir un signal à partir duquel la correction synchrone peut être établie entre le data terminal equipment, en particulier lorsque aucun autre caractère n'est transmis.
|-
|<code>^W</code>||23||17||ETB||␗||[[w:End Transmission Block character|End of Transmission Block]] ||
| Indique la fin de la transmission du bloc de données lorsque les données sont divisées en blocs à des fins de transmission.
|-
|<code>^X</code>||24||18||CAN||␘||[[w:Cancel character|Cancel]] ||
| Indique une erreur ou une annulation dans les données précédentes .
|- id="EM"
|<code>^Y</code>||25||19||EM ||␙||End of medium ||
| Sur bandes papier ou magnétiques moyen d'indiquer que la fin de la partie utilisable de la bande a été atteinte.
|-
|<code>^Z</code>||26||1A||SUB||␚||[[w:Substitute character|Substitute]]||
|Originally intended for use as a transmission control character to indicate that garbled or invalid characters had been received. It has often been put to use for other purposes when the [[w:in-band signaling|in-band signaling]] of errors it provides is unneeded, especially where robust methods of [[w:error detection and correction|error detection and correction]] are used, or where errors are expected to be rare enough to make using the character for other purposes advisable.
|-
|<code>^[</code>||27||1B||ESC||␛||[[w:Escape character|Escape]]||
|
Dans sa conception d'origine, ce caractère permet d'introduire une séquence spéciale non normalisée par l'ASCII.
Les caractères suivants ne sont donc plus de l'ASCII pur.
Sur la plupart des systèmes, une touche d'échappement a été introduite pour produire ce caractère.
|- id="Field separators"
|<code>^\</code>||28||1C||FS ||␜||File Separator ||
|rowspan="4"|Peut être utilisé comme délimiteurs pour séparer les champs d'une structure de données. Si utilisé pour marquer des niveaux hiérarchiques, le caractère US est le niveau le plus bas (dividing plain-text data items), alors que RS, GS, et FS sont d'un niveau augmentant pour des subdivisions .
|-
|<code>^]</code>||29||1D||GS ||␝||Group separator||
|-
|<code>^^</code>||30||1E||RS ||␞||Record Separator||
|-
|<code>^_</code>||31||1F||US ||␟||Unit separator||
|-
|colspan=10|Bien que ne faisant pas techniquement partie de la plage des caractères du bloc C0, les deux caractères suivants partagent des caractéristiques des caractères de contrôle. Ils sont définis par l'[[w:ISO/IEC 2022|ISO/IEC 2022]] comme étant toujours disponibles quel que soit le jeu de caractères graphiques utilisés.
Ces deux caractères ont la particularité d'avoir tous les bits graphiques identiques, soit à zéro, soit à un.
|-
| ||32||20||SP||␠||[[w:Space (character)|Space]]||
| L'espace est un caractère graphique du point de vue de l'ASCII. Il dispose d'une représentation graphique consistant en l'absence de symbole graphique. Il cause l'avancement d'un caractère de la position active. Dans certaines applications, l'espace est le séparateur de mot de plus bas niveau.
|-
|<code>^?</code>||127||7F||DEL||␡||[[w:Delete character|Delete]]||
|À l'origine conçu pour indiquer les caractères effacés sur des bandes de papier, puisque chaque caractère peut être transformé : la perforation de chacun des bits permet de les mettre tous à un. Sur les terminaux compatible VT100, ce caractère est généré par la touche étiquetée "⌫", également appelée ''backspace'' sur les claviers anglais modernes, et ne correspond pas à la touche ''delete'' des PC anglais.
|}
ir1ajds7u5kvad5k92nnrxpio3ljseu
Formulaire d'optique
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text/x-wiki
== Loi de Snell-Descartes ==
[[Image:SnellDescartesFormula.png|center]]
[[Image:Dioptre.gif|left]]
Si la lumière vient d'en haut:
<math> n_2\cdot \sin i_2 = n_1 \cdot \sin i_1</math>
entraine
:<math> i_2 = \arcsin \left ( \frac{n_1}{n_2} \cdot \sin(i_1) \right )</math> ;
En sens inverse, si la lumière vient d'en bas:
tant que i<sub>2</sub> ne dépasse pas l'angle <math>i_{2max}=\lambda = \arcsin \left ( \frac{n_1}{n_2} \cdot \right )</math>
on a de la réfraction et on peut écrire :<math> i_1 = \arcsin \left ( \frac{n_2}{n_1} \cdot \sin(i_2) \right )</math> ;
si i<sub>2</sub>>i<sub>''2max''</sub>, alors on a de la réflexion totale.
=== Formules du dioptre sphérique ===
On montre que la relation sur les angles peut aux petits angles, c'est-à-dire dans des conditions de stigmatisme approché, s'écrire:
:<math> \frac{n_1.CA_1}{SA_1}= \frac{n_2.CA_2}{SA_2}</math>
:<math> \frac{n_1.(a_1-c)}{(a_1-s)}= \frac{n_2.(a_2-c)}{(a_2-s)}</math>
ce que l'on peut écrire après un peu d'algèbre :
:<math> \frac{n_1}{(a_1-s)}- \frac{n_2}{(a_2-s)}=\frac{n_1-n_2}{(c-s)}</math>
et en prenant comme origine le point S : ce qui revient à prendre s=0
:<math> \frac{n_1}{a_1}- \frac{n_2}{a_2}=\frac{n_1-n_2}{c}</math>
et en utilisant comme notation xo = a1, xi=a2, fo=n1 c/(n1-n2)et fi= - n2 c /(n1-n2):
:<math> x_i = \frac {f_i*x_o}{(x_o-f_o)}</math> et de même:
:<math> y_i = \frac {-f_o*y_o}{(x_o-f_o)}</math>
=== Construction géométrique ===
[[Image:Dioptre1.png|center]]
== Lentille ==
: <math> \frac{n_1}{a_1} - \frac{n_2}{a_2}=\frac{n_1-n_2}{c_1} </math>
et au deuxième dioptre
: <math>\frac{n_2}{a_2} - \frac{n_3}{a_3}=\frac{n_2-n_3}{c_2}</math>
En additionnant ces deux formules :
: <math> \frac{n_1}{a_1}- \frac{n_3}{a_3}=\frac{n_1-n_2}{c_1}+\frac{n_2-n_3}{c_2}</math>
on obtient la formule des lentilles.
Si les milieux 1 et 3 sont de l'air, d'indice 1 (approxmativement), la formule se simplifie :
:<math> \frac{1}{a_1}- \frac{1}{a_3}=\frac{1-n}{c_1}+\frac{n-1}{c_2}=\frac{1}{f}</math>
où
* ''a''<sub>1</sub> et ''a''<sub>3</sub> sont les abscisses de l'objet et de l'image après passage des deux dioptres qui constituent la lentille mince,
* ''f'' est l'abscisse du foyer objet et
* ''f''′ = - ''f'' est l'abscisse du foyer image.
On trouve aussi comme notation dans les pays anglo-saxons :
* ''f<sub>o</sub>'' l'abscisse du foyer objet,
* ''f<sub>i</sub>''= - ''f<sub>o</sub>'' est l'abscisse du foyer image,
Si ''x<sub>o</sub>'' et ''x<sub>i</sub>'' sont les abscisses de l'objet et de l'image, alors
: <math> \frac{1}{x_o}- \frac{1}{x_i}=\frac{1-n}{c_1}+\frac{n-1}{c_2}=\frac{1}{f_o}=\frac{-1}{f_i}</math>
c'est la formule dite de Descartes, qui avec deux lignes d'algèbre s'écrit :
:<math> (x_i - f_i)= \frac {f_i \times f_o}{(x_o-f_o)}</math>
formule dite de Newton
On a
:<math> x_i = \frac {f_i \times f_o}{(x_o-f_o)} + f_i</math>
et donc
<blockquote style="padding: 1em; border: 2px dotted purple;">
<math> x_i = \frac {f_i \times x_o}{(x_o-f_o)}</math> et de même: <math> y_i = \frac {-f_o \times y_o}{(x_o-f_o)}</math> </blockquote>
== [[Relation de conjugaison]] d'une lentille mince ==
[[Image:RelationConjugaisonLentilleMince.PNG|center]]
[[Catégorie:Formulaire de physique|Optique geometrique]]
42m9ct2m1n1mluhaq0vm6kq9hylgsxy
Programmer en R/Programmation procédurale
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DavidL
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wikitext
text/x-wiki
Le langage R permet de faire de la programmation procédurale, ce qui donne accès à la mise en œuvre d'algorithmes complexes.
== Structure générale d'un programme ==
Un programme est une suite d'instructions, qui peuvent être séparées par un point-virgule « <code>;</code> » ou par une fin de ligne. Un point-virgule indique ''toujours'' la fin d'une instruction, alors qu'une fin de ligne est ignorée si la syntaxe de l'instruction n'est pas complète.
Les instructions peuvent être regroupées en blocs délimités par une paire d'accolades « <code>{…}</code> ».
Une instruction est évaluée lorsque sa syntaxe est complète et que l'on introduit une fin de ligne ; le programme R renvoie alors la ''valeur'' issue de l'évaluation de l'instruction. Un bloc est interprété comme une instruction, c'est-à-dire qu'il n'est évalué qu'à la fin de ligne suivant l'accolade fermante.
Un commentaire est introduit par le croisillon <code>#</code>.
== Interactions avec l'utilisateur ==
On peut afficher des messages avec la commande <code>print("Message")</code>.
Pour permettre à l'utilisateur de saisir une valeur, on utilise la commande <code>scan()</code>, sous la forme
<syntaxhighlight lang="rsplus">
a <- scan()
</syntaxhighlight>
La fonction construit un vecteur : lorsque l'on appuie sur la touche <code>[Entrée]</code>, il demande la valeur suivante. Pour terminer la saisie, on entre une valeur vide.
Par défaut, R considère que c'est une chaîne de caractères. On peut utiliser l'option <code>what</code> pour forcer un autre type :
* <code>what = numeric()</code> : nombre réel ;
* <code>what = integer()</code> : nombre entier ;
* <code>what = double()</code> : nombre réel à double précision ;
* <code>what = logical()</code> : booléen <code>TRUE</code> (ou <code>T</code>) et <code>FALSE</code> (ou <code>F</code>).
Par exemple
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> a <- scan()
1: 1
2: 2
3: 3
4: 4
5:
Read 4 items
> print(a)
[1] 1 2 3 4
</syntaxhighlight>
On peut aussi avoir un éditeur de type tableur avec la commande <code>data.entry</code> :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> data.entry('a')
</syntaxhighlight>
Il faut entrer les données dans la première colonne « a ». Il faut cliquer sur l'en-tête de la colonne pour définir si l'on veut entrer des nombres ''(numeric)'' ou des caractères ''(character)''. La variable est enregistrée lorsque l'on ferme la fenêtre du tableur.
== Structures de contrôle ==
=== Évaluation conditionnelle ===
L'évaluation conditionnelle d'une instruction se fait avec la structure
<syntaxhighlight lang="rsplus">
if (instruction1)
instruction2
else
instruction3
</syntaxhighlight>
où l'évaluation de <code>instruction1</code> doit être un booléen :
* <code>instruction2</code> est évalué si <code>instruction1</code> est vrai ;
* <code>instruction3</code> est évalué si <code>instruction1</code> est faux.
La structure ci-dessus forme un bloc ; ainsi, on peut l'évaluer, et mettre la valeur dans une variable. Par exemple, les deux programmes ci-dessous sont équivalents :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
if (a > b) max <- a else max <- b
</syntaxhighlight>
et
<syntaxhighlight lang="rsplus">
max <- if (a > b) a else b
</syntaxhighlight>
Si l'on veut écrire la structure sur plusieurs lignes, il faut la mettre dans un bloc :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
{if (a > b)
max <- a
else
max <- b}
</syntaxhighlight>
ou bien utiliser, pour <code>instruction2</code>, un bloc se fermant avant le <code>else</code> :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
if (a > b)
{max <- a
} else
max <- b
</syntaxhighlight>
On peut enchaîner les évaluations conditionnelles avec l'instruction <code>elsif</code>.
=== Évaluation à choix multiple ===
La structure <code>switch</code> permet de faire des choix multiples (l'équivalent de la structure ''case'' d'autres langages). La syntaxe générale est :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
switch (instruction, liste)
</syntaxhighlight>
où ''liste'' est une suite d'instructions séparées par une virgule.
Si l'évaluation de l{{'}}''instruction'' est un nombre entier ''n'', alors l'interpréteur exécute la ''n''-ième instruction de la ''liste''. Par exemple
<syntaxhighlight lang="rsplus">
n <- 5
switch (n, "a", "b", "c", "d", "e", "f", "g")
</syntaxhighlight>
renvoie <code>"e"</code>.
Si l'évaluation de l{{'}}''instruction'' est une chaîne de caractères, alors la liste doit être une succession d'instructions de type <code>nom = valeur</code>. Si l'évaluation de l{{'}}''instruction'' correspond exactement à un ''nom'' de la liste, alors l'évaluation de la structure renvoie la ''valeur'' correspondante. La liste peut contenir une ''valeur'' sans nom qui sert de valeur par défaut.
Par exemple
<syntaxhighlight lang="rsplus">
plat <- "fruit"
switch(plat, fruit = "banane", legume = "broccoli", "aucun")
</syntaxhighlight>
renvoie <code>"banane"</code> ; avec <code>plat <- "viande"</code>, l'évaluation renvoie <code>"aucun"</code>. Notons que la ''valeur'' peut être quelconque : scalaire, vecteur, instruction, …
== Tri, recherche et sélection ==
L'instruction <code>sort()</code> permet de classer des vecteurs. Par exemple, le code suivant classe par ordre croissant :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> x <- c(5, 8, 2, 1, 9, 6)
> sort(x)
[1] 1 2 5 6 8 9
</syntaxhighlight>
Pour classer par ordre décroissant, on ajoute l'option <code>decreasing = TRUE</code> :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> x <- c(5, 8, 2, 1, 9, 6)
> sort(x, decreasing = TRUE)
[1] 9 8 6 5 2 1
</syntaxhighlight>
On peut indiquer l'algorithme de tri utilisé : <code>method = "shell"</code> (cas général) pour la méthode de [[w:fr:Tri de Shell|Shell]] (cas général), ou bien <code>method = "quick"</code> pour le [[w:fr:Tri rapide|tri rapide]] (uniquement pour les valeurs numériques).
On peut aussi ne classer que certaines valeurs : on utilise l'option <code>partial = vecteur</code> où ''vecteur'' est un vecteur d'indices. Le tri n'est alors pas complet, mais on est sûr que pour chaque élément désigné ''de la liste triée'', les éléments précédents ont une valeur inférieure, et les éléments suivants ont une valeur supérieure. Cela permet d'avoir un résultat plus rapidement. Par exemple, si l'on veut connaître la valeur de la médiane, il suffit de classer l'élément médian :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
x <- rnorm(21)
indice <- round(length(x)/2)+1
y <- sort(x, partial = indice)
y[indice]
</syntaxhighlight>
Le résultat peut être différent de <code>median(x)</code> si le nombre d'éléments est pair. Le script suivant donne la valeur conventionnelle de la médiane, et la compare avec l'évaluation de la fonction <code>median()</code>.
<syntaxhighlight lang="rsplus">
n <- 20 # nombre d'éléments
x <- rnorm(n) # données
# ***** Calcul
indicebase <- round(length(x)/2)
pair <- (n%%2 == 0) # test de parité
if (pair) {indice <- c(indicebase, indicebase+1)
} else indice <- indicebase+1
y <- sort(x, partial = indice)
mediane <- mean(y[indice])
# ***** Affichage du résultat
print(mediane)
mediane == median(x)
</syntaxhighlight>
L'instruction <code>rank()</code> donne l'ordre des éléments d'un vecteur :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
y <- rank(x)
</syntaxhighlight>
si ''x'' est un vecteur de ''n'' éléments, alors ''y'' est un vecteur de ''n'' nombres entiers (ou éventuellement fractionnaire si certaines valeur de ''x'' sont en double) ; ''y''(''i'') est le rang de la valeur ''x''(''i'') dans la liste ''x'' triée.
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> rank(c(1, 3, 2, 5))
[1] 1 3 2 4
</syntaxhighlight>
indique que la valeur « 1 » est la 1<sup>re</sup>, la valeur « 3 » est la 3{{e}}, la valeur « 2 » est la 2{{e}} et la valeur « 5 » est la 4{{e}} de la liste triée. En cas de doublons ''(ties)'', on peut préciser la méthode de classement :
* <code>ties.method = "average"</code> attribue à chaque élément la moyenne des rangs ; dans l'exemple suivant, on a trois fois la valeur « 1 », donc cette valeur a trois rangs (1, 2, 3) dont la moyenne vaut (1 + 2 + 3)/ = 2 ;
* <code>ties.method = "first"</code> incrémente le rang à chaque occurrence de la valeur, soit dans notre exemple 1, 2 puis 3 ;
* <code>ties.method = "min"</code> attribue à chaque élément le premier rang rencontré (ici, 1, soit trois premiers ''ex æquo'') ; c'est typiquement la méthode du classement sportif ;
* <code>ties.method = "max"</code> attribue à chaque élément le dernier rang rencontré ;<br /> dans [[w:fr:Loi de fiabilité|l'analyse de survie et de fiabilité]], la fréquence cumulée par la méthode des modes est obtenue en prenant ce rang-là divisé par la taille de l'échantillon ;
* <code>ties.method = "random"</code> est identique à <code>"first"</code> mais les rangs sont distribués aléatoirement à chaque valeur.
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> rank(c(1, 1, 1), ties.method="average")
[1] 2 2 2
> rank(c(1, 1, 1), ties.method="first")
[1] 1 2 3
> rank(c(1, 1, 1), ties.method="min")
[1] 1 1 1
> rank(c(1, 1, 1), ties.method="max")
[1] 3 3 3
> rank(c(1, 1, 1), ties.method="random")
[1] 2 1 3
</syntaxhighlight>
L'instruction <code>order()</code> permet de classer des matrices et ''data frames''.
La recherche se fait avec une paire de double-crochet : l'expression
<syntaxhighlight lang="rsplus">
i <- x[[a]]
</syntaxhighlight>
renvoie l'indice de la première occurrence de la valeur ''a'' dans le vecteur ou la matrice 'x''. Si ''x'' est une matrice, ''i'' est un indice unique, obtenu en parcourant la matrice colonne par colonne, de haut en bas et de gauche à droite. Par exemple :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> x <- cbind(c(6, 5, 4), c(3, 2, 1))
> print(x)
[,1] [,2]
[1,] 6 3
[2,] 5 2
[3,] 4 1
> x[[2]]
[1] 5
> a <- 4
> i <- x[[a]]
> x[i]
[1] 4
</syntaxhighlight>
Si l'on veut trouver toutes les occurrences d'une valeur, on utilise la fonction <code>which()</code> :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> x <- c(1, 2, 3, 2, 1)
> i <- which(x == 2)
> print(i)
[1] 2 4
> x[i]
[1] 2 2
</syntaxhighlight>
Cette commande fonctionne avec toute matrice booléenne, par exemple
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> x <- cbind(c(6, 5, 4), c(3, 2, 1))
> i <- which(x > 2)
> print(i)
[1] 1 2 3 4
> x[i]
[1] 6 5 4 3
</syntaxhighlight>
On peut aussi utiliser directement une matrice booléenne pour extraire des éléments :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> x <- cbind(c(6, 5, 4), c(3, 2, 1))
> comparaison <- (x > 4)
> print(comparaison)
[,1] [,2]
[1,] TRUE FALSE
[2,] TRUE FALSE
[3,] FALSE FALSE
> x[comparaison]
[1] 6 5
</syntaxhighlight>
== Lecture et enregistrement de données ==
La commande <code>scan()</code> permet d'aller lire les valeurs dans un fichier texte. Si par exemple les données sont dans le fichier <code>valeurs.txt</code> sous la forme :
1
2
3
4
(une donnée par ligne), il faut entrer
<syntaxhighlight lang="rsplus">
a <- scan(file = "valeurs.txt")
</syntaxhighlight>
mais si elles sont sous la forme
1, 2, 3, 4
il faut indiquer que le séparateur est la virgule
<syntaxhighlight lang="rsplus">
a <- scan(file = "valeurs.txt", sep=",")
</syntaxhighlight>
Si l'on indique un chemin d'accès (répertoire, dossier), il faut utiliser la barre oblique ''(slash)'' <code>/</code> même sous Microsoft Windows, par exemple
<syntaxhighlight lang="rsplus">
scan(file = "C:/Documents and Settings/foo.bar/valeurs.txt", sep = ",")
</syntaxhighlight>
Si l'on a un fichier au format CSV ''(comma separated values)'', par exemple exporté depuis un tableur, on peut utiliser la commande
<syntaxhighlight lang="rsplus">
a <- read.csv(file = "valeurs.csv")
</syntaxhighlight>
== Bonnes pratiques de programmation ==
Nous rappelons ci-dessous quelques règles de bonne pratique. Ces règles sont destinées à réduire le risque d'erreur. En particulier, une autre personne que le programmeur doit pouvoir lire le code et le comprendre, et le programmeur doit être capable de se relire plusieurs mois ou années après avoir écrit son code. Cela permet le déverminage (débogage, recherche et correction des erreurs) et l'évolution du programme.
Le code doit être le plus général possible, ce qui permet sa transposition à d'autres applications (copier-coller). En particulier, on évite les valeurs numériques « en dur », on définit à la place des constantes en début de programme.
Le code doit être fractionné : il comprend typiquement trois grandes parties :
# Initialisation et définition des constantes.
# Définition des fonctions.
# Programme principal.
Le programme principal doit être très court, et consister essentiellement à des appels de fonctions.
Une fonction ne doit pas faire plus d'une page de long (25 lignes), et ne doit pas contenir plus d'une dizaine de variables locales ; si ce n'est pas le cas, c'est qu'elle peut probablement être divisée en plusieurs fonctions. En particulier, chaque fois qu'une portion de code est dupliquée, elle doit être remplacée par une fonction.
Et une ligne ne doit pas faire plus de la largeur d'une page (80 caractères), et ne doit contenir qu'une seule instruction.
Le code doit être indenté : des blancs en début de ligne marquent l'imbrication des commandes, en particulier à l'intérieur d'un bloc délimitant une fonction (<code>function() {…}</code>), de boucles (<code>for</code>, <code>while</code>, <code>repeat</code>) et des exécutions conditionnelles (<code>if … else …</code>).
Le code doit être abondamment commenté. En particulier, pour chaque fonction, on indique
* à quoi elle sert (son but, son objectif, sa fonctionnalité) ;
* quelles sont les données d'entrée (arguments), et en particulier leur format (réel, complexe, booléen, chaîne de caractères) ;
* quelles sont les données de sortie ''(idem)''.
Les grandes étapes de la fonction doivent être expliquées.
== Exemples ==
=== Courbe de von Koch ===
[[Fichier:Von koch 6 etapes.svg|thumb|Courbe de Koch]]
Le programme suivant trace la courbe du flocon de Koch de manière récursive.
<syntaxhighlight lang="rsplus">
#============================================================================
# nom : von_koch.sce
# auteur : Christophe Dang Ngoc Chan
# date de création : 2013-07-25
# dates de modification :
# 2013-07-29 : calcul de la rotation par multiplication matricielle
#----------------------------------------------------------------------------
# version de R : 2.15.2
# extension requises : aucune
#----------------------------------------------------------------------------
# Objectif : trace la courbe du "flocon de neige" de von Koch
# Entrées : aucun (paramètres codés en dur)
# Sorties : fenêtre graphique avec une courbe
#============================================================================
# **************
# * Constantes *
# **************
n <- 6
# nombre d'étapes ;
# 9 donne 262 145 points
# 6 étapes (4 097 points) sont suffisantes pour un bon rendu
matrice_rotation = matrix(c(0.5, sqrt(3)/2, -sqrt(3)/2, 0.5), 2, 2)
# rotation de +60°
l <- 1
# longueur du segment initial (unité arbitraire)
# *************
# * Fonctions *
# *************
vonkoch <- function (pA, pB, i) {
# Objectif : transforme le segment [AB] en la ligne brisée [ACDEB]
# et trace cette ligne si elle a une "longueur unité"
# Entrées : pA et pB sont des vecteurs de nombres (coordonnées des points)
# i est un entier qui décroît à chaque étape
# Sorties : tracé graphique
u = (pB - pA)/3 # tiers du vecteur AB
v = matrice_rotation%*%u
# vecteur tourné de +60°
pC = pA + u
pD = pC + v
pE = pB - u ;
# points de la ligne
if (i == 1) {
# tracé des segments les plus petits
x = c(pA[1], pC[1], pD[1], pE[1], pB[1])
y = c(pA[2], pC[2], pD[2], pE[2], pB[2])
lines(x, y)
}
else {
# appel récursif
j <- i-1 ;
vonkoch(pA, pC, j)
vonkoch(pC, pD, j)
vonkoch(pD, pE, j)
vonkoch(pE, pB, j)
}
}
# ***********************
# * Programme principal *
# ***********************
# Extrémités de la ligne de base
debut <- c(0, 0)
fin <- c(l, 0)
# Tracé de la courbe
plot(c(0, l/2, l), c(0, sqrt(3)*l/6, 0), pch = ".", asp = 1,
axes = F, xlab = "", ylab = "")
vonkoch(debut, fin, n)
</syntaxhighlight>
[[Catégorie:R]]
1od276bks2e90yyyqjtu8k2he6ccedz
Programmer en R/Optimiser une fonction
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2026-05-15T08:25:55Z
DavidL
1746
[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
766572
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Programmer en R}}</noinclude>
Les '''méthodes d'optimisation''' sont des méthodes numériques de recherche du minimum ou d'un maximum d'une fonction.
Soit une fonction ƒ à valeurs réelles, définie sur un espace vectoriel de dimension ''n'' :
: ''y'' = ƒ(''x''<sub>1</sub>, ''x''<sub>2</sub>, …, ''x<sub>n</sub>'')
On recherche le minimum de ƒ, c'est-à-dire un vecteur (''x''<sub>1</sub>*, ''x''<sub>2</sub>*, …, ''x<sub>n</sub>''*) tel que la valeur de ƒ soit la plus petite possible.
Les '''méthodes de régression''' consistent à ajuster un modèle à des données. Elles consistent à minimiser une fonction d'écart, à l'optimiser.
== Méthode d'optimisation sans contrainte ==
=== Fonction sans paramètre ===
Dans le cas d'une optimisation sans contrainte, R propose la commande <code>optimise()</code> ou <code>optimize()</code> (synonymes). Sa syntaxe globale est :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
optimize(fct, intervalle)
optimize(fct, intervalle, maximum = TRUE)
optimize(f = fct, interval = intervalle)
</syntaxhighlight>
où
* ''fct'' est la fonction à minimiser, voir ''[[../Programmation procédurale#Fonctions définies par l'utilisateur|Programmation procédurale > Fonctions définies par l'utilisateur]]'' ;
* ''intervalle'' est l'intervalle sur lequel il effectue la recherche ;
* <code>maximum = </code> est un booléen : « vrai » si l'on cherche la maximum, « faux » (valeur par défaut) si l'on cherche le minimum.
Si par exemple on désire connaître le minimum de la fonction
: ƒ(''x'') = sin(''x'')
sur l'intervalle [-{{serif|π}} ; {{serif|π}}], on peut écrire
<syntaxhighlight lang="rsplus">
f <- function(x) sin(x)
minf <- optimize(f, c(-pi, pi))
maxf <- optimize(f, c(-pi, pi), maximum = TRUE)
print(minf$minimum)
print(minf$objective)
print(maxf$maximum)
print(maxf$objective)
</syntaxhighlight>
ce qui nous donne
<syntaxhighlight lang="rsplus">
[1] -1.570798
[1] -1
[1] 1.570798
[1] 1
</syntaxhighlight>
Donc, le minimum est en {{formatnum:-1.570798}}, qui est une approximation de -π/2 ≃ {{formatnum:-1.570796}}, et la fonction y vaut -1. Le maximum est en {{formatnum:1.570798}}, qui est une approximation de π/2, et la fonction y vaut 1.
On peut aussi utiliser la syntaxe
<syntaxhighlight lang="rsplus">
minf <- optimize(f, lower = -pi, upper = pi)
maxf <- optimize(f, lower = -pi, upper = pi, maximum = TRUE)
</syntaxhighlight>
On peut lui indiquer la tolérance visée sur le résultat, avec l'option <code>tol =</code>. Par exemple, pour avoir une précision de 10<sup>-6</sup> :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
optimize(f, c(-pi, pi), tol = 1e-6)
</syntaxhighlight>
Nous disposons également de la commande <code>optim()</code> ; elle ne cherche que le minimum, elle ne permet pas par défaut de définir un intervalle, et il faut lui donner un point de départ ; par contre, elle permet de travailler avec des fonctions de plusieurs variables. Sa syntaxe globale est :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
optim(x0, f)
</syntaxhighlight>
où
* ''x''<sub>0</sub> est un vecteur de valeurs initiales ;
* ''f'' est la fonction à minimiser.
Si par exemple on désire connaître le minimum de la fonction
: ƒ(''x'') = 5''x''<sup>2</sup> + 3''x'' - 4
on peut écrire (en utilisant la méthode de Horner pour calculer le polynôme)
<syntaxhighlight lang="rsplus">
f <- function(x) (5*x + 3)*x - 4
x0 = 0
solution = optim(x0, f)
</syntaxhighlight>
Le solveur nous donne un message d'avertissement qui est sans conséquence.
L'abscisse de la solution est donnée par
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> solution$par
[1] -0.3
</syntaxhighlight>
qui est la solution exacte<ref>le minimum est atteint à ƒ' = 0 soit 10''x'' + 3 = 0 soit ''x'' = -3/10</ref>, et la valeur de la fonction en ce point est
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> solution$value
[1] -4.45
</syntaxhighlight>
Si l'on affiche la totalité de la solution, on obtient
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> solution
$par
[1] -0.3
$value
[1] -4.45
$counts
function gradient
26 NA
$convergence
[1] 0
$message
NULL
</syntaxhighlight>
qui nous indique :
* <code>$count</code> : le nombre de fois (26) qu'il a fallu appeler la fonction ''f'' ; c'est globalement le nombre d'itérations qui a été nécessaire pour trouver la solution ;
* <code>$convergence</code> : la qualité de la convergence ; « 0 » indique que la méthode a bien convergé ;
* <code>$message</code> : un message éventuel du solveur (aucun).
La commande permet donc de travailler avec une fonction de plusieurs variables, par exemple si l'on considère la fonction
: ƒ(''x'', ''y'') = ''x''<sup>2</sup> + ''y''<sup>2</sup> - 10''x'' - 8''y'' + 41
on peut trouver son minimum avec
<syntaxhighlight lang="rsplus">
f <- function(x) x[1]^2 + x[2]^2 - 10*x[1] - 8*x[2] + 16
x0 <- c(0, 0)
solution <- optim(x0, f)
print(solution$par)
print(solution$value)
</syntaxhighlight>
ce qui donne
<syntaxhighlight lang="rsplus">
[1] 4.999483 4.000116
[1] -25
</syntaxhighlight>
La solution exacte est ''x'' = 5 et ''y'' = 4<ref>la fonction peut aussi s'écrire (''x'' - 5)<sup>2</sup> + (''y'' - 4)<sup>2</sup> - 25</ref>.
=== Fonction avec paramètre ===
Si la fonction possède des paramètres, on doit les passer en utilisant leur nom exact. Par exemple, si la fonction est
: ƒ<sub>''a'', ''b'', ''c''</sub>(''x'', ''y'') = (''x'' - ''a'')<sup>2</sup> + (''y'' - ''b'')<sup>2</sup> + ''c''
alors le script suivant permet de trouver le minimum :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
f <- function(x, a, b, c) (x[1] - a)^2 + (x[2] - b)^2 + c
x0 <- c(0, 0)
solution <- optim(x0, f, a = 5, b = 4, c = -25)
print(solution$par)
print(solution$value)
</syntaxhighlight>
ce qui donne
<syntaxhighlight lang="rsplus">
[1] 4.999483 4.000116
[1] -25
</syntaxhighlight>
== Méthode d'optimisation avec contrainte linéaire ==
On recherche le minimum de ƒ, mais avec des contraintes linéaires, de type :
: inégalités : ''u<sub>i</sub>''×''x<sub>i</sub>'' ≥ ''c<sub>i</sub>''
Le logiciel R propose la commande <code>constrOptim()</code>, qui fait appel au solveur <code>optim()</code> mais en ajoutant une fonction de pénalité pour gérer les contraintes. La syntaxe de base est :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
constrOptim(x0, f, NULL, u, c)
constrOptim(par = x0, fn = f, ui = u, ci = c)
</syntaxhighlight>
où
* ''x''<sub>0</sub> est le vecteur de départ, qui doit être dans la zone de faisabilité, c'est-à-dire vérifier les inégalités de contrainte ;
* ''f'' est la fonction ;
* <code>NULL</code> indique que l'on ne définit pas la fonction gradient ;
* ''u'' et ''c'' sont des vecteurs représentant les contraintes.
Par exemple, si l'on veut rechercher le minimum de la fonction ''y'' = sin(''x'') sur l'intervalle [-{{serif|π}} ; {{serif|π}}] :
* la fonction ''f'' est <code>sin</code>
* les contraintes linéaires sont<br />1×''x'' ≥ -{{serif|π}},<br />-1×''x'' ≥ -{{serif|π}}<br />donc on a en notation matricielle '''u'''×''x'' ='''c''' avec <br /><math>\mathbf{u} = \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \end{pmatrix}</math> et <math>\mathbf{c} = \begin{pmatrix} -\pi \\ -\pi \end{pmatrix}</math> ;
* on part de ''x''<sub>0</sub> = 0.
<syntaxhighlight lang="rsplus">
x0 <- matrix(0, 1, 1)
f <- sin
u <- matrix(c(1, -1), 2, 1)
c <- matrix(c(-pi, -pi), 2, 1)
solution <- constrOptim(x0, f, NULL, u, c)
</syntaxhighlight>
La résolution provoque des messages d'avertissement, qui sont sans conséquence ici. L'abscisse de la solution est donnée par
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> solution$par
[,1]
[1,] -1.57066
</syntaxhighlight>
qui est une approximation de -{{serif|π}}/2 ≃ {{formatnum:-1.5708}} ; la valeur de la fonction en ce point est donnée par
<syntaxhighlight lang="rsplus">
> solution$value
[,1]
[1,] -1
</syntaxhighlight>
Si l'on affiche la totalité de la solution, on obtient
<syntaxhighlight lang="rsplus">
$par
[,1]
[1,] -1.57066
$value
[,1]
[1,] -1
$counts
function gradient
62 NA
$convergence
[1] 0
$message
NULL
$outer.iterations
[1] 3
$barrier.value
[,1]
[1,] -0.0008014317
</syntaxhighlight>
qui nous indique, en plus des données d'<code>optim()</code> :
* <code>$outer.iterations</code> : le nombre d'itération « extérieures », c'est-à-dire ici d'appels au solveur <code>optim()</code> ;
* <code>$barrier.value</code> : c'est, lors de la dernière itération, la valeur du paramètre de pénalisation qui permet d'éviter de sortir des limites imposées.
== Les différents algorithmes d'optimisation ==
Jusqu'ici, nous avons utilisé les méthodes d'optimisation par défaut. Selon les problèmes que l'on aborde, on peut avoir intérêt à utiliser d'autres algorithmes.
=== Fonction <code>optimize()</code> ===
La fonction <code>optimize()</code> utilise la [[w:fr:méthode du nombre d'or|méthode du nombre d'or]] associée à une interpolation parabolique.
=== Fonctions <code>optim()</code> et <code>constrOptim()</code> ===
==== Méthode de Nelder-Mead ====
Par défaut, la fonction <code>optim()</code> utilise la [[w:fr:Méthode de Nelder-Mead|méthode de Nelder-Mead]]. Il consiste à prendre un simplexe — deux points sur une courbe, trois points sur une surface, … — et d'étendre ce simplexe vers les directions où la fonction est plus petite, puis à réduire ce simplexe lorsque le minimum est à l'intérieur.
Cet algorithme fonctionne lorsque la fonction n'est pas dérivable (mais elle doit être continue). Par contre, il n'est pas adapté aux problèmes à une dimension (fonction d'une seule variable), il vaut alors mieux utiliser la méthode de Brent ou bien la fonction <code>optimize()</code>.
==== Méthode BFGS ====
Le deuxième algorithme proposé est celui de [[w:fr:BFGS|BFGS]], avec l'option <code>method = "BFGS"</code>. C'est un algorithme à direction de descente : à partir d'une point de départ, on se déplace sur le plan tangent à la surface, vers le bas. La direction de descente est l'opposé du gradient de la fonction.
Le pas de descente est fonction l'inverse de la courbure : si la courbure est importante, alors la surface s'écarte vite du plan tangent, il ne faut donc pas aller trop loin. L'algorithme calcule donc une approximation de l'inverse de cette dérivée seconde, ou plutôt, dans le cas d'une fonction de plusieurs variables, de la matrice hessienne (contenant les dérivées partielles d'ordre 2).
On peut fournir la fonction gradient, avec le troisième paramètre <code>gr = …</code> ; sinon, le solveur utilise une approximation par différences finies. Par exemple
<syntaxhighlight lang="rsplus">
f <- function(x) sin(x)
x0 = 0
solution <- optim(x0, f, method = "BFGS")
</syntaxhighlight>
ou bien
<syntaxhighlight lang="rsplus">
f <- function(x) sin(x)
g <- function(x) cos(x)
x0 = 0
solution <- optim(x0, f, g, method = "BFGS")
# syntaxe alternative : optim(x0, f, gr = g, method = "BFGS")
</syntaxhighlight>
L'option <code>hessian = TRUE</code> retourne également la matrice hessienne calculée à la solution. On peut aussi calculer la matrice hessienne par
<syntaxhighlight lang="rsplus">
optimHess(solution$par, f)
</syntaxhighlight>
où ''solution$par'' est la solution trouvée par optimisation.
Le solveur propose une méthode BFGS modifiée, <code>method = "L-BFGS-B"</code>, qui permet de définir des limites inférieures et supérieures aux variables.
<syntaxhighlight lang="rsplus">
optim(x0, f, lower = …, upper = …, method = "L-BFGS-B")
</syntaxhighlight>
==== Méthode du gradient conjugué ====
Le troisième algorithme proposé est celui du [[w:fr:Méthode du gradient conjugué|gradient conjugué]], avec l'option <code>method = "CG"</code>. Cette méthode ne calcule pas, et donc ne stocke pas, les matrices hessiennes ; elle permet donc de traiter des problèmes plus volumineux que la méthode BFGS, mais est moins robuste.
Le solveur accepte l'option <code>hessian = TRUE</code>.
==== Méthode du recuit simulé ====
Le quatrième algorithme proposé est celui du [[w:fr:Recuit simulé|recuit simulé]] ''(simulated annealing)'', avec l'option <code>method = "SANN"</code>. Le but de cette méthode est d'éviter de trouver un minimum local. Pour cela, une fois qu'une solution est trouvée, le solveur repart d'un autre point pour voir s'il converge vers une autre valeur. Cette méthode est utile lorsqu'il y a de nombreux minima locaux (surface « rugueuse »).
==== Méthode de Brent ====
Le quatrième algorithme proposé est la [[w:fr:méthode de Brent|méthode de Brent]], avec l'option <code>method = "Brent"</code>. Ce solveur ne traite que des problèmes à une dimension, et est en fait similaire à la fonction <code>optimize()</code>. En particulier, il faut définir l'intervalle de recherche avec les options <code>lower = …</code> et <code>upper = …</code>, mais il faut par contre toujours donner un point de départ.
<syntaxhighlight lang="rsplus">
optim(x0, f, lower = …, upper = …, method = "Brent")
</syntaxhighlight>
==== Méthode de la barrière logarithmique ====
Pour la gestion des contrainte, la fonction <code>constrOptim()</code> utilise la méthode de la [[w:fr:Optimisation non linéaire#Contraintes|barrière logarithmique]]. Cette méthode consiste à ajouter à la fonction ƒ une fonction de pénalité qui augmente lorsque l'on s'approche de la frontière. Si l'inégalité de contrainte s'écrit sous la forme
: ''h''(''x'') ≥ 0
alors R prend pour fonction de pénalité
: {{serif|μ}}×ln(''h''(''x''))
où {{serif|μ}} est une constante positive. Cette constante vaut par défaut 10<sup>-4</sup>, mais peut être ajustée :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
constrOptim(x0, f, NULL, u, c, mu = …)
</syntaxhighlight>
Une méthode consiste à faire des passes successives en diminuant au fur et à mesure la valeur de {{serif|μ}} pour affiner le résultat, la fonction optimisée étant de plus en plus proche de la fonction initiale.
=== Modèle linéaire généralisé ===
La régression des moindres carrés consiste à minimiser l'estimateur de la variance ; cette démarche est pertinente si le bruit suit une distribution normale ayant le même écart type. La commande <code>glm()</code> permet d'utiliser d'autres distributions, avec le paramètre <code>family</code>.
== Régression non-linéaire ==
Notons tout d'abord qu'une régression linéaire est un modèle dans lequel on recherche des ''coefficients'' (β<sub>0</sub>, β<sub>1</sub>, …, β<sub>''m''</sub>) ; c'est l'expression de ces coefficients qui doit être linéaire, du type :
: ''y'' = β<sub>0</sub> + β<sub>1</sub>⋅ƒ<sub>1</sub>('''x''') + β<sub>2</sub>⋅ƒ<sub>2</sub>('''x''') + … + β<sub>''m''</sub>⋅ƒ<sub>''m''</sub>('''x''')
où '''x''' est un vecteur (''x''<sub>1</sub>, ''x''<sub>2</sub>, …, ''x<sub>n</sub>''). Les fonctions ƒ<sub>''i''</sub> ne sont ''pas'' nécessairement linéaires.
Un modèle non-linéaire est un modèle dans lequel les coefficients β<sub>''i''</sub> figurent eux-même de manière non-linéaire dans une formule. Par exemple, si l'on recherche un modèle gaussien :
: <math>y = \beta_0 \cdot \exp \left ( - \beta_1 \cdot x^2 \right )</math>
ce modèle n'est pas linéaire en β<sub>1</sub> — notons qu'on peut le rendre linéaire en considérant le logarithme de ''y''.
La régression non-linéaire par la méthode des moindres carrés se fait avec la commande <code>nls()</code> ''(nonlinear least squares)''. Par défaut, cette commande utilise la méthode de Gauss-Newton ; dans tous les cas, il s'agit d'algorithmes itératifs. La syntaxe de base est similaire à celle de <code>lm()</code>, mais il faut introduire explicitement les paramètres à affiner dans la formule. Par exemple :
<syntaxhighlight lang = "rsplus">
# ********************
# Création des données
u1 <- seq(-1, 1, 0.01) # abscisse, variable explicative
u2 <- 2*exp(-3*u1^2) + rnorm(u1, 0, 0.1) # ordonnée, variable expliquée
# ******************************
# régression des moindres carrés
donnees <- data.frame(u1, u2)
modele <- nls(u2~b0*exp(-b1*u1^2), donnees)
print("Modèle des moindres carrés : ")
print(modele)
plot(u1, u2)
lines(u1, fitted(modele), lwd = 2)
</syntaxhighlight>
donne pour résultat :
[1] "Modèle des moindres carrés :"
Nonlinear regression model
model: u2 ~ b0 * exp(-b1 * u1^2)
data: donnees
b0 b1
1.975 2.965
residual sum-of-squares: 1.932
Number of iterations to convergence: 4
Achieved convergence tolerance: 5.148e-07
La valeur de départ de l'algorithme itératif est choisie automatiquement. On peut lui indiquer des valeurs de départ avec le paramètre <code>start</code>, qui doit recevoir une liste nommée. par exemple, pour commencer avec β<sub>0</sub> = β<sub>1</sub> = 1 :
<syntaxhighlight lang = "rsplus">
modele <- nls(u2~b0*exp(-b1*u1^2), data = donnees, start = list(b0 = 1, b1 = 1))
</syntaxhighlight>
== Annexe : Formules symboliques ==
Le modèle de régression est une formule ''symbolique''. Par exemple, si l'on écrit <code>y ~ x</code>, on utilise un modèle affine (droite avec ordonnée à l'origine) du type
: ''y'' = ''a'' + ''bx''.
Pour une régression linéaire avec deux variables explicatives, on peut écrire <code>y ~ x1 + x2</code> ; le signe plus n'indique pas ici l'addition, mais sépare les deux paramètres, le modèle sera donc
: ''y'' = ''a'' + ''b''<sub>1</sub>''x''<sub>1</sub> + ''b''<sub>1</sub>''x''<sub>2</sub>.
Attention : les variables du modèle — <code>x</code>, <code>x1</code>, <code>x2</code>, <code>y</code> — doivent être les noms des variables utilisées dans la structure de données.
Si l'on veut un modèle linéaire sans ordonnée à l'origine, on modifie la formule en ajoutant un paramètre <code>+0</code>, par exemple <code>y ~ x + 0</code>.
Dans une formule symbolique, le signe plus indique que l'on combine linéairement deux variables. Si l'on veut appliquer une addition stricte, c'est-à-dire additionner deux termes sans les assortir d'un coefficient à définir par régression, il faut « inhiber l'interpréteur » avec la fonction <code>I()</code>, par exemple :
<syntaxhighlight lang="rsplus">
formula = I(x^2 + y^2) ~ x + y
</syntaxhighlight>
indique un modèle
: ''x''<sup>2</sup> + ''y''<sup>2</sup> = ''a'' + ''b''<sub>1</sub>''x'' + ''b''<sub>2</sub>''y''.
{| class = "wikitable"
|+ Formules symboliques dans R<ref>Kristel Van Steen, ''Using R for Linear Regression'', [http://www.montefiore.ulg.ac.be/~kvansteen/GBIO0009-1/ac20092010/Class8/Using%20R%20for%20linear%20regression.pdf lire en ligne]</ref>
|-
! scope="col" | Syntaxe
! scope="col" | Modèle
! scope="col" | Commentaires
|-
| <code>Y ~ X</code>
| Y = β<sub>0</sub> + β<sub>1</sub>X ||
|-
| <code>Y ~ 0 + X</code>
| Y = β<sub>1</sub>X ||
|-
| <code>Y ~ X + I(X^2)</code>
| Y = β<sub>0</sub> + β<sub>1</sub>X + β<sub>2</sub>X<sup>2</sup> ||
|-
| <code>Y ~ X1 + X2</code>
| Y = β<sub>0</sub> + β<sub>1</sub>X<sub>1</sub> + β<sub>2</sub>X<sub>2</sub>
| modèle du premier ordre sans interaction croisée
|-
| <code>Y ~ .</code>
| Y = β<sub>0</sub> + β<sub>1</sub>X<sub>1</sub> + …
| le point remplace toutes les colonnes des données (<code>data.frame</code>) non encore mentionnées dans la formule
|-
| <code>Y ~ X1:X2</code>
| Y = β<sub>0</sub> + β<sub>1</sub>X<sub>1</sub>X<sub>2</sub>
| modèle ne contenant que des interactions croisée du premier ordre
|-
| <code>Y ~ X1*X2</code>
| Y = β<sub>0</sub> + β<sub>1</sub>X<sub>1</sub> + β<sub>2</sub>X<sub>2</sub> + β<sub>3</sub>X<sub>1</sub>X<sub>2</sub>
| modèle du premier ordre complet <br /> équivalent de <code>Y ~ X1 + X2 + X1:X2</code>
<!--
|-
| <code>Y ~ (X1 + X2 + X3)^2</code>
| Y = β<sub>0</sub> + β<sub>1</sub>X<sub>1</sub> + β<sub>2</sub>X<sub>2</sub> + β<sub>3</sub>X<sub>3</sub> + β<sub>4</sub>X<sub>1</sub>X<sub>2</sub> + β<sub>5</sub>X<sub>1</sub>X<sub>3</sub> + β<sub>6</sub>X<sub>2</sub>X<sub>3</sub>
| modèle du premier ordre, avec les interactions croisées d'ordre 2
-->
|}
== Notes et références ==
<references />
[[Catégorie:R]]
my47pb64wgqr1fuojv52noavtz7ux7j
Mkd (Extracteur de documents)/Paquet 'debian' pour la maintenance logicielle
0
57921
766586
680632
2026-05-15T08:36:11Z
DavidL
1746
[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
766586
wikitext
text/x-wiki
<!--
{{Flux du livre}}
{{en travaux}}
-->
{{Icône version imprimable
|page={{BASEPAGENAME}}/Maintenance des paquets debian
|texte=Version imprimable de maintenance des paquets debian}}
<noinclude>
{{Version imprimable|mkd
| CDU/6/68/681/681.3/681.3.0
| page={{BASEPAGENAME}}/Maintenance des paquets debian
| titre=maintenance des paquets debian
| info=2014-01-26
| modifier=non
}}
</noinclude>
[[Fichier:Mkd-256x256.png|thumb|80px|left|''Make documents'']]
{{Méta-bandeau|couleur=violet|titre=Exercice de construction d'un paquet debian.|Cet exercice a pour but de se familiariser avec la construction d'un paquet debian.<br />Ce paquet n'est pas censé persister dans la structure linux. ''Paquet officiel : mkddocu''<ref>Dépôt officiel de mkddocu : [https://launchpad.net/~jean-paul-louyot/+archive/ubuntu/mkd/+files/mkd-doc_140515_all.deb mkd-doc_140515_all.deb]</ref>.<br />[[Mkd_(Extracteur_de_documents)/Dépôt_parrainé_du_paquet_''original''_mkd-131215|Voyez la construction d'un paquet mkd officiel (version 131215)]]
Cette page a été optimisée pour "{{bleu|Version imprimable}}". Si vous désirez imprimer cette page assurez-vous que les textes déroulants ne sont pas masqués.}}
<!--{{Cadre/source}}-->
Les [[w:Paquet_(logiciel)|paquets]] d'installation des logiciels pour les systèmes d'exploitation [[linux]] permettent de sécuriser les systèmes grâce à des clés numériques. Ils permettent aussi de faciliter l'installation des applications.
La description qui suit ne conduit pas à la construction d'un paquet sécurisé
== Créer un paquet debian ==
La lecture de la documentation sur le sujet est si obscure qu'il est bien difficile de créer son premier paquet. <br />L'objet de cet article est de voir, au travers d'un exemple simple, comment sortir de l'obscurité.
Le paquet [[debian]] que nous allons créer ne sera pas sécurisé et ne pourra pas être installé par le gestionnaire de la logithèque. Il sera simplement installé et désinstallé par des [[w:Shell_Unix|commandes shell]].
== Le paquet ==
# L'idée de la démonstration est de créer un utilitaire très simple à l'usage des programmeurs avec l'aide de la commande '''mkd'''.
# Nous nous sommes inspirés de l'article ''myecho''<ref>http://alp.developpez.com/tutoriels/debian/creer-paquet/</ref> pour vous proposer cette commande que nous appellerons '''''mkmaintainerdocu''' (Make maintainer documentation)''
# Cette commande n'a pas pour ambition de persister dans les répertoires des commandes binaires (/bin, /usr/bin, etc.)
=== Que doit-il faire ? ===
# créer un fichier de projet pour une application écrite en langage C
# générer le fichier d'entête de l'application "<projet>.h
# générer la documentation des fonctions
# générer la documentation destinée aux programmeurs
# Si possible afficher les fichier à la fin de leur création ou modification.
=== Choix de l'exécutable ===
Le plus simple est de créer une commande shell bash[[#mkmaintainerdocu|↑]], facile à maîtriser et inspirée par ''myecho'' cité dans les références.
{{Nouvelle page imprimée}}
=== Structure de l'archive projet-mkmaintainerdocu.tar.gz ===
'''"./"''' est le '''répertoire conteneur''' que nous pouvons appeler '''projet-mkmaintainerdocu''' Il contient nos utilitaires et les fichiers d'installation.
'''"./mkmaintainerdocu"''' est le '''répertoire racine''' de notre paquet. Ce qui nous intéresse se trouve DANS ce répertoire.
'''Créer le contenu de l'archive.''' Les fichiers à créer sont décrits ci-après :
./mkmaintainerdocu/usr
./mkmaintainerdocu/usr/share
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc/changelog.debian - {{rouge|fichier à créer}}
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc/copyright - {{rouge|fichier à créer}}
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc/changelog - {{rouge|fichier à créer}}
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc/README - {{rouge|fichier à créer}}
./mkmaintainerdocu/usr/local
./mkmaintainerdocu/usr/local/bin
./mkmaintainerdocu/usr/local/bin/mkmaintainerdocu - {{rouge|fichier à créer}}
./mkmaintainerdocu/DEBIAN
./mkmaintainerdocu/DEBIAN/postrm - {{rouge|fichier à créer}}
./mkmaintainerdocu/DEBIAN/control - {{rouge|fichier à créer}}
./mkmaintainerdocu/DEBIAN/postinst - {{rouge|fichier à créer}}
'''On y ajoutera les utilitaires décrits ci-après :'''
./empaqueter - pour créer le paquet - {{rouge|fichier à créer}}
./installer - pour installer l'application - {{rouge|fichier à créer}}
./desinstaller - pour désinstaller le paquet - {{rouge|fichier à créer}}
./KONSOLE - utilitaire pour créer une console locale - {{rouge|fichier à créer}}
'''Fichiers qui seront créés à l'empaquetage :'''
./mkmaintainerdocu.deb
==== changelog.debian ====
* fichier nécessaire à la création du paquet, peut être vide.
First version : 1.0 (2013-12-15)
==== copyright ====
* fichier nécessaire à la création du paquet, peut être vide.
First version : 1.0 (2013-12-15) (c) Demo <demo@demo.com>
{{nouvelle page imprimée}}
==== changelog ====
* fichier nécessaire à la création du paquet, peut être vide.
First version : 1.0 (2013-12-15)
==== README ====
* fichier utile à la construction du paquet
This demo command is writed to create a self debian package.
==== mkmaintainerdocu ====
* notre fichier shell qui va exécuter nos commandes de création des documents
<syntaxhighlight lang="bash">#!/bin/bash
# File mkmaintainerdocu writed by Clara Jimenez 2013-12-15
# Demo : Create any simple debian package for mkd and C programming language
# remove old files :
rm *.c~ # ATTENTION !
# create project file only with C files :
ls -1 *.c > project-prj
# create ./maintainer-documentation directory if not exist :
install -d ./maintainer-documentation
# Make header file project.h and header document; style C, overwrite, text only
echo " make header file './maintainer-documentation/project.h' "
mkd -Cjwt H project-prj ./maintainer-documentation/project.h
echo " make fuctions documentation './maintainer-documentation/project-functions-documentation.txt' "
mkd -Cjwt D project-prj ./maintainer-documentation/project-functions-documentation.txt
# Make individuals tests directives document; style C, overwrite, add line number, text only
echo " make tests document, directives for all functions './maintainer-documentation/\
project-functions-directives.txt' "
mkd -Cjwnt T project-prj ./maintainer-documentation/project-functions-directives.txt
# Make functions updates documentation; style C, overwrite, add line number, text only
echo " make functions maintainers documentation '/maintainer-documentation/\
project-functions-maintainers-doc.txt' "
mkd -Cjwnt P project-prj ./maintainer-documentation/project-functions-maintainers-doc.txt
# Get all strings and select strings for translations (add 2012-02-13)
echo " make list of strings for tranlations"
mkd -pnjs '**' project-prj ./maintainer-documentation/strings.txt | grep gettext > ./maintainer-documentation/strings-for-translations.txt
echo " Make mkd tests : "
echo " See in working directory. "</syntaxhighlight>
{{nouvelle page imprimée}}
==== postrm ====
* shell exécuté après la suppression du paquet (si nécessaire)
* cet exécutable peut exécuter des mises à jour comme 'cat', 'whatis', et d'autres ...
<syntaxhighlight lang="bash">#!/bin/bash
echo " If this message appears then 'mkmaintainerdocu' is now removed "</syntaxhighlight>
==== control ====
* fichier nécessaire à la construction du paquet
<syntaxhighlight lang="text">Version: 1.0
Section: devel
Priority: optional
architecture: all
Depends: bash, mkd
Maintainer: Demo <demo@demo.com>
Description: Make maintainer documentation for C files. See mkd manual.
Suggests: mkdcppw
Recommends: mkd</syntaxhighlight>
* Le classement des paquets doit être choisi dans une des sections : <br />admin, devel, doc, graphics, libs, misc, net, otherofs, pyton, shells, sound, text, utils, x11.
==== postinst ====
* shell exécuté après la création du paquet (si nécessaire)
* cet exécutable peut exécuter des mises à jour comme 'cat', 'whatis', et d'autres ...
<syntaxhighlight lang="bash">#!/bin/bash
echo " Use 'mkmaintainerdocu' in your working directory "
echo " Then type 'mkmaintainerdocu' in your terminal or konsole "
echo " See manual man1 'mkd' and, or, 'mkmaintainerdocu' "</syntaxhighlight>
{{Nouvelle page imprimée}}
=== utilitaires ===
==== empaqueter ====
<syntaxhighlight lang="bash">
#!/bin/bash
fakeroot chmod 755 mkmaintainerdocu/usr/local/bin/mkmaintainerdocu
fakeroot chmod 755 mkmaintainerdocu/DEBIAN/post*
fakeroot chmod 755 mkmaintainerdocu/DEBIAN/pre*
fakeroot rm *.deb
fakeroot dpkg-deb --build mkmaintainerdocu
</syntaxhighlight>
==== installer ====
<syntaxhighlight lang="bash">
#!/bin/bash
sudo dpkg -i mkmaintainerdocu.deb
</syntaxhighlight>
==== desinstaller ====
<syntaxhighlight lang="bash">
#!/bin/bash
sudo dpkg --remove mkmaintainerdocu
ou :
# sudo dpkg --purge mkmaintainerdocu
</syntaxhighlight>
==== KONSOLE ====
Cet utilitaire facilite l'ouverture d'une console dans le répertoire courant.
<syntaxhighlight lang="bash">
#!/bin/bash
echo -e '\E['32';'01'm'"click on New Line to 'start' the Konsole"
# echo -e '\E['31';'01'm' "not 'start in a terminal'"
echo -e '\E['32';'01'm'"click on Ctrl-C to exit"
tput sgr0 # Reset text attributes to normal without clear
read pwd
pwd
echo $pwd
tput sgr0 # Reset text attributes to normal without clear
/usr/bin/konsole background-mode --workdir pwd dir
read
</syntaxhighlight>
{{nouvelle page imprimée}}
=== Contenu extrait du paquet ===
* L'extraction avec le ''gestionnaire d'archives'' recrée les répertoires avec la même structure.
<syntaxhighlight lang="text">./mkmaintainerdocu
./mkmaintainerdocu/usr
./mkmaintainerdocu/usr/share
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc/changelog.debian
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc/copyright
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc/changelog
./mkmaintainerdocu/usr/share/doc/README
./mkmaintainerdocu/usr/local
./mkmaintainerdocu/usr/local/bin
./mkmaintainerdocu/usr/local/bin/mkmaintainerdocu
./mkmaintainerdocu/DEBIAN
./mkmaintainerdocu/DEBIAN/postrm
./mkmaintainerdocu/DEBIAN/control
./mkmaintainerdocu/DEBIAN/postinst</syntaxhighlight>
{{Nouvelle page imprimée}}
== Tests ==
{{Boîte déroulante début
| titre=Boîte des tests
| fondtitre=#0099CC
| styleTitre=color:white;
| style=headerbleu}}
=== Fichiers pour les tests ===
==== main.c ====
<syntaxhighlight lang=cpp>
/*P
FILE NAME : main.c
PROJECT : myproject
UPDATES :
2013-12-15 Created by me <myemail@emailserver.com>
....-..-.. Updated by ..... for ......
*/
/*T
FILE NAME : main.c
UNIT TESTS DIRECTIVES : Blablabla0 ...
*/
/*D
FILE NAME : main.c
FUNCTION NAME : Main project ; <myproject>
SYNOPSYS, SYNTAX :
#include myproject.h
void main (void);
int function0(char* string0);
char* string0 : <description>
ACTION, DESCRIPTION ....
CONFORMING TO : gcc, UTF-8
PORTABILITY : .....
RETURN VALUE :
COPYRIGHT :
AUTHORS :
RESSOURCES :
NOTES :
BUGS : email <email@mailer>
SEE ALSO MANUAL : man 1 myprojetc
*/
/*H
// FILE NAME : main.c
// function0 (included in main.c)
int function0(char*);
*/
int function0(char* string0){
.....
}
void main(void) {
}
</syntaxhighlight>
{{nouvelle page imprimée}}
==== fonction1.c ====
<syntaxhighlight lang=cpp>/*P
FILE NAME : function1.c
PROJECT : myproject
UPDATES :
2013-12-15 Created by me <myemail@emailserver.com>
....-..-.. Updated by ..... for ......
*/
/*T
FILE NAME : function1.c
UNIT TESTS DIRECTIVES : Blablabla1 ...
*/
/*D
FILE NAME : function1.c
FUNCTION NAME :
SYNOPSYS, SYNTAX :
#include myproject.h
.....
*/
/*H
// FILE NAME : function1.c
int funtion1(char*);
*/
int function1(char* string1) {
.....
}</syntaxhighlight>
{{nouvelle page imprimée}}
==== fonction2.c ====
<syntaxhighlight lang=cpp>/*P
FILE NAME : function2.c
PROJECT : myproject
UPDATES :
2013-12-15 Created by me <myemail@emailserver.com>
....-..-.. Updated by ..... for ......
*/
/*T
FILE NAME : function2.c
UNIT TESTS DIRECTIVES : Blablabla2 ...
*/
/*D
FILE NAME : function2.c
FUNCTION NAME :
SYNOPSYS, SYNTAX :
#include myproject.h
.....
*/
/*H
// FILE NAME : function2.c
int function2(char*, int);
*/
int function2(char* string2, int num) {
.....
}</syntaxhighlight>
{{nouvelle page imprimée}}
=== Résultat des tests ===
==== Liste de l'archive myproject.tar.gz ====
<syntaxhighlight lang="text">./myproject/
./myproject/main.c
./myproject/project-prj
./myproject/fonction2.c
./myproject/fonction1.c
./myproject/maintainer-documentation
./myproject/maintainer-documentation/project-functions-documentation.txt
./myproject/maintainer-documentation/project-functions-directives.txt
./myproject/maintainer-documentation/project.h
./myproject/maintainer-documentation/project-functions-documentation.txt~
./myproject/maintainer-documentation/project-functions-maintainers-doc.txt</syntaxhighlight>
==== Fichier project.prj ====
<syntaxhighlight lang="text">fonction1.c
fonction2.c
main.c</syntaxhighlight>
==== Fichier d'entête (header) ====
project.h:
<syntaxhighlight lang=cpp>
// FILE NAME : function1.c
int funtion1(char*);
// FILE NAME : function2.c
int funtion2(char*, int);
// FILE NAME : main.c
// function0 (included in main.c)
int function0(char*);
</syntaxhighlight>
{{nouvelle page imprimée}}
==== Directives de programmation et de tests ====
* project-functios-directives.txt
<syntaxhighlight lang="text">
9
10 FILE NAME : function.c
11 UNIT TESTS DIRECTIVES : Blablabla1 ...
12
13
9
10 FILE NAME : function2.c
11 UNIT TESTS DIRECTIVES : Blablabla2 ...
12
13
9
10 FILE NAME : main.c
11 UNIT TESTS DIRECTIVES : Blablabla0 ...
12
</syntaxhighlight>
==== Manuel des fonctions ====
* project-functions-documentation
<syntaxhighlight lang=cpp>
FILE NAME : function1.c
FUNCTION NAME :
SYNOPSYS, SYNTAX :
#include myproject.h
.....
FILE NAME : function2.c
FUNCTION NAME :
SYNOPSYS, SYNTAX :
#include myproject.h
.....
FILE NAME : main.c
FUNCTION NAME : Main project ; <myproject>
SYNOPSYS, SYNTAX :
#include myproject.h
void main (void);
int function(char* string0);
char* string0 : <description>
ACTION, DESCRIPTION ....
CONFORMING TO : gcc, UTF-8
PORTABILITY : .....
RETURN VALUE :
COPYRIGHT :
AUTHORS :
RESSOURCES :
NOTES :
BUGS : email <email@mailer>
SEE ALSO MANUAL : man 1 myprojetc
</syntaxhighlight>
{{nouvelle page imprimée}}
==== Document à l'usage des mainteneurs ====
<syntaxhighlight lang="text">
1
2 FILE NAME : function1.c
3 PROJECT : myproject
4 UPDATES :
5 2013-12-15 Created by me <myemail@emailserver.com>
6 ....-..-.. Updated by ..... for ......
7
8
1
2 FILE NAME : function2.c
3 PROJECT : myproject
4 UPDATES :
5 2013-12-15 Created by me <myemail@emailserver.com>
6 ....-..-.. Updated by ..... for ......
7
8
1
2 FILE NAME : main.c
3 PROJECT : myproject
4 UPDATES :
5 2013-12-15 Created by me <myemail@emailserver.com>
6 ....-..-.. Updated by ..... for ......
7
</syntaxhighlight>
{{Boîte déroulante fin}}
{{Nouvelle page imprimée}}
== Sécurisation des paquets ==
Les paquets non sécurisés sont à proscrire.
{{Boîte déroulante début
| titre=Boîte de sécurisation des paquets
| fondtitre=#0099CC
| styleTitre=color:white;
| style=headerbleu
}}
=== Créer un nouveau paquet sécurisé ===
Make-new-ppa : Pour créer un dépôt ppa.
<syntaxhighlight lang = bash>#!/bin/bash
# File : Make-new-ppa
# Notes:
# <archive> a la forme : <exécutable>-<version>.tar.gz
# Nettoyage :
echo " Ne pas lancer en 'sudo', 'su' ou 'root'. Utiliser la 'Konsole' ou le 'Terminal' "
# Conserver une trace du vieux répertoire DEBIAN, au cas où ...
echo " Déplacement le vieux répertoire DEBIAN si il existe et le mettre en mode lecture seule. "
mv <répertoire-origine>/debian ./debian.old
chmod 444 ./debian.old
echo "suppression éventuelle du vieux répertoire DEBIAN "
rm -Rf debian/
# Entrer dans le répertoire-origine. C'est le répertoire de vos sources.
echo " entrant dans les sources de l'archive : <répertoire-origine>/src/ "
cd <répertoire-origine>/src
# Nettoyage du répertoire des sources avec l'option -d : print debugging
echo " mettant à jour l'exécutable et le plaçant dans son répertoire ../usr/bin "
make <exécutable> -d
rm *.o
cd ../../
# créer le fichier orig.tar.gz
echo " sortant de l'archive et créant le fichier compressé de l'archive d'origine "
tar cvzf <répertoire-origine>.tar.gz <répertoire-origine>
# attention au point qui se transforme en souligné sauf pour l'archive native
# 'mv' pas pour le natif.
# Rappel : <répertoire-origine> = <exécutable>-<version>
# mv <exécutable>-<version>.tar.gz <exécutable>_<version>.orig.tar.gz
# Créer le nouveau répertoire DEBIAN selon la configuration et options
# -c : avec licence de copyright. -e : avec UNE adresse de courriel des mainteneurs.
# -s : seulement le binaire. -n : paquet natif. -f : <fichier> où <fichier> est le nom
# de l'archive (compressée .tar.gz) que nous venons de créer ci-dessus.
# -s : si il faut compiler le binaire pour chaque architecture, sinon -i pour 'all arch'.
# -r <format> d'exécution (rules) pour la création du paquet : cdbs, ou dh7, ou old
cd <archive>
echo "entrant dans le répertoire <répertoire-origine> "
echo " créant les fichiers de base pour la construction du paquet dans ./debian/ "
dh_make -c GPL -e myemail@mailserver -s -n -f <archive-origine>.tar.gz -r CDBS
echo " Ayant créé les fichiers de base dans le répertoire debian : "
echo " mettre les fichiers suivants à jour:"
echo " changelog : remplacer unstable par votre version ubuntu (precise, saucy, etc.) "
echo " control, copyright, rules, watch "
echo " Il faudra ensuite exécuter la commande 'build-all-<me>' "</syntaxhighlight>
Il faut noter que toutes les options citées pour l'exécution de dh_make ne sont pas nécessaires. On peut supprimer la plupart des fichiers créés dans debian si on utilise une compilation simple de l'exécutable avec 'make'. Cependant, pour la portabilité sur d'autres machines avec des processeurs différents x86, amd64 etc. il est nécessaire de re-compiler l'exécutable; c'est le fichier exécutable 'rules' qui devra prendre en charge les différentes versions.
=== Compilation et envoi au dépôt ppa: ===
* Build-and-put-to-ppa
<syntaxhighlight lang = "bash">#!/bin/bash
# Création du fichier .changes où <clé> est votre clé publique PGP qui permet le cryptage et
# le dépôt parrainé sécurisé
# L'option -sa précise que le fichier source d'origine '.tar' est un répertoire.
# L'option -S pour ne créer qu'un seul binaire.
echo " entrant dans l'archive : compilation cryptée d'un seul paquet source.changes pour le dépôt "
cd <répertoire-origine>
debuild -S -sa -k<clé>
cd ..
echo " sortant de l'archive, envoi parrainé au dépôt ppa "
dput ppa:<your-ppa/<exécutable> <exécutable>_<version+1>_source.changes
# Création du paquet crypté sans re-signer le fichier '.changes' ou/et '.dsc'
# -i (--info) directive pour lintian. Affiche les problèmes et les erreurs.
# -us et -uc directives pour ne pas modifier les fichiers '.changes' et '.dsc'
echo " construction de paquets binaires "
cd <répertoire-origine>
debuild -i -us -uc -b
cd ..</syntaxhighlight>
{{Boîte déroulante fin}}
{{Nouvelle page imprimée}}
== Suggestions ==
* Si vous utilisez souvent les mêmes codes d'extraction, vous pouvez créer un shell pour la maintenance dans le répertoire /usr/local/bin, sans pour cela créer un paquet ....
* Les paquets sont réellement utiles lorsque l'installation est complexe ou pour une meilleure sécurité par un dépôt officiel (Voir [https://launchpad.net/~jean-paul-louyot/+archive/exercises Launchpad])
== Liens utiles ==
[http://doc.ubuntu-fr.org/tutoriel/creer_un_paquet Créer un paquet ubuntu]
[http://doc.ubuntu-fr.org/paquet Liste 'complète' ? des pages décrivant l'utilisation des paquets sous Ubuntu]
== Références ==
<references />
[[Catégorie:Mkd (Extracteur de documents) (livre)]]
mozmd16fgtehb9nymg8gevd6g5u0lg6
Programmation PHP/Tableaux
0
65669
766565
762469
2026-05-15T08:21:15Z
DavidL
1746
766565
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{PHP}}</noinclude>
== Création de tableau ==
Un tableau (en anglais <code>array</code>) est une collection d'objet. En PHP, ces objets n'ont pas forcément le même type (cohabitation entre des entiers, des chaines…). Chaque objet est identifié par une clé appelée indice, que l'on met entre crochets (ex : <code>$tableau[indice]</code>).
Il existe trois manières de déclarer un tableau vide :
<pre>
$tab = []; // depuis PHP 5.4
$tab = {}; // moins permissif aux concaténations
$tab = array(); // déconseillé depuis PHP 7
</pre>
Pour créer un tableau non vide :
<syntaxhighlight lang=php>
$t1 = array('champ1', 'champ2');
$t2 = ['champ1', 'champ2'];
$t3[0] = 'champ1';
$t3[1] = 'champ2';
// Affiche les trois mêmes tableaux : Array ( [0] => champ1 [1] => champ2 )
var_dump($t1);
var_dump($t2);
var_dump($t3);
</pre>
{{attention|clear=left|<code>print</code> ne fonctionne pas pour les tableaux, il faut utiliser <code>var_dump</code> ou <code>print_r</code>. Par ailleurs, pour récupérer la chaine affichée par ces fonctions, utiliser <code>print_r(MonTableau1, true)</code>.}}
Autres exemples :
<pre>
$tab[0] = 1; // entier
$tab[1] = 2.0; // flottant
array_push($tab,'Ligne 3');
$tab[] = 'Ligne 4';
var_dump($tab);
</pre>
Il en est de même pour les tableaux à deux dimensions.
<pre>
$tab = [];
$tab[0][0] = '0-0';
$tab[0][1] = '0-1';
$tab[1][0] = '1-0';
$tab[1][1] = '1-1';
var_dump($tab);
</pre>
On distingue deux types de tableau :
* Le tableau standard, dont la clé est son indice (le numéro de ligne en partant de zéro). Pratique pour être parcouru par une variable compteur, ou pour être rempli dans un certain ordre.
* Le {{w|tableau associatif}}, auquel on accède par le nom d'une clé en chaine de caractères.
== Tableau itératifs ==
Les clés du tableaux sont des nombres. Ils ont l'avantage de pouvoir être parcourus par un compteur.
{{Exemple
| contenu =
<pre>
$tab = ['val1', 'val2', 'val3']; // $tab[0] vaut val1 /-/ $tab[1] vaut val2 /-/ etc.
for($i = 0; $i<2; $i++)
echo $tab[$i];
</pre>
}}
Ce code affichera : ''val1val2''.
En PHP, on peut aussi directement affecter des indices du tableau, comme suit :
{{Principe|width=50%
| contenu =
<pre>
$tab[0] = 1;
$tab[99] = 3;
</pre>
}}
Notez que les indices ne sont pas typés (on pourra indifféremment utiliser $tab[1] et $tab['1']).
== Tableaux associatifs ==
Ils fonctionnent de la même manière que les tableaux itératifs, sauf que l'utilisateur en choisit la clé. À chaque clé correspond une valeur (injection).
Voici un exemple de déclaration :
{{Exemple
| contenu =
<pre>
$tab = ['cle1' => 'val1', 'cle2' => 'val2', 'cle3' => 'val3'];
print $tab['cle2']; //affichera : val2
//parcours du tableau en boucle
foreach ($tab as $key => $value)
print $key." : ".$value.". ";
</pre>
}}
Résultat : <code>cle1 : val1. cle2 : val2. cle3 : val3.</code>
Pour ne garder que les valeurs on peut utiliser <code>implode()</code>, qui convertit un tableau en chaine avec séparateur :
<pre>
print implode(". ", $tab).". ";
</pre>
Résultat : <code>val1. val2. val3.</code>
== Fonctions de lecture ==
* <code>count</code> : cette fonction renvoie le nombre d'éléments présent dans le tableau.
{{Principe
| contenu =
<pre>
$tab = [1, 2, 3, 4];
print count($tab); //affiche 4
</pre>
}}
* <code>key</code> : clé de l'élément courant du tableau, celui vers lequel le pointeur fait référence.
* <code>current</code> : valeur de l'élément courant.
* <code>reset</code> : valeur du premier élément.
* <code>end</code> : valeur du dernier élément.
* <code>each</code> : valeur de l'élément courant, et avance le pointeur au suivant.
* <code>prev</code> : valeur de l'élément précédent.
* <code>next</code> : valeur de l'élément suivant.
* <code>array_values($tab)</code> : renvoie un tableau contenant toutes les valeurs du tableau en paramètre. S'utilise pour reconstruire des clés consécutives sans changer les valeurs.
* <code>array_keys($botteDeFoin, $aiguille)</code> : renvoie un tableau contenant toutes les clés du tableau en paramètre. De plus, si une valeur est définie en paramètre deux, le résultat ne contient que les clés associées à celle-ci.
* <code>array_key_exists($cle, $tab)</code> : renvoie "vrai" si la clé est dans le tableau.
* <code>array_key_first($tab)</code> : renvoie la première clé d'un tableau.
* <code>array_key_last($tab)</code> : renvoie la dernière clé d'un tableau.
* <code>array_diff($t1, $t2)</code> : renvoie le tableau des différences entre ceux en paramètres (peut servir pour supprimer par valeur).
* <code>array_sum($tab)</code> : renvoie la somme des valeurs du tableau.
* <code>array_intersect($t1, $t2)</code> : intersection entre plusieurs tableaux.
* <code>array_find($tab, function)</code> : renvoie un sous-tableau qui match la fonction en argument.
* <code>array_any($tab, function)</code> : renvoie un booléen si la fonction en argument match.
* <code>array_first($tab)</code> et <code>array_last($tab)</code> depuis PHP 8.5.
=== Exemple ===
<pre>
$tab = ["mixte valeur<sub>1</sub>","mixte valeur<sub>2</sub>","...","mixte valeur<sub>n</sub>"];
echo key($tab);
echo ' : ';
echo current($tab);
</pre>
Affiche ''0 : mixte valeur1''
Les fonctions <code>key()</code> et <code>current()</code> peuvent accéder aux autres éléments du tableau après <code>each()</code> ou <code>next()</code>.
Il existe aussi différentes méthodes liées aux tableaux, des méthodes de tri, de recherche, de concaténation de tableaux, des méthodes d'ajouts et de suppressions d'éléments, etc.
=== Recherches ===
* <code>in_array($aiguille, $botteDeFoin)</code> : recherche de présence par valeur. Renvoie un booléen si l'élément est trouvé.
* <code>array_search($aiguille, $botteDeFoin)</code> : recherche de position par valeur. Renvoie la clé de l'élément trouvé, ou false sinon.
* <code>array_keys($botteDeFoin, $aiguille)</code> : recherche par clé (déjà décrit au paragraphe précédent).
{{attention|1=<code>php -r "var_dump(in_array(0, ['test']));"</code> = true}}
=== Comparaison ===
Pour comparer deux tableaux :
<pre>
$a1 == $a2; // compare le contenu et la taille
$a1 === $a2; // compare le contenu, la taille et l'index
</pre>
=== Condition ===
Un tableau vide dans une condition vaudra "faux", alors qu'un non vide vaudra "true".
== Fonctions d'écriture ==
Pour manipuler des tableaux il est indispensable de connaitre les fonctions suivantes :
* <code>str_split($string)</code> : convertit une chaine de caractères en tableau itératif, chaque ligne étant composée d'un caractère.
* <code>mb_str_split($string)</code> : idem mais en caractères multi-octets.
* <code>explode($separateur, $tableau)</code> : convertit une chaine de caractères en tableau itératif, donc le contenu correspond aux sous-chaines situées autour d'un séparateur donné.
* <code>implode($separateur, $tableau)</code> : convertit un tableau en chaine de caractères. Le séparateur à placer dans la chaine est facultatif.
* <code>sizeof($tableau)</code> : renvoie la taille du tableau (le nombre d'objets qu'il contient). Attention : avant PHP 7.2 cette fonction pouvait aussi remplacer <code>strlen()</code>.
* <code>array_push($monTableau, $valeur)</code> : ajoute une ligne à la fin du tableau, équivaut à <code>$monTableau[]</code><ref>http://php.net/manual/fr/function.array-push.php</ref> (empile).
* <code>array_unshift($monTableau, $valeur)</code> : ajoute une ligne au début du tableau<ref>http://php.net/manual/fr/function.array-unshift.php</ref>.
* <code>array_pop($monTableau)</code> : retire la dernière ligne du tableau, en la renvoyant<ref>http://php.net/manual/fr/function.array-pop.php</ref> (dépile).
* <code>array_shift($monTableau)</code> : retire la première ligne du tableau, en la renvoyant<ref>http://php.net/manual/fr/function.array-shift.php</ref>.
* <code>array_merge($monTableau1, $monTableau2, $monTableau3...)</code> : fusionne plusieurs tableaux<ref>http://php.net/manual/fr/function.array-merge.php</ref>.
* <code>array_merge_recursive()</code> : idem en multidimensionnel.
* <code>array_replace($monTableau1, $monTableau2, $monTableau3...)</code> : fusionne plusieurs tableaux en replaçant les clés existantes du premier par celles des autres. Cela permet par exemple de fusionner deux tableaux en préservant leurs clés.
* <code>array_replace_recursive()</code> : idem en multidimensionnel.
* <code>array_unique($tableau)</code> : filtre les valeurs en doublon (quelles que soient leurs clés).
* <code>array_filter($tableau, fonction)</code> : filtre les lignes selon une fonction exécutée sur chaque élément. Pour injecter des variables dans la fonction, utiliser "use" (ex : <code>array_filter($tableau, function($ligne) use($variable1){</code>...).
* <code>array_column($tableau, colonne)</code> : filtre par colonne. Renvoie uniquement les valeurs d'un champ donné pour chaque élément.
* <code>array_reduce($tableau, fonction)</code> : transforme le tableau selon une fonction exécutée sur chaque élément.
* <code>array_map(fonction, $tableau)</code> exécute une fonction sur chaque valeur du tableau<ref>http://php.net/manual/fr/function.array-map.php</ref>. Exemples :
** Pour trimer chaque ligne d'un tableau : <code>array_map('trim', $tableau)</code>
** Pour créer un tableau de tableau : <syntaxhighlight lang=php>
array_map(function($ligne) {
return explode('=', $ligne);
}
, $tableau)
</syntaxhighlight>
* <code>array_walk($tableau, fonction)</code> : exécute une fonction sur chaque élément (clé ou valeur).
* <code>array_chunk($tableau, $taille)</code> : découpe le tableau fourni en tableaux de la taille fournie.
* <code>array_slice($tableau, $début, $taille)</code> : renvoie la partie du tableau à partir de l'élément dont le numéro est le premier paramètre, de la taille en paramètre deux.
* <code>array_flip($tableau)</code> : inverse les clés et valeurs. Attention : un tableau ne peut avoir que des types primitifs en clé, pas des objets (sinon c'est l'erreur ''Illegal offset type'').
* <code>unset($tableau[$index])</code> : supprimer la ligne.
{{Exemple
| contenu =
<pre>
$chaine = 'MonFichier.2016.txt';
$tab = explode('.', $chaine); // au niveau des points, on explose la chaine (en trois)
var_dump($tab); /* affiche :
array(3) {
[0]=> string(10) "MonFichier"
[1]=> string(4) "2016"
[2]=> string(3) "txt"
}
*/
echo $tab[0]; // affiche : MonFichier
echo 'L\'extension du fichier est : '.$tab[sizeof($tab)-1]; // affiche : L'extension du fichier est : txt
</pre>
}}
{{attention|Comme le premier indice du tableau est zéro, le dernier est égal à sa taille moins un.|clear=left}}
{{Exemple
| titre = Joindre les éléments "id" d'un tableau de tableaux
| contenu =
<pre>
echo implode(', ', array_map(function ($ligne) {
return $ligne['id'];
}, $tableau));
</pre>
}}
=== Tris ===
* <code>array_multisort($tableau, SORT_ASC)</code> permet de trier un tableau dans l'ordre croissant de ses valeurs.
* <code>sort($tableau)</code> : trie le tableau par valeurs croissantes, en recréant des clés numériques.
* <code>asort($tableau)</code> : trie le tableau par valeurs croissantes, en conservant les clés associées.
* <code>arsort, fonction)</code> : trie le tableau par valeurs décroissantes, en conservant les clés associées.
* <code>ksort($tableau)</code> : trie par clés croissantes par défaut.
* <code>krsort($tableau)</code> : trie par clés décroissantes par défaut.
* <code>usort($tableau, fonction)</code> : trie selon une fonction donnée<ref>http://php.net/manual/fr/function.usort.php</ref>.
{{remarque|Les tris croissants définis par défaut sont modifiables par des flags en deuxième paramètre.}}
{{Exemple
| contenu =
<pre>
$array = array("name"=>"Toyota", "type"=>"Celica", "colour"=>"black", "manufactured"=>"1991");
array_multisort($array, SORT_ASC);
var_dump($array);
// array(4) { ["manufactured"]=> string(4) "1991" ["type"]=> string(6) "Celica" ["name"]=> string(6) "Toyota" ["colour"]=> string(5) "black" }
// On remarque que les majuscules sont avant les minuscules.
arsort($array);
var_dump($array);
// array(4) { ["colour"]=> string(5) "black" ["name"]=> string(6) "Toyota" ["type"]=> string(6) "Celica" ["manufactured"]=> string(4) "1991" }
asort($array);
var_dump($array);
// array(4) { ["manufactured"]=> string(4) "1991" ["type"]=> string(6) "Celica" ["name"]=> string(6) "Toyota" ["colour"]=> string(5) "black" }
sort($array);
var_dump($array);
// array(4) { [0]=> string(4) "1991" [1]=> string(6) "Celica" [2]=> string(6) "Toyota" [3]=> string(5) "black" }
ksort($array);
var_dump($array);
// array(4) { ["colour"]=> string(5) "black" ["manufactured"]=> string(4) "1991" ["name"]=> string(6) "Toyota" ["type"]=> string(6) "Celica" }
</pre>
}}
{{attention|Pour trier de l'Unicode il faut utiliser le flag "SORT_LOCALE_STRING".}}
Exemple :
<pre>
$array = ['à', 'i', 'o', 'u', 'é'];
sort($array);
print_r($array);
setlocale(LC_COLLATE, 'fr'); // parfois 'fr_FR.UTF-8'
sort($array, SORT_LOCALE_STRING);
print_r($array);
</pre>
donne :
Array
(
[0] => i
[1] => o
[2] => u
[3] => à
[4] => é
)
Array
(
[0] => à
[1] => é
[2] => i
[3] => o
[4] => u
)
== Tableaux multi-dimensionnels ==
La clé d’un tableau peut pointer sur un second tableau créant ainsi un tableau multi-dimensionnel.
{{Principe
| contenu =
<pre>
$indiv[] = [
'nom' => 'Hubert',
'poste' => 'Gérant',
'Email' => 'hubert@example.com',
'idBureau' => 1,
];
$indiv[] = [
'nom' => 'Jean',
'poste' => 'Réceptionniste',
'Email' => 'reception@example.com',
'idBureau' => 1,
];
$indiv[] = [
'nom' => 'Amélie',
'poste' => 'Président',
'Email' => 'contact@example2.com',
'idBureau' => 2,
];
$affBureau = 1;
foreach ($indiv as $no => $data) {
if ($data['idBureau'] == $affBureau) {
echo $no .'-'. $data['nom'] .' <i>'. $data['poste'] .'</i> : '. $data['Email'] .'<br />';
}
}
</pre>
}}
Résultat :
: 0-Hubert ''Gérant'' : hubert@example.com
: 1-Jean ''Réceptionniste'' : reception@example.com
: '''NB :''' Dans cet exemple, une base de données serait sûrement plus adéquate.
== ArrayAccess ==
Cette classe native permet de redéfinir l'opérateur d'index (<code>[]</code>) dans les objets qui en héritent. Par exemple, pour lui faire accepter un autre tableau ou NULL comme index, ou déclencher un évènement quand on le modifie<ref>http://php.net/manual/fr/class.arrayaccess.php</ref>.
== Destructuration ==
PHP ne gère pas la destructuration avec l'opérateur égal comme le fait JavaScript ou Python (ex : <code>x, y = getXY()</code>). À la place, il propose plusieurs fonctions :
* <code>list($x, $y)</code> : traite les variables en paramètre comme un tableau<ref>http://php.net/manual/fr/function.list.php</ref>. Ex : <code>list($x, $y) = getArrayWithTwoLines();</code>
* <code>compact($x, $y)</code> : crée un tableau avec les noms des variables en paramètre comme clés, et leurs valeurs comme valeurs<ref>http://php.net/manual/fr/function.compact.php</ref>.
* <code>extract($tableau)</code> : déclare et assigne une variable pour chaque ligne du tableau en paramètre, de nom la clé de la ligne, et de valeur la valeur de la ligne<ref>http://php.net/manual/fr/function.extract.php</ref> (contraire de <code>compact()</code>).
== Références ==
{{Références}}
j77ddv2i3t58hc648m39mtstc8zy4ya
Programmation PHP/Fonctions
0
65671
766567
754724
2026-05-15T08:22:32Z
DavidL
1746
[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
766567
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{PHP}}</noinclude>
== Définition de fonction ==
Outre les dizaines de fonctions natives<ref>http://php.net/manual/fr/indexes.functions.php</ref>, PHP permet bien entendu d'écrire ses propres fonctions. Pour en définir une, il suffit d’utiliser le mot-clef <code>function</code>. Comme le langage est faiblement typé, une fonction peut retourner n’importe quel type de valeur (chaîne, entier…) ou ne rien retourner du tout. Enfin, ses arguments peuvent avoir des valeurs par défaut, être nommés (depuis PHP8) et sont limités à 12 par fonction.
{{Principe|width=60%
| contenu =
<pre>
// foo retourne le résultat de la somme du deuxième paramètre et de 4.
// Si aucun second paramètre n'est donné, la fonction utilisera la valeur 0 par défaut.
function foo($arg1, $arg2 = 0)
{
print 'Fonction foo(' . $arg1 . ',' . $arg2 . ') donne : ';
return $arg2+4;
// tout ce qui suit ne sera jamais exécuté
}
//appel à la fonction
print foo(1,3); //affichera: Fonction foo(1,3) donne 7
print foo(5); //affichera: Fonction foo(5,0) donne 4
</pre>
}}
Notez que lorsqu'une fonction arrive à un <code>return</code>, elle l'effectue puis se termine, même s'il y a d'autres instructions après.
{{attention|clear=left|Contrairement à PHP 8, PHP 7 et antérieur ne permet pas d'appeler certains arguments par leurs noms : si l'on souhaite appeler un des derniers arguments, il faut donc définir tous ceux avant lui, même les optionnels. Toutefois pour éviter ce désagrément, on peut utiliser la classe <code>ReflectionMethod</code>.
NB : il existe aussi <code>ReflectionClass</code><ref>http://php.net/manual/fr/reflectionclass.getdoccomment.php</ref>.}}
==== Generator ====
Par ailleurs, en cas de gros volume de données à retourner, on peut utiliser <code>yield</code> au lieu de <code>return</code> pour les décomposer à l'aide du {{w|Générateur (informatique)|générateur}} PHP<ref>http://php.net/manual/fr/language.generators.syntax.php</ref> (classe Generator).
{{attention|clear=left|Ne jamais faire de condition "yield" sinon "return" car PHP renverra toujours un Generator mais si elle est fausse (si besoin il faut les séparer dans deux fonctions).}}
{{attention|clear=left|Quand on passe d'un tableau à un Generator, on ne peut plus compter avec <code>count()</code> ou boucler plusieurs fois sur les données retournées.}}
Exemples :
* Pour lire un CSV :
<pre>
function getCSVFileRows(string $filePath) {
if (($handle = fopen($filePath, 'r')) !== false) {
while (($row = fgetcsv($handle, 0, ',')) !== false) {
yield $row;
}
fclose($handle);
}
}
foreach ($this->getCSVFileRows('my_file.csv') as $row) {
var_dump($row);
}
</pre>
* Pour lire une base de données avec Doctrine
<pre>
foreach ($query->toIterable() as $myEntity) {
yield $myEntity;
}
</pre>
=== Portée des variables ===
Le problème de portée des variables est assez réduit en PHP. Une fonction n'a accès qu’à ses arguments, ses propres variables et aux variables globales importées statiquement (mot clé <code>global</code>). De ce fait, il y a peu de confusion.
Toujours suivant le même principe, les variables utilisées dans une fonction sont toutes détruites à sa sortie (les variables globales non, bien entendu).
{{Exemple
| contenu =
<pre>
$valeur1=10;
$valeur2=20;
function exemple($valeur)
{
global $valeur1; // récupération de la valeur globale de $valeur1
$valeur3=5;
$calcul=$valeur1+$valeur2+$valeur3+$valeur; // 10 + 0 + 5 + le paramètre qui sera entre parenthèses.
//$valeur2 n'ayant pas été définie comme valeur globale, la variable $valeur2 est donc vide.
return $calcul;
}
echo exemple(2); // affiche 17
</pre>
}}
On peut aussi trouver un peu plus compliqué si vous utilisez deux fichiers. L'un pour les variables, l'autre pour les traitements.
{{Principe|width=60%
| contenu =
<pre>
<?php
//-- fichier 1 : les variables globales (mot clef '''global''')
global $var1 = "Salut";
</pre>
}}
{{Principe|width=60%
| contenu =
<pre>
<?php
//-- fichier 2 : les traitements
echo "J'utilise ma variable globale : ".$GLOBALS['var1']; //-- Récupération via $GLOBALS
</pre>
}}
==== Espaces de noms ====
Depuis PHP 5.3.0, des espaces de noms peuvent être définis pour cloisonner certains objets, à l'aide du mot clé <code>namespace</code> utilisé en début de fichier<ref>http://php.net/manual/fr/language.namespaces.rationale.php</ref>. Exemple de définition :
<pre>
<?php
namespace Projet1;
...
</pre>
Soit un fichier ''TestNS.php'' suivant :
<pre>
<?php
namespace Projet1\SousProjet2;
function Fonction1()
{
echo "Fonction exécutée.\n";
echo __NAMESPACE__;
}
</pre>
{{attention|clear=left|Le fichier doit être encodé en {{w|American National Standards Institute|ANSI}} ou Unicode sans BOM, mais pas en Unicode seul, sous peine d’avoir l'erreur ''Namespace declaration statement has to be the very first statement in the script'', et d'être obligé de coller le mot "namespace" à "?php").}}
Exemple d’utilisation :
<pre>
<?php
require 'TestNS.php';
Projet1\SousProjet2\Fonction1();
</pre>
{{remarque|Par convention, l'arborescence du système de fichiers correspond à celle des espaces de noms. Dans l'exemple ci-dessus, il faudrait donc placer le fichier dans <u>Projet1\SousProjet2\TestNS.php</u> et faire plutôt <code>require 'Projet1\SousProjet2\TestNS.php';</code>}}
=== Références de variables ===
Les références sont utiles lorsque l’on souhaite retourner plusieurs valeurs dans une fonction. On utilise alors le passage d'argument par référence, qui fait que quand une fonction modifie un argument, la valeur de la variable du programme principale change aussi.
Pour utiliser un argument en tant que référence, il suffit d'y mettre [[../Opérateurs#Opérateur de référence|l'opérateur de référence]], le symbole <code>&</code> devant, dans la déclaration de la fonction.
Un exemple concret devrait vous faire comprendre :
{{Exemple
| contenu =
<pre>
function foo(&$arg1, &$arg2, $arg3)
{
$arg1 = 4;
$arg2 = 6;
$arg3 = 8;
}
foo($var1, $var2, $var3);
print $var1; //affichera 4
print $var2; //affichera 6
print $var3; //affichera NULL car $arg3 n'est pas une référence (pas de &)
</pre>
}}
== Fonctions variables ==
On appelle "fonction variable" une fonction dont on ne peut prédire le nombre d'arguments. Ce genre de fonction pourra se révéler pratique pour exécuter certains codes répétitifs ou le programmeur n'a pas envie de recopier le nom de la fonction pour n valeurs.
Pour cela, il faut retenir deux fonctions importantes :
* '''func_num_args''' : permet de compter le nombre d'arguments (retourne ''true'' ou ''false'').
* '''func_get_args''' : permet de récupérer la valeur d’un argument (retourne un tableau de valeur)<ref>http://php.net/manual/fr/ref.funchand.php</ref>.
Ces deux fonctions ne peuvent s'utiliser qu’à l'intérieur d’une fonction; dans le cas contraire un message d'erreur s'affichera.
{{Exemple
| contenu =
<pre>
function afficher_variables ()
{
$nb_args = func_num_args();
$list_args = func_get_args();
for ($i = 0; $i < $nb_args; $i++) {
echo $list_args[$i].' ';
}
}
$var1 = 'programmeur';
afficher_variables('Je suis', $var1, ', c\'est utile', ', c\'est intéressant.'); // Et on peut en rajouter autant que nécessaire.
</pre>
}}
Le code se comprend de lui-même. Il affichera : ''Je suis programmeur, c’est utile, c’est intéressant.''
== Fonctions de rappel ==
Pour passer une fonction en argument d'une autre, il faut utiliser <code>call_user_func()</code>. Ex :
<pre>
function fonctionAppelante(string $nomDeFonctionAppelee)
{
return call_user_func($nomDeFonctionAppelee);
}
</pre>
== Fonctions anonymes ==
Une fonction sans nom peut être stockée dans une variable permettant de l'appeler. Le mot clé <code>use</code> permet d'injecter des variables globales dedans. Ex :
<pre>
$variableGlobale = 'Hello';
$fonctionAnonyme = function ($argument) use ($variableGlobale) {
return $variableGlobale.' '.$argument.PHP_EOL;
};
echo $fonctionAnonyme('World'); // Hello World
echo $fonctionAnonyme('You'); // Hello You
</pre>
== Fonctions fléchées ==
Depuis PHP7.4, on peut définir une fonction anonyme avec l'opérateur "=>" et le mot réservé <code>fn</code>. Ex :
<pre>
$fonctionFlechee = fn($argument) => $variableGlobale.' '.$argument.PHP_EOL;
echo $fonctionFlechee('World'); // Hello World
echo $fonctionFlechee('You'); // Hello You
</pre>
== Fonctions prédéfinies ==
Voici une liste des fonctions globales prédéfinies en PHP les plus usuelles.
* <code>print()</code> (alias <code>echo</code>) : affiche le contenu de la variable placée en paramètre.
* <code>printf()</code> et dérivés (ex : <code>sprintf</code>) : ''{{w|printf|print formaté}}'', affiche un texte dont on remplace les marqueurs, numérotables, par les variables en paramètre<ref>http://php.net/manual/fr/function.sprintf.php</ref>. Exemple :
<pre>
printf('Compteur : %s. ', 1); // Compteur : 1.
printf('Compteur : %s. ', 2); // Compteur : 2.
printf('Compteur : %s, taille : %s. ', 3, 1); // Compteur : 3, taille : 1.
printf('Compteur : %2$s, taille : %1$d. ', 1, 4); // Compteur : 4, taille : 1.
printf('Compteur : %1$d, taille : %1$d. ', 5); // Compteur : 5, taille : 5.
echo vsprintf('Tailles : %d, %d, %d, %d', [1, 2, 3, 4]); // Tailles : 1, 2, 3, 4
</pre>
Les types suivants sont généralement utilisés :
* d : digit
* f : float
* s : string
{{attention|
* Pour échapper les "%" pour sont interprétés par ces fonctions, ce n'est pas "\" mais "%".
* Ne pas utiliser les doubles quotes sous peine de <code>Undefined variable: d</code>.
}}
* <code>sleep($secondes)</code> : attend un certain nombre de secondes (utilisation déconseillée quand un humain doit attendre un résultat).
* <code>call_user_func_array('maFonction', 'mesArguments')</code> : exécute une fonction à partir de son nom en chaîne de caractères.
* <code>getenv()</code> : affiche toutes les variables d'environnement, ou celle demandée en paramètre.
* <code>ignore_user_abort(true)</code> : ("false" par défaut) continue l'exécution d'un script lancé par un utilisateur, même s'il change de page ou clique annule le chargement.
* <code>header()</code> : ajoute une clé dans l'en-tête HTTP de la réponse.
* <code>ini_get()</code> : lit le php.ini.
* <code>ini_set()</code> : modifie le php.ini le temps de l'instance.
* <code>set_time_limit()</code> : redéfinit la limite de temps du php.ini.
* <code>require()</code> : importe le code PHP d'un autre fichier, avec une erreur si c'est impossible<ref>https://www.alsacreations.com/article/lire/254-le-point-sur-la-fonction-include-php.html</ref>.
* <code>require()_once</code> : idem en garantissant que chaque fichier n'est ajouté qu'une fois.
* <code>include()</code> : importe le code PHP d'un autre fichier, sans erreur si c'est impossible.
* <code>include_once()</code> : idem en garantissant que chaque fichier n'est ajouté qu'une fois.
* <code>getmypid()</code> : retourne l'ID du processus courant dans l'OS.
=== Sur les chaînes ===
* <code>trim($string)</code> : supprimer les espaces et retours chariots en début et fin de chaîne par défaut. Son second paramètre permet de remplacer les symboles à retirer.
* <code>strip_tags()</code> : supprime les balises HTML de la chaîne mentionnée en paramètre 1, en conservant ceux en paramètre 2 (sous la forme d'une chaine comme <nowiki>'<p><br>'</nowiki>).
* <code>ucfirst()</code> : met une majuscule en début de chaîne.
* <code>lcfirst()</code> : met une minuscule en début de chaîne.
* <code>strtoupper()</code> : met en lettres capitales toute la chaîne.
* <code>strtolower()</code> : met en bas de casse toute la chaîne.
* <code>strlen()</code> : compte la taille d'une chaîne en octets. Pour avoir le nombre de caractères, utiliser <code>mb_strlen()</code> (pour {{wikt|multibyte}}).
* <code>str_contains($chaine, $cle)</code> : cherche si une chaîne contient une sous-chaîne.
* <code>str_starts_with($chaine, $cle)</code> : vérifie si une chaîne commence par une sous-chaîne.
* <code>str_replace($ancien, $nouveau, $texte)</code> : remplace des caractères par d'autres dans un texte ou un tableau<ref>http://php.net/manual/fr/function.str-replace.php</ref>.
* <code>str_ireplace($ancien, $nouveau, $texte)</code> : fait la même chose en ignorant la casse.
* <code>strtr($texte, $ancien, $nouveau)</code> (string translate) : réputée plus rapide que <code>str_replace</code><ref>https://www.keycdn.com/blog/php-performance#10-use-the-strongest-str-functions</ref>.
* <code>strpos($meubleDeFoin, $aiguille)</code><ref>http://php.net/manual/fr/function.strpos.php</ref> : première position d'une sous-chaine. Attention : ne jamais utiliser comme si elle renvoyait un booléen (<s><code>if (strpos())</code></s>) car si la recherche est en première position (0) elle sera considérée comme fausse avec le typage faible. Il faut tester l'existence avec <code>if (false !== strpos())</code>.
* <code>stripos($meubleDeFoin, $aiguille)</code> : fait la même chose en ignorant la casse.
* <code>strrpos($meubleDeFoin, $aiguille)</code> : dernière position d'une sous-chaine.
* <code>substr($texte, $debut , $fin)</code> : tronque un texte en sous-chaine. Utiliser <code>mb_substr</code> en Unicode.
*:{{remarque|Pour accéder à un seul caractère d'une chaine, PHP peut la considérer comme un tableau (ex : <code>$chaine[0]</code>).}}
*: Ex :
<pre>
echo substr('Hello World', 0, 2); // "He" : les deux premiers caractères
echo substr('Hello World', -2); // "ld" : les deux derniers caractères
echo substr('Hello World', 0, -1); // "Hello Worl" : tout sauf le dernier caractère
</pre>
* <code>substr_count($chaine, $sous-chaine)</code> : compte le nombre de sous-chaine dans une chaine.
* <code>str_pad()</code> : complète une chaine avec un caractère pour qu'elle atteigne la taille demandée si ce n'était pas le cas. Ex :
<pre>
echo str_pad(10, 2, '0'); // 10
echo str_pad(9, 2, '0'); // 90
echo str_pad(9, 2, '0', STR_PAD_LEFT); // 09
</pre>
* <code>eval($chaine)</code> : exécute une chaine comme un script PHP.
* <code>count_chars($chaine)</code> : renvoie un tableau avec en clés chaque caractère de la chaine, et en valeur son nombre d'occurrences. Pratique pour détecter les anagrammes.
* <code>strcspn($chaine, $caracteres)</code> : (complementary span) renvoie la taille de la sous-chaine située avant les caractères mentionnés<ref>https://www.php.net/manual/fr/function.strcspn.php</ref>.
==== Encodage ====
{{article détaillé|Coder avec Unicode/Conversion#PHP}}
* <code>utf8_encode($chaine)</code> et <code>utf8_decode($chaine)</code> sont dépréciée en PHP 8.2, il faut utiliser à la place <code>mb_convert_encoding($chaine, 'UTF-8')</code> et <code>mb_convert_encoding($chaine, 'ISO-8859-1')</code>.
==== URLs ====
* <code>parse_url()</code> : découpe une chaîne en partie d'une adresse URL (protocole, domaine et chemin d'accès).
* <code>http_build_query()</code> : crée une URL à partir d'un tableau d'arguments GET. Par défaut le séparateur est "&" (3e argument). Cette fonction échappe les séparateurs. Ex :
<pre>
php -r "var_dump(http_build_query(['x' => 1, 'y' => 2]));"
string(7) "x=1&y=2"
php -r "var_dump(http_build_query(['x' => '1/', 'y' => '2&'], '/', '/'));"
string(13) "x=1%2F/y=2%26"
</pre>
=== Sur les nombres ===
* <code>pow($nombre, $exposant)</code> ''(power)'' : élève un nombre à la puissance de l'exposant donné.
* <code>sqrt($nombre)</code> ''(square root)'' : racine carrée.
* <code>max($nombre1, $nombre2, ...)</code><ref>http://php.net/manual/fr/function.max.php</ref> : affiche le plus grand nombre parmi ceux en paramètres.
* <code>min($nombre1, $nombre2, ...)</code> : affiche le plus petit nombre d'une liste.
* <code>round($nombre)</code> : arrondit un nombre à l'entier le plus proche, ou selon une précision en deuxième paramètre s'il est renseigné<ref>http://php.net/manual/fr/function.round.php</ref>. Exemple :
<pre>
echo round(5.49); // 5
echo round(5.50); // 6
echo round(5.555, 2); // 5.56
</pre>
* <code>number_format($nombre, 2, ',', ' ')</code> : formate un nombre donné, où "2" représente le nombre de chiffres après la virgule, "," le séparateur décimal et " " le séparateur de milliers.
{{attention|Ne jamais comparer des nombres issus du <code>number_format()</code> car les séparateurs faussent les calculs. Exemple :
-1000.00 < -1000.02 // false
-1,000.00 < -1,000.02 // -1
}}
=== Bufferisation de sortie ===
La bufferisation de sortie bloque l'envoie de données au client HTTP pour les mettre dans une mémoire tampon à la place<ref>https://www.php.net/manual/fr/ref.outcontrol.php</ref>.
* <code>ob_start()</code> : démarre l'utilisation du tampon.
* <code>ob_get_contents</code> : affiche le contenu du tampon.
* <code>ob_clean()</code> : efface le tampon sans l'envoyer.
* <code>ob_flush()</code> : envoie le tampon au client.
== Références ==
{{Références}}
2smmgjmf0fabtgjmfqn0jecwiazykfx
Programmation PHP/Boucles
0
65683
766570
748041
2026-05-15T08:24:28Z
DavidL
1746
[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
766570
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{PHP}}</noinclude>
== Concept ==
Une boucle est une instruction qui exécute un code tant qu'une condition établie est vérifiée. Si la condition est toujours vérifiée, on se trouve dans une ''boucle infinie''.
Les boucles permettent le parcours des tableaux et d'utiliser des données rendues sous la forme de tableau par une fonction de php dialoguant par exemple avec un autre langage.
Il en existe de deux types (avec des variantes) :
# <code>while()</code> : le programme se répète tant qu'une condition est vraie (ex : tant que x est inférieur à 10).
# <code>for()</code> : le programme se répète un certain nombre de fois (ex : pour x allant de 1 à 10 avec un pas de +1 à chaque itération).
== while ==
<code>while</code> est un mot anglais signifiant "tant que" en français. Le programme exécute une routine tant que la condition est vraie.
<pre>
while (condition) {
instructions(s);
}
</pre>
Deuxième syntaxe (moins courante) :
<pre>
while (condition):
instructions(s);
endwhile;
</pre>
Troisième syntaxe (assez rare), quand la condition contient une méthode qui change à chaque itération, jusqu'à renvoyer faux :
<pre>
while (condition);
</pre>
=== do while ===
Idem avec premier passage obligatoire : la condition est vérifié en fin de bloc.
<pre>
do {
instructions(s);
} while (condition);
</pre>
== for ==
<code>for</code> est un mot anglais signifiant "pour" en français. Le programme exécute une routine pour des valeurs d'une variable qui vérifient une certaine condition. Généralement cette condition est de type "intervalle", c'est-à-dire pour des valeurs plus petites qu'une borne.
<pre>
for (première expression ; condition d'arrêt ; itération) {
instruction;
}
</pre>
* Le premier élément est exécuté au début de la boucle dans tous les cas.
* Le second élément (la condition) est testé avant chaque exécution de l'instruction ou itération, s'il renvoie <code>TRUE</code> l'instruction sera exécutée, si <code>FALSE</code> est renvoyé on sort de la boucle.
* La dernière expression est exécutée après chaque itération.
Attention la structure dans la parenthèse est <code>for(<span style="color:#FF0000; font-weight:bold;"> ; ; </span>)</code>
=== foreach ===
Les boucles <code>foreach</code> apparues avec PHP 4, constituent une manière simple de parcourir des tableaux. Il existe deux syntaxes :
* La plus simple s'intéresse aux clés dans les tableaux. Le type de ces clés dépend des valeurs contenues dans le tableau. <code>foreach</code> simplifie une tache qui aurait certes été possible avec <code>for</code>, mais fastidieuse :
<pre>
-- Avec for
$array = array('valeur1', 'valeur2', 'valeur3');
for ($i = 0; $i < count($array); $i++) {
echo $array[$i]; //renvoie "valeur1valeur2valeur3"
}
-- Avec foreach
$array = array('valeur1', 'valeur2', 'valeur3');
foreach ($array as $value) {
echo $value; // renvoie "valeur1valeur2valeur3"
}
</pre>
<code>as</code> signifiant "comme", on récupère une variable contenant la valeur dans la cellule correspondante.
* La seconde se penche davantage sur les tableaux associatifs du type
<pre>
$array = array( "ville" => "Montargis", "température" => "15 degrés" );
</pre>
Ainsi on récupère le nom de la clé et la valeur du champ. En fait la structure <code>$cle => $valeur</code> est celle de la déclaration du tableau.
<pre>
foreach ($array as $cle => $valeur) {
commandes;
}
</pre>
Par ailleurs, il est possible d'itérer [[../Programmation_orientée_objet|des objets]] depuis PHP 5.
== break et continue ==
Les mots clés :
* <code>break</code> : sort de la boucle avant la fin.
* <code>continue</code> : passe immédiatement à l'itération suivante.
Pour sortir ou continuer la boucle mère :
* <code>break 2;</code>
* <code>continue 2;</code>
k3vhe18w1rcf7o335mljoy2a4vvb1lx
Grec ancien/Texte de Pausanias
0
66432
766559
684260
2026-05-15T08:09:19Z
DavidL
1746
[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
766559
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Grec ancien}}</noinclude>
{{Titre|<strong>ΠΑΥΣΑΝΙΟΥ ΕΛΛΑΔΟΣ ΠΕΡΙΗΓΗΣΙΣ</strong><br><small>Description de la Grèce, Elide 1, Chapitre I</small>|Pausanias|Traduction Etienne Clavier}}
<div style="text-align: center;">
{| width=60% cellspacing=10 border=0 |
|-
|width=5%|
|width=30%|
|width=5%|
|width=30%|
|-
| colspan=4 |
|-
|-
!
! align=center bgcolor=#f5f5dc|ΠΑΥΣΑΝΙΟΥ ΕΛΛΑΔΟΣ ΠΕΡΙΗΓΗΣΙΣ· ΗΛΙΑΚΗ Α
ΚΕΦΑΛΑΙΟΝ Α'.
!
! align=center bgcolor=#f5f5dc|DESCRIPTION DE LA GRECE: LIVRE V
CHAPITRE Ι
|-
| valign=top align=right|'''1'''
| valign=top|
'''Πελοποννήσου μερισμός. Ἀρχὴ Ἠλείων, Ἐπειῶν καὶ Αἰτωλῶν. Οἰνόμαος καὶ Πέλοψ. Αὐγέας καὶ Ἡρακλῆς Ἁμαρυγκεύς. Ἄκτωρ καὶ παῖδες αὐτοῦ.'''
Ὅσοι δὲ Ἑλλήνων Πελοποννήσου πέντε εἶναι μοίρας, καὶ οὐ πλείονάς φασιν, ἀνάγκη σφᾶς ὁμολογεῖν, ὡς ἐν τῇ Ἀρκάδων οἰκοῦσιν Ἠλεῖοι καὶ Ἀρκάδες, δευτέρα δὲ Ἀχαιῶν, τρεῖς δὲ ἐπὶ ταύταις αἱ Δωριέων. Γένη δὲ οἰκεῖ Πελοπόννησον, Ἀρκάδες μὲν αὐτόχθονες, καὶ Ἀχαιοί. Καὶ οἱ μὲν ὑπὸ Δωριέων ἐκ τῆς σφετέρας ἀνέστησαν· οὐ μέντοι Πελοποννήσου γε ἐξεχώρησαν, ἀλλὰ ἐκβαλόντες Ἴωνας νέμονται τὸν Αἰγιαλὸν τὸ ἀρχαῖον, νῦν δὲ ἀπὸ τῶν Ἀχαιῶν τούτων καλούμενον.
| valign=top align=right|'''1'''
| valign=top|
'''Division du Péloponnèse. Origine des Éléens , des Épéens et des Étoliens. Oenomaüs et Pélops. Augias et Hercules. Amaryncde. Actor et ses fils.'''
Ceux des Grecs qui ne divisent le Péloponnèse qu'en cinq parties, sont forcés de comprendre sous le nom d'Arcadie, l'Arcadie proprement dite et le pays des Éléens. La seconde partie est occupée par les Achéens, et les trois autres par les Doriens. Les Arcadiens et les Achéens sont les seuls peuples Autochtones qui habitent le Péloponnèse ; les Achéens furent bien chassés de leur pays par les Doriens, mais ils ne sortirent pas de la presqu'île ; ils allèrent s'établir dans l'ancienne Aegiale, d'où ils chassèrent les Ioniens, et qui a pris d'eux le nom d'Achaïe qu'elle a conservé jusqu'à ce jour.
|-
| valign=top align=right|'''2'''
| valign=top|
Οἱ δὲ Ἀρκάδες διατελοῦσιν ἐξαρχῆς καὶ ἐς τόδε τὴν ἑαυτῶν ἔχοντες. Τὰ δὲ λοιπὰ ἐπηλύδων ἐστὶν ἀνθρώπων. Κορίνθιοι μὲν γὰρ οἱ νῦν νεώτατοι Πελοποννησίων εἰσί, καί σφισιν ἀφ' οὗ τὴν γῆν παρὰ βασιλέως ἔχουσιν, εἴκοσιν ἔτη καὶ διακόσια τριῶν δέοντα ἦν ἐς ἐμέ. Δρύοπες δὲ καὶ Δωριεῖς, οἱ μὲν ἐκ Παρνασσοῦ, Δωριεῖς δὲ ἐκ τῆς Οἴτης ἐς Πελοπόννησόν εἰσιν ἀφιγμένοι.
| valign=top align=right|'''2'''
| valign=top|
Les Arcadiens sont encore dans le pays qu'ils ont originairement occupé. Les autres peuples sont venus d'ailleurs, et les Corinthiens actuels sont les plus nouveaux de tous les peuples du Péloponnèse; il n'y a eu effet que 217 ans que Jules César leur a donné cette contrée. Les Dryopes et les Doriens sont venus, les premiers du Parnasse; et les seconds, du mont Oeta ;
|-
| valign=top align=right|'''3'''
| valign=top|
Τοὺς Ἠλείους ἴσμεν ἐκ Καλυδῶνος διαβεβηκότας καὶ Αἰτωλίας τῆς ἄλλης. Τὰ δὲ ἔτι παλαιότερα ἐς αὐτοὺς τοιάδε εὕρισκον. Βασιλεῦσαι πρῶτον ἐν τῇ γῇ ταύτῃ λέγουσιν Ἀέθλιον, παῖδα δὲ αὐτὸν Διός τε εἶναι καὶ Πρωτογενείας τῆς Δευκαλίωνος, Ἀεθλίου δὲ Ἐνδυμίωνα γενέσθαι.
| valign=top align=right|'''3'''
| valign=top|
et nous savons que les Éléens ont passé par mer, de Calydon et du reste de l'Étolie dans le Péloponnèse. Voici ce que j'ai appris de l'histoire de ce pays pour les temps antérieurs à leur arrivée. On dit qu'Aëthlius fut le premier roi de cette contrée ; qu'il était fils de Jupiter et de Protogénie, fille de Deucalion, et qu'il eut lui-même un fils nommé Endymion.
|-
| valign=top align=right|'''4'''
| valign=top|
Τούτου τοῦ Ἐνδυμίωνος Σελήνην φασὶν ἐρασθῆναι, καὶ ὡς θυγατέρες αὐτῷ γένοιντο ἐκ τῆς θεοῦ πεντήκοντα. Οἱ δὲ δὴ μᾶλλόν τι εἰκότα λέγοντες, Ἐνδυμίωνι λαβόντι Ἀστεροδίαν γυναῖκα· οἱ δὲ τὴν Ἰτώνου τοῦ Ἀμφικτύονος Χρομίαν· ἄλλοι δὲ Ὑπερίππην τὴν Ἀρκάδος· γενέσθαι δ' οὖν φασιν αὐτῷ Παίονα καὶ Ἐπειόν τε καὶ Αἰτωλὸν, καὶ θυγατέρα ἐπ' αὐτοῖς Εὐρυκύδαν. Ἔθηκε δὲ καὶ ἐν Ὀλυμπίᾳ δρόμου τοῖς παισὶν ἀγῶνα Ἐνδυμίων ὑπὲρ τῆς ἀρχῆς, καὶ ἐνίκησε, καὶ ἔσχε τὴν βασιλείαν Ἐπειός· καὶ Ἐπειοὶ πρῶτον τότε ὧν ἦρχεν, ὠνομάσθησαν.
| valign=top align=right|'''4'''
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La Lune devint, à ce qu'il prétend, amoureuse d'Endymion et en eut cinquante filles. Mais il est plus vraisemblable qu'il épousa, comme le disent d'autres personnes, soit Astérodie, soit Chromie, fille d'Itonus, fils d'Amphyction ; soit enfin Hypérippe, fille d'Arcas. On dit donc qu'il eut trois fils, Paeon, Epéus, Aetolus, et une fille nommée Eurycyda. Il proposa dans Olympie, son royaume pour prix de la course à ses fils : Epéus ayant été vainqueur monta sur le trône, et ses sujets prirent alors le nom d'Epéens.
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Τῶν δὲ ἀδελφῶν Αἰτωλὸν μὲν καταμεῖναί φασιν αὐτοῦ, Παίονα δὲ ἀχθόμενον τῇ ἥττῃ, φυγεῖν ὡς πορρωτάτω, καὶ τὴν ὑπὲρ Ἀξιοῦ ποταμοῦ χώραν ἀπ' αὐτοῦ Παιονίαν ὀνομασθῆναι. Τὰ δὲ ἐς τὴν Ἐνδυμίωνος τελευτὴν, οὐ κατὰ τὰ αὐτὰ Ἡρακλεῶταί τε οἱ πρὸς Μιλήτῳ καὶ Ἠλεῖοι λέγουσιν, ἀλλὰ Ἠλεῖοι μὲν ἀποφαίνουσιν Ἐνδυμίωνος μνῆμα, Ἡρακλεῶται δὲ ἐς Λάτμον τὸ ὄρος ἀποχωρῆσαί φασιν αὐτὸν· καὶ ἄδυτον Ἐνδυμίωνός ἐστιν ἐν τῷ Λάτμῳ.
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Des deux autres frères, Aetolus resta, dit-on, auprès de lui, mais Paon indigné de se voir vaincu s'enfuit au loin, et donna le nom de Pæonie au pays qu'arrose le fleuve Axius. Les Héracléotes du voisinage de Milet, ne sont point d'accord avec les Éléens sur la mort d'Endymion : ceux-ci en effet montrent son tombeau, tandis que les Héracléotes prétendent qu'il se retira sur le mont Latmos, qui renferme une chapelle d'Endymion où il n'est pas permis d'entrer.
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Ἐπειῷ δὲ γήμαντι Ἀναξιρόην τὴν Κορώνου, θυγάτηρ μὲν Ὑρμίνα, ἄρσεν δὲ οὐκ ἐγένετο αὐτῷ γένος. Καὶ τάδε ἄλλα συνέβη κατ' Ἐπειὸν βασιλεύοντα. Οἰνόμαος ὁ Ἀλξίωνος (Ἄρεως δὲ, καθὰ ποιηταί τε ἐπεφήμισαν, καὶ τῶν πολλῶν ἐστιν ἐς αὐτὸν λόγος) οὗτος δυναστεύων περὶ τὴν Πισαίαν καλουμένην ὁ Οἰνόμαος, ἐπαύθη τῆς ἀρχῆς διαβάντος Πέλοπος τοῦ Λυδοῦ ἐκ τῆς Ἀσίας.
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Epéus ayant épousé Anaxiroé fille de Coronus n'en eut point de fils, mais seulement une fille nommée Hyrmina. Il se passa sous son règne divers événements dont je vais rendre compte. Oenomaüs, filg d'Alxion ( les poètes disent qu'il était fils dé Mars et c'est l'opinion la plus répandue), Oenomaüs, roi du pays de Pise, fut détrôné par Pélops le Lydien qui avait passé de l'Asie dans la Grèce ;
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Πέλοψ δὲ ἀποθανόντος Οἰνομάου τήν τε Πισαίαν ἔσχε, καὶ Ὀλυμπίαν, ἀποτεμόμενος τῆς Ἐπειοῦ χώρας ὅμορον οὖσαν τῇ Πισαίᾳ, Ἑρμοῦ τε ἐν Πελοποννήσῳ ναὸν ἱδρύσασθαι, καὶ θῦσαι τῷ θεῷ Πέλοπα ἔλεγον οἱ Ἠλεῖοι πρῶτον, ἀποτρεπόμενον τὸ ἐπὶ τῷ Μυρτίλου θανάτῳ μήνιμα ἐκ τοῦ θεοῦ.
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Pélops devint roi de Pise après la mort d'Oenomaüs et conquit sur Epéus, Olympie qui était limitrophe de Pise. Les Éléens disent que Pélops érigea dans le Péloponnèse un temple à Mercure, et lui, offrit le premier des sacrifices pour apaiser sa colère provoquée par le meurtre de Myrtilus.
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Αἰτωλῷ δὲ μετὰ Ἐπειὸν βασιλεύσαντι, συνέπεσεν ἐκ Πελοποννήσου φυγεῖν, ὅτι αὐτὸν οἱ Ἄπιδος παῖδες ἐφ' αἵματι ἀκουσίῳ δίκην εἷλον. Ἆπιν γὰρ τὸν Ἰάσονος ἐκ Παλλαντίου τοῦ Ἀρκάδων ἀπέκτεινεν Αἰτωλὸς, ἐπελάσας τὸ ἅρμα τεθέντων ἐπὶ Ἀζᾶνι ἄθλων. )Απὸ μὲν Αἰτωλοῦ τοῦ Ἐνδυμίωνος οἱ περὶ τὸν Ἀχελῷον οἰκοῦντες ἐκλήθησαν, φυγόντος ἐς ταύτην τὴν ἤπειρον. Τὴν δὲ Ἐπειῶν ἔσχεν ἀρχὴν Ἠλεῖος Εὐρυκύδας τε τῆς Ἐνδυμίωνος καὶ (ὅτῳ πιστὰ) πατρὸς ὢν Ποσειδῶνος. Καὶ τὸ ὄνομα οἱ ἄνθρωποι τὸ νῦν ἀντὶ Ἐπειῶν ἀπὸ τοῦ Ἠλείου μεταβεβλήκασιν.
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Aetolus qui monta sur le trône après la mort d'Apis fut exilé du Péloponnèse, les enfants d'Apis l'ayant fait condamner pour un meurtre involontaire. Il avait en effet tué Apis, fils de Jason de Pallantium en Arcadie, en poussant son char sur lui aux jeux funèbres d'Azan. Il alla sur le continent voisin de l'Achéloüs, et les peuples de cette contrée prirent de lui le nom d'étoliens. Le trône des Epéens passa alors à Eléius fils de Neptune (si on veut bien le croire), et d'Eurycyda, fille d'Endymion. Ses sujets quittèrent alors le nom d'Epéens et prirent celui d'Éléens qu'ils ont encore maintenant.
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Ἠλείου δὲ ἦν Αὐγέας. Οἱ δὲ ἀποσεμνύνοντες τὰ ἐς αὐτόν, παρατρέψαντες τοῦ Ἠλείου τὸ ὄνομα, Ἡλίου φασὶν Αὐγέαν παῖδα εἶναι. Τούτῳ βοῦς τῷ Αὐγέᾳ καὶ αἰπόλια τοσαῦτα ἐγένετο, ὡς καὶ τῆς χώρας αὐτῷ τὰ πολλὰ ἤδη διατελεῖν ἀργὰ ὄντα ὑπὸ τῶν βοσκημάτων τῆς κόπρου. Ἡρακλέα οὖν, εἴτε ἐπὶ μοίρᾳ τῆς Ἠλείας, εἴτε ἐφ' ὅτῳ δὴ καὶ ἄλλῳ μισθῷ, πείθει οἱ καθῆραι τῆς κόπρου τὴν γῆν.
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Augias était fils d'Eleius ; ceux qui veulent lui donner une naissance plus illustre, font un petit changement au nom de son père et disent qu'il était fils d'Hélius (le Soleil) et non d'Eléius. Ses troupeaux de bœufs et de chèvres se multiplièrent tellement, que la plus grande partie du pays restait en friche à cause du fumier de ces animaux. Il engagea Hercules à enlever tout ce fumier, par la promesse qu'il lui fit d'une portion de l'Élide ou de tout autre salaire,
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Καὶ ὁ μὲν καὶ τοῦτο ἐξειργάσατο ἐκτρέψας τοῦ Μηνίου τὸ ῥεῦμα ἐς τὴν κόπρον. Αὐγέας δέ, ὅτι τῷ Ἡρακλεῖ σοφίᾳ πλέον καὶ οὐ σὺν πόνῳ τὸ ἔργον ἤνυστο, αὐτός τε ἀποδοῦναί οἱ τὸν μισθὸν ἀπηξίου, καὶ τῶν παίδων τῶν ἀρσένων τὸν πρεσβύτερον Φυλέα ἐξέβαλεν, ἀντειπόντα ὡς οὐ δίκαια ποιοῖτο πρὸς ἄνδρα εὐεργέτην. Αὐτὸς δὲ τά τε ἄλλα παρεσκευάζετο ὡς τὸν Ἡρακλέα ἀμυνούμενος, ἢν ἐπὶ τὴν Ἦλιν στρατεύηται, καὶ τοὺς παῖδας τοὺς Ἄκτορος καὶ Ἀμαρυγκέα ἐπηγάγετο ἐς φιλίαν.
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et Hercules en vint effectivement à bout en détournant le fleuve Médius et en le faisant passer dans les endroits que couvrait ce fumier. Augias sous prétexte qu'il avait mis plus d'industrie que de travail à cette opération, lui refusa le salaire convenu et chassa même de sa présence Phyleus son fils aîné qui lui faisait des représentations sur l'injustice de son procédé envers son bienfaiteur. Il commença dès lors à faire divers préparatifs pour se défendre si Hercules venait attaquer l'Élide, et contracta une alliance avec les fils d'Actor et avec Amaryncée ;
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Ἦν δὲ ὁ Ἀμαρυγκεὺς, ἄλλως μὲν ἀγαθὸς τὰ ἐς τὸν πόλεμον· ὁ δέ οἱ πατὴρ Πυττίος Θεσσαλὸς τὰ ἄνωθεν ἦν, καὶ ἐς τὴν Ἠλείαν ἀφίκετο ἐκ Θεσσαλίας. Ἀμαρυγκεῖ μὲν δὴ καὶ ἀρχῆς ἐν Ἠλείᾳ μετέδωκεν ὁ Αὐγέας. Ἄκτορι δὲ καὶ τοῖς παισὶ γένος τε ἦν ἐπιχώριον, βασιλείας τε μετῆν σφισιν. Ἄκτωρ γὰρ πατρὸς μὲν Φόρβαντος ἦν τοῦ Λαπίθου, μητρὸς δὲ Ὑρμίνης τῆς Ἐπειοῦ. Καὶ ᾤκισεν ἀπ' αὐτῆς Ἄκτωρ πόλιν Ὑρμίναν ἐν τῇ Ἠλείᾳ.
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ce dernier, qui était au reste un excellent guerrier, était fils de Pyttius, Thessalien, et avait quitté la Thessalie pour venir habiter l'Élide ; Augias lui donna une portion de son autorité. Pour Actor et ses fils, leur famille était du pays, et ils avaient part à la royauté. Actor était en effet fils de Phorbas fils de Lapithus, et d'Hyrmina fille d'Epéius. Il appela Hyrmina, du nom de sa mère, la ville qu'il fonda dans l'Elide.
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== Livres et livrets au format ''PDF'' ==
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::Wikipedia : ''PediaPress est une société allemande offrant et développant des logiciels libres de publication sur papier. Située à Mayence en Allemagne, elle offre également un service de publication en ligne permettant aux internautes de créer des ouvrages personnalisés à partir des articles d'un wiki, tel que Wikipédia.''
:;Liens :
::; Livres et livrets de l'utilisateur Goelette Cardabela : https://fr.wikibooks.org/wiki/Utilisateur:Goelette_Cardabela/Compilations
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: https://fr.wikivoyage.org/wiki/San_Agustín
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Lien
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Récupéré de ...
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[[Catégorie:Couvertures d'un wikilivre]]
[[Catégorie:Goélette Cardabela (livre) - Couvertures des livrets]]
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<br /> <center><span style="font-size: 14pt;"><B>Collection des livrets techniques de la goélette Cardabela</B></span></p></center>
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== Livres et livrets au format ''PDF'' ==
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== Livres et livrets en ''Version imprimable'' ==
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== Compilations ==
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:;Liens :
::; Livres et livrets de l'utilisateur Goelette Cardabela : https://fr.wikibooks.org/wiki/Utilisateur:Goelette_Cardabela/Compilations
::; Livres compilés sur wikibooks : https://fr.wikibooks.org/wiki/Compilations
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<!--= Goelette Cardabela en wiki-voyage =
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; Colombie
: https://fr.wikivoyage.org/wiki/Leticia
: https://fr.wikivoyage.org/wiki/San_Agustín
: https://fr.wikivoyage.org/wiki/Santa_Marta
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{{orange|4ème de couverture.}}
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<P ALIGN=left><span style="font-size: 32pt"><B>TITRE</B></span></P>
<P ALIGN=left><span style="font-size: 16pt; color: #BFBFBF;"><B>Sous-titre</B></span></P>
Texte ...
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<center>Photo de couverture: Auteur
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[[Catégorie:Goélette Cardabela (livre)|{{SUBPAGENAME}}]]
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[[Catégorie:Couvertures d'un wikilivre]]
[[Catégorie:Goélette Cardabela (livre) - Couvertures des livrets]]
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Goélette Cardabela/2006-2007 Croisière éprouvante et changement de moteur
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text/x-wiki
<!--
<span style="text-align:center; font-size:32pt; font-weight:bold;">La Goélette Cardabela</span>
<br /><center><span style="center; font-size:16pt; color: #BFBFBF;"><B>Histoire d'une construction en amateur</B></span></center>
<br /><center><span style="font-size: 14pt;"><B>Croisière éprouvante et changement de moteur</B></span></p></center>
<div class="noprint">[[File:Wikibooks-logo-fr-sans.svg|center|75px]]
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== Croisière éprouvante ==-->
<cite>'''La goélette Cardabela n'a pas navigué l'année 2006, son capitaine était en convalescence.'''</cite>
'''L'année 2007 devait reprendre la navigation prévue en l'année 2006 mais le sort en a voulu autrement ...'''
<center>
[[File:Nav été 2006.jpg|thumb|540px|center|Navigation prévue pour l'été 2006 avec la goélette Cardabela.]]</center>
Au départ, l'équipage était constitué de Marie Claude et Jean-Paul jusqu'à '''Port Frioul''',
Jean-Paul devait ensuite naviguer seul en navigation côtière, le long des '''Côtes sud de l'Italie''', puis rejoindre '''Corfou''' où sa fille Alizée et son ami Sergi devaient compléter l'équipage vers le 15 juin.
D'aventure en aventure, de mésaventure en mésaventure, la croisière a mené la goélette jusqu'à '''Cetraro''' où Jean-Paul a décidé de rebrousser chemin.
Au retour, au mouillage, en '''rade de Beaulieu''', Marie Claude rejoint la goélette dans l'attente du reste de l'équipage: Alizée et Sergi.
<!--En fin de compte il a été décidé de changer la motorisation du bateau, moteur et transmission, dés l'automne 2007.-->
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=== La Grande Motte ===
[[File:2007 La Grande Motte.jpg|thumb|Photo du départ pour port Frioul]]
Partis le 19 mai pour Frioul en direction de l'Italie par le cap Corse, nous sommes « tombés » en panne d'inverseur hydraulique dans le golfe de FOS. Marie Claude et moi étions très déçus de ce mauvais départ qui ne présageait rien de bon. Heureusement, le bateau de nos amis Charles et Annie-Laure nous avait doublé peu de temps auparavant et ils ont proposé de nous remorquer jusqu'au port de Frioul.
=== Frioul ===
[[File:2007 Capitainerie de port Frioul.jpg|thumb|Capitainerie de port Frioul en mai 2007]]
Nous avons toujours reçu un accueil chaleureux à la capitainerie.
Cette nuit là nous nous sommes amarrés vers minuit à un corps mort, les deux voiliers à couple, en attendant l'arrivée du capitaine du port. Nous avons bien profité de cette nuit là par une restauration bien méritée et bien arrosée avec nos amis. Dés l'aube on nous a prié de dégager le corps mort qui semble être réservé à une autorité locale, sous prétexte que nous gênions le départ des autres bateaux. En ce qui nous concerne, vu notre incapacité à nous déplacer alors que nous devions prendre contact avec le chantier local pour nous remorquer, le capitaine du port nous a déplacés jusqu'au quai en attendant la prise de contact avec le chantier naval du Frioul « Archimer-plaisance »
Dans l'attente, j'ai vérifié le niveau d'huile de l'inverseur qui était vide, alors que l'huile était bien présente dans les fonds ! Je mets donc un peu d'huile, j'essaie et l'hélice se met à tourner à la demande. Nous décidons alors de nous rendre au chantier par nos propres moyens après avoir pris contact et obtenu une place pour nous amarrer.
Voilà ... démontage, attente des joints SPI, remontage, ... trois semaines ! Et ma fille Alizée qui doit me rejoindre en Grèce à Corfou autour du 15 juin ... Arriverai-je à temps ?
Durant notre séjour nous devions participer à la cérémonie d'adieu de notre ami '''Siegfried Kessler''' par la jetée de ses cendres dans ce port de Frioul qu'il affectionnait tant. Les organisateurs de cette cérémonie n'ont pas été très bons dans leur organisation, mais cela nous a donné l'occasion de retrouver quelques amis du port de La Grande Motte.<br/>''Selon Marie Claude: l’organisation a été très perturbée à cause le fort mistral''.
=== Portoferraio ===
[[File:2007 Mouillage de Portoferraio.jpg|thumb|Mouillage de Portoferraio en 2007.]]
Parti seul de Frioul le 4 juin pour l'île d'Elbe par le cap Corse, je fais une pose la nuit devant le port de '''Porquerolles'''.
5 juin. L'ancre est levée dès les premières lueurs du jour. Après quelques miles les autorités militaires m'interdisent une large zone de navigation en raison de manœuvres de la marine. Ne voyant rien à l'horizon je suppose que les manœuvres se passaient sous l'eau ? Après avoir contourné la zone des manœuvres, qui a prolongé mon parcours d'une dizaine de miles nautiques, je me prépare pour la traversée vers le '''Cap Corse''' avec peu de vent et beaucoup d'heures au moteur. J’atteins le cap Corse le 6 juin peu avant 9 heures.
Je retrouve avec plaisir la grande rade de '''Portoferraio''' où je jette l'ancre par 10 mètres de fond, peu avant 18 heures, à la limite des manœuvres des ferry's.
7 juin. Ravitaillement en gasoil dans l'après midi, bon dîner, et bon repos.
Afin de me rapprocher de '''Santa Marinella''' je décide de quitter Portoferraio pour '''Porto Azzuro''' le lendemain matin, 8 juin.
=== Porto Azzuro ===
[[File:2007 Porto Azzuro.jpg|thumb|Porto Azzuro île d'Elbe en 2007]]
8 juin 2007. '''Porto Azzuro''' commence déjà à être encombré de bateaux et on y trouve de plus en plus de corps morts. Pour mon malheur et pour conjurer le sort, je décide de jeter l'ancre par 5 ou 6 mètres de fond, entre les corps morts ... alors que je sais pertinemment bien qu'il est préférable de mouiller par 10 mètres de fond, à la limite de manœuvre du ferry.
La soirée se passe merveilleusement bien, je vais faire mes courses au village qui est toujours aussi agréable et accueillant. La nuit les vents tournent sans cesse et brutalement. Le bateau tourne sur sa chaîne entre les bateaux amarrés sur corps morts. Je m'inquiète un peu, car j'ai dû mouiller peu de chaîne afin ne pas risquer de heurter les bateaux voisins. Le GPS m'alerte sans cesse pour me signaler un dérapage. Je ne dérape pas, mais le bateau tourne sans cesse.
Le matin, juste avant le lever du jour, alerte de dérapage au GPS, je vois que Cardabela se rapproche doucement d'un bateau sur corps mort. Je mets alors le moteur en marche par précaution et j'essaie de me rendre compte de ce qui s'est passé. Je ne vois pas grand chose. J'embraye l'hélice et je peux apparemment manœuvrer avec précaution. Il semble que je racle le fond avec l'ancre, je décide alors de remonter l'ancre qui ne veut pas venir entièrement. Je ne vois toujours pas où est passé l'orin. Comme je peux manœuvrer je décide alors de passer entre les bateaux au mouillage pour m'éloigner vers le large. Ouf de soulagement !
J'examine alors avec attention autour du bateau pour retrouver mon orin, que je retrouve où ? Emberlificoté à l'amarre de l'annexe ! Ce n'est donc pas grave. Je descends dans l'annexe pour décocher l'orin ... Impossible ! ''Même si impossible n'est pas français''. Je suis maintenant en pyjama, trempé, l'annexe pleine d'eau qui s'enfonce de plus en plus. Le flotteur du nouvel orin est trop volumineux, l'ancre et la chaîne sont trop lourds et je n'ai pas la présence d'esprit d'utiliser un palan pourtant toujours à portée de main. Je décide malheureusement d'utiliser un couteau pour couper l'amarre de l'annexe que je ré-amarre par ailleurs au bateau. Je coupe l'amarre emberlificotée, l'ancre descend et retrouve sa place normale à la verticale sous l'étrave, et moi je me retrouve dans l'eau (heureusement pas trop froide) avec une belle balafre dans l'annexe.
Remonter une annexe pleine d'eau tient de l'exploit ! J'arrive tout de même à la remonter à l'aide de la drisse de grand voile je la vide sur le pont et vogue la Cardabela vers sa nouvelle destination :
=== Anzio Nettuno ===
[[File:2007 Cardabela sous voiles.jpg|thumb|Cardabela sous voiles entre Porto Azzuro et Anzio (Italie)]]
Arrivé le soir du 11 juin, bien avant la nuit, après un jour et demi de navigation, je fais un tour de repérage dans ce grand port, puis je vais au mouillage, devant le port où je reçois les conseils de la Marine Nationale italienne me recommandant un mouillage convenable et qui permettra aux rapides ferrys de décoller et d'atterrir sans danger.
Le lendemain matin je refais un tour de repérage dans le port afin d'y trouver un "ship" ... rien ! Il est tôt, un homme me hèle du quai et me demande si je veux du carburant. Oui, j'en veux, puisque le ravitaillement est aisé et qu'il n'y a pas encore de queue.
Faisant part de ma recherche d'un chip pour acheter un petite annexe, le pompiste me propose de m'emmener voir un chip en auto car il n'y en a pas dans ce port ! Je ne peux pas rester à l'appontement de carburant, il me faut donc m'amarrer le long d'un grand quai réservé aux ferrys. À peine amarré je reçois la visite de la Marine qui me dit très poliment de dégager le quai, là dessus arrive mon pompiste avec son auto et qui explique la situation ... J'ai 1/2 heure pour quitter le quai ! On part à toute blinde à quelques kilomètres de là, je crois, car ''on n'en finit pas d'arriver''. Un premier chip n'a pas d'annexe à vendre, un deuxième en a une en démo, je la prends sans trop vérifier car on n'a pas le temps, mon pompiste vérifie tout de même et m'obtient une remise de 10% parce qu'il manquait un écrou « nylstop » à la fixation d'une rame, on repart, j'en oublie mes "docs" sur le comptoir. Une demi heure après nous étions de retour et je larguais mes amarres ! Départ pour '''Ventotene''' ou '''Ponza''' ...
=== Ponza ===
Le vent doit lever une houle dans la rade et je n'espère pas trouver de place au port, je passe. À la tombée de la nuit Cardabela se prend dans un long filet de surface. J'essaie d'en sortir pour le contourner; impossible ! plus j'essaie, plus je m'emberlificote, à l'avant d'abord, à l'arrière ensuite, à l'avant et à l'arrière à la fin. Heureusement le filet ne s'est pas emberlificotée dans l'hélice. J'ai fini pas couper au couteau ce câble en polyester vert et très résistant. Je garde une marque, une entaille, encore aujourd'hui, à l'étrave du bateau.
=== Capo Palinuro ===
[[File:Capo palinuro.jpg|thumb|Capo palinuro]]
Le 12 juin, dans l'après midi j'arrive au nord du cap Palinuro, devant le petit port. Je pense être à l'abri pour la nuit. J'essaie ma nouvelle annexe en me rendant à la rame vers la plage et il me vient l'idée de déguster cette petite friture que je vois sur l'éventaire d'une guinguette plus quelques frites et une bonne bière bien fraîche.
En dehors de la bière bien fraîche, le reste était "dégeulasse". Adieu Capo Palinuro, je n'en garderai pas un excellent souvenir ...
Le lendemain dés l'aube, ... Cetraro en vue.
=== Cetraro ===
[[File:2007 Port de Cetraro (Italie).jpg|thumb|La goélette Cardabela dans le port de Cetraro (Italie) en 2007]]
13 juin. '''Cetraro''' en vue ... à 8 miles nautiques ! Le cardan de la transmission casse. Je me dirige à la voile vers un plage qui se trouve à environ 9 miles nautiques du port. J'estime ne pas avoir assez d'essence pour me tirer jusqu'au port avec l'annexe, à la rame n'y pensons pas, alors une réparation est peut être possible au mouillage, le vent est faible ... Pourquoi pas ?
Un catamaran passe par là et se propose de me tirer jusqu'au port. C'est gratuit, accord conclu.
On arrive au port, tout va bien, "ça baigne" ! Mon remorqueur m'amène tout doucement vers le quai d'accueil. Un « urluberlu » hurle sur le quai pour que mon remorqueur aille sur le deuxième quai, car c'est là qu'il récupère sa dîme ! Mon remorqueur remet les gaz et projette Cardabela sur le coin du quai suivant qui laisse une belle balafre profonde de trois épaisseurs de fibre de verre sous le liston du bordé droit tribord.
Mon remorqueur ne se déplace pas pour voir les dégâts et ne peut accepter une invitation vu que l'équipage est attendu pour dîner.
Le lendemain je recherche un pantographe d'automobile (celui qui sert à lever une automobile pour changer une roue). Le mécano du coin ne peut rien pour moi mais peut me prêter le pantographe de sa Renault.
Découplage du moteur, difficulté pour sortir les morceaux du cardan de son logement, remplacement, remontage. Repos et repas au restaurant.
Après mures réflexions il me paraît raisonnable de rentrer au bercail, car je n'ai plus de cardan de rechange et une modification de la transmission ne me paraît pas raisonnable dans ce contexte.
Le vent annoncé est d'Est assez fort dans les prochains jours. Départ pour '''Capo Palinuro'''.
Arrivé au niveau du cap je décide de continuer vers '''Acciaroli''', la direction de la houle ne me paraît pas convenir pour un mouillage, ni au nord ni au sud du cap.
=== Acciaroli ===
[[File:2007 Porto Acciaroli.jpg|thumb|Porto Acciaroli est très agréable en 2007. Son accès de nuit peut être déconseillé. L'entrée de ce petit port est encombrée de hauts fonds.]]
17 juin. J'arrive dans la nuit noire. Le port n'apparaît pas et il y a des hauts fonds. Je fais confiance au GPS, pourvu qu'il ne m'abandonne pas au dernier moment !
Tout se passe bien cependant, arrivé sur le môle Est je finis par apercevoir un petit feu rouge signalant l'entrée du port et le port apparaît, c'est tout petit, mais suffisant. Un quai à carburants me sert pour m'y amarrer et me reposer.
Au petit matin je fais un tour à pied sur le port et ses environs (c'est tout petit); il y a en effet de nombreux écueils, des haut fonds, et je pense que j'ai eu beaucoup de chance la nuit précédente d'avoir eu un GPS et des cartes électroniques à la hauteur de la situation.
Raviatillement en gasoil, et départ pour l'île d'Ischia.
=== Ischia ===
[[File:P1010064.JPG|thumb|Ischia, à l'est de la presqu'île]]
17 juin. Je décide de mouiller au sud de l'île à l'est la presqu'île près de '''San't Angelo''', par 10 mètres de fond, on ne voit rien et le lieu me paraît peu sûr, cependant le mouillage a été confortable à l'abri de cette houle d'ouest qui se renforce de jour en jour.
Le lendemain dés l'aube départ pour Porto Ercole :
=== Porto Ercole ===
18 juin. '''Porto Ercole''' est sûrement très encombré, il l'était déjà il y a trente ans lors de mon premier passage, et aucun mouillage n'est possible à proximité, je vais alors mouiller quelques miles plus à l'est derrière le môle d'un port qui me met à peu près à l'abri de la houle.
Le lendemain matin départ pour Anzio :
=== Anzio ===
19 juin. Bon mouillage à peu près au même endroit qu'en début de mois. Le lendemain départ pour '''Santa Marinella''' :
=== Santa Marinella ===
[[File:2007 Port de Santa Marinella (Italie).jpg|thumb|Port de Santa Marinella (Italie) en 2007. Mouillage devant le môle du port, loin de la plage.]]
20 juin. Arrivé dans l'après midi, j'ai le temps de faire quelques courses, j'achète des fruits et melons à un ambulant; ils n'étaient pas fameux. Départ le lendemain pour l'île d'Elbe.
=== Portoferraio ===
[[File:2007 Ciel d'orage au mouillage en rade de Portoferraio.jpg|thumb|Ciel d'orage à l'aube, en rade de Portoferraio (it), le 22 juin 2007 au départ de la traversée vers Villefranche (fr)]]
Je n'ai pas voulu retenter le sort à Porto Azzuro, étant parti de très bonne heure j'ai décidé de rejoindre Portoferraio, bon abri et repos me semblaient bien indiqués. Le lendemain je veux faire un tour au supermarché ... C'est loin ! Mieux vaut y aller à vélo.
Plein de carburant, et départ direct sur Villefranche le lendemain matin.
=== Rade de Beaulieu ===
22 et 23 juin.Ce fût une belle traversée, avec du vent et une bonne navigation à la voile, enfin ! ...
Marie Claude me rejoint dans la '''rade de Beaulieu''', en face de la « plage de Paloma », l'eau de mer est chaude et propice à la baignade; MC adore ! Nous avons la visite de nos équipiers Léa et Gilles. Alizée et son ami doivent nous rejoindre prochainement, faute de mer Égée ils profiteront de la mer Méditerranée ...
[[File:2007 Destruction des pales d'éolienne.jpg|thumb|Destruction des pales d'éolienne lors d'un cyclone en rade de Beaulieu le 26 juin 2007]]
Le 26 juin le vent se lève brutalement, les pales de l'éolienne disparaissent ! J'ai appris plus tard que cette éolienne est équipée d'une protection contre l'excès de vitesse; elle se met alors en court circuit pour freiner la rotation, cependant l'action est brutale, les pales se cassent et tout part à la mer ... Bravo les concepteurs, ils auraient pu prévoir une résistance de charge pour atténuer l'action de ce commutateur !<br />
Le vent se renverse. La violence du vent nous pousse vers les murs et les falaises, nous levons l'ancre et nous nous dirigeons à la nuit tombante vers le premier port qui ne semble pas convenir faute de propulseur, nous nous dirigeons alors vers celui de Beaulieu, port de « richards », l'entrée du port a été difficile. On s'y est pris à deux fois, MC a sauté au quai à carburants et on s'est amarrés « à l'arrache ». En attendant l'accalmie, exténués, nous nous endormons, et nous sommes « agressés » le lendemain, le jour à peine levé, par les agents de la capitainerie; j'y vais on paie et « on se casse » en espérant ne jamais être obligé de retourner dans ce port de « vampires ». Nous ne demandions qu'un abri de sécurité. « Du coup » nous n'avons pas pris de carburant.
=== Rade de Villefranche ===
Alizée et son ami sont annoncés pour la fin de la soirée, ils doivent arriver à Nice en autobus, puis prendre le train pour Villefranche. Je vais mouiller à '''Passable''' dans la '''rade de Villefranche''' pour les accueillir à la sortie du train. L'autobus prend du retard, il y avait des embouteillages sur l'autoroute. Arrivés à 23 heures, ils n'ont plus de train. Gilles se dévoue et conduit les amoureux jusqu'à Passable où je les accueille avec la petite annexe.
Le lendemain matin on fait les courses et on lève l'ancre pour :
=== Saint Tropez ===
[[File:2004 Plan du golfe de Saint Tropez.jpg|thumb|Plan du golfe de Saint Tropez dans le bloc marine de 2004]]
La croisière se poursuit au moteur, car le vent est faible, légèrement portant, et nous arrivons le soir dans la baie de St Tropez; les bateaux circulent, vont et viennent de partout en levant une houle désagréable. On cherche un coin tranquille; on va mouiller l'ancre dans l''''anse des Canebiers''', là où résident nos célèbres artistes ... Le coin n'est pas terrible, alors on repart le lendemain matin en espérant plus de bonheur sur l'île de '''Porquerolles'''.
Dans la journée la météo nous annonce que le vent doit se renforcer prochainement et dans un sens contraire à notre route, alors on continue jusqu'à '''Frioul''' où nous arrivons tard dans la nuit; on s'amarre à ce fameux coffre car je ne sens pas Cardabela en mesure de passer les corps morts sans se prendre l'hélice dans un cordage (nous n'avons plus de propulseur d'étrave depuis Cetraro); alors la nuit, dégager l'hélice; « merci bien »; et « tant pis » pour le gars qui gesticule sur le quai; on se fera « engueuler » demain matin, mais on n'aura pas d'avarie.
=== Frioul ===
Nous passons quasiment la semaine à port Frioul avec Alizée, Sergi, et Marie Claude qui nous a rejoints. Le 6 juillet Sergi et Alizée nous quittent. Nous visitons l'exposition de vaches multicolores à Marseille, cela nous occupe un bon moment. Baignade ou balades la journée, et restaurants le soir. Les « restaurants de port Frioul ne sont pas « extras » en dehors d'un restaurant plus original de cuisine afghane.
=== Retour à La Grande Motte ===
Nous rentrons à La Grande Motte MC et moi en profitant d'une accalmie. Nous naviguons de nuit, la vie est belle. Nous arrivons à La Grande Motte sans encombre, la transmission en bon état, pas de risque de casse depuis que j'ai supprimé la transmission vers le propulseur d'étrave.
== Changement de moteur ==
<!--Si je veux transmettre Cardabela, ou le vendre pour profiter de la montagne de Saint-Martin-Vésubie, je dois rendre la motorisation plus fiable et installer un propulseur d'étrave plus performant ... -->
Le nouveau moteur a été installé en 2007 et l'installation du nouveau propulseur d'étrave a été effectué en 2008. Ces installations ont fait l'objet d'une page spéciale : https://fr.wikibooks.org/wiki/Goélette_Cardabela/Équipements/Propulsions et marquent un terme aux essais en croisière.
Le bateau est désormais considéré comme fiable à condition que, comme pour tous les navires, l'entretien soit effectué dans les règles l'Art.
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Python pour le calcul scientifique/Éléments de programmation
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wikitext
text/x-wiki
Rappel : les programmes commencent par :
<syntaxhighlight lang="python">
#!/usr/bin/python3
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
</syntaxhighlight>
== Entrées et sorties ==
Pour permettre à l'utilisateur ou à l'utilisatrice d'entrer une valeur, nous utilisons la fonction <code lang="python">input()</code> comme évoqué précédemment (chapitre ''[[../Premiers programmes|Premiers programmes]]''), avec la syntaxe <code lang="python">''variable'' = input(''texte'')</code>. Notez que la valeur renvoyée par <code lang="python">input()</code> est une chaîne de caractères. Si vous voulez autre chose, typiquement un nombre, il faut convertir cette chaîne.
Par exemple, nous demandons ici d'entrer une longueur sous la forme d'une valeur numérique :
<syntaxhighlight lang="python">
longueurDefaut = 10.0
texteDemandeLongueur = f"Veuillez entrer la longueur en millimètres (valeur par défaut {longueurDefaut} mm) : "
longueur = input(texteDemandeLongueur)
if longueur=="":
longueur=longueurDefaut
else:
longueur=float(longueur)
print(longueur)
</syntaxhighlight>
Pour afficher un texte, on utilise la fonction <code lang="python">print()</code>, également présentée dans le chapitre ''[[../Premiers programmes|Premiers programmes]]'', avec la syntaxe <code lang="python">print(''texte'')</code>. Le texte à afficher peut être de n'importe quel type (entier, réel en virgule flottante, booléen, chaîne de caractères…) mais si l'on veut « mélanger » les types, il faut tout convertir en chaînes de caractères, avec la fonction <code lang="python">str()</code>, et concaténer les chaînes avec <code lang="python">+</code>.
Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
print("La longueur vaut : "+str(longueur)+" mm.")
</syntaxhighlight>
Nous pouvons aussi utiliser une « chaîne “f” » ''({{lang|en|f-string}})'' : on met un le <code lang="python">f</code> devant le guillemet ouvrant et dans la chaîne, on met un champ sous la forme <code lang="python">{''nomDeVariable''}</code>. L'exemple ci-dessus devient alors :
<syntaxhighlight lang="python">
print(f"La longueur vaut : {longueur} mm.")
</syntaxhighlight>
Les chaînes « f » sont détaillées dans la section ''[[#Chaînes de caractères|Chaînes de caractères]]'' ci-dessous.
Si l'on veut introduire un retour à la ligne dans la chaîne, on utilise les caractères <code lang="python">\n</code> (contre-oblique suivie de la lettre N minuscule). Par exemple
<syntaxhighlight lang="python">
print("Ceci est un texte\navec un retour à la ligne.")
</syntaxhighlight>
== Types de variables ==
=== Généralités ===
Python définit « tout seul » le type de la variable : « <code>3</code> » sera un entier ''({{lang|en|integer}})'', « <code>3.0</code> » sera un réel à virgule flottante ''({{lang|en|float}})'', « <code>"3"</code> » sera une chaîne de caractères ''({{lang|en|string}})''.
On peut connaître le type d'une variable avec la fonction <code>type()</code>.
On peut tester certaines valeurs, avec le module <code>NumPy</code> :
* <code>np.isnan(x)</code> indique si les valeurs de ''x'' sont des NaN ''({{lang|en|not a number}})'' ; si ''x'' est une matrice, le résultat est une matrice de booléens, l'élément [''i'', ''j''] est <code>True</code> si <code>x[i, j]</code> est un NaN ;
* <code>np.isinf(x)</code> indique si les valeurs de ''x'' sont ±∞ ; si ''x'' est une matrice, le résultat est une matrice booléenne de même dimension.
On peut forcer un type :
* <code>int(x)</code> : transforme la valeur ''x'' en nombre entier ;
* <code>long(x)</code> : " en entier long (précision illimitée) ;
* <code>float(x)</code> : " en nombre réel à virgule flottante ;
* <code>str(x)</code> : " en chaîne de caractères ;
* <code>complex(Re, Im)</code> : crée le nombre complexe ''Re'' + ''Im''·j, j désignant la racine carrée de –1 ;
* <code>list()</code> : crée une liste ;
* <code>tuple()</code> : crée un n-uplet.
Par exemple
<syntaxhighlight lang="python">
type(3) # <class 'int'>
type(float(3)) # <class 'float'>
complex(1, 1) == 1 + 1j # True
list("blabla") # ['b', 'l', 'a', 'b', 'l', 'a']
</syntaxhighlight>
Python distingue plusieurs genres de types :
* Un itérable est un objet dont on peut extraire les éléments un par un ; ce sont les objets pour lesquels on peut écrire <code> for i in ''iterable'':</code>. Il s'agit essentiellement des listes, n-uplets, chaînes de caractères, ensembles, dictionnaires et fichiers.
* Un modifiable ''({{lang|en|mutable}})'' est un objet que l'on peut modifier ; par exemple une liste est modifiable — on peut changer la valeur d'un élément, en ajouter ou en enlever un — mais les n-uplets non, pas plus qu'une chaîne de caractères ou un nombre.
* Un identifiable (''{{lang|en|hashable}}'', le ''{{lang|en|hashage}}'' étant une signature caractéristique d'un objet) : objet possédant un identifiant unique. Un objet identifiable est toujours non-modifiable ''({{lang|en|unmutable}})''.
=== Types numériques ===
==== Entiers ====
Nous pouvons définir les entiers au format octal ou hexadécimal : il faut débuter le nombre par respectivement <code>0o</code> (le chiffre zéro et la lettre o) et <code>0x</code> (le chiffre zéro et la lettre x). À l'inverse, la fonction <code>hex()</code> renvoie une chaîne correspondant à l'écriture d'un entier au format hexadécimal, et <code>oct()</code> renvoie la chaîne correspondant à l'éciture en octal. Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
print(0o10, ";", 0x10)
# 8 ; 16
print(hex(20))
# 0x14
</syntaxhighlight>
==== Réels ====
Les réels disposent de fonctions spécifiques appelées « méthodes ».
Une méthode est une fonction spécifique à un type d'objets. Étant conçue ''ad hoc'', elle est souvent plus économe en ressource et en temps qu'une fonction générique. Pour appliquer la méthode <code>meth()</code> à la variable <code>x</code>, on écrit : <code>x.meth()</code>.
Nous avons déjà présenté la méthode <code>''float''.as_integer_ration()</code> qui donne la fraction réduite égale à la valeur du nombre. Les réels disposent de plusieurs autres méthodes :
* <code>''float''.trunc()</code> : tronque le nombre réel ;
* <code>''float''.floor()</code>, <code>''float''.ceil()</code> : renvoie l'entier le plus proche, respectivement inférieur ou supérieur ;
* <code>''float''.hex()</code> : renvoie une chaîne de caractères correspondant à l'écriture du nombre en hexadécimal.
Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
a = 20.
print(a.hex())
# 0x1.4000000000000p+4
print(10..hex())
# 0x1.4000000000000p+3
</syntaxhighlight>
Dans le deuxième exemple, nous appliquons la méthode <code>''float''.hex()</code> directement au nombre <code>10.</code> ; le point est obligatoire car sinon, c'est un entier, pour lequel la méthode n'est pas définie.
Notez que la ''méthode'' <code>''float''.hex()</code> est différentes de la ''fonction'' <code>hex()</code> : la première concerne les réels, la seconde les entiers.
==== Complexes ====
Nous avons déjà mentionné la méthode <code>''complex''.conjugate()</code> qui donne le conjugué du nombre.
Un nombre complexe dispose de deux attributs :
* <code>''complex''.real</code> : sa partie réelle ;
* <code> ''complex''.imag</code> : sa partie imaginaire.
Par exemple :
<syntaxhighlight lang = "python">
a = 5+2j
print(a.conjugate(), ";", a.real, ";", a.imag)
# (5-2j) ; 5.0 ; 2.0
</syntaxhighlight>
=== Chaînes de caractères ===
; Ressources
: {{lien web
| url = https://docs.python.org/3/tutorial/inputoutput.html
| titre = 7. Input and Output
| site = Python Documentation
| consulté le = 2019-04-06
}}
==== Généralités ====
Il existe en fait trois manières de définir une chaîne de caractères :
* avec des guillemets simples ou doubles comme vu précédemment : <code>"…"</code> ou bien <code>'…'</code> ;
* avec trois guillemets doubles : <code>"""…"""</code> : cela permet d'avoir une chaîne de caractères s'étendant sur plusieurs lignes, les retours de ligne étant pris en compte ; c'est utilisé en particulier pour la description des fonctions (''{{lang|en|docstrings}}'', voir ci-après) ;
* avec des guillemets précédés d'un « r », <code>r"…"</code> ou <code>r'…'</code> : cela permet d'interpréter les barres de fraction inverses « \ » comme un caractère « normal » et non comme un caractère d'échappement (voir ci-après) ; cela est utile lorsque l'on utilise les possibilités LaTeX dans le tracé de graphiques (voir plus loin) ;
* avec des guillemets précédés d'un « f », <code>f"…"</code> ou <code>f'…'</code> : cela permet d'utiliser des variables formatées (voir ci-après).
Une chaîne de caractères n'est pas modifiable. Si l'on veut remplacer un caractère, l'insérer ou le supprimer, il faut transformer la chaîne en liste, avec la commande <code>list()</code>, puis rassembler la liste en la joignant ''({{lang|en|join}})'' à une chaîne vide :
<syntaxhighlight lang="python">
chaine = "blabla"
chaineList = list(chaine)
chaineList[2] = "c"
chaine = "".join(chaineList)
print(chaine) # blcbla
</syntaxhighlight>
Dans une chaîne simple <code>"…"</code> ou <code>'…'</code>, on peut introduire un retour à la ligne avec <code>\n</code>.
==== Substitution de variables ====
Lorsque l'on veut utiliser des variables, on fait précéder les guillemets d'un « f » et l'on écrit les noms de vrariables entre accolades. Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
monde = "world"
chaine = f"Hello {monde}!"
print(chaine) # Hello world!
</syntaxhighlight>
On peut indiquer la taille de la chaîne générée à partir de la variable sous la forme <code>{nomVariable:taille}</code>, la taille étant un entier. Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
chiffre1 = 1
nom1 = "un"
chiffre2 = 2
nom2 = "deux"
chaine = f"{nom1:5} : {chiffre1:5d}\n{nom2:5} : {chiffre2:5d}"
print(chaine)
# un : 1
# deux : 2
</syntaxhighlight>
Vous remarquez que l'on ajoute un « d » pour les entiers décimaux, et que les nombres sont alignés à droite. Si le nombre est un nombre réal à virgule flottante ''({{lang|en|float}})'', on peut indiquer le nombre de décimales sous la forme <code>.''n''f</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
chaine = f"{np.pi:.5f}"
print(chaine)
# 3.15169
</syntaxhighlight>
Avec la syntaxe <code>''m''.''n''f</code>, on indique également que la totalité du nombre doit occuper ''m'' caractères.
Pour convertir un nombre en caractère Unicode correspondant, on utilise la lettre c :
<syntaxhighlight lang="python">
nompi = 0x03c0
chaine = f"{nompi:c} = {np.pi:.5f}"
print(chaine)
# π = 3.14159
</syntaxhighlight>
La classe ''str'' dispose également de la méthode <code>.format()</code>. On indique un n-uplet de chaînes (ou de nombres) à la méthode et l'on met des accolades dans la chaîne principale ; les accolades sont remplacées dans l'ordre des chaînes de la méthode. On peut changer l'ordre en indiquant quelle valeur utiliser dans quelle accolade. Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
chaine1 = "On compte {} puis {}".format(1, 2)
chaine2 = "On compte {0} puis {1}. Mais à rebours, on compte {1} puis {0}.".format("un", "deux")
print(chaine1, "\n", chaine2)
# On compte 1 puis 2
# On compte un puis deux. Mais à rebours, on compte deux puis un.
</syntaxhighlight>
L'utilisation du caractère pourcent « % » permet d'utiliser la mise en forme <code>sprintf()</code> du langage C :
<syntaxhighlight lang="python">
chaine = "π = %.5f" % np.pi
print(chaine)
# π = 3.14159
</syntaxhighlight>
==== Méthodes des chaînes ====
Le type ''str'' dispose d'un certain nombre de méthodes. Nous avons déjà vu les méthodes <code>''str''.join()</code> et <code>''str''.format()</code>, en voici quelques autres :
* <code>''str''.capitalize()</code> : met le premier caractère en capitale (majuscule) et les autres en minuscule ;
* <code>''str''.lower()</code> : met tout en minuscules ''({{lang|en|lowercase}})'' ;
* <code>''str''.upper()</code> : met tout en capitales ''({{lang|en|lowercase}})'' ;
* <code>''str''.center(''n'')</code> : met la chaîne au centre d'une chaîne de longueur ''n'', en complétant avec des espaces ; on peut compléter avec d'autres caractères avec <code>''str''.center(''n'', ''c'')</code>, par exemple <code>"a".center(7, ".")</code> donne <code>"....a...."</code> ;
* <code>''str''.ljust(''n'', ''c'')</code> et <code>''str''.rjust(''n'', ''c'')</code> : comme <code>.center()</code> mais la chaîne est respectivement alignée au fer à gauche ''({{lang|en|left}})'' et à droite ''({{lang|en|right}})'' ;
* <code>''str''.isdigit()</code> : booléen vrai si tous les caractères sont des nombres ;
* <code>''str''.find(''sous-chaine'')</code>, <code>''str''.rfind(''sous-chaine'')</code> : indique respectivement le premier emplacement et le dernier emplacement de la sous-chaîne dans la chaîne ;
* <code>''str''.partition(''séparateur'')</code> : retourne un triplet avec la portion de chaîne avant le séparateur, le séparateur puis la portion de chaîne après le séparateur ;
* <code>''str''.replace(''ancien'', ''nouveau'')</code> : remplace la chaîne ''ancien'' par la chaîne ''nouveau'' dans la chaîne ;
* <code>''str''.split(''séparateur'')</code> : découpe la chaîne au niveau des séparateurs et renvoie une liste.
==== Autres fonctions ====
La fonction <code>chr()</code> transforme un code Unicode en caractère. Par exemple, <code>chr(97)</code> donne <code>"a"</code> et <code>chr(0x03c0)</code> donne <code>"π"</code>.
Si on veut créer une liste de caractères qui se suivent, on peut par exemple utiliser :
<syntaxhighlight lang="python">
[chr(x) for x in range(97, 102)]
# ['a', 'b', 'c', 'd', 'e']
</syntaxhighlight>
Si on veut créer une liste de nombres sous la forme de chaînes de caractères, on peut utiliser la commande <code>str()</code> vue ci-dessus. Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
[str(x) for x in range(1, 6)]
# ['1', '2', '3', '4', '5']
</syntaxhighlight>
Pour la syntaxe, voir ci-dessous la section [[#Définition en compréhension|''Définition en compréhension'']].
== Manipulation de listes ==
Les listes sont une structure de données fondamentale en Python.
; Ressources
* {{lien web
| url = https://docs.python.org/3/tutorial/datastructures.html
| langue = en
| titre = 5. Data structures
| site = Python documentation
| consulté le = 2019-03-16
}}
=== Copie d'une liste ===
Contrairement à d'autres types, lorsque vos écrivez <code>b = a</code> avec des listes, vous ne créez pas une copie de la variable <code>a</code>, vous créez un ''alias'' : l'objet <code>b</code> est un autre nom de l'objet <code>a</code>. En particulier, si vous modifiez <code>b</code>, vous modifiez en fait <code>a</code>. Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
a = [1, 2, 3, 4]
b = a
b[2] = 5
print(a, b) # [1, 2, 5, 4] [1, 2, 5, 4]
</syntaxhighlight>
Si l'on veut créer une copie de <code>a</code>, il faut utiliser <code>a[:]</code> ou bien <code>a.copy()</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
a = [1, 2, 3, 4]
b = a[:]
c = a.copy()
b[2] = 5
c[2] = 6
print(a, b, c) # [1, 2, 3, 4] [1, 2, 5, 4] [1, 2, 6, 4]
</syntaxhighlight>
=== Méthodes de listes ===
Pour modifier une liste, vous disposez des méthodes suivantes :
* <code>a.append(x)</code> : ajoute l'élément <code>x</code> à la fin de la liste <code>a</code> ;
* <code>a.extend(x)</code> : ajoute la liste <code>x</code> à la fin de la liste <code>a</code> ;
* <code>a.append(i, x)</code> : aoute l'élément <code>x</code> ''avant'' l'interstice ''i'' de la liste <code>a</code> ;
* <code> x = a.pop(i)</code> : enlève l'élément ''i'' de la liste <code>a</code> et le met dans la variable <code>x</code> ; <code> x = a.pop()</code> enlève le dernier élément de la liste ;
* <code>a.clear()</code> : vide la liste <code>a</code> ;
* <code>a.sort()</code> : trie la liste par ordre croissant ;
* <code>a.sort(reverse = True)</code> : trie par ordre décroissant ;
* <code>a.reverse()</code> : inverse l'ordre de <code>a</code>.
Pour supprimer l'élément à l'indice ''i'', au lieu d'utiliser <code>a.pop(i)</code>, on peut aussi utiliser
<syntaxhighlight lang="python">
del(a[i])
</syntaxhighlight>
Pour trier une liste, on peut aussi utiliser la fonction <code>sorted()</code>, ce qui permet par exemple de conserver la liste originale, non triée : <code>b = sorted(a)</code>. La fonction <code>sorted()</code> fonctionne avec tous les objets « itérables » comme par exemple une chaîne de caractères :
<syntaxhighlight lang="python">
a = "ahjbfk"
print(sorted(a)) # ['a', 'b', 'f', 'h', 'j', 'k']
</syntaxhighlight>
Pour mettre en évidence la performance de la méthode <code>''list''.sort()</code> par rapport à la fonction générique <code>sorted()</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
import numpy as np
import time
a = np.random.rand(int(1e7))
t1 = time.perf_counter()
b = sorted(a) # Fonction générique
t2 = time.perf_counter()
a.sort() # Méthode spécifique
t3 = time.perf_counter()
print("Sorted :", t2-t1, " s ; .sort :", t3-t2, "s ; rapport :", (t2-t1)/(t3-t2))
# Sorted : 14.2... s ; .sort : 1.1... s ; rapport : 12.6...
</syntaxhighlight>
Par rapport à une valeur donnée :
* <code>a.remove(x)</code> : retire la première occurrence de la valeur <code>x</code> de la liste <code>a</code> ;
* <code>a.index(x)</code> : indique l'indice où se trouve la première occurrence de la valeur <code>x</code> ;
* <code>a.count(x)</code> : indique le nombre de fois que l'on trouve la valeur <code>x</code> dans la liste <code>a</code>.
=== Définition en compréhension ===
La [[w:fr:Liste en compréhension|définition en compréhension]] ''({{lang|en|list comprehension}})'' est une méthode permettant de construire des listes en indiquant simplement des axiomes, des consignes de filtrage. Cette méthode est élégante car proche de la notation mathématique et compacte, mais c'est une méthode itérative donc lente par rapport à une méthode vectorisée fournie par le module NumPy.
Par exemple, pour créer la liste des carrés des nombres entiers entre 0 et 9, il suffit d'écrire
<syntaxhighlight lang="python">
carre = [x**2 for x in range(10)]
</syntaxhighlight>
ce qui se rapproche de la notation d'ensemble <math>\{x^2 | x \in [0 ; 9] \}</math>.
Si l'on veut la liste des nombres strictement inférieurs à 20 dont le carré est supérieur à 10, on peut écrire :
<syntaxhighlight lang="python">
X = [x for x in range(20) if x**2 > 10]
</syntaxhighlight>
ce qui se rapproche de la notation d'ensemble <math>\{x | x \in [0 ; 19], x^2 > 10 \}</math>.
Pour mettre en évidence la performance du calcul vectorisé par rapport à la méthode itérative :
<syntaxhighlight lang="python">
import time
import numpy as np
n = int(1e7) # taille de la liste
t1 = time.perf_counter()
carre = [x**2 for x in range(n)] # Définition en compréhension
t2 = time.perf_counter()
carre2 = np.arange(n)**2 # Calcul vectorisé
t3 = time.perf_counter()
print("En compréhension : ", t2-t1, "s ; vectorisé :", t3-t2, "s ; rapport :", (t2-t1)/(t3-t2))
# En compréhension : 4.515... s ; vectorisé : 0.156... s ; rapport : 28.982...
</syntaxhighlight>
== Structure d'un programme ==
Un programme est simplement une suite d'instructions.
Dans les environnements Unix BSD, un programme Python peut être considéré comme un script c'est-à-dire qu'il suffit de taper son nom dans l'invite de commande ''({{lang|en|shell}})'' sans avoir à invoquer <code>python</code>. Le programme doit alors commencer par un en-tête normalisé surnommé ''{{lang|en|[[wikt:shebang|shebang]]}}'' :
<syntaxhighlight lang="python">
#!/usr/bin/env python3
</syntaxhighlight>
Ce ''{{lang|en|shebang}}'' est inutile avec Jupyter.
L'en-tête peut également contenir la description de l'encodage du fichier texte, typiquement :
<syntaxhighlight lang="python">
# coding: utf-8
</syntaxhighlight>
Le codage UTF-8 est le codage par défaut pour Python 3, il est donc inutile de l'indiquer.
Les commentaires sont introduits par le croisillon <code>#</code>.
On peut grouper une suite d'instructions dans un bloc. Un bloc d'instructions commence par deux-points « <code>:</code> » et est identé, c'est-à-dire qu'il a une marge constituée de quatre espaces — on peut aussi utiliser une tabulation mais il ne faut pas mélanger les deux méthodes ; les tabulations sont déconseillées, il vaut mieux utiliser quatre espaces<ref>{{lien web
| url = https://www.python.org/dev/peps/pep-0008/#tabs-or-spaces
| titre = Tabs or Spaces?
| site = Python documentation
| consulté le = 2019-03-14
}}</ref>. Pour terminer le bloc, il suffit simplement de revenir en début de ligne ; contrairement à d'autres langages, il n'y a pas de commende de fin ''({{lang|en|end}})'', c'est l'indentation qui définit le bloc.
: # début du bloc
''instruction 1''
''instruction 2''
…
''dernière instruction du bloc''
''instruction hors bloc''
Par exemple, une exécution conditionnelle <code>if</code> ou une boucle <code>for</code> exécute un bloc d'instruction. Si l'on a besoin d'un bloc d'instruction qui « ne fait rien », on utilise l'instruction <code>pass</code>.
== Structures de contrôle ==
'''Boucle itérative'''
La boucle itérative s'écrit :
<syntaxhighlight lang="python">
for <variable> in <itérable>:
<bloc d’instructions>
</syntaxhighlight>
Si l'on veut que la variable prenne ''n'' valeurs de 0 à ''n'' – 1, on utilise l'instruction <code>range()</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
for i in range(5):
print(i)
print("Fin de la boucle")
</syntaxhighlight>
<code>[▶]</code>
0
1
2
3
4
Fin de la boucle
En fait, la commande <code>range()</code> extrait des valeurs de l'ensemble des nombres entiers ; on peut ainsi utiliser le découpage en tranches, par exemple <code>range(2, 5)</code>pour avoir la « liste » <code>[2, 3, 4]</code>. Notez que <code>range()</code> ne crée pas à proprement parler une liste, cela crée un objet de type ''« {{lang|en|range}} »'' (plage, intervalle) ; pour avoir une liste, il faut écrire <code>list(range(n))</code>.
Dans une boucle, la commande <code>continue()</code> saute la fin du bloc d'instruction et passe à la valeur suivante de la boucle. La commande <code>break()</code> interrompt la boucle et passe à la suite.
'''Exécution conditionnelle'''
L'exécution conditionnelle s'écrit :
<syntaxhighlight lang="python">
if <booléen>:
<bloc d’instructions>
</syntaxhighlight>
On peut utiliser les commandes <code>elif</code> ''(else if'') et <code>else</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
if <booléen>:
<bloc d’instructions>
elif <booléen>:
<bloc d’instructions>
else:
<bloc d’instructions>
</syntaxhighlight>
Notez que le test d'une condition est gourmand en ressources. S'il s'agit de savoir si l'on effectue une opération mathématique simple ou pas, on peut remplacer le test par une multiplication par un booléen (<code>True</code> vaut 1, <code>False</code> vaut 0). Par exemple, plutôt que d'écrire
<syntaxhighlight lang="python">
if a > 0:
b = b - c
</syntaxhighlight>
mieux vaut écrire :
<syntaxhighlight lang="python">
b = b - (a > 0)*c
</syntaxhighlight>
'''Boucle antéconditionnée'''
La boucle antéconditionnée s'écrit :
<syntaxhighlight lang="python">
while <booléen>:
<bloc d’instructions>
</syntaxhighlight>
Cette boucle peut contenir des instructions <code>continue()</code> et <code>break()</code>.
== Fonction ==
La déclaration d'une fonction utilise la commande <code>def</code>. La fonction est un bloc d'instructions. Si elle doit renvoyer des valeurs, on utilise la commande <code>return</code>. Par exemple
<syntaxhighlight lang="python">
def nombres(n):
"""But : Entrer plusieurs nombres
Entrée : n, entier : quantité de nombre à saisir.
Sortie : foo : liste de n réels.
""" # description de la fonction
foo = [] # initialisation
for i in range(n):
foo = foo+[float(input("Entrez un nombre"))]
return foo
a = nombres(3)
print(a)
</syntaxhighlight>
La fonction commence par une chaîne de caractères qui la décrit. Cette chaîne peut être récupérée automatiquement par certains logiciels pour faire une documentation automatique. Si la description prend plusieurs lignes, elle commence et finit par trois double-guillemets <code>"""…"""</code> ; en fait, par convention, même si cela n'est pas obligatoire, les descriptions sont toutes encadrées de trois double-guillemets. Cette description est appelée ''{{lang|en|docstring (documentation string)}}''. Pour récupérer les ''{{lang|en|docstrings}}'' :
<syntaxhighlight lang="python">
def foo():
"""Cette fonction ne fait rien"""
pass
print(foo.__doc__)
# Cette fonction ne fait rien
</syntaxhighlight>
L'instruction <code>input()</code> permet à l'utilisateur de saisir une valeur. La valeur est retournée sous la forme d'une chaîne de caractères qui est ensuite convertie en nombre réel avec l'instruction <code>float()</code>.
On peut définir une valeur par défaut en l'indiquant dans l'en-tête de la définition de la fonction, de la manière suivante :
<syntaxhighlight lang="python">
def nombres(n=1): # valeur par défaut : 1
"""But : Entrer plusieurs nombres
Entrée : n, entier : quantité de nombre à saisir.
Sortie : foo : liste de n réels.
""" # description de la fonction
foo = [] # initialisation
for i in range(n):
foo = foo+[float(input("Entrez un nombre"))]
return foo
</syntaxhighlight>
Si le paramètre à initialiser est de type modifiable ''({{lang|en|mutable}})'', comme par exemple une liste, il faut procéder comme suit :
<syntaxhighlight lang="python">
def fooFonction(fooListe=None): # valeur par défaut : n'existe pas
"""Description"""
if fooListe = None:
fooListe = [] # initialisation
<suite des instructions>
</syntaxhighlight>
Par défaut, les variables sont locales. On peut rendre une variable globale avec l'instruction <code>global</code> ''à l'intérieur de la fonction'', avant l'utilisation de la variable. Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
a = 1
b = 1
def toto():
"""Test de variable globale.
Entrée : aucune.
Sortie : aucune."""
global a
a = 2
b = 2
toto()
print("a =", a, "; b =", b) # a = 2 ; b = 1
</syntaxhighlight>
Pour être plus précis : si une variable n'est pas assignée dans une fonction, alors Python va chercher une variable du même nom à l'extérieur de la fonction. Mais à partir du moment où la variable est assignée dans la fonction, elle devient locale ''sauf'' si l'on a utilisé l'instruction <code>global</code>.
Si l'on s'attend à un nombre indéfini d'arguments, on utilise la notion d'empaquetage/dépaquetage ''({{lang|en|packing/unpacking}})''<ref>{{lien web
| url = https://deusyss.developpez.com/tutoriels/Python/args_kwargs/
| titre = Introduction à *args et **kwargs
| consulté le = 2019-03-09
| site = Developpez.com
}}.</ref>. L'empaquetage consiste à mettre les arguments dans un n-uplet, le dépaquetage consiste à développer un n-uplet en plusieurs variables. Cela se fait en mettant un astérisque ''({{lang|en|splat}})'' « <code>*</code> » devant le nom de la variable. Par convention, on utilise le nom de variable <code>*args</code> mais cela n'est pas obligatoire.
<syntaxhighlight lang="python">
def concatenation(*args):
"""Concatène des chaînes de caractères
Entrée : *args, n-uplet de chaînes de caractères.
Sortie : resultat, chaîne de caractères."""
resultat = ""
for i in args:
resultat = resultat + i
return resultat
concatenation("a", "foo", "toto") # 'afoototo'
</syntaxhighlight>
À l'inverse, si une fonction doit recevoir plusieurs paramètres, on peut à la place lui transmettre une liste à dépaqueter :
<syntaxhighlight lang="python">
def addition(a, b):
"""Ajoute deux nombres
Entrées :
— a : réel ;
— b : réel.
Sortie : a+b, réel"""
return a+b
arg = (1, 2)
addition(*arg) # 3
</syntaxhighlight>
On peut aussi empaqueter/dépaqueter un dictionnaire, on utilise pour cela deux astérisques « <code>**</code> ». Par convention, on utilise le nom <code>**kwargs</code> sans que cela soit obligatoire.
L'instruction <code>lambda</code> permet de créer de petites fonctions ne contenant pas de boucle ni de branchement conditionnel. Cependant, si la déclaration est courte et compacte, le code n'est pas toujours facilement lisible ; l'utilisation de cette instruction n'est pas recommandée.
Par exemple l'expression
<syntaxhighlight lang="python">
f = lambda x: 2*x
</syntaxhighlight>
est la même chose que
<syntaxhighlight lang="python">
def f(x):
"""Calcule le double.
Entrée : x, réel.
Sortie : 2*x, réel."""
return 2*x
</syntaxhighlight>
{{note|L'instruction <code>eval()</code> exécute une chaîne de caractères, c'est-à-dire traite une chaîne de caractères comme si c'étaient des instructions données à Python. Cette instruction est à éviter pour deux raisons :
# Un utilisateur malveillant pourrait entrer du code malveillant dans la chaîne de caractères.
# L'exécution est lente puisque Python doit compiler la chaîne à la volée.
Cette instruction peut en général être remplacée par une autre instruction.
}}
== Gestion des erreurs ==
Dans un bloc d'instructions, on peut utiliser la structure <code>try:… except:</code>. Le bloc après <code>try</code> est exécuté ; si une erreur se déclare dans ce bloc, alors le bloc <code>except</code> s'exécute. Par exemple
<syntaxhighlight lang="python">
try:
1/0 # Génère une erreur
except:
print("Division par zéro") # Cette instruction est donc exécutée
</syntaxhighlight>
On peut compléter avec <code>else:</code> et <code>finally:</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
try:
<code à exécuter>
except:
<s’exécute en cas d’erreur>
else:
<s’exécute s’il n’y a pas d’erreur>
finally:
<s’exécute dans tous les cas>
</syntaxhighlight>
On peut séparer les différents types d'erreur :
<syntaxhighlight lang="python">
try:
<code à exécuter>
except ValueError:
print("Valeur erronée")
except TypeError:
print("Type erroné")
</syntaxhighlight>
Les types d'erreur les plus courants sont :
* <code>NameError</code> : le nom de variable n'existe pas ;
* <code>TypeError</code> : la valeur n'est pas du bon type ;
* <code>ValueError</code> : la valeur n'est pas compatible avec ce qui est attendu ;
* <code>RuntimeError</code> : type d'erreur général.
On peut aussi créer ses propres erreurs : si une situation erronée survient, on peut « lever » une exception avec <code>raise</code>. Par exemple
<syntaxhighlight lang="python">
if a < 0:
raise ValueError("La valeur doit être positive")
</syntaxhighlight>
; Ressources
* {{lien web
| url = https://docs.python.org/3/tutorial/errors.html
| titre = Errors and exceptions
| lang = en
| site = Python documentation
| consulté le = 2019-03-12
}}
* {{lien web
| url = https://docs.python.org/3/library/exceptions.html
| titre = Built-in Exceptions
| lang = en
| site = Python documentation
| consulté le = 2019-03-12
}}
== Exercices ==
=== Calcul du PGCD et du PPCM par l'algorithme d'Euclide ===
{{loupe|w:Algorithme d'Euclide}}
Écrire un programme Python qui demande deux nombres entiers et affiche leurs PGCD et PPCM. Le programme utilisera l'algorithme d'Euclide.
{{boîte déroulante début|solution}}
<syntaxhighlight lang="python">
"""Programme : euclide.py
Auteur : User:cdang
date : 2019-02-19
dates de modification :
----------------------------------------------------------------------------
version de Python : 3
module requis : aucun
----------------------------------------------------------------------------
Objectif : calcule le PGCD et le PPCM de deux nombres entiers.
Entrée
------
au clavier, saisie de deux nombres entiers.
Sorties
-------
à l'écran, affichage du PGCD et du PPCM.
"""
# ***************
# ***************
# ** Fonctions **
# ***************
# ***************
def euclide():
"""Calcule le PGCD et le PPCM avec l'algorithme d'Elclide
Entrée
------
Aucune, la saisie des paramètres fait partie de la fonction
Sortie
------
affichage du PGCD et du PPCM
"""
print("***** Algorithme d'Euclide *****\n")
a0 = int(input("Premier nombre entier : a = "))
b0 = int(input("Second nombre entier : b = "))
a = a0
b = b0
r = a%b # initialisation
while (r != 0) : # algorithme d'Euclide
a = b
b = r
r = a%b
# affichage des résultats
print("PGCD(", a0, ", ", b0, ") = ", b)
print("PPCM(", a0, ", ", b0, ") = ", a0*b0//b)
# *************************
# *************************
# ** Programme principal **
# *************************
# *************************
euclide()
</syntaxhighlight>
On peut simplifier la boucle centrale :
<syntaxhighlight lang="python">
while b: # s'exécute tant que b n'est pas 0
a, b = b, a % b # affectation de liste à liste
return a
</syntaxhighlight>
{{boîte déroulante fin}}
Notez que le module NumPy propose l'instruction <code>gcd()</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
import numpy
…
print(numpy.gcd(a, b))
</syntaxhighlight>
=== Tours de Hanoï ===
{{loupe|w:Tours de Hanoï}}
Écrire un programme Python qui demande le nombre ''n'' de plateaux et affiche les manipulations nécessaires pour déplacer la pile d'un emplacement à un autre. Le programme utilisera l'algorithme récursif.
{{boîte déroulante début|solution}}
<syntaxhighlight lang="python">
"""nom : hanoi.py
auteur : User:cdang
date de création : 2019-02-19
dates de modification :
----------------------------------------------------------------------------
version de Python : 3
module requis : aucun
----------------------------------------------------------------------------
Objectif : résout le problème des tours de Hanoï
Entrées
-------
trois chaînes de caractères (nom des piliers)
Sorties
-------
une chaîne de caractères (liste des opérations)
"""
# ***************
# ***************
# ** Fonctions **
# ***************
# ***************
def hanoi(a, b, c, n):
"""Résout le problème des tours de Hanoï de manière récursive
But : déplace la pile de n disques du piler a au pilier b
Entrées
-------
a, b c : chaînes de 1 caractère, référence des emplacements ;
n : entier, nombre de disques sur l'emplacement a
Sorties
-------
operations : chaînes de caractères décrivant les opérations
""""
if n>1:
operations = hanoi(a, c, b, n-1)
operations = operations+a+"→"+b+" ; "
operations = operations+hanoi(c, b, a, n-1)
else:
operations = a+"→"+b+" ; "
return operations
# *************************
# *************************
# ** Programme principal **
# *************************
# *************************
resultat = hanoi("1", "2", "3", 3)
print(resultat)
</syntaxhighlight>
{{boîte déroulante fin}}
=== Lancer de rayons ===
[[Fichier:Lentille hemispherique perspective.svg|vignette|Lentille hémisphérique.]]
Considérons une lentille hémisphérique de rayon R faite d’un verre d’indice de réfraction ''n''. Nous plaçons une source ponctuelle à une distance ''d'' du dioptre plan, sur l’axe optique. Tracer des rayons partant de la source et traversant la lentille.
{{clear}}
{{Boîte déroulante/début |titre=Analyse d’optique géométrique}}
[[Fichier:Lentille hemispherique analyse geometrique.svg|vignette|Analyse géométrique du problème.]]
Il s’agit d’un problème ayant une symétrie de révolution par rapport à l’axe optique. Nous pouvons nous réduire à un problème plan en nous plaçant dans un plan contenant l’axe optique ; l’axe optique est encore un axe de symétrie orthogonale, nous pouvons donc nous contenter d'étudier un demi-plan.
Pour simplifier, nous plaçons le centre du dioptre sphérique à l’origine O du repère. L’axe optique est l’axe ''x'' et l'axe perpendiculaire, vertical sur la figure, c’est l’axe ''y''.
Les coordonnées de la source sont donc (-''d'' ; 0). Le rayon issu de la source et faisant un angle θ avec l’axe ''x'' frappe le dioptre plan à l’altitude ''h''. Nous avons :
: ''h'' = ''d'' ⋅ tan θ.
L’angle d’incidence vaut θ. D’après la loi de Snell-Descartes, l'angle de réfraction θ<sub>2</sub> vaut :
: θ<sub>2</sub> = arcsin((sin θ) / ''n'').
Le rayon réfracté passe par le points de coordonnées (0, ''h''). L’équation de la droite est donc :
: ''y'' = a ⋅ ''x'' + ''h''
avec
: ''a'' = tan θ<sub>2</sub>.
L’équation du cercle de centre O et de rayon R est :
: ''x''<sup>2</sup> + ''y''<sup>2</sup> = R<sup>2</sup>.
Les coordonnées (''x''<sub>M</sub>, ''y''<sub>M</sub>) de l’intersection M du rayon avec le dioptre sphérique vérifient les deux équations. Par substitution, nous obtenons une équation du second degré en ''x'' que nous savons résoudre :
: ''x''<sub>M</sub><sup>2</sup> + (''a'' ⋅ ''x''<sub>M</sub> + ''h'')<sup>2</sup> = R<sup>2</sup>
: ⇔ (1 + ''a''<sup>2</sup>) ⋅ ''x''<sub>M</sub><sup>2</sup> + 2 ⋅ ''a'' ⋅ ''h'' ⋅ ''x''<sub>M</sub> + ''h''<sup>2</sup> – R<sup>2</sup> = 0.
D’après les propriétés du cercle, le rayon est perpendiculaire à la tangente. Le rayon [OM] est donc normal au dioptre en M. Nous pouvons déterminer l’angle d’incidence θ<sub>i</sub> par le produit scalaire :
: <math>\begin{pmatrix} 1 \\ a \end{pmatrix} \cdot \begin{pmatrix} x_\mathrm{M} \\ y_\mathrm{M} \end{pmatrix} = \sqrt{1^2 + a^2} \cdot \mathrm{R} \cdot \cos(\theta_\mathrm{i})</math>
ce qui nous permet de calculer cet angle :
: <math>\theta_\mathrm{i} = \operatorname{arcos} \left ( \frac{x_\mathrm{M} + a \cdot y_\mathrm{M}}{\mathrm{R} \cdot \sqrt{1^2 + a^2} } \right )</math>
Comme nous passons vers un milieu d’indice plus faible, il y a un risque de réflexion totale. L’angle limite est :
: θ<sub>max</sub> = arcsin(1/''n'').
Si l’on a θ<sub>i</sub> > θ<sub>max</sub>, le rayon repart vers l’intérieur. Nous ne traçons pas le rayon car cela nous emmènerait trop loin dans l’analyse. En revanche, si θ<sub>i</sub> ≤ θ<sub>max</sub>, alors nous pouvons appliquer la loi de Snell-Descartes pour avoir l’angle de réfraction θ<sub>e</sub> :
: θ<sub>e</sub> = arcsin(''n'' ⋅ sin θ<sub>i</sub>).
Pour tracer le rayon sortant, il nous faut l’angle θ<sub>3</sub> par rapport à l’horizontale. L’angle du rayon [OM] par rapport à l’horizontal vaut arctan(''y''<sub>M</sub> / ''x''<sub>M</sub>), nous avons donc
: θ<sub>3</sub> = arctan(''y''<sub>M</sub> / ''x''<sub>M</sub>) + θ<sub>e</sub>.
{{Boîte déroulante/fin}}
{{Boîte déroulante/début |titre=Analyse algorithmique}}
'''Structure des données'''
Le problème est décrit par trois paramètres :
# Le rayon <code>R1</code> de la lentille, en milliètres (réel en virgule flottante).
# L’indice du verre, <code>n</code> sans dimension (réel en virgule flottante). L’indice de l’air vaut 1.
# La distance de la source au dioptre d’entrée plan, <code>d</code> en millimètres (réel en virgule flottante).
Un rayon est caractérisé par quatre paramètres :
# L’angle d’émission <code>theta1</code> en radians (réel en virgule flottante).
# L’angle de réfraction dans la lentille <code>theta2</code> en radians (réel en virgule flottante).
# Les cordonnées <code>M</code> en millimètre (vecteur de dimension 2 <code>([x, y])</code> de réels en virgule flottante) du point d’intersection du rayon avec le dioptre sphérique.
# L’angle de réfraction dans l’air après la lentille <code>theta3</code> en radians (réel en virgule flottante).
Pour le calcul et le tracé, nous avons besoin des paramètres intermédiaires suivants :
* l’altitude ''y'' = <code>h</code> en millimètres (réel en virgule flottante) à laquelle le rayon frappe le dioptre plan d’entrée ;
* l’angle d’incidence du rayon avec le dioptre sphérique <code>thetaint</code> en radians (réel en virgule flottante).
Les angles sont stockés en radians car c’est l’unité naturelle pour le calcul mais nous affichons les valeurs en degrés. Comme le calcul de conversion est récurrent, nous conservons les facteurs <code>degversrad</code> (conversion des degrés vers les radians, facteur valant π/180, réel en virgule flottante) et <code>radversdeg</code> (conversion des radians vers les degrés, facteur valant 180/π, réel en virgule flottante).
'''Fonctions'''
Nous avons besoin d’une fonction qui calcule les trois paramètres du rayon <code>(theta2, M, theta3)</code> à partir de l’angle d’émission <code>theta1</code>. Nous appelons cette fonction <code>lanceRayon()</code>. Cette fonction fait appelle à une fonction qui calcule l’angle du rayon réfracté à partir de l’angle du rayon incident <code>theta1</code>, les deux angles étant par rapport à la normale au dioptre au point considéré. Nous appelons cette fonction <code>refrac()</code>.
La recherche de l’intersection <code>M</code> du rayon avec le dioptre sphérique nécessite de résoudre une équation du second degré. Nous utilisons pour cela la recherche des racines du polynôme en <code>x</code> avec la fonction <code lang="python">numpy.polynomial.polynomial.polyroots()</code>. D’après la configuration du problème géométrique, si l’on s’assure que le rayon frappe bien la lentille (0 ≤ <code>h</code> ≤ <code>R1</code>) alors nous sommes sûrs que le problème a deux solutions réelles (une positive et une négative) ou, dans le cas dégénéré où <code>h == R1</code>, une valeur unique <code>x == 0</code>. Comme nous recherchons la valeur positive, nous sélectionons la plus grande des deux racines.
Pour la gestion de la réflexion interne : dans la fonction <code>refrac()</code>, nous vérifions les conditions de réflexion totale et si elles sont remplies, alors nous générons une erreur (commandes <code lang="python">try… except</code> et <code lang="python">raise ValueError</code>). Cette erreur est propagée à la fonction <code>lanceRayon()</code> : <code>lanceRayon()</code> appelle la fonction <code>refrac()</code> et si cette fonction renvoie une erreur, alors <code>lanceRayon()</code> renvoie également une erreur.
Pour trouver l’angle d’émission <code>thetaLimite</code> provoquant la réflexion totale (en radians, réel en virgule flottante), nous effectuons une recherche par dichotomie :
* nous partons de l’angle maximum possible, lorsque le rayon frappe le sommet de la lentille, et nous appelons la fonction <code>lanceRayon()</code> ; si cela ne génère pas d’erreur, alors nous pouvons aller jusqu’à cette valeur, la recherche est terminée ; si cela génère une erreur, alors nous divisons la valeur par deux ;
* à une étape de la recherche donnée, si <code>lanceRayon()</code> ne génère pas d’erreur avec l’angle testé, alors nous savons que l’angle limite est supérieur à cette valeur ; cette valeur minore donc la valeur recherchée ; si au contraire <code>lanceRayon()</code> génère une erreur, alors c’est que l’angle est trop important, cette valeur majore donc la valeur recherchée ; nous pouvons ainsi resserer l’intervalle de recherche ;
* nous nous arrêtons lorsque les valeurs haute et basse sont suffisamment proche.
Concrètement :
# Nous définissons une variable <code>angleHaut</code> angle en radians, réel en virgule flottante) qui est l’angle d’émission le plus bas connu provoquant la réflexion totale.
# Nous définissons une variable <code>angleBas</code> angle en radians, réel en virgule flottante) qui est l’angle d’émission le plus haut connu ne provoquant pas de réflexion totale. Sa valeur initiale est 0. L’angle limite recherché est donc entre <code>angleBas</code> et <code>angleHaut</code>.
# Nous définissons l’angle <code>angleTest</code> comme étant la moyenne entre <code>angleBas</code> et <code>angleHaut</code>. Si <code>lanceRayon(angleTest)</code> génère une erreur, alors <code>angleTest</code> est la nouvelle valeur d’<code>angleHaut</code> (puisque c’est une valeur provoquant la réflexion totale et qu’elle est plus basse que la valeur actuelle d’<code>angleHaut</code>). À l’inverse, si <code>lanceRayon(angleTest)</code> ne génère pas d’erreur, alors <code>angleTest</code> est la nouvelle valeur d’<code>angleBas</code> (puisque c’est une valeur ne provoquant pas la réflexion totale et qu’elle est plus haute que la valeur actuelle d’<code>angleBas</code>).
# Nous arrêtons la procédure lorsque l’écart entre <code>angleBas</code> et <code>angleHaut</code> est inférieur à {{unité|10|échelle=<sup>–3</sup>|rad}} (valeur arbitraire).
La valeur retenue est la valeur finale d’<code>angleBas</code> (puisque l’on veut être sûr qu’il n’y ait pas de réflexion totale). La valeur affichée est la valeur en degrés arrondie au dixième.
{{Boîte déroulante/fin}}
{{Boîte déroulante/début |titre=Solution}}
Nous demandons à l’utilisateur ou à l’utilisatrice les valeurs des paramètres du problème : rayon de la lentille, distance de la source, indice de réfraction du verre. Nous vérifions que les valeurs entrées sont bien des nombres ; si c’est une chaîne vide, alors nous utilisons une valeur par défaut.
Nous créons une fonction <code>refrac()</code> qui permet de calculer l’angle réfracté à partir de l’angle d’incidence et des indices de réfraction. S’il y a rélexion totale, alors nous générons une erreur.
La fonction <code>lanceRayon()</code> calcule les différents points de passage du rayon. Elle appelle pour cela la fonction <code>refrac()</code>. Si un appel de la commande <code>refrac()</code> génère une erreur, alors nous générons également une erreur.
Nous déterminons l’angle d’émision du rayon <code>thetaLimite</code> qui provoque une réflecxion totale. Pour cela, nous créons une fonction <code>rechercheLimite()</code> qui cherche par dichotomie.
Nous traçons un rayon tous les 5° jusqu’à la valeur limite.
<syntaxhighlight lang="python">
#!/usr/bin/env python3
# coding: utf-8
"""nom : lancerRayons.py
auteur : User:cdang
date de création : 2022-05-06
dates de modification :
----------------------------------------------------------------------------
version de Python : 3
module requis : NumPy, matplotlib
----------------------------------------------------------------------------
Objectif : trace des trajets optique avec une lentille hémisphérique
Entrées
-------
Le rayon de la lentille, la distance de la source, l’indice de réfraction du verre,
trois chaînes de caractères saisies par l’utilisateur·rice et qui sont converties en réels.
Sorties
-------
La valeur limite de l’angle (réel) et le tracé de plusieurs rayons.
"""
# ******************************************************
# ******************************************************
# ** Lancer de rayons pour une lentille hémisphérique **
# ******************************************************
# ******************************************************
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
import numpy.polynomial.polynomial as nppol
# **************
# * Constantes *
# **************
# Pour la conversion degrés ↔ radians
radversdeg = 180/np.pi
degversrad = 1/radversdeg
# *************
# * Fonctions *
# *************
def boucleEntreeNombre(messageSaisie, valeurDefaut):
"""Permet de s’assurer que l’utilisateur·rice a bien entré un nombre.
Entrée :
— message à afficher (chaîne de caractères) ;
— valeur par défaut (réel à virgule flottante).
Sortie : nombre (réel à virgule flottante)."""
messageErreur = "Veuillez entrer une valeur numérique (ou vide pour accepter la valeur par défaut).\n"
execute = True
while execute:
strNombre = input(messageSaisie+f" (valeur par défaut {valeurDefaut}) : ")
if strNombre == "":
nombre = valeurDefaut
execute = False
else:
try:
nombre = float(strNombre)
except:
print(messageErreur)
else:
execute = False
return nombre
def initialisation():
"""L’utilisateur·rice entre les variables du problème.
Entrées : aucune.
Sorties :
— R1 (mm) : rayon de la lentille ;
— d (mm) : distance de la source au dioptre plan ;
— n (sans dimension) : indice de réfraction du verre."""
R1 = boucleEntreeNombre("Rayon de la lentille en mm", 20.0)
d = boucleEntreeNombre("Distance de la source au dioptre plan en mm", 20.0)
n = boucleEntreeNombre("Indice de réfraction (sans dimension)", 1.5)
return (R1, d, n)
def refrac(n1, n2, theta1):
"""Calcule l’angle de réfraction theta2 (radians) en fonction
— de l’angle d’incidence theta1 (radians);
— de l’indice de réfraction n1 du premier milieu ;
— de l’indice de réfraction n2 du second milieu."""
reflexionTotale=False
rapport=n2/n1
rapportinv=np.reciprocal(rapport)
if n1 > n2:
thetal = np.arcsin(rapport) # angle limite pour la réflexion totale
if theta1 >= thetal:
reflexionTotale=True
if reflexionTotale:
print("Réflexion totale")
raise ValueError
else:
return np.arcsin(rapportinv*np.sin(theta1))
def lanceRayon(n1, n2, d, R, theta1):
"""Détermine le rayon issu de la source
située à une distance d (mm) du bareau
et avec une élévation de theta1 (radians),
en fonction des indices de réfraction n1 et n2.
Les éléments retournés sont :
— la hauteur h (mm) à laquelle le rayon frappe le barreau ;
— l’angle de réfraction theta2 (radians)) dans le barreau ;
— l’angle de réfraction theta3 (radians) à la sortie du barreau
— le point M(x, y) (mm) auquel le rayon sort du barreau."""
h = d*np.tan(theta1)
if h >= R:
print("Le rayon est au-dessus du barreau")
raise ValueError
else:
theta2 = refrac(n1, n2, theta1)
a = np.tan(theta2)
x = max(nppol.polyroots([h*h - R*R, 2*a*h, 1+a*a])) # recherche de l’intersection du rayon avec le cercle
y = a*x + h
M = np.array([x, y])
thetaint = np.arccos((x + a*y)/(R*np.sqrt(1 + a*a)))
theta3 = np.arctan(y/x) - refrac(n2, n1, thetaint)
return (h, theta2, theta3, M)
def rechercheLimite(n1, n2, d, R):
"""Recherche l’angle limite pour la réflexion totale.
Entrée :
— indice de réfraction des milieux 1 et 2, n1 et n2 ;
— distance au barreau, d(mm).
Sortie : angle limite theta (radians)"""
angleHaut = np.arctan(R/d)
angleBas = 0
angleTest = angleHaut
try:
lanceRayon(n1, n2, d, angleTest, R)
except:
condition = True # il y a réflexion total en haut de la lentille
else:
condition = False # il n’y a jamais réflexion totale dans la lentille
while condition: #dichotomie
angleTest = np.mean([angleHaut, angleBas]) # on ajuste la valeur de test
try:
lanceRayon(n1, n2, d, R, angleTest)
except:
angleHaut = angleTest # réflexion totale : on abaisse la valeur maximale
else:
angleBas = angleTest # pas de réflexion totale : on monte la valeur minimale
condition = ((angleHaut - angleBas) >= 0.001) # on a cerné la limite à 0,001 rad près
if not condition:
angleTest = angleBas
return angleTest
# ***********************
# * Programme principal *
# ***********************
(R1, d, n) = initialisation()
xmax = round(R1 + d)
thetaLimite = rechercheLimite(1, n, d, R1)
thetaLimiteDeg = thetaLimite*radversdeg
print(f"Angle limite pour la réflexion totale : {thetaLimiteDeg:.1f}°.\n")
anglesDeg = np.arange(0, thetaLimiteDeg, 5)[1:] # trace un rayon tous les 5°
anglesRad = anglesDeg*degversrad
nb = len(anglesDeg)
h = np.zeros(nb) # initialisation des vecteurs de valeurs
theta2 = np.zeros(nb)
theta3 = np.zeros(nb)
M = np.zeros((nb, 2))
for i in range(nb):
(h[i], theta2[i], theta3[i], M[i, :]) = lanceRayon(1, n, d, R1, anglesRad[i])
(h_lim, theta2_lim, theta3_lim, M_lim) = lanceRayon(1, n, d, R1, thetaLimite)
# tracé
anglesCercle = 0.5*np.pi*(np.linspace(1, 0, 20))
x_cercle = R1*np.cos(anglesCercle) # coordonnées des pints du cercle
y_cercle = R1*np.sin(anglesCercle)
fig = plt.plot([-d,xmax], [0, 0], "k-.", linewidth="0.5") # tracé de l’axe optique
for i in range(nb):
plt.plot([-d, 0, M[i, 0], xmax], [0, h[i], M[i, 1], M[i, 1] + (xmax - M[i, 0])*np.tan(theta3[i])],
label=f"{anglesDeg[i]:.0f}°")
plt.plot([-d, 0, M_lim[0], xmax], [0, h_lim, M_lim[1], M_lim[1] + (xmax - M_lim[0])*np.tan(theta3_lim)],
label=f"{0.1*int(np.trunc(10*thetaLimite*radversdeg)):.1f}°")
plt.plot(x_cercle, y_cercle, "k", linewidth="0.5") # tracé du cercle
plt.plot([0,0], [0, R1], "k", linewidth="0.5") # tracé du premier dioptre
#plt.axis("square")
plt.gca().set_aspect("equal", adjustable="box")
plt.xlabel("x (mm)")
plt.ylabel("y (mm)")
plt.title("Lentille hémisphérique, lancer de rayons")
plt.legend()
plt.savefig("lentille_hemispherique_lancer_rayon.svg", format="svg")
plt.show()
</syntaxhighlight>
{{Boîte déroulante/fin}}
== Mesurer le temps ==
Le module <code>time</code> fournit les fonctions suivantes :
* <code>time.gmtime()</code> : renvoie la date et l'heure du méridien de Greenwich (''{{lang|en|Greenwich mean time}}'', GMT), sous la forme d'un dictionnaire (année, mois, jour du mois, heure, minute, seconde, jour de la semaine, jour de l'année, heure d'été/hiver),
** jour de la semaine est un entier entre 0 (lundi) et 6 (dimanche),
** jour du mois est un entier entre 1 et 366 ;
* <code>time.localtime()</code> : comme le précédent, mais l'heure est l'heure locale ;
* <code>time.time()</code> : donne le nombre de seconde qui se sont écoulées depuis le 1er janvier 1970 ;
* <code>time.gmtime(n)</code> et <code>time.localtime(n)</code> transforment un nombre de secondes (écoulées depuis le 1er janvier 1970) en une date au format (année, mois, jour, etc.), n-uplet de neuf valeurs ; <code>time.mktime()</code> fait le contraire, il transforme un n-uplet de neuf valeurs (années, mois, jour, etc.) en un nombre de secondes (écoulées depuis le 1er janvier 1970) ;
* <code>time.sleep(n)</code> : provoque une pause dans le déroulement du programme de ''n'' secondes ;
* <code>time.perf_counter()</code> : indique une date en seconde ; s'utilise pour mesurer la durée d'exécution d'une partie du code, en faisant la différence entre deux relevés.
Concernant la date et l'heure sous la forme d'un n-uplet, on peut extraire l'heure de la manière suivante :
<syntaxhighlight lang="python">
import time
a = time.localtime()
print("Il est ", a[3], "h", a[4])
# ou bien
print("Il est ", a.tm_hour, "h", a.tm_min)
</syntaxhighlight>
Pour mesurer la performance d'une portion de code :
<syntaxhighlight lang="python">
import time
t1 = time.perf_counter()
<suite d’instructions>
t2 = time.perf_counter()
print("Durée d'exécution :", t2-t1
</syntaxhighlight>
== Programmation orientée objet ==
Nous n'allons pas ici faire un cours de programmation orientée objet (POO), nous allons aborder le sujet de manière pragmatique.
De manière schématique, un « objet » est une « super-variable ». Cette super-variable peut contenir plusieurs variables, appelées « attributs » ; elle contient en fait un dictionnaire (paires « nom d'attribut : valeur d'attribut »). Elle peut aussi contenir des fonctions spécifiques appelées « méthodes ». De même qu'une variable a un type, un objet fait partie d'une « classe ». La classe est le modèle de l'objet ; en franglais informatique, on dit que l'objet est une instance de la classe.
La POO est donc un formalisme : lorsque l'on définit des variables et des fonctions concernant un même type d'objet (au sens commun du terme), on les empaquette dans une classe. Il faut donc d'abord définir la classe, puis attribuer cette classe à un objet (« instancier » la classe).
Considérons par exemple que nous voulons travailler sur des [[w:Engrenage|engrenages]] ; pour simplifier, nous nous contentons d'engrenages à dentures droites. Une roue dentée, un pignon, est essentiellement définie par son nombre de dents Z et par son module ''m'' qui correspond à la largeur de dents<ref>ainsi que par son épaisseur ''e'' et le matériau dont elle est faite mais nous allons négliger ces paramètres pour la simplicité de l'étude.</ref>. Nous allons définir trois méthodes : la méthode <code>.diametrePrimitif()</code> qui calcule le diamètre primitif de la roue dentée, <code>.pas()</code> qui calcule la largeur des dents au niveau du cercle primitif et <code>.rapport()</code> qui calcule le rapport de transmission de deux roues engrenées Z<sub>1</sub>/Z<sub>2</sub>. La méthode <code>.rapport()</code> vérifie par ailleurs que les roues ont le même module, condition indispensable pour former un engrenage.
Nous définissons la classe ainsi :
<syntaxhighlight lang="python">
class pignon:
"""roue dentée""" # explication de la classe
pi = 3.141592653589793 # pour calculer le pas
def __init__(self, Z=13, m=0.06):
# instructions lancées lors de la déclaration
"""Valeurs des attributs"""
self.Z = Z # nombre de dents
self.m = m # module
def diametrePrimitif(self):
"""Calcule le diamètre primitif"""
return self.m*self.Z
def pas(self):
"""Calcule le pas"""
return self.pi*self.m
def rapport(roueDentee, self):
"""Calcule le rapport de transmission"""
if roueDentee.m != self.m: # gestion de l'erreur
raise ValueError("Les pignons doivent avoir le même module")
else:
return roueDentee.Z/self.Z
</syntaxhighlight>
Nous remarquons que lorsque nous déclarons les méthodes, le paramètre <code>self</code> correspond à l'objet lui-même. Ainsi, dans la méthode <code>.rapport()</code>, la variable <code>self.Z</code> est le nombre de dents de la roue elle-même et <code>roueDentee.Z</code> est le nombre de dents de la roue passée en paramètre.
Pour déclarer les roues, nous écrivons :
<syntaxhighlight lang="python">
roue1 = pignon() # attribution de la classe, « instanciation »
roue1.Z = 13 # définition des caractéristiques du pignon « roue1 »
roue1.m = 2
roue2 = pignon(16, 2) # manière alternative
</syntaxhighlight>
Nous pouvons alors utiliser les objets de la manière suivante :
<syntaxhighlight lang="python">
print(roue1.Z) # 13
print(roue1.diametrePrimitif()) # 26
R = roue1.rapport(roue2) # 0.8125
</syntaxhighlight>
La commande <code>dir(a)</code> affiche tous les attributs et méthodes de l'objet <code>a</code>.
; Ressources
: {{lien web
| url = https://docs.python.org/3/tutorial/classes.html
| titre = Classes
| site = Python documentation
| consulté le = 2019-03-08
}}
== Interface graphique avec Tk ==
Une interface graphique utilisateur (GUI, ''{{lang|en|graphic user interface}}'') est un ensemble de boîtes permettant d'interagir avec l'utilisateur c'est-à-dire permettre la saisie d'informations, l'exécution d'actions et afficher des informations. Elle se compose d'éléments appelés ''{{lang|en|widgets}}''.
Les éléments ''({{lang|en|widgets}})'' classiques sont :
* boîte de dialogue ''({{lang|en|dialog box}})'' : fenêtre contenant d'autres éléments ;
* étiquette ''({{lang|en|label}})'' : texte affiché ;
* liste déroulante ''({{lang|en|drop-down list}})'' : zone permettant le choix d'une option, la liste se déployant lorsque l'on clique sur la zone ;
* zone de texte, champ de saisie ''({{lang|en|text box}})'' : zone permettant de taper du texte ;
* boîte combinée ''({{lang|en|combo box}})'' : zone de saisie de texte contenant une liste déroulante qui permet de choisir des éléments prédéfinis ;
* bouton ''({{lang|en|button}})'' : objet effectuant une action lorsque l'on clique dessus ;
* case à cocher ''({{lang|en|checkbox, tickbox}})'' : objet permettant d'activer ou de désactiver une option lorsque l'on clique dessus ;
* bouton radio, case d'option ''({{lang|en|radio button}})'' : objet permettant d'activer une option en désactivant les autres options ; une seule option peut être activée à la fois.
Plusieurs modules permettent de gérer les interfaces graphiques. Nous choisissons ici le module développé sur la bibliothèque Tk qui est une bibliothèque multiplateforme. Pour cela, nous importons le module <code>tkinter</code> ainsi que le module <code>ttk</code>, ce dernier proposant des options plus « modernes » :
<syntaxhighlight lang="python">
import tkinter as tk
from tkinter import ttk
</syntaxhighlight>
Voici un programme permettant comme précédemment de calculer le rapport de transmission d'un engrenage. Nous détaillons sa construction ci-après.
<syntaxhighlight lang="python">
# référence : https://tkdocs.com/tutorial/firstexample.html
import tkinter as tk
from tkinter import ttk
# ***************
# ***************
# ** Fonctions **
# ***************
# ***************
def calcule(*args):
"""Calcule le rapport de transmission d'un engrenage"""
try:
valeurZ1 = float(IUz1.get())
valeurM1 = float(IUm1.get())
valeurZ2 = float(IUz2.get())
valeurM2 = float(IUm2.get())
if valeurM1 != valeurM2:
IUrapport.set("Erreur de module")
else:
IUrapport.set(valeurZ2/valeurZ1)
except:
IUrapport.set("erreur")
# *************************
# *************************
# ** Interface graphique **
# *************************
# *************************
# fenetre principale
fenetre = tk.Tk()
fenetre.title("Rapport de réduction")
# élément (widget) cadre contenant tout le reste
cadre = ttk.Frame(fenetre, padding="3 3 12 12")
cadre.grid(column=0, row=0, sticky=(tk.N, tk.W, tk.E, tk.S))
# le cadre s'étire si l'on étire la fenêtre
fenetre.columnconfigure(0, weight=1)
fenetre.rowconfigure(0, weight=1)
# Paramètres du système (variables)
IUz1 = tk.StringVar()
IUm1 = tk.StringVar()
IUz2 = tk.StringVar()
IUm2 = tk.StringVar()
IUrapport = tk.StringVar()
# Création des zones de saisie
z1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz1)
m1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUm1)
z2_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz2)
m2_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUm2)
# Création des étiquettes statiques
z1_label = ttk.Label(cadre, text="z1")
m1_label = ttk.Label(cadre, text="m1")
z2_label = ttk.Label(cadre, text="z2")
m2_label = ttk.Label(cadre, text="m2")
rapport_statique = ttk.Label(cadre, text="Rapport de transmission : ")
# Création de l'étiquette dynamique
rapport_dynamique = ttk.Label(cadre, textvariable=IUrapport)
# Création du bouton
bouton = ttk.Button(cadre, text="Calcul", command=calcule)
# Placement des éléments (widgets)
z1_label.grid(column=1, row=1, sticky=tk.W)
z1_entry.grid(column=2, row=1, sticky=(tk.W, tk.E))
m1_label.grid(column=1, row=2, sticky=tk.W)
m1_entry.grid(column=2, row=2, sticky=(tk.W, tk.E))
z2_label.grid(column=1, row=3, sticky=tk.W)
z2_entry.grid(column=2, row=3, sticky=(tk.W, tk.E))
m2_label.grid(column=1, row=4, sticky=tk.W)
m2_entry.grid(column=2, row=4, sticky=(tk.W, tk.E))
rapport_statique.grid(column=1, row=5, sticky=tk.W)
rapport_dynamique.grid(column=2, row=5, sticky=(tk.W, tk.E))
bouton.grid(column=2, row=6, sticky=tk.W)
# ajoute une gouttière entre les éléments
for enfant in cadre.winfo_children():
enfant.grid_configure(padx=5, pady=5)
# Emplacement initial du curseur
z1_entry.focus()
# effet de la touche [entrée]
fenetre.bind("<Return>", calcule)
# *************************
# *************************
# ** Programme principal **
# *************************
# *************************
# Affichage et activation de la fenêtre
fenetre.mainloop()
</syntaxhighlight>
'''Explications'''
Nous commençons par définir la boîte de dialogue que nous appelons <code>fenetre</code> ; c'est un objet <code>Tk</code> et nous lui donnons un titre « » :
<syntaxhighlight lang="python">
fenetre = tk.Tk()
fenetre.title("Rapport de réduction")
</syntaxhighlight>
Puis, nous définissons un cadre attaché à cette fenêtre et qui va nous permettre « d'accrocher » les autres éléments, ce qui permet de garder une apparence satisfaisante lorsque l'on retaille la fenêtre :
<syntaxhighlight lang="python">
cadre = ttk.Frame(fenetre)
</syntaxhighlight>
Le cadre va comporter six lignes ''({{lang|en|row}})'' et deux colonnes ''({{lang|en|column}})''.
Nous allons placer une étiquette ''({{lang|en|label}})'' « z1 » : <code>text="z1"</code>. Cette étiquette se trouve dans une case du cadre, celle de la première colonne et la première ligne : <code>grid(column=1, row=1)</code>. Par rapport à cette case, elle est collée à « l'ouest » (W, ''{{lang|en|west}}'', gauche) de la case : <code>sticky=tk.W</code>.
<syntaxhighlight lang="python">
z1_label = ttk.Label(cadre, text="z1") # Création de l'étiquette
z1_label.grid(column=1, row=1, sticky=tk.W) # Placement de l'étiquette
</syntaxhighlight>
Notez que l'on aurait pu écrire directement :
<syntaxhighlight lang="python">
ttk.Label(cadre, text="z1").grid(column=1, row=1, sticky=tk.W)
</syntaxhighlight>
mais le fait de séparer la création de l'élément et son placement facilite la maintenance (recherche d'erreur, évolution du code).
Pour tout ce qui est dynamique, c'est-à-dire les zone de saisie des valeurs et l'affichage du résultat, il faut définir des « chaînes variables » ''({{lang|variable strings}})'' :
<syntaxhighlight lang="python">
IUz1 = tk.StringVar()
</syntaxhighlight>
Cette variable est une variable globale à la création. Nous pouvons alors placer la zone de saisie ''({{lang|en|entry}})'' à côté de l'étiquette lui correspondant. Nous nommons la zone de saisie <code>z1_entry</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
z1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz1)
</syntaxhighlight>
Nous faisons de même pour les trois autres paramètres de l'engrenage, ''m''<sub>1</sub>, ''z''<sub>2</sub> et ''m''<sub>2</sub>. Le résultat est également une chaîne variable globale. Par rapport à notre mise en page, elle se situe dans la case colonne 2 ligne 5, centrée sur cette case (collé à l'est et à l'ouest) :
<syntaxhighlight lang="python">
rapport = tk.StringVar()
rapport_dynamique = ttk.Label(cadre, textvariable=rapport)
rapport_dynamique.grid(column=2, row=5, sticky=(tk.W, tk.E))
</syntaxhighlight>
Il nous faut encore définir une fonction de manière classique, nous l'appelons « calcule ». Les variables étant globales, on les utilise directement. On récupère les valeurs avec la méthode <code>get()</code> et nous modifions la valeur avec la méthode <code>set()</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
def calcule():
valeurZ1 = float(IUz1.get())
valeurZ2 = float(IUz2.get())
IUrapport.set(valeurZ2/valeurZ1)
</syntaxhighlight>
Cette fonction est déclenchée lorsque l'on clique sur le bouton « Calcul » situé dans la case du cadre ligne 6 colonne 2 :
<syntaxhighlight lang="python">
bouton = ttk.Button(cadre, text="Calcul", command=calcule)
bouton.grid(column=2, row=6, sticky=tk.W)
</syntaxhighlight>
ou bien si l'on appuie sur la touche <code>[entrée]</code> du clavier :
<syntaxhighlight lang="python">
fenetre.bind("<Return>", calcule)
</syntaxhighlight>
À tout ceci, nous ajoutons des « gouttières » (marges, ''{{lang|en|paddings}}'') afin d'espacer les éléments.
Il faut ensuite « activer » la fenêtre pour qu'elle s'affiche. La méthode est <code>mainloop()</code> (boucle principale) : « boucle » (elle est active en permanence et attend des actions sur ses éléments),
<syntaxhighlight lang="python">
fenetre.mainloop()
</syntaxhighlight>
Nous avons ci-dessus mis la plupart du code en programme principal. Nous pouvons aussi programmer de manière fonctionnelle, en mettant la plupart du code dans des fonctions ; cependant, pour que la fenêtre et les variables dynamiques soient globales à tout le programme, elles doivent être déclarées dans le programme principal. Nous pouvons aussi mêler la programmation orientée objet.
{{boîte déroulante début|Calcul du rapport de transmission en programmation fonctionnelle et orientée objet}}
<syntaxhighlight lang="python">
# référence : https://tkdocs.com/tutorial/firstexample.html
import tkinter as tk
from tkinter import ttk
# *************
# *************
# ** Classes **
# *************
# *************
class pignon:
"""roue dentée""" # explication de la classe
pi = 3.141592653589793 # pour calculer le pas
def __init__(self, Z=13, m=0.06):
"""Valeurs des attributs"""
# instructions lancées lors de la déclaration
self.Z = Z # nombre de dents
self.m = m # module
def diametrePrimitif(self):
"""Calcule le diamètre primitif"""
return self.m*self.Z
def pas(self):
"""Calcule le pas"""
return self.pi*self.m
def rapport(roueDentee, self):
"""Calcule le rapport de transmission"""
if roueDentee.m != self.m: # gestion de l'erreur
raise ValueError("Les pignons doivent avoir le même module")
else:
return roueDentee.Z/self.Z
# ************************
# ************************
# ** Variables globales **
# ************************
# ************************
# fenetre principale
fenetre = tk.Tk()
# Paramètres du système (variables)
IUz1 = tk.StringVar()
IUm1 = tk.StringVar()
IUz2 = tk.StringVar()
IUm2 = tk.StringVar()
IUrapport = tk.StringVar()
# ***************
# ***************
# ** Fonctions **
# ***************
# ***************
def calcule(*args):
"""Calcule le rapport de transmission d'un engrenage"""
try:
valeurZ1 = float(IUz1.get())
valeurM1 = float(IUm1.get())
valeurZ2 = float(IUz2.get())
valeurM2 = float(IUm2.get())
if valeurM1 != valeurM2:
IUrapport.set("Erreur de module")
else:
roue1 = pignon(valeurZ1, valeurM1)
roue2 = pignon(valeurZ2, valeurM2)
IUrapport.set(roue1.rapport(roue2))
except:
IUrapport.set("Erreur")
# ***********************
# * Interface graphique *
# ***********************
def configureFenetre():
"""Configuration de la fenêtre principale"""
fenetre.title("Rapport de réduction")
# élément (widget) cadre contenant tout le reste
cadre = ttk.Frame(fenetre, padding="3 3 12 12")
cadre.grid(column=0, row=0, sticky=(tk.N, tk.W, tk.E, tk.S))
# le cadre s'étire si l'on étire la fenêtre
fenetre.columnconfigure(0, weight=1)
fenetre.rowconfigure(0, weight=1)
# Création des zones de saisie
z1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz1)
m1_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUm1)
z2_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUz2)
m2_entry = ttk.Entry(cadre, width=7, textvariable=IUm2)
# Création des étiquettes statiques
z1_label = ttk.Label(cadre, text="z1")
m1_label = ttk.Label(cadre, text="m1")
z2_label = ttk.Label(cadre, text="z2")
m2_label = ttk.Label(cadre, text="m2")
rapport_statique = ttk.Label(cadre, text="Rapport de transmission : ")
# Création de l'étiquette dynamique
rapport_dynamique = ttk.Label(cadre, textvariable=IUrapport)
# Création du bouton
bouton = ttk.Button(cadre, text="Calcul", command=calcule)
# Placement des éléments (widgets)
z1_label.grid(column=1, row=1, sticky=tk.W)
z1_entry.grid(column=2, row=1, sticky=(tk.W, tk.E))
m1_label.grid(column=1, row=2, sticky=tk.W)
m1_entry.grid(column=2, row=2, sticky=(tk.W, tk.E))
z2_label.grid(column=1, row=3, sticky=tk.W)
z2_entry.grid(column=2, row=3, sticky=(tk.W, tk.E))
m2_label.grid(column=1, row=4, sticky=tk.W)
m2_entry.grid(column=2, row=4, sticky=(tk.W, tk.E))
rapport_statique.grid(column=1, row=5, sticky=tk.W)
rapport_dynamique.grid(column=2, row=5, sticky=(tk.W, tk.E))
bouton.grid(column=2, row=6, sticky=tk.W)
# ajoute une gouttière entre les éléments
for enfant in cadre.winfo_children():
enfant.grid_configure(padx=5, pady=5)
# Emplacement initial du curseur
z1_entry.focus()
# effet de la touche [entrée]
fenetre.bind("<Return>", calcule)
# *************************
# *************************
# ** Programme principal **
# *************************
# *************************
configureFenetre()
# Affichage et activation de la fenêtre
fenetre.mainloop()
</syntaxhighlight>
{{boîte déroulante fin}}
== Annotations ==
Une annotation est un commentaire qui sert à expliciter un type de variable. La syntaxe est différente des commentaires « classiques » : cela permet d'avoir un affichage différent avec les éditeurs de texte ayant une coloration syntaxique, et ces informations peuvent être récupérées par des logiciels extérieurs pour effectuer une documentation automatique ou bien des vérifications de type. Cependant :
* comme les commentaires normaux, ils n'ont aucune influence lors de l'exécution du texte ; en particulier :
* rien n'oblige à annoter les variables ;
* il est possible d'avoir une variable ayant un type différent de son annotation ; le fait de pouvoir définir et changer le type de variable à la volée est une fonctionnalité fondamentale de Python.
La syntaxe pour une annotation est :
: nom_de_variable + deux-points + espace + type
par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
a: int
</syntaxhighlight>
Notez qu'ici, la variable n'est ''pas'' créée. Pour la créer, il faut lui affecter une valeur. Il est possible de l'affecter après ou bien sur la même ligne avec la syntaxe :
: nom_de_variable + deux-points + espace + type + espace + égal + espace + valeur
par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
a: int
a = 5
# est équivalent à
a: int = 5
</syntaxhighlight>
Même si l'annotation n'a pas d'impact sur l'exécution, le type doit être un type existant sinon cela génère une erreur de syntaxe. Les types classiques sont :
: <code>int</code> — <code>float</code> — <code>str</code> — <code>bool</code> — <code>list</code> — <code>tuple</code> — <code>dict</code>
Il est également possible de mettre une chaîne de caractères :
<syntaxhighlight lang="python">
a: "ce que je veux" = 3.1516
</syntaxhighlight>
On peut annoter une fonction. Il est possible d'annoter les variables déclarées au sein de la fonction, mais pas les variables globales (puisqu'elle ne sont pas définie au sein de la fonction). On peut aussi annoter :
* les variables passées en paramètre, avec la même syntaxe dans les parenthèses ;
* annoter le type de la variable de sortie (retournée) en la faisant précéder de <code>-></code> :
<syntaxhighlight lang="python">
def plusCinq(a: float = 0) -> float:
return a + 5
</syntaxhighlight>
; Ressources
* {{lien web
| url = https://www.python.org/dev/peps/pep-0526/
| titre = PEP 526 -- Syntax for Variable Annotations
| site = Python.org
| consulté le = 2019-04-05
| lang = en
}}
* {{lien web
| url = https://www.python.org/dev/peps/pep-3107/
| titre = PEP 3107 -- Function Annotations
| site = Python.org
| consulté le = 2019-04-05
| lang = en
}}
== Décorateur ==
Un décorateur est une fonction qui s'applique à une fonction, à la manière de la composition mathématique ''g'' ∘ ƒ = ''g''(ƒ). Mais cette composition affecte la fonction elle-même ; l'utilisateur appelle la fonction ƒ mais c'est la fonction ''g'' ∘ ƒ qui s'exécute. Cette fonction ''g'' est appelée le décorateur.
L'intérêt est de pouvoir modifier une fonction sans modifier le code de la fonction elle-même.
Pour appliquer une décoration, il faut :
# Déclarer le décorateur : une fonction qui s'applique à une autre fonction.
# Affecter le décorateur à la fonction visée : en mettant <code>@''décoration''</code> juste avant la définition de la fonction.
Par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
def decorateur(f):
print("Avant la fonction")
f()
print("après la fonction")
@decorateur
def afficheFoo():
print("Foo.")
afficheFoo
# Avant la fonction
# Foo.
# Après la fonction
</syntaxhighlight>
Lorsque l'on appelle <code>afficheFoo</code>, on appelle en fait <code>decorateur(afficheFoo)</code>.
Si la fonction à modifier admet des paramètres, il faut définir une fonction enveloppante dans le décorateur. Par exemple, nous définissons ci-dessous un décorateur <code>deuxFois()</code> qui fait s'exécuter deux fois de suite la fonction :
<syntaxhighlight lang="python">
def deuxFois(f):
def conteneurFonction(*args, **kwargs):
f(*args, **kwargs)
f(*args, **kwargs)
return conteneurFonction
@deuxFois
def plusCinq(a: int = 0):
print(a + 5)
plusCinq(2)
# 7
# 7
print(plusCinq.__name__)
# conteneurFonction
</syntaxhighlight>
Nous voyons que l'application du décorateur a modifié le nom de la fonction — pas le nom de la variable qui contient la fonction mais bien son nom « intime ». Pour éviter cela, on utilise la méthode <code>wraps()</code> du module <code>functools</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
import functools
def deuxFois(f):
@functools.wraps(f)
def conteneurFonction(*args, **kwargs):
f(*args, **kwargs)
f(*args, **kwargs)
return conteneurFonction
@deuxFois
def plusCinq(a: int = 0):
print(a + 5)
plusCinq(2)
# 7
# 7
print(plusCinq.__name__)
# plusCinq
</syntaxhighlight>
On peut par exemple utiliser un décorateur pour la mémoïsation. La mémoïsation est une méthode consistant à mémoriser les valeurs d'une fonction au fur et à mesure de son utilisation ; ainsi, si l'on veut évaluer la fonction avec les mêmes entrées, on se contente d'aller chercher la valeur enregistrée ce qui est plus rapide. On sacrifie donc la place mémoire au profit de la rapidité. On peut trouver des décorateurs de mémoïsation aux adresses suivantes :
* https://wiki.python.org/moin/PythonDecoratorLibrary#Memoize
* https://gist.github.com/robcowie/1357800
; Ressources
: {{lien web
| url = https://www.python.org/dev/peps/pep-0318/
| titre = PEP 318 -- Decorators for Functions and Methods
| site = Python.org
| lang = en
| consulté le = 2019-04-05
}}
== Manipulation de fichiers ==
=== Importer le contenu d'un fichier ===
Python possède la fonction <code lang="python">open()</code> qui permet d'ouvrir un fichier. Ouvrir signifie qu'il crée un objet de type <code>file</code> qui possède notamment les méthodes <code lang="python">read()</code> et <code lang="python">write()</code>. Il peut s'agir d'un objet de type « fichier binaire » ''({{lang|en|binary file}})'' ou « fichier texte » ''({{lang|en|text file}})''.
Si par exemple on veut utiliser (et donc lire) le contenu du fichier texte <code>monfichier.txt</code>, on écrit :
<syntaxhighlight lang="python">
fichier = open("monfichier.txt", "rt")
…
fichier.close()
</syntaxhighlight>
Le paramètre <code>"rt"</code> signifie que nous ouvrons le fichier en lecture ''({{lang|en|read}})'' et qu'il s'agit d'un objet de type fichier texte.
Notons deux choses :
* en faisant cela, nous ne faisons qu'associer le fichier à un objet Python, nous n'avons pas encore importé les données ;
* si nous ouvrons le fichier, il faut le fermer par la suite ; c'est pourquoi nous utilisons la méthode <code lang="python">.close()</code>.
Pour éviter d'avoir à fermer le fichier, nous pouvons l'ouvrir au sein d'un contexte :
<syntaxhighlight lang="python">
with open("monfichier.txt", "rt") as fichier:
…
</syntaxhighlight>
Notons aussi que la chaîne de caractères indiquant le nom du fichier peut contenir le chemin d'accès au répertoire (dossier), mais sous Microsoft Windows, il faut utiliser des barres de fractions <code>/</code> pour séparer les sous-répertoires au lieu de la barre inversée habituelle, par exemple :
<syntaxhighlight lang="python">
chemin = "C:/Temp/monfichier.txt"
with open(chemin, "rt") as fichier:
…
</syntaxhighlight>
Pour mettre les données du fichier dans la variable <code>contenu</code>, nous écrivons donc :
<syntaxhighlight lang="python">
with open("monfichier.txt", "rt") as fichier:
contenu = fichier.read()
print(contenu)
</syntaxhighlight>
et si nous ne voulons lire que les <code>n</code> premiers caractères (<code>n</code> étant un entier), nous utilisons <code lang="python">contenu = fichier.read(n)</code>. Cette lecture est séquentielle, c'est-à-dire que si nous appliquons la méthode plusieurs fois, nous reprenons la lecture là où nous l'avons laissée.
Si nous voulons lire une ligne, nous utilisons la méthode <code lang="python">.readline()</code>. La lecture ligne par ligne est également séquentielle. Nous pouvons aussi créer une liste dont chaque élément est une ligne du fichier ; nous utilisons alors la méthode <code lang="python">.readlines()</code> (notez le pluriel).
Chaque élément de la liste se termine par le caractère de fin de ligne <code lang="python">\n</code>. Pour l'enlever, nous pouvons utiliser la méthode <code lang="python">.rstrip()</code> pour chaque élément de la liste, par exemple. L'exemple complet est alors :
<syntaxhighlight lang="python">
with open("monfichier.txt", "rt") as fichier:
contenu = fichier.readlines()
contenu = [item.rstrip() for item in contenu]
print(contenu)
</syntaxhighlight>
=== Exporter du contenu vers un fichier ===
Si nous voulons créer un fichier texte pour y mettre le contenu de la variable <code>texte</code>, alors nous utilisons :
<syntaxhighlight lang="python">
with open("monfichier.txt", "wt") as fichier:
contenu = fichier.write(texte)
</syntaxhighlight>
Le module principal important pour la manipulation de fichiers est est <code lang="python">os</code>.
=== Exploiter le contenu d'un fichier texte ===
Avec un fichier texte, la méthode <code lang="python">.read()</code> crée une variable de type texte. Nous pouvons séparer cette variable en différentes lignes avec la méthode <code lang="python">.splitlines()</code>. Cela crée une liste de chaînes de caractères, chaque chaîne étant une ligne.
Si maintenant une ligne contient plusieurs données séparées par un séparateur commun, par exemple un espace, nous pouvons séparer les données par la méthode <code lang="python">.split(''séparateur'')</code>. Cela crée une liste de chaînes de caractères, chaque chaîne étant une donnée.
Si par exemple le fichier est du type CSV ''({{lang|en|comma separated values}}'', valeurs séparées par une virgule), l'exploitation du fichier est :
<syntaxhighlight lang="python">
with open("monfichier.txt", "rt") as fichier:
contenu = fichier.read()
contenu = contenu.splitlines()
contenu = [item.split(",") for item in contenu]
</syntaxhighlight>
La variable <code>contenu</code> est une liste de listes. Pour avoir la ''n''<sup>e</sup> valeurs de la ''m''<sup>e</sup> ligne, on utilise :
<syntaxhighlight lang="python">
contenu[m-1][n-1]
</syntaxhighlight>
Si l'on veut extraire la ligne ''m'' il suffit d'écrire :
<syntaxhighlight lang="python">
contenu[m-1]
</syntaxhighlight>
mais si l'on veut la colonne ''n'', le plus simple est d'utiliser une définitipon en compréhension :
<syntaxhighlight lang="python">
[ligne[n-1] for ligne in contenu]
</syntaxhighlight>
Dans certains fichiers CSV, les séparateurs de valeurs ne sont pas des virgules, on peut donc utiliser un autre caractère pour le séparateur. Si le séparateur est une tabulation, on utilise <code lang="python">\t</code> : <code lang="python">contenu = [item.split("\t") for item in contenu]</code>
Si la première ligne contient les en-têtes des colonnes, on peut l'enlever avec la fonction <code lang="python">del()</code> :
<syntaxhighlight lang="python">
with open("monfichier.txt", "rt") as fichier:
contenu = fichier.read()
contenu = contenu.splitlines()
del(contenu[0])
contenu = [item.split(",") for item in contenu]
</syntaxhighlight>
Certains logiciels créent des fichiers en utilisant le séparateur décimal régional, qui en France est la virgule. Pour remplacer les virgules par des points, on peut utiliser la méthode <code lang="python">.replace()</code>, de préférence ''avant'' de séparer les valeurs :
<syntaxhighlight lang="python">
contenu = contenu.splitlines()
contenu = [item.replace(",", ".") for item in contenu] # remplace les virgules par des points
contenu = [item.split(";") for item in contenu] # si le séparateur est un point-virgule
</syntaxhighlight>
en effet, lorsque l'on a séparé les valeurs, on a une liste de liste, il faut alors balayer les sous-listes ce qui prend plus de temps :
<syntaxhighlight lang="python">
contenu = contenu.splitlines()
contenu = [item.split(";") for item in contenu] # si le séparateur est un point-virgule
contenu = [[subitem.replace(",", ".") for subitem in item] for item in contenu] # remplace les virgules par des points
</syntaxhighlight>
'''Exemple complet'''
Supposons que l'on ait un fichier texte de la forme :
<syntaxhighlight lang="text">
x y z V
0.0 1.5 3.2 8.657
0.4 1.5 3.2 8.392
0.2 1.5 3.2 8.485
...
</syntaxhighlight>
C'est un fichier valeurs V associées à des points de coordonnées ''(x, y, z)'' (un champ V sur l'espace, donc). Nous remarquons que seule la coordonnée ''x'' change : les données concernent la droite (''y'' = 1,5 ; ''z'' = 3,2). Nous remarquons aussi que les valeurs de ''x'' ne sont pas classées par ordre croissant ni décroissant.
Nous voulons au final avoir une matrice [[''x''], [V]] triée par ''x'' croissant. Pour cela, nous pouvons faire :
<syntaxhighlight lang="python">
with open(nomdefichier, "rt") ad fichier:
contenu = fichier.read()
contenu = contenu.splitlines()
contenu = [item.split(" ") for item in contenu
contenu = contenu[1:] # élimine la première ligne
x = np.array([float(ligne[0]) for ligne in contenu])
V = np.array([float(ligne[3]) for ligne in contenu])
donnees = np.concatenate((x.reshape(-1, 1), V.reshape(-1, 1)), axis=1) # matrice [[x], [V]]
ind = np.argsort(donnees[:, 0])
donnees = donnees[ind, :] # matrice triée
plt.plot(donnees[:, 0], donnees[:, 1])
</syntaxhighlight>
{{note|Pour le tri, voir [[../Manipulation_de_matrices#Fonctions_et_méthodes_de_base|''Manipulation de matrices'' > ''Fonctions et méthodes de base'']].}}
=== Cas d'un fichier CSV ===
Si le fichier CSV ne contient que des valeurs numériques, on peut utiliser :
<syntaxhighlight lang="python">
valeurs = np.loadtxt(chemin+nomfic, delimiter=",") # si le séparateur est une virgule
</syntaxhighlight>
Il existe un module <code lang="python">csv</code> dédié aux fichiers CSV. La manipulation du fichier se fait comme suit :
<syntaxhighlight lang="python">
import csv
with open(chemin+nomfic, "rt") as fichier:
lecteur = csv.reader(fichier, delimiter=",")
contenu = [ligne for ligne in lecteur]
print(contenu)
</syntaxhighlight>
=== Utilisation de Pandas ===
Pandas<ref>https://pandas.pydata.org/</ref> est un module gérant les tableaux de données, appelés <em lang="en">data frames</em>. Voici quelques commandes utiles :
<syntaxhighlight lang="python">
import numpy as np
import pandas as pd
M = np.random.rand(10, 10) # crée une matrice NumPy aléatoire de dimension 10 × 10
tableau = pd.DataFrame(M) # transforme la matrice en tableau DataFrame
tableau.to_csv("tableau.csv") # enregistre le tableau dans un fichier CSV
donnees = pd.read_csv("tableau.csv").to_numpy() # lit le fichier et transforme le tableau DataFrame en matrice NumPy
</syntaxhighlight>
== Exporter un programme Python ==
Vous pouvez créer un fichier « Python pur » <code>.py</code>. Pour cela, dans le menu <code>fichier/file</code> de Jupyter, choisir <code>télécharger/download</code> au format <code>.py</code> ; le fichier se trouve alors dans le répertoire de téléchargement du navigateur.
== Ressources ==
* {{lien web
| url = https://www.python.org/dev/peps/pep-0008/
| titre = PEP 8 -- Style Guide for Python Code
| site = Python documentation
| consulté le = 2019-03-14
}}
== Notes et références ==
{{références}}
----
[[../Fonctions mathématiques générales|Fonctions mathématiques générales]] < [[../|↑]] > [[../Graphiques|Graphiques]]
{{DEFAULTSORT:Elements de programmation}}
[[Catégorie:Python pour le calcul scientifique (livre)]]
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text/x-wiki
<!--{{En cours}}-->{{Ébauche}}
<!--__NOEDITSECTION__-->
<div class="noprint">[[File:19-08-22-Références-1ère et 4ème de couverture.png|thumb|<small>19-08-22-Références-1ère et 4ème de couverture sans bordure sur papier photo brillant au format A3 ou A4.</small>]]{{Orange|'''La couverture peut être imprimée séparément'''<br />* à l'échelle 110% avec ou sans couleur de fond et marges de 12,7 mm,<br >* à l'échelle 125% (voire 130%) avec ou sans couleur de fond et marges de 00,0 mm.<br />* Impression sans bordure : Imprimer l'image ci-contre sur papier glacé.<br /><br />'''Imprimer les pages, texte images, avec la couleur de fond.'''<br />L'échelle d'impression des pages à 100% est recommandée (44 pages avec la couverture).<br /><small>(La numérotation des pages dans l' ''Annexe'' fait référence à une impression à l'échelle 100%,<br />elle commence à la page '''''Introduction''''' (p1) et finit avant la page '''''Annexe''''')</small><br />'''Imprimer et éditer avec l'imprimante PDF_24.'''<br />Séparer le contenu entre '''''Introduction''''' et '''''Annexe''''' puis enregistrer le PDF en numérotant les pages,<br />Charger le nouveau PDF contenant les pages numérotées, puis réintroduire les pages manquantes.<br />Pour une couverture séparée sans bordure : La première de couverture du livret de 44 pages<br />doit être remplacée par une page blanche, il en est de même pour la quatrième de couverture.|div}}
</div>
<!--center>'''wikilivres'''</center><br /><br />-->
<center>
{{Couverture_d'un_wikilivre
|éditeur=Goelette Cardabela
|titre=Référencement des pages et livres de MediaWiki
|sous-titre=Comment faire
|image de couverture=Cahiers_pour_le brochage_d'un_livre.jpg
|couleur de couverture=Black
|couleur du texte=Goldenrod
}}</center>
<!--Ajuster la taille de l'image à 90% voire changer l'image--><!--{{Couverture complète d'un livret de la goélette Cardabela
|éditeur=Goelette Cardabela
|titre=Référencement des pages et livres de MediaWiki
|sous-titre=Comment faire
|image de couverture=Cahiers pour le brochage d'un livre.jpg
|couleur de couverture=Black
|texte de la quatrième=Référencement des pages et livres de MediaWiki
}}-->
{{Nouvelle page imprimée}}
<small>
'''''Image de couverture : '''''Cahiers pour le brochage d'un livre.<br />
'''''Source :''''' https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cahiers_pour_le_brochage_d'un_livre.jpg?uselang=fr
</small>
{{Nouvelle page imprimée}}
= =
<div class="noprint">
{{orange|Page de garde}}
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</div>
<!--
{{Nouvelle page imprimée}}
= Préambule =
{{:Goélette Cardabela/Références/Préambule}}
-->
{{Nouvelle page imprimée}}
= Introduction =
{{:Goélette Cardabela/Références/Introduction}}
{{Nouvelle page imprimée}}
= Contenus =
{{:Goélette Cardabela/Références/Contenus}} <!-- ss-page de la version imprimable -->
{{Nouvelle page imprimée}}
= Référencement manuel = <!-- Page indépendante -->
{{:Goélette Cardabela/Référencement manuel}}
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= Référencement semi automatique = <!-- Page indépendante -->
{{:Goélette Cardabela/Référencement semi automatique}}
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= Référencement automatique =
{{:Goélette Cardabela/Références/Référencement automatique}} <!-- ss-page de la version imprimable -->
{{Nouvelle page imprimée}}
= Compléments annexés =
{{:Goélette Cardabela/Références/Compléments}}
{{Nouvelle page imprimée}}
= Annexe =
{{:Goélette Cardabela/Références/Annexe}}
<!--
{{Nouvelle page imprimée}}
<div class="noprint">
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{{orange|4ème de couverture.}}
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</div>
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{{Nouvelle page imprimée}}
= Référencement des pages et livres de MediaWiki =
{{:Goélette Cardabela/Références/Préambule}}
[[Catégorie:Goélette Cardabela (Référencement)]]
8bgqve47ijebi1827s4v134a3ihrid7
MySQL/Regex
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712310
2026-05-15T08:28:09Z
DavidL
1746
[[Spécial:LintErrors/stripped-tag]]
766575
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{MySQL}}</noinclude>
{{Programmation/Regex}}
MySQL utilise l'opérateur REGEXP ou RLIKE pour la validation d'une chaîne de caractères :
<syntaxhighlight lang="mysql">
SELECT '123' REGEXP '^[0-9]+$'; -- 1
</syntaxhighlight>
{{regex}}
== Introduction ==
En MySQL 5.1, les expressions régulières fonctionnent sur des textes en octets et peuvent donc donner des résultats inattendus avec des textes en Unicode<ref>Pour se familiariser avec Unicode, on peut lire [[À la découverte d'Unicode]]</ref>.
MySQL propose plusieurs opérateurs et fonctions pour le regex<ref>https://dev.mysql.com/doc/refman/8.0/en/regexp.html</ref>. toutefois, c'est assez limité car en MySQL 8.0 il n'existe toujours pas de {{wt|groupe de capture}}.
== REGEXP ==
=== Syntaxe ===
SELECT 'string' REGEXP 'pattern'
<code>RLIKE</code> est synonyme de <code>REGEXP</code>.
Dans MySQL, le double antislash fait office de caractère d'échappement.
=== Exemples ===
* Est-ce que la sélection est différente des lettres de A à Z :
<syntaxhighlight lang="mysql">
SELECT 'a' REGEXP '^[a-z]'; -- 1
SELECT 'A' REGEXP '^[a-z]'; -- 1
SELECT '1' REGEXP '^[a-z]'; -- 0
SELECT 'é' REGEXP '^[a-z]'; -- 0
</syntaxhighlight>
* Sélectionner les pages de wiki qui matchent un pattern :
<syntaxhighlight lang="mysql">
USE frwiki_p;
SELECT p.page_title
FROM page p
JOIN page_props pp ON p.page_id = pp.pp_page
WHERE p.page_namespace = 0 AND pp.pp_page REGEXP '\n *titre *='
</syntaxhighlight>
== REGEXP_LIKE ==
Même rôle que <code>REGEXP</code> mais on peut définir les options en argument. Ex :
<pre>
SELECT REGEXP_LIKE('A', '^[a-z]', 'i'); -- 1
SELECT REGEXP_LIKE('A', '^[a-z]', 'c'); -- 0
</pre>
== REGEXP_REPLACE ==
Fonctionne comme la fonction REPLACE() mais avec du regex. Exemple pour retirer les caractères spéciaux d'une chaine :
<syntaxhighlight lang="mysql">
select REGEXP_REPLACE('hello+$ù^:world', '[^a-z]', '');
-- helloworld
</syntaxhighlight>
== REGEXP_SUBSTR ==
Extrait une sous-chaine (''substring''). Ex :
<syntaxhighlight lang="mysql">
SELECT REGEXP_REPLACE(REGEXP_REPLACE('<html><title>Page 1</title>...</html>', '.*<title>', ''), '</title>.*', '');
-- Page 1
</syntaxhighlight>
== Références ==
{{Références}}
4j0zzx5cgc9f79z9upd5atk2g8hox4m
Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période Principat Empire Romain
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wikitext
text/x-wiki
{| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9"
| colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Thalès de Milet|'''Thalès de Milet''']]</div>
|-
| width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_période_République_Romaine|Période République Romaine]]'''
|-
| width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_période_Grèce_Hellénistique|Période de la Grèce Hellénistique]]'''
|-
| width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC|Période de la Grèce Classique]]'''
|}
{{EnTravaux}}
<span style="font-size:18pt;">Période du Principat de l’[[w:Empire_romain|''Empire'']] [[#Empire|<span id="Empire_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[w:Rome_antique|''Romain'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Rome_back|<sup>🔄</sup>]]</span>
<p style="text-align: right;">(16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']] — fin du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], création du système [[w:Tétrarchie|''tétrarchique'']] [[#tétrarchie|<span id="tétrarchie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] par [[w:Dioclétien|'''Dioclétien''']] [[#Dioclétien|<span id="Dioclétien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] pour faire face aux [[w:Invasions_barbares#Première_période_:_les_mouvements_migratoires_germaniques_du_IIIe_siècle|''incursions barbares'']])
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Empire|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Empire_back|<span id="Empire"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin imperium [[wikt:en:imperium#Latin|(en)]], « 1. L’empire, l’État, le gouvernement impérial, le royaume, la domination. 2. Le droit ou le pouvoir de commander ou d’avoir le contrôle ; domination. 3. Commandement ou autorité absolue sur l’empire (ou un autre régime politique) ; souveraineté ; domination. 4. (militaire) Autorité militaire, commandement (d’une armée). 5. L’exercice de l’autorité, de la règle, de la loi, du contrôle, de la souveraineté. 6. Un commandement, un ordre, une direction, une injonction.) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe imperō, « 1. (avec datif) Commander, donner des ordres à, imposer, exiger. 2. Gouverner. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe prépositionnal in-, « 1. Dans, à l’intérieur. 2. Contre; dans; sur; vers. 3. (utiliser comme un intensifieur). 4. Attaché à des [[w:Aspect_inchoatif|''verbes inchoatifs'']], il peut exprimer le sens d’un changement en cours ou d’un achèvement partiel. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe parō [[wikt:en:paro#Latin|(en)]], « 1. Arranger, ordonner, concevoir. 2. Fournir, meubler, préparer. 3. Résoudre, viser, décider. 4. Obtenir, acquérir, se procurer, se faire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif -ium [[wikt:en:-ium#Latin|(en)]], désignant parfois des offices et des groupes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon l’historien, spécialiste de l’[[w:Grèce_antique|''antiquité grecque'']], [[w:Moses_Finley|Moses Finley]], définit un empire par tout {{Info|''« exercice durable par un État d’une autorité, d’un pouvoir, ou d’un contrôle sur un ou plusieurs États, communautés ou peuples »''|Moses Finley, Économie et société en Grèce antique, La Découverte, 2007.}}. L’historien [[w:Jean_Tulard|Jean Tulard]], précise cette définition par {{Info|''cinq traits suivants''|Jean Tulard, Les Empires occidentaux de Rome à Berlin, PUF, 1997.}} :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Une volonté expansionniste ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Une organisation centralisée ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Des peuples encadrés par une armature politique et fiscale commune ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La croyance en une supériorité d’essence ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Un début et une fin clairement identifiés.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#tétrarchie_back|<span id="tétrarchie"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien τετραρχία / tetrarkhía;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe τετρα- / tétra- [[wikt:en:τετρα-#Ancient_Greek|(en)]], « quatre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -αρχία / -arkhía [[wikt:en:-αρχία#Ancient_Greek|(en)]], « -archie (forme de gouvernement ou de règle) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Système de gouvernement de l’Empire ''romain'' mis en place par Dioclétien à la fin du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], pour faire face aux invasions barbares. Il consiste en la division de la direction de l’empire entre, d’une part deux [[w:Empereur_romain|''empereurs'']] — les [[w:Auguste_(titre)|''augustes'']] —, d’autre part deux ''lieutenants'' (successeurs désignés des ''augustes'') — les [[w:C%C3%A9sar_(titre)|''césars'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Dioclétien_back|<span id="Dioclétien"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Gaius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Aurelius|nomen, nom de famille}} {{Info|Valerius|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, surnommé Dioclētiānus [[wikt:en:Diocletian#English|(en)]] lorsqu’il a été proclamé empereur par ses troupes;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Militaire et empereur, connu pour avoir séparé et élargi les services civils et militaires de l’empire, et réorganisé les divisions provinciales de l’empire, établissant le gouvernement le plus vaste et le plus bureaucratique de l’histoire de l’empire. En [[w:286|286]], il nomme son ''césar'', ou adjoint et successeur, [[w:Maximien_Hercule|Maximien]] ''Auguste'', co-empereur, et partage l’Empire entre l’Orient et l’Occident, puis en 293, y nomme respectivement [[w:Galère_(empereur_romain)|Maximien Galère]] et [[w:Constance_Chlore|Constance Chlore]] comme ''césar''.<br/><br/></div>
'''
{{Boîte déroulante fin}}
== [[w:Sénèque|'''Sénèque''']] [[#Sénèque|<span id="Sénèque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:5_av._J.-C.|-5]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> / [[w:1|1]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Corduba|Corduba]] — 12 avril [[w:65|65]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans une maison de plaisance, la « quatrième pierre milliaire », contraint au [[w:Suicide_forcé|''suicide forcé'']] par l’empereur [[w:Néron|'''Néron''']] après avoir été dénoncé dans la [[w:Conjuration_de_Pison|''Conjuration de Pison'']], sans preuve selon [[w:Tacite|'''Tacite''']] [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/tacite/annales15.htm <sup>Annales, l.V, §§LX-LXVI.</sup>]) [[s:Auteur:Sénèque_le_Jeune|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –)}}]
[[Fichier:Duble_herma_of_Socrates_and_Seneca_Antikensammlung_Berlin_03_.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Double-hermès du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], unique portrait de '''Sénèque''' nommé et authentifié, et associé à celui de '''Socrate''', dont le point commun est celui d’avoir été contraint de se donner la mort. Copie ''romaine'' d’un modèle fait du vivant même du philosophe [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA180#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –), Iconographie}}] [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA201#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>➕➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –), Iconographie - contribution de J. Lang}}].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Matériau : Marbre blanc-brunâtre, légèrement veiné, finement cristallin.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ''Rome'', 1813.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Staatliche Museen zu Berlin, Antikensammlung, SK. 391 [https://recherche.smb.museum/detail/698814/doppelherme-des-sokrates-und-seneca-mit-namensbeischriften-der-dargestellten <sup>🔍</sup>].]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Homme politique romain, philosophe stoïcien et dramaturge, il devient tour à tour conseiller à la cour impériale sous '''Caligula''' puis '''Claude''', est exilé en 41 en ''Corse'', où il écrit ses premiers traités philosophiques avant d’être rappelé comme tuteur du jeune '''Néron''' en 49, et enfin, lorsque ce dernier accède au pouvoir, en devient le conseiller et l’un des personnages les plus influents de l’Empire.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Sénèque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Sénèque_back|<span id="Sénèque"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Lucius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Annaeus|nomen, nom de famille}} {{Info|Seneca|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Sénèque#Physique|Questions naturelles]] ===
<p style="text-align: right;">[[s:Questions_naturelles|📚]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage de philosophie naturelle écrit vers 65. Il ne s’agit pas d’une [[w:Encyclopédie|encyclopédie]] [[#encyclopédie|<span id="encyclopédie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] systématique comme l’[[w:Histoire_naturelle_(Pline_l'Ancien)|''Histoire naturelle'']] [[#Histoire_naturelle|<sup>⤵️</sup>]] de [[w:Pline_l'Ancien|'''Pline l’Ancien''']] [[#Pline_l’Ancien_I|<sup>⤵️</sup>]], bien que ces 2 œuvres représentent les rares ouvrages romains consacrés à l’étude du monde naturel. L’investigation de '''Sénèque''' se déroule principalement à travers la prise en compte des points de vue d’autres penseurs, ''grecs'' et ''romains'', bien qu’elle ne soit pas dénuée de pensées originales, dont éthiques conforment à la pensée ''stoïcienne''.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Questions naturelles|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#encyclopédie_back|<span id="encyclopédie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun [[w:Latin#Latin_humaniste|latin Renaissance]] encyclopaedīa [[wikt:en:encyclopaedia#Latin|(en)]]; de l’expression grec ancien ἐγκύκλῐος παιδείᾱ / enkúklios paideíā [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03927443/file/DONNADILLE-MR2-Pline-VERS-FINALE.pdf {{Info|<sup>🔍</sup>|Lisa Donnadille. Merveilles animalières dans les livres VIII à XI de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Littératures. 2020. ffdumas-03927443, p.21}}], « cercle de l’éducation ou des sciences, l’ensemble des sciences qui constituent une éducation complète »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἐγκύκλιος / enkúklios, littéralement « qui est rond ou tourne en rond, circulaire », ou au sens figuré « qui revient en cercle sur soi-même, périodique », « qui embrasse un cercle entier »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun παιδεία / paideía, « l’éducation »;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Si à première vue la signification de cette expression semble être sans ambiguïté, sa portée réelle et la compréhension qu’en avaient les auteurs grecs puis latins font l’objet de débats parmi les spécialistes. En effet, deux interprétations sont possibles lorsqu’un auteur de l’Antiquité a recours à cette expression dans l’un de ses textes. Dans le premier cas, cela équivaudrait à parler d’une éducation ordinaire, commune à tous ; et dans le second cas, cela ferait référence à la quantité de connaissances et de sciences qu’il faudrait maîtriser au préalable avant de commencer l’étude d’un sujet précis, qui serait dans ce cas placé en haut d’une hiérarchie dans les savoirs.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Lisa Donnadille. [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03927443/file/DONNADILLE-MR2-Pline-VERS-FINALE.pdf Merveilles animalières dans les livres VIII à XI de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Littératures. 2020. ffdumas-03927443], p.21'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre III — De l’eau ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, Sénèque explique pourquoi il est plus important de s’intéresser à l’observation du monde, à sa connaissance et à sa compréhension plutôt qu’à sa conquête. Puis, il développe diverses théories sur la formation des rivières, les eaux souterraines et les propriétés de l’eau. Dans une critique morale aux chapitres XVII à XIX, il fustige la mauvaise pratique consistant à amener à table des poissons, notamment des rougets, vivants et à se délecter de leurs couleurs changeantes à l’agonie avant de les préparer devant les convives. En épilogue, il énonce son [[w:Eschatologie|''eschatologie'']], sa vision de la fin du monde où les êtres vivants seront anéantis par des raz-de-marée, marquant la fin d’un cycle du vivant et le début d’un autre.</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la doctrine de '''Thalès''' faisant de l’eau l’élément à l’origine de la vie et critique d’une autre de la terre flottant dessus.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''13.''' Adiciam, ut '''Thales''' ait, «ualentissimum elementum est». Hoc fuisse primum putat, ex hoc surrexisse omnia. Sed nos quoque aut in eadem sententia, aut in uicinia eius sumus. Dicimus enim ignem esse qui occupet mundum et in se cuncta conuertat; hunc euanidum languentemque considere et nihil relinqui aliud in rerum natura igne restincto quam umoren; in hoc futuri mundi spem latere. Ita ignis exitus mundi est, umor primordium. Miraris ex hoc posse amnes semper exire qui pro omnibus fuit et ex quo sunt omnia? Hic umor in diductione rerum ad quartas redactus est, sic positus ut sufficere fluminibus edendis, ut riuis, ut fontibus posset.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''14.''' Quae sequitur '''Thaletis''' inepta sententia est. Ait enim terrarum orbem aqua sustineri et uehi more nauigii mobilitateque eius fluctuare tunc cum dicitur tremere; non est ergo mirum si abundat umor ad flumina profundenda, cum in umore sit totus. Hanc ueterem et rudem sententiam explode. Nec est quod credas in hunc orbem aquam subire per rimas et facere sentinam.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n261/mode/2up ''Liber Tertivs.''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n293/mode/2up ''chap. 13.-14.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' Aqua, ait '''Thales''', valentissimum elementum est : hoc fuisse primum putat, et hoc surrexisse omnia. Sed et nos quoque aut in eadem sententia, aut in ultima sumus. Dicimus enim ignem esse, qui occupet mundum, et in se cuncta convertat ; hunc evanidum considere, et nihil relinqui aliud in rerum natura, igne restincto, quam humorem : in hoc futuri mundi spem latere. Ita ignis exitus mundi est, humor primordium. Miraris amnes ex hoc posse exire semper, qui pro omnibus fuit, et ex quo sunt omnia? Hic humor in diductione rerum ad quartas redactus est, sic positus, ut fluminibus edendis sufficere, ut rivis, ut fontibus posset. Quæ sequitur, '''Thaletis''' inepta sententia est : ait enim , terrarum orbem aqua sustineri, et vehi more navigii, mobilitateque ejus fluctuare, tum quum dicitur tremere. Non est ergo mirum, si abundat humor ad flumina fundenda, quum mundus in humore sit totus. Hanc veterem et rudem sententiam explode : nec est quod credas, in hunc orbem aquam subire per rimas et facere sentiuam.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA327#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Troisième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA342#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' L’eau, dit '''Thalès''', est le plus puissant des éléments, le premier en date, celui par qui tout a pris vie. Nous pensons comme '''Thalès''', au moins sur le dernier point. En effet, nous prétendons que le feu doit s’emparer du monde entier et convertir tout en sa propre substance, puis s’évaporer, s’affaisser, s’éteindre et ne rien laisser autre chose dans la nature que l’eau ; qu’enfin l’eau recèle l’espoir du monde futur. Ainsi périra par le feu cette création dont l’eau fut le principe. Es-tu surpris que des fleuves sortent incessamment d’un élément qui a tenu lieu de tout, et duquel tout est sorti ? Quand les éléments furent séparés les uns des autres, l’eau fut réduite au quart de l’univers, et placée de manière à suffire à l’écoulement des fleuves, des ruisseaux, des fontaines. Mais voici une idée absurde de ce même '''Thalès'''. Il dit que la terre est soutenue par l’eau sur laquelle elle vogue comme un navire ; qu’à la mobilité d’un tel support sont dues les fluctuations qu’on appelle tremblements de terre. Ce ne sera donc pas merveille qu’il y ait assez d’eau pour entretenir les fleuves, si tout le globe est dans l’eau. Ce système grossier et suranné n’est que risible ; tu ne saurais admettre que l’eau pénètre notre globe par ses interstices, et que la cale est entr’ouverte.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_3|''Livre III. chap. 13.'']], traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles3.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' L’eau, dit '''Thalès''', est le plus puissant des éléments : elle existait avant tout, elle est le principe de tout. Nous pensons comme '''Thalès''', au moins sur le dernier point. En effet, nous croyons que le feu, s’emparant du monde entier, convertira tout en sa propre substance : mais il finira par cesser ses ravages, et quand il sera éteint, dans toute la nature il ne restera que l’eau, et cette eau renfermera le germe et l’espérance d’un monde futur. Ainsi par le feu s’accomplira la destruction de l’univers, et par l’eau sa réorganisation. Êtes-vous
surpris, maintenant, qu’après avoir tenu lieu de tous les éléments, et les avoir produits tous, l’eau suffise à l’entretien perpétuel des fleuves ? Quand les éléments furent séparés les uns des autres, l’eau fut réduite au quart de l’univers, et dans une proportion convenable pour suffire à l’alimentation des fontaines, des ruisseaux et des rivières. Mais voici une idée absurde du même '''Thalès''' : il dit que la terre est soutenue par l’eau, et qu’elle flotte sur elle comme un navire ; que les tremblements de terre sont causés par les oscillations et les mouvements du fluide qui la soutient. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait assez d’eau pour alimenter les fleuves, puisque tout le globe est dans l’eau. Mais rejetons cette vieille et informe hypothèse, qui assimile les sources aux flots que la cale entr’ouverte laisse pénétrer dans le vaisseau.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA327#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Troisième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA342#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. III.'''<br />''Opiniõ de Thales touchant l’eau.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L’eau , comme dit '''Thales''' , e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>t</nowiki> le plus fort des Elemens. Il croit me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le premier , & que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es en ont pris nai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance. Pour moy ie {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uis de cette opinion , ou du moins de la derniere partie de cette opinion. Car nous [[#nous_stoiciens_NdT_dR|<span id="nous_stoiciens_NdT_dR_back"><sup>1</sup></span>]] di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le feu qui enueloppera tout le monde , & qui conuertira en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es; qu’il deuiendra {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans force quand il n’aura plus de nourriture , qu’apres que le feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}era e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}teint il ne demeurera rien de re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te à la nature que l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement , & que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t en elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule que con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}perance d’vn monde futur. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le feu e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t la fin du monde , & l’eau en e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le commencement. Vous e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonnez-vous donc que les fleuues pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir d’vn Element , qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t fait pour toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es & dont toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e font ? Lors que la nature fit le departement des Elemens , l’eau fut placée de telle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte , qu’elle peut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uffire pour les fleuues , pour les rui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux , pour les fontaines. Mais ce que '''Thales''' dit en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uitte e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ridicule , car il dit que le Globe de la terre e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenu par les eaux ; qu’elles le portent comme vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau , & qu’elles l’agitent de la me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte , lors que nous croyons qu’il tremble. Il ne faut donc pas s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonner , s’il ya tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ez d’eau pour former de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i grands fleuues , puis que tout le monde nage fur l’eau. Mais me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ez cette vieille , & cette gro{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iere opinion , & ne croyez pas que l’eau vienne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la terre , comme par des fentes & par des creua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es , & qu’elle y {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement comme dans le fond d’vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau.</div>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#nous_stoiciens_NdT_dR_back|<span id="nous_stoiciens_NdT_dR"><sup>1.</sup></span>]] Les Stoïciens.'''
</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA202#v=onepage&q&f=true ''Livre Troisiesme. Des eaux.''], [https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA234#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
==== Livre IV — Du Nil ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, '''Sénèque''' fait l’éloge de [[w:Lucilius_le_Jeune|'''Lucilius''']] [[#Lucilius|<span id="Lucilius_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] avant de lui expliquer les dangers de la flatterie. Puis, il décrit la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Nil_back|<sup>🔄</sup>]], expose les théories tentant de l’expliquer et les réfute. En épilogue, il fait le procès du luxe, et plus particulièrement celui d’acheter de la neige, et donc de marchandiser l’eau, regrettant qu’on ne puisse faire de même avec l’air et le soleil.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Lucilius|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Lucilius_back|<span id="Lucilius"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Lucilius [[wikt:en:Lucilius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Gouverneur ''romain'' de Sicile durant le règne de [[w:Néron|Néron]], ainsi qu’un ami et un correspondant de Sénèque.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], [[w:Campanie#Histoire|''Campanie'']], [[w:Quatorze_régions_de_la_Rome_augustéenne#Regio_I_:_Porte_Capène|''Regio I'']])'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Sénèque''' d’une théorie explicite de '''Thalès''' sur la crue du ''Nil'' (théorie identique mais supposément implicite rapportée par [[w:Hérodote|'''Hérodote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Chapitre_XX|<sup>🔄</sup>]]).</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''2.''' [...] Si '''Thaleti''' credis, etesiae descendenti ''Nilo'' resistunt et cursum eius acto contra ostia mari sustinent. Ita reuerberatus in se recurrit, nec crescit, sed exitu prohibitus resistit et quacumque mox potuit ui congestus erumpit. '''Euthymenes''' ''Massiliensis'' testimonium dicit: «Nauigaui, inquit, ''Atlanticum'' mare. Inde ''Nilus'' fluit, maior, quamdiu etesiae tempus obseruant; tunc enim eicitur mare instantibus uentis. Cum resederunt, et pelagus conquiescit minorque descendenti inde uis ''Nilo'' est. Ceterum dulcis mari sapor est et similes ''Niloticis'' beluae». Quare ergo, si ''Nilum'' etesiae prouocant, et ante illos incipit incrementum eius et post eos durat? Praeterea non fit maior quo illi flauere uehementius, nec remittitur incitaturque, prout illis impetus fuit; quod fieret, si illorum uiribus cresceret. Quid quod etesiae litus ''Aegyptium'' uerberant et contra illos ''Nilus'' descendit, inde uenturus unde illi, si origo ab illis esset? Praeterea ex mari purus et caeruleus efflueret, non, ut nunc, turbidus ueniret. Adde quod testimonium eius testium turba coarguitur. Tunc erat mendacio locus; cum ignota essent externa, licebat illis fabulas mittere. Nunc uero tota exteri maris ora mercatorum nauibus stringitur, quorum nemo narrat initium ''Nili'' aut mare saporis alterius: quae natura credi uetat, quia dulcissimum quodque et leuissimum sol trahit. Praeterea quare hieme non crescit? Et tunc potest uentis concitari mare, aliquanto quidem majoribus; nam etesiae temperati sunt. Quod si e mari ferretur ''Atlantico'', semel oppleret ''Aegyptum''. At nunc per gradus crescit.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n7/mode/2up ''Liber Qvartvs A.''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n41/mode/2up ''chap. 2.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] Si '''Thaleti''' credis, Etesiæ descendenti ''Nilo'' resistunt, et cursus ejus acto contra ostia mari sustinent : ita reverberatus in se recurrit : nec crescit, sed exitu prohibitus resistit, et quacumque mox potuit, inconcessus erumpit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Euthymenes''' ''Massiliensis'' testimonium dicit : « Navigavi, inquit, ''Atlanticum'' mare. Inde ''Nilus'' fluit major, quamdiu Etesiæ tempus observant : tunc enim ejicitur mare instantibus ventis. Quum resederint, et pelagus conquiescit, minorque descendenti inde vis ''Nilo'' est. Ceterum dulcis maris sapor est, et similes ''Niloticis'' belluæ. » Quare ergo, si ''Nilum'' Etesiæ provocant, et ante illos incipit incrementum ejus, et post eos durat ? Præterea non fit major, quo illi flavere vehementius. Nec remittitur, incitaturque, prout illis impetus fuit : quod fieret, si illorum viribus cresceret. Quid, quod Etesiæ littus ''ægyptium'' verberant, et contra illos ''Nilus'' descendit, inde venturus, unde illi, si origo ab illis esset ? Præterea ex mari purus et cæruleus efflueret, non ut nunc turbidus venit. Adde, quod testimonium ejus testium turba coarguitur. Tunc erat mendacio locus, quum ignota essent externa. Licebat illis fabulas mittere. Nunc vero tota exteri maris ora mercatorum navibus stringitur : quorum nemo narrat nunc cæruleum ''Nilum'', aut mare saporis alterius ; quod et natura credi vetat, quia dulcissimum quodque et levissimum sol trahit. Præterea quare hieme non crescit ? et tunc potest ventis concitari mare, aliquando quidem majoribus ; nam Etesiæ temperati sunt. Quod si e mari ferretur ''Atlantico'', semel oppleret ''Ægyptum''. At nunc per gradus crescit.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA371#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Quatrième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA385#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] À en croire '''Thalès''', les vents étésiens repoussent le ''Nil'' à sa descente dans la mer, et suspendent son cours en poussant la mer contre ses embouchures. Ainsi refoulé, il revient sur lui-même, sans pour cela grossir ; mais l’issue lui étant barrée, il s’arrête, et bientôt, partout où il le peut, force le passage qui lui est refusé. [[w:Euthymènes|'''Euthymène''']] [[#Euthymènes|<span id="Euthymènes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], de ''Marseille'', en parle comme témoin : « J’ai navigué, dit-il, sur la mer ''Atlantique''. Elle cause le débordement du ''Nil'', tant que les vents étésiens se soutiennent ; car c’est leur souffle qui alors pousse cette mer hors de son lit. Dès qu’ils tombent, la mer aussi redevient calme, et le ''Nil'' à sa descente déploie moins de puissance. Du reste, l’eau de cette mer est douce, et nourrit des animaux semblables à ceux du ''Nil''. » Mais pourquoi, si les vents étésiens font gonfler le ''Nil'', la crue commence-t-elle avant la saison de ces vents, et dure-t-elle encore après ? D’ailleurs le fleuve ne grossit pas à mesure qu’ils soufflent plus violemment. Son plus ou moins de fougue n’est point réglé sur celle des vents étésiens, ce qui aurait lieu, si leur action le faisait hausser. Et puis ils battent la côte ''égyptienne'', le ''Nil'' descend à leur encontre : il faudrait qu’il vînt du même point qu’eux, si son accroissement était leur ouvrage. De plus, il sortirait pur et azuré de la mer, et non pas trouble comme il est. Ajoute que le témoignage d’'''Euthymène''' est réfuté par une foule d’autres. Le mensonge avait libre carrière, quand les plages étrangères étaient inconnues ; on pouvait de là nous envoyer des fables, À présent, la mer extérieure est côtoyée sur tous ses bords par des trafiquants dont pas un ne raconte qu’aujourd’hui le ''Nil'' soit azuré ou que l’eau de la mer soit douce. La nature elle-même repousse cette idée ; car les parties les plus douces et les plus légères sont pompées par le soleil. Et encore pourquoi le ''Nil'' ne croît-il pas en hiver ? Alors aussi la mer peut être agitée par des vents quelque peu plus forts que les étésiens, qui sont modérés. Si le mouvement venait de l’Atlantique, il couvrirait tout d’un coup l’Égypte : or l’inondation est graduelle.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_4|''Livre IV.'']] ''chap. 2.'', traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles4.htm ici])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Joseph Baillard de 1914|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Euthymènes_back|<span id="Euthymènes"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὐθυμένης / Euthuménēs [[wikt:en:Εὐθυμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ de l’adjectif εὐθύς / euthús, « 1. Droit, direct : (au sens moral) direct, ouvert, franc. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ + du nom commun μενος / ménos, « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ + du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Navigateur et explorateur de la mer Extérieure le long des côtes africaines (actuelle Atlantique sud).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIeme_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Marseille_antique#Massalia,_une_cité_grecque|''Massalia'']], actuelle Marseille)'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] Selon '''Thalès''', le phénomène a pour cause les vents Étésiens, qui s’opposent au cours du ''Nil'' et font rebrousser ses eaux en sens inverse du mouvement qui le porte vers la mer. Refoulés sur eux-mêmes, les flots refluent sans pour cela grossir ; mais l’issue leur étant fermée, ils s’arrêtent, et bientôt ils s’ouvrent partout où ils peuvent le passage qui leur est refusé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Euthymène''' de ''Marseille'' en parle comme témoin : « J’ai navigué, dit-il, sur la mer ''Atlantique''. Le ''Nil'' roule des eaux plus abondantes, tant que durent les vents Étésiens ; car alors ils refoulent la mer sur le fleuve. Dès qu’ils se sont abattus et que la mer est devenue calme, le ''Nil'', qui peut redescendre vers celle-ci, diminue. Au reste, les eaux de cette mer sont douces et contiennent des animaux semblables à ceux du ''Nil''. » Dans cette hypothèse, qui donne les vents Étésiens pour cause des crues du ''Nil'', qu’on me dise pourquoi ces crues précèdent les vents, persistent quand les vents ne sont plus, enfin n’augmentent plus d’intensité et de violence, et ne diminuent pas selon la violence et l’impétuosité du vent même ; c’est pourtant ce qui devrait arriver, si les vents déterminaient la hausse des eaux. De plus, les vents Étésiens battent directement la côte ''égyptienne'' : pourquoi donc le ''Nil'' descend-il contre le souffle de ces vents, tandis qu’il devrait couler dans la même direction, s’il leur devait ses débordements ? Enfin, pourquoi, au lieu d’être diaphanes et azurés, ces flots, qu’on fait venir de la mer, sont-ils chargés de limon ? Ajoutez qu’une foule de témoignages réfutent '''Euthymène'''. On pouvait mentir, quand les plages étrangères étaient inconnues : c’était alors le temps des fables ; mais aujourd’hui mille vaisseaux marchands côtoient la mer extérieure ; personne ne dit que le ''Nil'' ait des flots d’azur ; personne ne donne à la mer une saveur douce, que la nature refuse à ses eaux : car le soleil en pompe sans cesse la partie la plus douce et la plus légère ; ensuite pourquoi le ''Nil'' ne croîtrait-il point pendant l’hiver ? la mer alors peut être battue par les vents, par des vents plus violents que les Étésiens, qui sont modérés. Enfin, si le mouvement venait de l’Atlantique, l’Égypte entière serait inondée tout d’un coup : or, l’inondation est graduelle.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA371#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Quatrième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA385#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. II.'''<br />''En quelle fai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>ó</nowiki> {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait l’accroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du Nil.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...] Si vous en croyez '''Thales''' , les vents Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tent au ''Nil'' en de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cendant dans la mer; & arre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on cours, en pou{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant la mer contre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ept emboucheures. Si bien qu’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant repou{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte il retourne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy-me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me , & ne croi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas comme l’on pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e , mais par ce qu’il trouue vn ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tacle qui l’empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}che de pa{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er outre , il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t contraint de s’arre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ter , & ne pouuant plus pour{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uiure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a cour{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e , il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pand par où il peut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e répandre. '''Euthimenes''' de ''Mar{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eille'' en rend ce te{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}moignage. I’ay nauigé, dit il, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la mer ''Atlantique'' , & c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t par elle que le ''Nil'' deuient plus grand, lors que les vents Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent ; car alors cette mer {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ort pour ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i dire d’elle-me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me par la force & par la violence de ces vents. Mais lors qu’ils ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent plus la mer demeure tranquille, & le Nil ne trouue plus rien qui l’empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}che de de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cendre , Au re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te l’eau de la mer e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t douce en ce temps-là , & l’on y void des be{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblables à celles du Nil. Mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont enfler le Nil, pourquoy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on débordement commence il auant qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent & pourquoy dure - il encore lors qu’ils ont ce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouffler. Dauantage ils ne s’enfle pas plus que de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tume , quand ces vents {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent auecque plus de violence qu’ils ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont ordinairement. Enfim il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e hau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e & ne s’abai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon que leur impetuo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t plus ou moins grande , ce qui arriveroit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans doute s’il s’enfloit par la force de ces véts. Mais comme les Ete{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens battent directement les bords de l’Egypte, & que le Nil de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cend contre eux ; il faudroit s’ils e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toient cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on accroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement , qu’il commença{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t par l’endroit d’où ils viennent. Outre cela il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortiroit tout pur de la mer, & de la couleur de la mer, & ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit pas trouble & limonneux , comme il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. Et apres tout le te{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}moignage d’'''Euthimene''' , e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t condamné par le plus grand nombre. Il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit permis de mentir quand on n’auoit point de connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance des pays e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trangers ; & alors on pouuoit facilement nous en enuoyer des fables. Mais aujourd’huy tous les riuages des mers les plus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}loignées {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont remplis de vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux de marchands, & pas vn ne nous apporte que le ''Nil'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit de la couleur de la mer, ou que la mer ait vn autre gou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. Quand nous aurions des rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons pour nous la per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uader , la nature nous empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cheroit de le croire par ce que le Soleil en attire ce qu’il y a de plus leger & de plus doux. Dauantage pourquoy ne croi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-il pas en Hyuer , puis que la met en ce temps là peut e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre agitée par des vents plus violents, que les Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours moderez. Que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le ''Nil'' venoit de la mer ''Atlantique'' , il couuriroit l’Egypte tout d’vn coup, & neantmoins il ne la couure que peu à peu.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA3#v=onepage&q&f=true ''Livre Qvatriesme. De la Nege, de la Greſle, & de la Pluye.''], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA37#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
==== Livre VI — Des tremblements de terre ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, '''Sénèque''' énonce le plan du livre, des causes des tremblements de terre et des peurs qu’ils provoquent, en s’appuyant sur celui de ''Campanie'' qui a récemment causé d’importants dégâts à ''Pompéi'' et à ''Herculanum''. Des chapitres IV à XX, de nombreuses théories sismiques sont présentées, la plupart liées au nom d’un philosophe qui les prône. Le feu, l’eau et l’air sont cités comme causes, et plusieurs d’entre-elles les combinent. À partir du chapitre XXIV, '''Sénèque''' développe sa propre opinion : l’air pénétrant, qui remplit complètement les cavités souterraines sous une forte pression, en est la cause. En épilogue, il explique à '''Lucilius''' quel comportement adopté en de telles situations, à savoir être courageux en ne craignant pas la mort</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation d’une théorie de '''Thalès''' de la Terre flottant sur l’eau, et témoignage d’une de ses preuves portant sur les tremblements de terre.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''6.''' In aqua causam esse nec ab uno dictum est nec uno modo. '''Thales''' ''Milesius'' totam terram subiecto iudicat umore portari et innare, siue illud oceanum uocas, siue magnum mare, siue alterius naturae simplicem adhuc aquam et umidum elementum. Hac, inquit, unda sustinetur orbis uelut aliquod grande nauigium et graue his aquis quas premit. Superuacuum est reddere causas propter quas existimat grauissimam partem mundi non posse spiritu tam tenui fugacique gestari; non enim nunc de situ terrarum sed de motu agitur. Illud argumenti loco ponit aquas esse in causa quibus hic orbis agitetur, quod in omni maiore motu erumpunt fere noui fontes, sicut in nauigiis quoque euenit ut, si inclinata sunt et abierunt in latus, aquam sorbeant, quae in omni eorum onere quae uehit, si immodice depressa sunt, aut superfunditur aut certe dextra sinistraque solito magis surgit. Hanc opinionem falsam esse non est diu colligendum. Nam, si terra aqua sustineretur et ea aliquando concuteretur, semper moueretur, nec agitari illam miraremur sed manere; deinde tota concuteretur, non ex parte; numquam enim nauis dimidia iactatur. Nunc uero terrarum non uniuersarum sed ex parte motus est. Quomodo ergo fieri potest ut, quod totum uehitur, totum non agitetur, si eo quo uehitur agitatum est? — At quare aquae erumpunt? — Primum omnium saepe tremuit terra et nihil umoris noui fluxit. Deinde, si ex hac causa unda prorumperet, a lateribus terrae circumfunderetur, sicut in fluminibus ac mari uidemus incidere ut incrementum aquarum, quotiens nauigia desidunt, in lateribus maxime appareat. Ad ultimum non tam exigua fieret quam tu dicis eruptio nec uelut per rimam sentina subreperet, sed fieret ingens inundatio ut ex infinito liquore et ferente uniuersa.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n135/mode/2up ''Liber Qvintvs - De terrae motv''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n155/mode/2up ''chap. 6.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' In aqua causam esse, nec ab uno dictum est, nec uno modo. '''Thales''' ''Milesius'' totam terram subjecto judicat humore portari et innatare : sive illud Oceanum vocas, sive magnum mare, sive alterius naturæ simplicem adhuc aquam et humidum elementum. Hac, inquit, unda sustinetur orbis, velut aliquod grande navigium et grave his aquis, quas premit. Supervacuum est reddere causas, propter quas existimat, gravissimam partem mundi non posse spiritu tam tenui fugacique gestari ; non enim nunc de situ terrarum, sed de motu agitur. Illud argumenti loco ponit, aquas esse in causa, quibus hic orbis agitatur, quod in omui majore motu erumpunt fere novi fontes : sicut in navigiis quoque evenit, ut, si inclinata sunt et abiere in latus, aquam sorbeant, quæ in omni onere eorum quæ vehit, si immodice depressa sunt, aut superfunditur, aut certe dextra sinistraque solito magis surgit. Hanc opinionem falsam esse, non est diu colligendum ; nam, si terram aqua sustineret, et ea aliquando concuteretur : semper moveretur, nec agitari illam miraremur, sed manere. Tum tota concuteretur, non ex parte : nunquam enim navis dimidia jactatur. Nunc vero non terrarum universarum, sed ex parte motus est. Quomodo ergo fieri potest, ut quod totum vehitur, totum non agitetur, si eo quo vehitur, agitatum est ? At quare aquæ erumpunt ? Primum omnium sæpe tremuit terra, et nihil humoris novi fluxit. Deinde si ex hac causa unda prorumperet, a lateribus terræ circumfunderetur : sicut in fluminibus ac mari videmus accidere, ut incrementum aquarum, quoties navigia desidunt, in lateribus maxime appareat. Ad ultimum non tam exigua fieret quam dicit eruptio, nec velut per rimam sentina subreperet, sed fieret ingens inundatio, ut ex infinito liquore, et ferente universa.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA420#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Sixième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA429#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' Que l’eau soit cause des tremblements de terre, c’est ce qu’affirment divers auteurs et avec divers arguments. '''Thalès''' de ''Milet'' estime que le globe entier a pour support une masse d’eaux sur laquelle il flotte, et qu’on peut appeler Océan ou grande mer, ou élément jusqu’ici de nature simple, l’élément humide. Cette eau, dit-il, soutient la terre ; et l’immense navire pèse sur le liquide qu’il comprime. Il est superflu d’exposer les motifs qui font croire à '''Thalès''' que la partie de l’univers la plus pesante ne saurait porter sur une substance aussi ténue, aussi fugace que l’air : il ne s’agit pas maintenant de l’assiette du globe, mais de ses secousses. '''Thalès''' apporte en preuve de son système, que presque toujours les grandes secousses font jaillir des sources nouvelles, comme il arrive dans les navires qui, lorsqu’ils penchent et s’inclinent sur le flanc, sont envahis par l’eau ; toujours, s’il y a surcharge, l’eau vient couvrir le bâtiment, ou du moins s’élève à droite et à gauche plus que de coutume. La fausseté de cette opinion se démontre sans longs raisonnements. Si la terre était soutenue par l’eau, elle tremblerait quelquefois dans toute sa masse et toujours serait en mouvement ; ce ne serait pas son agitation qui étonnerait, mais son repos. Elle s’ébranlerait tout entière, non partiellement ; car ce n’est jamais la moitié seulement d’un navire qui est battue des flots. Or, les tremblements de notre terre ne sont pas universels, mais partiels. Comment serait-il possible qu’un corps porté tout entier par l’eau ne fût pas agité tout entier, quand ce fluide est agité ? « Mais d’où viennent les eaux qu’on a vues jaillir ? » D’abord, souvent la terre tremble, sans qu’il en sorte de nouvelles eaux. Ensuite, si telle était la cause de ces éruptions, elles n’auraient lieu qu’autour des flancs du globe ; ce que nous voyons arriver sur les fleuves et en mer : l’exhaussement de l’onde, à mesure que s’enfonce le navire, se remarque surtout aux flancs du bâtiment. Enfin l’éruption dont on parle ne serait pas si minime, et comme une voie d’eau qui s’infiltre par une fente légère ; l’inondation serait immense en raison de l’abîme infini sur lequel flotterait le monde.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_6|''Livre VI.'']] ''chap. 6.'', traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles6.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' Plusieurs philosophes ont prétendu que l’eau est la cause de ces secousses : ce que chacun explique à sa manière. '''Thalès''' de ''Milet'' prétend que le globe entier a pour support une masse d’eau sur laquelle il flotte ; peu importe qu’on donne à cet amas le nom d’Océan, de grande mer ou d’eau élémentaire, eau simple. Cette eau, dit-il, soutient la terre comme un grand vaisseau pesant sur le liquide qu’il comprime. Il est inutile d’exposer les raisons qui font croire à '''Thalès''' que le corps le plus pesant de la nature ne peut être soutenu par un fluide aussi délié et aussi rare que l’air : car il s’agit ici des tremblements de terre et non de l’assiette du globe. La grande raison de '''Thales''' pour faire de l’eau la cause des secousses de la terre, c’est que, dans tout tremblement considérable, jaillissent des eaux nouvelles ainsi les vaisseaux se remplissent d’eau quand ils penchent d’un côté ; chargés à l’excès, ou ils sont submergés, ou ils s’enfoncent à droite et à gauche plus profondément dans la mer. Il ne faut pas longtemps discuter pour voir la fausseté de cette opinion. Si la terre était soutenue par les eaux, elle serait quelquefois fortement ébranlée, mais de plus elle serait toujours flottante, et il faudrait s’étonner non de son agitation , mais de son repos ; enfin, au lieu d’être ébranlée en partie, elle le serait tout entière : car jamais la moitié d’un vaisseau n’est battue des flots. Or, on sait que les secousses de la terre sont partielles et non universelles : comment se ferait-il donc que ce qui est entièrement porté par les eaux ne fût pas entièrement agité, tandis que les eaux mêmes le sont en totalité ? Mais, dit-on, qui fait jaillir les eaux ? D'abord, souvent la terre tremble sans qu’il se produise des eaux nouvelles ; ensuite, si telle était la cause de ces éruptions, les eaux se répandraient latéralement autour de la terre. Ainsi, par exemple, quand un vaisseau s’enfonce ou dans la mer ou dans les fleuves, c’est vers les bords surtout que l’accroissement devient sensible. Enfin les sources qui jaillissent ne seraient pas si peu considérables ; on ne pourrait pas les comparer à une voie d’eau qui pénètre par les fentes du fond de cale : ce serait une inondation immense comme l’abîme infini sur lequel flotterait le monde.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA420#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Sixième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA429#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. VI.'''<br />''Si l’eau e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>t</nowiki> la cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e des tréblemés de terre.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ce n'e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas vn homme {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eul qui a dit , que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e du tremblement de la terre ; & l’on ne l’a pas dit d’vne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule façó. '''Thales''' ''Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ien'' a crû que toute la terre e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit portée {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’eau , & qu’elle y nageoit, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit que vous appelliez cette eau Ocean, ou que vous l’appelliez grade mer, ou vne eau d’vne autre nature , eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}imple , element humide. C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette eau, dit-il, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenu, comme quelque vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau d’vne grandeur deme{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urée , qui charge les eaux qui le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiennent. Il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit inutile de rapporter les rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons qui luy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont croire que la plus pe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ante partie du móde ne peut e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenuë par l’air qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubtil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i fluide & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i delié ; & d’ailleurs, il ne s’agit pas icy de l’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iete de la terre , mais du tremblement de la terre. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i pour preuue que les eaux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que la terre tremble , il dit qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que point de grands tremblemens de terre, qu’on n’en voye {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uitte de nouuelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ources; que la terre re{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble en cela aux vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux qui ne peuuent pancher d’vn co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té, qu’ils ne pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de l’eau, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pand {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur toutes les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es qu’ils portent , {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont trop enfoncées; ou qui s’éleue de part & d’autre à la gauche , & à la droite. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas besoin d’vn long di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cours pour montrer la fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eté de cette opinion ; car {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenoit la terre, quelquesfois elle trembleroit toute entiere, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours en mouuement; & nous ne nous e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonnerions point de la voir remuer, mais de la voir ferme & inébranlable. Elle trembleroit toute entiere , & non pas en partie , car vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t iamais agité par vne moitié {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement ; & apres tout nous voyons que le tremblement ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pas de toute la terre , mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement d’vne partie. Comment donc {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e peut-il faire que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t porté tout entier ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit pas entierement agité , {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me qui porte e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meuë & agitée ? Mais pourquoy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ort-il de l’eau apres vn tremblement de terre ? Premierement la terre a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuent tremblé {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans qu’on en ayt veu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir de nouuelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ources. D’ailleurs {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortoit par cette rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pandroit par les co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tez de la terre , comme nous voyons dans les fleuues & dans la mer , où lors que le vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau s’enfonce on remarque que l’eau s'éleue , principalement par les co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tez. Enfin ces eaux ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortiroient pas en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i petite quantité, ny par vne fi petite ouuerture , mais il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit vne grande inondation, comme procedant de cette abondance d’eaux qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiennent tout l’vniuers.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA141#v=onepage&q&f=true ''Livre Sixiesme. Des tremblemens de terre.''], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA164#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Pline_l%27Ancien|'''Pline l’Ancien''']] [[#Pline|<span id="Pline_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:23|23]]/[[w:24|24]], à [[w:Côme|''Novum Comum'']] ou [[w:Vérone|Vérone]] — [[w:79|79]], à [[w:Stabies|Stabies]], [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|mort]] par asphyxie près de [[w:Pompéi|Pompéi]], lors de l’éruption du [[w:Vésuve|Vésuve]], en voulant observer le phénomène au plus près et en désirant porter secours aux victimes, alors en poste à [[w:Misène|''Misène'']] en tant que Préfet commandant la flotte militaire ''romaine'') <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Pline_l’Ancien|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=tRsuD3WJT-UC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA876#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Va, §204 - Plinius Secundus (Caius —)}}]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Haut fonctionnaire militaire et civique, issu de l’[[w:Chevalier_romain|''orde équestre'']], et écrivain prolifique dans de très nombreux domaines.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Pline l’Ancien|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Pline_back|<span id="Pline"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Plinius|nomen, nom de famille}} {{Info|Secundus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Histoire_naturelle_(Pline_l'Ancien)|Histoire naturelle]] ===
<p style="text-align: right;">[[s:Histoire_naturelle_(Pline)|📚]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage de 37 livres dédié à l’empereur [[w:Titus_(empereur_romain)|'''Titus''']] [[#Titus|<span id="Titus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], dont il a été le ''{{Lang|la|contubernium}}'' pendant son service en tant que commandant des armées du ''Rhin'' en ''Germanie'' en [[w:47|47]]. '''Pline''' définit lui-même son enquête [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Histoire/Enquête_I|<sup>🔄</sup>]] sur la nature comme une reproduction de la vie — ''{{Lang|la|rerum natura, hoc est uita narratur}}'' (Livre I, Préface, 10), qu’il inscrit dans la tradition encyclopédique [[#encyclopédie_back|<sup>⤴️</sup>]] grecque mais s’en différencie par son exhaustivité : ''{{Lang|la|Jam omnia attingenda, quæ Græci}}'' ''{{Lang|grc|τάς έγχυχλοπαιδείας}}'' ''{{Lang|la|vocant : et tamen ignota aut incerta ingeniis facta; alia vero ita multis prodita, ut in fastidium sint adducta}}'' (Préface, 11). Il a, dans ce but, compilé « vingt mille faits dignes d’intérêt, tirés de la lecture d’environ deux mille volumes, [...] provenant de cent auteurs de choix » — ''{{Lang|la|Viginti millia rerum dignarum cura ex lectione voluminum circiter duum millium, [...] ex exquisitis auctoribus centum}}'' (Préface, 13).</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Titus|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Titus_back|<span id="Titus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Titus [[wikt:en:Titus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Commandant militaire, notamment pendant la [[w:Premi%C3%A8re_guerre_jud%C3%A9o-romaine|''première guerre judéo-romaine'']], au cours de laquelle il prend ''Jérusalem'' que ses troupes mettent à sac et fait détruire le [[w:Second_temple_de_Jérusalem#Destruction|''Second Temple'']], et empereur ''romain'', de la dynastie des [[w:Flaviens|''Flaviens'']], de [[w:79|79]] à [[w:81|81]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(30 décembre [[w:39|39]] , ''Rome'' — 13 septembre [[w:81|81]], mort par fièvre selon [[w:Suétone|Suétone]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/suetone/titus.htm <sup>VdDC, Titus</sup>] ou par empoisonnement avec du venin de [[w:Aplysia|''lièvre marin'']] par son propre frère [[w:Domitien|Domitien]] selon [[w:Philostrate_d%27Ath%C3%A8nes|Philostrate]] [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/apollonius6.htm <sup>AdT, l. VI, chap. 32</sup>])<sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre II ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Enquête sur l’astronomie et la physique du monde, basée sur les quatre éléments : air, terre, eau et feu.</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre IX.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la première prédiction grecque d’une éclipse solaire (ou lunaire selon les traductions) par '''Thalès'''.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IX.''' Et rationem quidem defectus utriusque primus ''Romani'' generis in vulgus extulit '''Sulpicius Gallus''', qui consul cum '''Marcello''' fuit, sed tum tribunus militum, sollicitudine exercitu liberato, pridie quam '''Perseus''' rex superatus a '''Paulo''' est, in concionem ab imperatore productus ad prædicendam eclipsim, mox et composito volumine. Apud Græcos autem investigavit primus omnium '''Thales''' ''Milesius'', Olympiadis XLVIII anno quarto, prædicto solis defectu, qui '''Alyatte''' rege factus est, Urbis conditæ; anno CLXX. Post eos utriusque sideris cursum in sexcentos annos præcinuit '''Hipparchus''', menses gentium, diesque et horas, ac situs locorum, et visus populorum complexus, ævo teste, haud alio modo, quam consiliorum naturæ particeps. Viri ingentes supraque mortalium naturam, tantorum numinum lege deprehensa, et misera hominum mente absoluta, in defectibus scelera aut mortem aliquam siderum pavente (quo in metu fuisse '''Stesichori''' et '''Pindari''' vatum sublimia ora palam est deliquio Solis), et in Luna veneficia arguente mortalitate, et ob id crepitu dissono auxiliante. Quo pavore, ignarus causæ, '''Nicias''' ''Atheniensium'' imperator, veritus classem portu educere, opes eorum afflixit. Macti ingenio este, cæli interpretes, rerumque naturæ capaces, argumenti repertores, quo deos hominesque vinxistis. Quis enim hæc cernens, et statos siderum (quoniam ita placuit appellare) labores, non suæ necessitati mortalis genitus ignoscat ? Nunc confessa de iisdem breviter atque capitulatim attingam, ratione admodum necessariis locis strictimque reddita : nam neque instituti operis talis argumentatio est : neque omnium rerum afferri posse causas, minus mirum est, quam consfare in aliquibus.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/98/mode/2up ''Livre II.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/106/mode/2up ''chap. IX.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/130|ici]] et 1829 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f45.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IX.''' Le premier ''Romain'' qui exposa publiquement la théorie des éclipses du soleil et de la lune est [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<sup>🔄</sup>]], qui fut consul avec [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Marcellus-166_back|<sup>🔄</sup>]], mais qui alors était tribun militaire. La veille du jour où [[w:Persée_(roi)|'''Persée''']] [[#Persée_(roi)|<span id="Persée_(roi)_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] fut défait par [[w:Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus|'''Paul-Emile''']] [[#Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus|<span id="Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] il parut par ordre du général, afin de prévenir les alarmes de l’armée, devant les troupes assemblées pour annoncer l’éclipse qui allait survenir; peu de temps après, il composa un livre sur ce sujet. Le premier qui s’en occupa chez les ''Grecs'' fut '''Thalès''' de ''Milet'', dans la quatrième année de la quarante-huitième olympiade (an 585 av. J. C. [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#éclipse_back|<sup>🔄</sup>]]), l’an 170 de la fondation de ''Rome'', et prédit une éclipse de lune qui arriva sous le roi [[w:Alyatte_II|'''Alyatte''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alyatte_back|<sup>🔄</sup>]]. Après eux, [[w:Hipparque_(astronome)|'''Hipparque''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hipparque_back|<sup>🔄</sup>]] dressa pour six cents ans la table du cours du soleil et de la lune, déterminant les mois des divers calendriers, les jours, les heures, les localités et les aspects, suivant les contrées. Le cours des ans ne lui a donné aucun démenti, et il semble avoir été admis aux conseils de la nature. Génies puissants et élevés au dessus de l’humanité, ils ont découvert la loi qui régit ces grandes divinités, et ils ont délivré de ses craintes l’esprit misérable des hommes, qui dans les éclipses, tantôt croyaient voir une influence malfaisante ou une espèce de mort des astres, crainte qui, comme on sait, a, pour l’éclipse du soleil, troublé [[w:Stésichore|'''Stésichore''']] [[#Stésichore|<span id="Stésichore_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] et [[w:Pindare|'''Pindare''']] [[#Pindare|<span id="Pindare_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], poètes sublimes, et tantôt attribuaient l’obscurcissement de la lune à des maléfices, et lui venaient en aide par un bruit dissonnant. Redoutant ce phénomène, dont il ignorait la cause, [[w:Nicias|'''Nicias''']] [[#Nicias|<span id="Nicias_back"><sup>'''V'''</sup></span>]], général des ''Athéniens'', n’osa pas faire sortir la flotte du port de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], et ruina la puissance de sa patrie. Redoublez de génie, interprètes du ciel, vous dont l’intelligence, embrassant la nature, a inventé des théories qui ont créé un lien entre les dieux et les hommes [[#Vicistis_JH|<span id="Vicistis_JH_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ! A la vue de ce spectacle, à la vue des labeurs (puisque c’est le nom qu’on a voulu donner aux éclipses), des labeurs réguliers auxquels les astres sont soumis, quel mortel ne pardonnerait à la nécessité sous laquelle il est né ? Maintenant je vais parler, d’une manière brève et sommaire, des points sur lesquels on est d’accord en cette matière. Je ne donnerai que de courtes explications, et là où il sera tout à fait nécessaire; car les explications n’entrent pas dans le plan de cet ouvrage, et il n’y a pas moins de mérite à énumérer les causes de toutes choses qu’à s’appesantir sur quelques-unes.</div>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Vicistis_JH_back|<span id="Vicistis_JH"><sup>1</sup></span>]] Vicistis Vulg. — Vinxistis cod. Dalech. — Vinxistis me parait meilleur. Comp. ce que dit Pline plus loin, ch. 24, sur l’affinité de l’esprit humain avec les astres.'''</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/98/mode/2up ''Livre II.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/106/mode/2up ''chap. IX.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(édition 1848 également disponible [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/130|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Jean Hardouin 1883|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Persée_(roi)_back|<span id="Persée_(roi)"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περσεύς / Perseús[[wikt:en:Περσεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Dernier roi de [[w:Royaume_de_Mac%C3%A9doine|''Macédoine'']] de la dynastie des [[w:Antigonides|''Antigonides'']], vaincu en [[w:-168|-168]] à la [[w:bataille de Pydna|bataille de ''Pydna'']] à l’issue de la [[w:troisième guerre macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']], causant la disparition du ''Royaume de Macédoine''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_212_av._J.-C.|-212]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Pella_(cité_antique)|''Pella'']], au nord de l’actuelle ''Grèce'' — [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Alba_Fucens|''Alba Fucens'']], au centre de l’actuelle ''Italie'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus_back|<span id="Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus"><sup>II</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Lucius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Æmilius|nomen, nom de famille}} {{Info|Paullus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, surnommé [[wikt:Macedonicus#Latin|Macedonicus]] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat'']] à la suite de sa victoire;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 2 reprises en [[w:Années_182_av._J.-C.|-182]] et [[w:Années_169_av._J.-C.|-169]]. Il remporta la victoire contre le ''royaume de Macédoine'' à ''Pydna'' en battant le roi Persée [[#Persée_(roi)|<sup>I</sup>]], ce qui mit fin à la dynastie des ''Antigonides''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_230_av._J.-C.|-230]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — ''ca.'' [[w:Années_160_av._J.-C.|-160]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Stésichore_back|<span id="Stésichore"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Στησίχορος /Stēsíkhoros [[wikt:en:Στησίχορος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἵστημι /hístēmi, « 1. (voix transitive, active des temps présent, imparfait, futur et 1er aoriste) : • Faire se tenir debout, se tenir debout; • Arrêter, rester, vérifier; • Mettre en place : - Faire monter, élever, réveiller, remuer; - Nommer, désigner; - Établir, instituer; • Mettre dans la balance, peser. 2. (voix intransitive, moyenne et passive, voix active du 2e aoriste, parfait et plus-que-parfait) : • Se tenir debout; • Se tenir immobile : (au sens figuré) Rester ferme; • Être dressé ou debout, se lever, s’élever : - (en général) Se lever, commencer; - (en marquant le pas) Être; - Être désigné. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun χορός / khorós, « 1. Danse en rond. 2. Danse accompagnée de chant, danse chorale. 3. Chœur, chorale, groupe de chanteurs et de danseurs. 4. Groupe, troupe. 5. Rangée. 6. Lieu de danse. 7. (théâtre) Chœur »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète lyrique grec, considéré comme l’un des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poètes lyriques'']] de la Grèce antique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_630_av._J.-C.|-630]]<sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Metauria|''Metauria'']], colonie de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], au sud de la région de [[w:Calabre|''Calabre'']], au sud de l’Italie — ''ca.'' [[w:Années_555_av._J.-C.|-555]]<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Catane|''Catane'']], colonie de la ''Grande-Grèce'', à l’est de la [[w:Sicile|''Sicile'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pindare_back|<span id="Pindare"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πίνδᾰρος /Píndaros [[wikt:en:Πίνδαρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète lyrique grec, considéré comme l’un des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poètes lyriques'']] de la Grèce antique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_518_av._J.-C.|-518]]<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Cynocéphales|''Cynocéphales'']], cité grecque située près de [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']], en [[w:Béotie|''Béotie'']] — [[w:Années_438_av._J.-C.|-438]]<sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Árgos|''Árgos'']], cité grecque de la région de l’[[w:Argolide|''Argolide'']], à l’est de la [[w:Péloponnèse|''péninsule du Péloponnèse'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_back|<span id="Nicias"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Νῑκίᾱς /Nīkíās [[wikt:en:Νικίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun νίκη / níkē [[wikt:en:νίκη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le fait de gagner : la victoire, le succès [avec le génitif "sur, dans quelque chose"] : • Les choses gagnées dans la victoire, les fruits de la victoire; • La supériorité, l’avantage. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique et général ''athénien'' durant la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']], qui oppose la [[w:Ligue_de_Délos|''ligue de Délos'']], menée par ''Athènes'', et la [[w:Ligue_du_Péloponnèse|''ligue du Péloponnèse'']], sous l’[[w:Hégémonie|hégémonie]] de ''Sparte'' de [[w:Années_431_av._J.-C.|-431]] à [[w:Années_404_av._J.-C.|-404]]. Sa supersition liée à une éclipse lunaire, s’étant produite lors de l’[[w:Expédition_de_Sicile|''expédition de Sicile'']], est également relatée par [[w:Thucydide|Thucydide]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre7.htm#L <sup>{{Info|HdlgdP|Histoire de la guerre du Péloponnèse}} l.VII, §.L</sup>] et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#23 <sup>{{Info|DlS|De la Superstition}} l.I</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_470_av._J.-C.|-470]], ''Athènes'' — ''ca.'' [[w:Années_413_av._J.-C.|-413]], ''Syracuse'')<sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Des découvertes astronomiques : part de chaque observateur dans la science.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''IX.''' '''Sulpicius Gallus''' [[#Sulpicius_Gallus_AdG|<span id="Sulpicius_Gallus_AdG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] fut le premier ''Romain'' qui expliqua au vulgaire la raison des éclipses de soleil et de lune. Il fut consul avec '''Marcus Marcellus''' ; mais il n’était que tribun militaire lorsque la veille de la victoire que '''Paul Emile''' remporta sur '''Persée''' [[#Pridie_quam_Perses_rex_AdG|<span id="Pridie_quam_Perses_rex_AdG_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], son général le fit paraître devant l’armée assemblée, pour lui annoncer l’éclipse qui allait arriver, et la délivrer de l’alarme qu’elle aurait pu en concevoir. Il composa bientôt après un volume sur ce sujet. Parmi les ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' [[#Primus_omnium_Thales_AdG|<span id="Primus_omnium_Thales_AdG_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] dirigea le premier ses recherches sur ce phénomène, et la quatrième année de la 48e olympiade, qui répond à l’an 170 [[#Anno_CLXX_AdG|<span id="Anno_CLXX_AdG_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] de ''Rome'', il prédit l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’'''Alyatte''' [[#Alyatte_rege_AdG|<span id="Alyatte_rege_AdG_back"><sup>'''5'''</sup></span>]]. Après eux, '''Hipparque''' dressa des tables du cours de ces deux astres pour six cents ans [[#In_sexcentos_annos_AdG|<span id="In_sexcentos_annos_AdG_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : mois, heures, jours, situations respectives des lieux, aspects du ciel selon les diverses nations [[#Menses_gentium_etc_AdG|<span id="Menses_gentium_etc_AdG_back"><sup>'''7'''</sup></span>]], tout y est compris, tout a été vérifié par le temps [[#Aevo_teste_AdG|<span id="Aevo_teste_AdG_back"><sup>'''8'''</sup></span>]]; on croirait l’astronome admis au conseil de la nature. Génies vastes et plus qu’humains, d’avoir ainsi surpris la loi de ces deux grandes divinités [[#Numinum_AdG|<span id="Numinum_AdG_back"><sup>'''9'''</sup></span>]], et affranchi d’effroi la malheureuse espèce humaine, qui tremblait en voyant dans chaque éclipse l’annonce de quelque grand crime, ou craignait la mort des astres [[#In_defectibus_scelera_etc_AdG|<span id="In_defectibus_scelera_etc_AdG_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] (effroi dont '''Stésichore''' et '''Pindare''' [[#Pindari_AdG|<span id="Pindari_AdG_back"><sup>'''11'''</sup></span>]], ces poètes sublimes, ne furent point exempts dans les éclipses de soleil), ou qui attribuait à des enchantemens celles de la lune, et venait à son secours en faisant un bruit discordant [[#Crepitu_dissono_AdG|<span id="Crepitu_dissono_AdG_back"><sup>'''12'''</sup></span>]]. C’est pour en avoir ignoré la cause, que, frappé de cette même terreur, '''Nicias''' [[#Nicias_AdG|<span id="Nicias_AdG_back"><sup>'''13'''</sup></span>]], général des ''Athéniens'', n’osa pas faire sortir sa flotte du port, et causa la ruine de leur puissance. Gloire à vous, interprètes du ciel, génies aussi étendus que la nature, inventeurs d’une science qui enchaîne à une même destinée les dieux et les mortels ! Quel est donc l’homme qui, voyant les astres en travail (pour me servir du nom qu’il a plu de donner aux crises qu’ils, subissent périodiquement), ne se soumettra pas à sa destinée?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Je vais maintenant toucher brièvement et sommairement les points sur lesquels on est d’accord dans cette matière, et j’en rendrai raison en passant, lorsque cela sera tout-à-fait nécessaire; car un développement de preuves n’est pas le but de l’ouvrage que j’ai entrepris, et il n’y a pas, je pense, moins de mérite à pouvoir rendre raison de toutes choses, qu’à s’arrêter à en prouver quelques-unes.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}}
<div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#Sulpicius_Gallus_AdG_back|<span id="Sulpicius_Gallus_AdG"><sup>1</sup></span>]] [[w:Tite-Live|Tite-Live]], XLIV, 37, [[w:Quintilien|Quintilien]], I, 10, [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]], [[w:Vies_parallèles|''Vie de Paul Emile'']], [[w:Frontin|Frontin]], I, etc., prétendent, comme Pline, que Sulpicius Gallus prédit l’éclipse anx soldats romains. [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cicéron_back|<sup>🔄</sup>]] ([[w:De_Republica|''Répub.'']], I, 15 , page 44, ''édit. Maj.'') dit au contraire que l’éclipse était déjà arrivée lorsque Sulpicius Gailus commençait à s’efforcer d’ôter aux soldats romains la terreur qu’ils avaient conçue de cet événement, en leur expliquant les causes des éclipses.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pridie_quam_Perses_rex_AdG_back|<span id="Pridie_quam_Perses_rex_AdG"><sup>2</sup></span>]] Selon Tite-Live (XLIV, 37), l’éclipse eut lieu dans la soirée du 3 septembre, cent huit ans avant J.-C., entre sept et dix heures (''ab hora secunda usque ad quartam noctis, quam pridie nonas sept, secula est dies''). M. [[w:Christian_Ludwig_Ideler|Ideler]] (''Chronologie'', II, 104) a calculé cette éclipse. Il a trouvé, comme M. de Nauze, que, selon le calendrier Julien, elle arriva dans la soirée du 21 juin de l’an 168 avant J.-C. à Rome, la lune commença à s’éclipser vers 5h.44’ du soir ; depuis 6h.51’ jusqu’à 8h.18’, la lune fut totalement éclipsée, ; à 9h.,24’, la lune ne fut plus obscurcie du tout. En Macédoine, tous ces phénomènes arrivèrent 39 minutes plus tard. Le 21 juin, le soleil se coucha à Rome et en Macédoine vers 7h.33’, et s’y montra alors à 44 1/2’ h. équatoriales. Ainsi, la première heure de la nuit finissait vers 8h.17’, la seconde vers 9h.2’, la troisième vers 9h.46’, la quatrième vers 10h.31’. La lune fut donc éclipsée totalement au moment où elle se leva dans la Macédoine, et cette éclipse totale y finit dans la seconde heure de la nuit ; au milieu de la quatrième, la lune ne fut plus obscurcie du tout. S’il est vrai, que cette éclipse lunaire, comme Pline, Tite-Live et d’autres le disent, fut prédite par Sulpicius Gallus, l’on devrait avouer que ce Romain s’entendait très-bien au calcul des éclipses lunaires. Mais les récits de Cicéron et de [[w:Valère_Maxime|Valère-Maxime]] ne seraient-ils pas plus vrais que ceux de Pline et de Tite-Live ?'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Primus_omnium_Thales_AdG_back|<span id="Primus_omnium_Thales_AdG"><sup>3</sup></span>]] Le même fait est rapporté par [[w:Hérodote|Hérodote]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_back|<sup>🔄</sup>]], I, 74, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] [[#Diogène_Laërce_back|<sup>⤵️</sup>]], I, 6 , par [[w:Clément_d'Alexandrie|Clément d’Alexandrie]] [[#Clément_d'Alexandrie_back|<sup>⤵️</sup>]], ''Strom.'', I, page 302 , par Plutarque, ''Opinions des Philosophes'', II, 24, par [[w:Jean_Tzétzès|Tzetzès]], ''Chil.'' II, v. 869, et par Hardouin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Oltmann a publié une dissertation dans laquelle, à l’aide des tables astronomiques les plus modernes, il est arrivé à ce résultat, que l’éclipse solaire dont il est question ici eut lieu le 3o septembre 610 ans avant J.-C. L’éclipse était totale pour les environs de la ville d’[[w:Erzurum|Érzerum]] sur le [[w:Kızılırmak_(fleuve)|Halys]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Halys_back|<sup>🔄</sup>]], où [[w:Volney|Volney]] place le champ de bataille des rois [[w:Alyatte_II|Halyattes]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alyatte_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Cyaxare|Cyaxare]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cyaxare_back|<sup>🔄</sup>]]. La quatre-vingtième partie du disque solaire seule ne fut pas éclipsée pour le lieu de la terre où Oltmann place le champ de bataille, qui est situé, selon lui, sous 36° long. à l’est de Terro et sous 40° lat. sept. Dans le pays des Ioniens où Thalès prédit l’éclipse, selon Hérodote, l’éclipse se monta à 11 1/2’. M. [[w:Alphonse_Des_Vignoles|Desvignolles]] (''Chronologie de l’histoire sainte'', t. II, pag. 245 et suiv.) fixe l’éclipsé prédite par Thales au 38 mai de l’an 585 avant J.-C. ; son opinion a été adoptée depuis par presque tous les chronologistes et historiens, et par [[w:Gabriel_Brotier|Brotier]] et M. Alexandre. Elle a été réfutée avec succès par Oltmann, qui s’est servi de tables astronomiques bien plus exactes que celles de M. Desvignolles ; en effet, celui-ci a démontré par ses calculs que l’éclipse totale du soleil du 28 mai de l’an 585 avant J.-C., ne fut pas totale dans les lieux où les troupes du roi lydien Halyatte combattirent contre celles du roi Cyaxare ; que, dans ces régions, elle ne se monta pas à plus de 7 1/2 pouces, et que, d’ailleurs, le soleil ne s’était pas encore levé lorsque Féclipse était le plus forte pour les habitans des pays nommés. Mais Hérodote dit positivement que l’éclipse prédite par Thalès fut totale dans ces contrées, et qu’elle eut lieu en plein jour. (Voyez IDELER, ''Chronologie'', t. I, pag. 209 et 210.) Nous remarquerons pourtant avant de finir cette note que la date de Desvignolles est plus conforme que celle d’Oltmann à l’année dans laquelle l’éclipse prédite par Thalès, arriva selon Pline. En effet, le naturaliste romain dit que cette année est la six cent quatre-vingt-cinquième avant J.—C., et c’est justement le 28 mai de cette année que l’éclipse prédite par Thalès arriva, selon M. Desvignolles.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Volney pense que l’éclipse en question arriva le 3 février de de l’an 626. Oltman a démontré, dans son Mémoire sur l’éclipse de Thalès, que celle de Volney était déjà passée lorsque le soleil se leva sur le champ de bataille des rois Halyattes et Cyaxare.'''
</td>
<tr>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Anno_CLXX_AdG_back|<span id="Anno_CLXX_AdG"><sup>4</sup></span>]] L’an 170. C’est ainsi que l’on doit lire, et non CLX, comme l’ont fait Hardouin et Poinsinet; la quatrième année de la quarante-huitième olympiade, correspondant à l’an 170 de Rome, si l’on suppose avec [[w:Varron_(écrivain)|Varron]] que cette ville a été fondée dans la deuxième année de la 6e olympiade.'''
</td>
<tr>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Alyatte_rege_AdG_back|<span id="Alyatte_rege_AdG"><sup>5</sup></span>]] Le nom de ce roi est écrit avec un esprit rude dans Hérodote, ce qui a donné lieu à [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Poinsinet]] et à d’autres traducteurs de Pline de substituer le mot Halyatte à celui d’Alyatte.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Alyatte ou Halyatte fut roi de la Lydie et père de Crésus. Il faisait la guerre à Cyaxare, roi des Mèdes, lorsque l’éclipse solaire en question interrompit le combat.'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#In_sexcentos_annos_AdG_back|<span id="In_sexcentos_annos_AdG"><sup>6</sup></span>]] On lit dans [[w:Georges_le_Syncelle|le Syncelle]] (''Chronolog.'', pag. 17) que les Chaldéens ont connu une période de six cents années solaires. [[w:Flavius_Josèphe|Josèphe]] [[#Flavius_Josèphe_back|<sup>⤵️</sup>]] ([[w:Antiquités_judaïques|''Ant. jud.'']], I, page 17 et 18, édit. Havercamp) dit que Dieu donna une longue vie aux patriarches pour qu’ils pussent cultiver avec succès les sciences astronomiques et géométriques, ce qu’ils n’auraient pu faire s’ils n’avaient pas vécu au moins six cents ans ; car la grande année ne finit pas plus tôt. Ainsi, il est certain qu’avant Hipparque les Chaldéens et d’autres peuples asiatiques ont connu une période de six cents années solaires. Mais [[w:Jean-Dominique_Cassini|Cassini]] ([[w:Jean-Dominique_Cassini#Mémoires_de_l’Académie_royale_des_sciences|''Anciens mém. de l’Acad.'']], t. VIII, pag. 4 et 5) et [[w:Jean_Sylvain_Bailly|Bailly]] (''Hist. de l’astr. ancienne'', t. II, liv. 3, Eclairciss.) ont prouvé que tous les six cents ans les nouvelles et pleines lunes n’arrivent pas seulement au même jour et à la même heure qu’auparavant, mais encore à la même minute. Ne serait-il donc pas probable qu’Hipparque, comme le dit Ideler (''Historische untersuchungen uber die astronomischen beobachtungen der alten'', Berlin 1806, page 417) a connu cette période chaldéenne, et que delà résulte l’étendue de six cents ans donnée à son calendrier selon Pline.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Abel_Burja|Abel-Burja]] de Leipzig a tâché d’expliquer d’une autre manière la durée du calendrier d’Hipparque (''Astronomisches Jahrbuch'', 1797, pag. 233 et 234). [[w:Claude_Ptolémée|Ptolémée]] et [[w:Censorin_(grammairien)|Censorin]] racontent qu’Hipparque est auteur d’une période soli-lunaire de trois cent quatre années solaires. En la prenant deux fois, on obtient une période de six cent huit ans. Celle-ci fut abrégée par Hipparque de huit ans, afin d’obtenir un nombre entier de siècles pour son calendrier. Ideler a fait une objection très-juste contre cette opinion de Burja ; c’est que la période de six cent huit ans n’a aucun avantage sur celle de trois cent quatre ans. On ne voit donc pas ce qui a pu engager Hipparque à préférer le nombre de six cents ans à celui de trois cents, lorsqu’il composait son calendrier.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Menses_gentium_etc_AdG_back|<span id="Menses_gentium_etc_AdG"><sup>7</sup></span>]] C’est-à-dire il écrivit des éphémérides dans lesquelles il avait calculé d’avance les néomenies et les pleines lunes. Il fit aussi entrer dans son calendrier les longueurs des jours et des heures variables, [[w:ὧραι|ὧραι]] καιρικαι, ainsi que les aspects du ciel, ''visus populorum'', tels qu’ils eurent lieu chez les habitans de différentes contrées de la terre. Il ajouta une table des longitudes et des latitudes des principaux pays et villes du globe. Ptolémée (''Géogr.'', I, ch. 4) en dit autant d’Hipparque.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Aevo_teste_AdG_back|<span id="Aevo_teste_AdG"><sup>8</sup></span>]] Les tables d’Hipparque étaient dressées pour six cents ans. Cet astronome florissait vers cent cinquante ans avant J.-C. Ainsi, du temps de Pline, on avait encore à jouir de ces tables pour quatre cents ans environ. POINSINET.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Numinum_AdG_back|<span id="Numinum_AdG"><sup>9</sup></span>]] Pline donne souvent l’épithète de divinités aux planètes, à la lune, au soleil, à la terre et aux étoiles fixes.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#In_defectibus_scelera_etc_AdG_back|<span id="In_defectibus_scelera_etc_AdG"><sup>10</sup></span>]] Nous transcrivons ici ce beau passage de l’Uranographie de M. [[w:Louis-Benjamin_Francœur|Francoeur]], qui mérite d’être mis en parallèle avec celui de Pline pour l’élégance du style et les pensées, et qui renferme le meilleur commentaire que nous puissions donner de tout ce que Pline dit des terreurs que les éclipses causaient autrefois aux hommes ignorans. « L’histoire, dit M. Francoeur (page 93), est pleine des exemples de l’effroi causé par les éclipses, et des dangers que produisent l’ignorance et la superstition. Nicias avait résolu de quitter la Sicile avec son armée ; effrayé par une éclipse de lune, et voulant temporiser plusieurs jours pour s’assurer si l’astre n’avait rien perdu après cet évènenement, il manqua ainsi l’occasion de sa retraite; son armée fut détruite ; Nicias périt, et ce malheur commença la ruine d’Athènes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Souvent on a vu des hommes adroits tirer parti de la frayeur du peuple pour l’amener à remplir leurs desseins. Christophe Colomb, réduit à faire subsister ses soldats des dons volontaires d’une nation sauvage et indigente, était prêt à voir tarir cette ressource et à périr de faim ; il annonce qu’il va priver le monde de la lumière de la lune. L’éclipse commence et la terreur s’empare des Indiens, qui reviennent apporter aux pieds de Colomb les tributs accoutumés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Drusus (TACITE , Annales, I, 28) apaisa une sédition dans son armée, en prédisant une éclipse de lune, et, selon Tite-Live, Sulpicius Gallus, dans la guerre de Paul-Emile contre Persée, usa du même stratagème. Periclès, [[w:Agathocle_de_Syracuse|Agathocles de Syracuse]], [[w:Dion_de_Syracuse|Dion]], roi de Sicile, ont failli être victimes de l’ignorance de leurs soldats. [[w:Alexandre_le_Grand|Alexandre]], près d’[[w:Bataille_de_Gaugamèles|Arbelles]], est réduit à user de toute son adresse pour calmer la terreur qu’une éclipse avait jetée parmi ses troupes. Les hommes supérieurs, plutôt que de plier sous les circonstances qui les maîtrisent, mettent leur art à les tourner à leur profit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Combien de fables établies d’après l’opinion que les éclipses sont l’effet du courroux céleste qui se venge des iniquités de l’homme en le privant de la lumière! Tantôt [[w:Diane_(mythologie)|Diane]] va trouver [[w:Endymion|Endymion]] dans les montagnes de Carie; tantôt les magiciennes de Thessalie font descendre la lune sur les herbes qu’elles destinent aux enchantemens. »<br /><br /><p style="text-align: center;">''Carmina vel cælo possunt deducere lunam.''<br /><p style="text-align: right; text-indent: 15px;">Virg., ''Eclog.'' VIII.<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Ici c’est un dragon qui dévore l’astre, et qu’on cherche à épouvanter par des cris ; le dieu tient le soleil enfermé dans un tuyau, et nous ôte ou nous rend la vue de cet astre à l’aide d’un volet, etc. Les progrès des sciences ont fait connaître le ridicule de ces opinions et de ces craintes, depuis qu’on a vu qu’il était possible de calculer par les tables astronomiques, et de prévoir long-temps d’avance l’instant où la colère du ciel devait éclater.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Cependant, naguère encore, l’épouvante a causé les revers des armées de Louis XIV, près de Barcelone, lors de l’éclipse totale de l’an 1706 [[w:en:Solar_eclipse_of_May_12,_1706|(en)]], et la devise, ''nec pluribus impar'', a prêté aux allusions injurieuses ! »'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pindari_AdG_back|<span id="Pindari_AdG"><sup>11</sup></span>]] Pindare était le plus fameux poète de la Grèce après Homère. Il vint au monde l’an 134 avant l’ère chrétienne. POINSINET.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Plutarque (''De la face de la lune'', pag. 931) dit aussi que Stésichore et Pindare craignaient beaucoup les éclipses. Le dernier poète a peint les terreurs que lui causaient ces phénomènes dans son poëme sur le soleil. HARDOUIN et DALECHAMP.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Crepitu_dissono_AdG_back|<span id="Crepitu_dissono_AdG"><sup>12</sup></span>]] Cet usage superstitieux dont Plutarque parle au long dans sa vie de Paul-Émile, a fourni un vers fort plaisant à Juvénal, lorsqu’après avoir épuisé toute sorte d’exagération pour représenter le bruit qu’une femme fait en criant, il finit par dire :<br /><br /><p style="text-align: center;">''Una laboranti poterit succurrere lunæ.''<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Elle seule, au besoin, décharmerait la lune. » POINSINET.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_AdG_back|<span id="Nicias_AdG"><sup>13</sup></span>]] Le même fait est raconté par Plutarque dans la vie de Nicias, par Quintilien, I, 10, et par d’autres écrivains anciens. HARDOUIN.'''
</td>
</tr>
</table><br/><br/></div>{{Boîte déroulante fin}}
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f10.item <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Second</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f14.item ''Livre II.''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f46.item ''chap. IX.''], traduction nouvelle par M. [[w:Stéphane_Ajasson_de_Grandsagne|Ajasson de Grandsagne]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f311.item <sup>NOTES</sup>], C. L. F. Panckoucke, Paris, 1829</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">''Des inventions a[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tronomiques, & de leurs Auteurs.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''L'''E PREMIER d’entre les ''Romains'' qui rendit publique la théorie des éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil & de lune, fut '''Sulpicius Gallus''' [[#Sulpicius_Gallus_LPdS|<span id="Sulpicius_Gallus_LPdS_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], celui que '''Marcus Marcellus''' eut pour Collegue au Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulat : mais il n’étoit que Tribun Militaire [[#Tribun_Militaire_LPdS|<span id="Tribun_Militaire_LPdS_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ipa l’allarme qu’auroient pu prendre nos troupes la veille de la victoire remportée {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur '''Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ée''' par '''Paul Emile''' ; car ce Général l’ayant produit devant les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oldats a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblés, il leur prédit une éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e qui devoit arriver [[#éclipse_LPdS|<span id="éclipse_LPdS_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] ; il compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a même en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite un Ouvrage {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet. Parmi les ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' prédit l’an quatrieme de la quarante-huitieme olympiade l’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil qui arriva {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le regne de '''Halyattes''' [[#Halyattes_LPdS|<span id="Halyattes_LPdS_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], l’an cent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oixante de la fondation de [[#cent_soixante_LPdS|<span id="cent_soixante_LPdS_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] ''Rome''. Après eux, Hipparque [[#Hipparque_LPdS|<span id="Hipparque_LPdS_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] dre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a des Tables en vers [[#En_vers_LPdS|<span id="En_vers_LPdS_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] du cours de ces deux aftres pour fix cents ans. Dans ces Tables , de l’exactitude deſquelles notre âge rend encore témoignage [[#témoignage_LPdS|<span id="témoignage_LPdS_back"><sup>'''8'''</sup></span>]], il embra{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e les éphémérides propres à chaque nation [[#chaque_nation_LPdS|<span id="chaque_nation_LPdS_back"><sup>'''9'''</sup></span>]], les jours, les heures, le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ite re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pectif de chaque lieu, & les divers a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pects du ciel relativement aux divers peuples, comme {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la Nature l’eût admis à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eil intime. Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages vraiment grands! génies plus qu’humains, d’avoir ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urpris les loix qui font mouvoir ces va{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances du ciel ; & d’avoir guéri de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es allarmes l’imagination malade des hommes, qui ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’alors, ou avoient toujours vu dans les éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es l’annonce effrayante de quelque grand crime & de quelque mort (terreur dont Sté{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ikhore [[#Stésikhore_LPdS|<span id="Stésikhore_LPdS_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] & Pindare [[#Pindare_LPdS|<span id="Pindare_LPdS_back"><sup>'''11'''</sup></span>]], ces Poètes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ublimes, ne furent point exempts à l’égard des éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olaires), ou attribuoient les ténebres dont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couvre la lune à des maléfices opérés par le mêlange de certaines herbes magiques ; & croyoient devoir la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecourir par un bruit di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cordant [[#bruit_discordant_LPdS|<span id="bruit_discordant_LPdS_back"><sup>'''12'''</sup></span>]]. Cette même terreur fut cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que le Général Nicias [[#Nicias_LPdS|<span id="Nicias_LPdS_back"><sup>'''13'''</sup></span>]], peu au fait des cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iques, & n’o{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant pas, par {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uper{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tition, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a flotte du Port, mit Athenes à deux doigts de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a perte. Honneur [[#Honneur_LPdS|<span id="Honneur_LPdS_back"><sup>'''14'''</sup></span>]] à vous, Interpretes du Ciel ! E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}prits [[#Esprits_LPdS|<span id="Esprits_LPdS_back"><sup>'''15'''</sup></span>]] dont l’étendue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urpa{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e celle de la Nature ; Inventeurs d’une méthode qui a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujettit les dieux comme les hommes, à une même de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tinée ! Eh! qui pourroit, en voyant les a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres même ''en cri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e'' (pour me {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir de l’expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion commune), ne pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oumettre à la néce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité où {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a condition mortelle l’enchaîne.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Pré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entement je vais toucher par articles fort courts & fort précis les points {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quels on s’accorde le plus. Je ré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oudrai, chemin fai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant, quelques que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tions, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que le cas l’exigera, mais toujours d’une maniere très {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ommaire ; car une analy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e en forme d’arguments {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivis excéderoit le but de cet Ouvrage : & puis, je pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e qu’il n’y a pas moins de mérite à rendre une rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on plau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, qu’à rendre une rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on bien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olide de deux ou trois cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}}
<div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#Sulpicius_Gallus_LPdS_back|<span id="Sulpicius_Gallus_LPdS"><sup>1</sup></span>]] Son premier prénom étoit Caïus. Voyez à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet Tite-Live, l. 44. Valere maxime, l. 8. Quintilien, l. I. ch. 10. Plutarque, vie de Paul-Emile, &c.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Tribun_Militaire_LPdS_back|<span id="Tribun_Militaire_LPdS"><sup>2</sup></span>]] Ce grade répond à celui de Major-général des Troupes.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#éclipse_LPdS_back|<span id="éclipse_LPdS"><sup>3</sup></span>]] Cette éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Tite-Live, fut annoncée aux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oldats pour la nuit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivante. Sulpicius Gallus leur prédit que la lune s’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit entre la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econde heure de la nuit & la quatrieme. Plutarque ajoute qu’on étoit alors à l’i{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ue de l’été (''{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub exitum a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatis''). [[w:Paulin_II_d'Aquilée|Paul d’Aquilée]] écrit que cette éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e arriva aux nones de Septembre (''nonas Septembris''), c’est-à-dire au 4 Septembre : c’étoit l’an 168 avant J.C. {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon le calcul d’[[w:James_Ussher|U{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erius]].'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Halyattes_LPdS_back|<span id="Halyattes_LPdS"><sup>4</sup></span>]] Il paroît que Ciceron & Eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ebe {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trompent lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’ils placent cet événement {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous ''A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages'' : [[w:Hermolaos_(Macédoine)|Hermolaüs]] s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t trompé d’après eux, en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituant ''A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages'' à ''Halyattes'' dans le texte de Pline, contre la foi des manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits, & contre le témoignage d’Herodote qui place cet événement dans une guerre entre Halyattes, Roi de Sardes, & Cyaxare, Roi des Medes, pere d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#cent_soixante_LPdS_back|<span id="cent_soixante_LPdS"><sup>5</sup></span>]] Les deux manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits royaux portent ''anno CLX'' : c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t la leçon qu’il faut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivre. En effet, Rome, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Varron, fut fondée l’an 2 de la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme olympiade, c’est-à-dire, dans l’année olympiadique 22. Mais comme chaque olympiade, depuis leur premiere in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution, commençoit après le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ol{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tice d’été, & comme l’année Romaine avoit toujours commencé au plus tard en Mars {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous Romulus, & depuis en Janvier {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous Numa, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit que la premiere année de Rome, qui répondoit à l’année olympiadique 22, répondoit en même-tems, de quatre mois au moins, à l’année olympíadique 23. Selon ce calcul, la quatrieme année de la quarante-huitieme olympiade, répond en partie à l’an 160, & en partie à l’an 161 de la fondation de Rome, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que 48 olympiades font cent quatre-vingt-douze années, de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i vous ôtez 22 ans écoulés, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Varron, entre la premiere olympiade & la fondation de Rome, il re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tera 160 ans, & 161 ans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’on a égard à l’enjambement réciproque des années olympiadiques {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les années Romaines, & des années Romaines {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les années olympiadiques. Il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t donc évident que le calcul de Pline (''anno CLX'') e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te, en admettant l’hypothe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e chronologique de Varron, à laquelle on voit bien que notre Auteur s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t conformé en cette occa{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion particuliere encore qu’en plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres rencontres il paroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affecter de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivre le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}y{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tême de Caton : vici{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}itude pardonnable dans un ouvrage de compilation où Pline a dû, comme malgré lui, adopter tantôt le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tyle d’un Auteur, tantôt celui d’un autre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ource où il pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit pour l’heure. Si Pline eût {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivi l’hypothe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de Caton qui place la fondation de Rome deux ans plus tard que Varron, il eût fait tomber le rapport {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’année 157 ou 158 de la fondation de Rome. C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le parti que prend le Pere Hardouin, & c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t de là qu’il part pour propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er une correction dans le texte. Mais encore une fois, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commettre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oi-même une faute que d’en trouver une chez Pline en cette occa{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion ; pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que cet Auteur a été en droit de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}y{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tème Varronien, ou ce qui revient au même, de con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erver la date Varronienne dont s’étoit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervi l’Auteur de qui il emprunte le fait hi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}torique en que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hipparque_LPdS_back|<span id="Hipparque_LPdS"><sup>6</sup></span>]] Voyez les notes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le premier livre au mot ''Hipparque'' : HIPPARCHUS (de Nicée, en Bithinie comme l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erve [[w:Souda|Suidas]]), flori{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit dans la quatre-vingt-quatorzieme olympiade. Nous avons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es trois livres d’Enarrations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les Phénomenes d’[[w:Aratos_de_Soles|Aratus]] & d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]], traduits par le [[w:Paul_Petau|P. Petau]]. Il avoit compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é un autre livre ''De {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tellarum inerrantium Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titutione'', {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Suidas. Son livre du mois lunaire e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cité par [[w:Claude_Galien|Galien]].'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#En_vers_LPdS_back|<span id="En_vers_LPdS"><sup>7</sup></span>]] ''En Vers.'' Je préfume que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-là le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ens de ''præcinere'', qui ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ignifie pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement prédire, mais prédire en chant, c’est-à-dire en Vers. Sur ce pied-là, ce {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit d’un Poëme dans le genre de celui d’[[w:Aratos_de_Soles|Aratus]], dont il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit ici que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion. Si par hazard Pline n’a point prétendu parler d’un Poëme, au-moins s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervi d’une expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion propre à dé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igner ce genre d’écrire. Pour décider la que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion, il faudroit avoir tous les ouvrages d’Hipparque, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur-tout celui-ci.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#témoignage_LPdS_back|<span id="témoignage_LPdS"><sup>8</sup></span>]] Ces tables étoient dre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ées pour {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix cents ans. Or Hipparque flori{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit 150 ans avant J.C. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i du tems de Pline, on avoit encore à jouir de ces tables pour quatre cents ans ou environ.'''
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<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#chaque_nation_LPdS_back|<span id="chaque_nation_LPdS"><sup>9</sup></span>]] La lune ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e levant pas & ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couchant pas à la même heure pour toutes les nations, les diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es époques & pha{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es qu’elle forme n’appartiennent pas non plus au même point de tems pour tous les peuples, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que les uns ont la nuit quand les autres ont le jour; & que même lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que la lune s’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, la partie de l’heure où ce phénomene e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible, n’a pas la même évaluation pour tous les climats qui l’apperçoivent. Hipparque avoit donc eu égard à cette différence d’époques, relativement aux diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es longitudes, &par-con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}équent aux diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es nations, tellement que les tables de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es éphémérides étoient accommodées à l’u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}age de tous les peuples : ouvrage dont on ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auroit trop regretter la perte, & qui jetteroit le plus grand jour {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’ancienne géographie.'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Stésikhore_LPdS_back|<span id="Stésikhore_LPdS"><sup>10</sup></span>]] Ste{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ikhore, l’un des plus fameux Poètes de la Grece, dont, par malheur, nous avons perdu tous les ouvrages, à l’exception d’une vingtaine de lignes décou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ues. Il vivoit dans la quarante-deuxieme olympiade, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire, vers l’an {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix cents dix avant J.C.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pindare_LPdS_back|<span id="Pindare_LPdS"><sup>11</sup></span>]] Pindare, le plus fameux Poète de la Grece après Homere. Il vint au monde l’an 134 avant l’ere chrétienne.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#bruit_discordant_LPdS_back|<span id="bruit_discordant_LPdS"><sup>12</sup></span>]] Cet u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}age {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uper{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titieux a fourni un Vers fort plai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant à Juvenal, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’après avoir épui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é toute {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte d’exagération pour repré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}enter le bruit qu’une femme fait en criant, il finit par dire :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Una laboranti poterit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uccurrere luna.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule au be{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oin décharmeroit la lune.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_LPdS_back|<span id="Nicias_LPdS"><sup>13</sup></span>]] C’étoit un Général Athénien, qui fut malheureux dans pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que toutes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es expéditions. Les Athéniens finirent par le condamner à mort. Il étoit contemporain d’[[w:Alcibiade|Alcibiade]] & de [[w:Lamachos|Lamachus]], & leur collegue dans le commandement. Voyez {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le fait dont parle ici Pline, Quintilien, l. I. ch. 10, & Plutarque à l’article Nicias.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Honneur_LPdS_back|<span id="Honneur_LPdS"><sup>14</sup></span>]] Au lieu de ''macte ingenio'', le Pere Hardouin lit ''macti'' ; mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon les meilleurs Latini{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes ''macte'' e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t indéclinable, ou pour mieux dire, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t un adverbe qui répond au ''bravò'' des Italiens. Fe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tus prétend que ''macte'' e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t un compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de ''magis auctus''.'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Esprits_LPdS_back|<span id="Esprits_LPdS"><sup>15</sup></span>]] Cette apo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trophe de Pline aux A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes rappelle ces beaux Vers d'Ovide {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le même {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet :<br />Felices animos quibus hæc cogno{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cere primise<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Inque Domos {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uperas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}candere cura fuit!<br />Credibile e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t illos pariter vitli{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que joci{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Altius humanis ex{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eruifle caput,<br />Non Venus aut Vinum {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ublimia pectora fregit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Officiumve {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ori, militiæve labor :<br />Nec levis ambitio, perfu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aque gloria fuco,<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Magnarumve fames {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ollicitavit opum.<br />Admovere oculis di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tantia {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idera no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tris,<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ætheraque ingenio {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uere {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uo.<br />Sic petitur cœlum: non ut ferat O{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}lan Olympus<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Summaque Peliacus {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idera tangat apex, &c.<br /><p style="text-align: right; text-indent: 15px;">Ovid. {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. l. I.'''
</td>
</tr>
</table><br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Premier</u>], [https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=RA1-PA3#v=onepage&q&f=true ''Livre Second.''], [https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=RA1-PA59#v=onepage&q&f=true ''Des inventions astronomiques, & de leurs Auteurs.''], traduction en françois, avec le texte latin rétabli d’après les meilleures leçons manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crites ; accompagnée de Notes critiques pour l’éclairci{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du texte, & d’Ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances des Anciens comparées avec les découvertes des Modernes, par M. [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Louis Poinsinet de Sivry]], Chez la veuve Desaint, Paris, 1771</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
==== Livre XVIII ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Enquête sur l’agriculture</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre LVII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie astronomique de '''Thalès''', du [[w:Lever_héliaque|''coucher matinal'']] des [[w:Pléiades_(astronomie)|''Pléiades'']] 25 jours après l’[[w:Équinoxe_de_septembre|''équinoxe d’automne'']].</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LVII.''' Primum omnium dierum ipsorum anni solisque motus prope inexplicabilis ratio est. Ad CCCLXV adjiciunt etiamnum intercalarios diei noctisque quadrantes. Ita fit, ut tradi non possint certa siderum tempora. Accedit confessa rerum obscuritas, nunc præcurrenle, nec paucis diebus, tempestatum significatu, quod προϰειμασιν Græci vocant : nunc postveniente, quod ἐπιϰεἰμασιν : et plerumque alias citius, alias tardius cæli effectu ad terram deciduo : vulgo serenitate reddita, confectum sidus audimus. Præterea quum omnia hæc statis sideribus cæloque affixis constent, interveniunt motu stellarum grandines, imbres, et ipsi non levi effectu, ut docuimus, turbantque conceptæ spei ordinem. ldque ne nobis tantum putemus accidere, et reliqua fallit animalia sagaciora circa hoc, ut quo vita eorum constet : æstivasque alites præposteri aut præproperi rigores necant, hibernas æstus. Ideo '''Virgilius''' errantium quoque siderum rationem ediscendam præcipit, admonens observandum frigidæ Saturni stellæ transitum. Sunt qui certissimum veris indicium arbitrentur ob infirmitatem animalis, papilionis proventum. Id eo ipso anno, quum commentaremur hæc, notatum est, proventum eorum ter repetito frigore exstinctum, advenasque volucres a. d. VI kalendas februarii spem veris attulisse, mox sævissima hieme conflictatas. Res anceps : primum omnium a cælo peti legem : deinde eam argumentis esse quærendam. Super omnia est mundi convexitas, terrarumque globi differentia, eodem sidere alio tempore aliis aperiente se gentibus : quo fit ut causa ejus non lisdem diebus ubique valeat. Addidere difficultatem et auclores diversis in locis observando, mox etiam in iisdem diversa prodendo. Très autem fuere sectæ : ''Chaldæa'', ''Ægyptia'', ''Græca''. His addidit apud nos quartam Cæsar dictator, annos ad solis cursum redigens singulos, '''Sosigene''' perito scientiæ ejus adhibito. Et ea ipsa ratio postea comperto errore correcta est : ita ut XII annis continuis non intercalaretur, quia cœperat sidera annus morari, qui prius antecedebat. Et '''Sosigenes''' ipse trinis commentationibus, quanquam diligentior cæteris, non cessavit tamen addubitare, ipse semet corrigendo. Auctores prodidere ea, quos prætexuimus volumini huic, raro ullius sententia cum alio congruente. Minus hoc in reliquis mirum, quos diversi excusaverint tractus. Eorum qui in eadem regione dissedere, unam discordiam ponemus exempli gratia : occasum matutinum Vergiliarum '''Hesiodus''' (nam hujus quoque nomine exstat Astrologia) tradidit fieri, quum æquinoctium autumni conficeretur, '''Thales''' vigesimo quinto die ab æquinoctio, '''Anaximander''' vigesimo nono, '''Euctemon''' XLVIII. Nos sequemur observationem Cæsaris : maximeque hæc erit ''Italiæ'' ratio. Dicemus tamen et aliorum placita : quoniam non unius terræ, sed totius naturæ interpretes sumus, non auctoribus positis (id enim verbosum est), sed regionibus : legentes tantum meminerint, brevitatis gratia, quum ''Altica'' nominata fuerit, simul intelligere ''Cycladas'' insulas ; quum ''Macedonia'', ''Magnesiam'', ''Thraciam'' ; quum ''Ægyptus'', ''Phœnicen'', ''Cyprum'', ''Ciliciam'' ; quum ''Bœotia'', ''Locridem'', ''Phocidem'', et finitimos semper tractus ; quum ''Hellespontus'', ''Cherronesum'', et continentia usque ''Atho'' montem ; quum ''Ionia'', ''Asiam'', et insulas ''Asiæ'' ; quum ''Peloponnesus'', ''Achaiam'', et ad ''Hesperum'' jacentes terras. ''Chaldæi Assyriam'' et ''Babyloniam'' demonstrabunt. ''Africam'', ''Hispanias'', ''Gallias'' sileri non erit mirum. Nemo enim observavit in iis, qui siderum proderet exortus. Non tamen difficili ratione dignoscentur in illis quoque terris digestione circulorum, quam in sexto volumine fecimus : qua cognatio cæli, non gentium modo, verum urbium quoque singularum intelligitur, nota ex his terris, quas nominavimus, sumta convexitate circuli, pertinentis ad quas quisque quæret terras, et ad earum siderum exortus, per omnium circulorum pares umbras. Indicandum et illud, tempestates ipsas ardores suos habere quadrinis annis : et easdem non magna differentia reverti ratione solis : octonis vero augeri easdem, centesima revolvente se luna.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/652/mode/2up ''Livre XVIII.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/684/mode/2up ''Chap. LVII.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition de 1831 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f339.item ici] et de 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/708|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LVII.''' Avant tout, le calcul des jours même de l’année et du mouvement solaire est d’une difficulté presque insurmontable. Aux trois cent soixante-cinq jours on ajoute des jours intercalaires, produits de quarts de jour et de nuit ; de là vient qu’on ne peut indiquer des époques fixes pour les astres. Ajoutez une obscurité des choses avouée de tous : tantôt en effet la mauvaise saison, s’annonçant, anticipe même de plusieurs jours, ce que les Grecs appellent προϰεἰμασις (avant-hiver), et la belle saison retarde, ce qui est nommé ἐπιϰεἰμασις (arriere-hiver) : l’effet du ciel tombe sur la terre tantôt plus vite, tantôt plus tardivement ; et d’ordinaire c’est quand la sérénité est rétablie que nous entendons dire que l’action de l’astre est accomplie. En outre, car tous ces phénomènes dépendent d’astres réglés et fixés au ciel, le mouvement des étoiles amène intercurremment des grêles, des pluies qui ne sont pas non plus d’une faible action, comme nous l’avons enseigné (XVII, 2), et qui troublent l’ordre espéré. Et ne pensons pas que ces méprises n’arrivent qu’à nous; les autres animaux s’y trompent, bien que plus sagaces que nous sur ce point, vu que leur vie en dépend : l’on voit les oiseaux d’été tués par des froids hâtifs ou tardifs, et les oiseaux d’hiver par des chaleurs hâtives ou tardives. Aussi [[w:Virgile|'''Virgile''']] [[#Virgile|<span id="Virgile_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ([[w:Géorgiques|''Georg.'']], I, 335) recommande-t-il d’étudier encore le cours des astres errants, avertissant d’observer le passage de Saturne, planète froide. Il en est qui regardent comme l’indice le plus sûr du printemps l’apparition des papillons, à cause de la délicatesse de cet insecte. Or, l’année même où nous écrivions ceci (an 830 de ''Rome''), il a été noté que les papillons, ayant éclos, furent détruits à trois reprises par le froid, et que les oiseaux étrangers, ayant apporté l’espérance du printemps avant le 6 des calendes de février (27 janvier), eurent bientôt après à essuyer un hiver très-rigoureux. La double difficulté est d’abord d’avoir à demander au ciel la règle de toute chose, puis d’être obligé de contrôler cette règle par des faits apparents. Avant tout signalons la convexité du monde et les différences du globe terrestre, qui font que le même astre se montre à des temps divers suivant les nations, de sorte que l’influence ne s’en fait pas sentir partout aux mêmes jours. La difficulté a été encore accrue par les auteurs qui ont observé en des lieux différents, ou même qui, ayant observé dans les mêmes lieux, ont publié des résultats divergents. Il y a eu trois écoles, la ''Chaldéenne'', l’Égyptienne, la ''Grecque''. Une quatrième a été formée chez nous par le dictateur [[w:Jules_César|'''César''']], qui ramena l’année à la révolution solaire avec l’aide de [[w:Sosigène_d'Alexandrie|'''Sosigène''']] [[#Sosigène|<span id="Sosigène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], astronome habile. Et ce calcul même, où l’on découvrit une erreur, a été corrigé : pendant douze années consécutives on ne fit pas d’intercalation, attendu que l’année, qui auparavant anticipait, maintenant retardait sur les astres. '''Sosigène''' lui-même, quoique plus exact que les autres, n’a pas cessé, dans trois mémoires, de témoigner de ses doutes en se corrigeant lui-même. Les auteurs que nous avons indiqués au commencement de ce livre [[#auteurs_JH|<span id="auteurs_JH_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ont révélé ces discordances, l’avis de l’un s’accordant rarement avec l’avis de l’autre. Cela est moins étonnant dans ceux qui s’excuseront par la différence des lieux. Parmi ceux qui dans le même pays sont en désaccord, nous choisirons un exemple de dissidence : [[w:Hésiode|'''Hésiode''']] [[#Hésiode|<span id="Hésiode_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (car nous avons aussi sous son nom un livre sur les astres) a rapporté que le [[w:Lever_héliaque|''coucher matinal'']] des [[w:Pléiades_(astronomie)|''Pléiades'']] se faisait au moment de l’[[w:Équinoxe_de_septembre|''équinoxe d’automne'']] ; '''Thalès''', qu’il se faisait vingt-cinq jours après cet équinoxe; [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaximandre_back|<sup>🔄</sup>]], vingt-neuf; [[w:Euctémon|'''Euctémon''']] [[#Euctémon|<span id="Euctémon_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], quarante-huit. Quant à nous, nous suivrons les calculs de '''César''' : ils se rapportent spécialement à l’Italie. Toutefois, nous relaterons aussi les opinions des autres ; car nous sommes les interprètes, non d’un seul pays, mais de la nature entière. Nous nommerons, non pas les auteurs, ce qui serait trop long, mais les pays. Les lecteurs auront seulement à se souvenir que, pour abréger, sous le nom d’[[w:Attique|''Attique'']] nous entendons aussi les [[w:Cyclades|''Cyclades'']]; sous celui de [[w:Macédoine_(province_romaine)|''Macédoine'']], la [[w:Magnésie_antique|''Magnésie'']] et la [[w:Thrace_(province_romaine)|''Thrace'']]; sous celui d’[[w:Égypte_romaine_et_byzantine|''Égypte'']], la [[w:Syrie-Phénicie_(province_romaine)|''Phénicie'']], [[w:Chypre_(province_romaine)|''Chypre'']] et la [[w:Cilicie|''Cilicie'']]; sous celui de [[w:Béotie#Antiquité|''Béotie'']], la [[w:Locride_(Grèce)|''Locride'']], la [[w:Phocide#Antiquité_et_période_byzantine|''Phocide'']] et les contrées limitrophes ; sous celui d’[[w:Hellespontique|''Hellespont'']], la [[w:Chersonèse_(cité_grecque)|''Chersonèse'']] et le continent jusqu’au [[w:Mont_Athos|''mont Athos'']]; sous celui d’[[w:Ionie|''Ionie'']], l’Asie et les îles ''Asiatiques'' ; sous celui de [[w:Péloponnèse#Antiquité|''Péloponnèse'']], l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']] et les terres situées à l’occident; la [[w:Chaldée|''Chaldée'']] indiquera la [[w:Histoire_de_la_Syrie#Antiquité|''Syrie'']] et la [[w:Babylone_(civilisation)|''Babylonie'']]. On ne s’étonnera pas que je passe sous silence l’[[w:Afrique_romaine|''Afrique'']], l’[[w:Hispanie_romaine|''Espagne'']] et les [[w:Gaule|''Gaules'']], car personne dans ces contrées n’a laissé d’observations sur le lever des astres. Toutefois, il ne sera pas difficile de le calculer, même dans ces contrées, en étudiant la disposition des cercles que nous avons présentés dans le sixième livre (VI, 39). Grâce à cette étude, on connaît les relations astronomiques nou-seulement des nations, mais encore des villes en particulier : étant donnés les cercles déterminés par l’égalité des ombres, on choisit, dans les terres que nous avons nommées, le cercle qui a rapport à la localité objet du problème, et qui détermine en même temps le lever des astres pour cette localité. Il faut encore remarquer (II, 48) que tous les quatre ans les saisons ont leurs excès, et qu’elles reviennent les mêmes sans grande différence, en raison du soleil ; mais que tous les huit ans elles ont un redoublement, à la révolution de la centième lune.</div>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#auteurs_JH_back|<span id="auteurs_JH"><sup>1</sup></span>]] Ce passage porte à croire que les auteurs dont Pline s’était servi pour composer chacun des livres de son ouvrage avaient été placés en tête du livre auquel ils se rapportaient. Les éditions mettent cette liste d’auteurs à la suite de la table de chaque livre, dans la table générale dressée par Pline lui-même.'''</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/652/mode/2up ''Livre XVIII.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/684/mode/2up ''Chap. LVII.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]] [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/708/mode/2up <sup>NOTES</sup>], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/708|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Jean Hardouin 1883|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Virgile_back|<span id="Virgile"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Publius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Vergilius|nomen, nom de famille}} {{Info|Maro|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète latin renommé dans les styles [[w:Épopée|''épique'']] (l’[[w:Énéide|''Énéide'']]), [[w:Poésie_pastorale|''pastorale'']] (les [[w:Bucoliques|''Bucoliques'']]) et [[w:Poésie_didactique|''didactique'']] (les [[w:Géorgiques|''Géorgiques'']]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(15 octobre [[w:Années_70_av._J.-C.|-70]], [[w:Virgilio_(Lombardie)#Histoire|''Andes'']], au sud-est de l’actuelle [[w:Lombardie#Histoire|''Lombardie'']], au nord de l’Italie — 21 septembre [[w:Années_19_av._J.-C.|-19]], [[w:Brindisi#Histoire|''Brundisium'']], au sud-est des actuelles [[w:Pouilles#Domination_romaine|''Pouilles'']], au sud-est de l’Italie)<sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Sosigène_back|<span id="Sosigène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σωσῐγένης / Sōsigénēs [[wikt:en:Σωσιγένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe σῴζω / sṓizō, « 1. Sauver : • Guérir ; • (rare chez Homère) Garder en sécurité, préserver ; • Garder, observer, maintenir ; • (généralement au milieu) Garder à l’esprit, se souvenir ; • Conduire en toute sécurité (à) ; • Secourir ; • Conserver pour. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun γένος / génos [[wikt:en:γένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Race, souche, parenté : Descendance directe, par opposition à une relation collatérale. 2. Progéniture, descendant : (collectif) progéniture, postérité. 3. (en général) Race d’êtres : • Famille, clan, maison ; • Tribu, nation, race, en tant que subdivision de ἔθνος / éthnos [[wikt:en:ἔθνος#Ancient_Greek|(en)]] ; • Caste ; • Race d’animaux. 4. Âge, génération, période de la vie. 5. Sexe, genre : (grammaire) Genre grammatical. 6. Classe, sorte, genre : • (logique) L’opposé de εἶδος / eîdos [[wikt:en:εἶδος#Ancient_Greek|(en)]] ; • (taxonomie) Classe : • (taxonomie) Genre ; • Espèce de plante ; culture, produit ; matériau ; • Élément. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Astronome grec, connu pour avoir participer à la conception du [[w:Calendrier_julien|''calendrier julien'']] (instauré par Jules César en [[w:Années_46_av._J.-C.|-46]]/[[w:Années_45_av._J.-C.|-45]], lorsqu’il était [[w:Pontifex_maximus|''pontifex maximus'']]), avec une année commune de 365 jours divisée en 12 mois, et un jour intercalaire ajouté tous les 4 ans, lors des années bissextiles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hésiode_back|<span id="Hésiode"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡσῐ́οδος / Hēsíodos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète ''grec'', renommé pour 2 ouvrages :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• [[w:Théogonie_(Hésiode)|''la Théogonie'']], une généalogie des dieux (dans laquelle il présente la multitude des dieux célébrés par les mythes grecs où trois générations divines se succèdent : celle d’Ouranos, celle de Cronos, celle de Zeus qui sort triomphant) et une cosmogonie (qui retrace la création du monde à partir du Chaos) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• et [[w:Les_Travaux_et_les_Jours|''les Travaux et les Jours'']], un almanac sur l’agriculture à destination de son frère Perses.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Euctémon_back|<span id="Euctémon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ευκτήμων / Euktémōn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Astronome ''athénien'', contemporain et collègue de l’astronome [[w:Méton|Méton]], avec qui, il a fait une série d’observations des [[w:Solstice|''solstices'']] afin de déterminer la durée de l’[[w:Année_tropique|''année tropique'']] [https://ecliptiqc.ca/Almageste_Livre3.php#III1 <sup>Ptolémée, Almageste, liv. III, chap. 1</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Des découvertes astronomiques : part de chaque observateur dans la science.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''LVII.''' D’abord, il est presque impossible de déterminer d’une manière précise le nombre des jours de l’année et le cours du soleil [[#Primum_omnium_dierum_AdG|<span id="Primum_omnium_dierum_AdG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Aux trois cent soixante-cinq jours qui composent l’année, on ajoute le quart d’un jour et d’une nuit, pour en faire ensuite un jour intercalaire ; de là il suit qu’on ne saurait indiquer avec précision le moment du lever et du coucher des astres. On convient qu’il y a encore dans cette théorie beaucoup d’obscurité ; en effet, les saisons quelquefois commencent plusieurs jours avant le terme qui leur a été fixé, ce que les ''Grecs'' appellent ''procheimasis'' ; d’autres fois, plusieurs jours après, ce qu’ils appellent ''épicheimasis'' [[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG|<span id="Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Presque toujours l’action des astres se fait sentir sur la terre ou plus tôt ou plus tard qu’il ne devrait ; aussi dit-on communément, lorsque le beau temps est revenu, que tel astre a produit son effet. Ces phénomènes dépendent des astres fixés à la voûte des cieux, ainsi que des étoiles, dont les mouvemens particuliers excitent des grêles et des pluies qui sont d’une très-grande conséquence pour les biens de la terre, comme nous l’avons observé, et amènent dans la température des changemens sur lesquels le laboureur ne pouvait compter. Non-seulement les hommes y sont trompés, mais aussi les animaux, bien plus habiles que nous à prévoir ces vicissitudes, puisque d’ailleurs leur vie en dépend ; en effet, on a vu des oiseaux d’été périr par des froids arrivés trop tôt ou trop tard, et des oiseaux d’hiver par des chaleurs également imprévues. Aussi '''Virgile''' veut-il qu’on étudie aussi le cours des ''planètes'', et qu’on observe avec soin le passage du froid ''Saturne'' [[#Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG|<span id="Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG_back"><sup>'''3'''</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quelques-uns fixent le commencement du printemps à l’apparition des papillons, parce que ces insectes sont fort délicats. Néanmoins on a observé, dans l’année même où j’écris cette partie de mon ouvrage, que le froid, ayant repris trois fois, a fait périr autant de fois les papillons, et que les hirondelles qui, s’étaient montrées dès le 6 des [[w:Calendes|''kalendes'']] de février, et semblaient annoncer le retour du printemps, ont eu à essuyer un rigoureux hiver.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">C’est donc une science très-problématique que celle de l’influence des astres, et les inductions qu’elle fournit sont fort douteuses [[#Res_anceps_AdG|<span id="Res_anceps_AdG_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui augmente la difficulté, c’est la convexité du ciel et la différence des climats de la terre : le même astre se montre ici dans un temps, et là dans un autre ; d’où il suit que son influence ne se fait pas sentir en même temps partout. Pour surcroît d’embarras, les observations recueillies par les auteurs ont été faites dans des lieux différens, et ceux du même pays ne s’accordent pas même entre eux. On compte trois écoles astronomiques, la ''chaldéenne'', l’égyptienne et la ''grecque''. Le dictateur '''César''' en a fondé, chez les ''Romains'', une quatrième, lorsqu’aidé de '''Sosigène''', habile astronome, il fixa la longueur de l’année à une révolution du soleil. On trouva dans la suite que son calendrier était défectueux, parce que l’année, auparavant plus courte, se trouvait alors plus longue que le cours du soleil. Pour y remédier, il fallut, pour douze années consécutives, supprimer les jours intercalaires. '''Sosigène''' lui-même, le mathématicien le plus exact de son temps, après avoir revu jusqu’à trois fois ses calculs, sembla toujours douter de leur justesse, et ne cessa jamais de se corriger lui-même. De tous les auteurs qui ont traité ce sujet, et que nous avons cités au commencement de ce livre, il en est rarement deux qui soient de même avis. Cette divergence d’opinions est moins surprenante et plus excusable chez ceux qui écrivaient en des pays différens. Mais que dire de ceux qui, habitant le même pays, sont néanmoins d’avis différens ? En voici un exemple : '''Hésiode''', qui nous a laissé aussi un ouvrage sur le cours des astres, fixe le coucher matutinal des ''Pléiades'' au moment de l’équinoxe d’automne ; '''Thales''' prétend qu’il n’arrive que vingt-cinq jours après ; '''Anaximandre''' en met vingt-neuf ; '''Euctémon''', quarante-huit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quant à nous, nous suivrons les calculs de '''César''', qui se rapportent spécialement à l’Italie ; mais nous rapporterons aussi les observations étrangères, car notre plan n’est pas de traiter d’un seul pays, mais de la nature entière. Pour être moins longs, nous citerons les pays, et non les auteurs ; et, pour abréger davantage encore, les lecteurs se souviendront que, sous le nom d’Attique, il faut aussi entendre les ''Cyclades'' ; sous le nom de ''Macédoine'', la ''Magnésie'' et la ''Thrace'' ; sous le nom d’Égypte , la ''Phénicie'', l’île de ''Cypre'' et la ''Cilicie'' ; sous celui de ''Béotie'', la ''Locride'', la ''Phocide'' et les contrées voisines ; sous le nom d’Hellespont, la ''Chersonèse'' et partie du continent jusqu’au mont ''Athos'' ; sous le nom de l’Ionie, l’Asie et les îles ''Asiatiques'' ; sous le nom du ''Péloponnèse'', l’Achaïe et les pays adjacens au couchant ; enfin sous le nom de ''Chaldée'', l’Assyrie et la ''Babylonie''. On ne sera pas étonné que nous ne parlions ni de l’Afrique, ni de l’Espagne, ni des ''Gaules''. Aucun auteur dans ces contrées n’a laissé d’observations sur le lever ou le coucher des astres. Il ne sera pas difficile néanmoins de déterminer l’époque de ces phénomènes dans ces contrées, en étudiant la disposition des cercles, telle que nous l’avons présentée dans le sixième livre. Par ce moyen, on déterminera la position astronomique, non-seulement de chaque pays, mais encore de chaque ville dont nous avons pu parler, en prenant par les ombres égales de tous les cercles, une portion du cercle de telle contrée qu’on voudra choisir, et en calculant son rapport avec le lever des astres. Il faut faire observer encore que tous les quatre ans les chaleurs reviennent à peu près les mêmes pour chaque saison, en raison du mouvement du soleil, et que toutes les huitièmes années elles sont plus fortes, à cause de la centième lunaison.</div>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Primum_omnium_dierum_AdG_back|<span id="Primum_omnium_dierum_AdG"><sup>1</sup></span>]] Cf. sur la plupart des difficultés que le texte de notre auteur révèle, les notes relatives à l’astronomie, au livre II. L’année romaine fut d’abord celle des [[w:Albe_la_Longue|''Albains'']], c’est-à-dire lunaire ; dix mois la composaient, mars en était le premier : elle avait cinquante jours de moins que l’année lunaire réelle, et soixante-un de moins que l’année solaire, c’est-à-dire trois cent quatre jours seulement ; c’était là l’[[w:Calendrier_romain|{{Info|''année de Romulus''|le calendrier dit romuléen}}]]. [[w:Calendrier_romain|{{Info|''Numa''|le calendrier dit pompilien}}]] ajouta deux mois à cette année, janvier et février, et elle se trouva être composée de trois cent cinquante-cinq jours. Elle demeura ainsi jusqu’à Jules César, où commence l’[[w:Calendrier_julien|''année julienne'']], qui se compose de trois cent soixante-cinq jours, huit heures, auxquels [[w:Calendrier_grégorien|''Grégoire le Grand'']] ajouta onze minutes, pour arriver à la plus grande exactitude possible.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back|<span id="Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG"><sup>2</sup></span>]] L’entrée du soleil dans tel ou tel signe du zodiaque, son passage à l’équateur, etc., ne sont pas toujours le signal d’un changement dans la température. [[w:Végèce|Végèce]] a parlé des jours prokéimasiques et épikéiniasiques :''' {{Info|''Aut enim circa diem statutum, aut ante, vel postea, tempestates fieri, compertum est : unde præcedentes, ωροϰεἰμασιν : nascentes die solenni, επιϰεἰμασιν : subsequentes, μεταϰεἰμασιν, græco vocabulo nuncuperaverunt''|Car on a constaté que les tempêtes se produisent soit vers le jour fixé, soit avant, soit après : d’où les précédents, ωροϰεἰμασιν : nés le jour solennel, επιϰεἰμασιν : les suivants, μεταϰεἰμασιν, étaient appelés par le mot grec. TdA.}} '''(IV, 40).'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG_back|<span id="Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG"><sup>3</sup></span>]] <p style="margin: 0 6em; text-indent: 0px">'''{{Info|Hoc metuens, cæli menses et sidera serva,<br />Frigida Saturni sese quo stella receptet.|Craignant cela, gardez les lunes et les étoiles du ciel, le froid de Saturne lui-même, où l’étoile les recevra. TdA.}}'''<p style="text-align: right; margin: 0 6em; text-indent: 0px">''Georg.'', I, 335.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Res_anceps_AdG_back|<span id="Res_anceps_AdG"><sup>4</sup></span>]] Voici enfin quelques idées philosophiques qui se trouvent sous la plume de Pline ; malheureusement la cause par laquelle notre auteur explique l’influence des astres est problématique, et montre que les sciences astronomiques des anciens laissaient beaucoup à désirer. Les Grecs croyaient qu’il y avait autant de cieux que de planètes ; le huitième ciel, ou le firmament, était celui dès étoiles fixés.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Occasum_matutinum_Vergiliarum_Hesiodus_AdG_back|<span id="Occasum_matutinum_Vergiliarum_Hesiodus_AdG"><sup>5</sup></span>]] L’ouvrage auquel Pline fait allusion a été mentionné par [[w:Théon_d'Alexandrie|Théon]] qui le nomme Αστριϰὴ βίϐλος [[w:en:Astronomia_(poem)|(en)]]. Cet ouvrage est perdu.'''</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Onzième</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f196.item ''Livre XVIII.''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f340.item ''chap. LVII.''], traduction nouvelle par M. [[w:Stéphane_Ajasson_de_Grandsagne|Ajasson de Grandsagne]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f453.item <sup>NOTES</sup>], C. L. F. Panckoucke, Paris, 1829</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">''Divi[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ion des jours & des nuits [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uivant le cours du Soleil ; lever & coucher des étoiles ; ordre des [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons ; tems où l’on [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eme les bleds d’hiver.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''D'''’ABORD il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que impo{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible de déterminer au ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te le nombre des jours de l’année, & le cours du Soleil ; car comme aux trois cents {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oixante & cinq jours dont l’année e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ée, on ajoute le quart d’un jour & d’une nuit, autrement {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, qui, au bout de quatre ans, font un jour intercalaire [[#jour_intercalaire_LPdS|<span id="jour_intercalaire_LPdS_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], il arrive qu’on ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auroit a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igner avec certitude le tems du lever & du coucher des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres. En {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd lieu, l’on convient qu’il y a dans cette théorie beaucoup d’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité ; car quelquefois les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons [[#quelques_les_saisons_LPdS|<span id="quelques_les_saisons_LPdS_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] commencent plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours avant le terme qui leur a été fixé, ce que les Grecs appellent ''prokheïma{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}is'' ; & d’autres fois plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours après, ce que ces mêmes Grecs expriment par le mot ''epikheïma{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}is'' : & l’on éprouve très {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouvent que l’action des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ait {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la terre, tantôt plutôt, tantôt plus tard. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i dit-on communément, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que le beau tems e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t revenu, que tel a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre a produit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on effet. D’ailleurs comme tout cela dépend des globes céle{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes, leur mouvement relatif excite quelquefois des grêles & des pluies, qui, comme nous l’avons déja [[#déjà_fait_observer_LPdS|<span id="déjà_fait_observer_LPdS_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] fait ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erver, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de la plus grande con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}équence pour les biens de la terre, & qui renver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pérance qu’on avoit du beau tems. Et non {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement les hommes y {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont trompés, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les animaux, quoiqu’ils aient bien plus de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agacité que nous pour pre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir ces vici{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}itudes du ciel, d’autant que leur vie en dépend. En effet, on voit quelquefois les oi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux d’été mourir par des froids qui viennent trop tard ou trop tôt, & les oi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux d’hiver par des chaleurs qui arrivent de même. C’est pourquoi '''Virgile''' veut qu’on étudie au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le cours des planetes, & qu’on ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erve à quelle partie du zodiaque répond la planete du froid Saturne [[#Saturne_LPdS|<span id="Saturne_LPdS_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Quelques-uns croient que le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igne le plus certain du printems commencé, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’on voit des papillons, & cela parceque ces in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont fort délicats. Néanmoins on a remarqué que dans l’année même [[#lAnnée_dÉcriture_LPdS|<span id="lAnnée_dÉcriture_LPdS_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] où j’écris ceci, le froid ayant recommencé ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois fois, a fait mourir autant de fois les papillons ; & que les hirondelles, qui, s’étant montrées dès le vingt-{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ept de Janvier, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embloient annoncer le retour du printems, ont en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uyé un très cruel hiver.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t donc une {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cience très problématique que celle de l’influence des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, & les inductions que l’on en tire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont fort douteuses. Mais ce qui cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e le plus d’incertitude, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cette convexité du ciel & la différence des climats de la terre, parceque le même a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e montre ici dans un tems, & là dans un autre, d’où il ré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulte que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on influence ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir en même tems par-tout. Un autre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urcroît de difficulté, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t que les ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations recueillies par les Auteurs ont été faites en différents lieux, & que ceux même qui ont écrit dans le même endroit ne s’accordent nullement entre eux dans ce qu’ils écrivent. On compte ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois différentes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortes de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectes en A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomie ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}avoir, celle des Chaldéens [[#secte_des_Chaldéens_LPdS|<span id="secte_des_Chaldéens_LPdS_back"><sup>'''5*'''</sup></span>]], celle des Egyptiens & celle des Grecs. On peut même dire que le Dictateur Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar [[#Dictateur_César_LPdS|<span id="Dictateur_César_LPdS_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}it, chez les Romains, une quatrieme, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il rédui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}it chaque année au cours du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervant à cet effet du travail de So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igene, très habile A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronome. Néanmoins on découvrit en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite que le calendrier de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar étoit défectueux [[#calendrier_César_défectueux_LPdS|<span id="calendrier_César_défectueux_LPdS_back"><sup>'''7'''</sup></span>]], parceque l’année qui auparavant étoit plus courte que le cours du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouvoit alors plus longue : & pour corriger cette erreur, on ordonna que pendant douze années de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite, il n’y auroit point de jour intercalaire [[#correction_erreur_LPdS|<span id="correction_erreur_LPdS_back"><sup>'''8'''</sup></span>]]. So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igene lui-même, quoique Mathématicien plus exact que les autres, ne lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a pas de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e conduire con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tamment en homme qui doutoit de la ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on propre calcul, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il en fit ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois différentes corrections. De tous les Auteurs [[#Auteurs_calendrier_LPdS|<span id="Auteurs_calendrier_LPdS_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] qui ont écrit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette matiere, & que nous avons allégués au commencement de ce livre, il s’en trouve rarement deux qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oient de même {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entiment. Cette variété e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urprenante, comme au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i plus excu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}able, chez ceux qui écrivoient en des pays différents. Mais que dire de ceux qui, écrivant dans le même pays, n’ont pas lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é d’être partagés d’opinion ? En voici un exemple. '''Hé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iode''', dont il y a au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i un ouvrage [[#ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS|<span id="ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le cours des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, dit que les Pléiades {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couchent le matin dans le tems même de l’équinoxe d’automne. '''Thalès''' [[#opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS|<span id="opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS_back"><sup>'''11'''</sup></span>]] dit que cela arrive vingt-cinq jours après. '''Anaximandre''' en met vingt-neuf ; '''Euctémon''' [[#Euctémon_LPdS|<span id="Euctémon_LPdS_back"><sup>'''12'''</sup></span>]] quarante-huit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quant à nous, nous {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivrons le calcul de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, ayant principalement égard à l’Italie. Nous ne lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erons néanmoins de rapporter les opinions étrangeres, parceque notre objet n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas de traiter d’un {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eul pays, mais de la Nature entiere. Seulement, pour éviter les longueurs, nous n’indiquerons que les pays où chaque opinion a lieu, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans faire mention des auteurs de ces a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ertions : & pour abréger encore davantage, les Lecteurs voudront bien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouvenir que quand il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t parlé de l’Attique, il faut, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous ce nom, entendre au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les Cyclades ; que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de Macédoine, il faut entendre au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la Magné{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie & la Thrace ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Egypte, la Phénicie, l’i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}le de Chypre & la Cilicie; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous celui de la Béotie, la Locride, la Phocide & les contrées voi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ines ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Hel le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pont, la pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}le de Thrace & le pays de terre ferme, ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’au mont Athos ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Ionie, l’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie & les i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}les A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iatiques ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom du Péloponne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, l’Achaïe & les contrées [[#contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS|<span id="contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS_back"><sup>'''13'''</sup></span>]] adjacentes qu’elle a à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on couchant ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom des Chaldéens, l’Assyrie & la Babylonie. Il ne faudra pas s’étonner {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i je ne parle ici ni de l’Afrique, ni de l’Espagne, ni des Gaules, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que ces pays n’ont eu aucun Auteur qui ait écrit du cours des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, ni de leur lever. Toutefois il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}era pas difficile de connoître le tems où ils {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e levent dans ces pays-là même, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}truit de l’arrangement des cercles céle{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes, tel que nous l’avons expliqué au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme livre de cet ouvrage ; car, par ce moyen, & par les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eules notions que nous avons expo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ées en donnant une nomenclature des lieux, on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aura la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition, non {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement de chaque pays, mais encore de chaque ville, en prenant par les ombres égales de tous les cercles, un {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}egment du cercle de tel pays qu’on voudra choi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ir, & en cherchant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on rapport avec le lever des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres. Il faut remarquer au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i que de quatre [[#Columelle_LPdS|<span id="Columelle_LPdS_back"><sup>'''14'''</sup></span>]] en quatre ans les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons & les chaleurs reviennent à peu près les mêmes, & cela à cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e du mouvement du Soleil ; & que de huit en huit ans ces mêmes chaleurs reviennent plus con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idérables, en vertu de la centieme lunai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}}
<div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#jour_intercalaire_LPdS_back|<span id="jour_intercalaire_LPdS"><sup>1</sup></span>]] Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur toute cette que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion, nos notes 13 & 14 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le huitieme chapitre du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd livre de Pline, tome 1, p. 41 & 42 :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 5em;">(13) [[w:Suétone|Suétone]] s’exprime mieux, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il écrit : chaque quatrieme année ''quarto quoque anno''. Il est vrai que, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon le [[w:Jean_Hardouin|Pere Hardouin]], il faut comprendre dans la période de cinq ans, dont parle Pline, la premiere & la cinquieme année comme Bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles ; ce qui revient aux quatre années de Suétone, dont la quatrieme avoit un ''bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ex'' ; mais en vérité cette explication est des plus forcées. Je {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erois donc d’avis qu’il faudroit lire dans Pline comme dans Suétone, ''quarto anno'', {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nous n’apprenions d’ailleurs de cet Hi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}torien, que dès le regne d’Augu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te il s’étoit déja gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs abus & altérations dans l’année Julienne. On voit du moins qu’il y réforma plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, sous prétexte de la remettre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le pied où Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar l’avoit in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituée. Cela me donneroit à pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er qu’on fit dès-lors attention à la fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eté & à l’excédence du calcul Julien ; mais qu’Augu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te, par respect pour la mémoire de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, affecta d’imputer la faute à la négligence des Prêtres chargés à Rome de l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pection du Calendrier ; qu’au demeurant, on découvrit l’abus, & qu’on e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aya d’y remédier, en n’ajoûtant un jour entier à l’année ordinaire que chaque ''cinquieme année'' comme Pline paroît l’articuler ici expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement. Mais d’ailleurs il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t évident qu’à la longue le période bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile de quatre années en quatre années prévalut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur celui de chaque cinquieme année, dont parle Pline ; & même il paroît que ceux qui, par la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite, voulurent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}upputer les tems, récapitulerent, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans exception, toutes les bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles quartenaires écoulées depuis l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution Julienne ; car en 1582, on trouva par ce moyen que l’année étoit reculée de dix jours & plus; d’autant que l’excédence du calcul Julien, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e à l’année révolue 365 jours & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, au lieu de 365 jours 5 heures 49 minutes, 8 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econdes 17 tierces & 13 quarts qu’elle a réellement, forme tous les ans environ 11 minutes de trop, & tous les cent trente-quatre ans un jour entier d’excès. Le Pape Grégoire XIII trouvant donc l’année reculée de plus de dix jours ; ce qui dérangeoit l’économie annuelle des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olemnités, remédia à cet inconvénient en retranchant de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on autorité dix jours au mois d’Octobre de l’année 1582, où l’on étoit alors ; & en réglant qu’à l’avenir tous les quatre cents ans on omettroit trois années bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles. Ce réglement devint une loi pour pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que toute l’Europe chrétienne. L’autre maniere de compter fut appellée l’ancien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tyle. La Grande-Bretagne a long-tems per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té à s’en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir malgré {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on abus manife{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te. Enfin le Parlement d’Angleterre, par acte du mois de Septembre 1752, a adopté la réforme Grégorienne.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 4em;">(14) Le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, en fai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant le tour du cercle oblique, parcourt réellement 360 degrés ou {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections ; pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que tout cercle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e divi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e en 360 parties appellées degrés : mais la me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ure de chaque degré du cercle parcouru annuellement par le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, excede tant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit peu, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire de quelques légeres fractions de tems, la durée de chacun de nos jours révolus ; durée qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t, comme on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ait, que de 24 heures préci{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es ; le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quelles, comparées à un degré, en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, au bout de l’année, 365 & plus pour le cercle, au lieu de 360 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement que le cercle requerroit. D’après une connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de ces principes, Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e voyant Dictateur, Grand-Pontife, & maître du monde, entreprit, l’an 140 avant J. C. de réformer les abus qui s’étoient gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}és, tant dans l’année Pompilienne, ou de Numa, que dans celle des Pontifes, encore plus irréguliere que celle de Numa. A cet effet, il fit venir d’Alexandrie le Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igenes. Celui-ci décida fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement que le cercle des jours de l’année révolue excédoit du nombres 5 joint au quart de 1 les 360 degrés du cercle oblique parcouru par le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil : expo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é faux, auquel le Dictateur, occupé d’autres {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oins, déféra {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans autre examen. Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar régla donc, de l’avis de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronome, que l’année {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit divisée en 365 jours ; & quant au quart de jour re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant, qui produit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, il ordonna qu’on n’y auroit aucun égard pour chaque année particuliere ; mais que chaque quatrieme année on réuniroit la totalité de quatre fois {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, qui en font vingt-quatre, pour en compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er un jour entier; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i cette quatrieme année auroit 366 jours. Il régla de plus, que ce jour intercalaire, ou ajoûté à chaque quatrieme année, seroit le 24 Février. Les Romains nommoient ce jour-là ''bis {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}exto calendas Martii'', c’est-à-dire, le ''{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme avant les calendes de Mars'' ; d’où il arriva que l’année où tomboit ce jour intercalaire fut appellée bis-{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#quelques_les_saisons_LPdS_back|<span id="quelques_les_saisons_LPdS"><sup>2</sup></span>]] Végece dit pareillement, liv. 4, chap. 40 : ''Aut enim circa diem {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatutum, aut ante, vel po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tea, tempe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tates fieri compertum e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t : unde præcedentes, ωροϰεἰμασιν : na{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}centes die {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olenni, επιϰεἰμασιν : {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equentes, μεταϰεἰμασιν, Græco vocabulo nuncuperaverunt'' [[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back|<sup>⤴️</sup>]]. On lit au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i chez [[w:Columelle|Columelle]], dans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a Préface :''' {{Info|''Neque enim ſemper eumdem, cælum & annus, velut ex præſcripto habitum gerunt : nec omnibus annis eodem vultu venit aſtas, aut hyems, &c.''|Car le ciel et l’année ne portent pas toujours le même habit, comme par un précepte : ni l’automne n’arrive chaque année avec la même apparence, ni l’hiver, etc. TdA}}
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#déjà_fait_observer_LPdS_back|<span id="déjà_fait_observer_LPdS"><sup>3</sup></span>]] Au liv. 17, chap. 2.'''
</td>
<tr>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Saturne_LPdS_back|<span id="Saturne_LPdS"><sup>4</sup></span>]] Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i qu’il l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}inue dans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es ''Géorg.'' liv. I, v. 335 :'''<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 0px">{{Info|Hoc metuens, cæli menses et sidera serva,<br />Frigida Saturni sese quo stella receptet.|Craignant cela, gardez les lunes et les étoiles du ciel, le froid de Saturne lui-même, où l’étoile les recevra. TdA.}}
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#lAnnée_dÉcriture_LPdS_back|<span id="lAnnée_dÉcriture_LPdS"><sup>5</sup></span>]] Pline, au quatorzieme livre, chap. 4, comptoit deux cents trente ans depuis la mort de [[w:Cicéron|Cicéron]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cicéron_I|<sup>🔄</sup>]], arrivée l’an de Rome 600. L’année qu’il indique ici, & où il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouvoit avoir compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre livres de plus, e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t probablement la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivante, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire l’année 831 de la fondation de Rome.'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#secte_des_Chaldéens_LPdS_back|<span id="secte_des_Chaldéens_LPdS"><sup>5*</sup></span>]] Sur l’année Chaldéenne, qui étoit la même que la Judaïque, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez [[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ebe]], ''Præpar. Evang.'' liv. 9, chap. 17, où il fait Abraham inventeur de l’a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomie chez les Chaldéens. Les A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trologues Chaldéens étoient ordinairement des Prêtres des Dieux, tels que [[w:Bérose|Béro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e]], auquel les Athéniens éleverent dans leur Gymna{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e une {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatue à langue dorée. Sur quoi voyez Pline, liv. 7, chap. 37. Ce Béro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e étoit un Prêtre de [[w:Bēl|Belus]] ; il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cité par [[w:Clément_d'Alexandrie|Clément d’Alexandrie]], & par [[w:Flavius_Josèphe|Jo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eph]] [[#Flavius_Josèphe_I|<sup>⤵️</sup>]], contre Apion, liv. 1. Sur l’année Egyptienne, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’ancienne année Grecque, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez [[w:Hérodote|Hérodote]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_I|<sup>🔄</sup>]] liv. 2, n°. 4. Cicéron rend ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tice à l’étude que firent des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres les Egyptiens & les Babyloniens, liv. 1, de ''Divinat.'' n°. 16 :''' {{Info|''Ægyptii, & Babylonii, in camporum patentium aquoribus habitantes, cùm ex terra nihil emineret, quod contemplationi cæli officere poſſet, omnem curam in ſiderum cognitione poſuerunt''|Les Égyptiens et les Babyloniens, vivant dans les eaux des plaines découvertes, alors que rien ne dépassait de la terre qui pût gêner la contemplation du ciel, mettaient tous leurs soins dans la connaissance des étoiles. TdA}}.
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Dictateur_César_LPdS_back|<span id="Dictateur_César_LPdS"><sup>6</sup></span>]] Voyez les notes 13 & 14 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le chap. 8 du liv. 2, tome 1, p. 41 & 42.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#calendrier_César_défectueux_LPdS_back|<span id="calendrier_César_défectueux_LPdS"><sup>7</sup></span>]] Voyez les notes indiquées dans la note précédente ; & joignez-y les ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivantes, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de M. De{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}places, p. 339 : « Le calendrier chrétien, ayant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivi la réformation de Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouva qu’en l’année 1582, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le Pape Grégoire XIII, l’équinoxe étoit remontée ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’au 11 de Mars, au lieu du 21, où elle devoit être. Ce Pape, après avoir con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulté Clavius & Ciaconius, les plus habiles A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes du tems, ordonna qu’en cette même année 1582, on compteroit le 5 du mois d’Octobre, au lieu du 15, afin de retrancher les dix jours qui s’étoient gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}és de trop, en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivant la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}upputation Julienne, depuis le Concile de Nicée, tenu en 325 : on convint encore de continuer l’intercalation d’un jour tous les quatre ans ; & qu’en outre, pour éviter dans la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite pareille erreur, il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit fait un retranchement de trois jours intercalaires, dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pace de quatre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iecles, à cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e des onze minutes qui manquent aux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures des années, dont on compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e l’année intercalaire, ou bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile ; ces trois jours {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e retranchent en l’année qui finit les trois premiers {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iecles. De célebres A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes modernes ont fait voir que, malgré cette précaution, il y auroit encore, au bout de quatre cents ans, plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours de variation dans l’équinoxe ».'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#correction_erreur_LPdS_back|<span id="correction_erreur_LPdS"><sup>8</sup></span>]] Etabli par Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, & qui revenoit tous les quatre ans. Ecoutons Suétone, vie de ce Dictateur, chap. 40 : {{Info|''Faſtos correxit, jampridem vitio Pontiſicum, per intercalandi licentiam adeo turbatos, ut neque meſſium feria aſtati, neque vindemiarum autumno competerent, annumque ad curſum ſolis accommodevit, ut CCCLXV dierum eſſet, & intercalario menſe ſublato, unus dies quarto quoque anno intercalaretur, &c''|Il corrigea les jeûnes, qui avaient toujours été une faute pontique, si perturbés par la permission de l’intercalation, que ni les fêtes du mois ne tenaient, ni les récoltes ne correspondaient à l’automne, et il ajusta l’année à la course du soleil, de sorte que c’était 365 jours, et après le mois intercalaire, un jour était intercalé tous les quatre ans, etc. TdA}}. On s’apperçut que cette correction de Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar étoit elle-même fautive. On tenta de nouveau de remédier au vice du calendrier ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur quoi con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez Solin, chapitre 1, p. 5 ; le P. Petau, ''de Doctr. temp.'' chap. 3 ; mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur-tout [[w:Macrobe|Macrobe]], qui s’exprime ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i, liv. 1, ''Saturn.'' chap. 14, p. 255 :''' {{Info|''Sacerdotes ſibi errorem novum ex ipſa emendatione ſecerunt. Nam cùm oporteret diem, qui ex quadrantibus conſit, quarto quoque anno conſecto, antequam quintus inciperet, intercalare, illi quarto non peracto ſed incipiente, intercalabant. Hic error ſex & triginta annis permanſit : quibus annis intercalati ſunt dies duodecim, cùm deberent intercalari novem. Sed hunc quoque errorem ſerò deprehenſum correxit Auguſtus, qui annos duodecim ſine intercalari die tranſigi juſſit : ut illi tres dies, qui per annos triginta & ſex vitio ſacerdotalis ſeſtinationis excreverant, ſequentibus annis duodecim, nullo die intercalato, devorarentur. Poſt hoc unum diem, ſecundùm ordinationem Caſaris, quinto quoque incipiente anno intercalari juſſit : & omnem hunc ordinem area tabula ad aternam cuſtodiam inciſione mandavit.''|Les prêtres retranchèrent une nouvelle erreur de leur correction. Car lorsqu’il fallait intercaler le jour qui est composé de quadrants, la quatrième année consécutive, avant que la cinquième ne commence, on intercalait ceux lorsque la quatrième n’était pas terminée mais commençait. Cette erreur a duré trente-six ans : années au cours desquelles douze jours ont été intercalés, alors qu’il aurait fallu en intercaler neuf. Mais cette erreur fut également détectée par Auguste, qui ordonna que douze années s’écoulèrent sans jour intercalaire : afin que ces trois jours, qui avaient été excrétés pendant les trente-six années du vice sacerdotal de cessation, soient dévorés dans le douze années suivantes, sans jour intercalaire. Après ce jour, selon l’ordonnance de César, il décréta que la cinquième année serait également intercalée : et tout l’ordre fut ordonné d’être gravé par le conseil du domaine pour la garde éternelle. TdA}}.
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Auteurs_calendrier_LPdS_back|<span id="Auteurs_calendrier_LPdS"><sup>9</sup></span>]] Ces Auteurs {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont Hiéron, Philomêtor, Attale, Archelaüs, Xénophon, Magon, Caton, Silanus, Varron, &c. dont Pline a fait mention {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la fin du chapitre 3.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS_back|<span id="ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS"><sup>10</sup></span>]] Nous apprenons de Théon que cet ouvrage {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nommoit l’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trique, Ἀςριϰὴ ϐίϐλος. Voyez au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur ce même ouvrage, une Epigramme de [[w:Callimaque_de_Cyr%C3%A8ne|Callimaque]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_I_de_Cyrène_II|<sup>🔄</sup>]], citée dans la vie d’Aratus, qui fait partie de l’Uranologie de [[w:Denis_Pétau|Petau]], liv. 2, ''Var. Di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ert.'' chap. 9, p. 97.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS_back|<span id="opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS"><sup>11</sup></span>]] Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette opinion de Thalès, ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur celles d’Hé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iode & d’Anaximandre, l’Uranologie citée note précédente.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Euctémon_LPdS_back|<span id="Euctémon_LPdS"><sup>12</sup></span>]] ''Euctemon'' ; ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i portent les manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits, & non pas ''Eudemon''. J’ai traité d’Euctêmon (en Grec Εὐϰτημον) dans les notes alphabétiques du premier livre, & plus récemment dans la note 21 du chapitre précédent.'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS_back|<span id="contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS"><sup>13</sup></span>]] Telles que l’Elide, l’Arcadie, la Me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}lénie.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Columelle_LPdS_back|<span id="Columelle_LPdS"><sup>14</sup></span>]] Columelle, liv. 3, chap. 6 :''' {{Info|''Quo tempore ſol in eamdem partem ſigniſeri per eoſdem numeros redit, per quos cursus ſui principium cæperat : quem circuitum meatus dierum integrorum mille quadringentorum ſexaginta unius [[w:Apocatastase|ὰ τοκατάςασιν]] vocant ſtudioſi rerum cæleſtium''|A ce moment-là, le soleil revient dans la même direction au moyen des mêmes nombres par lesquels il a commencé sa course : laquelle course de mille quatre cent soixante et un jours entiers est appelée ὰ τοκατάςασιν par ceux qui étudient les choses célestes. TdA}}.</td>
</tr>
</table><br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Sixieme</u>], [https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PA257#v=onepage&q&f=true ''Livre Dix-huitieme.''], [https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PA455#v=onepage&q&f=true ''Diviſion des jours & des nuits ſuivant le cours du Soleil ; lever & coucher des étoiles ; ordre des ſaiſons ; tems où l’on ſeme les bleds d’hiver.''], traduction en françois, avec le texte latin rétabli d’après les meilleures leçons manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crites ; accompagnée de Notes critiques pour l’éclairci{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du texte, & d’Ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances des Anciens comparées avec les découvertes des Modernes, par M. [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Louis Poinsinet de Sivry]], Chez la veuve Desaint, Paris, 1771</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Flavius_Josèphe|'''Flavius Josèphe''']] [[#Flavius_Josèphe|<span id="Flavius_Josèphe_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:37|37]]/[[w:38|38]], à [[w:Histoire_de_Jérusalem#Période_romaine_et_byzantine_(63_av._J.-C._-_638)|''Jérusalem'']] — vers [[w:100|100]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']]) [[w:Ier_siècle|<sup>⏳</sup>]] [[s:Auteur:Flavius_Josèphe|<sup>📚</sup>]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:historiographe|Historiographe]] ''romain'' [[w:Juifs|''juif'']] d’origine [[w:Judée_(province romaine)|''judéenne'']], il participe activement au début de la ''première guerre judéo-romaine'' en tant que commandant militaire de ''Galilée'' contre les Romains, avant de se rendre à [[w:Vespasien|'''Vespasien''']] [[#Vespasien|<span id="Vespasien_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] lors de la prise de la garnison juive de la forteresse de [[w:Jotapata|''Jotapata'']] en juillet 67, et de devenir intermédiaire, interprète et négociateur entre les ''romains'' et les ''Juifs'' lors du siège de ''Jérusalem'' conduit par '''Titus''' [[#Titus_back|<sup>⤴️</sup>]] en 70. Après la fin de la grande révolte ''judéenne'', en 71, il s’établit auprès de son protecteur à ''Rome'' où il obtient la [[w:citoyenneté_romaine|''citoyenneté romaine'']].</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Flavius Josèphe|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Flavius_Josèphe_back|<span id="Flavius_Josèphe"><sup>I</sup></span>]] De son nom de naissance Joseph ben (fils de) Matthatias, de l’hébreu יוסף בן מתתיהו / Yossef [[wikt:en:יוסף#Hebrew|(en)]] ben [[wikt:en:בן#Noun|(en)]] Matityahou [[wikt:en:מתתיהו#Hebrew|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• de la troisième personne du singulier [[w:Jussif|''jussive'']], signifiant ainsi « peut-il ajouter », du verbe הוֹסִיף / hosíf [[wikt:en:הוסיף#Hebrew|(en)]], « 1. Ajouter (quelque chose) à (quelque chose d'autre). 2. (littéraire) Continuer (à faire quelque chose). 3. (archaïque) Coordonné avec un autre verbe pour indiquer que l’action de ce verbe "ajoute" d’une manière ou d’une autre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• du nom commun בֵּן / bén, « 1. Fils. 2. (ne produit plus de mot ou d’expression) Un descendant mâle direct. 3. Un mec, un garçon. 4. (n’est plus productif, état de construction) Possesseur de (connaissance, capacité, etc.). 5. (État construit) Utilisé pour exprimer l’âge d’un homme, d’un garçon ou le référent d’un nom masculin : âge, âgé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• de la contraction du nom commun מַתָּנַת / mataná [[wikt:en:מתנה#Hebrew|(en)]], « cadeau, présent, don »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe נתן / natán [[wikt:en:נתן#Verb|(en)]], « 1. Donner. 2. Autoriser, permettre, laisser. 3. (archaïque) Mettre, placer. 4. (archaïque, hébreu biblique) Se transformer en. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ et du nom propre יהוה / YHWH [[wikt:en:יהוה#Hebrew|(en)]], « (Judaïsme) Tétragramme : mot en quatre lettres hébraïques utilisé comme nom [[wikt:ineffable#Français|''ineffable'']] de Dieu dans la Bible hébraïque, diversement rendu par Yahweh ou Jéhovah. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Son tria nomina à l’obtention de sa ''citoyenneté romaine'' est {{Info|Titus|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Flavius|nomen, nom de famille}} {{Info|Josephus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, prenant ainsi le nom de son bienfaiteur :<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Vespasien_back|<span id="Vespasien"><sup>II</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Titus|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Flavius|nomen, nom de famille}} {{Info|Vespasianus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:L%C3%A9gat_(Rome_antique)|''Légat'']] lors de la [[w:Conqu%C3%AAte_romaine_de_la_Grande-Bretagne|''conquête de la Bretagne en 43'']] et lors de la [[w:Premi%C3%A8re_guerre_jud%C3%A9o-romaine|''rébellion juive de 66'']] en [[w:Jud%C3%A9e_(province_romaine)|''Judée'']]. Fin décembre 69, il est couronné empereur par le [[w:S%C3%A9nat_romain|''Sénat'']] après la guerre civile de l’[[w:Ann%C3%A9e_des_quatre_empereurs|''année des quatre empereurs'']], et fonde la dynastie des [[w:Flaviens|''Flaviens'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(17 novembre [[w:9|9]], près de [[w:Reate|''Reate'']] dans la région centrale italienne du [[w:Latium|''Latium'']] — 23/24 juin [[w:79|79]], à la station thermale de [[w:Aquae_Cutiliae|''Aquae Cutiliae'']], à l’est de ''Reate'')<sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup><br/><br/></div>
'''
{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Contre_Apion|Contre Apion]] ===
<p style="text-align: right;">[[s:Contre_Apion|📚]]
{| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1"
|-
| style="border:solid 1px #F8F9FA" | [https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n156/mode/1up {{Info|'''Éditions & Manuscrits'''|Flavius Josèphe Contre Apion, Théodore Reinach & Léon Blum, 1930}}]
|- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle"
| align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende|
* La traduction ''latine'' a été imprimée dès 1480 à [[w:Vérone#Époque_moderne|''Vérone'']] par '''Pierre Maufer''' [[w:en:Petrus_Maufer|(en)]]. L’édition de cette traduction, due à [[w:Sigismund_Gelenius|'''Sigismond Gelenius''']] (''Paris'', 1535), qui constitue la « [[w:Vulgate|Vulgate]] », présente un texte souvent « amélioré » de façon arbitraire. La seule édition critique est celle de '''Ch. Boysen''' (''Vienne'', 1898) qui fait partie du [[w:Corpus_scriptorum_ecclesiasticorum_latinorum|{{Info|''Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum''|Le corpus des écrits ecclésiastiques latins}}]]. Elle repose principalement sur les manuscrits L(aurentianus LXVI, 2), B(odleianus Canonicianus 148), R(egius Parisinus 5049) de la I<sup>re</sup> classe, C(heltenhamensis Phillipicus 12311), P(arisinus 1615), Pa(rsinus 5054) de la seconde.
* Le texte grec est édité pour la première fois dans l’édition complète de '''Josèphe''' à [[w:Bâle#XVIe_siècle|''Bâle'']], chez [[w:Johann_Froben|''Froben'']], en 1544 par [[w:Arnoldus_Arlenius|'''Arlenius''']] qui a peut-être fait usage du ''Schleusingensis'' (un des fils du Laurentianus), mais a introduit grand nombre de corrections tantôt heureuses, et tantôt arbitraires. Par la suite notre traité n’a guère été imprimé que comme partie intégrante d’éditions complètes des œuvres de '''Josèphe'''. Les plus importantes sont celles de '''E. Bernard''' (1700), de [[w:John_Hudson_(classiciste)|'''Hudson''']] (1720) — le premier qui ait utilisé L —, de [[w:Sigebert_Havercamp|'''Havercamp''']] (1726), simple compilateur, de [[w:Karl_Wilhelm_Dindorf|'''L. Dindorf''']] (1847), de [[w:Immanuel_Bekker|'''Imm. Bekker''']] (1856), tout à fait manquée. L’édition critique de '''Niese''' [[w:en:Benedikt_Niese|(en)]] (1889) est la base de tous les travaux ultérieurs, notamment des éditions de '''Naber''' (1896) et de [[w:Henry_St._John_Thackeray|'''H. St. J. Thackeray''']] (coll. Loeb, 1926 : il n’a encore paru que le ''C. Apion'', la ''Vita'' et le commencement de la ''Guerre'') qui ont pu profiter aussi des conjectures de '''Cobet''', de '''Holwerda''', et de '''Herwerden'''.}}}</div>
|}
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dernière œuvre écrite par '''Flavius Josèphe''', vers [[w:93|93]], dont l’objectif est de répondre aux critiques qu’ont soulevées ses [[w:Antiquit%C3%A9s_juda%C3%AFques|''Antiquités judaïques'']], de défendre l’ancienneté du peuple ''juif'' et du [[w:Judaïsme#Judaïsme_antique|''judaïsme'']] (Livre I) et les accusations d’[[w:Apion_(grammairien)|'''Apion''']] [[#Apion|<span id="Apion_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] (Livre II).</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Apion|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Apion_back|<span id="Apion"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Apion#Latin|Ἀπίων / Apíôn]];
<br/><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[w:Grammaticus|''Grammairien'']] [[#grammairien|<span id="grammairien_back"><sup>II</sup></span>]] et [[w:Polygraphe_(auteur)|''polygraphe'']] [[#polygraphe|<span id="Grammairien_back"><sup>III</sup></span>]] ''grec'' d’Alexandrie.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] — première moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#grammairien_back|<span id="grammairien"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin grammaticus [[wikt:en:grammaticus#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien γραμματικός / grammatikós [[wikt:en:γραμματικός#Noun|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun γρᾰ́μμᾰ / grámma [[wikt:en:γράμμα#Noun|(en)]], « 1. Ce qui est écrit, ce qui est dessiné. 2. Lettre. 3. (au pluriel) Alphabet. 4. Écriture, livre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ du verbe γράφω / gráphō [[wikt:en:γράφω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Homérique) égratigner, couper en dedans. 2. Dessiner, esquisser, peindre. 3. Écrire. 4. Écrire, proposer une loi. 5. ([[w:Diathèse#Moyen|''voix moyenne'']]) : • (''[[w:Réflexivité_(grammaire)|réflexif]] indirect'') Écrire pour soi, noter ; • Accuser, poursuivre. 6. ([[w:Conjugaison_latine|''passif parfait'']]) Être écrit, être sous forme écrite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du suffixe nominal de résultat -μα / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ῐκός / -ikós, de ou se rapportant à, de la manière de ; « -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Enseignant responsable de la deuxième étape du système éducatif traditionnel, après l’apprentissage de l’alphabet, la lecture et l’écriture, et l’initiation au calcul avec un abaque chez un ''magister ludi'' [[w:en:Ludi_magister|(en)]] et avant celle de l’art du discours chez un [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l'Antiquité_grecque|''rhéteur'']]. Le travail du grammairien était d’enseigner la lecture, l’analyse de textes des poètes antiques tels qu’Homère, Tite-Live et Virgile, et la grammaire [https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.antiquite.ac-versailles.fr%2Feducatio%2Fedrom2.htm#federation=archive.wikiwix.com&tab=url {{Info|<sup>➕</sup>|« L’école du grammaticus », ac-Versailles}}] [https://philo-lettres.fr/latin/rome_vie-quotidienne/ecole-romaine/ {{Info|<sup>➕➕</sup>|« L’École dans l’antiquité romaine, philo-lettres}}].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#polygraphe_back|<span id="polygraphe"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:polygraphe|πολύγραφος / polýgraphos]], « qui écrit beaucoup de sujets »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de l’adjectif πολῠ́ς / polús [[wikt:en:πολύς#Ancient_Greek|(en)]], « (de nombre, au pluriel) Beaucoup de : • (avec des noms de multitude) Grand ; • (de quantité, avec des noms de masse) beaucoup de ; • (rare, d'une personne) Grand, puissant ; • (de son) Fort ; • (attributivement, adverbial) Fortement, pleinement ; • (d'espace) Large, grand ; • (de distance) Loin ; • (de temps) Long, en retard. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du verbe γράφω / gráphō [[wikt:en:γράφω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Homérique) égratigner, couper en dedans. 2. Dessiner, esquisser, peindre. 3. Écrire. 4. Écrire, proposer une loi. 5. (''voix moyenne'') : • (''réflexif indirect'') Écrire pour soi, noter ; • Accuser, poursuivre. 6. (''passif parfait'') Être écrit, être sous forme écrite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le terme semble avoir été employé au cours de l’Antiquité dans un sens différent de celui que nous l’entendons aujourd’hui, pas dans le sens de diversité mais, de façon restreinte, le fait de composer un grand nombre de textes [https://eriac.univ-rouen.fr/la-polygraphie-comme-norme/ {{Info|<sup>➕</sup>|Isabelle Gassino, Université de Rouen et Dimitri Kasprzyk, université de Brest, « Colloque "La polygraphie comme norme" », 16 et 17 novembre 2017.}}].'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre I ====
===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> =====
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">Témoignage de '''Thales''' comme :
* l’un des premiers ''philosophes grecs'' ayant traité des choses célestes et divines ;
* disciple des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' (premier témoignage) ;
* auteur de court(s)/rare(s) ouvrages (supposément unanimement admis), que les ''Grecs'' considéreraient comme les plus anciens, et douteraient, selon '''Flavius Josèphe''', de leur authenticité.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">qui autem historias apud eos conscribere temptauerunt, id est hi, qui circa '''Cadmum''' ''Milesium'', et '''Acusilaus''' ''Argiuus'' et post hunc quicumque alii fuisse referuntur, paululum tempus ''Persicam'' apud ''Helladium'' militiam praecesserunt. sed etiam eos, qui de caelestibus et diuinis primitus apud ''Graecos philosophati'' sund, id est '''Pherecydem''' ''Syrum'' et '''Pythagoram''' et '''Thaletem''' omnes concorditer confidentur ''Aegyptiorum'' et ''Chaldaeorum'' fuisse discipulos et breuiter conscripsisse quae a ''Graecis'' omnium antiquissima iudicantur ita ut uix ea credant ab illis fuisse conscripta.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[w:Corpus_scriptorum_ecclesiasticorum_latinorum|<u>Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum</u>]], [https://verlag.oeaw.ac.at/produkt/flavii-iosephi-opera-ex-versione-latina-antiqua-pars-vi-de-iudaeorum-vetustate-sive-contra-apionem-libri-ii/601067?name=flavii-iosephi-opera-ex-versione-latina-antiqua-pars-vi-de-iudaeorum-vetustate-sive-contra-apionem-libri-ii&product_form=5107 <u>Tome XXXVII, Flavius Iosephus, Contra Apionem</u>], ''Livre I'', ''chap. II.'', ''l.13, 14'', p.64, 1898</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Οἱ μέντοι τὰς ἱστορίας ἐπιχειρήσαντες συγγράφειν παρ' αὐτοῖς, λέγω δὲ τοὺς περὶ '''Κάδμον''' τε τὸν ''Μιλήσιον'' καὶ τὸν ''Ἀργεῖον'' '''Ἀκουσίλαον''' καὶ μετὰ τοῦτον εἴ τινες ἄλλοι λέγονται γενέσθαι, βραχὺ τῆς ''Περσῶν'' ἐπὶ τὴν ''Ἑλλάδα'' στρατείας τῷ χρόνῳ προύλαβον. Ἀλλὰ μὴν καὶ τοὺς περὶ τῶν οὐρανίων τε καὶ θείων πρώτους παρ' ''Ἕλλησι φιλοσοφήσαντας'', οἷον '''Φερεκύδην''' τε τὸν ''Σύριον'' καὶ '''Πυθαγόραν''' καὶ '''Θάλητα''', πάντες συμφώνως ὁμολογοῦσιν ''Αἰγυπτίων'' καὶ ''Χαλδαίων'' γενομένους μαθητὰς ὀλίγα συγγράψαι, καὶ ταῦτα τοῖς ''Ἕλλησιν'' εἶναι δοκεῖ πάντων ἀρχαιότατα καὶ μόλις αὐτὰ πιστεύουσιν ὑπ' ἐκείνων γεγράφθαι.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/Apion1gr.htm <u>Φλαίίου Ἰωσήπου, περὶ ἀρχαιότητος Ἰουδαίων</u>, ''λόγος α''], ''chap. II.'', ''l.13, 14'', 1898</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quant aux Grecs qui ont entrepris d’écrire l’histoire, comme [[w:Cadmos_de_Milet|'''Cadmos''' de ''Milet'']], [[w:Acousilaos|'''Acousilaos''' d’Argos]] et ceux qu’on cite après lui, ils n’ont vécu que peu de temps [[#Cadmos_NdT_LB|<span id="Cadmos_NdT_LB_back"><sup>1</sup></span>]] avant [[w:Guerres_médiques|''l’expédition des Perses contre la Grèce'']]. Mais bien certainement les premiers ''philosophes grecs'' qui aient traité des choses célestes et divines, comme [[w:Phérécyde_de_Syros|'''Phérécyde''' de ''Syros'']] [[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back"><sup>2</sup></span>]], '''Pythagore''' et '''Thalès'''[[#Thales_NdT_LB|<span id="Thales_NdT_LB_back"><sup>3</sup></span>]] furent, tout le monde s’accorde là-dessus, les disciples des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' avant de composer leurs courts ouvrages, et ces écrits sont aux yeux des ''Grecs'' les plus anciens de tous ; à peine même les croient-ils authentiques.</div>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cadmos_NdT_LB_back|<span id="Cadmos_NdT_LB"><sup>1.</sup></span>]] En réalité, Cadmos paraît avoir fleuri vers le milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle]] [{{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}].'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB"><sup>2</sup></span>]] Seul texte qui attribue une origine égyptienne ou chaldéenne aux doctrines de Phérécyde de Syros. Cependant [[w:Theodor_Gomperz|Gompers]], [https://archive.org/details/bub_gb_QrfVAAAAMAAJ/page/n434/mode/1up Griechische Denker, I, 430], identifie ᾿Ογηνός avec l’Ouginna babylonien.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thales_NdT_LB_back|<span id="Thales_NdT_LB"><sup>3</sup></span>]] On retrouve chez [[w:Apollonios_de_Tyane|Apollonios de Tyane]] ([[w:Jamblique|Jamblique]] [[#Jamblique_back|<sup>⤵️</sup>]], Vit. Pyth. [[#Vie_de_Pythagore_back|<sup>⤵️</sup>]], 12) et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] l’idée que Thalès de Milet fut disciple des Égyptiens ; l’adjonction des Chaldéens est propre Josèphe.'''
</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Flavius Josèphe, Contre Apion</u>], ''Livre I'', [https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n49/mode/1up?view=theater&q=Thales ''chap. 2''], traduction du grec ancien par Léon Blum, agrégé des Lettres, professeur au lycée Janson-de-Sailly, texte établi et annotée par [[w:Théodore_Reinach|Théodore Reinach]]
Membre de l’[[w:Institut_de_France|Institut]], professeur au Collège de France, 1930<br />(édition bilingue de 1911 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/Apion1.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quant aux Grecs qui ont entrepris d’écrire l’histoire, comme '''Cadmos''' de ''Milet'', '''Acousilaos''' d’''Argos'' et ceux qu’on nomme après lui, ils n’ont vécu que peu de temps[2] avant l’expédition des ''Perses'' contre la ''Grèce''. [14]. De même, les premiers ''philosophes grecs'' qui aient traité des choses célestes et divines, comme '''Phérécyde''' de ''Syros''[3], '''Pythagore''' et '''Thalès'''[4] furent, tout le monde s’accorde là dessus, les disciples des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' avant de composer leurs rares ouvrages, et ces écrits sont aux yeux des ''Grecs'' les plus anciens de tous ; à peine même les croient-ils authentiques.</div>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cadmos_NdT_LB_back|<span id="Cadmos_NdT_LB"><sup>1.</sup></span>]] En réalité, Cadmos paraît avoir fleuri vers le milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle]] [{{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}].'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB"><sup>2</sup></span>]] Seul texte qui attribue une origine égyptienne ou chaldéenne aux doctrines de Phérécyde de Syros. Cependant [[w:Theodor_Gomperz|Gompers]], [https://archive.org/details/bub_gb_QrfVAAAAMAAJ/page/n434/mode/1up Griechische Denker, I, 430], identifie ᾿Ογηνός avec l’Ouginna babylonien.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thales_NdT_LB_back|<span id="Thales_NdT_LB"><sup>3</sup></span>]] On retrouve chez [[w:Apollonios_de_Tyane|Apollonios de Tyane]] ([[w:Jamblique|Jamblique]] [[#Jamblique_back|<sup>⤵️</sup>]], Vit. Pyth. [[#Vie_de_Pythagore_back|<sup>⤵️</sup>]], 12) et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] l’idée que Thalès de Milet fut disciple des Égyptiens ; l’adjonction des Chaldéens est propre Josèphe.'''
</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Flavius Josèphe, De l’ancienneté du peuple juif (Contre Apion)</u>, ''Livre I'', [[s:Page:Flavius_Josephe_-_Leon_Blum_-_Contre_Apion,_Leroux,_Paris,_1902.djvu/17|''Chap. 2'']], traduction de Léon Blum, agrégé des lettres, professeur au lycée du Havre, sous la direction de [[w:Théodore_Reinach|Théodore Reinach]], 1902.</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Plutarque|'''Plutarque''']] [[#Plutarque|<span id="Plutarque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:45|45]]'' <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Chéronée|Chéronée]] en [[w:Béotie|Béotie]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:125|125]]'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>)[[s:Auteur:Plutarque|<sup>📚</sup>]]
[[Fichier:Plutarch at Delphi.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Buste probable de Plutarque du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] ou [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|EC|de l’Ère Commune}}, en marbre de [[w:Marbre_de_Paros|''Paros'']].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Provenance : découvert lors de fouilles près de l’angle sud-est du [[w:Temple d'Apollon (Delphes)|''temple d’Apollon'']] de [[w:Delphes|''Delphes'']], au côté d'une [[w:Fichier:Plutarch_stele_inscription_100_AD,_AM_of_Delphi_4070060092.jpg|''stèle'']] portant une inscription gravée : ΔΕΛΦΟΙ ΧΑΙΡΩΝΕΥΣΙΝ ΟΜΟΥ ΠΛΟΥΤΑΡΧΟΝ ΕΘΗΚΑΝ ΤΟΙΣ ΑΜΦΙΚΤΥΟΝΩΝ ΔΟΓΜΑΣΙ ΠΕΙΘΟΜΕΝΟΙ — Les ''Delphiens'', avec les ''Chéronéens'', dédièrent ce(tte image de) Plutarque, suivant les préceptes de l’[[w:Amphictyonie|''Amphictyonie'']].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Salle XIV, [[w:Mus%C3%A9e_arch%C3%A9ologique_de_Delphes|''Musée archéologique de Delphes'']].]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Biographe, philosophe et moraliste grec, auteur d’une œuvre importante, comportant un ensemble varié de traités et de dialogues consacrés à des questions de philosophie morale, mais abordant aussi des sujets littéraires, politiques, scientifiques, religieux.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Plutarque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Plutarque_back|<span id="Plutarque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien πλούταρχος / ploútarkhos [[wikt:en:Πλούταρχος#Ancient_Greek|(en)]], « maître des richesses » ; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun πλοῦτος / ploûtos [[wikt:en:πλοῦτος#Ancient_Greek|(en)]], « richesses » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἀρχός / arkhós, « souverain, chef, prince »)'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
{{Boîte déroulante début|titre=Remarque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>''' Dans la ''Vie de [[w:Lycurgue_(législateur)|Lycurgue]]'' et la ''Vie d’Agis et Cléomène'' (''Vies parallèles''), et le traité ''Un philosophe doit surtout converser avec les princes'' (''Œuvres morales''), il est fait mention d’un Thalès : il s’agit de [[w:Thalétas|Thalétas]], aussi appelé Thalès de [[w:Crète|''Crète'']], un musicien et poète, originaire de la cité de [[w:Gortyne|''Gortyne'']] en ''Crète'', et actif à la fin du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] et au début du siècle suivant.'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Vies_parallèles|Vies parallèles]] [[#Vies_parallèles|<span id="Vies_parallèles_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Recueil de 50 biographies de grands hommes de l’histoire, dont 46 présentées par paires : un ''Grec'' mis en parallèle avec un ''Romain''.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Vies parallèles|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Vies_parallèles_back|<span id="Vies_parallèles"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Βίοι Παράλληλοι / Bíoi Parállêloi'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
==== Vie de [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon|<sup>🔄</sup>]] ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Biographie de '''Solon''', qui précède celle de [[w:Publius_Valerius_Publicola_(consul_en_-509)|'''Publicola''']] [[#Publicola|<span id="Publicola_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], et avec laquelle '''Plutarque''' la compare.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Vie de Solon|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Publicola_back|<span id="Publicola"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Publius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Valerius|nomen, nom de famille}} {{Info|Publicola ou Poplicola|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, « celui qui prend soin de l’armée. »[https://academic.oup.com/bics/advance-article/doi/10.1093/bics/qbaf002/8117642?login=false {{Info|<sup>🔍</sup>|M. Gallo, « Misinterpreting a compound name. The origin of the agnomen Publicola in Dionysius of Halicarnassus and Plutarch », Bulletin of the Institute of Classical Studies, 22 avril 2025}}].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]] de la [[w:république_romaine|''République Romaine'']], à quatre reprises : en [[w:-509|-509]], [[w:-508|-508]], [[w:-507|-507]] et [[w:-504|-504]], et l’un des instaurateurs légendaires de la ''République Romaine'' en -509, suite au viol et au suicide de [[w:Lucrèce_(dame_romaine)|Lucrèce]], une femme aristocratique ''romaine'', par [[w:Sextus_Tarquin|Sextus Tarquin]], le fils du dernier [[w:Roi_de_Rome|roi de ''Rome'']] [[w:Tarquin_le_Superbe|Tarquin le Superbe]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(date et lieu de naissance inconnu.e.s — [[w:-503|-503]], soit sur le champ de bataille pendant les [[w:Guerres_romano-sabelliennes|''guerres romano-sabelliennes'']], soit de maladie)<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> '''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> =====
====== <div style="text-align: center;">Paragraphe III.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de '''Thalès''' ''commerçant''</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''III.''' Κωλύει δὲ οὐδὲν τὸν ἀγαθὸν καὶ πολιτικὸν ἄνδρα μήτε τῶν περιττῶν τὴν κτῆσιν ἐν σπουδῇ τίθεσθαι μήτε τῆς χρείας τῶν ἀναγκαίων καὶ ἱκανῶν καταφρονεῖν. Ἐν δὲ τοῖς τότε χρόνοις, καθ' Ἡσίοδον, ἔργον οὐδὲν ἦν ὄνειδος, οὐδὲ τέχνη διαφορὰν ἔφερεν, ἐμπορία δὲ καὶ δόξαν εἶχεν οἰκειουμένη τὰ βαρβαρικὰ καὶ προξενοῦσα φιλίας βασιλέων καὶ πραγμάτων ἐμπείρους ποιοῦσα πολλῶν. Ἔνιοι δὲ καὶ πόλεων οἰκισταὶ γεγόνασι μεγάλων, ὡς καὶ Μασσαλίας Πρῶτις ὑπὸ Κελτῶν τῶν περὶ τὸν Ῥοδανὸν ἀγαπηθείς. Καὶ Θαλῆν δέ φασιν ἐμπορίᾳ χρήσασθαι καὶ Ἱπποκράτην τὸν μαθηματικόν, καὶ Πλάτωνι τῆς ἀποδημίας ἐφόδιον ἐλαίου τινὸς ἐν Αἰγύπτῳ διάθεσιν γενέσθαι.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§3'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''III.''' Mais rien n’empêche l’homme de bien, le citoyen dévoué à son pays, de garder un juste milieu : il peut ne point s’attacher à la poursuite du superflu, sans pour cela mépriser le nécessaire et ce qui suffit à ses besoins.<br />Dans ce temps-là, pour parler comme [[w:Hésiode|'''Hésiode''']] [[#Hésiode|<span id="Hésiode_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[#Hésiode_NdT_AP|<span id="Hésiode_NdT_AP_back"><sup>1</sup></span>]], il n’y avait pas de travail qui fût honteux; aucun art ne mettait de différence entre les hommes : le négoce surtout était honoré, qui met en possession des avantages dont jouissent les étrangers, gagne l’amitié des rois, et donne une grande expérience. On a même vu des trafiquants fonder de grandes villes : ainsi [[w:Mythe_fondateur_de_Marseille|'''Protis''']] bâtit [[w:Marseille_antique|''Marseille'']], après s'être concilié l’amitié des ''Gaulois'' qui habitent les bords du [[w:Rhône#Histoire|''Rhône'']]. '''Thales''' se livra, dit-on, au négoce, ainsi qu’[[w:Hippocrate_de_Chios|'''Hippocrate''']] [[#Hippocrate|<span id="Hippocrate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] le mathématicien[[#Hippocrate_NdT_AP|<span id="Hippocrate_NdT_AP_back"><sup>2</sup></span>]] ; et [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon|<sup>🔄</sup>]] vendit de l’huile en [[w:Basse_Époque|''Égypte'']] , pour fournir aux frais de son voyage.</div>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hésiode_NdT_AP_back|<span id="Hésiode_NdT_AP"><sup>1.</sup></span>]] Œuvres et Jours, vers 309.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hippocrate_NdT_AP_back|<span id="Hippocrate_NdT_AP"><sup>2</sup></span>]] Cet Hippocrate n’est point connu d’ailleurs.'''
</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§3'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/184/mode/1up?view=theater p.184], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Hésiode_back|<span id="Hésiode"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡσῐ́οδος / Hēsĭ́odos [[wikt:en:Ἡσίοδος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Berger sur les pentes du Mont [[w:Mont_Hélicon|Hélicon]] et un des plus grands poètes grecs. Il s’agit plus précisément d’un ''aède'' (il « chante » ses vers avec sa lyre) et un ''rhapsode'' (il « coud » des chants entre eux)[https://odysseum.eduscol.education.fr/hesiode-un-des-premiers-poetes-grecs {{Info|<sup>🔍</sup>|Hésiode, un des premiers poètes grecs - Odysseum, la maison numérique des Humanités}}].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hippocrate_back|<span id="Hippocrate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῐ̔πποκρᾰ́της / Hĭppokrắtēs [[wikt:en:Ἱπποκράτης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / hĭ́ppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « cheval »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun κρᾰ́τος / krắtos [[wikt:en:κράτος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Puissance, force. 2. Acte de force, acte de bravoure. 3. (au pluriel) Actes de violence. 4. Domination, pouvoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal -ης / -ēs.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Mathématicien (géomètre) et astronome « para-pythagoricien », dont l’œuvre ne nous est pas parvenue.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA764&vq=Hippocrate&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA764#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §151 - Hippocrate de Chios}}]'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: center; margin: 0 2em;">'''II. Dans sa jeunesse il se livre au commerce maritime; la modicité de sa fortune et son goût pour la sagesse l’y décident. Faveur du commerce à cette époque ; grands noms qui l’ont illustré.'''<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais rien n’empêche qu’un homme de bien, un sage politique tienne à cet égard un juste milieu, et que sans rechercher des richesses superflues, il ne méprise pas celles qui sont nécessaires et qui suffisent. Dans ce temps-là, comme dit [[w:Hésiode|'''Hésiode''']], aucun travail n’était regardé comme honteux; aucun art ne mettait de différence entre les hommes. Le commerce maritime surtout était honorable; il ouvrait des communications utiles avec les nations étrangères, procurait des alliances avec les rois, et donnait une grande expérience. On a même vu des commerçants fonder de grandes villes. Ainsi '''Protus''' gagna l’amitié des Gaulois qui habitaient les bords du ''Rhône'', et bâtit ''Marseille''. '''Thalès''' et '''Hippocrate''' le mathématicien firent aussi le commerce ; et '''Platon''' vendit de l’huile en ''Égypte'' pour fournir aux frais de son voyage.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Mais rien n’empêche l’homme de-bien et l’homme politique ni se mettre en souci (rechercher) l’acquisition des choses superflues, ni mépriser l’usage des choses nécessaires et suffisantes. Or dans les temps d’alors, selon '''Hésiode''', aucun travail n’était sujet-de-honte, ni aucun métier n’apportait de différence entre les citoyens mais même le commerce-maritime avait de la gloire, rendant-amies les nations-barbares, et procurant des amitiés de rois, et faisant les hommes expérimentés d’affaires nombreuses. Et quelques-uns aussi sont devenus fondateurs de grandes villes, comme aussi le '''Protus''' de ''Marseille'' ayant été aimé par les ''Celtes'' ceux autour du ''Rhône''. Et on dit aussi '''Thalès''', avoir fait-usage du commerce-maritime et '''Hippocrate''' le mathématicien, et la vente d'une certaine huile en ''Égypte'' avoir été pour '''Platon''' ressource du voyage.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
====== <div style="text-align: center;">Paragraphe IV.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la sagesse de '''Thalès''' en ''philosophie naturelle''</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IV.''' Φιλοσοφίας δὲ τοῦ ἠθικοῦ μάλιστα τὸ πολιτικόν, ὥσπερ οἱ πλεῖστοι τῶν σοφῶν, ἠγάπησεν. Ἐν δὲ τοῖς φυσικοῖς ἁπλοῦς ἐστι λίαν καὶ ἀρχαῖος, ὡς δῆλον ἐκ τούτων· [...].<br /><p style="text-indent: 15px">Καὶ ὅλως ἔοικεν ἡ Θάλεω μόνου σοφία τότε περαιτέρω τῆς χρείας ἐξικέσθαι τῇ θεωρίᾳ· τοῖς δὲ ἄλλοις ἀπὸ τῆς πολιτικῆς ἀρετῆς τοὔνομα τῆς σοφίας ὑπῆρξε.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§4'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f20.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IV.''' Il s’attacha, comme presque tous les sages d’alors, à cette partie de la philosophie morale qui traite de la politique. Pour la philosophie naturelle, il en était aux rudiments, et aux notions du vieux temps sans plus; [...].<br /><p style="text-indent: 15px;">Aussi bien n’y eut-il, en somme, que '''Thalès''' dont la science dépassât alors les notions d’un usage vulgaire : tous les autres ne durent qu’à leurs connaissances politiques leur réputation de sagesse.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§4'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">A l’exemple des sages de son temps, il cultiva principalement cette partie de la morale qui traite de la politique. Il n’avait en physique que des connaissances très-superficielles, et en était aux premiers éléments de cette science, [...].<br/><p style="text-indent: 15px">En général '''Thalès''' fut, de tous les sages d’alors, le seul qui porta au delà des besoins de la vie la théorie des sciences ; tous les autres ne durent qu’à leurs connaissances politiques leur réputation de sagesse.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f20.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Mais de la partie morale de la philosophie il embrassa surtout la partie politique, comme la plupart des sages d’alors. Mais dans les sciences physiques il est extrêmement simple (ignorant) et primitif, [...]. Et en-un-mot la science de '''Thalès''' seul paraît s’être avancée alors par la théorie plus loin que le besoin ; et le nom de la science a appartenu aux autres par-suite des qualités politiques.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f21.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
====== <div style="text-align: center;">Paragraphe V.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Version alternative du récit de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bathyclès_back|<sup>🔄</sup>]] par [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_back|<sup>🔄</sup>]].</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Γενέσθαι δὲ μετ' ἀλλήλων ἔν τε Δελφοῖς ὁμοῦ λέγονται καὶ πάλιν ἐν Κορίνθῳ, Περιάνδρου σύλλογόν τινα κοινὸν αὐτῶν καὶ συμπόσιον κατασκευάσαντος. Ἔτι δὲ μᾶλλον εἰς ἀξίωμα καὶ δόξαν αὐτοὺς κατέστησεν ἡ τοῦ [[w:τρίπους#Grec_ancien|'''τρίποδος''']] περίοδος καὶ διὰ πάντων ἀνακύκλησις καὶ ἀνθύπειξις μετ' εὐμενείας φιλοτίμου γενομένη. Κῴων γάρ, ὥς φασι, καταγόντων σαγήνην, καὶ ξένων ἐκ Μιλήτου πριαμένων τὸν βόλον οὔπω φανερὸν ὄντα, χρυσοῦς ἐφάνη τρίπους ἑλκόμενος, ὃν λέγουσιν Ἑλένην πλέουσαν ἐκ Τροίας αὐτόθι καθεῖναι χρησμοῦ τινος ἀναμνησθεῖσαν παλαιοῦ. Γενομένης δὲ τοῖς ξένοις πρῶτον ἀντιλογίας πρὸς τοὺς ἁλιέας περὶ τοῦ τρίποδος, εἶτα τῶν πόλεων ἀναδεξαμένων τὴν διαφορὰν ἄχρι πολέμου προελθοῦσαν, ἀνεῖλεν ἀμφοτέροις ἡ Πυθία τῷ σοφωτάτῳ τὸν τρίποδα ἀποδοῦναι. Καὶ πρῶτον μὲν ἀπεστάλη πρὸς Θαλῆν εἰς Μίλητον, ἑκουσίως τῶν Κῴων ἑνὶ δωρουμένων ἐκείνῳ περὶ οὗ πρὸς ἅπαντας ὁμοῦ Μιλησίους ἐπολέμησαν. Θάλεω δὲ Βίαντα σοφώτερον ἀποφαίνοντος αὑτοῦ πρὸς ἐκεῖνον ἧκεν· ἀπ' ἐκείνου δ' αὖθις ἀπεστάλη πρὸς ἄλλον ὡς σοφώτερον. Εἶτα περιϊὼν καὶ ἀναπεμπόμενος οὕτως ἐπὶ Θαλῆν τὸ δεύτερον ἀφίκετο, καὶ τέλος εἰς Θήβας ἐκ Μιλήτου κομισθεὶς τῷ Ἰσμηνίῳ Ἀπόλλωνι καθιερώθη. Θεόφραστος δέ φησι,πρῶτον μὲν εἰς Πριήνην Βίαντι τὸν τρίποδα πεμφθῆναι, δεύτερον δ' εἰς Μίλητον Θαλῇ Βίαντος ἀποπέμψαντος· οὕτω δὲ διὰ πάντων πάλιν εἰς Βίαντα περιελθεῖν, τέλος δὲ εἰς Δελφοὺς ἀποσταλῆναι. Ταῦτα μὲν οὖν ὑπὸ πλειόνων τεθρύληται, πλὴν ὅτι τὸ δῶρον ἀντὶ τοῦ τρίποδος οἱ μὲν φιάλην ὑπὸ Κροίσου πεμφθεῖσαν, οἱ δὲ ποτήριον Βαθυκλέους ἀπολιπόντος εἶναι λέγουσιν.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§5'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f22.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' On raconte que les sept sages se réunirent une fois à [[w:Delphes|''Delphes'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Delphes_back|<sup>🔄</sup>]], et une autre fois à [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Corinthe_back|<sup>🔄</sup>]], où [[w:Périandre|'''Périandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Périandre_back|<sup>🔄</sup>]] les avait convoqués pour leur offrir un banquet. Rien ne contribua tant à leur réputation et à leur gloire, que le renvoi qu’ils se firent successivement l’un à l’autre du trépied d’or, et l’honorable humilité avec laquelle ils refusèrent le prix tour à tour. Des hommes de [[w:Kos_(Dodécanèse)#Kos_à_l'époque_hellénistique|''Cos'']] [[#Cos|<span id="Cos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] venaient, dit-on, de jeter leur filet en mer : des étrangers de ''Milet'' achetèrent le coup, avant que les pêcheurs y eussent regardé. Il se trouva, dans le filet, un trépied d’or qu’[[w:Hélène_(mythologie)|'''Hélène''']] [[#Hélène|<span id="Hélène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], à ce qu’on prétend, pour obéir à un ancien oracle, avait jeté dans la mer à son retour de [[w:Troie|''Troie'']] [[#Troie|<span id="Troie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]]. Ce fut un sujet de débat, d’abord entre les pêcheurs et les étrangers, ensuite entre les deux villes, qui prirent parti dans la querelle : la guerre allait s’allumer, lorsque la [[w:Pythie|''Pythie'']] [[#Pythie|<span id="Pythie_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], que les deux partis avaient consultée, commanda de donner le trépied au plus sage. On l’envoya d’abord à ''Milet'', pour '''Thalès''', et ceux de ''Cos'' cédèrent sans peine à un seul particulier ce qu’ils allaient disputer par les armes à tous les ''Milésiens'' ensemble. '''Thalès''' déclara que [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bias_back|<sup>🔄</sup>]] était plus sage que lui, et le lui fit passer. '''Bias''', avec la même modestie, le fit passer à un autre; et le trépied, après avoir été envoyé successivement à tous les sept, revint une seconde fois à '''Thalès'''. Enfin, il fut transporté de ''Milet'' à [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']] [[#Thèbes|<span id="Thèbes_back"><sup>'''V'''</sup></span>]], et consacré à Apollon [[w:en:Ismenus|''Isménien'']]. Cependant [[w:Théophaste|'''Théophaste''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Théophaste_back|<sup>🔄</sup>]] dit qu’on envoya le trépied d’abord à '''Bias''', dans ''Priène'' ; que '''Bias''' le fit porter à '''Thalès''' ; qu’après avoir passé alternativement chez tous les sages, il revint à '''Bias''', et qu’il finit par être envoyé à ''Delphes''. Telle est la tradition commune : seulement quelques-uns prétendent qu’il s’agissait de décerner non point un trépied, mais un vase que [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Crésus_back|<sup>🔄</sup>]] avait envoyé ; et, suivant d’autres, c’était une coupe, héritage de '''Bathyclès'''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§5'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cos_back|<span id="Cos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῶς / Kôs [[wikt:en:Κῶς#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque l’archipel du [[w:Dodécanèse|''Dodécanèse'']], au Sud-Est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']], au large des côtes ''turques''.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hélène_back|<span id="Hélène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑλένη / Helénē [[wikt:en:Ἑλένη#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Fille de [[w:Zeus|Zeus]] et de [[w:Léda (mythologie)|Léda]], considérée comme la plus belle femme du monde, uniquement surpassée par la déesse [[w:Aphrodite|Aphrodite]]. Elle est mariée à [[w:Ménélas|Ménélas]], roi de [[w:Sparte|Sparte]], et est enlevée par [[w:Pâris|Pâris]], prince [[w:Troie|''troyen'']] [[#Troie|<sup>'''III'''</sup>]], ce qui déclencha la [[w:guerre de Troie|guerre de Troie]] qui opposa ''Grecs'' et ''Troyens''.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Troie_back|<span id="Troie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τροίᾱ / Troíā [[wikt:en:Τροία#Ancient_Greek|(en)]] ; [[w:Troie#Toponymie|''toponymie incertaine'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Cité semi-légendaire, située sur la colline d’''[[w:site archéologique de Troie|{{lang|tr|Hisarlık}}]]'', à l’entrée de l’''[[w:Hellespont|Hellespont]]'', non loin de la ''[[w:mer Égée|mer Égée]]'', au nord-ouest de la ''péninsule anatolienne'', dans la région ''[[w:Troade|Troade]]'' en ''[[w:Asie Mineure|Asie Mineure]]''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le site a fait l’objet de nombreuses campagnes de fouilles, à la suite de celles entreprises par [[w:Heinrich Schliemann|Heinrich Schliemann]] en 1870, ponctuées par des découvertes fortement médiatisées, qui ont popularisé son identification avec la Troie homérique (qui reste un sujet de débat en l’absence de preuve décisive), le lieu principal des événements du ''[[w:cycle troyen|cycle troyen]]'' rapportés dans les ''[[w:Épopée|poèmes épiques]]'' ''[[w:Homère|homériques]]'' l’''[[w:Iliade|Iliade]]'' et l’''[[w:Odyssée|Odyssée]]''.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pythie_back|<span id="Pythie"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Πῡθῐ́ᾱ / Pūthĭ́ā,<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Πῡθώ / Pūthṓ, « [[w:Delphes#Histoire_du_site|''Pythô'']], ancien nom de ''Delphes'' » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival féminin -ῐος / -ĭos [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]], « relatif à, appartenant à (de) ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Divination_dans_la_Grèce_antique|''Oracle'']] du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] à ''Delphes''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:XIVe_siècle_av._J.-C.|XIV<sup>ème</sup>]]/[[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}} — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Thèbes_back|<span id="Thèbes"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θῆβαι / Thêbai [[w:Θῆβαι#Ancient_Greek|(en)]], désigne indistinctement la cité ''grecque'' comme [[w:Thèbes_(Égypte)|celle ''égyptienne'']] ; mais leur étymologie diffère : pour celle de la cité grecque, de l’[[w:Ionien-attique|''ionien-attique'']] Θήβη / Thḗbē ; du grec mycénien 𐀳𐀣 / te-qa (/Tʰēgʷā/) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque de la région de [[w:Béotie#Antiquité|''Béotie'']], au centre de la ''Grèce''.'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">On raconte que les sept sages se trouvèrent un jour ensemble à ''Delphes'', et une autre fois à ''Corinthe'', chez '''Périandre''', qui les avait réunis pour un banquet. Rien ne contribua autant à leur réputation et à leur gloire, que la modestie empressée avec laquelle ils se renvoyèrent l’un à l’autre le trépied d’or. Des ''Milésiens'' qui se trouvaient à l’île de ''Cos'', avaient acheté d’avance de quelques pêcheurs ce que retirerait de l’eau le filet qu’ils allaient y jeter. Quand on l’eut tiré, il s’y trouva un trépied d’or qu’'''Hélène''', à ce qu’on prétend, pour obéir à un oracle, avait jeté dans la mer, à son retour de ''Troie''. Cet incident donna lieu à une vive dispute d’abord entre les pêcheurs et les étrangers, ensuite entre les deux villes, qui prirent parti dans la querelle et étaient près d’en venir aux mains, lorsque la ''Pythie'' consultée leur ordonna de porter ce trépied au plus sage. On l’envoya d’abord à '''Thalès''', et ceux de ''Cos'' cédèrent sans peine à un seul particulier ce qu’ils allaient disputer par les armes à tous les ''Milésiens'' ensemble. '''Thalès''' le renvoya à '''Bias''', qui, disait-il, était plus sage que lui ; '''Bias''', avec la même modestie, le fit passer à un autre ; et après avoir été envoyé successivement à tous les sept, il revint une seconde fois à '''Thalès''' : enfin il fut porté à ''Thèbes'', et consacré à ''Apollon Isménien''. '''Théophraste''' dit qu’on l’envoya d’abord à '''Bias''', qui demeurait à ''Priène'' ; que '''Bias''' le fit porter à '''Thalès''' ; qu’après avoir été envoyé alternativement à tous les sages, il revint à '''Bias''', et qu’enfin il fut porté à ''Delphes''. Telle est la tradition la plus commune sur ce fait ; seulement quelques auteurs disent que ce n’était pas un trépied, mais un vase que '''Crésus''' envoyait à ''Delphes''; suivant d’autres, c’était une coupe que '''Bathyclès''' avait laissée.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f22.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Or ils (les sept sages) sont dits s’être trouvés aussi ensemble les uns avec les autres et à ''Delphes'' et de nouveau à ''Corinthe'', '''Périandre''' ayant préparé une certaine réunion commune d’eux et un banquet. Or le tour du trépied, et sa circulation à travers tous et sa cession se faisant avec une bienveillance pleine-d’émulation mit eux encore davantage en considération et renommée. Car des ''habitants-de-Cos'', comme on dit, jetant le filet, et des hôtes venus de ''Milet'' ayant acheté le coup qui n’était pas encore apparent, un trépied d’-or apparut étant retiré, lequel on dit '''Hélène''' naviguant pour revenir de ''Troie'' avoir jeté là, s’étant souvenue d’un certain oracle ancien. Mais une contestation ayant eu lieu d’abord aux hôtes vis-à-vis des pécheurs au sujet du trépied, ensuite les villes ayant pris-sur-elles le différend qui alla jusqu'à une guerre, la ''Pythie'' répondit aux-uns-et-aux-autres de donner le trépied au plus sage des hommes. Et d’abord il fut envoyé à '''Thalès''' à ''Milet'', les ''habitants-de-Cos'' donnant volontairement à celui-là seul le trépied, au sujet duquel ils avaient fait-la-guerre contre tous les ''Milésiens'' à-la-fois. Mais '''Thalès''' déclarant '''Bias''' plus sage que lui-même, il renvoya vers celui-là. Et de nouveau il fut envoyé par celui-là vers un autre, comme plus sage. Ensuite faisant-le-tour et étant envoyé-successivement ainsi il arriva pour la seconde fois à '''Thalès''' ; et à la fin transporté de ''Milet'' à ''Thèbes'', il fut consacré à ''Apollon Isménien''. Mais '''Théophraste''' dit le trépied avoir été envoyé d’abord à la vérité à ''Priène'' à '''Bias''', mais en-second-lieu à ''Milet'' à '''Thalès''', '''Bias''' l’ayant renvoyé ; et ainsi à travers tous (de l’un à l’autre) être venu-en-faisant-le-tour de nouveau à '''Bias''', et à la fin avoir été envoyé à ''Delphes''. Ces choses donc ont été répandues par plusieurs, excepté qu’ils disent le présent au lieu du trépied les uns être un vase à boire envoyé par '''Crésus''', les autres une coupe. '''Bathyclès''' rayant laissée (laissée par '''Bathyclès''').
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f23.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit d’une entrevue de '''Thalès''' avec '''Solon''', de son stoïcisme, de son célibat et de l’adoption du fils de sa sœur, '''Cybistus'''.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> '''VI.''' Ἰδίᾳ δ' Ἀναχάρσεώς τε πρὸς Σόλωνα καὶ πάλιν Θάλεω συνουσίαν τινὰ καὶ λόγους ἀναγράφουσι τοιούτους. [...]<br /><p style="text-indent: 15px"> '''VII.''' Πρὸς Θαλῆν δ' εἰς Μίλητον ἐλθόντα τὸν Σόλωνα θαυμάζειν ὅτι γάμου καὶ παιδοποιΐας τὸ παράπαν ἠμέληκε. Καὶ τὸν Θαλῆν τότε μὲν σιωπῆσαι, διαλιπόντα δ' ὀλίγας ἡμέρας ἄνδρα παρασκευάσαι ξένον, ἀρτίως ἥκειν φάσκοντα δεκαταῖον ἐξ Ἀθηνῶν. Πυθομένου δὲ τοῦ Σόλωνος εἰ δή τι καινὸν ἐν ταῖς Ἀθήναις, δεδιδαγμένον ἃ χρὴ λέγειν τὸν ἄνθρωπον, « οὐδέν,» εἰπεῖν, « ἕτερον, εἰ μὴ νὴ Δία νεανίσκου τινὸς ἦν ἐκφορὰ καὶ προὔπεμπεν ἡ πόλις. Ἦν γὰρ υἱός, ὡς ἔφασαν, ἀνδρὸς ἐνδόξου καὶ πρωτεύοντος ἀρετῇ τῶν πολιτῶν· οὐ παρῆν δέ, ἀλλ' ἀποδημεῖν ἔφασαν αὐτὸν ἤδη πολὺν χρόνον.» « Ὡς δυστυχὴς ἐκεῖνος,» φάναι τὸν Σόλωνα. « Τίνα δὲ ὠνόμαζον αὐτόν;» « ἤκουσα,» φάναι, « τοὔνομα,» τὸν ἄνθρωπον, « ἀλλ' οὐ μνημονεύω· πλὴν ὅτι πολὺς λόγος ἦν αὐτοῦ σοφίας καὶ δικαιοσύνης.» Οὕτω δὴ καθ' ἑκάστην ἀπόκρισιν τῷ φόβῳ προσαγόμενον τὸν Σόλωνα καὶ τέλος ἤδη συντεταραγμένον αὐτὸν ὑποβάλλειν τοὔνομα τῷ ξένῳ, πυνθανόμενον μὴ Σόλωνος ὁ τεθνηκὼς υἱὸς ὠνομάζετο. Φήσαντος δὲ τοῦ ἀνθρώπου, τὸν μὲν ὁρμῆσαι παίειν τὴν κεφαλὴν καὶ τἆλλα ποιεῖν καὶ λέγειν ἃ συμβαίνει τοῖς περιπαθοῦσι, τὸν δὲ Θαλῆν ἐπιλαβόμενον αὐτοῦ καὶ γελάσαντα, « ταῦτά τοι,» φάναι, « ὦ Σόλων, ἐμὲ γάμου καὶ παιδοποιΐας ἀφίστησιν, ἃ καὶ σὲ κατερείπει τὸν ἐρρωμενέστατον. Ἀλλὰ θάρρει τῶν λόγων ἕνεκα τούτων· οὐ γάρ εἰσιν ἀληθεῖς.» ταῦτα μὲν οὖν Ἕρμιππος ἱστορεῖν φησι Πάταικον, ὃς ἔφασκε τὴν Αἰσώπου ψυχὴν ἔχειν.<br /><p style="text-indent: 15px">'''VIII.''' Ἄτοπος δὲ καὶ ἀγεννὴς ὁ τῷ φόβῳ τῆς ἀποβολῆς τὴν κτῆσιν ὧν χρὴ προϊέμενος· οὕτω γὰρ ἄν τις οὐ πλοῦτον, οὐ δόξαν, οὐ σοφίαν ἀγαπήσειε παραγενομένην, δεδιὼς στέρεσθαι. Καὶ γὰρ ἀρετήν, ἧς κτῆμα μεῖζον οὐδὲν οὐδ' ἥδιον, ἐξισταμένην ὑπὸ νόσων καὶ φαρμάκων ὁρῶμεν· αὐτῷ τε '''Θαλῇ''' μὴ γήμαντι πλέον οὐδὲν εἰς ἀφοβίαν, εἰ μὴ καὶ φίλων κτῆσιν ἔφυγε καὶ οἰκείων καὶ πατρίδος. Ἀλλὰ καὶ παῖδα θετὸν ἔσχε ποιησάμενος αὐτὸς τὸν τῆς ἀδελφῆς, ὥς φασι, '''Κύβισθον'''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§§6-8'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="margin: 0 2em; text-align: justify; direction: ltr;">'''VI.''' '''Solon''' connut [[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anacharsis_back|<sup>🔄</sup>]] et '''Thalès''', et l’on cite des mots qui s’étaient dits dans leurs entrevues. <br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''Solon''' alla à ''Milet'', pour voir '''Thalès''' : là, il lui témoigna sa surprise dans ce qu’il n’avait jamais voulu se marier et avoir des enfants. '''Thalès''' ne répondit rien sur l’heure; mais, quelques jours après, il fit paraître un étranger, qui disait arriver d’''Athènes'', et qu’il n’en était parti que depuis dix jours. '''Solon''' demanda à cet homme s’il n’y avait rien de nouveau à ''Athènes''. Celui-ci, à qui '''Thalès''' avait fait la leçon, répondit qu’il n’y avait rien de nouveau , sinon la mort d’un jeune homme dont toute la ville menait les funérailles. C’était, en effet, à ce qu’on disait, le fils d’un personnage considérable, d’une vertu éprouvée : le père n’était pas alors à ''Athènes'', et il voyageait depuis longtemps. « L’infortuné père! s’écria '''Solon'''. Mais comment s’appelait-il? — Je l’ai entendu nommer, répondit l’étranger, mais j’ai oublié son nom ; je me souviens seulement qu’on ne parlait que de sa sagesse et de sa justice. » A chacune de ces réponses, '''Solon''' sentait augmenter ses craintes; enfin, ne se possédant plus , il suggéra le nom à l’étranger, et lui demanda si le mort n’était pas le fils de '''Solon'''. « Oui. » répondit l’étranger. A cette parole, '''Solon''' se frappa la tête, et il se mit à faire et à dire tout ce qu’inspire une douleur violente. Alors '''Thalès''' lui prit la main, et lui dit en riant : « Voilà, '''Solon''', ce qui m’éloigne de me marier et d’avoir des enfants. J’ai redouté le coup sous lequel tu fléchis, toi le plus ferme des hommes. Mais rassure-toi; car il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on vient de te dire. » [[w:Hermippe_de_Smyrne|'''Hermippus''']] [[#Hermippe|<span id="Hermippe_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] rapporte cette histoire d’après '''Patécus''', celui qui prétendait avoir hérité de l’âme d’[[w:Ésope|'''Ésope''']] [[#Ésope|<span id="Ésope_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].<br /><p style="text-indent: 15px">Pourtant il y a faute de sens et de cœur à refuser d’acquérir les choses nécessaires, par la crainte de les perdre. A ce compte, on devra n’aimer ni la richesse, ni la gloire, ni la sagesse, quand on les possède, de peur d’en être privé. En effet, la vertu, le plus grand des biens et le plus doux, nous quitte quelquefois par l’action de certaines maladies ou de certains breuvages. '''Thalès''' lui-même, en ne se mariant point, n’était pas pour cela à l’abri de la crainte, à moins qu’il n'eût renoncé aussi à ses parents, à ses amis, à sa patrie. Mais il n’en était rien : il avait adopté, dit-on, '''Cybisthus''', le fils de sa sœur.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§6'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Hermippe_back|<span id="Hermippe"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre [[w:Nom_théophore|''théophore'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#théophore_back|<sup>🔄</sup>]] grec ancien Ἕρμιππος / Hérmippos [[wikt:en:Ἕρμιππος#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « Hermès » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἵππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « cheval » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">« Péripatéticien » grec, disciple de [[w:Callimaque_de_Cyr%C3%A8ne|Callimaque de ''Cyrène'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_back|<sup>🔄</sup>]], auteur de nombreuses biographies toutes perdues, mais listées par plusieurs auteurs.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA497&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §86 - Hermippe de Smyrne}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Ésope_back|<span id="Ésope"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Αἴσωπος / Aísōpos [[wikt:en:Αἴσωπος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun αἶσα / aîsa, « destin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ὄψ / óps, « voix »;<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Auteur grec de fable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA497&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA240#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §60 - Ésope(Αἴσωπος)}}]'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Voici les particularités qu’on raconte d’une entrevue de '''Solon''' avec '''Anacharsis''', et d’un entretien qu’il eut avec '''Thalès'''.<br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VI.''' '''Solon''', étant allé à ''Milet'' pour voir '''Thalès''', lui témoigna sa surprise de ce qu’il n’avait jamais voulu se marier et avoir des enfants. '''Thalès''' ne lui répondit rien dans le moment; mais ayant laissé passer quelques jours, il fit paraître un étranger qui disait arriver d’''Athènes'', d’où il était parti depuis dix jours. '''Solon''' lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau, lorsqu’il en était parti. Cet homme, à qui '''Thalès''' avait fait la leçon, lui répondit qu’il n’y avait autre chose que la mort d’un jeune homme dont toute la ville accompagnait le convoi. C’était, disait-on, le fils d’un des premiers et des plus vertueux citoyens, qui n'’était pas alors à ''Athènes'' et qui voyageait depuis longtemps, « Le malheureux père! s’écria Solon. Comment s’appelle-t-il? ― Je l’ai entendu nommer, répondit l’étranger; mais j’ai oublié son nom; je me souviens seulement qu’on ne parlait que de sa sagesse et de sa justice. » A chacune de ces réponses, les craintes de '''Solon''' augmentaient; enfin, troublé, hors de lui-même, il suggéra le nom à l’étranger, et lui demanda si ce jeune homme n’était pas le fils de '''Solon'''. « C’est lui-même, » dit l’autre. A cette parole, '''Solon''', se frappant la tête, se mit à faire et à dire tout ce que la douleur la plus violente peut inspirer. Alors '''Thalès''' l’arrêta et lui dit en souriant : « Voilà, '''Solon''', ce qui m’a éloigné de me marier et d’avoir des enfants; j’ai redouté le coup qui vous accable aujourd’hui, et contre lequel toute votre fermeté est impuissante. Mais rassurez-vous ; il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on vient de vous dire. » '''Hermippus''' rapporte cette histoire d’après le récit qu’en fait '''Patécus''', qui prétendait avoir hérité de l’âme d’'''Ésope'''.<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VII.''' Cependant c’est manquer de sens et de courage que de renoncer à acquérir des choses nécessaires par la crainte de les perdre. A ce compte, il ne faudrait aimer ni la richesse, ni la gloire, ni la sagesse, quand on les possède, de peur d’en être privé. La vertu même, le plus grand et le plus agréable des biens, se perd souvent par l’effet. de quelques maladies ou de certains breuvages. '''Thalès''' lui-même, en ne se mariant point, n’était pas à l’abri de toute crainte, à moins qu’il ne renonçât aussi à ses parents, à ses amis et à sa patrie. Mais au contraire, il avait adopté '''Cybistus''', le fils de sa sœur.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Mais en particulier on rapporte une certaine entrevue et de tels discours et d’'''Anacharsis''' à '''Solon''' et une-autre-fois de '''Thalès'''.<br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VI.''' Et on raconte '''Solon''' étant venu vers '''Thalès''' à ''Milet'' s’étonner de ce qu’il avait négligé absolument le mariage et la création-d’enfants. Et '''Thalès''' alors à la vérité s’être tu, mais ayant laissé-d’intervalle peu-de jours, avoir aposté un homme étranger, disant être arrivé récemment parti-depuis-dix-jours d’''Athènes''. Et '''Solon''' s’étant informé si donc il y a quelque chose de nouveau à ''Athènes'', l’homme instruit des choses qu’il faut dire n’avoir dit aucune autre chose, si ce n’est :<br /><p style="text-indent: 15px"> « Par '''Jupiter''', il y avait le convoi d’un certain jeune-homme, et la ville l’accompagnait. Car il était fils, comme on disait, d’un homme illustre et étant-le-premier des citoyens par la vertu; mais il n’était-pas-présent, mais on disait lui être-en-voyage depuis un temps déjà long.<br /><p style="text-align: left; text-indent: 15px">― Combien cet homme-là est malheureux! avoir dit '''Solon'''. Mais quel (comment) appelaient-ils lui ?<br /><p style="text-align: left; text-indent: 15px">― J’ai entendu le nom, avoir dit l’homme (répondit l’étranger), mais je ne me le rappelle pas; excepté qu’un discours fréquent était de la sagesse et de la justice de lui. »<br /><p style="text-indent: 15px">'''Solon''' donc étant-approché ainsi de-la crainte à chaque réponse, et à la fin déjà étant tout-troublé, lui-même avoir suggéré le nom à l’étranger, demandant si le mort n’était pas nommé fils de '''Solon'''. Et l’homme ayant dit-oui, celui-ci ('''Solon''') avoir commencé à frapper sa tête, et à faire et à dire les autres choses, qu’il arrive de faire et de dire à ceux affligés-à-l’excès. Mais '''Thalès''' ayant arrêté lui, et ayant ri, avoir dit :<br /><p style="text-indent: 15px">« Ces choses donc, ô '''Solon''', écartent moi du mariage et de la création-d’enfants, lesquelles abattent même toi le très-fort. Mais aie-confiance quant-à ces discours: car ils ne sont pas vrais. »<br /><p style="text-indent: 15px">'''Hermippe''' donc dit '''Patécus''', qui disait-souvent avoir l’âme d’'''Ésope''', raconter ces choses. <br /><p style="text-indent: 15px">'''VII.''' Or il est absurde et dépourvu de courage celui rejetant par la crainte de la perte l’acquisition des choses qu’il faut; car ainsi quelqu’un n’aimerait pas la richesse, n’aimerait pas la gloire, n’aimerait pas la sagesse étant survenue à lui, craignant (par crainte) d’en être privé. Et en effet nous voyons la vertu, au prix de laquelle aucune possession n’est plus grande, ni plus agréable, déplacée (chassée) par des maladies et des breuvages; et rien de plus n’être pour l’exemption-de-crainte à '''Thalès''' lui-même ne s’étant pas marié, s’il n’avait pas évité la possession et d’amis et de parents et de patrie. Mais même il eut un fils adoptif se l’étant fait tel lui-même, celui de sa sœur, comme on dit '''Cybisthe'''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f27.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
====== <div style="text-align: center;">Paragraphe XV.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Testament d’inhumation de '''Thalès'''.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XV.''' Καὶ φόβοι τινὲς ἐκ δεισιδαιμονίας ἅμα καὶ φάσματα κατεῖχε τὴν πόλιν, οἵ τε μάντεις ἄγη καὶ μιασμοὺς δεομένους καθαρμῶν προφαίνεσθαι διὰ τῶν ἱερῶν ἠγόρευον. Οὕτω δὴ μετάπεμπτος αὐτοῖς ἧκεν ἐκ Κρήτης Ἐπιμενίδης ὁ Φαίστιος, ὃν ἕβδομον ἐν τοῖς σοφοῖς καταριθμοῦσιν ἔνιοι τῶν οὐ προσιεμένων τὸν Περίανδρον. Ἐδόκει δέ τις εἶναι θεοφιλὴς καὶ σοφὸς περὶ τὰ θεῖα τὴν ἐνθουσιαστικὴν καὶ τελεστικὴν σοφίαν, διὸ καὶ παῖδα νύμφης ὄνομα Βάλτης καὶ Κούρητα νέον αὐτὸν οἱ τότε ἄνθρωποι προσηγόρευον. <br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Τὸ δὲ μέγιστον, ἱλασμοῖς τισι καὶ καθαρμοῖς καὶ ἱδρύσεσι κατοργιάσας καὶ καθοσιώσας τὴν πόλιν ὑπήκοον τοῦ δικαίου καὶ μᾶλλον εὐπειθῆ πρὸς ὁμόνοιαν κατέστησε. Λέγεται δὲ τὴν Μουνυχίαν ἰδὼν καὶ καταμαθὼν πολὺν χρόνον, εἰπεῖν πρὸς τοὺς παρόντας ὡς τυφλόν ἐστι τοῦ μέλλοντος ἄνθρωπος· ἐκφαγεῖν γὰρ ἂν Ἀθηναίους τοῖς αὑτῶν ὀδοῦσιν, εἰ προῄδεσαν ὅσα τὴν πόλιν ἀνιάσει τὸ χωρίον· ὅμοιον δέ τι καὶ Θαλῆν εἰκάσαι λέγουσι· κελεῦσαι γὰρ αὐτὸν ἔν τινι τόπῳ τῆς Μιλησίας φαύλῳ καὶ παρορωμένῳ τελευτήσαντα θεῖναι, προειπὼν ὡς ἀγορά ποτε τοῦτο Μιλησίων ἔσται τὸ χωρίον. Ἐπιμενίδης μὲν οὖν μάλιστα θαυμασθείς, καὶ χρήματα διδόντων πολλὰ καὶ τιμὰς μεγάλας τῶν Ἀθηναίων, οὐδὲν ἢ θαλλὸν ἀπὸ τῆς ἱερᾶς ἐλαίας αἰτησάμενος καὶ λαβὼν ἀπῆλθεν.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§15'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="margin: 0 2em; text-align: justify; direction: ltr;">'''XV.''' Au chagrin que ces pertes causèrent à ceux-ci [les ''Athéniens''], se joignirent des craintes superstitieuses dont la ville [''Athènes''] fut frappée, et qui venaient d’apparitions de spectres et de fantômes. Les devins déclarèrent aussi que l’état des victimes qu’ils avaient offertes annonçait des crimes et des profanations qu’il fallait expier. On fit donc venir de ''Crète'' [[w:Épiménide|'''Épiménide''']] [[#Épiménide|<span id="Épiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] le [[w:Phaistos|''Phestien'']] [[#Phaistos|<span id="Phaistos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], qui est mis au nombre des sept sages par ceux qui n’y comptent pas '''Périandre'''. Il passait pour un homme chéri des dieux, doué d’une grande sagesse, fort instruit des choses divines, surtout versé dans la science des inspirations et dans la connaissance des mystères; on l’appelait, même de son vivant, le nouveau [[w:Curètes|'''Curète''']], le fils de la nymphe '''Balté'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais ce qui était plus important, il fit un grand nombre d’expiations et de sacrifices, il fonda plusieurs temples; et par ces différentes cérémonies il purifia entièrement la ville, en bannit l’impiété et l’injustice, et la rendit plus soumise, plus disposée à l’union et à la paix. On rapporte aussi que lorsqu’il vit le fort de [[w:Munichie|''Munychium'']] [[#Munichie|<span id="Munichie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], il le considéra longtemps, et dit à ceux qui l’accompagnaient : Que les hommes sont aveugles sur l’avenir ! Si les ''Athéniens'' pouvaient prévoir tous les maux que ce lieu doit un jour causer à leur ville, ils l’emporteraient à belles dents ». '''Thalès''' eut aussi, dit-on, un pressentiment à peu près semblable. Il ordonna qu’on l’enterrât dans le lieu le plus sauvage et le plus désert du territoire de ''Milet''; et il prédit aux ''Milésiens'' qu’un jour leur marché public y serait transporté. Les ''Athéniens'', pleins de reconnaissance et d’admiration pour '''Épiménide''', voulurent le combler d’honneurs et de présents; mais il ne demanda qu’une branche de l’olivier sacré, qui lui fut accordée, et il s’en retourna en ''Crète''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§15'',[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Épiménide_back|<span id="Épiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπιμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète, philosophe et [[w:Iatromante|''iatromante'']] crétois.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Phaistos_back|<span id="Phaistos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαιστός / Phaistós [[wikt:en:Φαιστός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne ville du Sud de la [[w:Histoire_de_la_Crète#Antiquité|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Munichie_back|<span id="Munichie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μουνιχία / Mounikhia [[wikt:en:Μουνυχία#Grec_ancien|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom d’une colline du [[w:Le_Pirée|''Pirée'']] et de l’[[w:Port_de_Munichie|un des ports du ''Pirée'']].'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XII.''' Au chagrin que ces pertes causèrent à ceux-ci, se joignirent des craintes superstitieuses dont la ville fut frappée, et qui venaient d’apparitions de spectres et de fantômes. Les devins déclarèrent aussi que l’état des victimes annonçait des crimes et des profanations qu’il fallait expier. On fit donc venir de ''Crète'' '''Épiménide''' le ''Phestien'' qui est mis au nombre des sept sages par ceux qui n’y comptent pas '''Périandre'''. Il passait pour un homme chéri des dieux, doué d’une grande sagesse, fort instruit des choses divines, surtout versé dans la science des inspirations et dans la connaissance des mystères; on l’appelait, même de son vivant, le nouveau '''Curète''', le fils de la nymphe '''Balté'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais ce qui était plus important, il fit un grand nombre d’expiations et de sacrifices; il fonda plusieurs temples; et par ces différentes cérémonies, il purifia entièrement la ville, en bannit l’impiété et l’injustice, et la rendit plus soumise, plus disposée à l’union et à la paix. On rapporte aussi que lorsqu’il vit ''Munychie'', il la considéra longtemps, et dit à ceux qui l’accompagnaient :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> « Que les hommes sont aveugles sur l’avenir! Si les ''Athéniens'' pouvaient prévoir tous les maux que ce lieu doit un jour causer à leur ville, il l’emporteraient à belles dents. »<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> '''Thalès''' eut aussi, dit-on, un pressentiment à peu près semblable. Il ordonna qu’on l’enterrât dans le lieu le plus sauvage et le plus désert du territoire de ''Milet''; et il prédit aux ''Milésiens'' qu’un jour leur marché public y serait transporté. Les ''Athéniens'', pleins de reconnaissance et d’admiration pour '''Épiménide''', voulurent le combler d’honneurs et de présents; mais il ne demanda qu’une branche de l’olivier sacré, qui lui fut accordée, et il s’en retourna en ''Crète''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f58.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Et certaines craintes nées de la superstition en-même-temps aussi des apparitions occupaient la ville; et les devins disaient des impiétés et des souillures ayant-besoin de purifications être indiquées par les victimes. Et ainsi vint à eux mandé (ils firent venir) de ''Crète'' '''Épiménide''' le ''Phestien'', que quelques-uns de ceux n’admettant pas '''Périandre''' comptent le septième parmi les sages. Or il avait-la-réputation d’être un homme ami-des-dieux, et habile dans la science de-l’inspiration et des-mystères. C’est-pourquoi les hommes d’alors appelaient lui et fils de la nymphe de nom (nommée) '''Balté''', et nouveau '''Curète'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais le plus grand (le plus important), ayant initié-aux-mystères et ayant purifié la ville par certaines expiations et purifications et fondations, il la rendit prêtant-l’oreille à la justice et plus obéissante pour la concorde. Et il est dit, ayant vu ''Munychie'' et l’ayant examinée un temps long, avoir dit à ceux présents, que l’homme est un être aveugle sur l’avenir ; car les ''Athéniens'' avoir dû manger ''Munychie'' avec les dents d’eux-mêmes, s’ils avaient prévu en combien de choses cette place affligera la ville. Et on dit aussi '''Thalès''' avoir conjecturé quelque chose de semblable; lui avoir ordonné en effet de placer lui ayant cessé de vivre dans un certain lieu de la ''Milésie'' méprisé et dédaigné, ayant prédit que cet endroit sera (serait) un jour le marché des ''Milésiens''. '''Épiménide''' donc ayant été admiré très-grandement, et les ''Athéniens'' lui donnant des sommes nombreuses et des honneurs grands, n’ayant demandé rien qu’un rameau détaché de l’olivier sacré et l’ayant pris (reçu) s’en alla.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f59.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">═✳═</div>
=== [[w:Œuvres_morales|Œuvres morales]] ===
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Ensemble de 78 textes de traitant de sujets extrêmement variés (religieux, éthiques, politiques, philosophiques, littéraires, historiques), et s'inscrivant dans des genres littéraires également divers (traité, différentes sortes de dialogues, lettres, réponses à des Questions ([[wikt:ζήτημα#Grec_ancien|''zetemata'']]), « dits » ([[w:Apophtegme|''apophtegmes'']])).</div>
==== Le Banquet des Sept Sages ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Dialogue faisant intervenir 20 personnages, dont une liste des sept sages : '''Thalès''', [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bias_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Chilon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Cléobule|'''Cléobule''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cléobule_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Pittacos_de_Mytil%C3%A8ne|'''Pittacos''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pittacos_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Périandre|'''Périandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Périandre_back|<sup>🔄</sup>]].<br />À ceux-ci se rajoutent : [[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anacharsis_back|<sup>🔄</sup>]], '''Ésope''', '''Dioclès''', '''Nicarque''', [[w:Cléobuline|'''Cléobuline''']] [[#Cléobuline|<span id="Cléobuline_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], '''Mélissa''', '''Niloxène''', '''Alexidème''', '''Ardalus''', '''Cléodème''', '''Mnésiphile''', '''Chersias''', [[w:Gorgias|'''Gorgias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Gorgias_back|<sup>🔄</sup>]].</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Le Banquet des Septs Sages|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cléobuline_back|<span id="Cléobuline"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κλεοβουλίνη / Kleoboulinè ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de Κλεόβουλος / Kleóboulos [[wikt:en:Κλεόβουλος#Ancient_Greek|(en)]], « Cléobule, le père de Cléobuline » <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival féminin -ῑ́νη / -ī́nē [[wikt:en:-ίνη#Ancient_Greek|(en)]], relatif à la matière, au temps, etc. : « fait de, pendant la durée de » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe et poétesse grecque, célèbre pour ses énigmes, fille du [[w:Tyran|''tyran'']] Cléobule, qui la surnommerait Εὔμητις / Eúmētis, « la Prudente » selon Plutarque.
'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe I.</div> =====
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§1. Ἦ που προϊὼν ὁ χρόνος, ὦ '''Νίκαρχε''', πολὺ σκότος ἐπάξει τοῖς πράγμασι καὶ πᾶσαν ἀσάφειαν, εἰ νῦν ἐπὶ προσφάτοις οὕτω καὶ νεαροῖς λόγοι ψευδεῖς συντεθέντες ἔχουσι πίστιν. οὔτε γὰρ μόνων, ὡς ὑμεῖς ἀκηκόατε, τῶν ἑπτὰ γέγονε τὸ συμπόσιον, ἀλλὰ πλειόνων ἢ δὶς τοσούτων (ἐν οἷς καὶ αὐτὸς ἤμην, συνήθης μὲν ὢν '''Περιάνδρῳ''' διὰ τὴν τέχνην, ξένος δὲ '''Θάλεω'''· παρ´ ἐμοὶ γὰρ κατέλυσεν ὁ ἀνὴρ '''Περιάνδρου''' κελεύσαντος), οὔτε τοὺς λόγους ὀρθῶς ἀπεμνημόνευσεν ὅστις ἦν ὑμῖν ὁ διηγούμενος· ἦν δ´ ὡς ἔοικεν οὐδεὶς τῶν παραγεγονότων. ἀλλ´ ἐπεὶ σχολή τε πάρεστι πολλὴ καὶ τὸ γῆρας οὐκ ἀξιόπιστον ἐγγυήσασθαι τὴν ἀναβολὴν τοῦ λόγου, προθυμουμένοις ὑμῖν ἀπ´ ἀρχῆς ἅπαντα διηγήσομαι.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §1'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§1. '''DIOCLÈS'''. Certainement le long cours des âges, mon cher '''Nicarque''', jettera sur les faits d’épaisses ténèbres et une complète incertitude, puisque dès aujourd’hui, à propos de choses si récentes et si nouvelles, des relations mensongères et controuvées obtiennent crédit. Car d’abord le banquet en question ne se composait pas seulement des sept sages, comme vous autres l’avez ouï dire. Les convives étaient plus du double de ce nombre. J’en faisais moi-même partie, comme familier de '''Périandre''' en raison de notre profession commune, et comme hôte de '''Thalès''' : ce dernier était en effet descendu chez moi sur la recommandation de '''Périandre'''. Ensuite, on ne vous en a pas rapporté fidèlement les entretiens lorsqu’on vous a fait ce récit. Il faut que celui de qui vous le tenez n’ait pas été un des convives. Mais puisque nous avons un ample loisir et que la vieillesse est un garant trop peu sûr pour nous autoriser à remettre cet entretien, je vais, suivant votre désir unanime, vous en raconter tous les détails à partir du commencement.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §1'', traduction par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_1,_1870.djvu/424|ici]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe II.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la simplicité de '''Thalès''', de sa mesure de la pyramide d’''Égypte'', et de son aversion des [[w:Tyran|''tyrans'']] et des rois.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§2. Παρεσκευάκει μὲν γὰρ οὐκ ἐν τῇ πόλει τὴν ὑποδοχὴν ὁ Περίανδρος, ἀλλ´ ἐν τῷ περὶ τὸ Λέχαιον ἑστιατορίῳ παρὰ τὸ τῆς Ἀφροδίτης ἱερόν, ἧς ἦν καὶ ἡ θυσία. μετὰ γὰρ τὸν ἔρωτα τῆς μητρὸς αὐτοῦ προεμένης τὸν βίον ἑκουσίως οὐ τεθυκὼς τῇ Ἀφροδίτῃ, τότε πρῶτον ἔκ τινων ἐνυπνίων τῆς Μελίσσης ὥρμησε τιμᾶν καὶ θεραπεύειν τὴν θεόν. Τῶν δὲ κεκλημένων ἑκάστῳ συνωρὶς ἱκανῶς κεκοσμημένη προσήχθη· καὶ γὰρ ὥρα θέρους ἦν, καὶ τὴν ὁδὸν ἅπασαν ὑπὸ πλήθους ἁμαξῶν καὶ ἀνθρώπων ἄχρι θαλάττης κονιορτὸς καὶ θόρυβος κατεῖχεν. ὁ μέντοι Θαλῆς τὸ ζεῦγος ἐπὶ ταῖς θύραις ἰδὼν καὶ μειδιάσας ἀφῆκεν. ἐβαδίζομεν οὖν ἐκτραπόμενοι διὰ τῶν χωρίων, καθ´ ἡσυχίαν, καὶ μεθ´ ἡμῶν τρίτος ὁ Ναυκρατίτης Νειλόξενος, ἀνὴρ ἐπιεικὴς καὶ τοῖς περὶ Σόλωνα καὶ Θαλῆν γεγονὼς ἐν Αἰγύπτῳ συνήθης. ἐτύγχανε δὲ πρὸς Βίαντα πάλιν ἀπεσταλμένος· ὧν δὲ χάριν οὐδ´ αὐτὸς ᾔδει, πλὴν ὑπενόει πρόβλημα δεύτερον αὐτῷ κομίζειν ἐν βιβλίῳ κατασεσημασμένον· εἴρητο γάρ, εἰ Βίας ἀπαγορεύσειεν, ἐπιδεῖξαι τοῖς σοφωτάτοις Ἑλλήνων τὸ βιβλίον. « Ἕρμαιον » ὁ Νειλόξενος ἔφη « μοι γέγονεν ἐνταῦθα λαβεῖν ἅπαντας ὑμᾶς, καὶ κομίζω τὸ βιβλίον ὡς ὁρᾷς ἐπὶ τὸ δεῖπνον. » ἅμα δ´ ἡμῖν ἐπεδείκνυε. Καὶ ὁ Θαλῆς γελάσας « εἴ τι κακόν, » εἶπεν, « αὖθις εἰς Πριήνην· διαλύσει γὰρ ὁ Βίας, ὡς διέλυσεν αὐτὸς τὸ πρῶτον. » « Τί δ´ ἦν, » ἔφην ἐγώ, « τὸ πρῶτον; » « Ἱερεῖον, » εἶπεν, « ἔπεμψεν αὐτῷ, κελεύσας τὸ πονηρότατον ἐξελόντα καὶ χρηστότατον ἀποπέμψαι κρέας. ὁ δ´ ἡμέτερος εὖ καὶ καλῶς τὴν γλῶτταν ἐξελὼν ἔπεμψεν· ὅθεν εὐδοκιμῶν δῆλός ἐστι καὶ θαυμαζόμενος. » « Οὐ διὰ ταῦτ´ » ἔφη « μόνον » ὁ Νειλόξενος, « ἀλλ´ οὐ φεύγει τὸ φίλος εἶναι καὶ λέγεσθαι βασιλέων καθάπερ ὑμεῖς, ἐπεὶ σοῦ γε καὶ τἄλλα θαυμάζει, καὶ τῆς [[wikt:en:πυραμίδος#Ancient_Greek|πυραμίδος]] τὴν μέτρησιν ὑπερφυῶς ἠγάπησεν, ὅτι πάσης ἄνευ πραγματείας καὶ μηδενὸς ὀργάνου δεηθεὶς ἀλλὰ τὴν βακτηρίαν στήσας ἐπὶ τῷ πέρατι τῆς σκιᾶς ἣν ἡ πυραμὶς ἐποίει, γενομένων τῇ ἐπαφῇ τῆς ἀκτῖνος δυεῖν τριγώνων, ἔδειξας ὃν ἡ σκιὰ πρὸς τὴν σκιὰν λόγον εἶχε τὴν πυραμίδα πρὸς τὴν βακτηρίαν ἔχουσαν. ἀλλ´, ὅπερ ἔφην, διεβλήθης μισοβασιλεὺς εἶναι, καί τινες ὑβριστικαί σου περὶ τυράννων ἀποφάσεις ἀνεφέροντο πρὸς αὐτόν, ὡς ἐρωτηθεὶς ὑπὸ Μολπαγόρου τοῦ Ἴωνος τί παραδοξότατον εἴης ἑωρακώς, ἀποκρίναιο ‘τύραννον γέροντα,’ καὶ πάλιν ἔν τινι πότῳ, περὶ τῶν θηρίων λόγου γενομένου, φαίης κάκιστον εἶναι τῶν μὲν ἀγρίων θηρίων τὸν τύραννον, τῶν δ´ ἡμέρων τὸν κόλακα· ταῦτα γάρ, εἰ καὶ πάνυ προσποιοῦνται διαφέρειν οἱ βασιλεῖς τῶν τυράννων, οὐκ εὐμενῶς ἀκούουσιν. » « Ἀλλὰ τοῦτο μέν, » εἶπεν ὁ Θαλῆς, « Πιττακοῦ ἐστιν, εἰρημένον ἐν παιδιᾷ ποτε πρὸς Μυρσίλον· ἐγὼ δὲ θαυμάσαιμ´ ἄν, » ἔφη, « οὐ τύραννον ἀλλὰ [[wikt:κυβερνήτης#Grec_ancien|'''κυβερνήτην''']] γέροντα θεασάμενος. πρὸς δὲ τὴν μετάθεσιν τὸ τοῦ νεανίσκου πέπονθα τοῦ βαλόντος μὲν ἐπὶ τὴν κύνα πατάξαντος δὲ τὴν μητρυιὰν καὶ εἰπόντος ‘οὐδ´ οὕτω κακῶς.’ διὸ καὶ Σόλωνα σοφώτατον ἡγησάμην οὐ δεξάμενον τυραννεῖν. καὶ Πιττακὸς οὗτος εἰ μοναρχίᾳ μὴ προσῆλθεν, οὐκ ἂν εἶπεν ὡς ‘χαλεπὸν ἐσθλὸν ἔμμεναι.’ Περίανδρος δ´ ἔοικεν ὥσπερ ἐν νοσήματι πατρῴῳ τῇ τυραννίδι κατειλημμένος οὐ φαύλως ἐξαναφέρειν, χρώμενος ὁμιλίαις ὑγιειναῖς ἄχρι γε νῦν καὶ συνουσίας ἀνδρῶν νοῦν ἐχόντων ἐπαγόμενος, ἃς δὲ '''Θρασύβουλος''' αὐτῷ κολούσεις τῶν ἄκρων οὑμὸς πολίτης ὑφηγεῖται μὴ προσιέμενος. γεωργοῦ γὰρ [[wikt:en:αἶρα#Ancient_Greek|αἴρας]] καὶ [[wikt:ononis|ὀνώνιδας]] ἀντὶ [[wikt:πυρός#Grec_ancien|πυρῶν]] καὶ [[wikt:κριθή#Grec_ancien|κριθῶν]] συγκομίζειν ἐθέλοντος οὐδὲν διαφέρει τύραννος ἀνδραπόδων μᾶλλον ἄρχειν ἢ ἀνδρῶν βουλόμενος· ἓν γὰρ ἀντὶ πολλῶν κακῶν ἀγαθὸν αἱ δυναστεῖαι τὴν τιμὴν ἔχουσι καὶ τὴν δόξαν, ἄνπερ ἀγαθῶν ὡς κρείττονες ἄρχωσι καὶ μεγάλων μείζονες εἶναι δοκῶσι· τὴν δ´ ἀσφάλειαν ἀγαπῶντας ἄνευ τοῦ καλοῦ προβάτων ἔδει πολλῶν καὶ ἵππων καὶ βοῶν ἄρχειν, μὴ ἀνθρώπων. ἀλλὰ γὰρ εἰς οὐδὲν προσήκοντας ἐμβέβληκεν ἡμᾶς, » ἔφη, « ὁ ξένος οὑτοσὶ λόγους, ἀμελήσας λέγειν τε καὶ ζητεῖν ἃ ἁρμόττει ἐπὶ δεῖπνον βαδίζουσιν. ἦ γὰρ οὐκ οἴει, καθάπερ ἑστιάσοντος ἔστι τις παρασκευή, καὶ δειπνήσοντος εἶναι; Συβαρῖται μὲν γὰρ ὡς ἔοικε πρὸ ἐνιαυτοῦ τὰς κλήσεις ποιοῦνται τῶν γυναικῶν, ὅπως ἐκγένοιτο κατὰ σχολὴν παρασκευασαμέναις ἐσθῆτι καὶ χρυσῷ φοιτᾶν ἐπὶ τὸ δεῖπνον· ἐγὼ δὲ πλείονος οἶμαι χρόνου δεῖσθαι τὴν ἀληθινὴν τοῦ δειπνήσοντος ὀρθῶς παρασκευήν, ὅσῳ χαλεπώτερόν ἐστιν ἤθει τὸν πρέποντα κόσμον ἢ σώματι τὸν περιττὸν ἐξευρεῖν καὶ ἄχρηστον. οὐ γὰρ ὡς ἀγγεῖον ἥκει κομίζων ἑαυτὸν ἐμπλῆσαι πρὸς τὸ δεῖπνον ὁ νοῦν ἔχων, ἀλλὰ καὶ σπουδάσαι τι καὶ παῖξαι καὶ ἀκοῦσαι καὶ εἰπεῖν ὡς ὁ καιρὸς παρακαλεῖ τοὺς συνόντας, εἰ μέλλουσι μετ´ ἀλλήλων ἡδέως ἔσεσθαι. καὶ γὰρ καὶ ὄψον πονηρὸν ἔστι παρώσασθαι, κἂν οἶνος ᾖ φαῦλος, ἐπὶ τὰς νύμφας καταφυγεῖν· σύνδειπνος δὲ κεφαλαλγὴς καὶ βαρὺς καὶ ἀνάγωγος παντὸς μὲν οἴνου καὶ ὄψου πάσης δὲ μουσουργοῦ χάριν ἀπόλλυσι καὶ λυμαίνεται, καὶ οὐδ´ ἀπεμέσαι τὴν τοιαύτην ἀηδίαν ἕτοιμόν ἐστιν, ἀλλ´ ἐνίοις εἰς ἅπαντα τὸν βίον ἐμμένει τὸ πρὸς ἀλλήλους δυσάρεστον, ὥσπερ ἑωλοκρασία τις ὕβρεως ἢ ὀργῆς ἐν οἴνῳ γενομένης. ὅθεν ἄριστα Χίλων, καλούμενος ἐχθές, οὐ πρότερον ὡμολόγησεν ἢ πυθέσθαι τῶν κεκλημένων ἕκαστον. ἔφη γὰρ ὅτι σύμπλουν ἀγνώμονα δεῖ φέρειν καὶ σύσκηνον οἷς πλεῖν ἀνάγκη καὶ στρατεύεσθαι· τὸ δὲ συμπόταις ἑαυτὸν ὡς ἔτυχε καταμιγνύειν οὐ νοῦν ἔχοντος ἀνδρός ἐστιν. ὁ δ´ Αἰγύπτιος σκελετός, ὃν ἐπιεικῶς εἰσφέροντες εἰς τὰ συμπόσια προτίθενται καὶ παρακαλοῦσι μεμνῆσθαι τάχα δὴ τοιούτους ἐσομένους, καίπερ ἄχαρις καὶ ἄωρος ἐπίκωμος ἥκων, ὅμως ἔχει τινὰ καιρόν, καὶ εἰ μὴ πρὸς τὸ πίνειν καὶ ἡδυπαθεῖν ἀλλὰ πρὸς φιλίαν καὶ ἀγάπησιν ἀλλήλων προτρέπεται, καὶ παρακαλεῖ τὸν βίον μὴ τῷ χρόνῳ βραχὺν ὄντα πράγμασι κακοῖς μακρὸν ποιεῖν. »
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<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §2'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§2. La réception avait été préparée par '''Périandre''', non pas dans la ville même, mais dans son [[w:Cénacle|''cénacle'']] du port de [[w:Léchaion|''Léchée'']], près du temple de '''Vénus''' en l’honneur de laquelle il y avait même un sacrifice. Car depuis l’incestueux amour à la suite duquel sa mère avait volontairement abandonné la vie, '''Périandre''' n’avait pas sacrifié à '''Vénus''' ; et c’était alors la première fois que, d’après certains songes de '''Mélissa''' il s’était décidé à honorer la déesse et à lui rendre des hommages. Pour chacun des invités on avait amené un attelage approprié convenablement. Nous étions en été, et tout le long de la route, en raison du grand nombre de chariots et de piétons, ce n’était jusqu’à la mer que poussière et que bruit. Pourtant '''Thalès''', ayant vu l’attelage à notre porte, se mit à sourire et le renvoya. Nous partîmes donc à pied en faisant un détour, et à travers champs nous cheminâmes à loisir. Un troisième compagnon s’était joint à nous, '''Niloxène''' de ''Naucratie'', homme plein de mérite, que '''Thalès''' et '''Solon''' avaient autrefois beaucoup connu en ''Égypte''. Il se trouvait envoyé de nouveau vers '''Bias''' ; mais pour quelle mission ? Il n’en savait rien lui-même, hormis qu’il se soupçonnait porteur d’une seconde question à résoudre, contenue dans un pli cacheté; et il lui avait été dit, au cas où '''Bias''' renoncerait, de la présenter aux plus sages d’entre les Grecs. « C’est », dit '''Niloxène''', « une chance heureuse que de vous trouver ici tous, et j’apporte, comme vous voyez, cette lettre pour le banquet. » En même temps, il nous la faisait voir. '''Thalès''' se mit à rire : « Si c’est une question épineuse », dit-il, « qu’on aille encore à ''Priène'' : '''Bias''' la résoudra comme il a résolu la première. » — « Quelle était donc cette première question ? » lui demandai-je. — « Le roi d’Égypte », dit '''Thalès''', « avait envoyé à '''Bias''' une victime, en lui faisant dire d’en couper ce qu’il y avait de plus mauvais et de meilleur, et de le lui renvoyer. Notre sage, avec un discernement merveilleux, en ôta la langue et la fit porter au Roi. Voilà ce qui lui a valu une estime et une admiration si déclarée ». — « Cette raison n’est pas la seule », ajouta '''Niloxène''' ; « c’est encore, que '''Bias''' ne fuit pas, comme vous autres, l’amitié des rois eux-mêmes. Ainsi, vous, '''Thalès''', le roi d’Égypte vous admire beaucoup, et, entre autres choses, il a été, au-delà de ce qu’on peut dire, ravi de la manière dont vous avez mesuré la pyramide sans le moindre embarras et sans avoir eu besoin d’aucun instrument. Après avoir dressé votre bâton à l’extrémité de l’ombre que projetait la pyramide, vous construisîtes deux triangles par la tangence d’un rayon, et vous démontrâtes qu’il y avait la même proportion entre la hauteur du bâton et la hauteur de la pyramide qu’entre la longueur des deux ombres. Mais, comme j’ai dit, on vous accuse de détester les rois ; quelques boutades injurieuses prononcées par vous contre des ''tyrans'' ont été rapportées à [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']]. Par exemple, l’Ionien '''Molpagore''' vous ayant demandé ce que vous aviez jamais vu de plus extraordinaire, vous lui auriez répondu : « C’est un tyran parvenu à la vieillesse. » Une autre fois, dans un festin, la conversation étant venue à tomber sur les bêtes féroces, vous auriez dit : « La plus méchante bête parmi les animaux sauvages, c’est le tyran, et parmi les animaux apprivoisés le flatteur. » De tels propos ne sont pas de ceux que les rois entendent avec plaisir, lors même qu’ils affectent de n’avoir rien de commun avec les tyrans. » Pour cette dernière réponse, dit '''Thalès''', elle est de '''Pittacus''' : il l’avait adressée un jour en plaisantant à '''Myrsile'''. Quant au premier propos, ce n’était pas « un tyran » que j’avais dit, mais « un [[wikt:κυβερνήτης#Grec_ancien|''pilote'']] », qui soit parvenu à la vieillesse. Toutefois, puisqu’on a changé la destination du mot, je fais comme le jeune homme qui, ayant jeté une pierre à un chien, atteignit sa belle-mère et s’écria : Même ainsi, ce n’est pas mal. » C’est pourquoi je regardai '''Solon''' comme éminemment sage lorsqu’il n’accepta pas la tyrannie ; et '''Pittacus''', s’il n’eût approché de la monarchie, n’aurait pas eu à dire : « Il est difficile d’être homme de bien. » Quant à '''Périandre''', il semble qu’ayant été saisi par le souverain pouvoir comme par une maladie de famille, il ne s’en tire pas trop mal. Il use, au moins jusqu’à présent, de sociétés salutaires. Il réunit, pour entretenir commerce avec eux, ses hommes remplis de sens ; et le conseil que lui a donné mon compatriote [[w:Thrasybule_de_Milet|'''Thrasybule''']] [[#Thrasybule|<span id="Thrasybule_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], de décapiter l’aristocratie, il ne l’a pas accepté. Entre un laboureur qui aimerait mieux voir dans son champ de l’[[w:Ivraie|''ivraie'']] ou de l’[[w:Orobanche|''orobanche'']] que de l’orge ou du blé, et un tyran qui veut régner sur des esclaves plutôt que sur des hommes de coeur, je ne vois aucune différence. Un seul bien compense les maux nombreux attachés au pouvoir des tyrans : c’est la gloire et l’honneur qui leur sont réservés lorsque, commandant à des hommes vertueux, ils sont plus vertueux eux-mêmes, et qu’au milieu de grands ils se montrent plus grands. Ceux qui préfèrent leur sûreté en renonçant à ce beau rôle, étaient faits pour réunir sous leur main beaucoup de moutons, de chevaux et de boeufs, mais non des hommes. » « Du reste », continua '''Thalès''', « ce sont propos sans portée aucune que ceux où nous a jetés cet étranger, et nous avons omis de dire et de chercher les choses qui conviennent bien à des gens partis pour un banquet. Ne croyez-vous pas, '''Nicarque''', qu’il y ait des préparatifs à faire quand on vient prendre place à un festin, comme il y en a pour celui qui doit le donner ? Les [[w:Sybaris|''Sybarites'']] [[#Sybaris|<span id="Sybaris_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], à ce qu’il paraît, s’y prennent un an d’avance pour adresser leurs invitations aux femmes, afin qu’elles puissent à loisir préparer leur toilette et leurs bijoux en or avant de se rendre au festin; et, selon moi, il faut plus de temps encore à un convive pour les préparatifs vraiment nécessaires, parce qu’il est plus difficile de trouver un ajustement convenable pour son moral que la vaine et inutile parure dont on s’inquiète pour son corps. Un homme sensé ne se transporte pas à un festin comme un bocal qu’il s’agit d’y remplir. Il songe à trouver là une occasion de passer tour à tour du sérieux au badinage, d’entendre et de tenir lui-même ces propos auxquels la circonstance invite les convives s’ils veulent se rendre la réunion agréable les uns aux autres. En effet on est libre de repousser un mauvais ragoût, et si le vin ne vaut rien on peut « recourir aux [[w:Naïades|''Naïades'']] »; mais un convive qui vous donne mal à la tête, qui est lourd, qui ne sait pas se conduire, vous fait perdre et vous gâte le plaisir de tout vin, de toute bonne chère, de toute musique. On n’est même pas le maître de se débarrasser aussi complétement qu’on le voudrait d’un tel désagrément. Quelques-uns en gardent tant qu’ils vivent du mécontentement les uns contre les autres : il leur semble qu’il leur reste comme un arrière-goût de viandes mal digérées, parce qu’ils conservent le souvenir d’injures ou de colères échangées dans le vin. C’est pour cela que '''Chilon''', invité hier, n’a pas voulu promettre avant d’avoir su le nom de chacun des convives : « Car on est bien obligé, a-t-il dit, de supporter un désagréable compagnon de traversée, de tente, quand il faut être sur terre ou à l’armée ; mais se mêler indifféremment à table avec les premiers venus, n’est pas le propre d’un homme sensé. » Le squelette des ''Égyptiens'', qu’ils ont la sage coutume de produire et de placer dans la salle du festin afin d’engager à se souvenir que l’on sera bientôt comme lui, survient là comme un convive assez désagréable et intempestif, mais enfin la présence s’en explique. Si cette vue n’excite pas à boire et à se réjouir, elle engage du moins à s’aimer, à se chérir les uns les autres, et elle exhorte à ne pas allonger par des tracas pénibles une existence dont la durée est si courte.
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<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §2'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Thrasybule_back|<span id="Thrasybule"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θρᾰσῠ́βουλος / Thrăsŭ́boulos [[wikt:en:Θρασύβουλος#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de l’adjectif [[wikt:θρασύς#Grec_ancien|θρᾰσύς / thrăsús]], « confiant, audacieux » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun [[wikt:βουλή#Grec_ancien|βουλή / boulế]], « Volonté. Décision, conseil. Conseil, sénat athénien. »; du verbe [[wikt:βούλομαι#Grec_ancien|βούλομαι / boúlomai]], « Vouloir, désirer, souhaiter. Vouloir bien, consentir à. » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + -ος (-os).<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sybaris_back|<span id="Sybaris"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῠ́βᾰρῐς / Sŭ́bărĭs [[wikt:en:Σύβαρις#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Colonisation grecque|Colonie grecque]] du sud de l’Italie (en [[w:Calabre|Calabre]] actuelle), fondée au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] dans le cadre du mouvement d’établissement et d’[[w:Colonisation_grecque|''essaimage'']] des Grecs vers l’Occident, particulièrement en [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']]. Réputée dès l’Antiquité pour sa richesse devenue proverbiale, ainsi que pour son emprise sur les peuples voisins et différentes cités grecques de son voisinage, elle est détruite à l’issue d’une [[w:Guerre entre Sybaris et Crotone|guerre]] qui l’oppose à [[w:Crotone|''Crotone'']] à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et enfouie sous les eaux du fleuve ''Crathis'' (aujourd’hui [[Crati]]), avant de voir son site réoccupé, soixante ans plus tard, par la colonie [[w:Panhellénisme|''panhellénique'']] de [[w:Thourioï|''Thourioï'']].'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe III.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la reconnaissance de la sagesse de '''Cléobuline''' ''« Eumétis »'' par '''Thalès''', de l’humilité de ce dernier et de son [[w:Cynisme|''cynisme'']].</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ἐν τοιούτοις λόγοις γενόμενοι κατὰ τὴν ὁδὸν ἀφικόμεθα πρὸς τὴν οἰκίαν, καὶ λούσασθαι μὲν ὁ Θαλῆς οὐκ ἠθέλησεν, ἀληλιμμένοι γὰρ ἦμεν· ἐπιὼν δὲ τούς τε δρόμους ἐθεᾶτο καὶ τὰς παλαίστρας καὶ τὸ ἄλσος τὸ παρὰ τὴν θάλατταν ἱκανῶς διακεκοσμημένον, ὑπ´ οὐδενὸς ἐκπληττόμενος τῶν τοιούτων, ἀλλ´ ὅπως μὴ καταφρονεῖν δοκοίη μηδ´ ὑπερορᾶν τοῦ Περιάνδρου τῆς φιλοτιμίας. τῶν δ´ ἄλλων τὸν ἀλειψάμενον ἢ λουσάμενον οἱ θεράποντες εἰσῆγον εἰς τὸν ἀνδρῶνα διὰ τῆς στοᾶς. Ὁ δ´ Ἀνάχαρσις ἐν τῇ στοᾷ καθῆστο, καὶ παιδίσκη προειστήκει τὴν κόμην ταῖς χερσὶ διακρίνουσα. ταύτην ὁ Θαλῆς ἐλευθεριώτατά πως αὐτῷ προσδραμοῦσαν ἐφίλησε καὶ γελάσας « οὕτως, » ἔφη, « ποίει καλὸν τὸν ξένον, ὅπως ἡμερώτατος ὢν μὴ φοβερὸς ᾖ τὴν ὄψιν ἡμῖν μηδ´ ἄγριος. » Ἐμοῦ δ´ ἐρομένου περὶ τῆς παιδὸς ἥτις εἴη, « τὴν σοφήν, » ἔφη, « καὶ περιβόητον ἀγνοεῖς Εὔμητιν; οὕτω γὰρ ταύτην ὁ πατὴρ αὐτός, οἱ δὲ πολλοὶ πατρόθεν ὀνομάζουσι Κλεοβουλίνην. » Καὶ ὁ Νειλόξενος εἶπεν « ἦ που τὴν περὶ τὰ αἰνίγματα δεινότητα καὶ σοφίαν, » ἔφη, « τῆς κόρης ἐπαινεῖς· καὶ γὰρ εἰς Αἴγυπτον ἔνια τῶν προβαλλομένων ὑπ´ αὐτῆς διῖκται. » « Οὐκ ἔγωγ´, » εἶπεν ὁ Θαλῆς· « τούτοις γὰρ ὥσπερ ἀστραγάλοις, ὅταν τύχῃ, παίζουσα χρῆται καὶ διαβάλλεται πρὸς τοὺς ἐντυχόντας. ἀλλὰ καὶ φρόνημα θαυμαστὸν καὶ νοῦς ἔνεστι πολιτικὸς καὶ φιλάνθρωπον ἦθος, καὶ τὸν πατέρα τοῖς πολίταις πραότερον ἄρχοντα παρέχει καὶ δημοτικώτερον. » « Εἶεν, » ὁ Νειλόξενος ἔφη, « καὶ φαίνεται βλέποντι πρὸς τὴν λιτότητα καὶ ἀφέλειαν αὐτῆς· Ἀνάχαρσιν δὲ πόθεν οὕτω τημελεῖ φιλοστόργως; » « Ὅτι, » ἔφη, « σώφρων ἀνήρ ἐστι καὶ πολυμαθής, καὶ τὴν δίαιταν αὐτῇ καὶ τὸν καθαρμόν, ᾧ χρῶνται Σκύθαι περὶ τοὺς κάμνοντας, ἀφθόνως καὶ προθύμως παραδέδωκε. καὶ νῦν οἶμαι περιέπειν αὐτὴν τὸν ἄνδρα καὶ φιλοφρονεῖσθαι, μανθάνουσάν τι καὶ προσδιαλεγομένην. » Ἤδη δὲ πλησίον οὖσιν ἡμῖν τοῦ ἀνδρῶνος ἀπήντησεν Ἀλεξίδημος ὁ Μιλήσιος (ἦν δὲ Θρασυβούλου τοῦ τυράννου νόθος) καὶ ἐξῄει τεταραγμένος καὶ σὺν ὀργῇ τινι πρὸς αὑτὸν οὐδὲν ἡμῖν γε σαφὲς διαλεγόμενος. ὡς δὲ τὸν Θαλῆν εἶδε, μικρὸν ἀνενεγκὼν καὶ καταστάς « οἵαν ὕβριν, » εἶπεν, « εἰς ἡμᾶς Περίανδρος ὕβρικεν, ἐκπλεῦσαι μὲν οὐκ ἐάσας ὡρμημένον ἀλλὰ προσμεῖναι δεηθεὶς τὸ δεῖπνον, ἐλθόντι δὲ νέμων κλισίαν ἄτιμον, Αἰολεῖς δὲ καὶ νησιώτας (καὶ τίνας γὰρ οὐχί;) Θρασυβούλου προτιμῶν· Θρασύβουλον γὰρ ἐν ἐμοὶ τὸν πέμψαντα προπηλακίσαι βουλόμενος καὶ καταβαλεῖν ὡς δὴ περιορῶν δῆλός ἐστιν. » « Εἶτ´, » ἔφη, « σὺ δέδιας μὴ καθάπερ Αἰγύπτιοι τοὺς ἀστέρας ὑψώματα καὶ ταπεινώματα λαμβάνοντας ἐν τοῖς τόποις οὓς διεξίασι γίγνεσθαι βελτίονας ἢ χείρονας ἑαυτῶν λέγουσιν, οὕτως ἡ περὶ σὲ διὰ τὸν τόπον ἀμαύρωσις ἢ ταπείνωσις γένηται; καὶ τοῦ Λάκωνος ἔσῃ φαυλότερος, ὃς ἐν χορῷ τινι κατασταθεὶς εἰς τὴν ἐσχάτην χώραν ὑπὸ τοῦ ἄρχοντος ‘εὖ γ´,’ εἶπεν, ‘ἐξεῦρες, ὡς καὶ αὕτα ἔντιμος γένηται.’ οὐ καταλαβόντας, » ἔφη, « τόπον μετὰ τίνας κατακείμεθα δεῖ ζητεῖν, μᾶλλον δ´ ὅπως εὐάρμοστοι τοῖς συγκατακειμένοις ὦμεν, ἀρχὴν καὶ λαβὴν φιλίας εὐθὺς ἐν αὐτοῖς ζητοῦντες, μᾶλλον δ´ ἔχοντες τὸ μὴ δυσκολαίνειν ἀλλ´ ἐπαινεῖν ὅτι τοιούτοις συγκατεκλίθημεν· ὡς ὅ γε τόπῳ κλισίας δυσχεραίνων δυσχεραίνει τῷ συγκλίτῃ μᾶλλον ἢ τῷ κεκληκότι, καὶ πρὸς ἀμφοτέρους ἀπεχθάνεται. » « Λόγος, » ἔφη, « ταῦτ´ ἄλλως ἐστίν » ὁ Ἀλεξίδημος, « ἔργῳ δὲ καὶ τοὺς σοφοὺς ὑμᾶς ὁρῶ τὸ τιμᾶσθαι διώκοντας, » καὶ ἅμα παραμειψάμενος ἡμᾶς ἀπῆλθε. Καὶ ὁ Θαλῆς πρὸς ἡμᾶς τὴν ἀτοπίαν τοῦ ἀνθρώπου θαυμάζοντας, « ἔμπληκτος, » ἔφη, « καὶ ἀλλόκοτος φύσει, ἐπεὶ καὶ μειράκιον ὢν ἔτι, μύρου σπουδαίου Θρασυβούλῳ κομισθέντος, εἰς ψυκτῆρα κατεράσας μέγαν καὶ προσεγχέας ἄκρατον ἐξέπιεν, ἔχθραν ἀντὶ φιλίας Θρασυβούλῳ διαπεπραγμένος. » Ἐκ τούτου περιελθὼν ὑπηρέτης « κελεύει σε Περίανδρος, » ἔφη, « καὶ Θαλῆν παραλαβόντα τοῦτον ἐπισκέψασθαι τὸ κεκομισμένον ἀρτίως αὐτῷ πότερον ἄλλως γέγονεν ἤ τι σημεῖόν ἐστι καὶ τέρας· αὐτὸς μὲν γὰρ ἔοικε τεταράχθαι σφόδρα, μίασμα καὶ κηλῖδα τῆς θυσίας ἡγούμενος. » ἅμα δ´ ἀπῆγεν ἡμᾶς εἴς τι οἴκημα τῶν περὶ τὸν κῆπον. ἐνταῦθα νεανίσκος ὡς ἐφαίνετο νομευτικός, οὔπω γενειῶν ἄλλως τε τὸ εἶδος οὐκ ἀγεννής, ἀναπτύξας τινὰ διφθέραν ἔδειξεν ἡμῖν βρέφος ὡς ἔφη γεγονὸς ἐξ ἵππου, τὰ μὲν ἄνω μέχρι τοῦ τραχήλου καὶ τῶν χειρῶν ἀνθρωπόμορφον, τὰ λοιπὰ δ´ ἔχον ἵππου, τῇ δὲ φωνῇ καθάπερ τὰ νεογνὰ παιδάρια κλαυθμυριζόμενον. ὁ μὲν οὖν Νειλόξενος, « Ἀλεξίκακε » εἰπών, ἀπεστράφη τὴν ὄψιν, ὁ δὲ Θαλῆς προσέβλεπε τῷ νεανίσκῳ πολὺν χρόνον, εἶτα μειδιάσας (εἰώθει δ´ ἀεὶ παίζειν πρὸς ἐμὲ περὶ τῆς τέχνης) « ἦ που τὸν καθαρμόν, ὦ Διόκλεις, » ἔφη, « κινεῖν διανοῇ καὶ παρέχειν πράγματα τοῖς ἀποτροπαίοις, ὥς τινος δεινοῦ καὶ μεγάλου συμβάντος; » « Τί δ´, » εἶπον, « οὐ μέλλω; στάσεως γάρ, ὦ Θαλῆ, καὶ διαφορᾶς τὸ σημεῖόν ἐστι, καὶ δέδια μὴ μέχρι γάμου καὶ γενεᾶς ἐξίκηται, πρὶν ἢ τὸ πρῶτον ἐξιλάσασθαι μήνιμα, τῆς θεοῦ δεύτερον ὡς ὁρᾷς προφαινούσης. » Πρὸς τοῦτο μηδὲν ἀποκρινάμενος ὁ Θαλῆς ἀλλὰ γελῶν ἀπηλλάττετο. καὶ τοῦ Περιάνδρου πρὸς τὰς θύρας ἀπαντήσαντος ἡμῖν καὶ διαπυθομένου περὶ ὧν εἴδομεν, ἀφεὶς ὁ Θαλῆς με καὶ λαβόμενος τῆς ἐκείνου χειρὸς ἔφη, « ἃ μὲν Διοκλῆς κελεύει δράσεις καθ´ ἡσυχίαν· ἐγὼ δέ σοι παραινῶ νέοις οὕτω μὴ χρῆσθαι νομεῦσιν ἵππων, ἢ διδόναι γυναῖκας αὐτοῖς. » Ἔδοξε μὲν οὖν μοι τῶν λόγων ἀκούσας ὁ Περίανδρος ἡσθῆναι σφόδρα· καὶ γὰρ ἐξεγέλασε καὶ τὸν Θαλῆν περιβαλὼν κατησπάσατο. κἀκεῖνος « οἶμαι δ´, » εἶπεν, « ὦ Διόκλεις, καὶ πέρας ἔσχε τὸ σημεῖον· ὁρᾷς γὰρ ἡλίκον κακὸν γέγονεν ἡμῖν, Ἀλεξιδήμου συνδειπνεῖν μὴ θελήσαντος. » </div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §3'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ce fut en tenant de tels propos chemin faisant, que nous arrivâmes à la maison. '''Thalès''' ne voulut pas se baigner : « Je me suis frotté d’huile. » dit-il. Il se promena donc de côté et d’autre, regardant les champs de course, les palestres, et le bois sacré, voisin de la mer, que l’on avait bien convenablement disposé. Ce n’était pas qu’il fût frappé par aucun de ces préparatifs, mais il voulait ne pas avoir l’air de mépriser '''Périandre''' et de faire peu de cas de l’empressement avec lequel celui-ci honorait ses hôtes. Pour les autres convives, à mesure qu’ils s’étaient parfumés ou baignés, les serviteurs les introduisaient par la galerie dans la salle du banquet. Or '''Anacharsis''' s’était installé dans cette galerie, et devant lui une jeune fille se tenait, lui séparant les cheveux avec ses mains. Lorsqu’entra '''Thalès''', elle s’élança très librement à sa rencontre, et '''Thalès''', après l’avoir embrassée, lui dit en riant : « Continue à rendre bien beau notre étranger, afin qu’étant devenu la douceur même il ne conserve pas au milieu de nous une mine à faire peur et un aspect sauvage. » Je lui demandai quelle était cette jeune enfant : « Quoi ! » me dit-il, « vous ne connaissez pas la savante et célèbre '''Eumétis''' ! car c’est ainsi que son père la nomme : le plus communément on l’appelle '''Cléobuline''', du nom paternel. » Et '''Niloxène''' : « C’est sans doute à cause de son talent et de son habileté pour les énigmes, que vous faites l’éloge de cette jeune fille : car quelques-unes de celles qu’elle a proposées sont parvenues jusqu’en ''Égypte''. » — « Ce n’est pas à cause de cela », répondit '''Thalès''' : « les énigmes sont pour elle des joujoux dont elle s’amuse à l’occasion pour faire sa partie avec ceux qui se rencontrent. Mais ce qui est admirable en elle c’est sa profondeur d’esprit, son sens politique, l’aménité de son caractère, et le talent qu’elle a de rendre plus douce l’autorité de son père et d’inspirer à celui-ci des sentiments plus humains à l’égard du peuple. » — « Soit », dit '''Niloxène''' ; « et cela se reconnaît à voir sa modestie et sa simplicité. Mais d’où vient qu’elle prend un soin si amoureux de la toilette d’'''Anacharsis''' ? » — Parce que c’est, répondit '''Thalès''', « un sage, un homme des plus instruits, et parce qu’il lui a communiqué, avec de nombreux détails et de grand coeur, l’ensemble des pratiques sanitaires et des purifications que les ''Scythes'' appliquent au traitement des malades. Et dans ce moment je suppose qu’elle l’entoure de soins et d’amitiés parce qu’elle s’instruit de quelque chose en conversant avec lui. » Comme nous étions déjà près de la salle, '''Alexidème''' le ''Milésien'' vint à notre rencontre. C’était un bâtard du tyran '''Thrasybule'''. Il était sorti tout troublé, et avec une sorte de fureur il se parlait à lui-même, mais ses paroles n’avaient rien de clair pour nous. Quand il eut vu '''Thalès''', il se remit un peu ; puis, s’arrêtant tout court : « Quel affront '''Périandre''' vient de nous faire ! Je voulais mettre à la voile : il ne l’a pas permis ; il m’a supplié de rester à son festin, et quand j’arrive, il me donne une des dernières places, faisant passer des [[w:Éoliens|''Éoliens'']], des insulaires (je ne sais qui il ne me préfère pas), les faisant passer, dis je, avant '''Thrasybule''', car c’est '''Thrasybule''' en ma personne, c’est celui par lequel je suis envoyé qu’il a l’intention de traîner dans la boue et de ravaler comme le méprisant : la chose est bien claire. » — « Eh quoi ! » lui dit '''Thalès''', « êtes-vous comme les ''Égyptiens'', qui prétendent que les astres, suivant qu’ils prennent une position élevée ou basse en parcourant leur orbite, ont une condition meilleure ou pire qu’ils ne l’avaient ? Craignez-vous, pareillement, qu’autour de vous, en raison de la place où vous serez, il ne se produise obscurité ou dépression ? Serez-vous moins résigné que certain ''Spartiate'' ? À je ne sais quelle représentation il avait été placé au dernier rang par le maître des cérémonies : « Voilà qui va bien », lui dit-il : « tu as trouvé moyen de rendre honorable ce lieu même. Quand nous avons pris une place nous ne devons pas chercher au-dessous de qui nous sommes installés, mais plutôt comment nous nous mettrons en bon accord avec nos voisins. À leur occasion nous ferons voir tout d’abord, ou plutôt nous l’éprouverons réellement, un désir d’initiative et de prise de possession en matière d’amitié, et nous manifesterons ce désir en nous félicitant, loin d’en montrer du dépit, de ce que l’on nous a placés en une telle compagnie. Mais celui qui se plaint du rang qu’on lui donne à table montre plus de mécontentement contre son commensal que contre son hôte, et il se rend odieux à l’un et à l’autre. » — « Paroles que tout cela, » dit '''Alexidème''', « et paroles sans portée ! Mais je vois que de fait, vous autres sages, vous recherchez aussi les honneurs. » En même temps il s’éloigna de nous et disparut. Une conduite si étrange nous semblait étonnante. « C’est », nous dit '''Thalès''', « un homme écervelé et naturellement bizarre. Vous allez en juger. Il était encore tout jeune ; on avait apporté à '''Thrasybule''' un parfum d’un très haut prix. '''Alexidème''' le versa dans un grand vase à rafraîchir, y mêla du vin pur, et avala le tout, rendant son père odieux au lieu de le faire aimer. » Au même moment parut un serviteur : « Vous êtes invité par '''Périandre''' », me dit-il, « à venir, en vous faisant accompagner de '''Thalès''' que voici, examiner l’objet qu’on lui a récemment apporté, afin que vous disiez si c’est une création toute fortuite, ou bien un présage et une monstruosité; car, pour ce qui est de '''Périandre''', il a l’air grandement troublé, pensant que c’est une souillure et une profanation pour son sacrifice. » En même temps, il nous emmena vers une des salles qui donnaient sur le jardin. Là un jeune homme paraissant appartenir à la classe des bergers, qui n’avait pas encore de barbe et dont la physionomie ne manquait pas de noblesse, déploya une espèce de couverture en cuir, et nous montra un petit enfant né, disait-il, d’une cavale. Par le haut, jusqu’au cou et aux mains, cette créature était de forme humaine ; mais le reste était d’un cheval, et sa voix avait quelque chose des vagissements poussés par les petits enfants qui viennent de naître. « Dieu préservateur ! » s’écria '''Niloxène''', et il détourna les yeux. Mais '''Thalès''' fixa longtemps son regard sur le jeune pâtre; puis s’étant mis à sourire, (car il avait l’habitude de plaisanter toujours avec moi sur ma profession) : « Eh bien, '''Dioclès''', » dit-il, « songez-vous à préparer quelque expiation, et à donner de la besogne aux dieux préservateurs, comme vous trouvant en présence de quelque événement grave et considérable ? » — « Pourquoi non ? » répondis-je : « j’y vois le présage de troubles et de discordes qui s’étendront, j’en ai peur, jusqu’à un mariage et une génération avant que le courroux de la déesse ait été apaisé, puisqu’elle fait, vous le savez, une seconde manifestation ». À ces paroles '''Thalès''' ne répondit rien : il se contenta de rire et de s’en aller. Et comme '''Périandre''' était à la porte, s’avançant pour nous interroger sur ce que nous venions de voir, '''Thalès''' me quitta et le prit par la main : « Ce que '''Dioclès''' prescrira, vous l’exécuterez à loisir », lui dit-il ; « mais moi j’ai un conseil à vous donner : pour faire paître vos juments ne prenez pas de jeunes garçons, ou bien à ceux-ci donnez des femmes. » Ces paroles me semblèrent causer, des qu’il les eut entendues, une vive satisfaction à '''Périandre''', car il éclata de rire et serra très affectueusement '''Thalès''' dans ses bras. '''Thalès''' alors : « '''Dioclès''' », me dit-il, « si je conjecture bien, le prodige reçoit déjà son accomplissement. Car vous voyez quel grand malheur nous est arrivé, '''Alexidème''' n’ayant pas voulu souper avec nous. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §3'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage du caractère désinvolte de '''Thalès'''.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§4. Ἐπεὶ δ´ εἰσήλθομεν, ἤδη μεῖζον ὁ Θαλῆς φθεγξάμενος « ποῦ δ´ » εἶπεν « ὁ ἀνὴρ κατακλινάμενος ἐδυσχέρανεν; » ἀποδειχθείσης δὲ τῆς χώρας περιελθὼν ἐκεῖ κατέκλινεν ἑαυτὸν καὶ ἡμᾶς « ἀλλὰ κἂν ἐπριάμην » εἰπών « Ἀρδάλῳ κοινωνεῖν μιᾶς τραπέζης. » ἦν δὲ Τροιζήνιος ὁ Ἄρδαλος, αὐλῳδὸς καὶ ἱερεὺς τῶν Ἀρδαλείων Μουσῶν, ἃς ὁ παλαιὸς Ἄρδαλος ἱδρύσατο ὁ Τροιζήνιος.<br /><p style="text-align: centre">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">καὶ ὁ Θαλῆς ἐμὲ προσαγορεύσας ἐπάνω τοῦ Βίαντος κατακείμενον « τί οὐκ ἔφρασας, » εἶπεν, « ὦ Διόκλεις, Βίαντι τὸν Ναυκρατίτην ξένον ἥκοντα μετὰ προβλημάτων βασιλικῶν αὖθις ἐπ´ αὐτόν, ὅπως νήφων καὶ προσέχων ἑαυτῷ τὸν λόγον δέχηται; » Καὶ ὁ Βίας « ἀλλ´ οὗτος μέν, » ἔφη, « πάλαι δεδίττεται ταῦτα παρακελευόμενος, ἐγὼ δὲ τὸν Διόνυσον οἶδα τά τ´ ἄλλα δεινὸν ὄντα καὶ Λύσιον ἀπὸ σοφίας προσαγορευόμενον, ὥστ´ οὐ δέδια τοῦ θεοῦ μεστὸς γενόμενος μὴ ἀθαρσέστερον ἀγωνίσωμαι. » Τοιαῦτα μὲν ἐκεῖνοι πρὸς ἀλλήλους ἅμα δειπνοῦντες ἔπαιζον·</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §4'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§4. Après que nous fûmes entrés, '''Thalès''' ayant déjà élevé plus haut la voix: « Où donc », dit-il, « l’avait-on placé, cet homme qui s’en est formalisé ? » Quand on lui eut montré l’endroit il fit le tour de la salle, et ce fut là-même qu’il se plaça et nous installa. « En vérité », ajouta-t-il, « j’aurais payé pour partager la même table qu’'''Ardalus'''. » Cet '''Ardalus''' était un joueur de flûte [[w:Trézène_(ville)|''Trézénien'']] [[#Trézène|<span id="Trézène_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], prêtre des ''muses Ardalides'' auxquelles l’antique [[w:Ardalos|'''Ardalus''']] de ''Trézène'' avait dressé des statues.<br /><p style="text-align: centre">[...]<br /><p style="text-indent: 15px">Moi, j’étais au-dessus de '''Bias''', et '''Thalès''' m’ayant interpellé : « '''Dioclès''' », me dit-il, « pourquoi n’avez-vous pas dit à '''Bias''' que l’étranger de ''Naucratie'' est venu une seconde fois le trouver avec des questions de la part de son prince, afin que ce soit à jeun qu’il reçoive ces communications et qu’il y applique son esprit ? » Et '''Bias''' : « Il y a longtemps », dit-il, « que '''Dioclès''' me menace de m’y contraindre ; mais je sais que '''Bacchus''', entre autres attributions merveilleuses, possède une sagacité qui l’a fait surnommer le dieu qui délie, de sorte que je ne crains pas, étant rempli de la divinité, que la confiance m’abandonne au moment de la lutte. » C’est ainsi que, pendant le repas, ils échangeaient entre eux des plaisanteries.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §4'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Trézène_back|<span id="Trézène"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τροιζήν / Troizḗn [[wikt:en:Τροιζήν#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:polis|Cité grecque]] du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], sur la côte nord de l’[[w:Argolide|Argolide]].'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe VII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexions de '''Thalès''' sur le défi de sagacité posé par le roi des ''Éthiopiens'' au roi d’''Égypte'', [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']], consistant à boire la mer. Ce dernier fait appel à '''Bias''' pour la résoudre, et celui-ci souhaite l’examiner en commun avec les sages. '''Chilon''' explique qu’il ne s’agit pas de faire disparaître tant d’eau salée, mais de rendre la domination d’'''Amasis''' potable et douce à ses sujets (§6).</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§7. [...] Ἐπὶ τούτῳ δ´ ὁ '''Θαλῆς''' ἔφησεν, εὐδαιμονίαν ἄρχοντος νομίζειν, εἰ τελευτήσειε γηράσας κατὰ φύσιν.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §7'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§7. [...] Après lui '''Thalès''' prit la parole : « J’estime que le bonheur pour un souverain, c’est s’il meurt de vieillesse et naturellement. ».</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §7'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IX.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexions de '''Thalès''' sur le défi de sagacité posé par le roi d’''Égypte'', [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']], au roi des ''Éthiopiens'', consistant en une série de questions : « Qu’y a-t-il de plus ancien ? Le temps. — De plus grand ? Le monde. — De plus habile ? La vérité. — De plus beau ? La lumière. — De plus commun ? La mort. — De plus utile ? Dieu. — De plus nuisible ? Le mauvais Génie. — De plus puissant ? La Fortune. — De plus facile ? Le plaisir. ». '''Amasis''' fait encore appel à '''Bias''' pour analyser les réponses du roi des ''Éthiopiens'', qui les examinent également en commun avec les sages.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. Τούτων πάλιν ἀναγνωσθέντων, ὦ Νίκαρχε, γενομένης σιωπῆς Θαλῆς ἠρώτησε τὸν Νειλόξενον εἰ προσήκατο τὰς λύσεις ὁ Ἄμασις. ἐκείνου δ´ εἰπόντος ὅτι τὰς μὲν ἀπεδέξατο ταῖς δ´ ἐδυσκόλαινε, « καὶ μὴν οὐδέν, » εἶπεν ὁ Θαλῆς, « ἀνεπίληπτόν ἐστιν, ἀλλ´ ἔχει πάντα διαμαρτίας μεγάλας καὶ ἀγνοίας. οἷον εὐθὺς ὁ χρόνος πῶς ἂν εἴη πρεσβύτατον, εἰ τὸ μὲν αὐτοῦ γεγονὸς τὸ δ´ ἐνεστώς ἐστι τὸ δὲ μέλλον; ὁ γὰρ μεθ´ ἡμᾶς ἐσόμενος χρόνος καὶ πραγμάτων τῶν νῦν καὶ ἀνθρώπων νεώτερος ἂν φανείη. τὸ δὲ τὴν ἀλήθειαν ἡγεῖσθαι σοφίαν οὐδὲν ἐμοὶ δοκεῖ διαφέρειν τοῦ τὸ φῶς ὀφθαλμὸν ἀποφαίνειν. εἰ δὲ τὸ φῶς καλόν, ὥσπερ ἐστὶν, ἐνόμιζε, πῶς τὸν ἥλιον αὐτὸν παρεῖδε; τῶν δ´ ἄλλων ἡ μὲν περὶ θεῶν καὶ δαιμόνων ἀπόκρισις θράσος ἔχει καὶ κίνδυνον, ἀλογίαν δὲ καὶ πολλὴν ἡ περὶ τῆς τύχης· οὐ γὰρ ἂν μετέπιπτε ῥᾳδίως οὕτως, ἰσχυρότατον οὖσα τῶν ὄντων καὶ ῥωμαλεώτατον. οὐ μὴν οὐδ´ ὁ θάνατος κοινότατόν ἐστιν· οὐ γάρ ἐστι πρὸς τοὺς ζῶντας. ἀλλ´ ἵνα μὴ δοκῶμεν εὐθύνειν τὰς τῶν ἑτέρων ἀποφάσεις, ἰδίας ταῖς ἐκείνου παραβάλωμεν· ἐμαυτὸν δὲ παρέχω πρῶτον, εἰ βούλεται Νειλόξενος, ἐρωτᾶν καθ´ ἕκαστον. ὡς οὖν ἐγένοντο τότε, κἀγὼ νῦν διηγήσομαι τὰς ἐρωτήσεις καὶ τὰς ἀποκρίσεις· ‘Τί πρεσβύτατον;’ [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|‘θεός,’]] » ἔφη Θαλῆς· « ‘ἀγέν νητον γάρ ἐστι.’ ‘Τί μέγιστον;’ ‘τόπος· τἄλλα μὲν γὰρ ὁ κόσμος, τὸν δὲ κόσμον οὗτος περιέχει.’ ‘Τί κάλλιστον;’ ‘κόσμος· πᾶν γὰρ τὸ κατὰ τάξιν τούτου μέρος ἐστί.’ ‘Τί σοφώτατον;’ ‘χρόνος· τὰ μὲν γὰρ εὕρηκεν οὗτος ἤδη, τὰ δ´ εὑρήσει.’ ‘Τί κοινότατον;’ ‘ἐλπίς· καὶ γὰρ οἷς ἄλλο μηδέν, αὕτη πάρεστι.’ ‘Τί ὠφελιμώτατον;’ ‘ἀρετή· καὶ γὰρ τἄλλα τῷ χρῆσθαι καλῶς ὠφέλιμα ποιεῖ.’ ‘Τί βλαβερώτατον;’ ‘κακία· καὶ γὰρ τὰ πλεῖστα βλάπτει παραγενομένη.’ ‘Τί ἰσχυρότατον;’ ‘ἀνάγκη· μόνον γὰρ ἀνίκητον.’ ‘Τί ῥᾷστον;’ ‘τὸ κατὰ φύσιν, ἐπεὶ πρὸς ἡδονάς γε πολλάκις ἀπαγορεύουσιν.’ » </div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §9'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. Cette lecture ainsi reproduite, mon cher '''Nicarque''', il se fit un moment de silence. Après quoi '''Thalès''' demanda à '''Niloxène''' si '''Amasis''' avait accepté de telles solutions. Il répondit que ce monarque avait accepté les unes et qu’il avait été mécontent des autres. « C’est qu’en effet », dit '''Thalès''', « il n’en est aucune qui soit irréprochable, et toutes sont grandement entachées d’erreur et d’ignorance. Ainsi, d’abord, comment le temps pourrait-il être ce qu’il y a de plus ancien, puisque, une partie étant écoulée, je le veux bien, une autre est le présent, une autre est l’avenir ? Le temps qui doit venir après nous est évidemment plus jeune que les hommes d’aujourd’hui, que les événements actuels. Croire que ce qu’il y a de plus habile, ce soit la vérité, c’est, à mon avis, ne pas émettre une autre opinion que celle-ci : l’oeil et la lumière sont tout un. Si du reste l’''Éthiopien'' a cru, ce qui est réel, la lumière plus belle que tout, pourquoi a-t-il négligé de nommer le soleil lui-même ? Des autres réponses, celle qui concerne la Divinité et le Génie est aussi téméraire que dangereuse ; et ce qu’il dit de la Fortune est tout à fait déraisonnable : car elle ne changerait pas avec tant de facilité, si elle était ce qu’il y a de plus puissant et de plus fort au monde. De même, la mort n’est pas ce qu’il y a de plus commun, puisqu’elle n’est pas commune aux vivants. Mais pour que nous ne semblions pas nous borner à redresser les réponses des autres, il faut y opposer nos propres solutions. Je m’y offre le premier, si '''Niloxène''' veut reprendre chaque question ». Telles que furent faites alors et les demandes et les réponses, je vais vous les reproduire aujourd’hui : Qu’y a-t-il de plus ancien ? C’est dieu, répondit '''Thalès''', attendu qu’il est incréé. — De plus grand ? L’espace : car si le monde contient le reste, à son tour il est contenu dans l’espace. — De plus beau ? Le monde : car tout ce qui est bien ordonné en fait partie. ― De plus habile ? Le temps : car c’est lui qui a découvert et qui découvrira tout. — De plus commun ? L’espérance : car ceux même qui n’ont rien autre chose la possèdent. — De plus utile ? La vertu : car elle rend toutes les autres choses utiles par le bon usage qu’elle en fait. — De plus nuisible ? Le vice : car il corrompt tout par sa présence. — De plus puissant ? La nécessité : car elle est seule invincible. De plus facile ? Ce qui est selon la nature : car, pour ce qui est du plaisir, il amène souvent la lassitude.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §9'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexion de '''Thalès''' sur les gouvernements où la loi est égale pour tous.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§11. Ἐπὶ τούτῳ '''Θαλῆς''' τὴν μήτε πλουσίους ἄγαν μήτε πένητας ἔχουσαν πολίτας.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §11'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§11. Après lui '''Thalès''' : « que c’est celle qui n’a ni des citoyens trop riches, ni des citoyens trop pauvres. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §11'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexion de '''Thalès''' sur la manière dont une maison doit être réglée.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§12. Τοῦτον οὖν ἄριστον ὁ '''Σόλων''' εἶπεν αὑτῷ δοκεῖν οἶκον, ὅπου τὰ χρήματα μήτε κτωμένοις ἀδικία μήτε φυλάττουσιν ἀπιστία μήτε δαπανῶσι μετάνοια πρόσεστιν. Ὁ δὲ '''Βίας''' ἐν ᾧ τοιοῦτός ἐστιν ὁ δεσπότης δι´ αὑτὸν οἷος ἔξω διὰ τὸν νόμον. Ὁ δὲ '''Θαλῆς''' ἐν ᾧ πλείστην ἄγειν τῷ δεσπότῃ σχολὴν ἔξεστιν.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §12'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§12. '''Solon''' déclara que, selon lui, « la meilleure maison est celle où le bien qui s’y trouve est possédé sans injustice, conservé sans défiance, dépensé sans repentir. » '''Bias''' : « celle où, à l’intérieur, le maître est, par respect pour lui-même, ce qu’il est au dehors par respect pour la loi. » '''Thalès''' : « celle où le maître peut avoir un très grand loisir. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §12'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XIV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de l’''espièglerie'' de '''Thalès'''.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§14. [...] '''Ἐπιστήσαντος''' δὲ τοῦ λόγου τὸ συμπόσιον ὁ μὲν '''Θαλῆς''' ἐπισκώπτων εὖ φρονεῖν ἔφη τὸν '''Ἐπιμενίδην''' ὅτι μὴ βούλεται πράγματα ἔχειν ἀλῶν τὰ σιτία καὶ πέττων ἑαυτῷ, καθάπερ '''Πιττακός'''. « ἐγὼ γάρ, » εἶπε, « τῆς ξένης ἤκουον ᾀδούσης πρὸς τὴν μύλην, ἐν [[w:Eresós|''Ἐρέσῳ'']] γενόμενος, ἄλει, μύλα, ἄλει· καὶ γὰρ '''Πιττακὸς''' ἄλει μεγάλας ''Μυτιλάνας'' βασιλεύων. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §14'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§14. [...] Ces paroles ayant mis en arrêt les convives, '''Thalès''' dit en raillant qu’'''Epiménide''' avait bien raison de ne pas vouloir se donner l’embarras de moudre et de cuire lui-même son manger, comme faisait '''Pittacus''' : « Car je me souviens », ajouta-t-il, « qu’étant à ''Lesbos'', j’entendis mon hôtesse chanter à sa meule : Va ton train, meule, va ton train, puisque '''Pittacus''', le roi de la grande ''Mitylène'', s’occupe bien à moudre. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §14'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une doctrine de '''Thalès''' sur l’importance vitale de l’agriculture.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§15. [...] « Οὐδαμῶς, » ὁ '''Κλεόδωρος''', « ἔμοιγ´, » εἶπεν, « εἰ δεῖ τὸ φαινόμενον εἰπεῖν, καὶ μάλιστα παρακειμένης τραπέζης, ἣν ἀναιροῦσιν αἰρομένης τροφῆς φιλίων θεῶν βωμὸν οὖσαν καὶ ξενίων. ὡς δὲ '''Θαλῆς''' λέγει τῆς γῆς ἀναιρεθείσης σύγχυσιν τὸν ὅλον ἕξειν κόσμον, οὕτως οἴκου διάλυσις ἐστι· συναναιρεῖται γὰρ αὐτῇ πῦρ ἑστιοῦχον ἑστία κρατῆρες ὑποδοχαὶ ξενισμοί, φιλανθρωπότατα καὶ πρῶτα κοινωνήματα πρὸς ἀλλήλους, μᾶλλον δὲ σύμπας ὁ βίος, εἴ γε διαγωγή τίς ἐστιν ἀνθρώπου πράξεων ἔχουσα διέξοδον, ὧν ἡ τῆς τροφῆς χρεία καὶ παρασκευὴ τὰς πλείστας παρακαλεῖ. [...] »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §15'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§15. [...] « S’il faut dire ce que je pense », reprit '''Cléodème''', « ce n’est nullement mon avis, et surtout quand est dressée la table, que l’on supprime si la nourriture est supprimée et qui est l’autel des dieux amis et hospitaliers. Et s’il est vrai, comme dit '''Thalès''', que la suppression de la terre dût entraîner le désordre et la ruine du monde entier, de même anéantir la table ce serait anéantir la maison. Avec la table disparaîtraient le feu qui consacre le foyer, le foyer lui-même, les coupes, les réceptions, les hospitalités, qui sont les plus affectueux et les premiers rapports de communauté entre les hommes; ou plutôt disparaîtrait la vie entière, s’il est vrai que la vie soit une sorte de courant formé par la série des actes de l’homme, actes dont le plus grand nombre est commandé par le besoin et la préparation de la nourriture.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §15'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XVII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une parole sage de '''Thalès''' : Ne croire ni ses ennemis sur les choses croyables, ni ses amis sur les choses incroyables.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§17. τέλος δὲ γελάσας πρὸς ἡμᾶς « βούλομαι μέν, » ἔφη, « πρὸς τὸ παρὸν φράσαι τὸ προσηγγελμένον· ὀκνῶ δ´ ἀκούσας '''Θαλέω''' ποτ´ εἰπόντος ὅτι δεῖ τὰ μὲν εἰκότα λέγειν, τὰ δ´ ἀμήχανα σιωπᾶν. » Ὑπολαβὼν οὖν ὁ '''Βίας''' « ἀλλὰ καὶ τοῦτ´, » ἔφη, « '''Θαλέω''' τὸ σοφόν ἐστιν, ὅτι δεῖ τοῖς μὲν ἐχθροῖς καὶ περὶ τῶν πιστῶν ἀπιστεῖν, τοῖς δὲ φίλοις καὶ τὰ ἄπιστα πιστεύειν, ἐχθροὺς μέν, ἔγωγ´ ἡγοῦμαι, τοὺς πονηροὺς καὶ ἀνοήτους, φίλους δὲ τοὺς χρηστοὺς καὶ φρονίμους αὐτοῦ καλοῦντος. οὐκοῦν, »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §17'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§17. [...] A la fin il s’adressa à nous en éclatant de rire : « Je voudrais vous faire connaître, sans plus attendre, ce que '''Gorgias''' vient de me conter; et pourtant j’hésite, parce que j’ai autrefois entendu dire à '''Thalès''' qu’il faut dire les choses vraisemblables et taire les impossibles. « Mais, reprit '''Bias''', « c’est à '''Thalès''' aussi qu’appartient cette sage parole : qu’il faut ne pas croire ses ennemis même sur les choses croyables, et croire ses amis même sur celles qui ne le sont pas : par ennemis il entendait, je suppose, les méchants et les sots, par amis, les gens vertueux et sensés. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §17'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XXI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une doctrine de '''Thalès''' sur la résidence de l'âme dans toutes les parties du monde les plus essentielles.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§21. Μετὰ δὲ τοῦτον ὁ '''Ἀνάχαρσις''' εἶπεν ὅτι τοῦ '''Θαλέω''' καλῶς ὑπολαμβάνοντος ἐν πᾶσιν εἶναι τοῖς κυριωτάτοις μέρεσι τοῦ κόσμου καὶ μεγίστοις ψυχήν, [...].</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §21'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§21. Après '''Pittacus''', '''Anacharsis''' prit la parole : « Puisque, comme '''Thalès''' l’a magnifiquement établi, une âme réside dans toutes les parties du monde les plus essentielles, [...].</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §21'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== Du démon de '''Socrate''' ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/demonsocrate.htm
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== Les ''Symposiaques'', ou les propos de la table ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== De la malignité d’'''Hérodote''' ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== Les opinions des Philosophes ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
===== Livre I =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
===== Livre II =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
===== Livre III =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
===== Livre IV =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== Les animaux de terre ont-ils plus d'adresse que ceux de mer? ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== D’'''Isis''' et d’'''Osiris'''====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
===== Paragraphe IX. =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Témoignage d’un voyage de '''Thalès''' en ''Égypte'', de rencontres avec des prêtres et de récit sur leur divinités.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid;"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">§9. [...] '''Ἑκαταῖος''' δ´ ὁ ''Ἀβδηρίτης'' φησὶ τούτῳ καὶ πρὸς ἀλλήλους τῷ ῥήματι χρῆσθαι τοὺς ''Αἰγυπτίους'', ὅταν τινὰ προσκαλῶνται· προσκλητικὴν γὰρ εἶναι τὴν φωνήν. Διὸ τὸν πρῶτον θεόν, ὃν τῷ παντὶ τὸν αὐτὸν νομίζουσιν, ὡς ἀφανῆ καὶ κεκρυμμένον ὄντα προσκαλούμενοι καὶ παρακαλοῦντες ἐμφανῆ γενέσθαι καὶ δῆλον αὐτοῖς ''Ἀμοῦν'' λέγουσιν.<br /><p style="text-indent: 15px">§10. Ἡ μὲν οὖν εὐλάβεια τῆς περὶ τὰ θεῖα σοφίας '''Αἰγυπτίων''' τοσαύτη {ἦν}, μαρτυροῦσι δὲ καὶ τῶν ''Ἑλλήνων'' οἱ σοφώτατοι, '''Σόλων''' '''Θαλῆς''' '''Πλάτων''' '''Εὔδοξος''' '''Πυθαγόρας''', ὡς δ´ ἔνιοί φασι, καὶ '''Λυκοῦργος''' εἰς ''Αἴγυπτον'' ἀφικόμενοι καὶ συγγενόμενοι τοῖς ἱερεῦσιν.[...]</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1870<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. [...] '''Hécatée''' d’''Abdère'' dit que les ''Égyptiens'' emploient ce mot pour s’appeler les uns les autres, attendu qu’il est essentiellement appellatif. C’est pourquoi, s’adressant au premier Dieu, le même, selon eux, que l’Univers, comme à un être invisible et caché, ils l’exhortent avec supplications, en l’appelant "Amoun", à se faire voir et à se découvrir à eux. Voilà jusqu’à quel point était grande la réserve qui caractérisait la philosophie religieuse des ''Égyptiens''.<br /><p style="text-indent: 15px">§10. C’est ce que témoignent les plus éclairés d’entre les ''Grecs'': '''Solon''', '''Thalès''', '''Platon''', '''Eudoxe''', '''Pythagore''', et aussi, d’après quelques-uns, '''Lycurgue'''. Ils étaient allés en ''Égypte'' et avaient eu des conférences avec les prêtres. [...]</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §§9, 10'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Sur_Isis_et_Osiris|ici]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. [...] '''Hécatée''' d’''Abdère'' dit que les ''Egyptiens'' s’en servent pour s’appeler les uns les autres; que ce nom est de sa nature appellatif ; que ce peuple , qui croit que le premier des dieux, qu’il confond avec l’univers, est un dieu caché et inconnu, l’invoque et le prie de se découvrir à eux, en lui disant ''Amoun'' ;<br /><p style="text-indent: 15px">§10. tant ce peuple portait de retenue et de réserve dans sa philosophie religieuse ! C’est ce qu'attestent unanimement les plus sages d’entre les ''Grecs'', '''Solon''', '''Thalès''', '''Platon''', '''Eudoxe''', '''Pythagore''', et, suivant quelques uns, '''Lycurgue''' lui-même, qui tous voyagèrent en ''Egypte'', et y conférèrent avec les prêtres du pays.[...]</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §§9, 10'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XXXIV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la théorie de '''Thalès''' de l’eau principe de tous les êtres.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ἥλιον δὲ καὶ Σελήνην οὐχ ἅρμασιν ἀλλὰ πλοίοις ὀχήμασι χρωμένους περιπολεῖν φασιν αἰνιττόμενοι τὴν ἀφ´ ὑγροῦ τροφὴν αὐτῶν καὶ γένεσιν. Οἴονται δὲ καὶ '''Ὅμηρον''' ὥσπερ '''Θαλῆν''' μαθόντα παρ´ ''Αἰγυπτίων'' ὕδωρ ἀρχὴν ἁπάντων καὶ γένεσιν τίθεσθαι· τὸν γὰρ '''Ὠκεανὸν''' '''Ὄσιριν''' εἶναι, τὴν δὲ '''Τηθὺν''' '''Ἶσιν''' ὡς τιθηνουμένην πάντα καὶ συνεκτρέφουσαν. [...]</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1870<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ils disent que le soleil et la lune parcourent leur route perpétuelle non pas sur des chars, mais sur des bâtiments de navigation: signifiant par là, que c’est le principe humide qui les entretient et qui leur a donné naissance. Ils croient aussi que c’est des ''Egyptiens'' qu’'''Homère''', et après lui '''Thalès''', ont appris à établir l’eau comme principe générateur de tous les êtres. Ils veulent qu’'''Osiris''' soit l’'''Océan''', qu’'''Isis''' soit '''Téthys''', laquelle nourrit et entretient tout ce qui existe.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Sur_Isis_et_Osiris|ici]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ils disent que le soleil et la lune parcourent les cieux, portés, non sur des chars, mais sur des vaisseaux, pour signifier que tout est nourri et mis en mouvement par l’eau. Ils pensent que c’est des ''Egyptiens'' qu’'''Homère''' et '''Thalès''' avaient pris cette opinion, que l’eau est le principe de tous les êtres, qu’'''Osiris''' est l’'''Océan''', et qu’'''Isis''' est '''Thétis''', qui nourrit et alimente toutes les substances.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Valère_Maxime|'''Valère Maxime''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Valère_Maxime|<sup>📚</sup>]] ==
=== Actions et paroles mémorables, VII, § 2 ===
:8. Il y a aussi un mot admirable de Thalès. On lui demandait si les actions des hommes échappaient à la connaissance des dieux. "Leurs pensées non plus", répondit-il. Aussi faut-il nous appliquer à avoir, je ne dis pas seulement les mains, mais encore le cœur pur, dans la persuasion que la divinité est témoin des mouvements les plus secrets de nos âmes.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Tatien_le_Syrien|'''Tatien''']] le [[w:Assyrie_(province_romaine)|''Syrien'']] ''(vers [[w:120|120]], en [[w:Halicarnasse|''Halicarnasse'']] en [[w:Assyrie_(province_romaine)|Assyrie]] — vers [[w:173|173]], en Assyrie)'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup> <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Tatien_le_Syrien|<sup>📚</sup>]] ==
=== Discours aux Grecs, 41 ===
= [[w:Lucien_de_Samosate|'''Lucien de Samosate''']] ''(vers [[w:120|120]], à [[w:Samosate|Samosate]] — vers [[w:180|180]], en [[w:Égypte_romaine_et_byzantine|Égypte]])'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup> <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Lucien_de_Samosate|<sup>📚</sup>]] =
=== Dialogues des morts ===
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6227866x/f7.item
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6227866x/f103.double
=== Hippias ou le bain ===
:(2) Mon but est de prouver que les constructeurs de machines qui méritent le plus notre admiration sont ceux qui, distingués par leur science théorique, ont laissé en outre à la postérité des monuments de leur art et des œuvres de leur génie, tandis que les hommes, qui se sont seulement exercés dans la parole méritent plutôt le nom de sophistes que celui de savants. C'est sur la liste traditionnelle de ces artistes que nous voyons figurer Archimède et Socrate de Cnide, qui inventèrent, l'un les moyens de soumettre à Ptolémée la ville de Memphis, sans recourir à un siège, mais en détournant et en divisant le cours du Nil ; l'autre, ceux d'incendier les galères des ennemis. Avant eux, Thalès de Milet, ayant promis à Crésus de faire passer à pied sec à son armée les eaux du fleuve Halys, imagina de les détourner en une seule nuit derrière le camp ; et pourtant ce n'était pas un mécanicien de profession, mais un sage d'un esprit inventif et à l'intelligence duquel on pouvait s'en rapporter.
=== Exemples de longévité ===
:(18) Solon, Thalès et Pittacus, que l'on compte au nombre des Sept sages, vécurent chacun cent années.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Clément_d%27Alexandrie|'''Clément''']] d'[[w:Histoire_d%27Alexandrie#Annexion|''Alexandrie'']] ''(vers [[w:150|150]]'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Athènes#Antiquité|Athènes]] — vers [[w:215|215]]'' <sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Kayseri|Kayseri]])'' <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Clément_d’Alexandrie|<sup>📚</sup>]] ==
=== Stromates, I, 65 ===
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Claude_Élien|'''Claude Élien''']] ''(vers [[w:175|175]]''<sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Préneste|Préneste]] — vers [[w:235|235]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', en [[w:Rome_antique|Rome]])'' <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Élien_le_sophiste|<sup>📚</sup>]] ==
=== Histoires diverses ===
:On a vu des philosophes à la tête des affaires publiques : d'autres, se bornant à cultiver leur raison, ont passé leur vie dans le repos. Entre les premiers sont Zaleucus et Charondas qui réformèrent, l'un, le gouvernement des Locriens, l'autre, d'abord celui des Catanéens, puis, après qu'il eut été exilé de Catane, celui des Rhéginiens. Archytas servit utilement les Tarentins. Les Athéniens durent tout à Solon. Bias et Thalès rendirent les mêmes services à l'Ionie, Chilon à Lacédémone, Pittacus à Mitylène, Cléobule à Rhodes.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Sextus_Empiricus|'''Sextus Empiricus''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Sextus_Empiricus|<sup>📚</sup>]] ==
Hypot III, 30, et Liv I contre les phys., sect. 319
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f305.item.r=thales
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Lactance|'''Lactance''']] ''(vers [[w:250|250]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Henchir_Kssiba#Histoire|Civitas Popthensis]] — vers [[w:325|325]]''<sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'', en [[w:Gaule#La_Gaule_dans_l'Antiquité_tardive|Gaule]])'' ==
Épit. 4 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f300.image.r=thales)
Inst. 111, 16 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f621.item.r=thales)
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== [[w:Jamblique|'''Jamblique''']] ''(vers [[w:250|250]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Qinnasrīn|Chalcis ad Belum]] — vers [[w:333|333]]''<sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'')'' ==
=== Vie de Pythagore ===
==== chap. II ====
(https://web.archive.org/web/20110721184914/http://www.aurumsolis.info/index.php?option=com_phocadownload&view=category&download=1%3Aiamblichus-the-pythagorean-life&id=19%3Awritings-from-the-founders&Itemid=143&lang=en)
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== [[w:Eusèbe_de_Césarée|'''Eusèbe''']] de [[w:Césarée#Césarée_au_début_du_christianisme|''Césarée'']] ''(vers [[w:265|265]]'' <sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à Césarée — [[w:340|340]]'' <sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'', à Césarée)'' <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Eusèbe_de_Césarée|<sup>📚</sup>]] ==
Preparation Évangélique, XI, 2
Prepar. évang. I, 8, page 22-25
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f310.image.r=thales
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Diogène_Laërce|<sup>📚</sup>]] ==
''Ce texte est un extrait de la traduction de Robert Genaille (1933)''
Thalès[1], au dire d’Hérodote, de Douris et de Démocrite, était fils d’Examios et de Cléobuline, et membre de la famille des Thélides, Phéniciens descendant en droite ligne d’Agénor[2] et de Cadmus[3], s’il faut en croire Platon. Le premier, il porta le nom de sage, au temps où Damasias était archonte à Athènes[4]. C’est sous le même archontat que fut créée l’expression : « les sept sages » (cf. Démocrite de Phalère, Registre des Archontes). Thalès fut inscrit comme citoyen de Milet quand il vint dans cette ville avec Nélée chassé de Phénicie. Une autre tradition très courante veut qu’il soit natif de Milet et qu’il descende d’une bonne famille. Il s’occupa de politique avant d’étudier la nature. On croit qu’il ne laissa aucun écrit, car l’Astrologie nautique qu’on lui attribue est de Phocos de Samos.
Callimaque[5] croit qu’il découvrit la Petite Ourse et le raconte en vers iambiques :
Il mesura, dit-on, les étoiles du Chariot
Sur quoi les Phéniciens règlent leur navigation.
D’autres auteurs disent qu’il écrivit seulement deux ouvrages, un sur le solstice et un sur l’équinoxe, car il pensait le reste inaccessible. Il passe pour avoir le premier étudié l’astrologie et prédit les éclipses de soleil et les solstices (cf. Eudème, Histoire de l’astrologie)[6]. Xénophane et Hérodote le louent à ce propos, et leur témoignage est confirmé par celui d’Héraclite et de Démocrite. On dit encore (cf. le poète Choirilos) qu’il fut le premier à affirmer l’immortalité des âmes.
Le premier il dessina la course du soleil d’un solstice à l’autre, et démontra que comparée au soleil, la lune en est la cent vingtième partie. C’est encore lui qui fixa à trente jours la durée du mois, et qui écrivit le premier traité sur la Nature.
Aristote et Hippias disent aussi qu’il accordait une âme aux choses qu’on croit inanimées ; il en donnait pour preuve l’ambre et la pierre de Magnésie.
Selon Pamphile[7], il apprit des Égyptiens la géométrie, inscrivit dans un cercle le triangle rectangle, et pour cette découverte immola un bœuf. D’autres, comme Apollodore le calculateur, attribuent cette invention à Pythagore. Thalès a encore développé et précisé l’invention du Phrygien Euphorbe citée par Callimaque dans ses Iambes et concernant le triangle scalène, et tout ce qui touche aux considérations sur les lignes.
Il semble encore avoir été en politique un homme de bon conseil. Ainsi, quand Crésus[8] envoya une ambassade aux Milésiens pour demander leur alliance, il s’y opposa, et son intervention sauva la ville, puisque Cyrus l’emporta.
Héraclite cite une opinion de Clytos selon laquelle Thalès aurait eu une vie retirée et solitaire. Les uns disent qu’il se maria et eut un fils nommé Kibissos. D’autres prétendent qu’il resta célibataire et adopta le fils de sa sœur, qu’on lui demanda un jour pourquoi il ne cherchait pas à avoir des enfants, et qu’il répondit : « Par amour pour les enfants. » Sa mère l’exhortait à se marier, il lui répondit : « Non, par Zeus, il n’est pas encore temps. » Elle l’y invita une nouvelle fois quand il eut pris de l’âge, mais il lui dit : « Il n’est plus temps. »
D’après Hiéronyme de Rhodes (Notes, livre II), il voulut montrer combien il était facile de s’enrichir ayant prévu pour l’année une abondante récolte d’huile, il prit à loyer une oliveraie et gagna beaucoup d’argent[9].
Il soupçonna que l’eau était le principe des choses, que le monde était animé et rempli de démons. On dit qu’il découvrit les saisons de l’année, et qu’il la divisa en trois cent soixante-cinq jours. Il ne suivit les leçons d’aucun maître, sauf en Égypte, où il fréquenta les prêtres du pays. A ce propos, Hiéronyme dit qu’il mesura les Pyramides en calculant le rapport entre leur ombre et celle de notre corps. Si l’on en croit Minuès, il vivait au temps de Thrasybule, qui fut tyran de Milet[10].
L’histoire du trépied trouvé par des pêcheurs et dédié aux sages par le peuple de Milet est bien connue.
Des jeunes gens d’Ionie achetèrent à des pêcheurs milésiens leur coup de filet. Ils tirèrent de l’eau un trépied. On se querella et les Milésiens envoyèrent une ambassade à Delphes. Voici quel fut l’oracle de la divinité :
Race de Milet, tu interroges Phébus au sujet d’un trépied ?
Au plus sage de tous, je donne ce trépied[11].
Ils le donnent alors à Thalès, qui le donne à un autre, et cet autre à un autre, et ainsi de suite jusqu’à Solon, qui, déclarant que seul le dieu était le plus sage de tous, rendit le trépied à Delphes.
Callimaque, dans ses Iambes, rapporte cette histoire autrement ; il la tient de Léandre de Milet. Il dit qu’un certain Bathyclès d’Arcadie laissa en mourant une coupe pour qu’elle fût donnée à l’homme le plus sage. Elle fut donc donnée à Thalès, et après être passée de main en main et avoir fait le tour des sages, elle revint à Thalès. Celui-ci en fit don alors à Apollon de Didyme, en ces termes selon le poème de Callimaque :
Thalès me donne au protecteur du peuple du Nil,
Thalès qui a reçu deux fois ce présent,
ce qui, en prose, se dit ainsi : « Thalès de Milet, fils d’Examios, à Apollon delphien, ce présent qu’il a reçu deux fois des Grecs. » Celui qui portait la coupe de sage en sage, le fils de Bathyclès, s’appelait Thyrion (cf. Éleusis, Livre sur Achille, et Alexon de Mynde, Fables, livre IX).
Eudoxe de Cnide et Évanthès de Milet disent de leur côté qu’un ami de Crésus reçut du roi un vase d’or, pour le donner au plus sage des Grecs, qu’il le donna à Thalès et que ce vase parvint jusqu’à Chilon. Celui-ci consulta la Pythie, pour savoir qui était plus sage que lui. Elle répondit que c’était Myson (je parlerai de lui : Eudoxe le met parmi les sages à la place de Cléobule et Platon à la place de Périandre.) Voici la réponse que lui fit la Pythie :
Il y a un habitant de l’Oeta, Myson, né à Chénée,
Qui plus que toi est riche de sages pensées.
L’homme qui consulta l’oracle pour Chilon s’appelait Anacharsis. Dédale le Platonicien et Cléarque disent que la coupe fut envoyée par Crésus à Pittacos, et que c’est ainsi qu’elle passa de main en main. D’après Andron, d’autre part (Livre du trépied), les Argiens décidèrent que le trépied serait attribué comme prix de vertu au plus sage des Grecs. Aristodème de Sparte fut choisi et c’est lui qui donna le trépied à Chilon.
Alcée est aussi partisan d’Aristodème dont il parle dans les vers suivants :
:Comme jadis Aristodème, dit-on,
:Prononça à Sparte cette parole bien juste :
:C’est de l’argent, un homme, oui de l’argent,
:Car l’homme vertueux n’est jamais pauvre.
D’autres disent encore que Périandre envoya à Thrasybule, tyran de Milet, un navire chargé, que ce navire fit naufrage dans la mer de Cos, et que quelque temps après le trépied fut trouvé par des pêcheurs. Phanodicos dit que le trépied fut trouvé dans la mer Attique, porté à la ville, et que l’assemblée du peuple s’étant réunie le fit porter à Bias. Pourquoi cela, je le dirai quand je parlerai de Bias. Selon d’autres auteurs, le trépied avait été fabriqué par Héphaïstos et donné en présent de la part de ce dieu à Pélops lors de son mariage. Il vint ensuite à Ménélas, fut enlevé avec Hélène par Alexandre, jeté dans la mer de Cos à l’instigation de la Spartiate qui prévoyait qu’il serait un sujet de querelle. Plus tard, en ce lieu, des Lébédiens achetèrent le produit d’un coup de filet et c’est le trépied qui fut tiré de l’eau. Il y eut querelle avec les pêcheurs, on vint jusqu’à Cos, et comme on ne s’accordait pas, on s’adressa à Milet, qui était la capitale. Les Milésiens envoyèrent des députés qui ne furent pas écoutés, aussi firent-ils la guerre aux gens de Cos. Comme de chaque côté il mourait beaucoup de gens, l’oracle déclara qu’il fallait donner le trépied au plus sage. Les deux camps s’entendirent alors pour l’attribuer à Thalès, qui par la suite le consacra à Apollon de Didyme. Pour en revenir à la réponse de l’oracle aux gens de Cos, elle disait ceci :
La querelle entre Ioniens et Méropes ne cessera pas
Avant que le trépied d’or qu’Héphaïstos jeta dans la mer
N’ait quitté votre ville pour la maison de l’homme
Qui connaît le présent, l’avenir et le passé.
La réponse aux Milésiens fut la suivante :
Race de Milet, tu interroges Phoebus au sujet d’un trépied...
comme il a été dit plus haut.
En voilà assez sur ce sujet[12].
Hermippe, dans ses Vies, rapporte à Thalès ce qui est dit par d’autres de Socrate : il aimait à dire qu’il remerciait la fortune de trois choses : d’être un humain et non une bête, d’être un homme et non une femme, enfin d’être un Grec, et non un barbare. On raconte encore qu’étant sorti de chez lui pour contempler les astres, il tomba dans un puits[13]. Une vieille femme survenant se moqua de lui en ces mots : « Comment, Thalès, toi qui n’es pas capable de voir ce qui est à tes pieds, t’imagines-tu pouvoir connaître ce qui est dans le ciel ? »
Timon[14] a bien connu aussi la science de Thalès en astronomie, et dans ses Silles, il le loue en ces termes :
Comme Thalès, un des sept sages, qui fut savant astronome.
L’Argien Lobon dit que ses écrits font un total de quelque deux cents vers, et que sous sa statue on écrivit :
Thalès de Milet repose ici dans le sol qui l’a nourri,
Il fut un sage, et le premier des astrologues.
Voici un de ses poèmes :
Le trop parler n’est pas marque d’esprit.
Trouvez une seule chose sage,
Choisissez une seule chose belle,
Et vous clouerez le bec à bien des bavards.
On lui attribue encore les sentences suivantes : de tous les êtres, le plus ancien, c’est Dieu, car il n’a pas été engendré ; le plus beau, c’est le monde, car il est l’ouvrage du dieu ; le plus grand, c’est l’espace, car il contient tout ; le plus rapide, c’est l’esprit, car il court partout ; le plus fort, c’est la nécessité, car elle vient à bout de tout ; le plus sage, c’est le temps, parce qu’il découvre tout. La mort, dit-il, ne diffère en rien de la vie. On lui répond : « Pourquoi, alors, ne te donnes-tu pas la mort ? » ; « Parce que vie ou mort, c’est tout un », réplique-t-il. Quelqu’un lui demande ce qui du jour ou de la nuit fut créé d’abord ; il répond : « La nuit est en avance d’un jour. » On lui demande si les mauvaises actions d’un homme échappent au regard des dieux. Il répond : « Ils voient même les mauvaises pensées. » Un homme adultère lui demandait s’il pouvait jurer qu’il n’avait pas commis d’adultère. Il répondit : « Le parjure n’est pas pire que l’adultère. »
On lui demandait ce qui était difficile : « Se connaître » dit-il ; ce qui était facile : donner un conseil à autrui ; ce qui était le plus doux : jouir ; ce que c’était que la divinité : un être sans commencement ni fin ; encore une chose difficile : voir un tyran âgé ; comment supporter aisément l’infortune : en voyant ses ennemis plus malheureux encore ; comment vivre vertueusement : en ne faisant pas ce que nous reprochons à autrui ; qui est heureux : l’homme bien portant, riche, courageux et instruit.
Il disait encore que l’on doit penser à ses amis aussi bien en leur absence qu’en leur présence, que la beauté ne vient pas d’un beau visage, mais de belles actions. « Ne t’enrichis pas injustement, conseillait-il, et veille à ne pas être cité en justice pour de mauvaises paroles contre tes proches et tes amis. Comme tu traites tes parents, tes enfants te traiteront. »
Du Nil[15] il disait qu’il débordait quand ses eaux étaient repoussées par les vents étésiens qui soufflent contre son cours.
Apollodore dans ses Chroniques dit que Thalès naquit la première année de la trente-cinquième olympiade[16]. Il mourut dans sa soixante-dix-huitième année ou, comme le dit Sosicrate, dans sa quatre-vingt-dixième année, car ce fut dans la cinquante-huitième olympiade. Il vécut du temps de Crésus, auquel il promit de faire traverser l’Hallys[17] sans pont, en détournant le cours du fleuve.
Il y eut cinq autres personnages du nom de Thalès (cf. Démétrios de Magnésie, Homonymes) : un rhéteur de Callatie, au style prétentieux, un peintre de Sicyone, de noble origine, un troisième, très ancien, du temps d’Hésiode, d’Homère et de Lycurgue, un quatrième, mentionné par Douris dans son traité de la peinture, un cinquième, plus jeune et peu connu, cité par Denys dans ses Critiques.
Pour en revenir à notre sage, il mourut en regardant les jeux gymniques, pour avoir eu trop chaud et trop soif et par suite de sa fatigue et de son grand âge. Voici son épitaphe :
:Ce tombeau, certes, est bien petit,
:Mais la renommée de l’homme est allée au ciel.
:C’est celui de Thalès le très sage.
J’ai écrit sur lui les vers suivants dans le premier livre de mes épigrammes ou « vers de mètres divers[18] :
:Tandis qu’il regardait les jeux, ô Zeus Hélios,
:Tu as ravi du stade le sage Thalès.
:Je te loue de l’avoir rapproché du ciel. Il était si vieux
:Que de la terre il ne pouvait plus voir les astres.
Thalès est l’auteur du fameux « connais-toi toi-même » qu’Antisthène (Livre des Filiations) attribue à Phémonoé, en déclarant que Chilon se l’appropria mensongèrement.
Sur les sept sages, qu’il est juste de citer maintenant l’un après l’autre, voici la tradition. Damon de Cyrène, qui blâme tous les philosophes dans ses écrits, s’attaque surtout aux sept sages. Anaximène dit que tous étaient poètes. Dicéarque dit qu’ils n’étaient ni sages ni philosophes, mais hommes d’esprit et législateurs. Archétimos de Syracuse a décrit leurs assemblées chez Cypsélos[19] et dit qu’il y assista personnellement. Euphoros dit que tous, sauf Thalès, fréquentèrent Crésus.
D’autres disent qu’ils se réunirent à Panionium, à Corinthe et à Delphes. On rapporte même leurs paroles, et qui a prononcé telle ou telle. Exemple :
Le Spartiate Chilon fut sage,
Lui qui dit : Rien de trop,
Tout est bien qui vient en son temps !
On n’est pas d’accord sur leur nombre. Léandre, au lieu de Cléobule et de Myson, met Léophante, fils de Gorsias, ou Lébédios d’Éphèse et Épiménide de Crète. Platon, dans le Protagoras[20], met Myson à la place de Périandre. Éphoros met Anacharsis à la place de Myson et d’autres ajoutent Pythagore.
Selon Dicéarque, il y en a quatre sur qui tout le monde est d’accord : Thalès, Bias, Pittacos et Solon. Le même auteur en nomme six autres, parmi lesquels il en choisit trois : Aristodème, Pamphile, le Lacédémonien Chilon, Cléobule, Anacharsis et Périandre. D’autres ajoutent Acousilaos, Caba ou Scala, un Argien.
Hermippe, dans son livre sur les sages, dit qu’ils furent dix-sept et que chacun en choisit sept selon ses préférences. Ce sont Solon, Thalès, Pittacos, Bias, Chilon, Cléobule, Périandre, Anacharsis, Acousilaos, Épiménide, Léophante, Phérécyde, Aristodème, Pythagore, Lasos, fils de Charmantidas ou de Sisambrinos ou, selon Aristoxène, de Chabrinus, Hermonée, Anaxagore.
Hippobotos (Catalogue des Philosophes) les inscrit ainsi : Orphée, Linos, Solon, Périandre, Anacharsis, Cléobule, Myson, Thalès, Bias, Pittacos, Épicharme et Pythagore.
Voici des lettres attribuées à Thalès[21] :
==== Thalès à Phérécyde ====
« J’apprends que vous vous disposez à présenter aux Grecs le premier traité ionien des choses divines. Vous agiriez peut-être plus sagement en lisant votre ouvrage à vos amis, qu’en communiquant à n’importe quelles gens des écrits qui ne peuvent guère leur être utiles.
« Si cela vous plaît, j’aimerais profiter de vos recherches et, si vous m’y invitez, je viendrai vous trouver au plus tôt. Car Solon d’Athènes et moi, qui avons déjà traversé deux fois la mer pour aller visiter la Crète, et pour aller en Égypte nous entretenir avec les prêtres et les astronomes du lieu, nous sommes assez sages pour ne pas hésiter à la traverser de nouveau pour aller vous voir.
« Je parle de Solon, parce qu’il viendra avec moi si vous le permettez. Vous êtes un sédentaire, vous allez rarement en Ionie, vous n’aimez guère aller voir les étrangers, et vous ne songez, j’imagine, qu’à écrire.
« Mais nous qui n’écrivons pas, nous parcourons volontiers la Grèce et l’Italie. »
==== Thalès à Solon ====
« Si vous quittez Athènes, vous aurez, je crois, tout avantage à venir vous établir à Milet, parmi les colons athéniens. Il n’y a là pour vous aucun danger. Si vous hésitez, sous prétexte que nous, Milésiens, sommes gouvernés par un tyran (je sais que vous haïssez tout pouvoir absolu), songez du moins que vous aurez plaisir à vivre avec nous qui sommes vos amis. Je sais que Bias vous a écrit et vous invite à aller à Priène. Si vous trouvez préférable d’habiter la ville de Priène, j’irai vivre là-bas avec vous. »
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Ausone|'''Ausone''']] ''([[w:309|309]]/[[w:310|310]], à [[w:Bazas|Bazas]] ou à [[w:Bordeaux#Burdigala,_cité_romaine_(Ier_siècle_-_Ve_siècle)|Bordeaux]] — [[w:394|394]]/[[w:395|395]], entre [[w:Langon_(Gironde)|Langon]] et [[w:La_Réole|La Réole]])'' <sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup> <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Ausone|<sup>📚</sup>]] ==
=== Le Jeu des Sept Sages ===
:Thalès a trouvé [texte grec] pour nous défendre de nous porter cautions, parce qu'il y a du danger à répondre ainsi pour d'autres[iv]. Nous donnons-là un avis qui ne plaira pas beaucoup aux emprunteurs.
:THALÈS : Je suis Thalès de Milet ; j'ai dit, comme le poète Pindare, que l'eau est, le principe de toute chose. C'est à moi que des pêcheurs donnèrent autrefois [un trépied d'or] qu'ils avaient tiré de la mer : ils m'avaient choisi pour obéir au dieu de Délos, qui envoyait ce présent à un sage. Je refusai de le recevoir, je le leur rendis pour le porter à d'autres que je croyais plus dignes. Envoyé à tous les sept Sages, et renvoyé par eux, il nie fut rapporté. Je le reçus alors pour le consacrer à Apollon : car si Phébus a voulu qu'on choisit un sage, ce n'était pas d'un homme, mais d'un dieu qu'il fallait l'entendre. Je suis donc ce Thalès : mais un motif m'amène sur la scène. Comme les deux sages qui m'ont précédé, je viens défendre la sentence dont je suis l'auteur. Elle déplaira, mais non certes aux esprits prudents que l'expérience a instruits et rendus plus avisés. Nous avons dit : [texte grec], ou, en latin : Cautionne, mais tu t'en trouveras mal. Je pourrais parcourir mille exemples pour vous montrer des cautions et des répondants bien et dûment convaincus de repentir. Mais je ne veux nommer personne. Que chacun de, vous ré-fléchisse, et compte en lui-même combien de gens ont perdu ou souffert de s'être ainsi portés cautions pour d'autres. Toutefois, si un pareil service a du charme pour vous, n'y renoncez ni les uns ni les autres.
:Alors que les uns applaudissent, et que les autres, si je les blesse, me sifflent.
:THALÈS DE MILET.
:AVANT d'oser une mauvaise action, à défaut de Témoin redoute ta conscience. La vie s'éteint, mais la gloire de la mort ne meurt point. Ce que tu veux faire, abstiens-toi de le dire. C'est un supplice de craindre ce qu'on ne peut empêcher. Si tu blâmes avec raison, ton hostilité même est profitable ; si tu loues mal à propos, ton amitié même est nuisible. Rien de trop. - Arrêtons-nous, et qu'ici même il n'y ait rien de trop.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Proclus|'''Proclus''']] ''(le 7 ou 8 février [[w:412|412]], à [[w:Constantinople|Constantinople]] — le 17 avril [[w:485|485]], à [[w:Histoire_d%27Athènes#Antiquité_tardive|Athènes]])''<sup>[[w:Ve_siècle|⏳]]</sup> <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Proclus|<sup>📚</sup>]] ==
=== Commentaire sur le premier livre d'Euclide, 65, 3 ===
ὥσπερ οὖν παρὰ τοῖς Φοίνιξιν διὰ τὰς ἐμπορείας καὶ τὰ συναλλάγματα τὴν ἀρχὴν ἔλαβεν ἡ τῶν ἀριθμῶν ἀκριβὴς γνῶσις, οὕτω δὴ καὶ παρ' Αἰγυπτίοις ἡ γεωμετρία διὰ τὴν εἰρημένην αἰτίαν εὕρηται. Θαλῆς δὲ πρῶτον εἰς Αἴγυπτον ἐλθὼν μετήγαγεν εἰς τὴν Ἑλλάδα τὴν θεωρίαν ταύτην καὶ πολλὰ μὲν αὐτὸς εὗρεν, πολλῶν δὲ τὰς ἀρχὰς τοῖς μετ' αὐτὸν ὑφηγήσατο τοῖς μὲν καθολικώτερον ἐπιβάλλων, τοῖς δὲ αἰσθητικώτερον.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== « [[w:Souda|'''Suidas''']] » ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:IXe_siècle|IX<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' <p style="text-align: right;">[[s:Auteur:Suidas|<sup>📚</sup>]] ==
=== La Souda ===
Θαλῆς, Ἐξαμύου καὶ Κλεοβουλίνης, Μιλήσιος, ὡς δὲ Ἡρόδοτος Φοῖνιξ: γεγονὼς πρὸ Κροίσου, ἐπὶ τῆς λε# ὀλυμπιάδος, κατὰ δὲ Φλέγοντα γνωριζόμενος ἤδη ἐπὶ τῆς ζ#. ἔγραψε περὶ μετεώρων ἐν ἔπεσι, Περὶ ἰσημερίας, καὶ ἄλλα πολλά. ἐτελεύτησε δὲ γηραιός, θεώμενος γυμνικὸν ἀγῶνα, πιληθεὶς δὲ ὑπὸ τοῦ ὄχλου καὶ ἐκλυθεὶς ὑπὸ τοῦ καύματος. πρῶτος δὲ Θαλῆς τὸ τοῦ σοφοῦ ἔσχεν ὄνομα καὶ πρῶτος τὴν ψυχὴν εἶπεν ἀθάνατον ἐκλείψεις τε καὶ ἰσημερίας κατείληφεν. ἀποφθέγματα δὲ αὐτοῦ πλεῖστα: καὶ τὸ θρυλλούμενον: γνῶθι σαυτόν. τὸ γάρ, ἐγγύα, πάρα δ' ἄτα, Χίλωνός ἐστι μᾶλλον, ἰδιοποιησαμένου αὐτό: καὶ τό, μηδὲν ἄγαν.
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wikitext
text/x-wiki
{| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9"
| colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Thalès de Milet|'''Thalès de Milet''']]</div>
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| width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_période_République_Romaine|Période République Romaine]]'''
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| width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC|Période de la Grèce Classique]]'''
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{{EnTravaux}}
<span style="font-size:18pt;">Période du Principat de l’[[w:Empire_romain|''Empire'']] [[#Empire|<span id="Empire_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[w:Rome_antique|''Romain'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Rome_back|<sup>🔄</sup>]]</span>
<p style="text-align: right;">(16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']] — fin du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], création du système [[w:Tétrarchie|''tétrarchique'']] [[#tétrarchie|<span id="tétrarchie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] par [[w:Dioclétien|'''Dioclétien''']] [[#Dioclétien|<span id="Dioclétien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] pour faire face aux [[w:Invasions_barbares#Première_période_:_les_mouvements_migratoires_germaniques_du_IIIe_siècle|''incursions barbares'']])
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Empire|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Empire_back|<span id="Empire"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin imperium [[wikt:en:imperium#Latin|(en)]], « 1. L’empire, l’État, le gouvernement impérial, le royaume, la domination. 2. Le droit ou le pouvoir de commander ou d’avoir le contrôle ; domination. 3. Commandement ou autorité absolue sur l’empire (ou un autre régime politique) ; souveraineté ; domination. 4. (militaire) Autorité militaire, commandement (d’une armée). 5. L’exercice de l’autorité, de la règle, de la loi, du contrôle, de la souveraineté. 6. Un commandement, un ordre, une direction, une injonction.) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe imperō, « 1. (avec datif) Commander, donner des ordres à, imposer, exiger. 2. Gouverner. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe prépositionnal in-, « 1. Dans, à l’intérieur. 2. Contre; dans; sur; vers. 3. (utiliser comme un intensifieur). 4. Attaché à des [[w:Aspect_inchoatif|''verbes inchoatifs'']], il peut exprimer le sens d’un changement en cours ou d’un achèvement partiel. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe parō [[wikt:en:paro#Latin|(en)]], « 1. Arranger, ordonner, concevoir. 2. Fournir, meubler, préparer. 3. Résoudre, viser, décider. 4. Obtenir, acquérir, se procurer, se faire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif -ium [[wikt:en:-ium#Latin|(en)]], désignant parfois des offices et des groupes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon l’historien, spécialiste de l’[[w:Grèce_antique|''antiquité grecque'']], [[w:Moses_Finley|Moses Finley]], définit un empire par tout {{Info|''« exercice durable par un État d’une autorité, d’un pouvoir, ou d’un contrôle sur un ou plusieurs États, communautés ou peuples »''|Moses Finley, Économie et société en Grèce antique, La Découverte, 2007.}}. L’historien [[w:Jean_Tulard|Jean Tulard]], précise cette définition par {{Info|''cinq traits suivants''|Jean Tulard, Les Empires occidentaux de Rome à Berlin, PUF, 1997.}} :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Une volonté expansionniste ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Une organisation centralisée ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Des peuples encadrés par une armature politique et fiscale commune ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La croyance en une supériorité d’essence ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Un début et une fin clairement identifiés.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#tétrarchie_back|<span id="tétrarchie"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien τετραρχία / tetrarkhía;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe τετρα- / tétra- [[wikt:en:τετρα-#Ancient_Greek|(en)]], « quatre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -αρχία / -arkhía [[wikt:en:-αρχία#Ancient_Greek|(en)]], « -archie (forme de gouvernement ou de règle) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Système de gouvernement de l’Empire ''romain'' mis en place par Dioclétien à la fin du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], pour faire face aux invasions barbares. Il consiste en la division de la direction de l’empire entre, d’une part deux [[w:Empereur_romain|''empereurs'']] — les [[w:Auguste_(titre)|''augustes'']] —, d’autre part deux ''lieutenants'' (successeurs désignés des ''augustes'') — les [[w:C%C3%A9sar_(titre)|''césars'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Dioclétien_back|<span id="Dioclétien"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Gaius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Aurelius|nomen, nom de famille}} {{Info|Valerius|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, surnommé Dioclētiānus [[wikt:en:Diocletian#English|(en)]] lorsqu’il a été proclamé empereur par ses troupes;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Militaire et empereur, connu pour avoir séparé et élargi les services civils et militaires de l’empire, et réorganisé les divisions provinciales de l’empire, établissant le gouvernement le plus vaste et le plus bureaucratique de l’histoire de l’empire. En [[w:286|286]], il nomme son ''césar'', ou adjoint et successeur, [[w:Maximien_Hercule|Maximien]] ''Auguste'', co-empereur, et partage l’Empire entre l’Orient et l’Occident, puis en 293, y nomme respectivement [[w:Galère_(empereur_romain)|Maximien Galère]] et [[w:Constance_Chlore|Constance Chlore]] comme ''césar''.<br/><br/></div>
'''
{{Boîte déroulante fin}}
== [[w:Sénèque|'''Sénèque''']] [[#Sénèque|<span id="Sénèque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:5_av._J.-C.|-5]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> / [[w:1|1]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Corduba|Corduba]] — 12 avril [[w:65|65]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans une maison de plaisance, la « quatrième pierre milliaire », contraint au [[w:Suicide_forcé|''suicide forcé'']] par l’empereur [[w:Néron|'''Néron''']] après avoir été dénoncé dans la [[w:Conjuration_de_Pison|''Conjuration de Pison'']], sans preuve selon [[w:Tacite|'''Tacite''']] [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/tacite/annales15.htm <sup>Annales, l.V, §§LX-LXVI.</sup>]) [[s:Auteur:Sénèque_le_Jeune|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –)}}]
[[Fichier:Duble_herma_of_Socrates_and_Seneca_Antikensammlung_Berlin_03_.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Double-hermès du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], unique portrait de '''Sénèque''' nommé et authentifié, et associé à celui de '''Socrate''', dont le point commun est celui d’avoir été contraint de se donner la mort. Copie ''romaine'' d’un modèle fait du vivant même du philosophe [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA180#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –), Iconographie}}] [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA201#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>➕➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §43 - Seneca (Lucius Annaeus –), Iconographie - contribution de J. Lang}}].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Matériau : Marbre blanc-brunâtre, légèrement veiné, finement cristallin.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ''Rome'', 1813.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Staatliche Museen zu Berlin, Antikensammlung, SK. 391 [https://recherche.smb.museum/detail/698814/doppelherme-des-sokrates-und-seneca-mit-namensbeischriften-der-dargestellten <sup>🔍</sup>].]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Homme politique romain, philosophe stoïcien et dramaturge, il devient tour à tour conseiller à la cour impériale sous '''Caligula''' puis '''Claude''', est exilé en 41 en ''Corse'', où il écrit ses premiers traités philosophiques avant d’être rappelé comme tuteur du jeune '''Néron''' en 49, et enfin, lorsque ce dernier accède au pouvoir, en devient le conseiller et l’un des personnages les plus influents de l’Empire.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Sénèque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Sénèque_back|<span id="Sénèque"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Lucius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Annaeus|nomen, nom de famille}} {{Info|Seneca|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Sénèque#Physique|Questions naturelles]] ===
<p style="text-align: right;">[[s:Questions_naturelles|📚]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage de philosophie naturelle écrit vers 65. Il ne s’agit pas d’une [[w:Encyclopédie|encyclopédie]] [[#encyclopédie|<span id="encyclopédie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] systématique comme l’[[w:Histoire_naturelle_(Pline_l'Ancien)|''Histoire naturelle'']] [[#Histoire_naturelle|<sup>⤵️</sup>]] de [[w:Pline_l'Ancien|'''Pline l’Ancien''']] [[#Pline_l’Ancien_I|<sup>⤵️</sup>]], bien que ces 2 œuvres représentent les rares ouvrages romains consacrés à l’étude du monde naturel. L’investigation de '''Sénèque''' se déroule principalement à travers la prise en compte des points de vue d’autres penseurs, ''grecs'' et ''romains'', bien qu’elle ne soit pas dénuée de pensées originales, dont éthiques conforment à la pensée ''stoïcienne''.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Questions naturelles|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#encyclopédie_back|<span id="encyclopédie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun [[w:Latin#Latin_humaniste|latin Renaissance]] encyclopaedīa [[wikt:en:encyclopaedia#Latin|(en)]]; de l’expression grec ancien ἐγκύκλῐος παιδείᾱ / enkúklios paideíā [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03927443/file/DONNADILLE-MR2-Pline-VERS-FINALE.pdf {{Info|<sup>🔍</sup>|Lisa Donnadille. Merveilles animalières dans les livres VIII à XI de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Littératures. 2020. ffdumas-03927443, p.21}}], « cercle de l’éducation ou des sciences, l’ensemble des sciences qui constituent une éducation complète »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἐγκύκλιος / enkúklios, littéralement « qui est rond ou tourne en rond, circulaire », ou au sens figuré « qui revient en cercle sur soi-même, périodique », « qui embrasse un cercle entier »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun παιδεία / paideía, « l’éducation »;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Si à première vue la signification de cette expression semble être sans ambiguïté, sa portée réelle et la compréhension qu’en avaient les auteurs grecs puis latins font l’objet de débats parmi les spécialistes. En effet, deux interprétations sont possibles lorsqu’un auteur de l’Antiquité a recours à cette expression dans l’un de ses textes. Dans le premier cas, cela équivaudrait à parler d’une éducation ordinaire, commune à tous ; et dans le second cas, cela ferait référence à la quantité de connaissances et de sciences qu’il faudrait maîtriser au préalable avant de commencer l’étude d’un sujet précis, qui serait dans ce cas placé en haut d’une hiérarchie dans les savoirs.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Lisa Donnadille. [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03927443/file/DONNADILLE-MR2-Pline-VERS-FINALE.pdf Merveilles animalières dans les livres VIII à XI de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Littératures. 2020. ffdumas-03927443], p.21'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre III — De l’eau ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, Sénèque explique pourquoi il est plus important de s’intéresser à l’observation du monde, à sa connaissance et à sa compréhension plutôt qu’à sa conquête. Puis, il développe diverses théories sur la formation des rivières, les eaux souterraines et les propriétés de l’eau. Dans une critique morale aux chapitres XVII à XIX, il fustige la mauvaise pratique consistant à amener à table des poissons, notamment des rougets, vivants et à se délecter de leurs couleurs changeantes à l’agonie avant de les préparer devant les convives. En épilogue, il énonce son [[w:Eschatologie|''eschatologie'']], sa vision de la fin du monde où les êtres vivants seront anéantis par des raz-de-marée, marquant la fin d’un cycle du vivant et le début d’un autre.</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la doctrine de '''Thalès''' faisant de l’eau l’élément à l’origine de la vie et critique d’une autre de la terre flottant dessus.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''13.''' Adiciam, ut '''Thales''' ait, «ualentissimum elementum est». Hoc fuisse primum putat, ex hoc surrexisse omnia. Sed nos quoque aut in eadem sententia, aut in uicinia eius sumus. Dicimus enim ignem esse qui occupet mundum et in se cuncta conuertat; hunc euanidum languentemque considere et nihil relinqui aliud in rerum natura igne restincto quam umoren; in hoc futuri mundi spem latere. Ita ignis exitus mundi est, umor primordium. Miraris ex hoc posse amnes semper exire qui pro omnibus fuit et ex quo sunt omnia? Hic umor in diductione rerum ad quartas redactus est, sic positus ut sufficere fluminibus edendis, ut riuis, ut fontibus posset.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''14.''' Quae sequitur '''Thaletis''' inepta sententia est. Ait enim terrarum orbem aqua sustineri et uehi more nauigii mobilitateque eius fluctuare tunc cum dicitur tremere; non est ergo mirum si abundat umor ad flumina profundenda, cum in umore sit totus. Hanc ueterem et rudem sententiam explode. Nec est quod credas in hunc orbem aquam subire per rimas et facere sentinam.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n261/mode/2up ''Liber Tertivs.''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-i-1979/page/n293/mode/2up ''chap. 13.-14.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' Aqua, ait '''Thales''', valentissimum elementum est : hoc fuisse primum putat, et hoc surrexisse omnia. Sed et nos quoque aut in eadem sententia, aut in ultima sumus. Dicimus enim ignem esse, qui occupet mundum, et in se cuncta convertat ; hunc evanidum considere, et nihil relinqui aliud in rerum natura, igne restincto, quam humorem : in hoc futuri mundi spem latere. Ita ignis exitus mundi est, humor primordium. Miraris amnes ex hoc posse exire semper, qui pro omnibus fuit, et ex quo sunt omnia? Hic humor in diductione rerum ad quartas redactus est, sic positus, ut fluminibus edendis sufficere, ut rivis, ut fontibus posset. Quæ sequitur, '''Thaletis''' inepta sententia est : ait enim , terrarum orbem aqua sustineri, et vehi more navigii, mobilitateque ejus fluctuare, tum quum dicitur tremere. Non est ergo mirum, si abundat humor ad flumina fundenda, quum mundus in humore sit totus. Hanc veterem et rudem sententiam explode : nec est quod credas, in hunc orbem aquam subire per rimas et facere sentiuam.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA327#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Troisième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA342#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' L’eau, dit '''Thalès''', est le plus puissant des éléments, le premier en date, celui par qui tout a pris vie. Nous pensons comme '''Thalès''', au moins sur le dernier point. En effet, nous prétendons que le feu doit s’emparer du monde entier et convertir tout en sa propre substance, puis s’évaporer, s’affaisser, s’éteindre et ne rien laisser autre chose dans la nature que l’eau ; qu’enfin l’eau recèle l’espoir du monde futur. Ainsi périra par le feu cette création dont l’eau fut le principe. Es-tu surpris que des fleuves sortent incessamment d’un élément qui a tenu lieu de tout, et duquel tout est sorti ? Quand les éléments furent séparés les uns des autres, l’eau fut réduite au quart de l’univers, et placée de manière à suffire à l’écoulement des fleuves, des ruisseaux, des fontaines. Mais voici une idée absurde de ce même '''Thalès'''. Il dit que la terre est soutenue par l’eau sur laquelle elle vogue comme un navire ; qu’à la mobilité d’un tel support sont dues les fluctuations qu’on appelle tremblements de terre. Ce ne sera donc pas merveille qu’il y ait assez d’eau pour entretenir les fleuves, si tout le globe est dans l’eau. Ce système grossier et suranné n’est que risible ; tu ne saurais admettre que l’eau pénètre notre globe par ses interstices, et que la cale est entr’ouverte.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_3|''Livre III. chap. 13.'']], traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles3.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIII.''' L’eau, dit '''Thalès''', est le plus puissant des éléments : elle existait avant tout, elle est le principe de tout. Nous pensons comme '''Thalès''', au moins sur le dernier point. En effet, nous croyons que le feu, s’emparant du monde entier, convertira tout en sa propre substance : mais il finira par cesser ses ravages, et quand il sera éteint, dans toute la nature il ne restera que l’eau, et cette eau renfermera le germe et l’espérance d’un monde futur. Ainsi par le feu s’accomplira la destruction de l’univers, et par l’eau sa réorganisation. Êtes-vous
surpris, maintenant, qu’après avoir tenu lieu de tous les éléments, et les avoir produits tous, l’eau suffise à l’entretien perpétuel des fleuves ? Quand les éléments furent séparés les uns des autres, l’eau fut réduite au quart de l’univers, et dans une proportion convenable pour suffire à l’alimentation des fontaines, des ruisseaux et des rivières. Mais voici une idée absurde du même '''Thalès''' : il dit que la terre est soutenue par l’eau, et qu’elle flotte sur elle comme un navire ; que les tremblements de terre sont causés par les oscillations et les mouvements du fluide qui la soutient. Il n’est donc pas étonnant qu’il y ait assez d’eau pour alimenter les fleuves, puisque tout le globe est dans l’eau. Mais rejetons cette vieille et informe hypothèse, qui assimile les sources aux flots que la cale entr’ouverte laisse pénétrer dans le vaisseau.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA327#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Troisième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA342#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. III.'''<br />''Opiniõ de Thales touchant l’eau.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L’eau , comme dit '''Thales''' , e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>t</nowiki> le plus fort des Elemens. Il croit me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le premier , & que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es en ont pris nai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance. Pour moy ie {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uis de cette opinion , ou du moins de la derniere partie de cette opinion. Car nous [[#nous_stoiciens_NdT_dR|<span id="nous_stoiciens_NdT_dR_back"><sup>1</sup></span>]] di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le feu qui enueloppera tout le monde , & qui conuertira en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es; qu’il deuiendra {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans force quand il n’aura plus de nourriture , qu’apres que le feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}era e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}teint il ne demeurera rien de re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te à la nature que l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement , & que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t en elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule que con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}perance d’vn monde futur. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le feu e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t la fin du monde , & l’eau en e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le commencement. Vous e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonnez-vous donc que les fleuues pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir d’vn Element , qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t fait pour toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es & dont toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e font ? Lors que la nature fit le departement des Elemens , l’eau fut placée de telle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte , qu’elle peut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uffire pour les fleuues , pour les rui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux , pour les fontaines. Mais ce que '''Thales''' dit en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uitte e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ridicule , car il dit que le Globe de la terre e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenu par les eaux ; qu’elles le portent comme vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau , & qu’elles l’agitent de la me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte , lors que nous croyons qu’il tremble. Il ne faut donc pas s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonner , s’il ya tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ez d’eau pour former de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i grands fleuues , puis que tout le monde nage fur l’eau. Mais me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ez cette vieille , & cette gro{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iere opinion , & ne croyez pas que l’eau vienne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la terre , comme par des fentes & par des creua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es , & qu’elle y {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement comme dans le fond d’vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau.</div>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#nous_stoiciens_NdT_dR_back|<span id="nous_stoiciens_NdT_dR"><sup>1.</sup></span>]] Les Stoïciens.'''
</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA202#v=onepage&q&f=true ''Livre Troisiesme. Des eaux.''], [https://books.google.fr/books?id=ktOcOg9lr54C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii&hl=fr&pg=PA234#v=onepage&q&f=true ''chap. XIII.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
==== Livre IV — Du Nil ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, '''Sénèque''' fait l’éloge de [[w:Lucilius_le_Jeune|'''Lucilius''']] [[#Lucilius|<span id="Lucilius_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] avant de lui expliquer les dangers de la flatterie. Puis, il décrit la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Nil_back|<sup>🔄</sup>]], expose les théories tentant de l’expliquer et les réfute. En épilogue, il fait le procès du luxe, et plus particulièrement celui d’acheter de la neige, et donc de marchandiser l’eau, regrettant qu’on ne puisse faire de même avec l’air et le soleil.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Lucilius|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Lucilius_back|<span id="Lucilius"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Lucilius [[wikt:en:Lucilius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Gouverneur ''romain'' de Sicile durant le règne de [[w:Néron|Néron]], ainsi qu’un ami et un correspondant de Sénèque.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]], [[w:Campanie#Histoire|''Campanie'']], [[w:Quatorze_régions_de_la_Rome_augustéenne#Regio_I_:_Porte_Capène|''Regio I'']])'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Sénèque''' d’une théorie explicite de '''Thalès''' sur la crue du ''Nil'' (théorie identique mais supposément implicite rapportée par [[w:Hérodote|'''Hérodote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Chapitre_XX|<sup>🔄</sup>]]).</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''2.''' [...] Si '''Thaleti''' credis, etesiae descendenti ''Nilo'' resistunt et cursum eius acto contra ostia mari sustinent. Ita reuerberatus in se recurrit, nec crescit, sed exitu prohibitus resistit et quacumque mox potuit ui congestus erumpit. '''Euthymenes''' ''Massiliensis'' testimonium dicit: «Nauigaui, inquit, ''Atlanticum'' mare. Inde ''Nilus'' fluit, maior, quamdiu etesiae tempus obseruant; tunc enim eicitur mare instantibus uentis. Cum resederunt, et pelagus conquiescit minorque descendenti inde uis ''Nilo'' est. Ceterum dulcis mari sapor est et similes ''Niloticis'' beluae». Quare ergo, si ''Nilum'' etesiae prouocant, et ante illos incipit incrementum eius et post eos durat? Praeterea non fit maior quo illi flauere uehementius, nec remittitur incitaturque, prout illis impetus fuit; quod fieret, si illorum uiribus cresceret. Quid quod etesiae litus ''Aegyptium'' uerberant et contra illos ''Nilus'' descendit, inde uenturus unde illi, si origo ab illis esset? Praeterea ex mari purus et caeruleus efflueret, non, ut nunc, turbidus ueniret. Adde quod testimonium eius testium turba coarguitur. Tunc erat mendacio locus; cum ignota essent externa, licebat illis fabulas mittere. Nunc uero tota exteri maris ora mercatorum nauibus stringitur, quorum nemo narrat initium ''Nili'' aut mare saporis alterius: quae natura credi uetat, quia dulcissimum quodque et leuissimum sol trahit. Praeterea quare hieme non crescit? Et tunc potest uentis concitari mare, aliquanto quidem majoribus; nam etesiae temperati sunt. Quod si e mari ferretur ''Atlantico'', semel oppleret ''Aegyptum''. At nunc per gradus crescit.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n7/mode/2up ''Liber Qvartvs A.''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n41/mode/2up ''chap. 2.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] Si '''Thaleti''' credis, Etesiæ descendenti ''Nilo'' resistunt, et cursus ejus acto contra ostia mari sustinent : ita reverberatus in se recurrit : nec crescit, sed exitu prohibitus resistit, et quacumque mox potuit, inconcessus erumpit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Euthymenes''' ''Massiliensis'' testimonium dicit : « Navigavi, inquit, ''Atlanticum'' mare. Inde ''Nilus'' fluit major, quamdiu Etesiæ tempus observant : tunc enim ejicitur mare instantibus ventis. Quum resederint, et pelagus conquiescit, minorque descendenti inde vis ''Nilo'' est. Ceterum dulcis maris sapor est, et similes ''Niloticis'' belluæ. » Quare ergo, si ''Nilum'' Etesiæ provocant, et ante illos incipit incrementum ejus, et post eos durat ? Præterea non fit major, quo illi flavere vehementius. Nec remittitur, incitaturque, prout illis impetus fuit : quod fieret, si illorum viribus cresceret. Quid, quod Etesiæ littus ''ægyptium'' verberant, et contra illos ''Nilus'' descendit, inde venturus, unde illi, si origo ab illis esset ? Præterea ex mari purus et cæruleus efflueret, non ut nunc turbidus venit. Adde, quod testimonium ejus testium turba coarguitur. Tunc erat mendacio locus, quum ignota essent externa. Licebat illis fabulas mittere. Nunc vero tota exteri maris ora mercatorum navibus stringitur : quorum nemo narrat nunc cæruleum ''Nilum'', aut mare saporis alterius ; quod et natura credi vetat, quia dulcissimum quodque et levissimum sol trahit. Præterea quare hieme non crescit ? et tunc potest ventis concitari mare, aliquando quidem majoribus ; nam Etesiæ temperati sunt. Quod si e mari ferretur ''Atlantico'', semel oppleret ''Ægyptum''. At nunc per gradus crescit.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA371#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Quatrième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA385#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] À en croire '''Thalès''', les vents étésiens repoussent le ''Nil'' à sa descente dans la mer, et suspendent son cours en poussant la mer contre ses embouchures. Ainsi refoulé, il revient sur lui-même, sans pour cela grossir ; mais l’issue lui étant barrée, il s’arrête, et bientôt, partout où il le peut, force le passage qui lui est refusé. [[w:Euthymènes|'''Euthymène''']] [[#Euthymènes|<span id="Euthymènes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], de ''Marseille'', en parle comme témoin : « J’ai navigué, dit-il, sur la mer ''Atlantique''. Elle cause le débordement du ''Nil'', tant que les vents étésiens se soutiennent ; car c’est leur souffle qui alors pousse cette mer hors de son lit. Dès qu’ils tombent, la mer aussi redevient calme, et le ''Nil'' à sa descente déploie moins de puissance. Du reste, l’eau de cette mer est douce, et nourrit des animaux semblables à ceux du ''Nil''. » Mais pourquoi, si les vents étésiens font gonfler le ''Nil'', la crue commence-t-elle avant la saison de ces vents, et dure-t-elle encore après ? D’ailleurs le fleuve ne grossit pas à mesure qu’ils soufflent plus violemment. Son plus ou moins de fougue n’est point réglé sur celle des vents étésiens, ce qui aurait lieu, si leur action le faisait hausser. Et puis ils battent la côte ''égyptienne'', le ''Nil'' descend à leur encontre : il faudrait qu’il vînt du même point qu’eux, si son accroissement était leur ouvrage. De plus, il sortirait pur et azuré de la mer, et non pas trouble comme il est. Ajoute que le témoignage d’'''Euthymène''' est réfuté par une foule d’autres. Le mensonge avait libre carrière, quand les plages étrangères étaient inconnues ; on pouvait de là nous envoyer des fables, À présent, la mer extérieure est côtoyée sur tous ses bords par des trafiquants dont pas un ne raconte qu’aujourd’hui le ''Nil'' soit azuré ou que l’eau de la mer soit douce. La nature elle-même repousse cette idée ; car les parties les plus douces et les plus légères sont pompées par le soleil. Et encore pourquoi le ''Nil'' ne croît-il pas en hiver ? Alors aussi la mer peut être agitée par des vents quelque peu plus forts que les étésiens, qui sont modérés. Si le mouvement venait de l’Atlantique, il couvrirait tout d’un coup l’Égypte : or l’inondation est graduelle.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_4|''Livre IV.'']] ''chap. 2.'', traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles4.htm ici])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Joseph Baillard de 1914|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Euthymènes_back|<span id="Euthymènes"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὐθυμένης / Euthuménēs [[wikt:en:Εὐθυμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ de l’adjectif εὐθύς / euthús, « 1. Droit, direct : (au sens moral) direct, ouvert, franc. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ + du nom commun μενος / ménos, « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ➥ + du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Navigateur et explorateur de la mer Extérieure le long des côtes africaines (actuelle Atlantique sud).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIeme_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Marseille_antique#Massalia,_une_cité_grecque|''Massalia'']], actuelle Marseille)'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''II.''' [...] Selon '''Thalès''', le phénomène a pour cause les vents Étésiens, qui s’opposent au cours du ''Nil'' et font rebrousser ses eaux en sens inverse du mouvement qui le porte vers la mer. Refoulés sur eux-mêmes, les flots refluent sans pour cela grossir ; mais l’issue leur étant fermée, ils s’arrêtent, et bientôt ils s’ouvrent partout où ils peuvent le passage qui leur est refusé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Euthymène''' de ''Marseille'' en parle comme témoin : « J’ai navigué, dit-il, sur la mer ''Atlantique''. Le ''Nil'' roule des eaux plus abondantes, tant que durent les vents Étésiens ; car alors ils refoulent la mer sur le fleuve. Dès qu’ils se sont abattus et que la mer est devenue calme, le ''Nil'', qui peut redescendre vers celle-ci, diminue. Au reste, les eaux de cette mer sont douces et contiennent des animaux semblables à ceux du ''Nil''. » Dans cette hypothèse, qui donne les vents Étésiens pour cause des crues du ''Nil'', qu’on me dise pourquoi ces crues précèdent les vents, persistent quand les vents ne sont plus, enfin n’augmentent plus d’intensité et de violence, et ne diminuent pas selon la violence et l’impétuosité du vent même ; c’est pourtant ce qui devrait arriver, si les vents déterminaient la hausse des eaux. De plus, les vents Étésiens battent directement la côte ''égyptienne'' : pourquoi donc le ''Nil'' descend-il contre le souffle de ces vents, tandis qu’il devrait couler dans la même direction, s’il leur devait ses débordements ? Enfin, pourquoi, au lieu d’être diaphanes et azurés, ces flots, qu’on fait venir de la mer, sont-ils chargés de limon ? Ajoutez qu’une foule de témoignages réfutent '''Euthymène'''. On pouvait mentir, quand les plages étrangères étaient inconnues : c’était alors le temps des fables ; mais aujourd’hui mille vaisseaux marchands côtoient la mer extérieure ; personne ne dit que le ''Nil'' ait des flots d’azur ; personne ne donne à la mer une saveur douce, que la nature refuse à ses eaux : car le soleil en pompe sans cesse la partie la plus douce et la plus légère ; ensuite pourquoi le ''Nil'' ne croîtrait-il point pendant l’hiver ? la mer alors peut être battue par les vents, par des vents plus violents que les Étésiens, qui sont modérés. Enfin, si le mouvement venait de l’Atlantique, l’Égypte entière serait inondée tout d’un coup : or, l’inondation est graduelle.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA371#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Quatrième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA385#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. II.'''<br />''En quelle fai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>ó</nowiki> {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait l’accroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du Nil.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...] Si vous en croyez '''Thales''' , les vents Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tent au ''Nil'' en de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cendant dans la mer; & arre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on cours, en pou{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant la mer contre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ept emboucheures. Si bien qu’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant repou{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte il retourne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy-me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me , & ne croi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas comme l’on pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e , mais par ce qu’il trouue vn ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tacle qui l’empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}che de pa{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er outre , il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t contraint de s’arre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ter , & ne pouuant plus pour{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uiure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a cour{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e , il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pand par où il peut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e répandre. '''Euthimenes''' de ''Mar{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eille'' en rend ce te{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}moignage. I’ay nauigé, dit il, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la mer ''Atlantique'' , & c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t par elle que le ''Nil'' deuient plus grand, lors que les vents Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent ; car alors cette mer {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ort pour ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i dire d’elle-me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me par la force & par la violence de ces vents. Mais lors qu’ils ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent plus la mer demeure tranquille, & le Nil ne trouue plus rien qui l’empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}che de de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cendre , Au re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te l’eau de la mer e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t douce en ce temps-là , & l’on y void des be{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblables à celles du Nil. Mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont enfler le Nil, pourquoy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on débordement commence il auant qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent & pourquoy dure - il encore lors qu’ils ont ce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouffler. Dauantage ils ne s’enfle pas plus que de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tume , quand ces vents {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oufflent auecque plus de violence qu’ils ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont ordinairement. Enfim il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e hau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e & ne s’abai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon que leur impetuo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t plus ou moins grande , ce qui arriveroit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans doute s’il s’enfloit par la force de ces véts. Mais comme les Ete{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens battent directement les bords de l’Egypte, & que le Nil de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cend contre eux ; il faudroit s’ils e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toient cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on accroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement , qu’il commença{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t par l’endroit d’où ils viennent. Outre cela il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortiroit tout pur de la mer, & de la couleur de la mer, & ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit pas trouble & limonneux , comme il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. Et apres tout le te{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}moignage d’'''Euthimene''' , e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t condamné par le plus grand nombre. Il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit permis de mentir quand on n’auoit point de connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance des pays e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trangers ; & alors on pouuoit facilement nous en enuoyer des fables. Mais aujourd’huy tous les riuages des mers les plus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}loignées {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont remplis de vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux de marchands, & pas vn ne nous apporte que le ''Nil'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit de la couleur de la mer, ou que la mer ait vn autre gou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. Quand nous aurions des rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons pour nous la per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uader , la nature nous empe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cheroit de le croire par ce que le Soleil en attire ce qu’il y a de plus leger & de plus doux. Dauantage pourquoy ne croi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-il pas en Hyuer , puis que la met en ce temps là peut e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre agitée par des vents plus violents, que les Ethe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iens qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours moderez. Que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le ''Nil'' venoit de la mer ''Atlantique'' , il couuriroit l’Egypte tout d’vn coup, & neantmoins il ne la couure que peu à peu.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA3#v=onepage&q&f=true ''Livre Qvatriesme. De la Nege, de la Greſle, & de la Pluye.''], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA37#v=onepage&q&f=true ''chap. II.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
==== Livre VI — Des tremblements de terre ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">En prologue, '''Sénèque''' énonce le plan du livre, des causes des tremblements de terre et des peurs qu’ils provoquent, en s’appuyant sur celui de ''Campanie'' qui a récemment causé d’importants dégâts à ''Pompéi'' et à ''Herculanum''. Des chapitres IV à XX, de nombreuses théories sismiques sont présentées, la plupart liées au nom d’un philosophe qui les prône. Le feu, l’eau et l’air sont cités comme causes, et plusieurs d’entre-elles les combinent. À partir du chapitre XXIV, '''Sénèque''' développe sa propre opinion : l’air pénétrant, qui remplit complètement les cavités souterraines sous une forte pression, en est la cause. En épilogue, il explique à '''Lucilius''' quel comportement adopté en de telles situations, à savoir être courageux en ne craignant pas la mort</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation d’une théorie de '''Thalès''' de la Terre flottant sur l’eau, et témoignage d’une de ses preuves portant sur les tremblements de terre.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''6.''' In aqua causam esse nec ab uno dictum est nec uno modo. '''Thales''' ''Milesius'' totam terram subiecto iudicat umore portari et innare, siue illud oceanum uocas, siue magnum mare, siue alterius naturae simplicem adhuc aquam et umidum elementum. Hac, inquit, unda sustinetur orbis uelut aliquod grande nauigium et graue his aquis quas premit. Superuacuum est reddere causas propter quas existimat grauissimam partem mundi non posse spiritu tam tenui fugacique gestari; non enim nunc de situ terrarum sed de motu agitur. Illud argumenti loco ponit aquas esse in causa quibus hic orbis agitetur, quod in omni maiore motu erumpunt fere noui fontes, sicut in nauigiis quoque euenit ut, si inclinata sunt et abierunt in latus, aquam sorbeant, quae in omni eorum onere quae uehit, si immodice depressa sunt, aut superfunditur aut certe dextra sinistraque solito magis surgit. Hanc opinionem falsam esse non est diu colligendum. Nam, si terra aqua sustineretur et ea aliquando concuteretur, semper moueretur, nec agitari illam miraremur sed manere; deinde tota concuteretur, non ex parte; numquam enim nauis dimidia iactatur. Nunc uero terrarum non uniuersarum sed ex parte motus est. Quomodo ergo fieri potest ut, quod totum uehitur, totum non agitetur, si eo quo uehitur agitatum est? — At quare aquae erumpunt? — Primum omnium saepe tremuit terra et nihil umoris noui fluxit. Deinde, si ex hac causa unda prorumperet, a lateribus terrae circumfunderetur, sicut in fluminibus ac mari uidemus incidere ut incrementum aquarum, quotiens nauigia desidunt, in lateribus maxime appareat. Ad ultimum non tam exigua fieret quam tu dicis eruptio nec uelut per rimam sentina subreperet, sed fieret ingens inundatio ut ex infinito liquore et ferente uniuersa.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n1/mode/2up <u>L. Annaei Senecae, Natvrales Qvaestiones</u>], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n135/mode/2up ''Liber Qvintvs - De terrae motv''], [https://archive.org/details/seneca.-cuestiones-naturales.-naturales-quaestiones.-vol.-ii-1979/page/n155/mode/2up ''chap. 6.''], texte établi par Carmen Codoñer Merino [[w:es:Carmen_Codoñer_Merino|(es)]], Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Madrid, 1979</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' In aqua causam esse, nec ab uno dictum est, nec uno modo. '''Thales''' ''Milesius'' totam terram subjecto judicat humore portari et innatare : sive illud Oceanum vocas, sive magnum mare, sive alterius naturæ simplicem adhuc aquam et humidum elementum. Hac, inquit, unda sustinetur orbis, velut aliquod grande navigium et grave his aquis, quas premit. Supervacuum est reddere causas, propter quas existimat, gravissimam partem mundi non posse spiritu tam tenui fugacique gestari ; non enim nunc de situ terrarum, sed de motu agitur. Illud argumenti loco ponit, aquas esse in causa, quibus hic orbis agitatur, quod in omui majore motu erumpunt fere novi fontes : sicut in navigiis quoque evenit, ut, si inclinata sunt et abiere in latus, aquam sorbeant, quæ in omni onere eorum quæ vehit, si immodice depressa sunt, aut superfunditur, aut certe dextra sinistraque solito magis surgit. Hanc opinionem falsam esse, non est diu colligendum ; nam, si terram aqua sustineret, et ea aliquando concuteretur : semper moveretur, nec agitari illam miraremur, sed manere. Tum tota concuteretur, non ex parte : nunquam enim navis dimidia jactatur. Nunc vero non terrarum universarum, sed ex parte motus est. Quomodo ergo fieri potest, ut quod totum vehitur, totum non agitetur, si eo quo vehitur, agitatum est ? At quare aquæ erumpunt ? Primum omnium sæpe tremuit terra, et nihil humoris novi fluxit. Deinde si ex hac causa unda prorumperet, a lateribus terræ circumfunderetur : sicut in fluminibus ac mari videmus accidere, ut incrementum aquarum, quoties navigia desidunt, in lateribus maxime appareat. Ad ultimum non tam exigua fieret quam dicit eruptio, nec velut per rimam sentina subreperet, sed fieret ingens inundatio, ut ex infinito liquore, et ferente universa.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA420#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Sixième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA429#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' Que l’eau soit cause des tremblements de terre, c’est ce qu’affirment divers auteurs et avec divers arguments. '''Thalès''' de ''Milet'' estime que le globe entier a pour support une masse d’eaux sur laquelle il flotte, et qu’on peut appeler Océan ou grande mer, ou élément jusqu’ici de nature simple, l’élément humide. Cette eau, dit-il, soutient la terre ; et l’immense navire pèse sur le liquide qu’il comprime. Il est superflu d’exposer les motifs qui font croire à '''Thalès''' que la partie de l’univers la plus pesante ne saurait porter sur une substance aussi ténue, aussi fugace que l’air : il ne s’agit pas maintenant de l’assiette du globe, mais de ses secousses. '''Thalès''' apporte en preuve de son système, que presque toujours les grandes secousses font jaillir des sources nouvelles, comme il arrive dans les navires qui, lorsqu’ils penchent et s’inclinent sur le flanc, sont envahis par l’eau ; toujours, s’il y a surcharge, l’eau vient couvrir le bâtiment, ou du moins s’élève à droite et à gauche plus que de coutume. La fausseté de cette opinion se démontre sans longs raisonnements. Si la terre était soutenue par l’eau, elle tremblerait quelquefois dans toute sa masse et toujours serait en mouvement ; ce ne serait pas son agitation qui étonnerait, mais son repos. Elle s’ébranlerait tout entière, non partiellement ; car ce n’est jamais la moitié seulement d’un navire qui est battue des flots. Or, les tremblements de notre terre ne sont pas universels, mais partiels. Comment serait-il possible qu’un corps porté tout entier par l’eau ne fût pas agité tout entier, quand ce fluide est agité ? « Mais d’où viennent les eaux qu’on a vues jaillir ? » D’abord, souvent la terre tremble, sans qu’il en sorte de nouvelles eaux. Ensuite, si telle était la cause de ces éruptions, elles n’auraient lieu qu’autour des flancs du globe ; ce que nous voyons arriver sur les fleuves et en mer : l’exhaussement de l’onde, à mesure que s’enfonce le navire, se remarque surtout aux flancs du bâtiment. Enfin l’éruption dont on parle ne serait pas si minime, et comme une voie d’eau qui s’infiltre par une fente légère ; l’inondation serait immense en raison de l’abîme infini sur lequel flotterait le monde.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)|<u>Sénèque le Jeune</u>]], [[s:Questions_naturelles_(trad._Baillard)/Livre_6|''Livre VI.'']] ''chap. 6.'', traduction par [[s:Auteur:Joseph_Baillard|Joseph Baillard]], Hachette, 1914<br />(également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/questionsnaturelles6.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI.''' Plusieurs philosophes ont prétendu que l’eau est la cause de ces secousses : ce que chacun explique à sa manière. '''Thalès''' de ''Milet'' prétend que le globe entier a pour support une masse d’eau sur laquelle il flotte ; peu importe qu’on donne à cet amas le nom d’Océan, de grande mer ou d’eau élémentaire, eau simple. Cette eau, dit-il, soutient la terre comme un grand vaisseau pesant sur le liquide qu’il comprime. Il est inutile d’exposer les raisons qui font croire à '''Thalès''' que le corps le plus pesant de la nature ne peut être soutenu par un fluide aussi délié et aussi rare que l’air : car il s’agit ici des tremblements de terre et non de l’assiette du globe. La grande raison de '''Thales''' pour faire de l’eau la cause des secousses de la terre, c’est que, dans tout tremblement considérable, jaillissent des eaux nouvelles ainsi les vaisseaux se remplissent d’eau quand ils penchent d’un côté ; chargés à l’excès, ou ils sont submergés, ou ils s’enfoncent à droite et à gauche plus profondément dans la mer. Il ne faut pas longtemps discuter pour voir la fausseté de cette opinion. Si la terre était soutenue par les eaux, elle serait quelquefois fortement ébranlée, mais de plus elle serait toujours flottante, et il faudrait s’étonner non de son agitation , mais de son repos ; enfin, au lieu d’être ébranlée en partie, elle le serait tout entière : car jamais la moitié d’un vaisseau n’est battue des flots. Or, on sait que les secousses de la terre sont partielles et non universelles : comment se ferait-il donc que ce qui est entièrement porté par les eaux ne fût pas entièrement agité, tandis que les eaux mêmes le sont en totalité ? Mais, dit-on, qui fait jaillir les eaux ? D'abord, souvent la terre tremble sans qu’il se produise des eaux nouvelles ; ensuite, si telle était la cause de ces éruptions, les eaux se répandraient latéralement autour de la terre. Ainsi, par exemple, quand un vaisseau s’enfonce ou dans la mer ou dans les fleuves, c’est vers les bords surtout que l’accroissement devient sensible. Enfin les sources qui jaillissent ne seraient pas si peu considérables ; on ne pourrait pas les comparer à une voie d’eau qui pénètre par les fentes du fond de cale : ce serait une inondation immense comme l’abîme infini sur lequel flotterait le monde.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres Complètes de Sénèque, Tome Quatrième</u>], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA420#v=onepage&q&f=true ''Questions Naturelles, De Sénèque à Lucilius - Livre Sixième.''], [https://books.google.fr/books?id=xZtfAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles&hl=fr&pg=PA429#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction française de la collection Panckoucke, nouvelle édition très soigneusement revue par M. Charpentier et M. Félix Lemaistre, 1860</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Chap. VI.'''<br />''Si l’eau e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki>t</nowiki> la cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e des tréblemés de terre.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ce n'e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas vn homme {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eul qui a dit , que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e du tremblement de la terre ; & l’on ne l’a pas dit d’vne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule façó. '''Thales''' ''Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ien'' a crû que toute la terre e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit portée {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’eau , & qu’elle y nageoit, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit que vous appelliez cette eau Ocean, ou que vous l’appelliez grade mer, ou vne eau d’vne autre nature , eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}imple , element humide. C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette eau, dit-il, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenu, comme quelque vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau d’vne grandeur deme{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urée , qui charge les eaux qui le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiennent. Il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit inutile de rapporter les rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons qui luy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont croire que la plus pe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ante partie du móde ne peut e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenuë par l’air qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubtil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i fluide & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i delié ; & d’ailleurs, il ne s’agit pas icy de l’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iete de la terre , mais du tremblement de la terre. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i pour preuue que les eaux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que la terre tremble , il dit qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que point de grands tremblemens de terre, qu’on n’en voye {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uitte de nouuelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ources; que la terre re{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble en cela aux vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux qui ne peuuent pancher d’vn co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té, qu’ils ne pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de l’eau, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pand {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur toutes les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es qu’ils portent , {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont trop enfoncées; ou qui s’éleue de part & d’autre à la gauche , & à la droite. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas besoin d’vn long di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cours pour montrer la fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eté de cette opinion ; car {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tenoit la terre, quelquesfois elle trembleroit toute entiere, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit tou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iours en mouuement; & nous ne nous e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tonnerions point de la voir remuer, mais de la voir ferme & inébranlable. Elle trembleroit toute entiere , & non pas en partie , car vn vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t iamais agité par vne moitié {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement ; & apres tout nous voyons que le tremblement ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pas de toute la terre , mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement d’vne partie. Comment donc {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e peut-il faire que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t porté tout entier ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit pas entierement agité , {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}me qui porte e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meuë & agitée ? Mais pourquoy {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ort-il de l’eau apres vn tremblement de terre ? Premierement la terre a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuent tremblé {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans qu’on en ayt veu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir de nouuelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ources. D’ailleurs {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’eau {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortoit par cette rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pandroit par les co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tez de la terre , comme nous voyons dans les fleuues & dans la mer , où lors que le vai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eau s’enfonce on remarque que l’eau s'éleue , principalement par les co{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tez. Enfin ces eaux ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortiroient pas en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i petite quantité, ny par vne fi petite ouuerture , mais il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit vne grande inondation, comme procedant de cette abondance d’eaux qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiennent tout l’vniuers.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Seneque Des Qvestions Natvrelles</u>], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA141#v=onepage&q&f=true ''Livre Sixiesme. Des tremblemens de terre.''], [https://books.google.fr/books?id=gEzVYlz3c3cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=seneque%20questions%20naturelles%20iii%20volume%202&hl=fr&pg=PA164#v=onepage&q&f=true ''chap. VI.''], traduction par [[w:Pierre_Du_Ryer|Pierre Du Ryer]], A Lyon, Chez Christofle Fovrmy, 1663</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Pline_l%27Ancien|'''Pline l’Ancien''']] [[#Pline|<span id="Pline_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:23|23]]/[[w:24|24]], à [[w:Côme|''Novum Comum'']] ou [[w:Vérone|Vérone]] — [[w:79|79]], à [[w:Stabies|Stabies]], [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|mort]] par asphyxie près de [[w:Pompéi|Pompéi]], lors de l’éruption du [[w:Vésuve|Vésuve]], en voulant observer le phénomène au plus près et en désirant porter secours aux victimes, alors en poste à [[w:Misène|''Misène'']] en tant que Préfet commandant la flotte militaire ''romaine'') <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Pline_l’Ancien|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=tRsuD3WJT-UC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA876#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Va, §204 - Plinius Secundus (Caius —)}}]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Haut fonctionnaire militaire et civique, issu de l’[[w:Chevalier_romain|''orde équestre'']], et écrivain prolifique dans de très nombreux domaines.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Pline l’Ancien|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Pline_back|<span id="Pline"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Plinius|nomen, nom de famille}} {{Info|Secundus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Histoire_naturelle_(Pline_l'Ancien)|Histoire naturelle]] ===
<p style="text-align: right;">[[s:Histoire_naturelle_(Pline)|📚]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage de 37 livres dédié à l’empereur [[w:Titus_(empereur_romain)|'''Titus''']] [[#Titus|<span id="Titus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], dont il a été le ''{{Lang|la|contubernium}}'' pendant son service en tant que commandant des armées du ''Rhin'' en ''Germanie'' en [[w:47|47]]. '''Pline''' définit lui-même son enquête [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Histoire/Enquête_I|<sup>🔄</sup>]] sur la nature comme une reproduction de la vie — ''{{Lang|la|rerum natura, hoc est uita narratur}}'' (Livre I, Préface, 10), qu’il inscrit dans la tradition encyclopédique [[#encyclopédie_back|<sup>⤴️</sup>]] grecque mais s’en différencie par son exhaustivité : ''{{Lang|la|Jam omnia attingenda, quæ Græci}}'' ''{{Lang|grc|τάς έγχυχλοπαιδείας}}'' ''{{Lang|la|vocant : et tamen ignota aut incerta ingeniis facta; alia vero ita multis prodita, ut in fastidium sint adducta}}'' (Préface, 11). Il a, dans ce but, compilé « vingt mille faits dignes d’intérêt, tirés de la lecture d’environ deux mille volumes, [...] provenant de cent auteurs de choix » — ''{{Lang|la|Viginti millia rerum dignarum cura ex lectione voluminum circiter duum millium, [...] ex exquisitis auctoribus centum}}'' (Préface, 13).</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Titus|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Titus_back|<span id="Titus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Titus [[wikt:en:Titus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Commandant militaire, notamment pendant la [[w:Premi%C3%A8re_guerre_jud%C3%A9o-romaine|''première guerre judéo-romaine'']], au cours de laquelle il prend ''Jérusalem'' que ses troupes mettent à sac et fait détruire le [[w:Second_temple_de_Jérusalem#Destruction|''Second Temple'']], et empereur ''romain'', de la dynastie des [[w:Flaviens|''Flaviens'']], de [[w:79|79]] à [[w:81|81]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(30 décembre [[w:39|39]] , ''Rome'' — 13 septembre [[w:81|81]], mort par fièvre selon [[w:Suétone|Suétone]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/suetone/titus.htm <sup>VdDC, Titus</sup>] ou par empoisonnement avec du venin de [[w:Aplysia|''lièvre marin'']] par son propre frère [[w:Domitien|Domitien]] selon [[w:Philostrate_d%27Ath%C3%A8nes|Philostrate]] [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/apollonius6.htm <sup>AdT, l. VI, chap. 32</sup>])<sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre II ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Enquête sur l’astronomie et la physique du monde, basée sur les quatre éléments : air, terre, eau et feu.</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre IX.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la première prédiction grecque d’une éclipse solaire (ou lunaire selon les traductions) par '''Thalès'''.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IX.''' Et rationem quidem defectus utriusque primus ''Romani'' generis in vulgus extulit '''Sulpicius Gallus''', qui consul cum '''Marcello''' fuit, sed tum tribunus militum, sollicitudine exercitu liberato, pridie quam '''Perseus''' rex superatus a '''Paulo''' est, in concionem ab imperatore productus ad prædicendam eclipsim, mox et composito volumine. Apud Græcos autem investigavit primus omnium '''Thales''' ''Milesius'', Olympiadis XLVIII anno quarto, prædicto solis defectu, qui '''Alyatte''' rege factus est, Urbis conditæ; anno CLXX. Post eos utriusque sideris cursum in sexcentos annos præcinuit '''Hipparchus''', menses gentium, diesque et horas, ac situs locorum, et visus populorum complexus, ævo teste, haud alio modo, quam consiliorum naturæ particeps. Viri ingentes supraque mortalium naturam, tantorum numinum lege deprehensa, et misera hominum mente absoluta, in defectibus scelera aut mortem aliquam siderum pavente (quo in metu fuisse '''Stesichori''' et '''Pindari''' vatum sublimia ora palam est deliquio Solis), et in Luna veneficia arguente mortalitate, et ob id crepitu dissono auxiliante. Quo pavore, ignarus causæ, '''Nicias''' ''Atheniensium'' imperator, veritus classem portu educere, opes eorum afflixit. Macti ingenio este, cæli interpretes, rerumque naturæ capaces, argumenti repertores, quo deos hominesque vinxistis. Quis enim hæc cernens, et statos siderum (quoniam ita placuit appellare) labores, non suæ necessitati mortalis genitus ignoscat ? Nunc confessa de iisdem breviter atque capitulatim attingam, ratione admodum necessariis locis strictimque reddita : nam neque instituti operis talis argumentatio est : neque omnium rerum afferri posse causas, minus mirum est, quam consfare in aliquibus.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/98/mode/2up ''Livre II.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/106/mode/2up ''chap. IX.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/130|ici]] et 1829 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f45.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IX.''' Le premier ''Romain'' qui exposa publiquement la théorie des éclipses du soleil et de la lune est [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<sup>🔄</sup>]], qui fut consul avec [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Marcellus-166_back|<sup>🔄</sup>]], mais qui alors était tribun militaire. La veille du jour où [[w:Persée_(roi)|'''Persée''']] [[#Persée_(roi)|<span id="Persée_(roi)_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] fut défait par [[w:Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus|'''Paul-Emile''']] [[#Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus|<span id="Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] il parut par ordre du général, afin de prévenir les alarmes de l’armée, devant les troupes assemblées pour annoncer l’éclipse qui allait survenir; peu de temps après, il composa un livre sur ce sujet. Le premier qui s’en occupa chez les ''Grecs'' fut '''Thalès''' de ''Milet'', dans la quatrième année de la quarante-huitième olympiade (an 585 av. J. C. [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#éclipse_back|<sup>🔄</sup>]]), l’an 170 de la fondation de ''Rome'', et prédit une éclipse de lune qui arriva sous le roi [[w:Alyatte_II|'''Alyatte''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alyatte_back|<sup>🔄</sup>]]. Après eux, [[w:Hipparque_(astronome)|'''Hipparque''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hipparque_back|<sup>🔄</sup>]] dressa pour six cents ans la table du cours du soleil et de la lune, déterminant les mois des divers calendriers, les jours, les heures, les localités et les aspects, suivant les contrées. Le cours des ans ne lui a donné aucun démenti, et il semble avoir été admis aux conseils de la nature. Génies puissants et élevés au dessus de l’humanité, ils ont découvert la loi qui régit ces grandes divinités, et ils ont délivré de ses craintes l’esprit misérable des hommes, qui dans les éclipses, tantôt croyaient voir une influence malfaisante ou une espèce de mort des astres, crainte qui, comme on sait, a, pour l’éclipse du soleil, troublé [[w:Stésichore|'''Stésichore''']] [[#Stésichore|<span id="Stésichore_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] et [[w:Pindare|'''Pindare''']] [[#Pindare|<span id="Pindare_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], poètes sublimes, et tantôt attribuaient l’obscurcissement de la lune à des maléfices, et lui venaient en aide par un bruit dissonnant. Redoutant ce phénomène, dont il ignorait la cause, [[w:Nicias|'''Nicias''']] [[#Nicias|<span id="Nicias_back"><sup>'''V'''</sup></span>]], général des ''Athéniens'', n’osa pas faire sortir la flotte du port de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], et ruina la puissance de sa patrie. Redoublez de génie, interprètes du ciel, vous dont l’intelligence, embrassant la nature, a inventé des théories qui ont créé un lien entre les dieux et les hommes [[#Vicistis_JH|<span id="Vicistis_JH_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ! A la vue de ce spectacle, à la vue des labeurs (puisque c’est le nom qu’on a voulu donner aux éclipses), des labeurs réguliers auxquels les astres sont soumis, quel mortel ne pardonnerait à la nécessité sous laquelle il est né ? Maintenant je vais parler, d’une manière brève et sommaire, des points sur lesquels on est d’accord en cette matière. Je ne donnerai que de courtes explications, et là où il sera tout à fait nécessaire; car les explications n’entrent pas dans le plan de cet ouvrage, et il n’y a pas moins de mérite à énumérer les causes de toutes choses qu’à s’appesantir sur quelques-unes.</div>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Vicistis_JH_back|<span id="Vicistis_JH"><sup>1</sup></span>]] Vicistis Vulg. — Vinxistis cod. Dalech. — Vinxistis me parait meilleur. Comp. ce que dit Pline plus loin, ch. 24, sur l’affinité de l’esprit humain avec les astres.'''</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/98/mode/2up ''Livre II.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/106/mode/2up ''chap. IX.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(édition 1848 également disponible [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/130|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Jean Hardouin 1883|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Persée_(roi)_back|<span id="Persée_(roi)"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περσεύς / Perseús[[wikt:en:Περσεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Dernier roi de [[w:Royaume_de_Mac%C3%A9doine|''Macédoine'']] de la dynastie des [[w:Antigonides|''Antigonides'']], vaincu en [[w:-168|-168]] à la [[w:bataille de Pydna|bataille de ''Pydna'']] à l’issue de la [[w:troisième guerre macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']], causant la disparition du ''Royaume de Macédoine''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_212_av._J.-C.|-212]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Pella_(cité_antique)|''Pella'']], au nord de l’actuelle ''Grèce'' — [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Alba_Fucens|''Alba Fucens'']], au centre de l’actuelle ''Italie'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus_back|<span id="Lucius_Æmilius_Paullus_Macedonicus"><sup>II</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Lucius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Æmilius|nomen, nom de famille}} {{Info|Paullus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, surnommé [[wikt:Macedonicus#Latin|Macedonicus]] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat'']] à la suite de sa victoire;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 2 reprises en [[w:Années_182_av._J.-C.|-182]] et [[w:Années_169_av._J.-C.|-169]]. Il remporta la victoire contre le ''royaume de Macédoine'' à ''Pydna'' en battant le roi Persée [[#Persée_(roi)|<sup>I</sup>]], ce qui mit fin à la dynastie des ''Antigonides''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_230_av._J.-C.|-230]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — ''ca.'' [[w:Années_160_av._J.-C.|-160]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Stésichore_back|<span id="Stésichore"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Στησίχορος /Stēsíkhoros [[wikt:en:Στησίχορος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἵστημι /hístēmi, « 1. (voix transitive, active des temps présent, imparfait, futur et 1er aoriste) : • Faire se tenir debout, se tenir debout; • Arrêter, rester, vérifier; • Mettre en place : - Faire monter, élever, réveiller, remuer; - Nommer, désigner; - Établir, instituer; • Mettre dans la balance, peser. 2. (voix intransitive, moyenne et passive, voix active du 2e aoriste, parfait et plus-que-parfait) : • Se tenir debout; • Se tenir immobile : (au sens figuré) Rester ferme; • Être dressé ou debout, se lever, s’élever : - (en général) Se lever, commencer; - (en marquant le pas) Être; - Être désigné. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun χορός / khorós, « 1. Danse en rond. 2. Danse accompagnée de chant, danse chorale. 3. Chœur, chorale, groupe de chanteurs et de danseurs. 4. Groupe, troupe. 5. Rangée. 6. Lieu de danse. 7. (théâtre) Chœur »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète lyrique grec, considéré comme l’un des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poètes lyriques'']] de la Grèce antique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_630_av._J.-C.|-630]]<sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Metauria|''Metauria'']], colonie de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], au sud de la région de [[w:Calabre|''Calabre'']], au sud de l’Italie — ''ca.'' [[w:Années_555_av._J.-C.|-555]]<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Catane|''Catane'']], colonie de la ''Grande-Grèce'', à l’est de la [[w:Sicile|''Sicile'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pindare_back|<span id="Pindare"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πίνδᾰρος /Píndaros [[wikt:en:Πίνδαρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète lyrique grec, considéré comme l’un des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poètes lyriques'']] de la Grèce antique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_518_av._J.-C.|-518]]<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Cynocéphales|''Cynocéphales'']], cité grecque située près de [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']], en [[w:Béotie|''Béotie'']] — [[w:Années_438_av._J.-C.|-438]]<sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Árgos|''Árgos'']], cité grecque de la région de l’[[w:Argolide|''Argolide'']], à l’est de la [[w:Péloponnèse|''péninsule du Péloponnèse'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_back|<span id="Nicias"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Νῑκίᾱς /Nīkíās [[wikt:en:Νικίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun νίκη / níkē [[wikt:en:νίκη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le fait de gagner : la victoire, le succès [avec le génitif "sur, dans quelque chose"] : • Les choses gagnées dans la victoire, les fruits de la victoire; • La supériorité, l’avantage. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique et général ''athénien'' durant la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']], qui oppose la [[w:Ligue_de_Délos|''ligue de Délos'']], menée par ''Athènes'', et la [[w:Ligue_du_Péloponnèse|''ligue du Péloponnèse'']], sous l’[[w:Hégémonie|hégémonie]] de ''Sparte'' de [[w:Années_431_av._J.-C.|-431]] à [[w:Années_404_av._J.-C.|-404]]. Sa supersition liée à une éclipse lunaire, s’étant produite lors de l’[[w:Expédition_de_Sicile|''expédition de Sicile'']], est également relatée par [[w:Thucydide|Thucydide]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre7.htm#L <sup>{{Info|HdlgdP|Histoire de la guerre du Péloponnèse}} l.VII, §.L</sup>] et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#23 <sup>{{Info|DlS|De la Superstition}} l.I</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_470_av._J.-C.|-470]], ''Athènes'' — ''ca.'' [[w:Années_413_av._J.-C.|-413]], ''Syracuse'')<sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Des découvertes astronomiques : part de chaque observateur dans la science.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''IX.''' '''Sulpicius Gallus''' [[#Sulpicius_Gallus_AdG|<span id="Sulpicius_Gallus_AdG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] fut le premier ''Romain'' qui expliqua au vulgaire la raison des éclipses de soleil et de lune. Il fut consul avec '''Marcus Marcellus''' ; mais il n’était que tribun militaire lorsque la veille de la victoire que '''Paul Emile''' remporta sur '''Persée''' [[#Pridie_quam_Perses_rex_AdG|<span id="Pridie_quam_Perses_rex_AdG_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], son général le fit paraître devant l’armée assemblée, pour lui annoncer l’éclipse qui allait arriver, et la délivrer de l’alarme qu’elle aurait pu en concevoir. Il composa bientôt après un volume sur ce sujet. Parmi les ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' [[#Primus_omnium_Thales_AdG|<span id="Primus_omnium_Thales_AdG_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] dirigea le premier ses recherches sur ce phénomène, et la quatrième année de la 48e olympiade, qui répond à l’an 170 [[#Anno_CLXX_AdG|<span id="Anno_CLXX_AdG_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] de ''Rome'', il prédit l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’'''Alyatte''' [[#Alyatte_rege_AdG|<span id="Alyatte_rege_AdG_back"><sup>'''5'''</sup></span>]]. Après eux, '''Hipparque''' dressa des tables du cours de ces deux astres pour six cents ans [[#In_sexcentos_annos_AdG|<span id="In_sexcentos_annos_AdG_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : mois, heures, jours, situations respectives des lieux, aspects du ciel selon les diverses nations [[#Menses_gentium_etc_AdG|<span id="Menses_gentium_etc_AdG_back"><sup>'''7'''</sup></span>]], tout y est compris, tout a été vérifié par le temps [[#Aevo_teste_AdG|<span id="Aevo_teste_AdG_back"><sup>'''8'''</sup></span>]]; on croirait l’astronome admis au conseil de la nature. Génies vastes et plus qu’humains, d’avoir ainsi surpris la loi de ces deux grandes divinités [[#Numinum_AdG|<span id="Numinum_AdG_back"><sup>'''9'''</sup></span>]], et affranchi d’effroi la malheureuse espèce humaine, qui tremblait en voyant dans chaque éclipse l’annonce de quelque grand crime, ou craignait la mort des astres [[#In_defectibus_scelera_etc_AdG|<span id="In_defectibus_scelera_etc_AdG_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] (effroi dont '''Stésichore''' et '''Pindare''' [[#Pindari_AdG|<span id="Pindari_AdG_back"><sup>'''11'''</sup></span>]], ces poètes sublimes, ne furent point exempts dans les éclipses de soleil), ou qui attribuait à des enchantemens celles de la lune, et venait à son secours en faisant un bruit discordant [[#Crepitu_dissono_AdG|<span id="Crepitu_dissono_AdG_back"><sup>'''12'''</sup></span>]]. C’est pour en avoir ignoré la cause, que, frappé de cette même terreur, '''Nicias''' [[#Nicias_AdG|<span id="Nicias_AdG_back"><sup>'''13'''</sup></span>]], général des ''Athéniens'', n’osa pas faire sortir sa flotte du port, et causa la ruine de leur puissance. Gloire à vous, interprètes du ciel, génies aussi étendus que la nature, inventeurs d’une science qui enchaîne à une même destinée les dieux et les mortels ! Quel est donc l’homme qui, voyant les astres en travail (pour me servir du nom qu’il a plu de donner aux crises qu’ils, subissent périodiquement), ne se soumettra pas à sa destinée?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Je vais maintenant toucher brièvement et sommairement les points sur lesquels on est d’accord dans cette matière, et j’en rendrai raison en passant, lorsque cela sera tout-à-fait nécessaire; car un développement de preuves n’est pas le but de l’ouvrage que j’ai entrepris, et il n’y a pas, je pense, moins de mérite à pouvoir rendre raison de toutes choses, qu’à s’arrêter à en prouver quelques-unes.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}}
<div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#Sulpicius_Gallus_AdG_back|<span id="Sulpicius_Gallus_AdG"><sup>1</sup></span>]] [[w:Tite-Live|Tite-Live]], XLIV, 37, [[w:Quintilien|Quintilien]], I, 10, [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]], [[w:Vies_parallèles|''Vie de Paul Emile'']], [[w:Frontin|Frontin]], I, etc., prétendent, comme Pline, que Sulpicius Gallus prédit l’éclipse anx soldats romains. [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cicéron_back|<sup>🔄</sup>]] ([[w:De_Republica|''Répub.'']], I, 15 , page 44, ''édit. Maj.'') dit au contraire que l’éclipse était déjà arrivée lorsque Sulpicius Gailus commençait à s’efforcer d’ôter aux soldats romains la terreur qu’ils avaient conçue de cet événement, en leur expliquant les causes des éclipses.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pridie_quam_Perses_rex_AdG_back|<span id="Pridie_quam_Perses_rex_AdG"><sup>2</sup></span>]] Selon Tite-Live (XLIV, 37), l’éclipse eut lieu dans la soirée du 3 septembre, cent huit ans avant J.-C., entre sept et dix heures (''ab hora secunda usque ad quartam noctis, quam pridie nonas sept, secula est dies''). M. [[w:Christian_Ludwig_Ideler|Ideler]] (''Chronologie'', II, 104) a calculé cette éclipse. Il a trouvé, comme M. de Nauze, que, selon le calendrier Julien, elle arriva dans la soirée du 21 juin de l’an 168 avant J.-C. à Rome, la lune commença à s’éclipser vers 5h.44’ du soir ; depuis 6h.51’ jusqu’à 8h.18’, la lune fut totalement éclipsée, ; à 9h.,24’, la lune ne fut plus obscurcie du tout. En Macédoine, tous ces phénomènes arrivèrent 39 minutes plus tard. Le 21 juin, le soleil se coucha à Rome et en Macédoine vers 7h.33’, et s’y montra alors à 44 1/2’ h. équatoriales. Ainsi, la première heure de la nuit finissait vers 8h.17’, la seconde vers 9h.2’, la troisième vers 9h.46’, la quatrième vers 10h.31’. La lune fut donc éclipsée totalement au moment où elle se leva dans la Macédoine, et cette éclipse totale y finit dans la seconde heure de la nuit ; au milieu de la quatrième, la lune ne fut plus obscurcie du tout. S’il est vrai, que cette éclipse lunaire, comme Pline, Tite-Live et d’autres le disent, fut prédite par Sulpicius Gallus, l’on devrait avouer que ce Romain s’entendait très-bien au calcul des éclipses lunaires. Mais les récits de Cicéron et de [[w:Valère_Maxime|Valère-Maxime]] ne seraient-ils pas plus vrais que ceux de Pline et de Tite-Live ?'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Primus_omnium_Thales_AdG_back|<span id="Primus_omnium_Thales_AdG"><sup>3</sup></span>]] Le même fait est rapporté par [[w:Hérodote|Hérodote]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_back|<sup>🔄</sup>]], I, 74, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] [[#Diogène_Laërce_back|<sup>⤵️</sup>]], I, 6 , par [[w:Clément_d'Alexandrie|Clément d’Alexandrie]] [[#Clément_d'Alexandrie_back|<sup>⤵️</sup>]], ''Strom.'', I, page 302 , par Plutarque, ''Opinions des Philosophes'', II, 24, par [[w:Jean_Tzétzès|Tzetzès]], ''Chil.'' II, v. 869, et par Hardouin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Oltmann a publié une dissertation dans laquelle, à l’aide des tables astronomiques les plus modernes, il est arrivé à ce résultat, que l’éclipse solaire dont il est question ici eut lieu le 3o septembre 610 ans avant J.-C. L’éclipse était totale pour les environs de la ville d’[[w:Erzurum|Érzerum]] sur le [[w:Kızılırmak_(fleuve)|Halys]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Halys_back|<sup>🔄</sup>]], où [[w:Volney|Volney]] place le champ de bataille des rois [[w:Alyatte_II|Halyattes]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alyatte_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Cyaxare|Cyaxare]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cyaxare_back|<sup>🔄</sup>]]. La quatre-vingtième partie du disque solaire seule ne fut pas éclipsée pour le lieu de la terre où Oltmann place le champ de bataille, qui est situé, selon lui, sous 36° long. à l’est de Terro et sous 40° lat. sept. Dans le pays des Ioniens où Thalès prédit l’éclipse, selon Hérodote, l’éclipse se monta à 11 1/2’. M. [[w:Alphonse_Des_Vignoles|Desvignolles]] (''Chronologie de l’histoire sainte'', t. II, pag. 245 et suiv.) fixe l’éclipsé prédite par Thales au 38 mai de l’an 585 avant J.-C. ; son opinion a été adoptée depuis par presque tous les chronologistes et historiens, et par [[w:Gabriel_Brotier|Brotier]] et M. Alexandre. Elle a été réfutée avec succès par Oltmann, qui s’est servi de tables astronomiques bien plus exactes que celles de M. Desvignolles ; en effet, celui-ci a démontré par ses calculs que l’éclipse totale du soleil du 28 mai de l’an 585 avant J.-C., ne fut pas totale dans les lieux où les troupes du roi lydien Halyatte combattirent contre celles du roi Cyaxare ; que, dans ces régions, elle ne se monta pas à plus de 7 1/2 pouces, et que, d’ailleurs, le soleil ne s’était pas encore levé lorsque Féclipse était le plus forte pour les habitans des pays nommés. Mais Hérodote dit positivement que l’éclipse prédite par Thalès fut totale dans ces contrées, et qu’elle eut lieu en plein jour. (Voyez IDELER, ''Chronologie'', t. I, pag. 209 et 210.) Nous remarquerons pourtant avant de finir cette note que la date de Desvignolles est plus conforme que celle d’Oltmann à l’année dans laquelle l’éclipse prédite par Thalès, arriva selon Pline. En effet, le naturaliste romain dit que cette année est la six cent quatre-vingt-cinquième avant J.—C., et c’est justement le 28 mai de cette année que l’éclipse prédite par Thalès arriva, selon M. Desvignolles.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Volney pense que l’éclipse en question arriva le 3 février de de l’an 626. Oltman a démontré, dans son Mémoire sur l’éclipse de Thalès, que celle de Volney était déjà passée lorsque le soleil se leva sur le champ de bataille des rois Halyattes et Cyaxare.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Anno_CLXX_AdG_back|<span id="Anno_CLXX_AdG"><sup>4</sup></span>]] L’an 170. C’est ainsi que l’on doit lire, et non CLX, comme l’ont fait Hardouin et Poinsinet; la quatrième année de la quarante-huitième olympiade, correspondant à l’an 170 de Rome, si l’on suppose avec [[w:Varron_(écrivain)|Varron]] que cette ville a été fondée dans la deuxième année de la 6e olympiade.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Alyatte_rege_AdG_back|<span id="Alyatte_rege_AdG"><sup>5</sup></span>]] Le nom de ce roi est écrit avec un esprit rude dans Hérodote, ce qui a donné lieu à [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Poinsinet]] et à d’autres traducteurs de Pline de substituer le mot Halyatte à celui d’Alyatte.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Alyatte ou Halyatte fut roi de la Lydie et père de Crésus. Il faisait la guerre à Cyaxare, roi des Mèdes, lorsque l’éclipse solaire en question interrompit le combat.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#In_sexcentos_annos_AdG_back|<span id="In_sexcentos_annos_AdG"><sup>6</sup></span>]] On lit dans [[w:Georges_le_Syncelle|le Syncelle]] (''Chronolog.'', pag. 17) que les Chaldéens ont connu une période de six cents années solaires. [[w:Flavius_Josèphe|Josèphe]] [[#Flavius_Josèphe_back|<sup>⤵️</sup>]] ([[w:Antiquités_judaïques|''Ant. jud.'']], I, page 17 et 18, édit. Havercamp) dit que Dieu donna une longue vie aux patriarches pour qu’ils pussent cultiver avec succès les sciences astronomiques et géométriques, ce qu’ils n’auraient pu faire s’ils n’avaient pas vécu au moins six cents ans ; car la grande année ne finit pas plus tôt. Ainsi, il est certain qu’avant Hipparque les Chaldéens et d’autres peuples asiatiques ont connu une période de six cents années solaires. Mais [[w:Jean-Dominique_Cassini|Cassini]] ([[w:Jean-Dominique_Cassini#Mémoires_de_l’Académie_royale_des_sciences|''Anciens mém. de l’Acad.'']], t. VIII, pag. 4 et 5) et [[w:Jean_Sylvain_Bailly|Bailly]] (''Hist. de l’astr. ancienne'', t. II, liv. 3, Eclairciss.) ont prouvé que tous les six cents ans les nouvelles et pleines lunes n’arrivent pas seulement au même jour et à la même heure qu’auparavant, mais encore à la même minute. Ne serait-il donc pas probable qu’Hipparque, comme le dit Ideler (''Historische untersuchungen uber die astronomischen beobachtungen der alten'', Berlin 1806, page 417) a connu cette période chaldéenne, et que delà résulte l’étendue de six cents ans donnée à son calendrier selon Pline.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Abel_Burja|Abel-Burja]] de Leipzig a tâché d’expliquer d’une autre manière la durée du calendrier d’Hipparque (''Astronomisches Jahrbuch'', 1797, pag. 233 et 234). [[w:Claude_Ptolémée|Ptolémée]] et [[w:Censorin_(grammairien)|Censorin]] racontent qu’Hipparque est auteur d’une période soli-lunaire de trois cent quatre années solaires. En la prenant deux fois, on obtient une période de six cent huit ans. Celle-ci fut abrégée par Hipparque de huit ans, afin d’obtenir un nombre entier de siècles pour son calendrier. Ideler a fait une objection très-juste contre cette opinion de Burja ; c’est que la période de six cent huit ans n’a aucun avantage sur celle de trois cent quatre ans. On ne voit donc pas ce qui a pu engager Hipparque à préférer le nombre de six cents ans à celui de trois cents, lorsqu’il composait son calendrier.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Menses_gentium_etc_AdG_back|<span id="Menses_gentium_etc_AdG"><sup>7</sup></span>]] C’est-à-dire il écrivit des éphémérides dans lesquelles il avait calculé d’avance les néomenies et les pleines lunes. Il fit aussi entrer dans son calendrier les longueurs des jours et des heures variables, [[w:ὧραι|ὧραι]] καιρικαι, ainsi que les aspects du ciel, ''visus populorum'', tels qu’ils eurent lieu chez les habitans de différentes contrées de la terre. Il ajouta une table des longitudes et des latitudes des principaux pays et villes du globe. Ptolémée (''Géogr.'', I, ch. 4) en dit autant d’Hipparque.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Aevo_teste_AdG_back|<span id="Aevo_teste_AdG"><sup>8</sup></span>]] Les tables d’Hipparque étaient dressées pour six cents ans. Cet astronome florissait vers cent cinquante ans avant J.-C. Ainsi, du temps de Pline, on avait encore à jouir de ces tables pour quatre cents ans environ. POINSINET.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Numinum_AdG_back|<span id="Numinum_AdG"><sup>9</sup></span>]] Pline donne souvent l’épithète de divinités aux planètes, à la lune, au soleil, à la terre et aux étoiles fixes.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#In_defectibus_scelera_etc_AdG_back|<span id="In_defectibus_scelera_etc_AdG"><sup>10</sup></span>]] Nous transcrivons ici ce beau passage de l’Uranographie de M. [[w:Louis-Benjamin_Francœur|Francoeur]], qui mérite d’être mis en parallèle avec celui de Pline pour l’élégance du style et les pensées, et qui renferme le meilleur commentaire que nous puissions donner de tout ce que Pline dit des terreurs que les éclipses causaient autrefois aux hommes ignorans. « L’histoire, dit M. Francoeur (page 93), est pleine des exemples de l’effroi causé par les éclipses, et des dangers que produisent l’ignorance et la superstition. Nicias avait résolu de quitter la Sicile avec son armée ; effrayé par une éclipse de lune, et voulant temporiser plusieurs jours pour s’assurer si l’astre n’avait rien perdu après cet évènenement, il manqua ainsi l’occasion de sa retraite; son armée fut détruite ; Nicias périt, et ce malheur commença la ruine d’Athènes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Souvent on a vu des hommes adroits tirer parti de la frayeur du peuple pour l’amener à remplir leurs desseins. Christophe Colomb, réduit à faire subsister ses soldats des dons volontaires d’une nation sauvage et indigente, était prêt à voir tarir cette ressource et à périr de faim ; il annonce qu’il va priver le monde de la lumière de la lune. L’éclipse commence et la terreur s’empare des Indiens, qui reviennent apporter aux pieds de Colomb les tributs accoutumés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Drusus (TACITE , Annales, I, 28) apaisa une sédition dans son armée, en prédisant une éclipse de lune, et, selon Tite-Live, Sulpicius Gallus, dans la guerre de Paul-Emile contre Persée, usa du même stratagème. Periclès, [[w:Agathocle_de_Syracuse|Agathocles de Syracuse]], [[w:Dion_de_Syracuse|Dion]], roi de Sicile, ont failli être victimes de l’ignorance de leurs soldats. [[w:Alexandre_le_Grand|Alexandre]], près d’[[w:Bataille_de_Gaugamèles|Arbelles]], est réduit à user de toute son adresse pour calmer la terreur qu’une éclipse avait jetée parmi ses troupes. Les hommes supérieurs, plutôt que de plier sous les circonstances qui les maîtrisent, mettent leur art à les tourner à leur profit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Combien de fables établies d’après l’opinion que les éclipses sont l’effet du courroux céleste qui se venge des iniquités de l’homme en le privant de la lumière! Tantôt [[w:Diane_(mythologie)|Diane]] va trouver [[w:Endymion|Endymion]] dans les montagnes de Carie; tantôt les magiciennes de Thessalie font descendre la lune sur les herbes qu’elles destinent aux enchantemens. »<br /><br /><p style="text-align: center;">''Carmina vel cælo possunt deducere lunam.''<br /><p style="text-align: right; text-indent: 15px;">Virg., ''Eclog.'' VIII.<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Ici c’est un dragon qui dévore l’astre, et qu’on cherche à épouvanter par des cris ; le dieu tient le soleil enfermé dans un tuyau, et nous ôte ou nous rend la vue de cet astre à l’aide d’un volet, etc. Les progrès des sciences ont fait connaître le ridicule de ces opinions et de ces craintes, depuis qu’on a vu qu’il était possible de calculer par les tables astronomiques, et de prévoir long-temps d’avance l’instant où la colère du ciel devait éclater.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Cependant, naguère encore, l’épouvante a causé les revers des armées de Louis XIV, près de Barcelone, lors de l’éclipse totale de l’an 1706 [[w:en:Solar_eclipse_of_May_12,_1706|(en)]], et la devise, ''nec pluribus impar'', a prêté aux allusions injurieuses ! »'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pindari_AdG_back|<span id="Pindari_AdG"><sup>11</sup></span>]] Pindare était le plus fameux poète de la Grèce après Homère. Il vint au monde l’an 134 avant l’ère chrétienne. POINSINET.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Plutarque (''De la face de la lune'', pag. 931) dit aussi que Stésichore et Pindare craignaient beaucoup les éclipses. Le dernier poète a peint les terreurs que lui causaient ces phénomènes dans son poëme sur le soleil. HARDOUIN et DALECHAMP.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Crepitu_dissono_AdG_back|<span id="Crepitu_dissono_AdG"><sup>12</sup></span>]] Cet usage superstitieux dont Plutarque parle au long dans sa vie de Paul-Émile, a fourni un vers fort plaisant à Juvénal, lorsqu’après avoir épuisé toute sorte d’exagération pour représenter le bruit qu’une femme fait en criant, il finit par dire :<br /><br /><p style="text-align: center;">''Una laboranti poterit succurrere lunæ.''<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">« Elle seule, au besoin, décharmerait la lune. » POINSINET.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_AdG_back|<span id="Nicias_AdG"><sup>13</sup></span>]] Le même fait est raconté par Plutarque dans la vie de Nicias, par Quintilien, I, 10, et par d’autres écrivains anciens. HARDOUIN.'''
</td>
</tr>
</table><br/><br/></div>{{Boîte déroulante fin}}
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f10.item <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Second</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f14.item ''Livre II.''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f46.item ''chap. IX.''], traduction nouvelle par M. [[w:Stéphane_Ajasson_de_Grandsagne|Ajasson de Grandsagne]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5773334c/f311.item <sup>NOTES</sup>], C. L. F. Panckoucke, Paris, 1829</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">''Des inventions a[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tronomiques, & de leurs Auteurs.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''L'''E PREMIER d’entre les ''Romains'' qui rendit publique la théorie des éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil & de lune, fut '''Sulpicius Gallus''' [[#Sulpicius_Gallus_LPdS|<span id="Sulpicius_Gallus_LPdS_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], celui que '''Marcus Marcellus''' eut pour Collegue au Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulat : mais il n’étoit que Tribun Militaire [[#Tribun_Militaire_LPdS|<span id="Tribun_Militaire_LPdS_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ipa l’allarme qu’auroient pu prendre nos troupes la veille de la victoire remportée {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur '''Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ée''' par '''Paul Emile''' ; car ce Général l’ayant produit devant les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oldats a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblés, il leur prédit une éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e qui devoit arriver [[#éclipse_LPdS|<span id="éclipse_LPdS_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] ; il compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a même en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite un Ouvrage {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet. Parmi les ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' prédit l’an quatrieme de la quarante-huitieme olympiade l’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil qui arriva {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le regne de '''Halyattes''' [[#Halyattes_LPdS|<span id="Halyattes_LPdS_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], l’an cent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oixante de la fondation de [[#cent_soixante_LPdS|<span id="cent_soixante_LPdS_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] ''Rome''. Après eux, Hipparque [[#Hipparque_LPdS|<span id="Hipparque_LPdS_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] dre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a des Tables en vers [[#En_vers_LPdS|<span id="En_vers_LPdS_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] du cours de ces deux aftres pour fix cents ans. Dans ces Tables , de l’exactitude deſquelles notre âge rend encore témoignage [[#témoignage_LPdS|<span id="témoignage_LPdS_back"><sup>'''8'''</sup></span>]], il embra{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e les éphémérides propres à chaque nation [[#chaque_nation_LPdS|<span id="chaque_nation_LPdS_back"><sup>'''9'''</sup></span>]], les jours, les heures, le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ite re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pectif de chaque lieu, & les divers a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pects du ciel relativement aux divers peuples, comme {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la Nature l’eût admis à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eil intime. Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages vraiment grands! génies plus qu’humains, d’avoir ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urpris les loix qui font mouvoir ces va{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances du ciel ; & d’avoir guéri de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es allarmes l’imagination malade des hommes, qui ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’alors, ou avoient toujours vu dans les éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es l’annonce effrayante de quelque grand crime & de quelque mort (terreur dont Sté{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ikhore [[#Stésikhore_LPdS|<span id="Stésikhore_LPdS_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] & Pindare [[#Pindare_LPdS|<span id="Pindare_LPdS_back"><sup>'''11'''</sup></span>]], ces Poètes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ublimes, ne furent point exempts à l’égard des éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olaires), ou attribuoient les ténebres dont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couvre la lune à des maléfices opérés par le mêlange de certaines herbes magiques ; & croyoient devoir la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecourir par un bruit di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cordant [[#bruit_discordant_LPdS|<span id="bruit_discordant_LPdS_back"><sup>'''12'''</sup></span>]]. Cette même terreur fut cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que le Général Nicias [[#Nicias_LPdS|<span id="Nicias_LPdS_back"><sup>'''13'''</sup></span>]], peu au fait des cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iques, & n’o{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant pas, par {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uper{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tition, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortir {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a flotte du Port, mit Athenes à deux doigts de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a perte. Honneur [[#Honneur_LPdS|<span id="Honneur_LPdS_back"><sup>'''14'''</sup></span>]] à vous, Interpretes du Ciel ! E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}prits [[#Esprits_LPdS|<span id="Esprits_LPdS_back"><sup>'''15'''</sup></span>]] dont l’étendue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urpa{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e celle de la Nature ; Inventeurs d’une méthode qui a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujettit les dieux comme les hommes, à une même de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tinée ! Eh! qui pourroit, en voyant les a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres même ''en cri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e'' (pour me {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir de l’expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion commune), ne pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oumettre à la néce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité où {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a condition mortelle l’enchaîne.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Pré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entement je vais toucher par articles fort courts & fort précis les points {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quels on s’accorde le plus. Je ré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oudrai, chemin fai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant, quelques que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tions, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que le cas l’exigera, mais toujours d’une maniere très {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ommaire ; car une analy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e en forme d’arguments {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivis excéderoit le but de cet Ouvrage : & puis, je pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e qu’il n’y a pas moins de mérite à rendre une rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on plau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, qu’à rendre une rai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on bien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olide de deux ou trois cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}}
<div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#Sulpicius_Gallus_LPdS_back|<span id="Sulpicius_Gallus_LPdS"><sup>1</sup></span>]] Son premier prénom étoit Caïus. Voyez à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet Tite-Live, l. 44. Valere maxime, l. 8. Quintilien, l. I. ch. 10. Plutarque, vie de Paul-Emile, &c.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Tribun_Militaire_LPdS_back|<span id="Tribun_Militaire_LPdS"><sup>2</sup></span>]] Ce grade répond à celui de Major-général des Troupes.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#éclipse_LPdS_back|<span id="éclipse_LPdS"><sup>3</sup></span>]] Cette éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Tite-Live, fut annoncée aux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oldats pour la nuit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivante. Sulpicius Gallus leur prédit que la lune s’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit entre la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econde heure de la nuit & la quatrieme. Plutarque ajoute qu’on étoit alors à l’i{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ue de l’été (''{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub exitum a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatis''). [[w:Paulin_II_d'Aquilée|Paul d’Aquilée]] écrit que cette éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e arriva aux nones de Septembre (''nonas Septembris''), c’est-à-dire au 4 Septembre : c’étoit l’an 168 avant J.C. {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon le calcul d’[[w:James_Ussher|U{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erius]].'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Halyattes_LPdS_back|<span id="Halyattes_LPdS"><sup>4</sup></span>]] Il paroît que Ciceron & Eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ebe {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trompent lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’ils placent cet événement {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous ''A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages'' : [[w:Hermolaos_(Macédoine)|Hermolaüs]] s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t trompé d’après eux, en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituant ''A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages'' à ''Halyattes'' dans le texte de Pline, contre la foi des manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits, & contre le témoignage d’Herodote qui place cet événement dans une guerre entre Halyattes, Roi de Sardes, & Cyaxare, Roi des Medes, pere d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tiages.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#cent_soixante_LPdS_back|<span id="cent_soixante_LPdS"><sup>5</sup></span>]] Les deux manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits royaux portent ''anno CLX'' : c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t la leçon qu’il faut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivre. En effet, Rome, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Varron, fut fondée l’an 2 de la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme olympiade, c’est-à-dire, dans l’année olympiadique 22. Mais comme chaque olympiade, depuis leur premiere in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution, commençoit après le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ol{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tice d’été, & comme l’année Romaine avoit toujours commencé au plus tard en Mars {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous Romulus, & depuis en Janvier {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous Numa, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit que la premiere année de Rome, qui répondoit à l’année olympiadique 22, répondoit en même-tems, de quatre mois au moins, à l’année olympíadique 23. Selon ce calcul, la quatrieme année de la quarante-huitieme olympiade, répond en partie à l’an 160, & en partie à l’an 161 de la fondation de Rome, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que 48 olympiades font cent quatre-vingt-douze années, de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quelles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i vous ôtez 22 ans écoulés, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Varron, entre la premiere olympiade & la fondation de Rome, il re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tera 160 ans, & 161 ans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’on a égard à l’enjambement réciproque des années olympiadiques {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les années Romaines, & des années Romaines {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les années olympiadiques. Il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t donc évident que le calcul de Pline (''anno CLX'') e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te, en admettant l’hypothe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e chronologique de Varron, à laquelle on voit bien que notre Auteur s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t conformé en cette occa{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion particuliere encore qu’en plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres rencontres il paroi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affecter de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivre le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}y{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tême de Caton : vici{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}itude pardonnable dans un ouvrage de compilation où Pline a dû, comme malgré lui, adopter tantôt le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tyle d’un Auteur, tantôt celui d’un autre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ource où il pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit pour l’heure. Si Pline eût {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivi l’hypothe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de Caton qui place la fondation de Rome deux ans plus tard que Varron, il eût fait tomber le rapport {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’année 157 ou 158 de la fondation de Rome. C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le parti que prend le Pere Hardouin, & c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t de là qu’il part pour propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er une correction dans le texte. Mais encore une fois, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commettre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oi-même une faute que d’en trouver une chez Pline en cette occa{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion ; pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que cet Auteur a été en droit de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}y{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tème Varronien, ou ce qui revient au même, de con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erver la date Varronienne dont s’étoit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervi l’Auteur de qui il emprunte le fait hi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}torique en que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hipparque_LPdS_back|<span id="Hipparque_LPdS"><sup>6</sup></span>]] Voyez les notes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le premier livre au mot ''Hipparque'' : HIPPARCHUS (de Nicée, en Bithinie comme l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erve [[w:Souda|Suidas]]), flori{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit dans la quatre-vingt-quatorzieme olympiade. Nous avons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es trois livres d’Enarrations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les Phénomenes d’[[w:Aratos_de_Soles|Aratus]] & d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]], traduits par le [[w:Paul_Petau|P. Petau]]. Il avoit compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é un autre livre ''De {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tellarum inerrantium Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titutione'', {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon Suidas. Son livre du mois lunaire e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cité par [[w:Claude_Galien|Galien]].'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#En_vers_LPdS_back|<span id="En_vers_LPdS"><sup>7</sup></span>]] ''En Vers.'' Je préfume que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-là le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ens de ''præcinere'', qui ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ignifie pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement prédire, mais prédire en chant, c’est-à-dire en Vers. Sur ce pied-là, ce {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit d’un Poëme dans le genre de celui d’[[w:Aratos_de_Soles|Aratus]], dont il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit ici que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion. Si par hazard Pline n’a point prétendu parler d’un Poëme, au-moins s’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervi d’une expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ion propre à dé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igner ce genre d’écrire. Pour décider la que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion, il faudroit avoir tous les ouvrages d’Hipparque, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur-tout celui-ci.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#témoignage_LPdS_back|<span id="témoignage_LPdS"><sup>8</sup></span>]] Ces tables étoient dre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ées pour {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix cents ans. Or Hipparque flori{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit 150 ans avant J.C. Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i du tems de Pline, on avoit encore à jouir de ces tables pour quatre cents ans ou environ.'''
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<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#chaque_nation_LPdS_back|<span id="chaque_nation_LPdS"><sup>9</sup></span>]] La lune ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e levant pas & ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couchant pas à la même heure pour toutes les nations, les diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es époques & pha{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es qu’elle forme n’appartiennent pas non plus au même point de tems pour tous les peuples, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que les uns ont la nuit quand les autres ont le jour; & que même lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que la lune s’éclip{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, la partie de l’heure où ce phénomene e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible, n’a pas la même évaluation pour tous les climats qui l’apperçoivent. Hipparque avoit donc eu égard à cette différence d’époques, relativement aux diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es longitudes, &par-con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}équent aux diver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es nations, tellement que les tables de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es éphémérides étoient accommodées à l’u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}age de tous les peuples : ouvrage dont on ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auroit trop regretter la perte, & qui jetteroit le plus grand jour {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’ancienne géographie.'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Stésikhore_LPdS_back|<span id="Stésikhore_LPdS"><sup>10</sup></span>]] Ste{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ikhore, l’un des plus fameux Poètes de la Grece, dont, par malheur, nous avons perdu tous les ouvrages, à l’exception d’une vingtaine de lignes décou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ues. Il vivoit dans la quarante-deuxieme olympiade, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire, vers l’an {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix cents dix avant J.C.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Pindare_LPdS_back|<span id="Pindare_LPdS"><sup>11</sup></span>]] Pindare, le plus fameux Poète de la Grece après Homere. Il vint au monde l’an 134 avant l’ere chrétienne.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#bruit_discordant_LPdS_back|<span id="bruit_discordant_LPdS"><sup>12</sup></span>]] Cet u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}age {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uper{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titieux a fourni un Vers fort plai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant à Juvenal, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’après avoir épui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é toute {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}orte d’exagération pour repré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}enter le bruit qu’une femme fait en criant, il finit par dire :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Una laboranti poterit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uccurrere luna.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Elle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eule au be{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oin décharmeroit la lune.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Nicias_LPdS_back|<span id="Nicias_LPdS"><sup>13</sup></span>]] C’étoit un Général Athénien, qui fut malheureux dans pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que toutes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es expéditions. Les Athéniens finirent par le condamner à mort. Il étoit contemporain d’[[w:Alcibiade|Alcibiade]] & de [[w:Lamachos|Lamachus]], & leur collegue dans le commandement. Voyez {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le fait dont parle ici Pline, Quintilien, l. I. ch. 10, & Plutarque à l’article Nicias.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Honneur_LPdS_back|<span id="Honneur_LPdS"><sup>14</sup></span>]] Au lieu de ''macte ingenio'', le Pere Hardouin lit ''macti'' ; mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon les meilleurs Latini{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes ''macte'' e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t indéclinable, ou pour mieux dire, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t un adverbe qui répond au ''bravò'' des Italiens. Fe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tus prétend que ''macte'' e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t un compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de ''magis auctus''.'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Esprits_LPdS_back|<span id="Esprits_LPdS"><sup>15</sup></span>]] Cette apo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trophe de Pline aux A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes rappelle ces beaux Vers d'Ovide {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le même {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ujet :<br />Felices animos quibus hæc cogno{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cere primise<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Inque Domos {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uperas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}candere cura fuit!<br />Credibile e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t illos pariter vitli{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que joci{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Altius humanis ex{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eruifle caput,<br />Non Venus aut Vinum {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ublimia pectora fregit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Officiumve {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ori, militiæve labor :<br />Nec levis ambitio, perfu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aque gloria fuco,<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Magnarumve fames {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ollicitavit opum.<br />Admovere oculis di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tantia {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idera no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tris,<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ætheraque ingenio {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uere {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uo.<br />Sic petitur cœlum: non ut ferat O{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}lan Olympus<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Summaque Peliacus {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idera tangat apex, &c.<br /><p style="text-align: right; text-indent: 15px;">Ovid. {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t. l. I.'''
</td>
</tr>
</table><br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Premier</u>], [https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=RA1-PA3#v=onepage&q&f=true ''Livre Second.''], [https://books.google.fr/books?id=UnhluychtF8C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Histoire%20naturelle%20Pline&hl=fr&pg=RA1-PA59#v=onepage&q&f=true ''Des inventions astronomiques, & de leurs Auteurs.''], traduction en françois, avec le texte latin rétabli d’après les meilleures leçons manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crites ; accompagnée de Notes critiques pour l’éclairci{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du texte, & d’Ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances des Anciens comparées avec les découvertes des Modernes, par M. [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Louis Poinsinet de Sivry]], Chez la veuve Desaint, Paris, 1771</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
==== Livre XVIII ====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Enquête sur l’agriculture</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre LVII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie astronomique de '''Thalès''', du [[w:Lever_héliaque|''coucher matinal'']] des [[w:Pléiades_(astronomie)|''Pléiades'']] 25 jours après l’[[w:Équinoxe_de_septembre|''équinoxe d’automne'']].</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LVII.''' Primum omnium dierum ipsorum anni solisque motus prope inexplicabilis ratio est. Ad CCCLXV adjiciunt etiamnum intercalarios diei noctisque quadrantes. Ita fit, ut tradi non possint certa siderum tempora. Accedit confessa rerum obscuritas, nunc præcurrenle, nec paucis diebus, tempestatum significatu, quod προϰειμασιν Græci vocant : nunc postveniente, quod ἐπιϰεἰμασιν : et plerumque alias citius, alias tardius cæli effectu ad terram deciduo : vulgo serenitate reddita, confectum sidus audimus. Præterea quum omnia hæc statis sideribus cæloque affixis constent, interveniunt motu stellarum grandines, imbres, et ipsi non levi effectu, ut docuimus, turbantque conceptæ spei ordinem. ldque ne nobis tantum putemus accidere, et reliqua fallit animalia sagaciora circa hoc, ut quo vita eorum constet : æstivasque alites præposteri aut præproperi rigores necant, hibernas æstus. Ideo '''Virgilius''' errantium quoque siderum rationem ediscendam præcipit, admonens observandum frigidæ Saturni stellæ transitum. Sunt qui certissimum veris indicium arbitrentur ob infirmitatem animalis, papilionis proventum. Id eo ipso anno, quum commentaremur hæc, notatum est, proventum eorum ter repetito frigore exstinctum, advenasque volucres a. d. VI kalendas februarii spem veris attulisse, mox sævissima hieme conflictatas. Res anceps : primum omnium a cælo peti legem : deinde eam argumentis esse quærendam. Super omnia est mundi convexitas, terrarumque globi differentia, eodem sidere alio tempore aliis aperiente se gentibus : quo fit ut causa ejus non lisdem diebus ubique valeat. Addidere difficultatem et auclores diversis in locis observando, mox etiam in iisdem diversa prodendo. Très autem fuere sectæ : ''Chaldæa'', ''Ægyptia'', ''Græca''. His addidit apud nos quartam Cæsar dictator, annos ad solis cursum redigens singulos, '''Sosigene''' perito scientiæ ejus adhibito. Et ea ipsa ratio postea comperto errore correcta est : ita ut XII annis continuis non intercalaretur, quia cœperat sidera annus morari, qui prius antecedebat. Et '''Sosigenes''' ipse trinis commentationibus, quanquam diligentior cæteris, non cessavit tamen addubitare, ipse semet corrigendo. Auctores prodidere ea, quos prætexuimus volumini huic, raro ullius sententia cum alio congruente. Minus hoc in reliquis mirum, quos diversi excusaverint tractus. Eorum qui in eadem regione dissedere, unam discordiam ponemus exempli gratia : occasum matutinum Vergiliarum '''Hesiodus''' (nam hujus quoque nomine exstat Astrologia) tradidit fieri, quum æquinoctium autumni conficeretur, '''Thales''' vigesimo quinto die ab æquinoctio, '''Anaximander''' vigesimo nono, '''Euctemon''' XLVIII. Nos sequemur observationem Cæsaris : maximeque hæc erit ''Italiæ'' ratio. Dicemus tamen et aliorum placita : quoniam non unius terræ, sed totius naturæ interpretes sumus, non auctoribus positis (id enim verbosum est), sed regionibus : legentes tantum meminerint, brevitatis gratia, quum ''Altica'' nominata fuerit, simul intelligere ''Cycladas'' insulas ; quum ''Macedonia'', ''Magnesiam'', ''Thraciam'' ; quum ''Ægyptus'', ''Phœnicen'', ''Cyprum'', ''Ciliciam'' ; quum ''Bœotia'', ''Locridem'', ''Phocidem'', et finitimos semper tractus ; quum ''Hellespontus'', ''Cherronesum'', et continentia usque ''Atho'' montem ; quum ''Ionia'', ''Asiam'', et insulas ''Asiæ'' ; quum ''Peloponnesus'', ''Achaiam'', et ad ''Hesperum'' jacentes terras. ''Chaldæi Assyriam'' et ''Babyloniam'' demonstrabunt. ''Africam'', ''Hispanias'', ''Gallias'' sileri non erit mirum. Nemo enim observavit in iis, qui siderum proderet exortus. Non tamen difficili ratione dignoscentur in illis quoque terris digestione circulorum, quam in sexto volumine fecimus : qua cognatio cæli, non gentium modo, verum urbium quoque singularum intelligitur, nota ex his terris, quas nominavimus, sumta convexitate circuli, pertinentis ad quas quisque quæret terras, et ad earum siderum exortus, per omnium circulorum pares umbras. Indicandum et illud, tempestates ipsas ardores suos habere quadrinis annis : et easdem non magna differentia reverti ratione solis : octonis vero augeri easdem, centesima revolvente se luna.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/652/mode/2up ''Livre XVIII.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/684/mode/2up ''Chap. LVII.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition de 1831 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f339.item ici] et de 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/708|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LVII.''' Avant tout, le calcul des jours même de l’année et du mouvement solaire est d’une difficulté presque insurmontable. Aux trois cent soixante-cinq jours on ajoute des jours intercalaires, produits de quarts de jour et de nuit ; de là vient qu’on ne peut indiquer des époques fixes pour les astres. Ajoutez une obscurité des choses avouée de tous : tantôt en effet la mauvaise saison, s’annonçant, anticipe même de plusieurs jours, ce que les Grecs appellent προϰεἰμασις (avant-hiver), et la belle saison retarde, ce qui est nommé ἐπιϰεἰμασις (arriere-hiver) : l’effet du ciel tombe sur la terre tantôt plus vite, tantôt plus tardivement ; et d’ordinaire c’est quand la sérénité est rétablie que nous entendons dire que l’action de l’astre est accomplie. En outre, car tous ces phénomènes dépendent d’astres réglés et fixés au ciel, le mouvement des étoiles amène intercurremment des grêles, des pluies qui ne sont pas non plus d’une faible action, comme nous l’avons enseigné (XVII, 2), et qui troublent l’ordre espéré. Et ne pensons pas que ces méprises n’arrivent qu’à nous; les autres animaux s’y trompent, bien que plus sagaces que nous sur ce point, vu que leur vie en dépend : l’on voit les oiseaux d’été tués par des froids hâtifs ou tardifs, et les oiseaux d’hiver par des chaleurs hâtives ou tardives. Aussi [[w:Virgile|'''Virgile''']] [[#Virgile|<span id="Virgile_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ([[w:Géorgiques|''Georg.'']], I, 335) recommande-t-il d’étudier encore le cours des astres errants, avertissant d’observer le passage de Saturne, planète froide. Il en est qui regardent comme l’indice le plus sûr du printemps l’apparition des papillons, à cause de la délicatesse de cet insecte. Or, l’année même où nous écrivions ceci (an 830 de ''Rome''), il a été noté que les papillons, ayant éclos, furent détruits à trois reprises par le froid, et que les oiseaux étrangers, ayant apporté l’espérance du printemps avant le 6 des calendes de février (27 janvier), eurent bientôt après à essuyer un hiver très-rigoureux. La double difficulté est d’abord d’avoir à demander au ciel la règle de toute chose, puis d’être obligé de contrôler cette règle par des faits apparents. Avant tout signalons la convexité du monde et les différences du globe terrestre, qui font que le même astre se montre à des temps divers suivant les nations, de sorte que l’influence ne s’en fait pas sentir partout aux mêmes jours. La difficulté a été encore accrue par les auteurs qui ont observé en des lieux différents, ou même qui, ayant observé dans les mêmes lieux, ont publié des résultats divergents. Il y a eu trois écoles, la ''Chaldéenne'', l’Égyptienne, la ''Grecque''. Une quatrième a été formée chez nous par le dictateur [[w:Jules_César|'''César''']], qui ramena l’année à la révolution solaire avec l’aide de [[w:Sosigène_d'Alexandrie|'''Sosigène''']] [[#Sosigène|<span id="Sosigène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], astronome habile. Et ce calcul même, où l’on découvrit une erreur, a été corrigé : pendant douze années consécutives on ne fit pas d’intercalation, attendu que l’année, qui auparavant anticipait, maintenant retardait sur les astres. '''Sosigène''' lui-même, quoique plus exact que les autres, n’a pas cessé, dans trois mémoires, de témoigner de ses doutes en se corrigeant lui-même. Les auteurs que nous avons indiqués au commencement de ce livre [[#auteurs_JH|<span id="auteurs_JH_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ont révélé ces discordances, l’avis de l’un s’accordant rarement avec l’avis de l’autre. Cela est moins étonnant dans ceux qui s’excuseront par la différence des lieux. Parmi ceux qui dans le même pays sont en désaccord, nous choisirons un exemple de dissidence : [[w:Hésiode|'''Hésiode''']] [[#Hésiode|<span id="Hésiode_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (car nous avons aussi sous son nom un livre sur les astres) a rapporté que le [[w:Lever_héliaque|''coucher matinal'']] des [[w:Pléiades_(astronomie)|''Pléiades'']] se faisait au moment de l’[[w:Équinoxe_de_septembre|''équinoxe d’automne'']] ; '''Thalès''', qu’il se faisait vingt-cinq jours après cet équinoxe; [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaximandre_back|<sup>🔄</sup>]], vingt-neuf; [[w:Euctémon|'''Euctémon''']] [[#Euctémon|<span id="Euctémon_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], quarante-huit. Quant à nous, nous suivrons les calculs de '''César''' : ils se rapportent spécialement à l’Italie. Toutefois, nous relaterons aussi les opinions des autres ; car nous sommes les interprètes, non d’un seul pays, mais de la nature entière. Nous nommerons, non pas les auteurs, ce qui serait trop long, mais les pays. Les lecteurs auront seulement à se souvenir que, pour abréger, sous le nom d’[[w:Attique|''Attique'']] nous entendons aussi les [[w:Cyclades|''Cyclades'']]; sous celui de [[w:Macédoine_(province_romaine)|''Macédoine'']], la [[w:Magnésie_antique|''Magnésie'']] et la [[w:Thrace_(province_romaine)|''Thrace'']]; sous celui d’[[w:Égypte_romaine_et_byzantine|''Égypte'']], la [[w:Syrie-Phénicie_(province_romaine)|''Phénicie'']], [[w:Chypre_(province_romaine)|''Chypre'']] et la [[w:Cilicie|''Cilicie'']]; sous celui de [[w:Béotie#Antiquité|''Béotie'']], la [[w:Locride_(Grèce)|''Locride'']], la [[w:Phocide#Antiquité_et_période_byzantine|''Phocide'']] et les contrées limitrophes ; sous celui d’[[w:Hellespontique|''Hellespont'']], la [[w:Chersonèse_(cité_grecque)|''Chersonèse'']] et le continent jusqu’au [[w:Mont_Athos|''mont Athos'']]; sous celui d’[[w:Ionie|''Ionie'']], l’Asie et les îles ''Asiatiques'' ; sous celui de [[w:Péloponnèse#Antiquité|''Péloponnèse'']], l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']] et les terres situées à l’occident; la [[w:Chaldée|''Chaldée'']] indiquera la [[w:Histoire_de_la_Syrie#Antiquité|''Syrie'']] et la [[w:Babylone_(civilisation)|''Babylonie'']]. On ne s’étonnera pas que je passe sous silence l’[[w:Afrique_romaine|''Afrique'']], l’[[w:Hispanie_romaine|''Espagne'']] et les [[w:Gaule|''Gaules'']], car personne dans ces contrées n’a laissé d’observations sur le lever des astres. Toutefois, il ne sera pas difficile de le calculer, même dans ces contrées, en étudiant la disposition des cercles que nous avons présentés dans le sixième livre (VI, 39). Grâce à cette étude, on connaît les relations astronomiques nou-seulement des nations, mais encore des villes en particulier : étant donnés les cercles déterminés par l’égalité des ombres, on choisit, dans les terres que nous avons nommées, le cercle qui a rapport à la localité objet du problème, et qui détermine en même temps le lever des astres pour cette localité. Il faut encore remarquer (II, 48) que tous les quatre ans les saisons ont leurs excès, et qu’elles reviennent les mêmes sans grande différence, en raison du soleil ; mais que tous les huit ans elles ont un redoublement, à la révolution de la centième lune.</div>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#auteurs_JH_back|<span id="auteurs_JH"><sup>1</sup></span>]] Ce passage porte à croire que les auteurs dont Pline s’était servi pour composer chacun des livres de son ouvrage avaient été placés en tête du livre auquel ils se rapportaient. Les éditions mettent cette liste d’auteurs à la suite de la table de chaque livre, dans la table générale dressée par Pline lui-même.'''</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/b24875958_0001/page/n7/mode/2up <u>Histoire Naturelle de Pline.</u>], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/652/mode/2up ''Livre XVIII.''], [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/684/mode/2up ''Chap. LVII.''], texte corrigé par [[w:Émile_Littré|M. É. Littré]], à partir de celui de [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]] [https://archive.org/details/b24875958_0001/page/708/mode/2up <sup>NOTES</sup>], Librairie de Firmin-Didot et C<sup>ie</sup>, Paris, 1883<br />(également disponible une édition 1848 [[s:Page:Pline_l'ancien_-_Histoire_naturelle,_Littré,_T1_-_1848.djvu/708|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Jean Hardouin 1883|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Virgile_back|<span id="Virgile"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Publius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Vergilius|nomen, nom de famille}} {{Info|Maro|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète latin renommé dans les styles [[w:Épopée|''épique'']] (l’[[w:Énéide|''Énéide'']]), [[w:Poésie_pastorale|''pastorale'']] (les [[w:Bucoliques|''Bucoliques'']]) et [[w:Poésie_didactique|''didactique'']] (les [[w:Géorgiques|''Géorgiques'']]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(15 octobre [[w:Années_70_av._J.-C.|-70]], [[w:Virgilio_(Lombardie)#Histoire|''Andes'']], au sud-est de l’actuelle [[w:Lombardie#Histoire|''Lombardie'']], au nord de l’Italie — 21 septembre [[w:Années_19_av._J.-C.|-19]], [[w:Brindisi#Histoire|''Brundisium'']], au sud-est des actuelles [[w:Pouilles#Domination_romaine|''Pouilles'']], au sud-est de l’Italie)<sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Sosigène_back|<span id="Sosigène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σωσῐγένης / Sōsigénēs [[wikt:en:Σωσιγένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe σῴζω / sṓizō, « 1. Sauver : • Guérir ; • (rare chez Homère) Garder en sécurité, préserver ; • Garder, observer, maintenir ; • (généralement au milieu) Garder à l’esprit, se souvenir ; • Conduire en toute sécurité (à) ; • Secourir ; • Conserver pour. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun γένος / génos [[wikt:en:γένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Race, souche, parenté : Descendance directe, par opposition à une relation collatérale. 2. Progéniture, descendant : (collectif) progéniture, postérité. 3. (en général) Race d’êtres : • Famille, clan, maison ; • Tribu, nation, race, en tant que subdivision de ἔθνος / éthnos [[wikt:en:ἔθνος#Ancient_Greek|(en)]] ; • Caste ; • Race d’animaux. 4. Âge, génération, période de la vie. 5. Sexe, genre : (grammaire) Genre grammatical. 6. Classe, sorte, genre : • (logique) L’opposé de εἶδος / eîdos [[wikt:en:εἶδος#Ancient_Greek|(en)]] ; • (taxonomie) Classe : • (taxonomie) Genre ; • Espèce de plante ; culture, produit ; matériau ; • Élément. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Astronome grec, connu pour avoir participer à la conception du [[w:Calendrier_julien|''calendrier julien'']] (instauré par Jules César en [[w:Années_46_av._J.-C.|-46]]/[[w:Années_45_av._J.-C.|-45]], lorsqu’il était [[w:Pontifex_maximus|''pontifex maximus'']]), avec une année commune de 365 jours divisée en 12 mois, et un jour intercalaire ajouté tous les 4 ans, lors des années bissextiles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hésiode_back|<span id="Hésiode"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡσῐ́οδος / Hēsíodos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète ''grec'', renommé pour 2 ouvrages :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• [[w:Théogonie_(Hésiode)|''la Théogonie'']], une généalogie des dieux (dans laquelle il présente la multitude des dieux célébrés par les mythes grecs où trois générations divines se succèdent : celle d’Ouranos, celle de Cronos, celle de Zeus qui sort triomphant) et une cosmogonie (qui retrace la création du monde à partir du Chaos) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• et [[w:Les_Travaux_et_les_Jours|''les Travaux et les Jours'']], un almanac sur l’agriculture à destination de son frère Perses.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Euctémon_back|<span id="Euctémon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ευκτήμων / Euktémōn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Astronome ''athénien'', contemporain et collègue de l’astronome [[w:Méton|Méton]], avec qui, il a fait une série d’observations des [[w:Solstice|''solstices'']] afin de déterminer la durée de l’[[w:Année_tropique|''année tropique'']] [https://ecliptiqc.ca/Almageste_Livre3.php#III1 <sup>Ptolémée, Almageste, liv. III, chap. 1</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Des découvertes astronomiques : part de chaque observateur dans la science.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''LVII.''' D’abord, il est presque impossible de déterminer d’une manière précise le nombre des jours de l’année et le cours du soleil [[#Primum_omnium_dierum_AdG|<span id="Primum_omnium_dierum_AdG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Aux trois cent soixante-cinq jours qui composent l’année, on ajoute le quart d’un jour et d’une nuit, pour en faire ensuite un jour intercalaire ; de là il suit qu’on ne saurait indiquer avec précision le moment du lever et du coucher des astres. On convient qu’il y a encore dans cette théorie beaucoup d’obscurité ; en effet, les saisons quelquefois commencent plusieurs jours avant le terme qui leur a été fixé, ce que les ''Grecs'' appellent ''procheimasis'' ; d’autres fois, plusieurs jours après, ce qu’ils appellent ''épicheimasis'' [[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG|<span id="Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Presque toujours l’action des astres se fait sentir sur la terre ou plus tôt ou plus tard qu’il ne devrait ; aussi dit-on communément, lorsque le beau temps est revenu, que tel astre a produit son effet. Ces phénomènes dépendent des astres fixés à la voûte des cieux, ainsi que des étoiles, dont les mouvemens particuliers excitent des grêles et des pluies qui sont d’une très-grande conséquence pour les biens de la terre, comme nous l’avons observé, et amènent dans la température des changemens sur lesquels le laboureur ne pouvait compter. Non-seulement les hommes y sont trompés, mais aussi les animaux, bien plus habiles que nous à prévoir ces vicissitudes, puisque d’ailleurs leur vie en dépend ; en effet, on a vu des oiseaux d’été périr par des froids arrivés trop tôt ou trop tard, et des oiseaux d’hiver par des chaleurs également imprévues. Aussi '''Virgile''' veut-il qu’on étudie aussi le cours des ''planètes'', et qu’on observe avec soin le passage du froid ''Saturne'' [[#Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG|<span id="Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG_back"><sup>'''3'''</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quelques-uns fixent le commencement du printemps à l’apparition des papillons, parce que ces insectes sont fort délicats. Néanmoins on a observé, dans l’année même où j’écris cette partie de mon ouvrage, que le froid, ayant repris trois fois, a fait périr autant de fois les papillons, et que les hirondelles qui, s’étaient montrées dès le 6 des [[w:Calendes|''kalendes'']] de février, et semblaient annoncer le retour du printemps, ont eu à essuyer un rigoureux hiver.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">C’est donc une science très-problématique que celle de l’influence des astres, et les inductions qu’elle fournit sont fort douteuses [[#Res_anceps_AdG|<span id="Res_anceps_AdG_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui augmente la difficulté, c’est la convexité du ciel et la différence des climats de la terre : le même astre se montre ici dans un temps, et là dans un autre ; d’où il suit que son influence ne se fait pas sentir en même temps partout. Pour surcroît d’embarras, les observations recueillies par les auteurs ont été faites dans des lieux différens, et ceux du même pays ne s’accordent pas même entre eux. On compte trois écoles astronomiques, la ''chaldéenne'', l’égyptienne et la ''grecque''. Le dictateur '''César''' en a fondé, chez les ''Romains'', une quatrième, lorsqu’aidé de '''Sosigène''', habile astronome, il fixa la longueur de l’année à une révolution du soleil. On trouva dans la suite que son calendrier était défectueux, parce que l’année, auparavant plus courte, se trouvait alors plus longue que le cours du soleil. Pour y remédier, il fallut, pour douze années consécutives, supprimer les jours intercalaires. '''Sosigène''' lui-même, le mathématicien le plus exact de son temps, après avoir revu jusqu’à trois fois ses calculs, sembla toujours douter de leur justesse, et ne cessa jamais de se corriger lui-même. De tous les auteurs qui ont traité ce sujet, et que nous avons cités au commencement de ce livre, il en est rarement deux qui soient de même avis. Cette divergence d’opinions est moins surprenante et plus excusable chez ceux qui écrivaient en des pays différens. Mais que dire de ceux qui, habitant le même pays, sont néanmoins d’avis différens ? En voici un exemple : '''Hésiode''', qui nous a laissé aussi un ouvrage sur le cours des astres, fixe le coucher matutinal des ''Pléiades'' au moment de l’équinoxe d’automne ; '''Thales''' prétend qu’il n’arrive que vingt-cinq jours après ; '''Anaximandre''' en met vingt-neuf ; '''Euctémon''', quarante-huit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quant à nous, nous suivrons les calculs de '''César''', qui se rapportent spécialement à l’Italie ; mais nous rapporterons aussi les observations étrangères, car notre plan n’est pas de traiter d’un seul pays, mais de la nature entière. Pour être moins longs, nous citerons les pays, et non les auteurs ; et, pour abréger davantage encore, les lecteurs se souviendront que, sous le nom d’Attique, il faut aussi entendre les ''Cyclades'' ; sous le nom de ''Macédoine'', la ''Magnésie'' et la ''Thrace'' ; sous le nom d’Égypte , la ''Phénicie'', l’île de ''Cypre'' et la ''Cilicie'' ; sous celui de ''Béotie'', la ''Locride'', la ''Phocide'' et les contrées voisines ; sous le nom d’Hellespont, la ''Chersonèse'' et partie du continent jusqu’au mont ''Athos'' ; sous le nom de l’Ionie, l’Asie et les îles ''Asiatiques'' ; sous le nom du ''Péloponnèse'', l’Achaïe et les pays adjacens au couchant ; enfin sous le nom de ''Chaldée'', l’Assyrie et la ''Babylonie''. On ne sera pas étonné que nous ne parlions ni de l’Afrique, ni de l’Espagne, ni des ''Gaules''. Aucun auteur dans ces contrées n’a laissé d’observations sur le lever ou le coucher des astres. Il ne sera pas difficile néanmoins de déterminer l’époque de ces phénomènes dans ces contrées, en étudiant la disposition des cercles, telle que nous l’avons présentée dans le sixième livre. Par ce moyen, on déterminera la position astronomique, non-seulement de chaque pays, mais encore de chaque ville dont nous avons pu parler, en prenant par les ombres égales de tous les cercles, une portion du cercle de telle contrée qu’on voudra choisir, et en calculant son rapport avec le lever des astres. Il faut faire observer encore que tous les quatre ans les chaleurs reviennent à peu près les mêmes pour chaque saison, en raison du mouvement du soleil, et que toutes les huitièmes années elles sont plus fortes, à cause de la centième lunaison.</div>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Primum_omnium_dierum_AdG_back|<span id="Primum_omnium_dierum_AdG"><sup>1</sup></span>]] Cf. sur la plupart des difficultés que le texte de notre auteur révèle, les notes relatives à l’astronomie, au livre II. L’année romaine fut d’abord celle des [[w:Albe_la_Longue|''Albains'']], c’est-à-dire lunaire ; dix mois la composaient, mars en était le premier : elle avait cinquante jours de moins que l’année lunaire réelle, et soixante-un de moins que l’année solaire, c’est-à-dire trois cent quatre jours seulement ; c’était là l’[[w:Calendrier_romain|{{Info|''année de Romulus''|le calendrier dit romuléen}}]]. [[w:Calendrier_romain|{{Info|''Numa''|le calendrier dit pompilien}}]] ajouta deux mois à cette année, janvier et février, et elle se trouva être composée de trois cent cinquante-cinq jours. Elle demeura ainsi jusqu’à Jules César, où commence l’[[w:Calendrier_julien|''année julienne'']], qui se compose de trois cent soixante-cinq jours, huit heures, auxquels [[w:Calendrier_grégorien|''Grégoire le Grand'']] ajouta onze minutes, pour arriver à la plus grande exactitude possible.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back|<span id="Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG"><sup>2</sup></span>]] L’entrée du soleil dans tel ou tel signe du zodiaque, son passage à l’équateur, etc., ne sont pas toujours le signal d’un changement dans la température. [[w:Végèce|Végèce]] a parlé des jours prokéimasiques et épikéiniasiques :''' {{Info|''Aut enim circa diem statutum, aut ante, vel postea, tempestates fieri, compertum est : unde præcedentes, ωροϰεἰμασιν : nascentes die solenni, επιϰεἰμασιν : subsequentes, μεταϰεἰμασιν, græco vocabulo nuncuperaverunt''|Car on a constaté que les tempêtes se produisent soit vers le jour fixé, soit avant, soit après : d’où les précédents, ωροϰεἰμασιν : nés le jour solennel, επιϰεἰμασιν : les suivants, μεταϰεἰμασιν, étaient appelés par le mot grec. TdA.}} '''(IV, 40).'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG_back|<span id="Ideo_Virgilius_errantium_quoque_siderum_rationem_ediscendam_prœcipit_AdG"><sup>3</sup></span>]] <p style="margin: 0 6em; text-indent: 0px">'''{{Info|Hoc metuens, cæli menses et sidera serva,<br />Frigida Saturni sese quo stella receptet.|Craignant cela, gardez les lunes et les étoiles du ciel, le froid de Saturne lui-même, où l’étoile les recevra. TdA.}}'''<p style="text-align: right; margin: 0 6em; text-indent: 0px">''Georg.'', I, 335.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Res_anceps_AdG_back|<span id="Res_anceps_AdG"><sup>4</sup></span>]] Voici enfin quelques idées philosophiques qui se trouvent sous la plume de Pline ; malheureusement la cause par laquelle notre auteur explique l’influence des astres est problématique, et montre que les sciences astronomiques des anciens laissaient beaucoup à désirer. Les Grecs croyaient qu’il y avait autant de cieux que de planètes ; le huitième ciel, ou le firmament, était celui dès étoiles fixés.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Occasum_matutinum_Vergiliarum_Hesiodus_AdG_back|<span id="Occasum_matutinum_Vergiliarum_Hesiodus_AdG"><sup>5</sup></span>]] L’ouvrage auquel Pline fait allusion a été mentionné par [[w:Théon_d'Alexandrie|Théon]] qui le nomme Αστριϰὴ βίϐλος [[w:en:Astronomia_(poem)|(en)]]. Cet ouvrage est perdu.'''</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Onzième</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f196.item ''Livre XVIII.''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f340.item ''chap. LVII.''], traduction nouvelle par M. [[w:Stéphane_Ajasson_de_Grandsagne|Ajasson de Grandsagne]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804072n/f453.item <sup>NOTES</sup>], C. L. F. Panckoucke, Paris, 1829</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">''Divi[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ion des jours & des nuits [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uivant le cours du Soleil ; lever & coucher des étoiles ; ordre des [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons ; tems où l’on [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eme les bleds d’hiver.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''D'''’ABORD il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que impo{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ible de déterminer au ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te le nombre des jours de l’année, & le cours du Soleil ; car comme aux trois cents {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oixante & cinq jours dont l’année e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ée, on ajoute le quart d’un jour & d’une nuit, autrement {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, qui, au bout de quatre ans, font un jour intercalaire [[#jour_intercalaire_LPdS|<span id="jour_intercalaire_LPdS_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], il arrive qu’on ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auroit a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igner avec certitude le tems du lever & du coucher des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres. En {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd lieu, l’on convient qu’il y a dans cette théorie beaucoup d’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité ; car quelquefois les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons [[#quelques_les_saisons_LPdS|<span id="quelques_les_saisons_LPdS_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] commencent plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours avant le terme qui leur a été fixé, ce que les Grecs appellent ''prokheïma{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}is'' ; & d’autres fois plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours après, ce que ces mêmes Grecs expriment par le mot ''epikheïma{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}is'' : & l’on éprouve très {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouvent que l’action des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ait {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la terre, tantôt plutôt, tantôt plus tard. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i dit-on communément, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que le beau tems e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t revenu, que tel a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre a produit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on effet. D’ailleurs comme tout cela dépend des globes céle{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes, leur mouvement relatif excite quelquefois des grêles & des pluies, qui, comme nous l’avons déja [[#déjà_fait_observer_LPdS|<span id="déjà_fait_observer_LPdS_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] fait ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erver, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de la plus grande con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}équence pour les biens de la terre, & qui renver{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pérance qu’on avoit du beau tems. Et non {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement les hommes y {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont trompés, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les animaux, quoiqu’ils aient bien plus de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agacité que nous pour pre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir ces vici{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}itudes du ciel, d’autant que leur vie en dépend. En effet, on voit quelquefois les oi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux d’été mourir par des froids qui viennent trop tard ou trop tôt, & les oi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eaux d’hiver par des chaleurs qui arrivent de même. C’est pourquoi '''Virgile''' veut qu’on étudie au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i le cours des planetes, & qu’on ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erve à quelle partie du zodiaque répond la planete du froid Saturne [[#Saturne_LPdS|<span id="Saturne_LPdS_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Quelques-uns croient que le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igne le plus certain du printems commencé, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’on voit des papillons, & cela parceque ces in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont fort délicats. Néanmoins on a remarqué que dans l’année même [[#lAnnée_dÉcriture_LPdS|<span id="lAnnée_dÉcriture_LPdS_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] où j’écris ceci, le froid ayant recommencé ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois fois, a fait mourir autant de fois les papillons ; & que les hirondelles, qui, s’étant montrées dès le vingt-{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ept de Janvier, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embloient annoncer le retour du printems, ont en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uyé un très cruel hiver.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">C’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t donc une {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cience très problématique que celle de l’influence des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, & les inductions que l’on en tire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont fort douteuses. Mais ce qui cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e le plus d’incertitude, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cette convexité du ciel & la différence des climats de la terre, parceque le même a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e montre ici dans un tems, & là dans un autre, d’où il ré{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulte que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on influence ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e fait pas {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entir en même tems par-tout. Un autre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urcroît de difficulté, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t que les ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations recueillies par les Auteurs ont été faites en différents lieux, & que ceux même qui ont écrit dans le même endroit ne s’accordent nullement entre eux dans ce qu’ils écrivent. On compte ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois différentes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ortes de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectes en A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomie ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}avoir, celle des Chaldéens [[#secte_des_Chaldéens_LPdS|<span id="secte_des_Chaldéens_LPdS_back"><sup>'''5*'''</sup></span>]], celle des Egyptiens & celle des Grecs. On peut même dire que le Dictateur Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar [[#Dictateur_César_LPdS|<span id="Dictateur_César_LPdS_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}it, chez les Romains, une quatrieme, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il rédui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}it chaque année au cours du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervant à cet effet du travail de So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igene, très habile A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronome. Néanmoins on découvrit en{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite que le calendrier de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar étoit défectueux [[#calendrier_César_défectueux_LPdS|<span id="calendrier_César_défectueux_LPdS_back"><sup>'''7'''</sup></span>]], parceque l’année qui auparavant étoit plus courte que le cours du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouvoit alors plus longue : & pour corriger cette erreur, on ordonna que pendant douze années de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite, il n’y auroit point de jour intercalaire [[#correction_erreur_LPdS|<span id="correction_erreur_LPdS_back"><sup>'''8'''</sup></span>]]. So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igene lui-même, quoique Mathématicien plus exact que les autres, ne lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a pas de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e conduire con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tamment en homme qui doutoit de la ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on propre calcul, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il en fit ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’à trois différentes corrections. De tous les Auteurs [[#Auteurs_calendrier_LPdS|<span id="Auteurs_calendrier_LPdS_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] qui ont écrit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette matiere, & que nous avons allégués au commencement de ce livre, il s’en trouve rarement deux qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oient de même {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entiment. Cette variété e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urprenante, comme au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i plus excu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}able, chez ceux qui écrivoient en des pays différents. Mais que dire de ceux qui, écrivant dans le même pays, n’ont pas lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é d’être partagés d’opinion ? En voici un exemple. '''Hé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iode''', dont il y a au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i un ouvrage [[#ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS|<span id="ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le cours des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, dit que les Pléiades {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e couchent le matin dans le tems même de l’équinoxe d’automne. '''Thalès''' [[#opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS|<span id="opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS_back"><sup>'''11'''</sup></span>]] dit que cela arrive vingt-cinq jours après. '''Anaximandre''' en met vingt-neuf ; '''Euctémon''' [[#Euctémon_LPdS|<span id="Euctémon_LPdS_back"><sup>'''12'''</sup></span>]] quarante-huit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Quant à nous, nous {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivrons le calcul de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, ayant principalement égard à l’Italie. Nous ne lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erons néanmoins de rapporter les opinions étrangeres, parceque notre objet n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t pas de traiter d’un {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eul pays, mais de la Nature entiere. Seulement, pour éviter les longueurs, nous n’indiquerons que les pays où chaque opinion a lieu, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans faire mention des auteurs de ces a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ertions : & pour abréger encore davantage, les Lecteurs voudront bien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouvenir que quand il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t parlé de l’Attique, il faut, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous ce nom, entendre au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i les Cyclades ; que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de Macédoine, il faut entendre au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i la Magné{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie & la Thrace ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Egypte, la Phénicie, l’i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}le de Chypre & la Cilicie; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous celui de la Béotie, la Locride, la Phocide & les contrées voi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ines ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Hel le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pont, la pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}le de Thrace & le pays de terre ferme, ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’au mont Athos ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom de l’Ionie, l’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie & les i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}les A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iatiques ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom du Péloponne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, l’Achaïe & les contrées [[#contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS|<span id="contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS_back"><sup>'''13'''</sup></span>]] adjacentes qu’elle a à {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on couchant ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le nom des Chaldéens, l’Assyrie & la Babylonie. Il ne faudra pas s’étonner {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i je ne parle ici ni de l’Afrique, ni de l’Espagne, ni des Gaules, pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que ces pays n’ont eu aucun Auteur qui ait écrit du cours des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres, ni de leur lever. Toutefois il ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}era pas difficile de connoître le tems où ils {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e levent dans ces pays-là même, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i l’on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}truit de l’arrangement des cercles céle{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes, tel que nous l’avons expliqué au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme livre de cet ouvrage ; car, par ce moyen, & par les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eules notions que nous avons expo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ées en donnant une nomenclature des lieux, on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aura la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition, non {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement de chaque pays, mais encore de chaque ville, en prenant par les ombres égales de tous les cercles, un {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}egment du cercle de tel pays qu’on voudra choi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ir, & en cherchant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on rapport avec le lever des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres. Il faut remarquer au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i que de quatre [[#Columelle_LPdS|<span id="Columelle_LPdS_back"><sup>'''14'''</sup></span>]] en quatre ans les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ons & les chaleurs reviennent à peu près les mêmes, & cela à cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e du mouvement du Soleil ; & que de huit en huit ans ces mêmes chaleurs reviennent plus con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}idérables, en vertu de la centieme lunai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=Notes du traducteur|alignT=center}}
<div style="text-align: justify; border: 2px; border-radius:15px; font-size:85%;"><br/>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em; text-indent: 15px">'''[[#jour_intercalaire_LPdS_back|<span id="jour_intercalaire_LPdS"><sup>1</sup></span>]] Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur toute cette que{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tion, nos notes 13 & 14 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le huitieme chapitre du {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd livre de Pline, tome 1, p. 41 & 42 :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 5em;">(13) [[w:Suétone|Suétone]] s’exprime mieux, lor{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’il écrit : chaque quatrieme année ''quarto quoque anno''. Il est vrai que, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}elon le [[w:Jean_Hardouin|Pere Hardouin]], il faut comprendre dans la période de cinq ans, dont parle Pline, la premiere & la cinquieme année comme Bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles ; ce qui revient aux quatre années de Suétone, dont la quatrieme avoit un ''bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ex'' ; mais en vérité cette explication est des plus forcées. Je {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erois donc d’avis qu’il faudroit lire dans Pline comme dans Suétone, ''quarto anno'', {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nous n’apprenions d’ailleurs de cet Hi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}torien, que dès le regne d’Augu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te il s’étoit déja gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs abus & altérations dans l’année Julienne. On voit du moins qu’il y réforma plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, sous prétexte de la remettre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le pied où Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar l’avoit in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituée. Cela me donneroit à pen{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er qu’on fit dès-lors attention à la fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eté & à l’excédence du calcul Julien ; mais qu’Augu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te, par respect pour la mémoire de Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, affecta d’imputer la faute à la négligence des Prêtres chargés à Rome de l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pection du Calendrier ; qu’au demeurant, on découvrit l’abus, & qu’on e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aya d’y remédier, en n’ajoûtant un jour entier à l’année ordinaire que chaque ''cinquieme année'' comme Pline paroît l’articuler ici expre{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement. Mais d’ailleurs il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t évident qu’à la longue le période bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile de quatre années en quatre années prévalut {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur celui de chaque cinquieme année, dont parle Pline ; & même il paroît que ceux qui, par la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite, voulurent {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}upputer les tems, récapitulerent, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans exception, toutes les bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles quartenaires écoulées depuis l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution Julienne ; car en 1582, on trouva par ce moyen que l’année étoit reculée de dix jours & plus; d’autant que l’excédence du calcul Julien, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e à l’année révolue 365 jours & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, au lieu de 365 jours 5 heures 49 minutes, 8 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econdes 17 tierces & 13 quarts qu’elle a réellement, forme tous les ans environ 11 minutes de trop, & tous les cent trente-quatre ans un jour entier d’excès. Le Pape Grégoire XIII trouvant donc l’année reculée de plus de dix jours ; ce qui dérangeoit l’économie annuelle des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olemnités, remédia à cet inconvénient en retranchant de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on autorité dix jours au mois d’Octobre de l’année 1582, où l’on étoit alors ; & en réglant qu’à l’avenir tous les quatre cents ans on omettroit trois années bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extiles. Ce réglement devint une loi pour pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que toute l’Europe chrétienne. L’autre maniere de compter fut appellée l’ancien {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tyle. La Grande-Bretagne a long-tems per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té à s’en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervir malgré {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on abus manife{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te. Enfin le Parlement d’Angleterre, par acte du mois de Septembre 1752, a adopté la réforme Grégorienne.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 4em;">(14) Le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, en fai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant le tour du cercle oblique, parcourt réellement 360 degrés ou {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections ; pui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}que tout cercle {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e divi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e en 360 parties appellées degrés : mais la me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ure de chaque degré du cercle parcouru annuellement par le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil, excede tant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oit peu, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire de quelques légeres fractions de tems, la durée de chacun de nos jours révolus ; durée qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t, comme on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ait, que de 24 heures préci{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es ; le{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}quelles, comparées à un degré, en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, au bout de l’année, 365 & plus pour le cercle, au lieu de 360 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement que le cercle requerroit. D’après une connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}u{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de ces principes, Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e voyant Dictateur, Grand-Pontife, & maître du monde, entreprit, l’an 140 avant J. C. de réformer les abus qui s’étoient gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}és, tant dans l’année Pompilienne, ou de Numa, que dans celle des Pontifes, encore plus irréguliere que celle de Numa. A cet effet, il fit venir d’Alexandrie le Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe So{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}igenes. Celui-ci décida fau{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement que le cercle des jours de l’année révolue excédoit du nombres 5 joint au quart de 1 les 360 degrés du cercle oblique parcouru par le {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oleil : expo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é faux, auquel le Dictateur, occupé d’autres {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oins, déféra {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans autre examen. Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar régla donc, de l’avis de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronome, que l’année {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit divisée en 365 jours ; & quant au quart de jour re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant, qui produit {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, il ordonna qu’on n’y auroit aucun égard pour chaque année particuliere ; mais que chaque quatrieme année on réuniroit la totalité de quatre fois {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures, qui en font vingt-quatre, pour en compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er un jour entier; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i cette quatrieme année auroit 366 jours. Il régla de plus, que ce jour intercalaire, ou ajoûté à chaque quatrieme année, seroit le 24 Février. Les Romains nommoient ce jour-là ''bis {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}exto calendas Martii'', c’est-à-dire, le ''{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}econd {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ixieme avant les calendes de Mars'' ; d’où il arriva que l’année où tomboit ce jour intercalaire fut appellée bis-{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#quelques_les_saisons_LPdS_back|<span id="quelques_les_saisons_LPdS"><sup>2</sup></span>]] Végece dit pareillement, liv. 4, chap. 40 : ''Aut enim circa diem {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatutum, aut ante, vel po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tea, tempe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tates fieri compertum e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t : unde præcedentes, ωροϰεἰμασιν : na{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}centes die {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}olenni, επιϰεἰμασιν : {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equentes, μεταϰεἰμασιν, Græco vocabulo nuncuperaverunt'' [[#Accedit_confessa_rerum_obscuritas_AdG_back|<sup>⤴️</sup>]]. On lit au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i chez [[w:Columelle|Columelle]], dans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}a Préface :''' {{Info|''Neque enim ſemper eumdem, cælum & annus, velut ex præſcripto habitum gerunt : nec omnibus annis eodem vultu venit aſtas, aut hyems, &c.''|Car le ciel et l’année ne portent pas toujours le même habit, comme par un précepte : ni l’automne n’arrive chaque année avec la même apparence, ni l’hiver, etc. TdA}}
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#déjà_fait_observer_LPdS_back|<span id="déjà_fait_observer_LPdS"><sup>3</sup></span>]] Au liv. 17, chap. 2.'''
</td>
<tr>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Saturne_LPdS_back|<span id="Saturne_LPdS"><sup>4</sup></span>]] Ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i qu’il l’in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}inue dans {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es ''Géorg.'' liv. I, v. 335 :'''<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 0px">{{Info|Hoc metuens, cæli menses et sidera serva,<br />Frigida Saturni sese quo stella receptet.|Craignant cela, gardez les lunes et les étoiles du ciel, le froid de Saturne lui-même, où l’étoile les recevra. TdA.}}
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#lAnnée_dÉcriture_LPdS_back|<span id="lAnnée_dÉcriture_LPdS"><sup>5</sup></span>]] Pline, au quatorzieme livre, chap. 4, comptoit deux cents trente ans depuis la mort de [[w:Cicéron|Cicéron]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cicéron_I|<sup>🔄</sup>]], arrivée l’an de Rome 600. L’année qu’il indique ici, & où il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouvoit avoir compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre livres de plus, e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t probablement la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivante, c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t-à-dire l’année 831 de la fondation de Rome.'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#secte_des_Chaldéens_LPdS_back|<span id="secte_des_Chaldéens_LPdS"><sup>5*</sup></span>]] Sur l’année Chaldéenne, qui étoit la même que la Judaïque, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez [[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ebe]], ''Præpar. Evang.'' liv. 9, chap. 17, où il fait Abraham inventeur de l’a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomie chez les Chaldéens. Les A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trologues Chaldéens étoient ordinairement des Prêtres des Dieux, tels que [[w:Bérose|Béro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e]], auquel les Athéniens éleverent dans leur Gymna{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e une {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tatue à langue dorée. Sur quoi voyez Pline, liv. 7, chap. 37. Ce Béro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e étoit un Prêtre de [[w:Bēl|Belus]] ; il e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t cité par [[w:Clément_d'Alexandrie|Clément d’Alexandrie]], & par [[w:Flavius_Josèphe|Jo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eph]] [[#Flavius_Josèphe_I|<sup>⤵️</sup>]], contre Apion, liv. 1. Sur l’année Egyptienne, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur l’ancienne année Grecque, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez [[w:Hérodote|Hérodote]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_I|<sup>🔄</sup>]] liv. 2, n°. 4. Cicéron rend ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tice à l’étude que firent des a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres les Egyptiens & les Babyloniens, liv. 1, de ''Divinat.'' n°. 16 :''' {{Info|''Ægyptii, & Babylonii, in camporum patentium aquoribus habitantes, cùm ex terra nihil emineret, quod contemplationi cæli officere poſſet, omnem curam in ſiderum cognitione poſuerunt''|Les Égyptiens et les Babyloniens, vivant dans les eaux des plaines découvertes, alors que rien ne dépassait de la terre qui pût gêner la contemplation du ciel, mettaient tous leurs soins dans la connaissance des étoiles. TdA}}.
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Dictateur_César_LPdS_back|<span id="Dictateur_César_LPdS"><sup>6</sup></span>]] Voyez les notes 13 & 14 {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur le chap. 8 du liv. 2, tome 1, p. 41 & 42.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#calendrier_César_défectueux_LPdS_back|<span id="calendrier_César_défectueux_LPdS"><sup>7</sup></span>]] Voyez les notes indiquées dans la note précédente ; & joignez-y les ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivantes, qui {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de M. De{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}places, p. 339 : « Le calendrier chrétien, ayant {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivi la réformation de Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e trouva qu’en l’année 1582, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ous le Pape Grégoire XIII, l’équinoxe étoit remontée ju{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}qu’au 11 de Mars, au lieu du 21, où elle devoit être. Ce Pape, après avoir con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ulté Clavius & Ciaconius, les plus habiles A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes du tems, ordonna qu’en cette même année 1582, on compteroit le 5 du mois d’Octobre, au lieu du 15, afin de retrancher les dix jours qui s’étoient gli{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}és de trop, en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uivant la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}upputation Julienne, depuis le Concile de Nicée, tenu en 325 : on convint encore de continuer l’intercalation d’un jour tous les quatre ans ; & qu’en outre, pour éviter dans la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uite pareille erreur, il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit fait un retranchement de trois jours intercalaires, dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pace de quatre {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iecles, à cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e des onze minutes qui manquent aux {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ix heures des années, dont on compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e l’année intercalaire, ou bi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}extile ; ces trois jours {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e retranchent en l’année qui finit les trois premiers {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iecles. De célebres A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tronomes modernes ont fait voir que, malgré cette précaution, il y auroit encore, au bout de quatre cents ans, plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs jours de variation dans l’équinoxe ».'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#correction_erreur_LPdS_back|<span id="correction_erreur_LPdS"><sup>8</sup></span>]] Etabli par Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar, & qui revenoit tous les quatre ans. Ecoutons Suétone, vie de ce Dictateur, chap. 40 : {{Info|''Faſtos correxit, jampridem vitio Pontiſicum, per intercalandi licentiam adeo turbatos, ut neque meſſium feria aſtati, neque vindemiarum autumno competerent, annumque ad curſum ſolis accommodevit, ut CCCLXV dierum eſſet, & intercalario menſe ſublato, unus dies quarto quoque anno intercalaretur, &c''|Il corrigea les jeûnes, qui avaient toujours été une faute pontique, si perturbés par la permission de l’intercalation, que ni les fêtes du mois ne tenaient, ni les récoltes ne correspondaient à l’automne, et il ajusta l’année à la course du soleil, de sorte que c’était 365 jours, et après le mois intercalaire, un jour était intercalé tous les quatre ans, etc. TdA}}. On s’apperçut que cette correction de Jules Cé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ar étoit elle-même fautive. On tenta de nouveau de remédier au vice du calendrier ; {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur quoi con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez Solin, chapitre 1, p. 5 ; le P. Petau, ''de Doctr. temp.'' chap. 3 ; mais {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur-tout [[w:Macrobe|Macrobe]], qui s’exprime ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i, liv. 1, ''Saturn.'' chap. 14, p. 255 :''' {{Info|''Sacerdotes ſibi errorem novum ex ipſa emendatione ſecerunt. Nam cùm oporteret diem, qui ex quadrantibus conſit, quarto quoque anno conſecto, antequam quintus inciperet, intercalare, illi quarto non peracto ſed incipiente, intercalabant. Hic error ſex & triginta annis permanſit : quibus annis intercalati ſunt dies duodecim, cùm deberent intercalari novem. Sed hunc quoque errorem ſerò deprehenſum correxit Auguſtus, qui annos duodecim ſine intercalari die tranſigi juſſit : ut illi tres dies, qui per annos triginta & ſex vitio ſacerdotalis ſeſtinationis excreverant, ſequentibus annis duodecim, nullo die intercalato, devorarentur. Poſt hoc unum diem, ſecundùm ordinationem Caſaris, quinto quoque incipiente anno intercalari juſſit : & omnem hunc ordinem area tabula ad aternam cuſtodiam inciſione mandavit.''|Les prêtres retranchèrent une nouvelle erreur de leur correction. Car lorsqu’il fallait intercaler le jour qui est composé de quadrants, la quatrième année consécutive, avant que la cinquième ne commence, on intercalait ceux lorsque la quatrième n’était pas terminée mais commençait. Cette erreur a duré trente-six ans : années au cours desquelles douze jours ont été intercalés, alors qu’il aurait fallu en intercaler neuf. Mais cette erreur fut également détectée par Auguste, qui ordonna que douze années s’écoulèrent sans jour intercalaire : afin que ces trois jours, qui avaient été excrétés pendant les trente-six années du vice sacerdotal de cessation, soient dévorés dans le douze années suivantes, sans jour intercalaire. Après ce jour, selon l’ordonnance de César, il décréta que la cinquième année serait également intercalée : et tout l’ordre fut ordonné d’être gravé par le conseil du domaine pour la garde éternelle. TdA}}.
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Auteurs_calendrier_LPdS_back|<span id="Auteurs_calendrier_LPdS"><sup>9</sup></span>]] Ces Auteurs {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont Hiéron, Philomêtor, Attale, Archelaüs, Xénophon, Magon, Caton, Silanus, Varron, &c. dont Pline a fait mention {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur la fin du chapitre 3.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS_back|<span id="ouvrage_astronomique_Hésiode_LPdS"><sup>10</sup></span>]] Nous apprenons de Théon que cet ouvrage {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nommoit l’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trique, Ἀςριϰὴ ϐίϐλος. Voyez au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur ce même ouvrage, une Epigramme de [[w:Callimaque_de_Cyr%C3%A8ne|Callimaque]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_I_de_Cyrène_II|<sup>🔄</sup>]], citée dans la vie d’Aratus, qui fait partie de l’Uranologie de [[w:Denis_Pétau|Petau]], liv. 2, ''Var. Di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ert.'' chap. 9, p. 97.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS_back|<span id="opinion_Thalès_Hésiode_Anaximandre_LPdS"><sup>11</sup></span>]] Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ultez, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur cette opinion de Thalès, ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i que {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur celles d’Hé{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iode & d’Anaximandre, l’Uranologie citée note précédente.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Euctémon_LPdS_back|<span id="Euctémon_LPdS"><sup>12</sup></span>]] ''Euctemon'' ; ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i portent les manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crits, & non pas ''Eudemon''. J’ai traité d’Euctêmon (en Grec Εὐϰτημον) dans les notes alphabétiques du premier livre, & plus récemment dans la note 21 du chapitre précédent.'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS_back|<span id="contrées_adjacentes_ouest_Péloponnese_LPdS"><sup>13</sup></span>]] Telles que l’Elide, l’Arcadie, la Me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}lénie.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Columelle_LPdS_back|<span id="Columelle_LPdS"><sup>14</sup></span>]] Columelle, liv. 3, chap. 6 :''' {{Info|''Quo tempore ſol in eamdem partem ſigniſeri per eoſdem numeros redit, per quos cursus ſui principium cæperat : quem circuitum meatus dierum integrorum mille quadringentorum ſexaginta unius [[w:Apocatastase|ὰ τοκατάςασιν]] vocant ſtudioſi rerum cæleſtium''|A ce moment-là, le soleil revient dans la même direction au moyen des mêmes nombres par lesquels il a commencé sa course : laquelle course de mille quatre cent soixante et un jours entiers est appelée ὰ τοκατάςασιν par ceux qui étudient les choses célestes. TdA}}.</td>
</tr>
</table><br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Histoire Naturelle de Pline. Tome Sixieme</u>], [https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PA257#v=onepage&q&f=true ''Livre Dix-huitieme.''], [https://books.google.fr/books?id=JeyFTzG771cC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Louis%20Poinsinet%20de%20Sivry%20Pline%20l'ancien&hl=fr&pg=PA455#v=onepage&q&f=true ''Diviſion des jours & des nuits ſuivant le cours du Soleil ; lever & coucher des étoiles ; ordre des ſaiſons ; tems où l’on ſeme les bleds d’hiver.''], traduction en françois, avec le texte latin rétabli d’après les meilleures leçons manu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crites ; accompagnée de Notes critiques pour l’éclairci{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ement du texte, & d’Ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ervations {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ur les connoi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ances des Anciens comparées avec les découvertes des Modernes, par M. [[w:Louis_Poinsinet_de_Sivry|Louis Poinsinet de Sivry]], Chez la veuve Desaint, Paris, 1771</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Flavius_Josèphe|'''Flavius Josèphe''']] [[#Flavius_Josèphe|<span id="Flavius_Josèphe_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:37|37]]/[[w:38|38]], à [[w:Histoire_de_Jérusalem#Période_romaine_et_byzantine_(63_av._J.-C._-_638)|''Jérusalem'']] — vers [[w:100|100]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']]) [[w:Ier_siècle|<sup>⏳</sup>]] [[s:Auteur:Flavius_Josèphe|<sup>📚</sup>]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:historiographe|Historiographe]] ''romain'' [[w:Juifs|''juif'']] d’origine [[w:Judée_(province romaine)|''judéenne'']], il participe activement au début de la ''première guerre judéo-romaine'' en tant que commandant militaire de ''Galilée'' contre les Romains, avant de se rendre à [[w:Vespasien|'''Vespasien''']] [[#Vespasien|<span id="Vespasien_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] lors de la prise de la garnison juive de la forteresse de [[w:Jotapata|''Jotapata'']] en juillet 67, et de devenir intermédiaire, interprète et négociateur entre les ''romains'' et les ''Juifs'' lors du siège de ''Jérusalem'' conduit par '''Titus''' [[#Titus_back|<sup>⤴️</sup>]] en 70. Après la fin de la grande révolte ''judéenne'', en 71, il s’établit auprès de son protecteur à ''Rome'' où il obtient la [[w:citoyenneté_romaine|''citoyenneté romaine'']].</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Flavius Josèphe|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Flavius_Josèphe_back|<span id="Flavius_Josèphe"><sup>I</sup></span>]] De son nom de naissance Joseph ben (fils de) Matthatias, de l’hébreu יוסף בן מתתיהו / Yossef [[wikt:en:יוסף#Hebrew|(en)]] ben [[wikt:en:בן#Noun|(en)]] Matityahou [[wikt:en:מתתיהו#Hebrew|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• de la troisième personne du singulier [[w:Jussif|''jussive'']], signifiant ainsi « peut-il ajouter », du verbe הוֹסִיף / hosíf [[wikt:en:הוסיף#Hebrew|(en)]], « 1. Ajouter (quelque chose) à (quelque chose d'autre). 2. (littéraire) Continuer (à faire quelque chose). 3. (archaïque) Coordonné avec un autre verbe pour indiquer que l’action de ce verbe "ajoute" d’une manière ou d’une autre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• du nom commun בֵּן / bén, « 1. Fils. 2. (ne produit plus de mot ou d’expression) Un descendant mâle direct. 3. Un mec, un garçon. 4. (n’est plus productif, état de construction) Possesseur de (connaissance, capacité, etc.). 5. (État construit) Utilisé pour exprimer l’âge d’un homme, d’un garçon ou le référent d’un nom masculin : âge, âgé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• de la contraction du nom commun מַתָּנַת / mataná [[wikt:en:מתנה#Hebrew|(en)]], « cadeau, présent, don »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe נתן / natán [[wikt:en:נתן#Verb|(en)]], « 1. Donner. 2. Autoriser, permettre, laisser. 3. (archaïque) Mettre, placer. 4. (archaïque, hébreu biblique) Se transformer en. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ et du nom propre יהוה / YHWH [[wikt:en:יהוה#Hebrew|(en)]], « (Judaïsme) Tétragramme : mot en quatre lettres hébraïques utilisé comme nom [[wikt:ineffable#Français|''ineffable'']] de Dieu dans la Bible hébraïque, diversement rendu par Yahweh ou Jéhovah. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Son tria nomina à l’obtention de sa ''citoyenneté romaine'' est {{Info|Titus|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Flavius|nomen, nom de famille}} {{Info|Josephus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, prenant ainsi le nom de son bienfaiteur :<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Vespasien_back|<span id="Vespasien"><sup>II</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Titus|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Flavius|nomen, nom de famille}} {{Info|Vespasianus|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:L%C3%A9gat_(Rome_antique)|''Légat'']] lors de la [[w:Conqu%C3%AAte_romaine_de_la_Grande-Bretagne|''conquête de la Bretagne en 43'']] et lors de la [[w:Premi%C3%A8re_guerre_jud%C3%A9o-romaine|''rébellion juive de 66'']] en [[w:Jud%C3%A9e_(province_romaine)|''Judée'']]. Fin décembre 69, il est couronné empereur par le [[w:S%C3%A9nat_romain|''Sénat'']] après la guerre civile de l’[[w:Ann%C3%A9e_des_quatre_empereurs|''année des quatre empereurs'']], et fonde la dynastie des [[w:Flaviens|''Flaviens'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(17 novembre [[w:9|9]], près de [[w:Reate|''Reate'']] dans la région centrale italienne du [[w:Latium|''Latium'']] — 23/24 juin [[w:79|79]], à la station thermale de [[w:Aquae_Cutiliae|''Aquae Cutiliae'']], à l’est de ''Reate'')<sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup><br/><br/></div>
'''
{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Contre_Apion|Contre Apion]] ===
<p style="text-align: right;">[[s:Contre_Apion|📚]]
{| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1"
|-
| style="border:solid 1px #F8F9FA" | [https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n156/mode/1up {{Info|'''Éditions & Manuscrits'''|Flavius Josèphe Contre Apion, Théodore Reinach & Léon Blum, 1930}}]
|- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle"
| align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende|
* La traduction ''latine'' a été imprimée dès 1480 à [[w:Vérone#Époque_moderne|''Vérone'']] par '''Pierre Maufer''' [[w:en:Petrus_Maufer|(en)]]. L’édition de cette traduction, due à [[w:Sigismund_Gelenius|'''Sigismond Gelenius''']] (''Paris'', 1535), qui constitue la « [[w:Vulgate|Vulgate]] », présente un texte souvent « amélioré » de façon arbitraire. La seule édition critique est celle de '''Ch. Boysen''' (''Vienne'', 1898) qui fait partie du [[w:Corpus_scriptorum_ecclesiasticorum_latinorum|{{Info|''Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum''|Le corpus des écrits ecclésiastiques latins}}]]. Elle repose principalement sur les manuscrits L(aurentianus LXVI, 2), B(odleianus Canonicianus 148), R(egius Parisinus 5049) de la I<sup>re</sup> classe, C(heltenhamensis Phillipicus 12311), P(arisinus 1615), Pa(rsinus 5054) de la seconde.
* Le texte grec est édité pour la première fois dans l’édition complète de '''Josèphe''' à [[w:Bâle#XVIe_siècle|''Bâle'']], chez [[w:Johann_Froben|''Froben'']], en 1544 par [[w:Arnoldus_Arlenius|'''Arlenius''']] qui a peut-être fait usage du ''Schleusingensis'' (un des fils du Laurentianus), mais a introduit grand nombre de corrections tantôt heureuses, et tantôt arbitraires. Par la suite notre traité n’a guère été imprimé que comme partie intégrante d’éditions complètes des œuvres de '''Josèphe'''. Les plus importantes sont celles de '''E. Bernard''' (1700), de [[w:John_Hudson_(classiciste)|'''Hudson''']] (1720) — le premier qui ait utilisé L —, de [[w:Sigebert_Havercamp|'''Havercamp''']] (1726), simple compilateur, de [[w:Karl_Wilhelm_Dindorf|'''L. Dindorf''']] (1847), de [[w:Immanuel_Bekker|'''Imm. Bekker''']] (1856), tout à fait manquée. L’édition critique de '''Niese''' [[w:en:Benedikt_Niese|(en)]] (1889) est la base de tous les travaux ultérieurs, notamment des éditions de '''Naber''' (1896) et de [[w:Henry_St._John_Thackeray|'''H. St. J. Thackeray''']] (coll. Loeb, 1926 : il n’a encore paru que le ''C. Apion'', la ''Vita'' et le commencement de la ''Guerre'') qui ont pu profiter aussi des conjectures de '''Cobet''', de '''Holwerda''', et de '''Herwerden'''.}}}</div>
|}
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dernière œuvre écrite par '''Flavius Josèphe''', vers [[w:93|93]], dont l’objectif est de répondre aux critiques qu’ont soulevées ses [[w:Antiquit%C3%A9s_juda%C3%AFques|''Antiquités judaïques'']], de défendre l’ancienneté du peuple ''juif'' et du [[w:Judaïsme#Judaïsme_antique|''judaïsme'']] (Livre I) et les accusations d’[[w:Apion_(grammairien)|'''Apion''']] [[#Apion|<span id="Apion_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] (Livre II).</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Apion|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Apion_back|<span id="Apion"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Apion#Latin|Ἀπίων / Apíôn]];
<br/><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[w:Grammaticus|''Grammairien'']] [[#grammairien|<span id="grammairien_back"><sup>II</sup></span>]] et [[w:Polygraphe_(auteur)|''polygraphe'']] [[#polygraphe|<span id="Grammairien_back"><sup>III</sup></span>]] ''grec'' d’Alexandrie.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] — première moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#grammairien_back|<span id="grammairien"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin grammaticus [[wikt:en:grammaticus#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien γραμματικός / grammatikós [[wikt:en:γραμματικός#Noun|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun γρᾰ́μμᾰ / grámma [[wikt:en:γράμμα#Noun|(en)]], « 1. Ce qui est écrit, ce qui est dessiné. 2. Lettre. 3. (au pluriel) Alphabet. 4. Écriture, livre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ du verbe γράφω / gráphō [[wikt:en:γράφω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Homérique) égratigner, couper en dedans. 2. Dessiner, esquisser, peindre. 3. Écrire. 4. Écrire, proposer une loi. 5. ([[w:Diathèse#Moyen|''voix moyenne'']]) : • (''[[w:Réflexivité_(grammaire)|réflexif]] indirect'') Écrire pour soi, noter ; • Accuser, poursuivre. 6. ([[w:Conjugaison_latine|''passif parfait'']]) Être écrit, être sous forme écrite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du suffixe nominal de résultat -μα / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ῐκός / -ikós, de ou se rapportant à, de la manière de ; « -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Enseignant responsable de la deuxième étape du système éducatif traditionnel, après l’apprentissage de l’alphabet, la lecture et l’écriture, et l’initiation au calcul avec un abaque chez un ''magister ludi'' [[w:en:Ludi_magister|(en)]] et avant celle de l’art du discours chez un [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l'Antiquité_grecque|''rhéteur'']]. Le travail du grammairien était d’enseigner la lecture, l’analyse de textes des poètes antiques tels qu’Homère, Tite-Live et Virgile, et la grammaire [https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.antiquite.ac-versailles.fr%2Feducatio%2Fedrom2.htm#federation=archive.wikiwix.com&tab=url {{Info|<sup>➕</sup>|« L’école du grammaticus », ac-Versailles}}] [https://philo-lettres.fr/latin/rome_vie-quotidienne/ecole-romaine/ {{Info|<sup>➕➕</sup>|« L’École dans l’antiquité romaine, philo-lettres}}].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#polygraphe_back|<span id="polygraphe"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:polygraphe|πολύγραφος / polýgraphos]], « qui écrit beaucoup de sujets »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de l’adjectif πολῠ́ς / polús [[wikt:en:πολύς#Ancient_Greek|(en)]], « (de nombre, au pluriel) Beaucoup de : • (avec des noms de multitude) Grand ; • (de quantité, avec des noms de masse) beaucoup de ; • (rare, d'une personne) Grand, puissant ; • (de son) Fort ; • (attributivement, adverbial) Fortement, pleinement ; • (d'espace) Large, grand ; • (de distance) Loin ; • (de temps) Long, en retard. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du verbe γράφω / gráphō [[wikt:en:γράφω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Homérique) égratigner, couper en dedans. 2. Dessiner, esquisser, peindre. 3. Écrire. 4. Écrire, proposer une loi. 5. (''voix moyenne'') : • (''réflexif indirect'') Écrire pour soi, noter ; • Accuser, poursuivre. 6. (''passif parfait'') Être écrit, être sous forme écrite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le terme semble avoir été employé au cours de l’Antiquité dans un sens différent de celui que nous l’entendons aujourd’hui, pas dans le sens de diversité mais, de façon restreinte, le fait de composer un grand nombre de textes [https://eriac.univ-rouen.fr/la-polygraphie-comme-norme/ {{Info|<sup>➕</sup>|Isabelle Gassino, Université de Rouen et Dimitri Kasprzyk, université de Brest, « Colloque "La polygraphie comme norme" », 16 et 17 novembre 2017.}}].'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre I ====
===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> =====
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">Témoignage de '''Thales''' comme :
* l’un des premiers ''philosophes grecs'' ayant traité des choses célestes et divines ;
* disciple des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' (premier témoignage) ;
* auteur de court(s)/rare(s) ouvrages (supposément unanimement admis), que les ''Grecs'' considéreraient comme les plus anciens, et douteraient, selon '''Flavius Josèphe''', de leur authenticité.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">qui autem historias apud eos conscribere temptauerunt, id est hi, qui circa '''Cadmum''' ''Milesium'', et '''Acusilaus''' ''Argiuus'' et post hunc quicumque alii fuisse referuntur, paululum tempus ''Persicam'' apud ''Helladium'' militiam praecesserunt. sed etiam eos, qui de caelestibus et diuinis primitus apud ''Graecos philosophati'' sund, id est '''Pherecydem''' ''Syrum'' et '''Pythagoram''' et '''Thaletem''' omnes concorditer confidentur ''Aegyptiorum'' et ''Chaldaeorum'' fuisse discipulos et breuiter conscripsisse quae a ''Graecis'' omnium antiquissima iudicantur ita ut uix ea credant ab illis fuisse conscripta.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[w:Corpus_scriptorum_ecclesiasticorum_latinorum|<u>Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum</u>]], [https://verlag.oeaw.ac.at/produkt/flavii-iosephi-opera-ex-versione-latina-antiqua-pars-vi-de-iudaeorum-vetustate-sive-contra-apionem-libri-ii/601067?name=flavii-iosephi-opera-ex-versione-latina-antiqua-pars-vi-de-iudaeorum-vetustate-sive-contra-apionem-libri-ii&product_form=5107 <u>Tome XXXVII, Flavius Iosephus, Contra Apionem</u>], ''Livre I'', ''chap. II.'', ''l.13, 14'', p.64, 1898</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Οἱ μέντοι τὰς ἱστορίας ἐπιχειρήσαντες συγγράφειν παρ' αὐτοῖς, λέγω δὲ τοὺς περὶ '''Κάδμον''' τε τὸν ''Μιλήσιον'' καὶ τὸν ''Ἀργεῖον'' '''Ἀκουσίλαον''' καὶ μετὰ τοῦτον εἴ τινες ἄλλοι λέγονται γενέσθαι, βραχὺ τῆς ''Περσῶν'' ἐπὶ τὴν ''Ἑλλάδα'' στρατείας τῷ χρόνῳ προύλαβον. Ἀλλὰ μὴν καὶ τοὺς περὶ τῶν οὐρανίων τε καὶ θείων πρώτους παρ' ''Ἕλλησι φιλοσοφήσαντας'', οἷον '''Φερεκύδην''' τε τὸν ''Σύριον'' καὶ '''Πυθαγόραν''' καὶ '''Θάλητα''', πάντες συμφώνως ὁμολογοῦσιν ''Αἰγυπτίων'' καὶ ''Χαλδαίων'' γενομένους μαθητὰς ὀλίγα συγγράψαι, καὶ ταῦτα τοῖς ''Ἕλλησιν'' εἶναι δοκεῖ πάντων ἀρχαιότατα καὶ μόλις αὐτὰ πιστεύουσιν ὑπ' ἐκείνων γεγράφθαι.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/Apion1gr.htm <u>Φλαίίου Ἰωσήπου, περὶ ἀρχαιότητος Ἰουδαίων</u>, ''λόγος α''], ''chap. II.'', ''l.13, 14'', 1898</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quant aux Grecs qui ont entrepris d’écrire l’histoire, comme [[w:Cadmos_de_Milet|'''Cadmos''' de ''Milet'']], [[w:Acousilaos|'''Acousilaos''' d’Argos]] et ceux qu’on cite après lui, ils n’ont vécu que peu de temps [[#Cadmos_NdT_LB|<span id="Cadmos_NdT_LB_back"><sup>1</sup></span>]] avant [[w:Guerres_médiques|''l’expédition des Perses contre la Grèce'']]. Mais bien certainement les premiers ''philosophes grecs'' qui aient traité des choses célestes et divines, comme [[w:Phérécyde_de_Syros|'''Phérécyde''' de ''Syros'']] [[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back"><sup>2</sup></span>]], '''Pythagore''' et '''Thalès'''[[#Thales_NdT_LB|<span id="Thales_NdT_LB_back"><sup>3</sup></span>]] furent, tout le monde s’accorde là-dessus, les disciples des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' avant de composer leurs courts ouvrages, et ces écrits sont aux yeux des ''Grecs'' les plus anciens de tous ; à peine même les croient-ils authentiques.</div>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cadmos_NdT_LB_back|<span id="Cadmos_NdT_LB"><sup>1.</sup></span>]] En réalité, Cadmos paraît avoir fleuri vers le milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle]] [{{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}].'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB"><sup>2</sup></span>]] Seul texte qui attribue une origine égyptienne ou chaldéenne aux doctrines de Phérécyde de Syros. Cependant [[w:Theodor_Gomperz|Gompers]], [https://archive.org/details/bub_gb_QrfVAAAAMAAJ/page/n434/mode/1up Griechische Denker, I, 430], identifie ᾿Ογηνός avec l’Ouginna babylonien.'''
</td>
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thales_NdT_LB_back|<span id="Thales_NdT_LB"><sup>3</sup></span>]] On retrouve chez [[w:Apollonios_de_Tyane|Apollonios de Tyane]] ([[w:Jamblique|Jamblique]] [[#Jamblique_back|<sup>⤵️</sup>]], Vit. Pyth. [[#Vie_de_Pythagore_back|<sup>⤵️</sup>]], 12) et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] l’idée que Thalès de Milet fut disciple des Égyptiens ; l’adjonction des Chaldéens est propre Josèphe.'''
</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Flavius Josèphe, Contre Apion</u>], ''Livre I'', [https://archive.org/details/contreapiontexte0000jose/page/n49/mode/1up?view=theater&q=Thales ''chap. 2''], traduction du grec ancien par Léon Blum, agrégé des Lettres, professeur au lycée Janson-de-Sailly, texte établi et annotée par [[w:Théodore_Reinach|Théodore Reinach]]
Membre de l’[[w:Institut_de_France|Institut]], professeur au Collège de France, 1930<br />(édition bilingue de 1911 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/Apion1.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quant aux Grecs qui ont entrepris d’écrire l’histoire, comme '''Cadmos''' de ''Milet'', '''Acousilaos''' d’''Argos'' et ceux qu’on nomme après lui, ils n’ont vécu que peu de temps[2] avant l’expédition des ''Perses'' contre la ''Grèce''. [14]. De même, les premiers ''philosophes grecs'' qui aient traité des choses célestes et divines, comme '''Phérécyde''' de ''Syros''[3], '''Pythagore''' et '''Thalès'''[4] furent, tout le monde s’accorde là dessus, les disciples des ''Égyptiens'' et des ''Chaldéens'' avant de composer leurs rares ouvrages, et ces écrits sont aux yeux des ''Grecs'' les plus anciens de tous ; à peine même les croient-ils authentiques.</div>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Cadmos_NdT_LB_back|<span id="Cadmos_NdT_LB"><sup>1.</sup></span>]] En réalité, Cadmos paraît avoir fleuri vers le milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle]] [{{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}].'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Phérécyde_de_Syros_NdT_LB_back|<span id="Phérécyde_de_Syros_NdT_LB"><sup>2</sup></span>]] Seul texte qui attribue une origine égyptienne ou chaldéenne aux doctrines de Phérécyde de Syros. Cependant [[w:Theodor_Gomperz|Gompers]], [https://archive.org/details/bub_gb_QrfVAAAAMAAJ/page/n434/mode/1up Griechische Denker, I, 430], identifie ᾿Ογηνός avec l’Ouginna babylonien.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thales_NdT_LB_back|<span id="Thales_NdT_LB"><sup>3</sup></span>]] On retrouve chez [[w:Apollonios_de_Tyane|Apollonios de Tyane]] ([[w:Jamblique|Jamblique]] [[#Jamblique_back|<sup>⤵️</sup>]], Vit. Pyth. [[#Vie_de_Pythagore_back|<sup>⤵️</sup>]], 12) et [[w:Plutarque|Plutarque]] [[#Plutarque_back|<sup>⤵️</sup>]] l’idée que Thalès de Milet fut disciple des Égyptiens ; l’adjonction des Chaldéens est propre Josèphe.'''
</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Flavius Josèphe, De l’ancienneté du peuple juif (Contre Apion)</u>, ''Livre I'', [[s:Page:Flavius_Josephe_-_Leon_Blum_-_Contre_Apion,_Leroux,_Paris,_1902.djvu/17|''Chap. 2'']], traduction de Léon Blum, agrégé des lettres, professeur au lycée du Havre, sous la direction de [[w:Théodore_Reinach|Théodore Reinach]], 1902.</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Plutarque|'''Plutarque''']] [[#Plutarque|<span id="Plutarque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:45|45]]'' <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Chéronée|Chéronée]] en [[w:Béotie|Béotie]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:125|125]]'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>)[[s:Auteur:Plutarque|<sup>📚</sup>]]
[[Fichier:Plutarch at Delphi.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Buste probable de Plutarque du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] ou [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|EC|de l’Ère Commune}}, en marbre de [[w:Marbre_de_Paros|''Paros'']].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Provenance : découvert lors de fouilles près de l’angle sud-est du [[w:Temple d'Apollon (Delphes)|''temple d’Apollon'']] de [[w:Delphes|''Delphes'']], au côté d'une [[w:Fichier:Plutarch_stele_inscription_100_AD,_AM_of_Delphi_4070060092.jpg|''stèle'']] portant une inscription gravée : ΔΕΛΦΟΙ ΧΑΙΡΩΝΕΥΣΙΝ ΟΜΟΥ ΠΛΟΥΤΑΡΧΟΝ ΕΘΗΚΑΝ ΤΟΙΣ ΑΜΦΙΚΤΥΟΝΩΝ ΔΟΓΜΑΣΙ ΠΕΙΘΟΜΕΝΟΙ — Les ''Delphiens'', avec les ''Chéronéens'', dédièrent ce(tte image de) Plutarque, suivant les préceptes de l’[[w:Amphictyonie|''Amphictyonie'']].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Salle XIV, [[w:Mus%C3%A9e_arch%C3%A9ologique_de_Delphes|''Musée archéologique de Delphes'']].]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Biographe, philosophe et moraliste grec, auteur d’une œuvre importante, comportant un ensemble varié de traités et de dialogues consacrés à des questions de philosophie morale, mais abordant aussi des sujets littéraires, politiques, scientifiques, religieux.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Plutarque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Plutarque_back|<span id="Plutarque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien πλούταρχος / ploútarkhos [[wikt:en:Πλούταρχος#Ancient_Greek|(en)]], « maître des richesses » ; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun πλοῦτος / ploûtos [[wikt:en:πλοῦτος#Ancient_Greek|(en)]], « richesses » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἀρχός / arkhós, « souverain, chef, prince »)'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
{{Boîte déroulante début|titre=Remarque|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>''' Dans la ''Vie de [[w:Lycurgue_(législateur)|Lycurgue]]'' et la ''Vie d’Agis et Cléomène'' (''Vies parallèles''), et le traité ''Un philosophe doit surtout converser avec les princes'' (''Œuvres morales''), il est fait mention d’un Thalès : il s’agit de [[w:Thalétas|Thalétas]], aussi appelé Thalès de [[w:Crète|''Crète'']], un musicien et poète, originaire de la cité de [[w:Gortyne|''Gortyne'']] en ''Crète'', et actif à la fin du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] et au début du siècle suivant.'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Vies_parallèles|Vies parallèles]] [[#Vies_parallèles|<span id="Vies_parallèles_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Recueil de 50 biographies de grands hommes de l’histoire, dont 46 présentées par paires : un ''Grec'' mis en parallèle avec un ''Romain''.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Vies parallèles|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Vies_parallèles_back|<span id="Vies_parallèles"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Βίοι Παράλληλοι / Bíoi Parállêloi'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
==== Vie de [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon|<sup>🔄</sup>]] ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Biographie de '''Solon''', qui précède celle de [[w:Publius_Valerius_Publicola_(consul_en_-509)|'''Publicola''']] [[#Publicola|<span id="Publicola_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], et avec laquelle '''Plutarque''' la compare.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Vie de Solon|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Publicola_back|<span id="Publicola"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Publius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Valerius|nomen, nom de famille}} {{Info|Publicola ou Poplicola|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}, « celui qui prend soin de l’armée. »[https://academic.oup.com/bics/advance-article/doi/10.1093/bics/qbaf002/8117642?login=false {{Info|<sup>🔍</sup>|M. Gallo, « Misinterpreting a compound name. The origin of the agnomen Publicola in Dionysius of Halicarnassus and Plutarch », Bulletin of the Institute of Classical Studies, 22 avril 2025}}].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]] de la [[w:république_romaine|''République Romaine'']], à quatre reprises : en [[w:-509|-509]], [[w:-508|-508]], [[w:-507|-507]] et [[w:-504|-504]], et l’un des instaurateurs légendaires de la ''République Romaine'' en -509, suite au viol et au suicide de [[w:Lucrèce_(dame_romaine)|Lucrèce]], une femme aristocratique ''romaine'', par [[w:Sextus_Tarquin|Sextus Tarquin]], le fils du dernier [[w:Roi_de_Rome|roi de ''Rome'']] [[w:Tarquin_le_Superbe|Tarquin le Superbe]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(date et lieu de naissance inconnu.e.s — [[w:-503|-503]], soit sur le champ de bataille pendant les [[w:Guerres_romano-sabelliennes|''guerres romano-sabelliennes'']], soit de maladie)<sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> '''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> =====
====== <div style="text-align: center;">Paragraphe III.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de '''Thalès''' ''commerçant''</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''III.''' Κωλύει δὲ οὐδὲν τὸν ἀγαθὸν καὶ πολιτικὸν ἄνδρα μήτε τῶν περιττῶν τὴν κτῆσιν ἐν σπουδῇ τίθεσθαι μήτε τῆς χρείας τῶν ἀναγκαίων καὶ ἱκανῶν καταφρονεῖν. Ἐν δὲ τοῖς τότε χρόνοις, καθ' Ἡσίοδον, ἔργον οὐδὲν ἦν ὄνειδος, οὐδὲ τέχνη διαφορὰν ἔφερεν, ἐμπορία δὲ καὶ δόξαν εἶχεν οἰκειουμένη τὰ βαρβαρικὰ καὶ προξενοῦσα φιλίας βασιλέων καὶ πραγμάτων ἐμπείρους ποιοῦσα πολλῶν. Ἔνιοι δὲ καὶ πόλεων οἰκισταὶ γεγόνασι μεγάλων, ὡς καὶ Μασσαλίας Πρῶτις ὑπὸ Κελτῶν τῶν περὶ τὸν Ῥοδανὸν ἀγαπηθείς. Καὶ Θαλῆν δέ φασιν ἐμπορίᾳ χρήσασθαι καὶ Ἱπποκράτην τὸν μαθηματικόν, καὶ Πλάτωνι τῆς ἀποδημίας ἐφόδιον ἐλαίου τινὸς ἐν Αἰγύπτῳ διάθεσιν γενέσθαι.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§3'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''III.''' Mais rien n’empêche l’homme de bien, le citoyen dévoué à son pays, de garder un juste milieu : il peut ne point s’attacher à la poursuite du superflu, sans pour cela mépriser le nécessaire et ce qui suffit à ses besoins.<br />Dans ce temps-là, pour parler comme [[w:Hésiode|'''Hésiode''']] [[#Hésiode|<span id="Hésiode_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[#Hésiode_NdT_AP|<span id="Hésiode_NdT_AP_back"><sup>1</sup></span>]], il n’y avait pas de travail qui fût honteux; aucun art ne mettait de différence entre les hommes : le négoce surtout était honoré, qui met en possession des avantages dont jouissent les étrangers, gagne l’amitié des rois, et donne une grande expérience. On a même vu des trafiquants fonder de grandes villes : ainsi [[w:Mythe_fondateur_de_Marseille|'''Protis''']] bâtit [[w:Marseille_antique|''Marseille'']], après s'être concilié l’amitié des ''Gaulois'' qui habitent les bords du [[w:Rhône#Histoire|''Rhône'']]. '''Thales''' se livra, dit-on, au négoce, ainsi qu’[[w:Hippocrate_de_Chios|'''Hippocrate''']] [[#Hippocrate|<span id="Hippocrate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] le mathématicien[[#Hippocrate_NdT_AP|<span id="Hippocrate_NdT_AP_back"><sup>2</sup></span>]] ; et [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon|<sup>🔄</sup>]] vendit de l’huile en [[w:Basse_Époque|''Égypte'']] , pour fournir aux frais de son voyage.</div>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; font-size:85%;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hésiode_NdT_AP_back|<span id="Hésiode_NdT_AP"><sup>1.</sup></span>]] Œuvres et Jours, vers 309.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Hippocrate_NdT_AP_back|<span id="Hippocrate_NdT_AP"><sup>2</sup></span>]] Cet Hippocrate n’est point connu d’ailleurs.'''
</td>
</tr>
</table>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§3'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/184/mode/1up?view=theater p.184], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Hésiode_back|<span id="Hésiode"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡσῐ́οδος / Hēsĭ́odos [[wikt:en:Ἡσίοδος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Berger sur les pentes du Mont [[w:Mont_Hélicon|Hélicon]] et un des plus grands poètes grecs. Il s’agit plus précisément d’un ''aède'' (il « chante » ses vers avec sa lyre) et un ''rhapsode'' (il « coud » des chants entre eux)[https://odysseum.eduscol.education.fr/hesiode-un-des-premiers-poetes-grecs {{Info|<sup>🔍</sup>|Hésiode, un des premiers poètes grecs - Odysseum, la maison numérique des Humanités}}].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hippocrate_back|<span id="Hippocrate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῐ̔πποκρᾰ́της / Hĭppokrắtēs [[wikt:en:Ἱπποκράτης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / hĭ́ppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « cheval »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun κρᾰ́τος / krắtos [[wikt:en:κράτος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Puissance, force. 2. Acte de force, acte de bravoure. 3. (au pluriel) Actes de violence. 4. Domination, pouvoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal -ης / -ēs.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Mathématicien (géomètre) et astronome « para-pythagoricien », dont l’œuvre ne nous est pas parvenue.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA764&vq=Hippocrate&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA764#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §151 - Hippocrate de Chios}}]'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: center; margin: 0 2em;">'''II. Dans sa jeunesse il se livre au commerce maritime; la modicité de sa fortune et son goût pour la sagesse l’y décident. Faveur du commerce à cette époque ; grands noms qui l’ont illustré.'''<br /><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais rien n’empêche qu’un homme de bien, un sage politique tienne à cet égard un juste milieu, et que sans rechercher des richesses superflues, il ne méprise pas celles qui sont nécessaires et qui suffisent. Dans ce temps-là, comme dit [[w:Hésiode|'''Hésiode''']], aucun travail n’était regardé comme honteux; aucun art ne mettait de différence entre les hommes. Le commerce maritime surtout était honorable; il ouvrait des communications utiles avec les nations étrangères, procurait des alliances avec les rois, et donnait une grande expérience. On a même vu des commerçants fonder de grandes villes. Ainsi '''Protus''' gagna l’amitié des Gaulois qui habitaient les bords du ''Rhône'', et bâtit ''Marseille''. '''Thalès''' et '''Hippocrate''' le mathématicien firent aussi le commerce ; et '''Platon''' vendit de l’huile en ''Égypte'' pour fournir aux frais de son voyage.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Mais rien n’empêche l’homme de-bien et l’homme politique ni se mettre en souci (rechercher) l’acquisition des choses superflues, ni mépriser l’usage des choses nécessaires et suffisantes. Or dans les temps d’alors, selon '''Hésiode''', aucun travail n’était sujet-de-honte, ni aucun métier n’apportait de différence entre les citoyens mais même le commerce-maritime avait de la gloire, rendant-amies les nations-barbares, et procurant des amitiés de rois, et faisant les hommes expérimentés d’affaires nombreuses. Et quelques-uns aussi sont devenus fondateurs de grandes villes, comme aussi le '''Protus''' de ''Marseille'' ayant été aimé par les ''Celtes'' ceux autour du ''Rhône''. Et on dit aussi '''Thalès''', avoir fait-usage du commerce-maritime et '''Hippocrate''' le mathématicien, et la vente d'une certaine huile en ''Égypte'' avoir été pour '''Platon''' ressource du voyage.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f16.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
====== <div style="text-align: center;">Paragraphe IV.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la sagesse de '''Thalès''' en ''philosophie naturelle''</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IV.''' Φιλοσοφίας δὲ τοῦ ἠθικοῦ μάλιστα τὸ πολιτικόν, ὥσπερ οἱ πλεῖστοι τῶν σοφῶν, ἠγάπησεν. Ἐν δὲ τοῖς φυσικοῖς ἁπλοῦς ἐστι λίαν καὶ ἀρχαῖος, ὡς δῆλον ἐκ τούτων· [...].<br /><p style="text-indent: 15px">Καὶ ὅλως ἔοικεν ἡ Θάλεω μόνου σοφία τότε περαιτέρω τῆς χρείας ἐξικέσθαι τῇ θεωρίᾳ· τοῖς δὲ ἄλλοις ἀπὸ τῆς πολιτικῆς ἀρετῆς τοὔνομα τῆς σοφίας ὑπῆρξε.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§4'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f20.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''IV.''' Il s’attacha, comme presque tous les sages d’alors, à cette partie de la philosophie morale qui traite de la politique. Pour la philosophie naturelle, il en était aux rudiments, et aux notions du vieux temps sans plus; [...].<br /><p style="text-indent: 15px;">Aussi bien n’y eut-il, en somme, que '''Thalès''' dont la science dépassât alors les notions d’un usage vulgaire : tous les autres ne durent qu’à leurs connaissances politiques leur réputation de sagesse.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§4'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">A l’exemple des sages de son temps, il cultiva principalement cette partie de la morale qui traite de la politique. Il n’avait en physique que des connaissances très-superficielles, et en était aux premiers éléments de cette science, [...].<br/><p style="text-indent: 15px">En général '''Thalès''' fut, de tous les sages d’alors, le seul qui porta au delà des besoins de la vie la théorie des sciences ; tous les autres ne durent qu’à leurs connaissances politiques leur réputation de sagesse.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f20.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Mais de la partie morale de la philosophie il embrassa surtout la partie politique, comme la plupart des sages d’alors. Mais dans les sciences physiques il est extrêmement simple (ignorant) et primitif, [...]. Et en-un-mot la science de '''Thalès''' seul paraît s’être avancée alors par la théorie plus loin que le besoin ; et le nom de la science a appartenu aux autres par-suite des qualités politiques.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f21.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
====== <div style="text-align: center;">Paragraphe V.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Version alternative du récit de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bathyclès_back|<sup>🔄</sup>]] par [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_back|<sup>🔄</sup>]].</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Γενέσθαι δὲ μετ' ἀλλήλων ἔν τε Δελφοῖς ὁμοῦ λέγονται καὶ πάλιν ἐν Κορίνθῳ, Περιάνδρου σύλλογόν τινα κοινὸν αὐτῶν καὶ συμπόσιον κατασκευάσαντος. Ἔτι δὲ μᾶλλον εἰς ἀξίωμα καὶ δόξαν αὐτοὺς κατέστησεν ἡ τοῦ [[w:τρίπους#Grec_ancien|'''τρίποδος''']] περίοδος καὶ διὰ πάντων ἀνακύκλησις καὶ ἀνθύπειξις μετ' εὐμενείας φιλοτίμου γενομένη. Κῴων γάρ, ὥς φασι, καταγόντων σαγήνην, καὶ ξένων ἐκ Μιλήτου πριαμένων τὸν βόλον οὔπω φανερὸν ὄντα, χρυσοῦς ἐφάνη τρίπους ἑλκόμενος, ὃν λέγουσιν Ἑλένην πλέουσαν ἐκ Τροίας αὐτόθι καθεῖναι χρησμοῦ τινος ἀναμνησθεῖσαν παλαιοῦ. Γενομένης δὲ τοῖς ξένοις πρῶτον ἀντιλογίας πρὸς τοὺς ἁλιέας περὶ τοῦ τρίποδος, εἶτα τῶν πόλεων ἀναδεξαμένων τὴν διαφορὰν ἄχρι πολέμου προελθοῦσαν, ἀνεῖλεν ἀμφοτέροις ἡ Πυθία τῷ σοφωτάτῳ τὸν τρίποδα ἀποδοῦναι. Καὶ πρῶτον μὲν ἀπεστάλη πρὸς Θαλῆν εἰς Μίλητον, ἑκουσίως τῶν Κῴων ἑνὶ δωρουμένων ἐκείνῳ περὶ οὗ πρὸς ἅπαντας ὁμοῦ Μιλησίους ἐπολέμησαν. Θάλεω δὲ Βίαντα σοφώτερον ἀποφαίνοντος αὑτοῦ πρὸς ἐκεῖνον ἧκεν· ἀπ' ἐκείνου δ' αὖθις ἀπεστάλη πρὸς ἄλλον ὡς σοφώτερον. Εἶτα περιϊὼν καὶ ἀναπεμπόμενος οὕτως ἐπὶ Θαλῆν τὸ δεύτερον ἀφίκετο, καὶ τέλος εἰς Θήβας ἐκ Μιλήτου κομισθεὶς τῷ Ἰσμηνίῳ Ἀπόλλωνι καθιερώθη. Θεόφραστος δέ φησι,πρῶτον μὲν εἰς Πριήνην Βίαντι τὸν τρίποδα πεμφθῆναι, δεύτερον δ' εἰς Μίλητον Θαλῇ Βίαντος ἀποπέμψαντος· οὕτω δὲ διὰ πάντων πάλιν εἰς Βίαντα περιελθεῖν, τέλος δὲ εἰς Δελφοὺς ἀποσταλῆναι. Ταῦτα μὲν οὖν ὑπὸ πλειόνων τεθρύληται, πλὴν ὅτι τὸ δῶρον ἀντὶ τοῦ τρίποδος οἱ μὲν φιάλην ὑπὸ Κροίσου πεμφθεῖσαν, οἱ δὲ ποτήριον Βαθυκλέους ἀπολιπόντος εἶναι λέγουσιν.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§5'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f22.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' On raconte que les sept sages se réunirent une fois à [[w:Delphes|''Delphes'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Delphes_back|<sup>🔄</sup>]], et une autre fois à [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Corinthe_back|<sup>🔄</sup>]], où [[w:Périandre|'''Périandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Périandre_back|<sup>🔄</sup>]] les avait convoqués pour leur offrir un banquet. Rien ne contribua tant à leur réputation et à leur gloire, que le renvoi qu’ils se firent successivement l’un à l’autre du trépied d’or, et l’honorable humilité avec laquelle ils refusèrent le prix tour à tour. Des hommes de [[w:Kos_(Dodécanèse)#Kos_à_l'époque_hellénistique|''Cos'']] [[#Cos|<span id="Cos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] venaient, dit-on, de jeter leur filet en mer : des étrangers de ''Milet'' achetèrent le coup, avant que les pêcheurs y eussent regardé. Il se trouva, dans le filet, un trépied d’or qu’[[w:Hélène_(mythologie)|'''Hélène''']] [[#Hélène|<span id="Hélène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], à ce qu’on prétend, pour obéir à un ancien oracle, avait jeté dans la mer à son retour de [[w:Troie|''Troie'']] [[#Troie|<span id="Troie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]]. Ce fut un sujet de débat, d’abord entre les pêcheurs et les étrangers, ensuite entre les deux villes, qui prirent parti dans la querelle : la guerre allait s’allumer, lorsque la [[w:Pythie|''Pythie'']] [[#Pythie|<span id="Pythie_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], que les deux partis avaient consultée, commanda de donner le trépied au plus sage. On l’envoya d’abord à ''Milet'', pour '''Thalès''', et ceux de ''Cos'' cédèrent sans peine à un seul particulier ce qu’ils allaient disputer par les armes à tous les ''Milésiens'' ensemble. '''Thalès''' déclara que [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bias_back|<sup>🔄</sup>]] était plus sage que lui, et le lui fit passer. '''Bias''', avec la même modestie, le fit passer à un autre; et le trépied, après avoir été envoyé successivement à tous les sept, revint une seconde fois à '''Thalès'''. Enfin, il fut transporté de ''Milet'' à [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']] [[#Thèbes|<span id="Thèbes_back"><sup>'''V'''</sup></span>]], et consacré à Apollon [[w:en:Ismenus|''Isménien'']]. Cependant [[w:Théophaste|'''Théophaste''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Théophaste_back|<sup>🔄</sup>]] dit qu’on envoya le trépied d’abord à '''Bias''', dans ''Priène'' ; que '''Bias''' le fit porter à '''Thalès''' ; qu’après avoir passé alternativement chez tous les sages, il revint à '''Bias''', et qu’il finit par être envoyé à ''Delphes''. Telle est la tradition commune : seulement quelques-uns prétendent qu’il s’agissait de décerner non point un trépied, mais un vase que [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Crésus_back|<sup>🔄</sup>]] avait envoyé ; et, suivant d’autres, c’était une coupe, héritage de '''Bathyclès'''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§5'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cos_back|<span id="Cos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῶς / Kôs [[wikt:en:Κῶς#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque l’archipel du [[w:Dodécanèse|''Dodécanèse'']], au Sud-Est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']], au large des côtes ''turques''.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hélène_back|<span id="Hélène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑλένη / Helénē [[wikt:en:Ἑλένη#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Fille de [[w:Zeus|Zeus]] et de [[w:Léda (mythologie)|Léda]], considérée comme la plus belle femme du monde, uniquement surpassée par la déesse [[w:Aphrodite|Aphrodite]]. Elle est mariée à [[w:Ménélas|Ménélas]], roi de [[w:Sparte|Sparte]], et est enlevée par [[w:Pâris|Pâris]], prince [[w:Troie|''troyen'']] [[#Troie|<sup>'''III'''</sup>]], ce qui déclencha la [[w:guerre de Troie|guerre de Troie]] qui opposa ''Grecs'' et ''Troyens''.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Troie_back|<span id="Troie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τροίᾱ / Troíā [[wikt:en:Τροία#Ancient_Greek|(en)]] ; [[w:Troie#Toponymie|''toponymie incertaine'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Cité semi-légendaire, située sur la colline d’''[[w:site archéologique de Troie|{{lang|tr|Hisarlık}}]]'', à l’entrée de l’''[[w:Hellespont|Hellespont]]'', non loin de la ''[[w:mer Égée|mer Égée]]'', au nord-ouest de la ''péninsule anatolienne'', dans la région ''[[w:Troade|Troade]]'' en ''[[w:Asie Mineure|Asie Mineure]]''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le site a fait l’objet de nombreuses campagnes de fouilles, à la suite de celles entreprises par [[w:Heinrich Schliemann|Heinrich Schliemann]] en 1870, ponctuées par des découvertes fortement médiatisées, qui ont popularisé son identification avec la Troie homérique (qui reste un sujet de débat en l’absence de preuve décisive), le lieu principal des événements du ''[[w:cycle troyen|cycle troyen]]'' rapportés dans les ''[[w:Épopée|poèmes épiques]]'' ''[[w:Homère|homériques]]'' l’''[[w:Iliade|Iliade]]'' et l’''[[w:Odyssée|Odyssée]]''.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pythie_back|<span id="Pythie"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Πῡθῐ́ᾱ / Pūthĭ́ā,<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Πῡθώ / Pūthṓ, « [[w:Delphes#Histoire_du_site|''Pythô'']], ancien nom de ''Delphes'' » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival féminin -ῐος / -ĭos [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]], « relatif à, appartenant à (de) ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Divination_dans_la_Grèce_antique|''Oracle'']] du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] à ''Delphes''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:XIVe_siècle_av._J.-C.|XIV<sup>ème</sup>]]/[[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}} — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Thèbes_back|<span id="Thèbes"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θῆβαι / Thêbai [[w:Θῆβαι#Ancient_Greek|(en)]], désigne indistinctement la cité ''grecque'' comme [[w:Thèbes_(Égypte)|celle ''égyptienne'']] ; mais leur étymologie diffère : pour celle de la cité grecque, de l’[[w:Ionien-attique|''ionien-attique'']] Θήβη / Thḗbē ; du grec mycénien 𐀳𐀣 / te-qa (/Tʰēgʷā/) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque de la région de [[w:Béotie#Antiquité|''Béotie'']], au centre de la ''Grèce''.'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">On raconte que les sept sages se trouvèrent un jour ensemble à ''Delphes'', et une autre fois à ''Corinthe'', chez '''Périandre''', qui les avait réunis pour un banquet. Rien ne contribua autant à leur réputation et à leur gloire, que la modestie empressée avec laquelle ils se renvoyèrent l’un à l’autre le trépied d’or. Des ''Milésiens'' qui se trouvaient à l’île de ''Cos'', avaient acheté d’avance de quelques pêcheurs ce que retirerait de l’eau le filet qu’ils allaient y jeter. Quand on l’eut tiré, il s’y trouva un trépied d’or qu’'''Hélène''', à ce qu’on prétend, pour obéir à un oracle, avait jeté dans la mer, à son retour de ''Troie''. Cet incident donna lieu à une vive dispute d’abord entre les pêcheurs et les étrangers, ensuite entre les deux villes, qui prirent parti dans la querelle et étaient près d’en venir aux mains, lorsque la ''Pythie'' consultée leur ordonna de porter ce trépied au plus sage. On l’envoya d’abord à '''Thalès''', et ceux de ''Cos'' cédèrent sans peine à un seul particulier ce qu’ils allaient disputer par les armes à tous les ''Milésiens'' ensemble. '''Thalès''' le renvoya à '''Bias''', qui, disait-il, était plus sage que lui ; '''Bias''', avec la même modestie, le fit passer à un autre ; et après avoir été envoyé successivement à tous les sept, il revint une seconde fois à '''Thalès''' : enfin il fut porté à ''Thèbes'', et consacré à ''Apollon Isménien''. '''Théophraste''' dit qu’on l’envoya d’abord à '''Bias''', qui demeurait à ''Priène'' ; que '''Bias''' le fit porter à '''Thalès''' ; qu’après avoir été envoyé alternativement à tous les sages, il revint à '''Bias''', et qu’enfin il fut porté à ''Delphes''. Telle est la tradition la plus commune sur ce fait ; seulement quelques auteurs disent que ce n’était pas un trépied, mais un vase que '''Crésus''' envoyait à ''Delphes''; suivant d’autres, c’était une coupe que '''Bathyclès''' avait laissée.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f22.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Or ils (les sept sages) sont dits s’être trouvés aussi ensemble les uns avec les autres et à ''Delphes'' et de nouveau à ''Corinthe'', '''Périandre''' ayant préparé une certaine réunion commune d’eux et un banquet. Or le tour du trépied, et sa circulation à travers tous et sa cession se faisant avec une bienveillance pleine-d’émulation mit eux encore davantage en considération et renommée. Car des ''habitants-de-Cos'', comme on dit, jetant le filet, et des hôtes venus de ''Milet'' ayant acheté le coup qui n’était pas encore apparent, un trépied d’-or apparut étant retiré, lequel on dit '''Hélène''' naviguant pour revenir de ''Troie'' avoir jeté là, s’étant souvenue d’un certain oracle ancien. Mais une contestation ayant eu lieu d’abord aux hôtes vis-à-vis des pécheurs au sujet du trépied, ensuite les villes ayant pris-sur-elles le différend qui alla jusqu'à une guerre, la ''Pythie'' répondit aux-uns-et-aux-autres de donner le trépied au plus sage des hommes. Et d’abord il fut envoyé à '''Thalès''' à ''Milet'', les ''habitants-de-Cos'' donnant volontairement à celui-là seul le trépied, au sujet duquel ils avaient fait-la-guerre contre tous les ''Milésiens'' à-la-fois. Mais '''Thalès''' déclarant '''Bias''' plus sage que lui-même, il renvoya vers celui-là. Et de nouveau il fut envoyé par celui-là vers un autre, comme plus sage. Ensuite faisant-le-tour et étant envoyé-successivement ainsi il arriva pour la seconde fois à '''Thalès''' ; et à la fin transporté de ''Milet'' à ''Thèbes'', il fut consacré à ''Apollon Isménien''. Mais '''Théophraste''' dit le trépied avoir été envoyé d’abord à la vérité à ''Priène'' à '''Bias''', mais en-second-lieu à ''Milet'' à '''Thalès''', '''Bias''' l’ayant renvoyé ; et ainsi à travers tous (de l’un à l’autre) être venu-en-faisant-le-tour de nouveau à '''Bias''', et à la fin avoir été envoyé à ''Delphes''. Ces choses donc ont été répandues par plusieurs, excepté qu’ils disent le présent au lieu du trépied les uns être un vase à boire envoyé par '''Crésus''', les autres une coupe. '''Bathyclès''' rayant laissée (laissée par '''Bathyclès''').
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f23.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit d’une entrevue de '''Thalès''' avec '''Solon''', de son stoïcisme, de son célibat et de l’adoption du fils de sa sœur, '''Cybistus'''.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> '''VI.''' Ἰδίᾳ δ' Ἀναχάρσεώς τε πρὸς Σόλωνα καὶ πάλιν Θάλεω συνουσίαν τινὰ καὶ λόγους ἀναγράφουσι τοιούτους. [...]<br /><p style="text-indent: 15px"> '''VII.''' Πρὸς Θαλῆν δ' εἰς Μίλητον ἐλθόντα τὸν Σόλωνα θαυμάζειν ὅτι γάμου καὶ παιδοποιΐας τὸ παράπαν ἠμέληκε. Καὶ τὸν Θαλῆν τότε μὲν σιωπῆσαι, διαλιπόντα δ' ὀλίγας ἡμέρας ἄνδρα παρασκευάσαι ξένον, ἀρτίως ἥκειν φάσκοντα δεκαταῖον ἐξ Ἀθηνῶν. Πυθομένου δὲ τοῦ Σόλωνος εἰ δή τι καινὸν ἐν ταῖς Ἀθήναις, δεδιδαγμένον ἃ χρὴ λέγειν τὸν ἄνθρωπον, « οὐδέν,» εἰπεῖν, « ἕτερον, εἰ μὴ νὴ Δία νεανίσκου τινὸς ἦν ἐκφορὰ καὶ προὔπεμπεν ἡ πόλις. Ἦν γὰρ υἱός, ὡς ἔφασαν, ἀνδρὸς ἐνδόξου καὶ πρωτεύοντος ἀρετῇ τῶν πολιτῶν· οὐ παρῆν δέ, ἀλλ' ἀποδημεῖν ἔφασαν αὐτὸν ἤδη πολὺν χρόνον.» « Ὡς δυστυχὴς ἐκεῖνος,» φάναι τὸν Σόλωνα. « Τίνα δὲ ὠνόμαζον αὐτόν;» « ἤκουσα,» φάναι, « τοὔνομα,» τὸν ἄνθρωπον, « ἀλλ' οὐ μνημονεύω· πλὴν ὅτι πολὺς λόγος ἦν αὐτοῦ σοφίας καὶ δικαιοσύνης.» Οὕτω δὴ καθ' ἑκάστην ἀπόκρισιν τῷ φόβῳ προσαγόμενον τὸν Σόλωνα καὶ τέλος ἤδη συντεταραγμένον αὐτὸν ὑποβάλλειν τοὔνομα τῷ ξένῳ, πυνθανόμενον μὴ Σόλωνος ὁ τεθνηκὼς υἱὸς ὠνομάζετο. Φήσαντος δὲ τοῦ ἀνθρώπου, τὸν μὲν ὁρμῆσαι παίειν τὴν κεφαλὴν καὶ τἆλλα ποιεῖν καὶ λέγειν ἃ συμβαίνει τοῖς περιπαθοῦσι, τὸν δὲ Θαλῆν ἐπιλαβόμενον αὐτοῦ καὶ γελάσαντα, « ταῦτά τοι,» φάναι, « ὦ Σόλων, ἐμὲ γάμου καὶ παιδοποιΐας ἀφίστησιν, ἃ καὶ σὲ κατερείπει τὸν ἐρρωμενέστατον. Ἀλλὰ θάρρει τῶν λόγων ἕνεκα τούτων· οὐ γάρ εἰσιν ἀληθεῖς.» ταῦτα μὲν οὖν Ἕρμιππος ἱστορεῖν φησι Πάταικον, ὃς ἔφασκε τὴν Αἰσώπου ψυχὴν ἔχειν.<br /><p style="text-indent: 15px">'''VIII.''' Ἄτοπος δὲ καὶ ἀγεννὴς ὁ τῷ φόβῳ τῆς ἀποβολῆς τὴν κτῆσιν ὧν χρὴ προϊέμενος· οὕτω γὰρ ἄν τις οὐ πλοῦτον, οὐ δόξαν, οὐ σοφίαν ἀγαπήσειε παραγενομένην, δεδιὼς στέρεσθαι. Καὶ γὰρ ἀρετήν, ἧς κτῆμα μεῖζον οὐδὲν οὐδ' ἥδιον, ἐξισταμένην ὑπὸ νόσων καὶ φαρμάκων ὁρῶμεν· αὐτῷ τε '''Θαλῇ''' μὴ γήμαντι πλέον οὐδὲν εἰς ἀφοβίαν, εἰ μὴ καὶ φίλων κτῆσιν ἔφυγε καὶ οἰκείων καὶ πατρίδος. Ἀλλὰ καὶ παῖδα θετὸν ἔσχε ποιησάμενος αὐτὸς τὸν τῆς ἀδελφῆς, ὥς φασι, '''Κύβισθον'''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§§6-8'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="margin: 0 2em; text-align: justify; direction: ltr;">'''VI.''' '''Solon''' connut [[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anacharsis_back|<sup>🔄</sup>]] et '''Thalès''', et l’on cite des mots qui s’étaient dits dans leurs entrevues. <br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''Solon''' alla à ''Milet'', pour voir '''Thalès''' : là, il lui témoigna sa surprise dans ce qu’il n’avait jamais voulu se marier et avoir des enfants. '''Thalès''' ne répondit rien sur l’heure; mais, quelques jours après, il fit paraître un étranger, qui disait arriver d’''Athènes'', et qu’il n’en était parti que depuis dix jours. '''Solon''' demanda à cet homme s’il n’y avait rien de nouveau à ''Athènes''. Celui-ci, à qui '''Thalès''' avait fait la leçon, répondit qu’il n’y avait rien de nouveau , sinon la mort d’un jeune homme dont toute la ville menait les funérailles. C’était, en effet, à ce qu’on disait, le fils d’un personnage considérable, d’une vertu éprouvée : le père n’était pas alors à ''Athènes'', et il voyageait depuis longtemps. « L’infortuné père! s’écria '''Solon'''. Mais comment s’appelait-il? — Je l’ai entendu nommer, répondit l’étranger, mais j’ai oublié son nom ; je me souviens seulement qu’on ne parlait que de sa sagesse et de sa justice. » A chacune de ces réponses, '''Solon''' sentait augmenter ses craintes; enfin, ne se possédant plus , il suggéra le nom à l’étranger, et lui demanda si le mort n’était pas le fils de '''Solon'''. « Oui. » répondit l’étranger. A cette parole, '''Solon''' se frappa la tête, et il se mit à faire et à dire tout ce qu’inspire une douleur violente. Alors '''Thalès''' lui prit la main, et lui dit en riant : « Voilà, '''Solon''', ce qui m’éloigne de me marier et d’avoir des enfants. J’ai redouté le coup sous lequel tu fléchis, toi le plus ferme des hommes. Mais rassure-toi; car il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on vient de te dire. » [[w:Hermippe_de_Smyrne|'''Hermippus''']] [[#Hermippe|<span id="Hermippe_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] rapporte cette histoire d’après '''Patécus''', celui qui prétendait avoir hérité de l’âme d’[[w:Ésope|'''Ésope''']] [[#Ésope|<span id="Ésope_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].<br /><p style="text-indent: 15px">Pourtant il y a faute de sens et de cœur à refuser d’acquérir les choses nécessaires, par la crainte de les perdre. A ce compte, on devra n’aimer ni la richesse, ni la gloire, ni la sagesse, quand on les possède, de peur d’en être privé. En effet, la vertu, le plus grand des biens et le plus doux, nous quitte quelquefois par l’action de certaines maladies ou de certains breuvages. '''Thalès''' lui-même, en ne se mariant point, n’était pas pour cela à l’abri de la crainte, à moins qu’il n'eût renoncé aussi à ses parents, à ses amis, à sa patrie. Mais il n’en était rien : il avait adopté, dit-on, '''Cybisthus''', le fils de sa sœur.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§6'', [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Hermippe_back|<span id="Hermippe"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre [[w:Nom_théophore|''théophore'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#théophore_back|<sup>🔄</sup>]] grec ancien Ἕρμιππος / Hérmippos [[wikt:en:Ἕρμιππος#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « Hermès » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἵππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « cheval » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">« Péripatéticien » grec, disciple de [[w:Callimaque_de_Cyr%C3%A8ne|Callimaque de ''Cyrène'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Callimaque_back|<sup>🔄</sup>]], auteur de nombreuses biographies toutes perdues, mais listées par plusieurs auteurs.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA497&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §86 - Hermippe de Smyrne}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Ésope_back|<span id="Ésope"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Αἴσωπος / Aísōpos [[wikt:en:Αἴσωπος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun αἶσα / aîsa, « destin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ὄψ / óps, « voix »;<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Auteur grec de fable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA497&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA240#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §60 - Ésope(Αἴσωπος)}}]'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Voici les particularités qu’on raconte d’une entrevue de '''Solon''' avec '''Anacharsis''', et d’un entretien qu’il eut avec '''Thalès'''.<br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VI.''' '''Solon''', étant allé à ''Milet'' pour voir '''Thalès''', lui témoigna sa surprise de ce qu’il n’avait jamais voulu se marier et avoir des enfants. '''Thalès''' ne lui répondit rien dans le moment; mais ayant laissé passer quelques jours, il fit paraître un étranger qui disait arriver d’''Athènes'', d’où il était parti depuis dix jours. '''Solon''' lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau, lorsqu’il en était parti. Cet homme, à qui '''Thalès''' avait fait la leçon, lui répondit qu’il n’y avait autre chose que la mort d’un jeune homme dont toute la ville accompagnait le convoi. C’était, disait-on, le fils d’un des premiers et des plus vertueux citoyens, qui n'’était pas alors à ''Athènes'' et qui voyageait depuis longtemps, « Le malheureux père! s’écria Solon. Comment s’appelle-t-il? ― Je l’ai entendu nommer, répondit l’étranger; mais j’ai oublié son nom; je me souviens seulement qu’on ne parlait que de sa sagesse et de sa justice. » A chacune de ces réponses, les craintes de '''Solon''' augmentaient; enfin, troublé, hors de lui-même, il suggéra le nom à l’étranger, et lui demanda si ce jeune homme n’était pas le fils de '''Solon'''. « C’est lui-même, » dit l’autre. A cette parole, '''Solon''', se frappant la tête, se mit à faire et à dire tout ce que la douleur la plus violente peut inspirer. Alors '''Thalès''' l’arrêta et lui dit en souriant : « Voilà, '''Solon''', ce qui m’a éloigné de me marier et d’avoir des enfants; j’ai redouté le coup qui vous accable aujourd’hui, et contre lequel toute votre fermeté est impuissante. Mais rassurez-vous ; il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on vient de vous dire. » '''Hermippus''' rapporte cette histoire d’après le récit qu’en fait '''Patécus''', qui prétendait avoir hérité de l’âme d’'''Ésope'''.<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VII.''' Cependant c’est manquer de sens et de courage que de renoncer à acquérir des choses nécessaires par la crainte de les perdre. A ce compte, il ne faudrait aimer ni la richesse, ni la gloire, ni la sagesse, quand on les possède, de peur d’en être privé. La vertu même, le plus grand et le plus agréable des biens, se perd souvent par l’effet. de quelques maladies ou de certains breuvages. '''Thalès''' lui-même, en ne se mariant point, n’était pas à l’abri de toute crainte, à moins qu’il ne renonçât aussi à ses parents, à ses amis et à sa patrie. Mais au contraire, il avait adopté '''Cybistus''', le fils de sa sœur.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''V.''' Mais en particulier on rapporte une certaine entrevue et de tels discours et d’'''Anacharsis''' à '''Solon''' et une-autre-fois de '''Thalès'''.<br /><p style="text-align: center"> [...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">'''VI.''' Et on raconte '''Solon''' étant venu vers '''Thalès''' à ''Milet'' s’étonner de ce qu’il avait négligé absolument le mariage et la création-d’enfants. Et '''Thalès''' alors à la vérité s’être tu, mais ayant laissé-d’intervalle peu-de jours, avoir aposté un homme étranger, disant être arrivé récemment parti-depuis-dix-jours d’''Athènes''. Et '''Solon''' s’étant informé si donc il y a quelque chose de nouveau à ''Athènes'', l’homme instruit des choses qu’il faut dire n’avoir dit aucune autre chose, si ce n’est :<br /><p style="text-indent: 15px"> « Par '''Jupiter''', il y avait le convoi d’un certain jeune-homme, et la ville l’accompagnait. Car il était fils, comme on disait, d’un homme illustre et étant-le-premier des citoyens par la vertu; mais il n’était-pas-présent, mais on disait lui être-en-voyage depuis un temps déjà long.<br /><p style="text-align: left; text-indent: 15px">― Combien cet homme-là est malheureux! avoir dit '''Solon'''. Mais quel (comment) appelaient-ils lui ?<br /><p style="text-align: left; text-indent: 15px">― J’ai entendu le nom, avoir dit l’homme (répondit l’étranger), mais je ne me le rappelle pas; excepté qu’un discours fréquent était de la sagesse et de la justice de lui. »<br /><p style="text-indent: 15px">'''Solon''' donc étant-approché ainsi de-la crainte à chaque réponse, et à la fin déjà étant tout-troublé, lui-même avoir suggéré le nom à l’étranger, demandant si le mort n’était pas nommé fils de '''Solon'''. Et l’homme ayant dit-oui, celui-ci ('''Solon''') avoir commencé à frapper sa tête, et à faire et à dire les autres choses, qu’il arrive de faire et de dire à ceux affligés-à-l’excès. Mais '''Thalès''' ayant arrêté lui, et ayant ri, avoir dit :<br /><p style="text-indent: 15px">« Ces choses donc, ô '''Solon''', écartent moi du mariage et de la création-d’enfants, lesquelles abattent même toi le très-fort. Mais aie-confiance quant-à ces discours: car ils ne sont pas vrais. »<br /><p style="text-indent: 15px">'''Hermippe''' donc dit '''Patécus''', qui disait-souvent avoir l’âme d’'''Ésope''', raconter ces choses. <br /><p style="text-indent: 15px">'''VII.''' Or il est absurde et dépourvu de courage celui rejetant par la crainte de la perte l’acquisition des choses qu’il faut; car ainsi quelqu’un n’aimerait pas la richesse, n’aimerait pas la gloire, n’aimerait pas la sagesse étant survenue à lui, craignant (par crainte) d’en être privé. Et en effet nous voyons la vertu, au prix de laquelle aucune possession n’est plus grande, ni plus agréable, déplacée (chassée) par des maladies et des breuvages; et rien de plus n’être pour l’exemption-de-crainte à '''Thalès''' lui-même ne s’étant pas marié, s’il n’avait pas évité la possession et d’amis et de parents et de patrie. Mais même il eut un fils adoptif se l’étant fait tel lui-même, celui de sa sœur, comme on dit '''Cybisthe'''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f27.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
====== <div style="text-align: center;">Paragraphe XV.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Testament d’inhumation de '''Thalès'''.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XV.''' Καὶ φόβοι τινὲς ἐκ δεισιδαιμονίας ἅμα καὶ φάσματα κατεῖχε τὴν πόλιν, οἵ τε μάντεις ἄγη καὶ μιασμοὺς δεομένους καθαρμῶν προφαίνεσθαι διὰ τῶν ἱερῶν ἠγόρευον. Οὕτω δὴ μετάπεμπτος αὐτοῖς ἧκεν ἐκ Κρήτης Ἐπιμενίδης ὁ Φαίστιος, ὃν ἕβδομον ἐν τοῖς σοφοῖς καταριθμοῦσιν ἔνιοι τῶν οὐ προσιεμένων τὸν Περίανδρον. Ἐδόκει δέ τις εἶναι θεοφιλὴς καὶ σοφὸς περὶ τὰ θεῖα τὴν ἐνθουσιαστικὴν καὶ τελεστικὴν σοφίαν, διὸ καὶ παῖδα νύμφης ὄνομα Βάλτης καὶ Κούρητα νέον αὐτὸν οἱ τότε ἄνθρωποι προσηγόρευον. <br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Τὸ δὲ μέγιστον, ἱλασμοῖς τισι καὶ καθαρμοῖς καὶ ἱδρύσεσι κατοργιάσας καὶ καθοσιώσας τὴν πόλιν ὑπήκοον τοῦ δικαίου καὶ μᾶλλον εὐπειθῆ πρὸς ὁμόνοιαν κατέστησε. Λέγεται δὲ τὴν Μουνυχίαν ἰδὼν καὶ καταμαθὼν πολὺν χρόνον, εἰπεῖν πρὸς τοὺς παρόντας ὡς τυφλόν ἐστι τοῦ μέλλοντος ἄνθρωπος· ἐκφαγεῖν γὰρ ἂν Ἀθηναίους τοῖς αὑτῶν ὀδοῦσιν, εἰ προῄδεσαν ὅσα τὴν πόλιν ἀνιάσει τὸ χωρίον· ὅμοιον δέ τι καὶ Θαλῆν εἰκάσαι λέγουσι· κελεῦσαι γὰρ αὐτὸν ἔν τινι τόπῳ τῆς Μιλησίας φαύλῳ καὶ παρορωμένῳ τελευτήσαντα θεῖναι, προειπὼν ὡς ἀγορά ποτε τοῦτο Μιλησίων ἔσται τὸ χωρίον. Ἐπιμενίδης μὲν οὖν μάλιστα θαυμασθείς, καὶ χρήματα διδόντων πολλὰ καὶ τιμὰς μεγάλας τῶν Ἀθηναίων, οὐδὲν ἢ θαλλὸν ἀπὸ τῆς ἱερᾶς ἐλαίας αἰτησάμενος καὶ λαβὼν ἀπῆλθεν.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], ''chap. II'', ''§15'', traduction par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844<br />(également disponible une édition de 1853 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solonpierrron.htm ici] et de 1862 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f26.item là])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="margin: 0 2em; text-align: justify; direction: ltr;">'''XV.''' Au chagrin que ces pertes causèrent à ceux-ci [les ''Athéniens''], se joignirent des craintes superstitieuses dont la ville [''Athènes''] fut frappée, et qui venaient d’apparitions de spectres et de fantômes. Les devins déclarèrent aussi que l’état des victimes qu’ils avaient offertes annonçait des crimes et des profanations qu’il fallait expier. On fit donc venir de ''Crète'' [[w:Épiménide|'''Épiménide''']] [[#Épiménide|<span id="Épiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] le [[w:Phaistos|''Phestien'']] [[#Phaistos|<span id="Phaistos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], qui est mis au nombre des sept sages par ceux qui n’y comptent pas '''Périandre'''. Il passait pour un homme chéri des dieux, doué d’une grande sagesse, fort instruit des choses divines, surtout versé dans la science des inspirations et dans la connaissance des mystères; on l’appelait, même de son vivant, le nouveau [[w:Curètes|'''Curète''']], le fils de la nymphe '''Balté'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais ce qui était plus important, il fit un grand nombre d’expiations et de sacrifices, il fonda plusieurs temples; et par ces différentes cérémonies il purifia entièrement la ville, en bannit l’impiété et l’injustice, et la rendit plus soumise, plus disposée à l’union et à la paix. On rapporte aussi que lorsqu’il vit le fort de [[w:Munichie|''Munychium'']] [[#Munichie|<span id="Munichie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], il le considéra longtemps, et dit à ceux qui l’accompagnaient : Que les hommes sont aveugles sur l’avenir ! Si les ''Athéniens'' pouvaient prévoir tous les maux que ce lieu doit un jour causer à leur ville, ils l’emporteraient à belles dents ». '''Thalès''' eut aussi, dit-on, un pressentiment à peu près semblable. Il ordonna qu’on l’enterrât dans le lieu le plus sauvage et le plus désert du territoire de ''Milet''; et il prédit aux ''Milésiens'' qu’un jour leur marché public y serait transporté. Les ''Athéniens'', pleins de reconnaissance et d’admiration pour '''Épiménide''', voulurent le combler d’honneurs et de présents; mais il ne demanda qu’une branche de l’olivier sacré, qui lui fut accordée, et il s’en retourna en ''Crète''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/n6/mode/1up?view=theater <u>Vie des Hommes Illustres de Plutarque</u>], [https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/182/mode/1up?view=theater ''Solon''], ''Chap. II'', ''§15'',[https://archive.org/details/viesdeshommesill01plut/page/185/mode/1up?view=theater p.185], traduit par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]], professeur au lycée Louis-le-Grand, 1877<br />(également disponible une édition de 1853 [[s:Vies_des_hommes_illustres/Solon|ici]])</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Alexis Pierron de 1877|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Épiménide_back|<span id="Épiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπιμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poète, philosophe et [[w:Iatromante|''iatromante'']] crétois.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Phaistos_back|<span id="Phaistos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαιστός / Phaistós [[wikt:en:Φαιστός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne ville du Sud de la [[w:Histoire_de_la_Crète#Antiquité|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Munichie_back|<span id="Munichie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μουνιχία / Mounikhia [[wikt:en:Μουνυχία#Grec_ancien|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom d’une colline du [[w:Le_Pirée|''Pirée'']] et de l’[[w:Port_de_Munichie|un des ports du ''Pirée'']].'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XII.''' Au chagrin que ces pertes causèrent à ceux-ci, se joignirent des craintes superstitieuses dont la ville fut frappée, et qui venaient d’apparitions de spectres et de fantômes. Les devins déclarèrent aussi que l’état des victimes annonçait des crimes et des profanations qu’il fallait expier. On fit donc venir de ''Crète'' '''Épiménide''' le ''Phestien'' qui est mis au nombre des sept sages par ceux qui n’y comptent pas '''Périandre'''. Il passait pour un homme chéri des dieux, doué d’une grande sagesse, fort instruit des choses divines, surtout versé dans la science des inspirations et dans la connaissance des mystères; on l’appelait, même de son vivant, le nouveau '''Curète''', le fils de la nymphe '''Balté'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais ce qui était plus important, il fit un grand nombre d’expiations et de sacrifices; il fonda plusieurs temples; et par ces différentes cérémonies, il purifia entièrement la ville, en bannit l’impiété et l’injustice, et la rendit plus soumise, plus disposée à l’union et à la paix. On rapporte aussi que lorsqu’il vit ''Munychie'', il la considéra longtemps, et dit à ceux qui l’accompagnaient :<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> « Que les hommes sont aveugles sur l’avenir! Si les ''Athéniens'' pouvaient prévoir tous les maux que ce lieu doit un jour causer à leur ville, il l’emporteraient à belles dents. »<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> '''Thalès''' eut aussi, dit-on, un pressentiment à peu près semblable. Il ordonna qu’on l’enterrât dans le lieu le plus sauvage et le plus désert du territoire de ''Milet''; et il prédit aux ''Milésiens'' qu’un jour leur marché public y serait transporté. Les ''Athéniens'', pleins de reconnaissance et d’admiration pour '''Épiménide''', voulurent le combler d’honneurs et de présents; mais il ne demanda qu’une branche de l’olivier sacré, qui lui fut accordée, et il s’en retourna en ''Crète''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f58.item ''chap. II''], traduction correcte et précédée du texte grec, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm#1a ici] et de 1829 [[s:Les_Vies_des_hommes_illustres/Vie_de_Solon|là]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Et certaines craintes nées de la superstition en-même-temps aussi des apparitions occupaient la ville; et les devins disaient des impiétés et des souillures ayant-besoin de purifications être indiquées par les victimes. Et ainsi vint à eux mandé (ils firent venir) de ''Crète'' '''Épiménide''' le ''Phestien'', que quelques-uns de ceux n’admettant pas '''Périandre''' comptent le septième parmi les sages. Or il avait-la-réputation d’être un homme ami-des-dieux, et habile dans la science de-l’inspiration et des-mystères. C’est-pourquoi les hommes d’alors appelaient lui et fils de la nymphe de nom (nommée) '''Balté''', et nouveau '''Curète'''.<br /><p style="text-align: center">[...]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Mais le plus grand (le plus important), ayant initié-aux-mystères et ayant purifié la ville par certaines expiations et purifications et fondations, il la rendit prêtant-l’oreille à la justice et plus obéissante pour la concorde. Et il est dit, ayant vu ''Munychie'' et l’ayant examinée un temps long, avoir dit à ceux présents, que l’homme est un être aveugle sur l’avenir ; car les ''Athéniens'' avoir dû manger ''Munychie'' avec les dents d’eux-mêmes, s’ils avaient prévu en combien de choses cette place affligera la ville. Et on dit aussi '''Thalès''' avoir conjecturé quelque chose de semblable; lui avoir ordonné en effet de placer lui ayant cessé de vivre dans un certain lieu de la ''Milésie'' méprisé et dédaigné, ayant prédit que cet endroit sera (serait) un jour le marché des ''Milésiens''. '''Épiménide''' donc ayant été admiré très-grandement, et les ''Athéniens'' lui donnant des sommes nombreuses et des honneurs grands, n’ayant demandé rien qu’un rameau détaché de l’olivier sacré et l’ayant pris (reçu) s’en alla.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f7.item <u>Plutarque, Vie de Solon</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6226675w/f59.item ''chap. II''], traduction littérale et juxtalinéaire présentant le mot à mot français en regard des mots grecs correspondants, par une société de professeurs et d’helléniste, 1862</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">═✳═</div>
=== [[w:Œuvres_morales|Œuvres morales]] ===
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Ensemble de 78 textes de traitant de sujets extrêmement variés (religieux, éthiques, politiques, philosophiques, littéraires, historiques), et s'inscrivant dans des genres littéraires également divers (traité, différentes sortes de dialogues, lettres, réponses à des Questions ([[wikt:ζήτημα#Grec_ancien|''zetemata'']]), « dits » ([[w:Apophtegme|''apophtegmes'']])).</div>
==== Le Banquet des Sept Sages ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Dialogue faisant intervenir 20 personnages, dont une liste des sept sages : '''Thalès''', [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bias_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Chilon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Cléobule|'''Cléobule''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Cléobule_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Pittacos_de_Mytil%C3%A8ne|'''Pittacos''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pittacos_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Périandre|'''Périandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Périandre_back|<sup>🔄</sup>]].<br />À ceux-ci se rajoutent : [[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anacharsis_back|<sup>🔄</sup>]], '''Ésope''', '''Dioclès''', '''Nicarque''', [[w:Cléobuline|'''Cléobuline''']] [[#Cléobuline|<span id="Cléobuline_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], '''Mélissa''', '''Niloxène''', '''Alexidème''', '''Ardalus''', '''Cléodème''', '''Mnésiphile''', '''Chersias''', [[w:Gorgias|'''Gorgias''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Gorgias_back|<sup>🔄</sup>]].</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Le Banquet des Septs Sages|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cléobuline_back|<span id="Cléobuline"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κλεοβουλίνη / Kleoboulinè ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de Κλεόβουλος / Kleóboulos [[wikt:en:Κλεόβουλος#Ancient_Greek|(en)]], « Cléobule, le père de Cléobuline » <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival féminin -ῑ́νη / -ī́nē [[wikt:en:-ίνη#Ancient_Greek|(en)]], relatif à la matière, au temps, etc. : « fait de, pendant la durée de » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe et poétesse grecque, célèbre pour ses énigmes, fille du [[w:Tyran|''tyran'']] Cléobule, qui la surnommerait Εὔμητις / Eúmētis, « la Prudente » selon Plutarque.
'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe I.</div> =====
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§1. Ἦ που προϊὼν ὁ χρόνος, ὦ '''Νίκαρχε''', πολὺ σκότος ἐπάξει τοῖς πράγμασι καὶ πᾶσαν ἀσάφειαν, εἰ νῦν ἐπὶ προσφάτοις οὕτω καὶ νεαροῖς λόγοι ψευδεῖς συντεθέντες ἔχουσι πίστιν. οὔτε γὰρ μόνων, ὡς ὑμεῖς ἀκηκόατε, τῶν ἑπτὰ γέγονε τὸ συμπόσιον, ἀλλὰ πλειόνων ἢ δὶς τοσούτων (ἐν οἷς καὶ αὐτὸς ἤμην, συνήθης μὲν ὢν '''Περιάνδρῳ''' διὰ τὴν τέχνην, ξένος δὲ '''Θάλεω'''· παρ´ ἐμοὶ γὰρ κατέλυσεν ὁ ἀνὴρ '''Περιάνδρου''' κελεύσαντος), οὔτε τοὺς λόγους ὀρθῶς ἀπεμνημόνευσεν ὅστις ἦν ὑμῖν ὁ διηγούμενος· ἦν δ´ ὡς ἔοικεν οὐδεὶς τῶν παραγεγονότων. ἀλλ´ ἐπεὶ σχολή τε πάρεστι πολλὴ καὶ τὸ γῆρας οὐκ ἀξιόπιστον ἐγγυήσασθαι τὴν ἀναβολὴν τοῦ λόγου, προθυμουμένοις ὑμῖν ἀπ´ ἀρχῆς ἅπαντα διηγήσομαι.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §1'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§1. '''DIOCLÈS'''. Certainement le long cours des âges, mon cher '''Nicarque''', jettera sur les faits d’épaisses ténèbres et une complète incertitude, puisque dès aujourd’hui, à propos de choses si récentes et si nouvelles, des relations mensongères et controuvées obtiennent crédit. Car d’abord le banquet en question ne se composait pas seulement des sept sages, comme vous autres l’avez ouï dire. Les convives étaient plus du double de ce nombre. J’en faisais moi-même partie, comme familier de '''Périandre''' en raison de notre profession commune, et comme hôte de '''Thalès''' : ce dernier était en effet descendu chez moi sur la recommandation de '''Périandre'''. Ensuite, on ne vous en a pas rapporté fidèlement les entretiens lorsqu’on vous a fait ce récit. Il faut que celui de qui vous le tenez n’ait pas été un des convives. Mais puisque nous avons un ample loisir et que la vieillesse est un garant trop peu sûr pour nous autoriser à remettre cet entretien, je vais, suivant votre désir unanime, vous en raconter tous les détails à partir du commencement.
</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §1'', traduction par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Page:Plutarque_-_Œuvres_complètes_de_Plutarque_-_Œuvres_morales_et_œuvres_diverses,_tome_1,_1870.djvu/424|ici]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe II.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la simplicité de '''Thalès''', de sa mesure de la pyramide d’''Égypte'', et de son aversion des [[w:Tyran|''tyrans'']] et des rois.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§2. Παρεσκευάκει μὲν γὰρ οὐκ ἐν τῇ πόλει τὴν ὑποδοχὴν ὁ Περίανδρος, ἀλλ´ ἐν τῷ περὶ τὸ Λέχαιον ἑστιατορίῳ παρὰ τὸ τῆς Ἀφροδίτης ἱερόν, ἧς ἦν καὶ ἡ θυσία. μετὰ γὰρ τὸν ἔρωτα τῆς μητρὸς αὐτοῦ προεμένης τὸν βίον ἑκουσίως οὐ τεθυκὼς τῇ Ἀφροδίτῃ, τότε πρῶτον ἔκ τινων ἐνυπνίων τῆς Μελίσσης ὥρμησε τιμᾶν καὶ θεραπεύειν τὴν θεόν. Τῶν δὲ κεκλημένων ἑκάστῳ συνωρὶς ἱκανῶς κεκοσμημένη προσήχθη· καὶ γὰρ ὥρα θέρους ἦν, καὶ τὴν ὁδὸν ἅπασαν ὑπὸ πλήθους ἁμαξῶν καὶ ἀνθρώπων ἄχρι θαλάττης κονιορτὸς καὶ θόρυβος κατεῖχεν. ὁ μέντοι Θαλῆς τὸ ζεῦγος ἐπὶ ταῖς θύραις ἰδὼν καὶ μειδιάσας ἀφῆκεν. ἐβαδίζομεν οὖν ἐκτραπόμενοι διὰ τῶν χωρίων, καθ´ ἡσυχίαν, καὶ μεθ´ ἡμῶν τρίτος ὁ Ναυκρατίτης Νειλόξενος, ἀνὴρ ἐπιεικὴς καὶ τοῖς περὶ Σόλωνα καὶ Θαλῆν γεγονὼς ἐν Αἰγύπτῳ συνήθης. ἐτύγχανε δὲ πρὸς Βίαντα πάλιν ἀπεσταλμένος· ὧν δὲ χάριν οὐδ´ αὐτὸς ᾔδει, πλὴν ὑπενόει πρόβλημα δεύτερον αὐτῷ κομίζειν ἐν βιβλίῳ κατασεσημασμένον· εἴρητο γάρ, εἰ Βίας ἀπαγορεύσειεν, ἐπιδεῖξαι τοῖς σοφωτάτοις Ἑλλήνων τὸ βιβλίον. « Ἕρμαιον » ὁ Νειλόξενος ἔφη « μοι γέγονεν ἐνταῦθα λαβεῖν ἅπαντας ὑμᾶς, καὶ κομίζω τὸ βιβλίον ὡς ὁρᾷς ἐπὶ τὸ δεῖπνον. » ἅμα δ´ ἡμῖν ἐπεδείκνυε. Καὶ ὁ Θαλῆς γελάσας « εἴ τι κακόν, » εἶπεν, « αὖθις εἰς Πριήνην· διαλύσει γὰρ ὁ Βίας, ὡς διέλυσεν αὐτὸς τὸ πρῶτον. » « Τί δ´ ἦν, » ἔφην ἐγώ, « τὸ πρῶτον; » « Ἱερεῖον, » εἶπεν, « ἔπεμψεν αὐτῷ, κελεύσας τὸ πονηρότατον ἐξελόντα καὶ χρηστότατον ἀποπέμψαι κρέας. ὁ δ´ ἡμέτερος εὖ καὶ καλῶς τὴν γλῶτταν ἐξελὼν ἔπεμψεν· ὅθεν εὐδοκιμῶν δῆλός ἐστι καὶ θαυμαζόμενος. » « Οὐ διὰ ταῦτ´ » ἔφη « μόνον » ὁ Νειλόξενος, « ἀλλ´ οὐ φεύγει τὸ φίλος εἶναι καὶ λέγεσθαι βασιλέων καθάπερ ὑμεῖς, ἐπεὶ σοῦ γε καὶ τἄλλα θαυμάζει, καὶ τῆς [[wikt:en:πυραμίδος#Ancient_Greek|πυραμίδος]] τὴν μέτρησιν ὑπερφυῶς ἠγάπησεν, ὅτι πάσης ἄνευ πραγματείας καὶ μηδενὸς ὀργάνου δεηθεὶς ἀλλὰ τὴν βακτηρίαν στήσας ἐπὶ τῷ πέρατι τῆς σκιᾶς ἣν ἡ πυραμὶς ἐποίει, γενομένων τῇ ἐπαφῇ τῆς ἀκτῖνος δυεῖν τριγώνων, ἔδειξας ὃν ἡ σκιὰ πρὸς τὴν σκιὰν λόγον εἶχε τὴν πυραμίδα πρὸς τὴν βακτηρίαν ἔχουσαν. ἀλλ´, ὅπερ ἔφην, διεβλήθης μισοβασιλεὺς εἶναι, καί τινες ὑβριστικαί σου περὶ τυράννων ἀποφάσεις ἀνεφέροντο πρὸς αὐτόν, ὡς ἐρωτηθεὶς ὑπὸ Μολπαγόρου τοῦ Ἴωνος τί παραδοξότατον εἴης ἑωρακώς, ἀποκρίναιο ‘τύραννον γέροντα,’ καὶ πάλιν ἔν τινι πότῳ, περὶ τῶν θηρίων λόγου γενομένου, φαίης κάκιστον εἶναι τῶν μὲν ἀγρίων θηρίων τὸν τύραννον, τῶν δ´ ἡμέρων τὸν κόλακα· ταῦτα γάρ, εἰ καὶ πάνυ προσποιοῦνται διαφέρειν οἱ βασιλεῖς τῶν τυράννων, οὐκ εὐμενῶς ἀκούουσιν. » « Ἀλλὰ τοῦτο μέν, » εἶπεν ὁ Θαλῆς, « Πιττακοῦ ἐστιν, εἰρημένον ἐν παιδιᾷ ποτε πρὸς Μυρσίλον· ἐγὼ δὲ θαυμάσαιμ´ ἄν, » ἔφη, « οὐ τύραννον ἀλλὰ [[wikt:κυβερνήτης#Grec_ancien|'''κυβερνήτην''']] γέροντα θεασάμενος. πρὸς δὲ τὴν μετάθεσιν τὸ τοῦ νεανίσκου πέπονθα τοῦ βαλόντος μὲν ἐπὶ τὴν κύνα πατάξαντος δὲ τὴν μητρυιὰν καὶ εἰπόντος ‘οὐδ´ οὕτω κακῶς.’ διὸ καὶ Σόλωνα σοφώτατον ἡγησάμην οὐ δεξάμενον τυραννεῖν. καὶ Πιττακὸς οὗτος εἰ μοναρχίᾳ μὴ προσῆλθεν, οὐκ ἂν εἶπεν ὡς ‘χαλεπὸν ἐσθλὸν ἔμμεναι.’ Περίανδρος δ´ ἔοικεν ὥσπερ ἐν νοσήματι πατρῴῳ τῇ τυραννίδι κατειλημμένος οὐ φαύλως ἐξαναφέρειν, χρώμενος ὁμιλίαις ὑγιειναῖς ἄχρι γε νῦν καὶ συνουσίας ἀνδρῶν νοῦν ἐχόντων ἐπαγόμενος, ἃς δὲ '''Θρασύβουλος''' αὐτῷ κολούσεις τῶν ἄκρων οὑμὸς πολίτης ὑφηγεῖται μὴ προσιέμενος. γεωργοῦ γὰρ [[wikt:en:αἶρα#Ancient_Greek|αἴρας]] καὶ [[wikt:ononis|ὀνώνιδας]] ἀντὶ [[wikt:πυρός#Grec_ancien|πυρῶν]] καὶ [[wikt:κριθή#Grec_ancien|κριθῶν]] συγκομίζειν ἐθέλοντος οὐδὲν διαφέρει τύραννος ἀνδραπόδων μᾶλλον ἄρχειν ἢ ἀνδρῶν βουλόμενος· ἓν γὰρ ἀντὶ πολλῶν κακῶν ἀγαθὸν αἱ δυναστεῖαι τὴν τιμὴν ἔχουσι καὶ τὴν δόξαν, ἄνπερ ἀγαθῶν ὡς κρείττονες ἄρχωσι καὶ μεγάλων μείζονες εἶναι δοκῶσι· τὴν δ´ ἀσφάλειαν ἀγαπῶντας ἄνευ τοῦ καλοῦ προβάτων ἔδει πολλῶν καὶ ἵππων καὶ βοῶν ἄρχειν, μὴ ἀνθρώπων. ἀλλὰ γὰρ εἰς οὐδὲν προσήκοντας ἐμβέβληκεν ἡμᾶς, » ἔφη, « ὁ ξένος οὑτοσὶ λόγους, ἀμελήσας λέγειν τε καὶ ζητεῖν ἃ ἁρμόττει ἐπὶ δεῖπνον βαδίζουσιν. ἦ γὰρ οὐκ οἴει, καθάπερ ἑστιάσοντος ἔστι τις παρασκευή, καὶ δειπνήσοντος εἶναι; Συβαρῖται μὲν γὰρ ὡς ἔοικε πρὸ ἐνιαυτοῦ τὰς κλήσεις ποιοῦνται τῶν γυναικῶν, ὅπως ἐκγένοιτο κατὰ σχολὴν παρασκευασαμέναις ἐσθῆτι καὶ χρυσῷ φοιτᾶν ἐπὶ τὸ δεῖπνον· ἐγὼ δὲ πλείονος οἶμαι χρόνου δεῖσθαι τὴν ἀληθινὴν τοῦ δειπνήσοντος ὀρθῶς παρασκευήν, ὅσῳ χαλεπώτερόν ἐστιν ἤθει τὸν πρέποντα κόσμον ἢ σώματι τὸν περιττὸν ἐξευρεῖν καὶ ἄχρηστον. οὐ γὰρ ὡς ἀγγεῖον ἥκει κομίζων ἑαυτὸν ἐμπλῆσαι πρὸς τὸ δεῖπνον ὁ νοῦν ἔχων, ἀλλὰ καὶ σπουδάσαι τι καὶ παῖξαι καὶ ἀκοῦσαι καὶ εἰπεῖν ὡς ὁ καιρὸς παρακαλεῖ τοὺς συνόντας, εἰ μέλλουσι μετ´ ἀλλήλων ἡδέως ἔσεσθαι. καὶ γὰρ καὶ ὄψον πονηρὸν ἔστι παρώσασθαι, κἂν οἶνος ᾖ φαῦλος, ἐπὶ τὰς νύμφας καταφυγεῖν· σύνδειπνος δὲ κεφαλαλγὴς καὶ βαρὺς καὶ ἀνάγωγος παντὸς μὲν οἴνου καὶ ὄψου πάσης δὲ μουσουργοῦ χάριν ἀπόλλυσι καὶ λυμαίνεται, καὶ οὐδ´ ἀπεμέσαι τὴν τοιαύτην ἀηδίαν ἕτοιμόν ἐστιν, ἀλλ´ ἐνίοις εἰς ἅπαντα τὸν βίον ἐμμένει τὸ πρὸς ἀλλήλους δυσάρεστον, ὥσπερ ἑωλοκρασία τις ὕβρεως ἢ ὀργῆς ἐν οἴνῳ γενομένης. ὅθεν ἄριστα Χίλων, καλούμενος ἐχθές, οὐ πρότερον ὡμολόγησεν ἢ πυθέσθαι τῶν κεκλημένων ἕκαστον. ἔφη γὰρ ὅτι σύμπλουν ἀγνώμονα δεῖ φέρειν καὶ σύσκηνον οἷς πλεῖν ἀνάγκη καὶ στρατεύεσθαι· τὸ δὲ συμπόταις ἑαυτὸν ὡς ἔτυχε καταμιγνύειν οὐ νοῦν ἔχοντος ἀνδρός ἐστιν. ὁ δ´ Αἰγύπτιος σκελετός, ὃν ἐπιεικῶς εἰσφέροντες εἰς τὰ συμπόσια προτίθενται καὶ παρακαλοῦσι μεμνῆσθαι τάχα δὴ τοιούτους ἐσομένους, καίπερ ἄχαρις καὶ ἄωρος ἐπίκωμος ἥκων, ὅμως ἔχει τινὰ καιρόν, καὶ εἰ μὴ πρὸς τὸ πίνειν καὶ ἡδυπαθεῖν ἀλλὰ πρὸς φιλίαν καὶ ἀγάπησιν ἀλλήλων προτρέπεται, καὶ παρακαλεῖ τὸν βίον μὴ τῷ χρόνῳ βραχὺν ὄντα πράγμασι κακοῖς μακρὸν ποιεῖν. »
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<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §2'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§2. La réception avait été préparée par '''Périandre''', non pas dans la ville même, mais dans son [[w:Cénacle|''cénacle'']] du port de [[w:Léchaion|''Léchée'']], près du temple de '''Vénus''' en l’honneur de laquelle il y avait même un sacrifice. Car depuis l’incestueux amour à la suite duquel sa mère avait volontairement abandonné la vie, '''Périandre''' n’avait pas sacrifié à '''Vénus''' ; et c’était alors la première fois que, d’après certains songes de '''Mélissa''' il s’était décidé à honorer la déesse et à lui rendre des hommages. Pour chacun des invités on avait amené un attelage approprié convenablement. Nous étions en été, et tout le long de la route, en raison du grand nombre de chariots et de piétons, ce n’était jusqu’à la mer que poussière et que bruit. Pourtant '''Thalès''', ayant vu l’attelage à notre porte, se mit à sourire et le renvoya. Nous partîmes donc à pied en faisant un détour, et à travers champs nous cheminâmes à loisir. Un troisième compagnon s’était joint à nous, '''Niloxène''' de ''Naucratie'', homme plein de mérite, que '''Thalès''' et '''Solon''' avaient autrefois beaucoup connu en ''Égypte''. Il se trouvait envoyé de nouveau vers '''Bias''' ; mais pour quelle mission ? Il n’en savait rien lui-même, hormis qu’il se soupçonnait porteur d’une seconde question à résoudre, contenue dans un pli cacheté; et il lui avait été dit, au cas où '''Bias''' renoncerait, de la présenter aux plus sages d’entre les Grecs. « C’est », dit '''Niloxène''', « une chance heureuse que de vous trouver ici tous, et j’apporte, comme vous voyez, cette lettre pour le banquet. » En même temps, il nous la faisait voir. '''Thalès''' se mit à rire : « Si c’est une question épineuse », dit-il, « qu’on aille encore à ''Priène'' : '''Bias''' la résoudra comme il a résolu la première. » — « Quelle était donc cette première question ? » lui demandai-je. — « Le roi d’Égypte », dit '''Thalès''', « avait envoyé à '''Bias''' une victime, en lui faisant dire d’en couper ce qu’il y avait de plus mauvais et de meilleur, et de le lui renvoyer. Notre sage, avec un discernement merveilleux, en ôta la langue et la fit porter au Roi. Voilà ce qui lui a valu une estime et une admiration si déclarée ». — « Cette raison n’est pas la seule », ajouta '''Niloxène''' ; « c’est encore, que '''Bias''' ne fuit pas, comme vous autres, l’amitié des rois eux-mêmes. Ainsi, vous, '''Thalès''', le roi d’Égypte vous admire beaucoup, et, entre autres choses, il a été, au-delà de ce qu’on peut dire, ravi de la manière dont vous avez mesuré la pyramide sans le moindre embarras et sans avoir eu besoin d’aucun instrument. Après avoir dressé votre bâton à l’extrémité de l’ombre que projetait la pyramide, vous construisîtes deux triangles par la tangence d’un rayon, et vous démontrâtes qu’il y avait la même proportion entre la hauteur du bâton et la hauteur de la pyramide qu’entre la longueur des deux ombres. Mais, comme j’ai dit, on vous accuse de détester les rois ; quelques boutades injurieuses prononcées par vous contre des ''tyrans'' ont été rapportées à [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']]. Par exemple, l’Ionien '''Molpagore''' vous ayant demandé ce que vous aviez jamais vu de plus extraordinaire, vous lui auriez répondu : « C’est un tyran parvenu à la vieillesse. » Une autre fois, dans un festin, la conversation étant venue à tomber sur les bêtes féroces, vous auriez dit : « La plus méchante bête parmi les animaux sauvages, c’est le tyran, et parmi les animaux apprivoisés le flatteur. » De tels propos ne sont pas de ceux que les rois entendent avec plaisir, lors même qu’ils affectent de n’avoir rien de commun avec les tyrans. » Pour cette dernière réponse, dit '''Thalès''', elle est de '''Pittacus''' : il l’avait adressée un jour en plaisantant à '''Myrsile'''. Quant au premier propos, ce n’était pas « un tyran » que j’avais dit, mais « un [[wikt:κυβερνήτης#Grec_ancien|''pilote'']] », qui soit parvenu à la vieillesse. Toutefois, puisqu’on a changé la destination du mot, je fais comme le jeune homme qui, ayant jeté une pierre à un chien, atteignit sa belle-mère et s’écria : Même ainsi, ce n’est pas mal. » C’est pourquoi je regardai '''Solon''' comme éminemment sage lorsqu’il n’accepta pas la tyrannie ; et '''Pittacus''', s’il n’eût approché de la monarchie, n’aurait pas eu à dire : « Il est difficile d’être homme de bien. » Quant à '''Périandre''', il semble qu’ayant été saisi par le souverain pouvoir comme par une maladie de famille, il ne s’en tire pas trop mal. Il use, au moins jusqu’à présent, de sociétés salutaires. Il réunit, pour entretenir commerce avec eux, ses hommes remplis de sens ; et le conseil que lui a donné mon compatriote [[w:Thrasybule_de_Milet|'''Thrasybule''']] [[#Thrasybule|<span id="Thrasybule_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], de décapiter l’aristocratie, il ne l’a pas accepté. Entre un laboureur qui aimerait mieux voir dans son champ de l’[[w:Ivraie|''ivraie'']] ou de l’[[w:Orobanche|''orobanche'']] que de l’orge ou du blé, et un tyran qui veut régner sur des esclaves plutôt que sur des hommes de coeur, je ne vois aucune différence. Un seul bien compense les maux nombreux attachés au pouvoir des tyrans : c’est la gloire et l’honneur qui leur sont réservés lorsque, commandant à des hommes vertueux, ils sont plus vertueux eux-mêmes, et qu’au milieu de grands ils se montrent plus grands. Ceux qui préfèrent leur sûreté en renonçant à ce beau rôle, étaient faits pour réunir sous leur main beaucoup de moutons, de chevaux et de boeufs, mais non des hommes. » « Du reste », continua '''Thalès''', « ce sont propos sans portée aucune que ceux où nous a jetés cet étranger, et nous avons omis de dire et de chercher les choses qui conviennent bien à des gens partis pour un banquet. Ne croyez-vous pas, '''Nicarque''', qu’il y ait des préparatifs à faire quand on vient prendre place à un festin, comme il y en a pour celui qui doit le donner ? Les [[w:Sybaris|''Sybarites'']] [[#Sybaris|<span id="Sybaris_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], à ce qu’il paraît, s’y prennent un an d’avance pour adresser leurs invitations aux femmes, afin qu’elles puissent à loisir préparer leur toilette et leurs bijoux en or avant de se rendre au festin; et, selon moi, il faut plus de temps encore à un convive pour les préparatifs vraiment nécessaires, parce qu’il est plus difficile de trouver un ajustement convenable pour son moral que la vaine et inutile parure dont on s’inquiète pour son corps. Un homme sensé ne se transporte pas à un festin comme un bocal qu’il s’agit d’y remplir. Il songe à trouver là une occasion de passer tour à tour du sérieux au badinage, d’entendre et de tenir lui-même ces propos auxquels la circonstance invite les convives s’ils veulent se rendre la réunion agréable les uns aux autres. En effet on est libre de repousser un mauvais ragoût, et si le vin ne vaut rien on peut « recourir aux [[w:Naïades|''Naïades'']] »; mais un convive qui vous donne mal à la tête, qui est lourd, qui ne sait pas se conduire, vous fait perdre et vous gâte le plaisir de tout vin, de toute bonne chère, de toute musique. On n’est même pas le maître de se débarrasser aussi complétement qu’on le voudrait d’un tel désagrément. Quelques-uns en gardent tant qu’ils vivent du mécontentement les uns contre les autres : il leur semble qu’il leur reste comme un arrière-goût de viandes mal digérées, parce qu’ils conservent le souvenir d’injures ou de colères échangées dans le vin. C’est pour cela que '''Chilon''', invité hier, n’a pas voulu promettre avant d’avoir su le nom de chacun des convives : « Car on est bien obligé, a-t-il dit, de supporter un désagréable compagnon de traversée, de tente, quand il faut être sur terre ou à l’armée ; mais se mêler indifféremment à table avec les premiers venus, n’est pas le propre d’un homme sensé. » Le squelette des ''Égyptiens'', qu’ils ont la sage coutume de produire et de placer dans la salle du festin afin d’engager à se souvenir que l’on sera bientôt comme lui, survient là comme un convive assez désagréable et intempestif, mais enfin la présence s’en explique. Si cette vue n’excite pas à boire et à se réjouir, elle engage du moins à s’aimer, à se chérir les uns les autres, et elle exhorte à ne pas allonger par des tracas pénibles une existence dont la durée est si courte.
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<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §2'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Thrasybule_back|<span id="Thrasybule"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θρᾰσῠ́βουλος / Thrăsŭ́boulos [[wikt:en:Θρασύβουλος#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de l’adjectif [[wikt:θρασύς#Grec_ancien|θρᾰσύς / thrăsús]], « confiant, audacieux » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun [[wikt:βουλή#Grec_ancien|βουλή / boulế]], « Volonté. Décision, conseil. Conseil, sénat athénien. »; du verbe [[wikt:βούλομαι#Grec_ancien|βούλομαι / boúlomai]], « Vouloir, désirer, souhaiter. Vouloir bien, consentir à. » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + -ος (-os).<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sybaris_back|<span id="Sybaris"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῠ́βᾰρῐς / Sŭ́bărĭs [[wikt:en:Σύβαρις#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Colonisation grecque|Colonie grecque]] du sud de l’Italie (en [[w:Calabre|Calabre]] actuelle), fondée au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] dans le cadre du mouvement d’établissement et d’[[w:Colonisation_grecque|''essaimage'']] des Grecs vers l’Occident, particulièrement en [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']]. Réputée dès l’Antiquité pour sa richesse devenue proverbiale, ainsi que pour son emprise sur les peuples voisins et différentes cités grecques de son voisinage, elle est détruite à l’issue d’une [[w:Guerre entre Sybaris et Crotone|guerre]] qui l’oppose à [[w:Crotone|''Crotone'']] à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et enfouie sous les eaux du fleuve ''Crathis'' (aujourd’hui [[Crati]]), avant de voir son site réoccupé, soixante ans plus tard, par la colonie [[w:Panhellénisme|''panhellénique'']] de [[w:Thourioï|''Thourioï'']].'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe III.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la reconnaissance de la sagesse de '''Cléobuline''' ''« Eumétis »'' par '''Thalès''', de l’humilité de ce dernier et de son [[w:Cynisme|''cynisme'']].</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ἐν τοιούτοις λόγοις γενόμενοι κατὰ τὴν ὁδὸν ἀφικόμεθα πρὸς τὴν οἰκίαν, καὶ λούσασθαι μὲν ὁ Θαλῆς οὐκ ἠθέλησεν, ἀληλιμμένοι γὰρ ἦμεν· ἐπιὼν δὲ τούς τε δρόμους ἐθεᾶτο καὶ τὰς παλαίστρας καὶ τὸ ἄλσος τὸ παρὰ τὴν θάλατταν ἱκανῶς διακεκοσμημένον, ὑπ´ οὐδενὸς ἐκπληττόμενος τῶν τοιούτων, ἀλλ´ ὅπως μὴ καταφρονεῖν δοκοίη μηδ´ ὑπερορᾶν τοῦ Περιάνδρου τῆς φιλοτιμίας. τῶν δ´ ἄλλων τὸν ἀλειψάμενον ἢ λουσάμενον οἱ θεράποντες εἰσῆγον εἰς τὸν ἀνδρῶνα διὰ τῆς στοᾶς. Ὁ δ´ Ἀνάχαρσις ἐν τῇ στοᾷ καθῆστο, καὶ παιδίσκη προειστήκει τὴν κόμην ταῖς χερσὶ διακρίνουσα. ταύτην ὁ Θαλῆς ἐλευθεριώτατά πως αὐτῷ προσδραμοῦσαν ἐφίλησε καὶ γελάσας « οὕτως, » ἔφη, « ποίει καλὸν τὸν ξένον, ὅπως ἡμερώτατος ὢν μὴ φοβερὸς ᾖ τὴν ὄψιν ἡμῖν μηδ´ ἄγριος. » Ἐμοῦ δ´ ἐρομένου περὶ τῆς παιδὸς ἥτις εἴη, « τὴν σοφήν, » ἔφη, « καὶ περιβόητον ἀγνοεῖς Εὔμητιν; οὕτω γὰρ ταύτην ὁ πατὴρ αὐτός, οἱ δὲ πολλοὶ πατρόθεν ὀνομάζουσι Κλεοβουλίνην. » Καὶ ὁ Νειλόξενος εἶπεν « ἦ που τὴν περὶ τὰ αἰνίγματα δεινότητα καὶ σοφίαν, » ἔφη, « τῆς κόρης ἐπαινεῖς· καὶ γὰρ εἰς Αἴγυπτον ἔνια τῶν προβαλλομένων ὑπ´ αὐτῆς διῖκται. » « Οὐκ ἔγωγ´, » εἶπεν ὁ Θαλῆς· « τούτοις γὰρ ὥσπερ ἀστραγάλοις, ὅταν τύχῃ, παίζουσα χρῆται καὶ διαβάλλεται πρὸς τοὺς ἐντυχόντας. ἀλλὰ καὶ φρόνημα θαυμαστὸν καὶ νοῦς ἔνεστι πολιτικὸς καὶ φιλάνθρωπον ἦθος, καὶ τὸν πατέρα τοῖς πολίταις πραότερον ἄρχοντα παρέχει καὶ δημοτικώτερον. » « Εἶεν, » ὁ Νειλόξενος ἔφη, « καὶ φαίνεται βλέποντι πρὸς τὴν λιτότητα καὶ ἀφέλειαν αὐτῆς· Ἀνάχαρσιν δὲ πόθεν οὕτω τημελεῖ φιλοστόργως; » « Ὅτι, » ἔφη, « σώφρων ἀνήρ ἐστι καὶ πολυμαθής, καὶ τὴν δίαιταν αὐτῇ καὶ τὸν καθαρμόν, ᾧ χρῶνται Σκύθαι περὶ τοὺς κάμνοντας, ἀφθόνως καὶ προθύμως παραδέδωκε. καὶ νῦν οἶμαι περιέπειν αὐτὴν τὸν ἄνδρα καὶ φιλοφρονεῖσθαι, μανθάνουσάν τι καὶ προσδιαλεγομένην. » Ἤδη δὲ πλησίον οὖσιν ἡμῖν τοῦ ἀνδρῶνος ἀπήντησεν Ἀλεξίδημος ὁ Μιλήσιος (ἦν δὲ Θρασυβούλου τοῦ τυράννου νόθος) καὶ ἐξῄει τεταραγμένος καὶ σὺν ὀργῇ τινι πρὸς αὑτὸν οὐδὲν ἡμῖν γε σαφὲς διαλεγόμενος. ὡς δὲ τὸν Θαλῆν εἶδε, μικρὸν ἀνενεγκὼν καὶ καταστάς « οἵαν ὕβριν, » εἶπεν, « εἰς ἡμᾶς Περίανδρος ὕβρικεν, ἐκπλεῦσαι μὲν οὐκ ἐάσας ὡρμημένον ἀλλὰ προσμεῖναι δεηθεὶς τὸ δεῖπνον, ἐλθόντι δὲ νέμων κλισίαν ἄτιμον, Αἰολεῖς δὲ καὶ νησιώτας (καὶ τίνας γὰρ οὐχί;) Θρασυβούλου προτιμῶν· Θρασύβουλον γὰρ ἐν ἐμοὶ τὸν πέμψαντα προπηλακίσαι βουλόμενος καὶ καταβαλεῖν ὡς δὴ περιορῶν δῆλός ἐστιν. » « Εἶτ´, » ἔφη, « σὺ δέδιας μὴ καθάπερ Αἰγύπτιοι τοὺς ἀστέρας ὑψώματα καὶ ταπεινώματα λαμβάνοντας ἐν τοῖς τόποις οὓς διεξίασι γίγνεσθαι βελτίονας ἢ χείρονας ἑαυτῶν λέγουσιν, οὕτως ἡ περὶ σὲ διὰ τὸν τόπον ἀμαύρωσις ἢ ταπείνωσις γένηται; καὶ τοῦ Λάκωνος ἔσῃ φαυλότερος, ὃς ἐν χορῷ τινι κατασταθεὶς εἰς τὴν ἐσχάτην χώραν ὑπὸ τοῦ ἄρχοντος ‘εὖ γ´,’ εἶπεν, ‘ἐξεῦρες, ὡς καὶ αὕτα ἔντιμος γένηται.’ οὐ καταλαβόντας, » ἔφη, « τόπον μετὰ τίνας κατακείμεθα δεῖ ζητεῖν, μᾶλλον δ´ ὅπως εὐάρμοστοι τοῖς συγκατακειμένοις ὦμεν, ἀρχὴν καὶ λαβὴν φιλίας εὐθὺς ἐν αὐτοῖς ζητοῦντες, μᾶλλον δ´ ἔχοντες τὸ μὴ δυσκολαίνειν ἀλλ´ ἐπαινεῖν ὅτι τοιούτοις συγκατεκλίθημεν· ὡς ὅ γε τόπῳ κλισίας δυσχεραίνων δυσχεραίνει τῷ συγκλίτῃ μᾶλλον ἢ τῷ κεκληκότι, καὶ πρὸς ἀμφοτέρους ἀπεχθάνεται. » « Λόγος, » ἔφη, « ταῦτ´ ἄλλως ἐστίν » ὁ Ἀλεξίδημος, « ἔργῳ δὲ καὶ τοὺς σοφοὺς ὑμᾶς ὁρῶ τὸ τιμᾶσθαι διώκοντας, » καὶ ἅμα παραμειψάμενος ἡμᾶς ἀπῆλθε. Καὶ ὁ Θαλῆς πρὸς ἡμᾶς τὴν ἀτοπίαν τοῦ ἀνθρώπου θαυμάζοντας, « ἔμπληκτος, » ἔφη, « καὶ ἀλλόκοτος φύσει, ἐπεὶ καὶ μειράκιον ὢν ἔτι, μύρου σπουδαίου Θρασυβούλῳ κομισθέντος, εἰς ψυκτῆρα κατεράσας μέγαν καὶ προσεγχέας ἄκρατον ἐξέπιεν, ἔχθραν ἀντὶ φιλίας Θρασυβούλῳ διαπεπραγμένος. » Ἐκ τούτου περιελθὼν ὑπηρέτης « κελεύει σε Περίανδρος, » ἔφη, « καὶ Θαλῆν παραλαβόντα τοῦτον ἐπισκέψασθαι τὸ κεκομισμένον ἀρτίως αὐτῷ πότερον ἄλλως γέγονεν ἤ τι σημεῖόν ἐστι καὶ τέρας· αὐτὸς μὲν γὰρ ἔοικε τεταράχθαι σφόδρα, μίασμα καὶ κηλῖδα τῆς θυσίας ἡγούμενος. » ἅμα δ´ ἀπῆγεν ἡμᾶς εἴς τι οἴκημα τῶν περὶ τὸν κῆπον. ἐνταῦθα νεανίσκος ὡς ἐφαίνετο νομευτικός, οὔπω γενειῶν ἄλλως τε τὸ εἶδος οὐκ ἀγεννής, ἀναπτύξας τινὰ διφθέραν ἔδειξεν ἡμῖν βρέφος ὡς ἔφη γεγονὸς ἐξ ἵππου, τὰ μὲν ἄνω μέχρι τοῦ τραχήλου καὶ τῶν χειρῶν ἀνθρωπόμορφον, τὰ λοιπὰ δ´ ἔχον ἵππου, τῇ δὲ φωνῇ καθάπερ τὰ νεογνὰ παιδάρια κλαυθμυριζόμενον. ὁ μὲν οὖν Νειλόξενος, « Ἀλεξίκακε » εἰπών, ἀπεστράφη τὴν ὄψιν, ὁ δὲ Θαλῆς προσέβλεπε τῷ νεανίσκῳ πολὺν χρόνον, εἶτα μειδιάσας (εἰώθει δ´ ἀεὶ παίζειν πρὸς ἐμὲ περὶ τῆς τέχνης) « ἦ που τὸν καθαρμόν, ὦ Διόκλεις, » ἔφη, « κινεῖν διανοῇ καὶ παρέχειν πράγματα τοῖς ἀποτροπαίοις, ὥς τινος δεινοῦ καὶ μεγάλου συμβάντος; » « Τί δ´, » εἶπον, « οὐ μέλλω; στάσεως γάρ, ὦ Θαλῆ, καὶ διαφορᾶς τὸ σημεῖόν ἐστι, καὶ δέδια μὴ μέχρι γάμου καὶ γενεᾶς ἐξίκηται, πρὶν ἢ τὸ πρῶτον ἐξιλάσασθαι μήνιμα, τῆς θεοῦ δεύτερον ὡς ὁρᾷς προφαινούσης. » Πρὸς τοῦτο μηδὲν ἀποκρινάμενος ὁ Θαλῆς ἀλλὰ γελῶν ἀπηλλάττετο. καὶ τοῦ Περιάνδρου πρὸς τὰς θύρας ἀπαντήσαντος ἡμῖν καὶ διαπυθομένου περὶ ὧν εἴδομεν, ἀφεὶς ὁ Θαλῆς με καὶ λαβόμενος τῆς ἐκείνου χειρὸς ἔφη, « ἃ μὲν Διοκλῆς κελεύει δράσεις καθ´ ἡσυχίαν· ἐγὼ δέ σοι παραινῶ νέοις οὕτω μὴ χρῆσθαι νομεῦσιν ἵππων, ἢ διδόναι γυναῖκας αὐτοῖς. » Ἔδοξε μὲν οὖν μοι τῶν λόγων ἀκούσας ὁ Περίανδρος ἡσθῆναι σφόδρα· καὶ γὰρ ἐξεγέλασε καὶ τὸν Θαλῆν περιβαλὼν κατησπάσατο. κἀκεῖνος « οἶμαι δ´, » εἶπεν, « ὦ Διόκλεις, καὶ πέρας ἔσχε τὸ σημεῖον· ὁρᾷς γὰρ ἡλίκον κακὸν γέγονεν ἡμῖν, Ἀλεξιδήμου συνδειπνεῖν μὴ θελήσαντος. » </div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §3'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§3. Ce fut en tenant de tels propos chemin faisant, que nous arrivâmes à la maison. '''Thalès''' ne voulut pas se baigner : « Je me suis frotté d’huile. » dit-il. Il se promena donc de côté et d’autre, regardant les champs de course, les palestres, et le bois sacré, voisin de la mer, que l’on avait bien convenablement disposé. Ce n’était pas qu’il fût frappé par aucun de ces préparatifs, mais il voulait ne pas avoir l’air de mépriser '''Périandre''' et de faire peu de cas de l’empressement avec lequel celui-ci honorait ses hôtes. Pour les autres convives, à mesure qu’ils s’étaient parfumés ou baignés, les serviteurs les introduisaient par la galerie dans la salle du banquet. Or '''Anacharsis''' s’était installé dans cette galerie, et devant lui une jeune fille se tenait, lui séparant les cheveux avec ses mains. Lorsqu’entra '''Thalès''', elle s’élança très librement à sa rencontre, et '''Thalès''', après l’avoir embrassée, lui dit en riant : « Continue à rendre bien beau notre étranger, afin qu’étant devenu la douceur même il ne conserve pas au milieu de nous une mine à faire peur et un aspect sauvage. » Je lui demandai quelle était cette jeune enfant : « Quoi ! » me dit-il, « vous ne connaissez pas la savante et célèbre '''Eumétis''' ! car c’est ainsi que son père la nomme : le plus communément on l’appelle '''Cléobuline''', du nom paternel. » Et '''Niloxène''' : « C’est sans doute à cause de son talent et de son habileté pour les énigmes, que vous faites l’éloge de cette jeune fille : car quelques-unes de celles qu’elle a proposées sont parvenues jusqu’en ''Égypte''. » — « Ce n’est pas à cause de cela », répondit '''Thalès''' : « les énigmes sont pour elle des joujoux dont elle s’amuse à l’occasion pour faire sa partie avec ceux qui se rencontrent. Mais ce qui est admirable en elle c’est sa profondeur d’esprit, son sens politique, l’aménité de son caractère, et le talent qu’elle a de rendre plus douce l’autorité de son père et d’inspirer à celui-ci des sentiments plus humains à l’égard du peuple. » — « Soit », dit '''Niloxène''' ; « et cela se reconnaît à voir sa modestie et sa simplicité. Mais d’où vient qu’elle prend un soin si amoureux de la toilette d’'''Anacharsis''' ? » — Parce que c’est, répondit '''Thalès''', « un sage, un homme des plus instruits, et parce qu’il lui a communiqué, avec de nombreux détails et de grand coeur, l’ensemble des pratiques sanitaires et des purifications que les ''Scythes'' appliquent au traitement des malades. Et dans ce moment je suppose qu’elle l’entoure de soins et d’amitiés parce qu’elle s’instruit de quelque chose en conversant avec lui. » Comme nous étions déjà près de la salle, '''Alexidème''' le ''Milésien'' vint à notre rencontre. C’était un bâtard du tyran '''Thrasybule'''. Il était sorti tout troublé, et avec une sorte de fureur il se parlait à lui-même, mais ses paroles n’avaient rien de clair pour nous. Quand il eut vu '''Thalès''', il se remit un peu ; puis, s’arrêtant tout court : « Quel affront '''Périandre''' vient de nous faire ! Je voulais mettre à la voile : il ne l’a pas permis ; il m’a supplié de rester à son festin, et quand j’arrive, il me donne une des dernières places, faisant passer des [[w:Éoliens|''Éoliens'']], des insulaires (je ne sais qui il ne me préfère pas), les faisant passer, dis je, avant '''Thrasybule''', car c’est '''Thrasybule''' en ma personne, c’est celui par lequel je suis envoyé qu’il a l’intention de traîner dans la boue et de ravaler comme le méprisant : la chose est bien claire. » — « Eh quoi ! » lui dit '''Thalès''', « êtes-vous comme les ''Égyptiens'', qui prétendent que les astres, suivant qu’ils prennent une position élevée ou basse en parcourant leur orbite, ont une condition meilleure ou pire qu’ils ne l’avaient ? Craignez-vous, pareillement, qu’autour de vous, en raison de la place où vous serez, il ne se produise obscurité ou dépression ? Serez-vous moins résigné que certain ''Spartiate'' ? À je ne sais quelle représentation il avait été placé au dernier rang par le maître des cérémonies : « Voilà qui va bien », lui dit-il : « tu as trouvé moyen de rendre honorable ce lieu même. Quand nous avons pris une place nous ne devons pas chercher au-dessous de qui nous sommes installés, mais plutôt comment nous nous mettrons en bon accord avec nos voisins. À leur occasion nous ferons voir tout d’abord, ou plutôt nous l’éprouverons réellement, un désir d’initiative et de prise de possession en matière d’amitié, et nous manifesterons ce désir en nous félicitant, loin d’en montrer du dépit, de ce que l’on nous a placés en une telle compagnie. Mais celui qui se plaint du rang qu’on lui donne à table montre plus de mécontentement contre son commensal que contre son hôte, et il se rend odieux à l’un et à l’autre. » — « Paroles que tout cela, » dit '''Alexidème''', « et paroles sans portée ! Mais je vois que de fait, vous autres sages, vous recherchez aussi les honneurs. » En même temps il s’éloigna de nous et disparut. Une conduite si étrange nous semblait étonnante. « C’est », nous dit '''Thalès''', « un homme écervelé et naturellement bizarre. Vous allez en juger. Il était encore tout jeune ; on avait apporté à '''Thrasybule''' un parfum d’un très haut prix. '''Alexidème''' le versa dans un grand vase à rafraîchir, y mêla du vin pur, et avala le tout, rendant son père odieux au lieu de le faire aimer. » Au même moment parut un serviteur : « Vous êtes invité par '''Périandre''' », me dit-il, « à venir, en vous faisant accompagner de '''Thalès''' que voici, examiner l’objet qu’on lui a récemment apporté, afin que vous disiez si c’est une création toute fortuite, ou bien un présage et une monstruosité; car, pour ce qui est de '''Périandre''', il a l’air grandement troublé, pensant que c’est une souillure et une profanation pour son sacrifice. » En même temps, il nous emmena vers une des salles qui donnaient sur le jardin. Là un jeune homme paraissant appartenir à la classe des bergers, qui n’avait pas encore de barbe et dont la physionomie ne manquait pas de noblesse, déploya une espèce de couverture en cuir, et nous montra un petit enfant né, disait-il, d’une cavale. Par le haut, jusqu’au cou et aux mains, cette créature était de forme humaine ; mais le reste était d’un cheval, et sa voix avait quelque chose des vagissements poussés par les petits enfants qui viennent de naître. « Dieu préservateur ! » s’écria '''Niloxène''', et il détourna les yeux. Mais '''Thalès''' fixa longtemps son regard sur le jeune pâtre; puis s’étant mis à sourire, (car il avait l’habitude de plaisanter toujours avec moi sur ma profession) : « Eh bien, '''Dioclès''', » dit-il, « songez-vous à préparer quelque expiation, et à donner de la besogne aux dieux préservateurs, comme vous trouvant en présence de quelque événement grave et considérable ? » — « Pourquoi non ? » répondis-je : « j’y vois le présage de troubles et de discordes qui s’étendront, j’en ai peur, jusqu’à un mariage et une génération avant que le courroux de la déesse ait été apaisé, puisqu’elle fait, vous le savez, une seconde manifestation ». À ces paroles '''Thalès''' ne répondit rien : il se contenta de rire et de s’en aller. Et comme '''Périandre''' était à la porte, s’avançant pour nous interroger sur ce que nous venions de voir, '''Thalès''' me quitta et le prit par la main : « Ce que '''Dioclès''' prescrira, vous l’exécuterez à loisir », lui dit-il ; « mais moi j’ai un conseil à vous donner : pour faire paître vos juments ne prenez pas de jeunes garçons, ou bien à ceux-ci donnez des femmes. » Ces paroles me semblèrent causer, des qu’il les eut entendues, une vive satisfaction à '''Périandre''', car il éclata de rire et serra très affectueusement '''Thalès''' dans ses bras. '''Thalès''' alors : « '''Dioclès''' », me dit-il, « si je conjecture bien, le prodige reçoit déjà son accomplissement. Car vous voyez quel grand malheur nous est arrivé, '''Alexidème''' n’ayant pas voulu souper avec nous. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §3'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage du caractère désinvolte de '''Thalès'''.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§4. Ἐπεὶ δ´ εἰσήλθομεν, ἤδη μεῖζον ὁ Θαλῆς φθεγξάμενος « ποῦ δ´ » εἶπεν « ὁ ἀνὴρ κατακλινάμενος ἐδυσχέρανεν; » ἀποδειχθείσης δὲ τῆς χώρας περιελθὼν ἐκεῖ κατέκλινεν ἑαυτὸν καὶ ἡμᾶς « ἀλλὰ κἂν ἐπριάμην » εἰπών « Ἀρδάλῳ κοινωνεῖν μιᾶς τραπέζης. » ἦν δὲ Τροιζήνιος ὁ Ἄρδαλος, αὐλῳδὸς καὶ ἱερεὺς τῶν Ἀρδαλείων Μουσῶν, ἃς ὁ παλαιὸς Ἄρδαλος ἱδρύσατο ὁ Τροιζήνιος.<br /><p style="text-align: centre">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">καὶ ὁ Θαλῆς ἐμὲ προσαγορεύσας ἐπάνω τοῦ Βίαντος κατακείμενον « τί οὐκ ἔφρασας, » εἶπεν, « ὦ Διόκλεις, Βίαντι τὸν Ναυκρατίτην ξένον ἥκοντα μετὰ προβλημάτων βασιλικῶν αὖθις ἐπ´ αὐτόν, ὅπως νήφων καὶ προσέχων ἑαυτῷ τὸν λόγον δέχηται; » Καὶ ὁ Βίας « ἀλλ´ οὗτος μέν, » ἔφη, « πάλαι δεδίττεται ταῦτα παρακελευόμενος, ἐγὼ δὲ τὸν Διόνυσον οἶδα τά τ´ ἄλλα δεινὸν ὄντα καὶ Λύσιον ἀπὸ σοφίας προσαγορευόμενον, ὥστ´ οὐ δέδια τοῦ θεοῦ μεστὸς γενόμενος μὴ ἀθαρσέστερον ἀγωνίσωμαι. » Τοιαῦτα μὲν ἐκεῖνοι πρὸς ἀλλήλους ἅμα δειπνοῦντες ἔπαιζον·</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §4'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§4. Après que nous fûmes entrés, '''Thalès''' ayant déjà élevé plus haut la voix: « Où donc », dit-il, « l’avait-on placé, cet homme qui s’en est formalisé ? » Quand on lui eut montré l’endroit il fit le tour de la salle, et ce fut là-même qu’il se plaça et nous installa. « En vérité », ajouta-t-il, « j’aurais payé pour partager la même table qu’'''Ardalus'''. » Cet '''Ardalus''' était un joueur de flûte [[w:Trézène_(ville)|''Trézénien'']] [[#Trézène|<span id="Trézène_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], prêtre des ''muses Ardalides'' auxquelles l’antique [[w:Ardalos|'''Ardalus''']] de ''Trézène'' avait dressé des statues.<br /><p style="text-align: centre">[...]<br /><p style="text-indent: 15px">Moi, j’étais au-dessus de '''Bias''', et '''Thalès''' m’ayant interpellé : « '''Dioclès''' », me dit-il, « pourquoi n’avez-vous pas dit à '''Bias''' que l’étranger de ''Naucratie'' est venu une seconde fois le trouver avec des questions de la part de son prince, afin que ce soit à jeun qu’il reçoive ces communications et qu’il y applique son esprit ? » Et '''Bias''' : « Il y a longtemps », dit-il, « que '''Dioclès''' me menace de m’y contraindre ; mais je sais que '''Bacchus''', entre autres attributions merveilleuses, possède une sagacité qui l’a fait surnommer le dieu qui délie, de sorte que je ne crains pas, étant rempli de la divinité, que la confiance m’abandonne au moment de la lutte. » C’est ainsi que, pendant le repas, ils échangeaient entre eux des plaisanteries.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §4'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Victor Bétolaud de 1870|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Trézène_back|<span id="Trézène"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τροιζήν / Troizḗn [[wikt:en:Τροιζήν#Ancient_Greek|(en)]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:polis|Cité grecque]] du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], sur la côte nord de l’[[w:Argolide|Argolide]].'''<br/><br/></div>
{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe VII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexions de '''Thalès''' sur le défi de sagacité posé par le roi des ''Éthiopiens'' au roi d’''Égypte'', [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']], consistant à boire la mer. Ce dernier fait appel à '''Bias''' pour la résoudre, et celui-ci souhaite l’examiner en commun avec les sages. '''Chilon''' explique qu’il ne s’agit pas de faire disparaître tant d’eau salée, mais de rendre la domination d’'''Amasis''' potable et douce à ses sujets (§6).</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§7. [...] Ἐπὶ τούτῳ δ´ ὁ '''Θαλῆς''' ἔφησεν, εὐδαιμονίαν ἄρχοντος νομίζειν, εἰ τελευτήσειε γηράσας κατὰ φύσιν.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §7'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§7. [...] Après lui '''Thalès''' prit la parole : « J’estime que le bonheur pour un souverain, c’est s’il meurt de vieillesse et naturellement. ».</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §7'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe IX.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexions de '''Thalès''' sur le défi de sagacité posé par le roi d’''Égypte'', [[w:Ahmôsis_II|'''Amasis''']], au roi des ''Éthiopiens'', consistant en une série de questions : « Qu’y a-t-il de plus ancien ? Le temps. — De plus grand ? Le monde. — De plus habile ? La vérité. — De plus beau ? La lumière. — De plus commun ? La mort. — De plus utile ? Dieu. — De plus nuisible ? Le mauvais Génie. — De plus puissant ? La Fortune. — De plus facile ? Le plaisir. ». '''Amasis''' fait encore appel à '''Bias''' pour analyser les réponses du roi des ''Éthiopiens'', qui les examinent également en commun avec les sages.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. Τούτων πάλιν ἀναγνωσθέντων, ὦ Νίκαρχε, γενομένης σιωπῆς Θαλῆς ἠρώτησε τὸν Νειλόξενον εἰ προσήκατο τὰς λύσεις ὁ Ἄμασις. ἐκείνου δ´ εἰπόντος ὅτι τὰς μὲν ἀπεδέξατο ταῖς δ´ ἐδυσκόλαινε, « καὶ μὴν οὐδέν, » εἶπεν ὁ Θαλῆς, « ἀνεπίληπτόν ἐστιν, ἀλλ´ ἔχει πάντα διαμαρτίας μεγάλας καὶ ἀγνοίας. οἷον εὐθὺς ὁ χρόνος πῶς ἂν εἴη πρεσβύτατον, εἰ τὸ μὲν αὐτοῦ γεγονὸς τὸ δ´ ἐνεστώς ἐστι τὸ δὲ μέλλον; ὁ γὰρ μεθ´ ἡμᾶς ἐσόμενος χρόνος καὶ πραγμάτων τῶν νῦν καὶ ἀνθρώπων νεώτερος ἂν φανείη. τὸ δὲ τὴν ἀλήθειαν ἡγεῖσθαι σοφίαν οὐδὲν ἐμοὶ δοκεῖ διαφέρειν τοῦ τὸ φῶς ὀφθαλμὸν ἀποφαίνειν. εἰ δὲ τὸ φῶς καλόν, ὥσπερ ἐστὶν, ἐνόμιζε, πῶς τὸν ἥλιον αὐτὸν παρεῖδε; τῶν δ´ ἄλλων ἡ μὲν περὶ θεῶν καὶ δαιμόνων ἀπόκρισις θράσος ἔχει καὶ κίνδυνον, ἀλογίαν δὲ καὶ πολλὴν ἡ περὶ τῆς τύχης· οὐ γὰρ ἂν μετέπιπτε ῥᾳδίως οὕτως, ἰσχυρότατον οὖσα τῶν ὄντων καὶ ῥωμαλεώτατον. οὐ μὴν οὐδ´ ὁ θάνατος κοινότατόν ἐστιν· οὐ γάρ ἐστι πρὸς τοὺς ζῶντας. ἀλλ´ ἵνα μὴ δοκῶμεν εὐθύνειν τὰς τῶν ἑτέρων ἀποφάσεις, ἰδίας ταῖς ἐκείνου παραβάλωμεν· ἐμαυτὸν δὲ παρέχω πρῶτον, εἰ βούλεται Νειλόξενος, ἐρωτᾶν καθ´ ἕκαστον. ὡς οὖν ἐγένοντο τότε, κἀγὼ νῦν διηγήσομαι τὰς ἐρωτήσεις καὶ τὰς ἀποκρίσεις· ‘Τί πρεσβύτατον;’ [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|‘θεός,’]] » ἔφη Θαλῆς· « ‘ἀγέν νητον γάρ ἐστι.’ ‘Τί μέγιστον;’ ‘τόπος· τἄλλα μὲν γὰρ ὁ κόσμος, τὸν δὲ κόσμον οὗτος περιέχει.’ ‘Τί κάλλιστον;’ ‘κόσμος· πᾶν γὰρ τὸ κατὰ τάξιν τούτου μέρος ἐστί.’ ‘Τί σοφώτατον;’ ‘χρόνος· τὰ μὲν γὰρ εὕρηκεν οὗτος ἤδη, τὰ δ´ εὑρήσει.’ ‘Τί κοινότατον;’ ‘ἐλπίς· καὶ γὰρ οἷς ἄλλο μηδέν, αὕτη πάρεστι.’ ‘Τί ὠφελιμώτατον;’ ‘ἀρετή· καὶ γὰρ τἄλλα τῷ χρῆσθαι καλῶς ὠφέλιμα ποιεῖ.’ ‘Τί βλαβερώτατον;’ ‘κακία· καὶ γὰρ τὰ πλεῖστα βλάπτει παραγενομένη.’ ‘Τί ἰσχυρότατον;’ ‘ἀνάγκη· μόνον γὰρ ἀνίκητον.’ ‘Τί ῥᾷστον;’ ‘τὸ κατὰ φύσιν, ἐπεὶ πρὸς ἡδονάς γε πολλάκις ἀπαγορεύουσιν.’ » </div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §9'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. Cette lecture ainsi reproduite, mon cher '''Nicarque''', il se fit un moment de silence. Après quoi '''Thalès''' demanda à '''Niloxène''' si '''Amasis''' avait accepté de telles solutions. Il répondit que ce monarque avait accepté les unes et qu’il avait été mécontent des autres. « C’est qu’en effet », dit '''Thalès''', « il n’en est aucune qui soit irréprochable, et toutes sont grandement entachées d’erreur et d’ignorance. Ainsi, d’abord, comment le temps pourrait-il être ce qu’il y a de plus ancien, puisque, une partie étant écoulée, je le veux bien, une autre est le présent, une autre est l’avenir ? Le temps qui doit venir après nous est évidemment plus jeune que les hommes d’aujourd’hui, que les événements actuels. Croire que ce qu’il y a de plus habile, ce soit la vérité, c’est, à mon avis, ne pas émettre une autre opinion que celle-ci : l’oeil et la lumière sont tout un. Si du reste l’''Éthiopien'' a cru, ce qui est réel, la lumière plus belle que tout, pourquoi a-t-il négligé de nommer le soleil lui-même ? Des autres réponses, celle qui concerne la Divinité et le Génie est aussi téméraire que dangereuse ; et ce qu’il dit de la Fortune est tout à fait déraisonnable : car elle ne changerait pas avec tant de facilité, si elle était ce qu’il y a de plus puissant et de plus fort au monde. De même, la mort n’est pas ce qu’il y a de plus commun, puisqu’elle n’est pas commune aux vivants. Mais pour que nous ne semblions pas nous borner à redresser les réponses des autres, il faut y opposer nos propres solutions. Je m’y offre le premier, si '''Niloxène''' veut reprendre chaque question ». Telles que furent faites alors et les demandes et les réponses, je vais vous les reproduire aujourd’hui : Qu’y a-t-il de plus ancien ? C’est dieu, répondit '''Thalès''', attendu qu’il est incréé. — De plus grand ? L’espace : car si le monde contient le reste, à son tour il est contenu dans l’espace. — De plus beau ? Le monde : car tout ce qui est bien ordonné en fait partie. ― De plus habile ? Le temps : car c’est lui qui a découvert et qui découvrira tout. — De plus commun ? L’espérance : car ceux même qui n’ont rien autre chose la possèdent. — De plus utile ? La vertu : car elle rend toutes les autres choses utiles par le bon usage qu’elle en fait. — De plus nuisible ? Le vice : car il corrompt tout par sa présence. — De plus puissant ? La nécessité : car elle est seule invincible. De plus facile ? Ce qui est selon la nature : car, pour ce qui est du plaisir, il amène souvent la lassitude.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §9'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexion de '''Thalès''' sur les gouvernements où la loi est égale pour tous.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§11. Ἐπὶ τούτῳ '''Θαλῆς''' τὴν μήτε πλουσίους ἄγαν μήτε πένητας ἔχουσαν πολίτας.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §11'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§11. Après lui '''Thalès''' : « que c’est celle qui n’a ni des citoyens trop riches, ni des citoyens trop pauvres. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §11'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réflexion de '''Thalès''' sur la manière dont une maison doit être réglée.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§12. Τοῦτον οὖν ἄριστον ὁ '''Σόλων''' εἶπεν αὑτῷ δοκεῖν οἶκον, ὅπου τὰ χρήματα μήτε κτωμένοις ἀδικία μήτε φυλάττουσιν ἀπιστία μήτε δαπανῶσι μετάνοια πρόσεστιν. Ὁ δὲ '''Βίας''' ἐν ᾧ τοιοῦτός ἐστιν ὁ δεσπότης δι´ αὑτὸν οἷος ἔξω διὰ τὸν νόμον. Ὁ δὲ '''Θαλῆς''' ἐν ᾧ πλείστην ἄγειν τῷ δεσπότῃ σχολὴν ἔξεστιν.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §12'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§12. '''Solon''' déclara que, selon lui, « la meilleure maison est celle où le bien qui s’y trouve est possédé sans injustice, conservé sans défiance, dépensé sans repentir. » '''Bias''' : « celle où, à l’intérieur, le maître est, par respect pour lui-même, ce qu’il est au dehors par respect pour la loi. » '''Thalès''' : « celle où le maître peut avoir un très grand loisir. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §12'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XIV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de l’''espièglerie'' de '''Thalès'''.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§14. [...] '''Ἐπιστήσαντος''' δὲ τοῦ λόγου τὸ συμπόσιον ὁ μὲν '''Θαλῆς''' ἐπισκώπτων εὖ φρονεῖν ἔφη τὸν '''Ἐπιμενίδην''' ὅτι μὴ βούλεται πράγματα ἔχειν ἀλῶν τὰ σιτία καὶ πέττων ἑαυτῷ, καθάπερ '''Πιττακός'''. « ἐγὼ γάρ, » εἶπε, « τῆς ξένης ἤκουον ᾀδούσης πρὸς τὴν μύλην, ἐν [[w:Eresós|''Ἐρέσῳ'']] γενόμενος, ἄλει, μύλα, ἄλει· καὶ γὰρ '''Πιττακὸς''' ἄλει μεγάλας ''Μυτιλάνας'' βασιλεύων. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §14'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§14. [...] Ces paroles ayant mis en arrêt les convives, '''Thalès''' dit en raillant qu’'''Epiménide''' avait bien raison de ne pas vouloir se donner l’embarras de moudre et de cuire lui-même son manger, comme faisait '''Pittacus''' : « Car je me souviens », ajouta-t-il, « qu’étant à ''Lesbos'', j’entendis mon hôtesse chanter à sa meule : Va ton train, meule, va ton train, puisque '''Pittacus''', le roi de la grande ''Mitylène'', s’occupe bien à moudre. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §14'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une doctrine de '''Thalès''' sur l’importance vitale de l’agriculture.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§15. [...] « Οὐδαμῶς, » ὁ '''Κλεόδωρος''', « ἔμοιγ´, » εἶπεν, « εἰ δεῖ τὸ φαινόμενον εἰπεῖν, καὶ μάλιστα παρακειμένης τραπέζης, ἣν ἀναιροῦσιν αἰρομένης τροφῆς φιλίων θεῶν βωμὸν οὖσαν καὶ ξενίων. ὡς δὲ '''Θαλῆς''' λέγει τῆς γῆς ἀναιρεθείσης σύγχυσιν τὸν ὅλον ἕξειν κόσμον, οὕτως οἴκου διάλυσις ἐστι· συναναιρεῖται γὰρ αὐτῇ πῦρ ἑστιοῦχον ἑστία κρατῆρες ὑποδοχαὶ ξενισμοί, φιλανθρωπότατα καὶ πρῶτα κοινωνήματα πρὸς ἀλλήλους, μᾶλλον δὲ σύμπας ὁ βίος, εἴ γε διαγωγή τίς ἐστιν ἀνθρώπου πράξεων ἔχουσα διέξοδον, ὧν ἡ τῆς τροφῆς χρεία καὶ παρασκευὴ τὰς πλείστας παρακαλεῖ. [...] »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §15'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§15. [...] « S’il faut dire ce que je pense », reprit '''Cléodème''', « ce n’est nullement mon avis, et surtout quand est dressée la table, que l’on supprime si la nourriture est supprimée et qui est l’autel des dieux amis et hospitaliers. Et s’il est vrai, comme dit '''Thalès''', que la suppression de la terre dût entraîner le désordre et la ruine du monde entier, de même anéantir la table ce serait anéantir la maison. Avec la table disparaîtraient le feu qui consacre le foyer, le foyer lui-même, les coupes, les réceptions, les hospitalités, qui sont les plus affectueux et les premiers rapports de communauté entre les hommes; ou plutôt disparaîtrait la vie entière, s’il est vrai que la vie soit une sorte de courant formé par la série des actes de l’homme, actes dont le plus grand nombre est commandé par le besoin et la préparation de la nourriture.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §15'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XVII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une parole sage de '''Thalès''' : Ne croire ni ses ennemis sur les choses croyables, ni ses amis sur les choses incroyables.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§17. τέλος δὲ γελάσας πρὸς ἡμᾶς « βούλομαι μέν, » ἔφη, « πρὸς τὸ παρὸν φράσαι τὸ προσηγγελμένον· ὀκνῶ δ´ ἀκούσας '''Θαλέω''' ποτ´ εἰπόντος ὅτι δεῖ τὰ μὲν εἰκότα λέγειν, τὰ δ´ ἀμήχανα σιωπᾶν. » Ὑπολαβὼν οὖν ὁ '''Βίας''' « ἀλλὰ καὶ τοῦτ´, » ἔφη, « '''Θαλέω''' τὸ σοφόν ἐστιν, ὅτι δεῖ τοῖς μὲν ἐχθροῖς καὶ περὶ τῶν πιστῶν ἀπιστεῖν, τοῖς δὲ φίλοις καὶ τὰ ἄπιστα πιστεύειν, ἐχθροὺς μέν, ἔγωγ´ ἡγοῦμαι, τοὺς πονηροὺς καὶ ἀνοήτους, φίλους δὲ τοὺς χρηστοὺς καὶ φρονίμους αὐτοῦ καλοῦντος. οὐκοῦν, »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §17'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§17. [...] A la fin il s’adressa à nous en éclatant de rire : « Je voudrais vous faire connaître, sans plus attendre, ce que '''Gorgias''' vient de me conter; et pourtant j’hésite, parce que j’ai autrefois entendu dire à '''Thalès''' qu’il faut dire les choses vraisemblables et taire les impossibles. « Mais, reprit '''Bias''', « c’est à '''Thalès''' aussi qu’appartient cette sage parole : qu’il faut ne pas croire ses ennemis même sur les choses croyables, et croire ses amis même sur celles qui ne le sont pas : par ennemis il entendait, je suppose, les méchants et les sots, par amis, les gens vertueux et sensés. »</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §17'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XXI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une doctrine de '''Thalès''' sur la résidence de l'âme dans toutes les parties du monde les plus essentielles.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§21. Μετὰ δὲ τοῦτον ὁ '''Ἀνάχαρσις''' εἶπεν ὅτι τοῦ '''Θαλέω''' καλῶς ὑπολαμβάνοντος ἐν πᾶσιν εἶναι τοῖς κυριωτάτοις μέρεσι τοῦ κόσμου καὶ μεγίστοις ψυχήν, [...].</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §21'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§21. Après '''Pittacus''', '''Anacharsis''' prit la parole : « Puisque, comme '''Thalès''' l’a magnifiquement établi, une âme réside dans toutes les parties du monde les plus essentielles, [...].</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome I, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/banquet.htm Των επτα σοφων συμποσιον - Le banquet des sept sages], §21'', texte établi par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== Du démon de '''Socrate''' ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/demonsocrate.htm
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== Les ''Symposiaques'', ou les propos de la table ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== De la malignité d’'''Hérodote''' ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== Les opinions des Philosophes ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
===== Livre I =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
===== Livre II =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
===== Livre III =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― ● ―</div>
===== Livre IV =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== Les animaux de terre ont-ils plus d'adresse que ceux de mer? ====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">― ✳ ―</div>
==== D’'''Isis''' et d’'''Osiris'''====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;"></div>
===== Paragraphe IX. =====
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">Témoignage d’un voyage de '''Thalès''' en ''Égypte'', de rencontres avec des prêtres et de récit sur leur divinités.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid;"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">§9. [...] '''Ἑκαταῖος''' δ´ ὁ ''Ἀβδηρίτης'' φησὶ τούτῳ καὶ πρὸς ἀλλήλους τῷ ῥήματι χρῆσθαι τοὺς ''Αἰγυπτίους'', ὅταν τινὰ προσκαλῶνται· προσκλητικὴν γὰρ εἶναι τὴν φωνήν. Διὸ τὸν πρῶτον θεόν, ὃν τῷ παντὶ τὸν αὐτὸν νομίζουσιν, ὡς ἀφανῆ καὶ κεκρυμμένον ὄντα προσκαλούμενοι καὶ παρακαλοῦντες ἐμφανῆ γενέσθαι καὶ δῆλον αὐτοῖς ''Ἀμοῦν'' λέγουσιν.<br /><p style="text-indent: 15px">§10. Ἡ μὲν οὖν εὐλάβεια τῆς περὶ τὰ θεῖα σοφίας '''Αἰγυπτίων''' τοσαύτη {ἦν}, μαρτυροῦσι δὲ καὶ τῶν ''Ἑλλήνων'' οἱ σοφώτατοι, '''Σόλων''' '''Θαλῆς''' '''Πλάτων''' '''Εὔδοξος''' '''Πυθαγόρας''', ὡς δ´ ἔνιοί φασι, καὶ '''Λυκοῦργος''' εἰς ''Αἴγυπτον'' ἀφικόμενοι καὶ συγγενόμενοι τοῖς ἱερεῦσιν.[...]</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1870<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. [...] '''Hécatée''' d’''Abdère'' dit que les ''Égyptiens'' emploient ce mot pour s’appeler les uns les autres, attendu qu’il est essentiellement appellatif. C’est pourquoi, s’adressant au premier Dieu, le même, selon eux, que l’Univers, comme à un être invisible et caché, ils l’exhortent avec supplications, en l’appelant "Amoun", à se faire voir et à se découvrir à eux. Voilà jusqu’à quel point était grande la réserve qui caractérisait la philosophie religieuse des ''Égyptiens''.<br /><p style="text-indent: 15px">§10. C’est ce que témoignent les plus éclairés d’entre les ''Grecs'': '''Solon''', '''Thalès''', '''Platon''', '''Eudoxe''', '''Pythagore''', et aussi, d’après quelques-uns, '''Lycurgue'''. Ils étaient allés en ''Égypte'' et avaient eu des conférences avec les prêtres. [...]</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §§9, 10'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Sur_Isis_et_Osiris|ici]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§9. [...] '''Hécatée''' d’''Abdère'' dit que les ''Egyptiens'' s’en servent pour s’appeler les uns les autres; que ce nom est de sa nature appellatif ; que ce peuple , qui croit que le premier des dieux, qu’il confond avec l’univers, est un dieu caché et inconnu, l’invoque et le prie de se découvrir à eux, en lui disant ''Amoun'' ;<br /><p style="text-indent: 15px">§10. tant ce peuple portait de retenue et de réserve dans sa philosophie religieuse ! C’est ce qu'attestent unanimement les plus sages d’entre les ''Grecs'', '''Solon''', '''Thalès''', '''Platon''', '''Eudoxe''', '''Pythagore''', et, suivant quelques uns, '''Lycurgue''' lui-même, qui tous voyagèrent en ''Egypte'', et y conférèrent avec les prêtres du pays.[...]</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §§9, 10'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
===== <div style="text-align: center;">Paragraphe XXXIV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage de la théorie de '''Thalès''' de l’eau principe de tous les êtres.</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ἥλιον δὲ καὶ Σελήνην οὐχ ἅρμασιν ἀλλὰ πλοίοις ὀχήμασι χρωμένους περιπολεῖν φασιν αἰνιττόμενοι τὴν ἀφ´ ὑγροῦ τροφὴν αὐτῶν καὶ γένεσιν. Οἴονται δὲ καὶ '''Ὅμηρον''' ὥσπερ '''Θαλῆν''' μαθόντα παρ´ ''Αἰγυπτίων'' ὕδωρ ἀρχὴν ἁπάντων καὶ γένεσιν τίθεσθαι· τὸν γὰρ '''Ὠκεανὸν''' '''Ὄσιριν''' εἶναι, τὴν δὲ '''Τηθὺν''' '''Ἶσιν''' ὡς τιθηνουμένην πάντα καὶ συνεκτρέφουσαν. [...]</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1870<br />(également disponible une édition de 1844 [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm ici])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ils disent que le soleil et la lune parcourent leur route perpétuelle non pas sur des chars, mais sur des bâtiments de navigation: signifiant par là, que c’est le principe humide qui les entretient et qui leur a donné naissance. Ils croient aussi que c’est des ''Egyptiens'' qu’'''Homère''', et après lui '''Thalès''', ont appris à établir l’eau comme principe générateur de tous les êtres. Ils veulent qu’'''Osiris''' soit l’'''Océan''', qu’'''Isis''' soit '''Téthys''', laquelle nourrit et entretient tout ce qui existe.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Victor_Bétolaud|Victor Bétolaud]], 1870<br/>(également disponible [[s:Sur_Isis_et_Osiris|ici]])</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">§34. Ils disent que le soleil et la lune parcourent les cieux, portés, non sur des chars, mais sur des vaisseaux, pour signifier que tout est nourri et mis en mouvement par l’eau. Ils pensent que c’est des ''Egyptiens'' qu’'''Homère''' et '''Thalès''' avaient pris cette opinion, que l’eau est le principe de tous les êtres, qu’'''Osiris''' est l’'''Océan''', et qu’'''Isis''' est '''Thétis''', qui nourrit et alimente toutes les substances.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres complètes de Plutarque, Œuvres Morales</u>, ''Tome V, [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm Περι Ισιδος και Οσιριδος - Traité d’Isis et d’Osiris], §34'', traduites par [[w:Dominique_Ricard|Dominique Ricard]], 1844</div>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Valère_Maxime|'''Valère Maxime''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Valère_Maxime|<sup>📚</sup>]] ==
=== Actions et paroles mémorables, VII, § 2 ===
:8. Il y a aussi un mot admirable de Thalès. On lui demandait si les actions des hommes échappaient à la connaissance des dieux. "Leurs pensées non plus", répondit-il. Aussi faut-il nous appliquer à avoir, je ne dis pas seulement les mains, mais encore le cœur pur, dans la persuasion que la divinité est témoin des mouvements les plus secrets de nos âmes.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Tatien_le_Syrien|'''Tatien''']] le [[w:Assyrie_(province_romaine)|''Syrien'']] ''(vers [[w:120|120]], en [[w:Halicarnasse|''Halicarnasse'']] en [[w:Assyrie_(province_romaine)|Assyrie]] — vers [[w:173|173]], en Assyrie)'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Tatien_le_Syrien|<sup>📚</sup>]] ==
=== Discours aux Grecs, 41 ===
= [[w:Lucien_de_Samosate|'''Lucien de Samosate''']] ''(vers [[w:120|120]], à [[w:Samosate|Samosate]] — vers [[w:180|180]], en [[w:Égypte_romaine_et_byzantine|Égypte]])'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Lucien_de_Samosate|<sup>📚</sup>]] =
=== Dialogues des morts ===
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6227866x/f7.item
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6227866x/f103.double
=== Hippias ou le bain ===
:(2) Mon but est de prouver que les constructeurs de machines qui méritent le plus notre admiration sont ceux qui, distingués par leur science théorique, ont laissé en outre à la postérité des monuments de leur art et des œuvres de leur génie, tandis que les hommes, qui se sont seulement exercés dans la parole méritent plutôt le nom de sophistes que celui de savants. C'est sur la liste traditionnelle de ces artistes que nous voyons figurer Archimède et Socrate de Cnide, qui inventèrent, l'un les moyens de soumettre à Ptolémée la ville de Memphis, sans recourir à un siège, mais en détournant et en divisant le cours du Nil ; l'autre, ceux d'incendier les galères des ennemis. Avant eux, Thalès de Milet, ayant promis à Crésus de faire passer à pied sec à son armée les eaux du fleuve Halys, imagina de les détourner en une seule nuit derrière le camp ; et pourtant ce n'était pas un mécanicien de profession, mais un sage d'un esprit inventif et à l'intelligence duquel on pouvait s'en rapporter.
=== Exemples de longévité ===
:(18) Solon, Thalès et Pittacus, que l'on compte au nombre des Sept sages, vécurent chacun cent années.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Clément_d%27Alexandrie|'''Clément''']] d'[[w:Histoire_d%27Alexandrie#Annexion|''Alexandrie'']] ''(vers [[w:150|150]]'' <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Athènes#Antiquité|Athènes]] — vers [[w:215|215]]'' <sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Kayseri|Kayseri]])'' [[s:Auteur:Clément_d’Alexandrie|<sup>📚</sup>]] ==
=== Stromates, I, 65 ===
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== [[w:Claude_Élien|'''Claude Élien''']] ''(vers [[w:175|175]]''<sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Préneste|Préneste]] — vers [[w:235|235]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', en [[w:Rome_antique|Rome]])'' [[s:Auteur:Élien_le_sophiste|<sup>📚</sup>]] ==
=== Histoires diverses ===
:On a vu des philosophes à la tête des affaires publiques : d'autres, se bornant à cultiver leur raison, ont passé leur vie dans le repos. Entre les premiers sont Zaleucus et Charondas qui réformèrent, l'un, le gouvernement des Locriens, l'autre, d'abord celui des Catanéens, puis, après qu'il eut été exilé de Catane, celui des Rhéginiens. Archytas servit utilement les Tarentins. Les Athéniens durent tout à Solon. Bias et Thalès rendirent les mêmes services à l'Ionie, Chilon à Lacédémone, Pittacus à Mitylène, Cléobule à Rhodes.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Sextus_Empiricus|'''Sextus Empiricus''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Sextus_Empiricus|<sup>📚</sup>]] ==
Hypot III, 30, et Liv I contre les phys., sect. 319
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f305.item.r=thales
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Lactance|'''Lactance''']] ''(vers [[w:250|250]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Henchir_Kssiba#Histoire|Civitas Popthensis]] — vers [[w:325|325]]''<sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'', en [[w:Gaule#La_Gaule_dans_l'Antiquité_tardive|Gaule]])'' ==
Épit. 4 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f300.image.r=thales)
Inst. 111, 16 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f621.item.r=thales)
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== [[w:Jamblique|'''Jamblique''']] ''(vers [[w:250|250]]''<sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à [[w:Qinnasrīn|Chalcis ad Belum]] — vers [[w:333|333]]''<sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'')'' ==
=== Vie de Pythagore ===
==== chap. II ====
(https://web.archive.org/web/20110721184914/http://www.aurumsolis.info/index.php?option=com_phocadownload&view=category&download=1%3Aiamblichus-the-pythagorean-life&id=19%3Awritings-from-the-founders&Itemid=143&lang=en)
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== [[w:Eusèbe_de_Césarée|'''Eusèbe''']] de [[w:Césarée#Césarée_au_début_du_christianisme|''Césarée'']] ''(vers [[w:265|265]]'' <sup>[[w:IIIe_siècle|⏳]]</sup>'', à Césarée — [[w:340|340]]'' <sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup>'', à Césarée)'' [[s:Auteur:Eusèbe_de_Césarée|<sup>📚</sup>]] ==
Preparation Évangélique, XI, 2
Prepar. évang. I, 8, page 22-25
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f310.image.r=thales
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== [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']] ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Diogène_Laërce|<sup>📚</sup>]] ==
''Ce texte est un extrait de la traduction de Robert Genaille (1933)''
Thalès[1], au dire d’Hérodote, de Douris et de Démocrite, était fils d’Examios et de Cléobuline, et membre de la famille des Thélides, Phéniciens descendant en droite ligne d’Agénor[2] et de Cadmus[3], s’il faut en croire Platon. Le premier, il porta le nom de sage, au temps où Damasias était archonte à Athènes[4]. C’est sous le même archontat que fut créée l’expression : « les sept sages » (cf. Démocrite de Phalère, Registre des Archontes). Thalès fut inscrit comme citoyen de Milet quand il vint dans cette ville avec Nélée chassé de Phénicie. Une autre tradition très courante veut qu’il soit natif de Milet et qu’il descende d’une bonne famille. Il s’occupa de politique avant d’étudier la nature. On croit qu’il ne laissa aucun écrit, car l’Astrologie nautique qu’on lui attribue est de Phocos de Samos.
Callimaque[5] croit qu’il découvrit la Petite Ourse et le raconte en vers iambiques :
Il mesura, dit-on, les étoiles du Chariot
Sur quoi les Phéniciens règlent leur navigation.
D’autres auteurs disent qu’il écrivit seulement deux ouvrages, un sur le solstice et un sur l’équinoxe, car il pensait le reste inaccessible. Il passe pour avoir le premier étudié l’astrologie et prédit les éclipses de soleil et les solstices (cf. Eudème, Histoire de l’astrologie)[6]. Xénophane et Hérodote le louent à ce propos, et leur témoignage est confirmé par celui d’Héraclite et de Démocrite. On dit encore (cf. le poète Choirilos) qu’il fut le premier à affirmer l’immortalité des âmes.
Le premier il dessina la course du soleil d’un solstice à l’autre, et démontra que comparée au soleil, la lune en est la cent vingtième partie. C’est encore lui qui fixa à trente jours la durée du mois, et qui écrivit le premier traité sur la Nature.
Aristote et Hippias disent aussi qu’il accordait une âme aux choses qu’on croit inanimées ; il en donnait pour preuve l’ambre et la pierre de Magnésie.
Selon Pamphile[7], il apprit des Égyptiens la géométrie, inscrivit dans un cercle le triangle rectangle, et pour cette découverte immola un bœuf. D’autres, comme Apollodore le calculateur, attribuent cette invention à Pythagore. Thalès a encore développé et précisé l’invention du Phrygien Euphorbe citée par Callimaque dans ses Iambes et concernant le triangle scalène, et tout ce qui touche aux considérations sur les lignes.
Il semble encore avoir été en politique un homme de bon conseil. Ainsi, quand Crésus[8] envoya une ambassade aux Milésiens pour demander leur alliance, il s’y opposa, et son intervention sauva la ville, puisque Cyrus l’emporta.
Héraclite cite une opinion de Clytos selon laquelle Thalès aurait eu une vie retirée et solitaire. Les uns disent qu’il se maria et eut un fils nommé Kibissos. D’autres prétendent qu’il resta célibataire et adopta le fils de sa sœur, qu’on lui demanda un jour pourquoi il ne cherchait pas à avoir des enfants, et qu’il répondit : « Par amour pour les enfants. » Sa mère l’exhortait à se marier, il lui répondit : « Non, par Zeus, il n’est pas encore temps. » Elle l’y invita une nouvelle fois quand il eut pris de l’âge, mais il lui dit : « Il n’est plus temps. »
D’après Hiéronyme de Rhodes (Notes, livre II), il voulut montrer combien il était facile de s’enrichir ayant prévu pour l’année une abondante récolte d’huile, il prit à loyer une oliveraie et gagna beaucoup d’argent[9].
Il soupçonna que l’eau était le principe des choses, que le monde était animé et rempli de démons. On dit qu’il découvrit les saisons de l’année, et qu’il la divisa en trois cent soixante-cinq jours. Il ne suivit les leçons d’aucun maître, sauf en Égypte, où il fréquenta les prêtres du pays. A ce propos, Hiéronyme dit qu’il mesura les Pyramides en calculant le rapport entre leur ombre et celle de notre corps. Si l’on en croit Minuès, il vivait au temps de Thrasybule, qui fut tyran de Milet[10].
L’histoire du trépied trouvé par des pêcheurs et dédié aux sages par le peuple de Milet est bien connue.
Des jeunes gens d’Ionie achetèrent à des pêcheurs milésiens leur coup de filet. Ils tirèrent de l’eau un trépied. On se querella et les Milésiens envoyèrent une ambassade à Delphes. Voici quel fut l’oracle de la divinité :
Race de Milet, tu interroges Phébus au sujet d’un trépied ?
Au plus sage de tous, je donne ce trépied[11].
Ils le donnent alors à Thalès, qui le donne à un autre, et cet autre à un autre, et ainsi de suite jusqu’à Solon, qui, déclarant que seul le dieu était le plus sage de tous, rendit le trépied à Delphes.
Callimaque, dans ses Iambes, rapporte cette histoire autrement ; il la tient de Léandre de Milet. Il dit qu’un certain Bathyclès d’Arcadie laissa en mourant une coupe pour qu’elle fût donnée à l’homme le plus sage. Elle fut donc donnée à Thalès, et après être passée de main en main et avoir fait le tour des sages, elle revint à Thalès. Celui-ci en fit don alors à Apollon de Didyme, en ces termes selon le poème de Callimaque :
Thalès me donne au protecteur du peuple du Nil,
Thalès qui a reçu deux fois ce présent,
ce qui, en prose, se dit ainsi : « Thalès de Milet, fils d’Examios, à Apollon delphien, ce présent qu’il a reçu deux fois des Grecs. » Celui qui portait la coupe de sage en sage, le fils de Bathyclès, s’appelait Thyrion (cf. Éleusis, Livre sur Achille, et Alexon de Mynde, Fables, livre IX).
Eudoxe de Cnide et Évanthès de Milet disent de leur côté qu’un ami de Crésus reçut du roi un vase d’or, pour le donner au plus sage des Grecs, qu’il le donna à Thalès et que ce vase parvint jusqu’à Chilon. Celui-ci consulta la Pythie, pour savoir qui était plus sage que lui. Elle répondit que c’était Myson (je parlerai de lui : Eudoxe le met parmi les sages à la place de Cléobule et Platon à la place de Périandre.) Voici la réponse que lui fit la Pythie :
Il y a un habitant de l’Oeta, Myson, né à Chénée,
Qui plus que toi est riche de sages pensées.
L’homme qui consulta l’oracle pour Chilon s’appelait Anacharsis. Dédale le Platonicien et Cléarque disent que la coupe fut envoyée par Crésus à Pittacos, et que c’est ainsi qu’elle passa de main en main. D’après Andron, d’autre part (Livre du trépied), les Argiens décidèrent que le trépied serait attribué comme prix de vertu au plus sage des Grecs. Aristodème de Sparte fut choisi et c’est lui qui donna le trépied à Chilon.
Alcée est aussi partisan d’Aristodème dont il parle dans les vers suivants :
:Comme jadis Aristodème, dit-on,
:Prononça à Sparte cette parole bien juste :
:C’est de l’argent, un homme, oui de l’argent,
:Car l’homme vertueux n’est jamais pauvre.
D’autres disent encore que Périandre envoya à Thrasybule, tyran de Milet, un navire chargé, que ce navire fit naufrage dans la mer de Cos, et que quelque temps après le trépied fut trouvé par des pêcheurs. Phanodicos dit que le trépied fut trouvé dans la mer Attique, porté à la ville, et que l’assemblée du peuple s’étant réunie le fit porter à Bias. Pourquoi cela, je le dirai quand je parlerai de Bias. Selon d’autres auteurs, le trépied avait été fabriqué par Héphaïstos et donné en présent de la part de ce dieu à Pélops lors de son mariage. Il vint ensuite à Ménélas, fut enlevé avec Hélène par Alexandre, jeté dans la mer de Cos à l’instigation de la Spartiate qui prévoyait qu’il serait un sujet de querelle. Plus tard, en ce lieu, des Lébédiens achetèrent le produit d’un coup de filet et c’est le trépied qui fut tiré de l’eau. Il y eut querelle avec les pêcheurs, on vint jusqu’à Cos, et comme on ne s’accordait pas, on s’adressa à Milet, qui était la capitale. Les Milésiens envoyèrent des députés qui ne furent pas écoutés, aussi firent-ils la guerre aux gens de Cos. Comme de chaque côté il mourait beaucoup de gens, l’oracle déclara qu’il fallait donner le trépied au plus sage. Les deux camps s’entendirent alors pour l’attribuer à Thalès, qui par la suite le consacra à Apollon de Didyme. Pour en revenir à la réponse de l’oracle aux gens de Cos, elle disait ceci :
La querelle entre Ioniens et Méropes ne cessera pas
Avant que le trépied d’or qu’Héphaïstos jeta dans la mer
N’ait quitté votre ville pour la maison de l’homme
Qui connaît le présent, l’avenir et le passé.
La réponse aux Milésiens fut la suivante :
Race de Milet, tu interroges Phoebus au sujet d’un trépied...
comme il a été dit plus haut.
En voilà assez sur ce sujet[12].
Hermippe, dans ses Vies, rapporte à Thalès ce qui est dit par d’autres de Socrate : il aimait à dire qu’il remerciait la fortune de trois choses : d’être un humain et non une bête, d’être un homme et non une femme, enfin d’être un Grec, et non un barbare. On raconte encore qu’étant sorti de chez lui pour contempler les astres, il tomba dans un puits[13]. Une vieille femme survenant se moqua de lui en ces mots : « Comment, Thalès, toi qui n’es pas capable de voir ce qui est à tes pieds, t’imagines-tu pouvoir connaître ce qui est dans le ciel ? »
Timon[14] a bien connu aussi la science de Thalès en astronomie, et dans ses Silles, il le loue en ces termes :
Comme Thalès, un des sept sages, qui fut savant astronome.
L’Argien Lobon dit que ses écrits font un total de quelque deux cents vers, et que sous sa statue on écrivit :
Thalès de Milet repose ici dans le sol qui l’a nourri,
Il fut un sage, et le premier des astrologues.
Voici un de ses poèmes :
Le trop parler n’est pas marque d’esprit.
Trouvez une seule chose sage,
Choisissez une seule chose belle,
Et vous clouerez le bec à bien des bavards.
On lui attribue encore les sentences suivantes : de tous les êtres, le plus ancien, c’est Dieu, car il n’a pas été engendré ; le plus beau, c’est le monde, car il est l’ouvrage du dieu ; le plus grand, c’est l’espace, car il contient tout ; le plus rapide, c’est l’esprit, car il court partout ; le plus fort, c’est la nécessité, car elle vient à bout de tout ; le plus sage, c’est le temps, parce qu’il découvre tout. La mort, dit-il, ne diffère en rien de la vie. On lui répond : « Pourquoi, alors, ne te donnes-tu pas la mort ? » ; « Parce que vie ou mort, c’est tout un », réplique-t-il. Quelqu’un lui demande ce qui du jour ou de la nuit fut créé d’abord ; il répond : « La nuit est en avance d’un jour. » On lui demande si les mauvaises actions d’un homme échappent au regard des dieux. Il répond : « Ils voient même les mauvaises pensées. » Un homme adultère lui demandait s’il pouvait jurer qu’il n’avait pas commis d’adultère. Il répondit : « Le parjure n’est pas pire que l’adultère. »
On lui demandait ce qui était difficile : « Se connaître » dit-il ; ce qui était facile : donner un conseil à autrui ; ce qui était le plus doux : jouir ; ce que c’était que la divinité : un être sans commencement ni fin ; encore une chose difficile : voir un tyran âgé ; comment supporter aisément l’infortune : en voyant ses ennemis plus malheureux encore ; comment vivre vertueusement : en ne faisant pas ce que nous reprochons à autrui ; qui est heureux : l’homme bien portant, riche, courageux et instruit.
Il disait encore que l’on doit penser à ses amis aussi bien en leur absence qu’en leur présence, que la beauté ne vient pas d’un beau visage, mais de belles actions. « Ne t’enrichis pas injustement, conseillait-il, et veille à ne pas être cité en justice pour de mauvaises paroles contre tes proches et tes amis. Comme tu traites tes parents, tes enfants te traiteront. »
Du Nil[15] il disait qu’il débordait quand ses eaux étaient repoussées par les vents étésiens qui soufflent contre son cours.
Apollodore dans ses Chroniques dit que Thalès naquit la première année de la trente-cinquième olympiade[16]. Il mourut dans sa soixante-dix-huitième année ou, comme le dit Sosicrate, dans sa quatre-vingt-dixième année, car ce fut dans la cinquante-huitième olympiade. Il vécut du temps de Crésus, auquel il promit de faire traverser l’Hallys[17] sans pont, en détournant le cours du fleuve.
Il y eut cinq autres personnages du nom de Thalès (cf. Démétrios de Magnésie, Homonymes) : un rhéteur de Callatie, au style prétentieux, un peintre de Sicyone, de noble origine, un troisième, très ancien, du temps d’Hésiode, d’Homère et de Lycurgue, un quatrième, mentionné par Douris dans son traité de la peinture, un cinquième, plus jeune et peu connu, cité par Denys dans ses Critiques.
Pour en revenir à notre sage, il mourut en regardant les jeux gymniques, pour avoir eu trop chaud et trop soif et par suite de sa fatigue et de son grand âge. Voici son épitaphe :
:Ce tombeau, certes, est bien petit,
:Mais la renommée de l’homme est allée au ciel.
:C’est celui de Thalès le très sage.
J’ai écrit sur lui les vers suivants dans le premier livre de mes épigrammes ou « vers de mètres divers[18] :
:Tandis qu’il regardait les jeux, ô Zeus Hélios,
:Tu as ravi du stade le sage Thalès.
:Je te loue de l’avoir rapproché du ciel. Il était si vieux
:Que de la terre il ne pouvait plus voir les astres.
Thalès est l’auteur du fameux « connais-toi toi-même » qu’Antisthène (Livre des Filiations) attribue à Phémonoé, en déclarant que Chilon se l’appropria mensongèrement.
Sur les sept sages, qu’il est juste de citer maintenant l’un après l’autre, voici la tradition. Damon de Cyrène, qui blâme tous les philosophes dans ses écrits, s’attaque surtout aux sept sages. Anaximène dit que tous étaient poètes. Dicéarque dit qu’ils n’étaient ni sages ni philosophes, mais hommes d’esprit et législateurs. Archétimos de Syracuse a décrit leurs assemblées chez Cypsélos[19] et dit qu’il y assista personnellement. Euphoros dit que tous, sauf Thalès, fréquentèrent Crésus.
D’autres disent qu’ils se réunirent à Panionium, à Corinthe et à Delphes. On rapporte même leurs paroles, et qui a prononcé telle ou telle. Exemple :
Le Spartiate Chilon fut sage,
Lui qui dit : Rien de trop,
Tout est bien qui vient en son temps !
On n’est pas d’accord sur leur nombre. Léandre, au lieu de Cléobule et de Myson, met Léophante, fils de Gorsias, ou Lébédios d’Éphèse et Épiménide de Crète. Platon, dans le Protagoras[20], met Myson à la place de Périandre. Éphoros met Anacharsis à la place de Myson et d’autres ajoutent Pythagore.
Selon Dicéarque, il y en a quatre sur qui tout le monde est d’accord : Thalès, Bias, Pittacos et Solon. Le même auteur en nomme six autres, parmi lesquels il en choisit trois : Aristodème, Pamphile, le Lacédémonien Chilon, Cléobule, Anacharsis et Périandre. D’autres ajoutent Acousilaos, Caba ou Scala, un Argien.
Hermippe, dans son livre sur les sages, dit qu’ils furent dix-sept et que chacun en choisit sept selon ses préférences. Ce sont Solon, Thalès, Pittacos, Bias, Chilon, Cléobule, Périandre, Anacharsis, Acousilaos, Épiménide, Léophante, Phérécyde, Aristodème, Pythagore, Lasos, fils de Charmantidas ou de Sisambrinos ou, selon Aristoxène, de Chabrinus, Hermonée, Anaxagore.
Hippobotos (Catalogue des Philosophes) les inscrit ainsi : Orphée, Linos, Solon, Périandre, Anacharsis, Cléobule, Myson, Thalès, Bias, Pittacos, Épicharme et Pythagore.
Voici des lettres attribuées à Thalès[21] :
==== Thalès à Phérécyde ====
« J’apprends que vous vous disposez à présenter aux Grecs le premier traité ionien des choses divines. Vous agiriez peut-être plus sagement en lisant votre ouvrage à vos amis, qu’en communiquant à n’importe quelles gens des écrits qui ne peuvent guère leur être utiles.
« Si cela vous plaît, j’aimerais profiter de vos recherches et, si vous m’y invitez, je viendrai vous trouver au plus tôt. Car Solon d’Athènes et moi, qui avons déjà traversé deux fois la mer pour aller visiter la Crète, et pour aller en Égypte nous entretenir avec les prêtres et les astronomes du lieu, nous sommes assez sages pour ne pas hésiter à la traverser de nouveau pour aller vous voir.
« Je parle de Solon, parce qu’il viendra avec moi si vous le permettez. Vous êtes un sédentaire, vous allez rarement en Ionie, vous n’aimez guère aller voir les étrangers, et vous ne songez, j’imagine, qu’à écrire.
« Mais nous qui n’écrivons pas, nous parcourons volontiers la Grèce et l’Italie. »
==== Thalès à Solon ====
« Si vous quittez Athènes, vous aurez, je crois, tout avantage à venir vous établir à Milet, parmi les colons athéniens. Il n’y a là pour vous aucun danger. Si vous hésitez, sous prétexte que nous, Milésiens, sommes gouvernés par un tyran (je sais que vous haïssez tout pouvoir absolu), songez du moins que vous aurez plaisir à vivre avec nous qui sommes vos amis. Je sais que Bias vous a écrit et vous invite à aller à Priène. Si vous trouvez préférable d’habiter la ville de Priène, j’irai vivre là-bas avec vous. »
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Ausone|'''Ausone''']] ''([[w:309|309]]/[[w:310|310]], à [[w:Bazas|Bazas]] ou à [[w:Bordeaux#Burdigala,_cité_romaine_(Ier_siècle_-_Ve_siècle)|Bordeaux]] — [[w:394|394]]/[[w:395|395]], entre [[w:Langon_(Gironde)|Langon]] et [[w:La_Réole|La Réole]])'' <sup>[[w:IVe_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Ausone|<sup>📚</sup>]] ==
=== Le Jeu des Sept Sages ===
:Thalès a trouvé [texte grec] pour nous défendre de nous porter cautions, parce qu'il y a du danger à répondre ainsi pour d'autres[iv]. Nous donnons-là un avis qui ne plaira pas beaucoup aux emprunteurs.
:THALÈS : Je suis Thalès de Milet ; j'ai dit, comme le poète Pindare, que l'eau est, le principe de toute chose. C'est à moi que des pêcheurs donnèrent autrefois [un trépied d'or] qu'ils avaient tiré de la mer : ils m'avaient choisi pour obéir au dieu de Délos, qui envoyait ce présent à un sage. Je refusai de le recevoir, je le leur rendis pour le porter à d'autres que je croyais plus dignes. Envoyé à tous les sept Sages, et renvoyé par eux, il nie fut rapporté. Je le reçus alors pour le consacrer à Apollon : car si Phébus a voulu qu'on choisit un sage, ce n'était pas d'un homme, mais d'un dieu qu'il fallait l'entendre. Je suis donc ce Thalès : mais un motif m'amène sur la scène. Comme les deux sages qui m'ont précédé, je viens défendre la sentence dont je suis l'auteur. Elle déplaira, mais non certes aux esprits prudents que l'expérience a instruits et rendus plus avisés. Nous avons dit : [texte grec], ou, en latin : Cautionne, mais tu t'en trouveras mal. Je pourrais parcourir mille exemples pour vous montrer des cautions et des répondants bien et dûment convaincus de repentir. Mais je ne veux nommer personne. Que chacun de, vous ré-fléchisse, et compte en lui-même combien de gens ont perdu ou souffert de s'être ainsi portés cautions pour d'autres. Toutefois, si un pareil service a du charme pour vous, n'y renoncez ni les uns ni les autres.
:Alors que les uns applaudissent, et que les autres, si je les blesse, me sifflent.
:THALÈS DE MILET.
:AVANT d'oser une mauvaise action, à défaut de Témoin redoute ta conscience. La vie s'éteint, mais la gloire de la mort ne meurt point. Ce que tu veux faire, abstiens-toi de le dire. C'est un supplice de craindre ce qu'on ne peut empêcher. Si tu blâmes avec raison, ton hostilité même est profitable ; si tu loues mal à propos, ton amitié même est nuisible. Rien de trop. - Arrêtons-nous, et qu'ici même il n'y ait rien de trop.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Proclus|'''Proclus''']] ''(le 7 ou 8 février [[w:412|412]], à [[w:Constantinople|Constantinople]] — le 17 avril [[w:485|485]], à [[w:Histoire_d%27Athènes#Antiquité_tardive|Athènes]])''<sup>[[w:Ve_siècle|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Proclus|<sup>📚</sup>]] ==
=== Commentaire sur le premier livre d'Euclide, 65, 3 ===
ὥσπερ οὖν παρὰ τοῖς Φοίνιξιν διὰ τὰς ἐμπορείας καὶ τὰ συναλλάγματα τὴν ἀρχὴν ἔλαβεν ἡ τῶν ἀριθμῶν ἀκριβὴς γνῶσις, οὕτω δὴ καὶ παρ' Αἰγυπτίοις ἡ γεωμετρία διὰ τὴν εἰρημένην αἰτίαν εὕρηται. Θαλῆς δὲ πρῶτον εἰς Αἴγυπτον ἐλθὼν μετήγαγεν εἰς τὴν Ἑλλάδα τὴν θεωρίαν ταύτην καὶ πολλὰ μὲν αὐτὸς εὗρεν, πολλῶν δὲ τὰς ἀρχὰς τοῖς μετ' αὐτὸν ὑφηγήσατο τοῖς μὲν καθολικώτερον ἐπιβάλλων, τοῖς δὲ αἰσθητικώτερον.
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== « [[w:Souda|'''Suidas''']] » ''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l'on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:IXe_siècle|IX<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]])'' [[s:Auteur:Suidas|<sup>📚</sup>]] ==
=== La Souda ===
Θαλῆς, Ἐξαμύου καὶ Κλεοβουλίνης, Μιλήσιος, ὡς δὲ Ἡρόδοτος Φοῖνιξ: γεγονὼς πρὸ Κροίσου, ἐπὶ τῆς λε# ὀλυμπιάδος, κατὰ δὲ Φλέγοντα γνωριζόμενος ἤδη ἐπὶ τῆς ζ#. ἔγραψε περὶ μετεώρων ἐν ἔπεσι, Περὶ ἰσημερίας, καὶ ἄλλα πολλά. ἐτελεύτησε δὲ γηραιός, θεώμενος γυμνικὸν ἀγῶνα, πιληθεὶς δὲ ὑπὸ τοῦ ὄχλου καὶ ἐκλυθεὶς ὑπὸ τοῦ καύματος. πρῶτος δὲ Θαλῆς τὸ τοῦ σοφοῦ ἔσχεν ὄνομα καὶ πρῶτος τὴν ψυχὴν εἶπεν ἀθάνατον ἐκλείψεις τε καὶ ἰσημερίας κατείληφεν. ἀποφθέγματα δὲ αὐτοῦ πλεῖστα: καὶ τὸ θρυλλούμενον: γνῶθι σαυτόν. τὸ γάρ, ἐγγύα, πάρα δ' ἄτα, Χίλωνός ἐστι μᾶλλον, ἰδιοποιησαμένου αὐτό: καὶ τό, μηδὲν ἄγαν.
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Dictionnaire de philosophie/Abduction
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{{DicoPhilo|Abduction}}
'''L'abduction''' est un mode de raisonnement introduit et développé sous ce nom par le philosophe et logicien américain Charles Sanders Peirce (1839-1914). Au sein de l'œuvre de ce fondateur du pragmatisme, ce type d'inférence occupe une place centrale pour définir la logique de la découverte scientifique<ref>Charles Sanders Peirce, « The Fixation of Belief », ''Popular Science Monthly'', vol. 12, novembre 1877, p. 1-15.</ref>.
Il convient d'emblée de dissiper une confusion fréquente. Si Peirce conçoit l'abduction comme le processus de ''génération'' d'hypothèses nouvelles face à un fait surprenant, la philosophie contemporaine utilise souvent ce terme, ou celui d'« inférence à la meilleure explication » (IBE), pour désigner le processus de ''sélection'' ou de justification de l'hypothèse la plus robuste. Bien que liés, ces deux usages ne se recouvrent pas parfaitement : le premier insiste sur l'imagination créatrice, le second sur les critères de choix théorique.
== Définition et nature ==
L'abduction désigne le processus par lequel, confronté à un fait inexpliqué, l'esprit formule une hypothèse susceptible d'en rendre [[Manuel de terminale de philosophie/Raison|raison]]. Peirce la caractérise par la forme suivante<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 5, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1934, § 5.189.</ref> :
{{Citation bloc|Le fait surprenant ''B'' est observé ; mais si ''A'' était vrai, alors ''B'' s'en suivrait ; donc il y a une raison de soupçonner que ''A'' est vrai.}}
Ce raisonnement remonte de l'effet observé vers une cause possible. Contrairement à la perception directe, l'abduction infère quelque chose de différent de ce qui est observé, souvent un élément inobservable directement<ref>Stathis Psillos, « Peirce on Abduction », dans Dov M. Gabbay et John Woods (éd.), ''Handbook of the History of Logic'', vol. 10 : ''Inductive Logic'', Amsterdam, Elsevier, 2011, p. 119-152.</ref>. C'est l'opération mentale qu'effectue un médecin lorsqu'il pose un diagnostic à partir de symptômes, ou un détective lorsqu'il reconstruit le déroulement d'un crime à partir d'indices disparates.
== Antécédents historiques : l'héritage d'[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] ==
Si Peirce a donné à l'abduction son nom moderne et sa portée logique, il ne l'a pas créée ''ex nihilo''. Il a explicitement relié sa conception à l'''apagôgè'' (ἀπαγωγή) décrite par Aristote dans les ''Premiers Analytiques'' (II, 25)<ref>Peirce écrit notamment en 1891-92 : « There are in [[Manuel de terminale de philosophie/Science|science]] three fundamentally different kinds of reasoning, Deduction (called by Aristotle συναγωγή or συλλογισμός), Induction (Aristotle's ἐπαγωγή), and Reduction (Aristotle's ἀπαγωγή), but misunderstood because of corrupt text, and as misunderstood usually translated abduction. » (''Collected Papers'', vol. 1, § 1.65). Peirce revient longuement sur ce lien dans son traité « The Logic of Drawing History from Ancient Documents » (1901), vol. 7, § 7.163-7.253, où il argumente que le texte d'Aristote a été corrompu par Apellicon. Voir aussi William Paul Haas, « C.S. Peirce's Abduction from the Prior Analytics », ''Community Scholar Publications'', Providence College, 1996, qui documente précisément l'interprétation peircéenne d'Aristote.</ref>. Pour le Stagirite, ce raisonnement intervient lorsque la relation entre le terme moyen et le terme majeur est certaine, mais que celle entre le dernier terme et le moyen terme n'est que probable. Bien que l'interprétation d'Aristote par Peirce soit parfois contestée par les historiens de la logique, cette filiation permet d'ancrer l'abduction dans une longue tradition de réflexion sur les inférences qui ne relèvent pas de la déduction nécessaire<ref>Sur la distinction entre le sens aristotélicien et le sens peircéen, voir Christian Plantin, « Abduction », dans ''Dictionnaire de l'argumentation'', Lyon, ENS Éditions, 2021.</ref>.
== Structure logique et distinction des inférences ==
Pour bien saisir la spécificité de l'abduction, il faut la confronter aux deux autres modes d'inférence classiques.
* La '''déduction''' applique une règle générale à un cas pour obtenir un résultat certain. Elle n'apporte aucune information nouvelle qui ne soit déjà contenue dans les prémisses.
* L''''induction''' part de l'accumulation de cas singuliers pour tenter d'établir une règle générale. Elle généralise, mais n'explique pas.
L'abduction, elle, part d'un résultat curieux et cherche une règle qui pourrait l'expliquer. L'exemple des haricots, cher à Peirce, éclaire ces distinctions<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 2, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1932, § 2.623.</ref>. Imaginez des sacs de haricots.
# '''[[Dictionnaire de philosophie/Déduction|Déduction]]''' : Je sais que ce sac ne contient que des haricots blancs (Règle). Je tire une poignée de ce sac (Cas). ''Donc'', ces haricots sont blancs (Résultat).
# '''Induction''' : Je tire une poignée de ce sac, ils sont blancs. Je tire une autre poignée, ils sont blancs (Cas + Résultat). ''Donc'', tous les haricots de ce sac sont blancs (Règle probable).
# '''Abduction''' : Je trouve des haricots blancs posés sur la table (Résultat). Or, je sais que ce sac contient des haricots blancs (Règle). ''Donc'', je fais l'hypothèse que ces haricots proviennent de ce sac (Cas hypothétique).
== Statut épistémologique ==
L'abduction présente trois caractéristiques fondamentales qui définissent son statut dans la théorie de la connaissance.
Premièrement, elle est '''créative et ampliative'''. Contrairement à la déduction, l'abduction ajoute de l'information. Peirce va jusqu'à affirmer qu'elle est « la seule opération logique qui introduit une idée nouvelle »<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 5, § 5.171.</ref>. Sans elle, la science ne serait qu'un classement de données ou un calcul de conséquences, sans jamais produire de théories explicatives.
Deuxièmement, elle est '''faillible'''. Sa conclusion n'est jamais certaine, seulement plausible. Du point de vue de la logique formelle stricte, l'abduction est invalide : elle correspond au sophisme de l'affirmation du conséquent (« Si P alors Q ; or Q ; donc P »). Ce qui est une faute en logique déductive devient ici une heuristique féconde, à condition de garder à l'esprit que l'hypothèse demande à être testée.
Troisièmement, elle '''guide l'enquête'''. L'abduction ne se suffit pas à elle-même ; elle est le premier moment d'une boucle récursive. L'abduction suggère une hypothèse ; la déduction explicite les conséquences observables de cette hypothèse ; enfin, l'induction vérifie si ces conséquences se réalisent dans l'expérience<ref>K. T. Fann, ''Peirce's Theory of Abduction'', La Haye, Martinus Nijhoff, 1970, p. 9-10.</ref>.
== L'abduction dans le pragmatisme ==
Pour Peirce, l'abduction est indissociable de sa maxime pragmatiste, qui lie le sens d'une idée à ses conséquences pratiques concevables<ref>Charles Sanders Peirce, « How to Make Our Ideas Clear », ''Popular Science Monthly'', vol. 12, janvier 1878.</ref>. Face à une surprise qui brise nos habitudes d'action ou de pensée, l'abduction propose une explication dont la fonction première est de nous permettre de reprendre le cours de l'expérience.
Peirce n'hésite pas à naturaliser cette capacité en la qualifiant d'« instinct rationnel »<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 6, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1935, § 6.530.</ref>. Il s'étonne que l'esprit humain, malgré l'infinité des hypothèses possibles, parvienne si souvent à deviner la bonne explication en un nombre limité d'essais. Il rapproche cette faculté du ''lume naturale'' (lumière naturelle) évoqué par Galilée, suggérant une affinité naturelle entre l'esprit humain et les lois de l'univers<ref>Jaime Nubiola, « Il Lume Naturale: Abduction and God », ''Semiotiche'', vol. 1, n° 2, 2004, p. 91-102.</ref>.
== Débats contemporains et postérité ==
Si la logique peircéenne est restée longtemps confidentielle, la notion d'abduction connaît un vif regain d'intérêt depuis la seconde moitié du {{XXe}} siècle, au prix parfois de glissements sémantiques.
=== L'inférence à la meilleure explication (IBE) ===
Dans le débat sur le réalisme scientifique, l'abduction est souvent assimilée à l'Inférence à la meilleure explication. Des auteurs comme Gilbert Harman soutiennent que si une théorie explique les phénomènes mieux que ses rivales (par sa simplicité, sa cohérence, son pouvoir unificateur), nous sommes justifiés à la croire vraie<ref>Gilbert Harman, « The Inference to the Best Explanation », ''The Philosophical Review'', vol. 74, n° 1, 1965, p. 88-95.</ref>. C'est l'argument principal du réalisme scientifique : il serait miraculeux que nos meilleures théories scientifiques fonctionnent si bien tout en étant fausses.
Cependant, des critiques comme Bas van Fraassen objectent que la « meilleure » explication disponible n'est peut-être que la meilleure d'un mauvais lot (« ''the best of a bad lot'' »)<ref>Bas van Fraassen, ''Laws and Symmetry'', Oxford, Clarendon Press, 1989, p. 142-143.</ref>. Rien ne garantit que la vérité figure parmi les hypothèses que nous avons imaginées. Ici, on s'éloigne de l'abduction peircéenne (invention) pour toucher aux critères de justification.
=== Intelligence artificielle et bayésianisme ===
L'abduction est également devenue un concept clé en intelligence artificielle pour modéliser les raisonnements dits « non monotones » (c'est-à-dire des raisonnements où l'ajout de nouvelles informations peut invalider les conclusions précédentes, contrairement à ce qui se produit en logique classique déductive). Cette capacité est essentielle pour des systèmes de diagnostic ou de détection d'anomalies<ref>Antonis C. Kakas, Robert A. Kowalski et Francesca Toni, « Abductive Logic Programming », ''Journal of Logic and Computation'', vol. 2, n° 6, 1992, p. 719-770.</ref>. Les systèmes experts, notamment en diagnostic médical, fonctionnent sur des moteurs d'inférence abductive où une hypothèse initialement acceptée peut être révisée à la lumière de nouvelles observations.
Enfin, des épistémologues contemporains tentent d'articuler l'abduction avec le probabilisme bayésien (théorie mathématique calculant la probabilité d'une cause en fonction de nouveaux événements). La question est de savoir si le pouvoir explicatif d'une hypothèse doit augmenter sa probabilité ''a priori'' ou si l'abduction n'est qu'une approximation heuristique du raisonnement bayésien rigoureux<ref>Sur ces débats, voir Igor Douven, « Abduction », ''The Stanford Encyclopedia of Philosophy'', 2021, sections 3-4.</ref>.
== Notes et références ==
{{references}}
== Bibliographie ==
=== Textes de référence ===
* Charles Hartshorne et Paul Weiss (éd.), ''Collected Papers of Charles Sanders Peirce'', vol. 1-6, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1931-1935.
* Charles S. Peirce, ''Écrits sur le signe'', rassemblés et commentés par Gérard Deledalle, Paris, Seuil, 1978.
* Charles S. Peirce, ''Pragmatisme et pragmaticisme'', trad. C. Tiercelin et P. Thibaud, Paris, Cerf, 2002.
=== Études et commentaires ===
* Jean-Marie Chevalier, ''Peirce ou l'invention de l'épistémologie'', Paris, Vrin, 2022.
* K. T. Fann, ''Peirce's Theory of Abduction'', La Haye, Martinus Nijhoff, 1970.
* Stathis Psillos, « Peirce on Abduction », dans ''Handbook of the History of Logic'', vol. 10, Amsterdam, Elsevier, 2011.
* Claudine Tiercelin, ''C. S. Peirce et le pragmatisme'', Paris, PUF, 1993.
* William Paul Haas, « C.S. Peirce's Abduction from the Prior Analytics », ''Community Scholar Publications'', Providence College, 1996.
=== Sur les débats contemporains ===
* Peter Lipton, ''Inference to the Best Explanation'', Londres, Routledge, 2004.
* Umberto Eco et Thomas Sebeok (éd.), ''The Sign of Three: Dupin, Holmes, Peirce'', Bloomington, Indiana University Press, 1983.
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{{DicoPhilo|Abduction}}
'''L'abduction''' est un mode de raisonnement introduit et développé sous ce nom par le philosophe et logicien américain [[s:Auteur:Charles Sanders Peirce|Charles Sanders Peirce]] (1839-1914). Au sein de l'œuvre de ce fondateur du pragmatisme, ce type d'inférence occupe une place centrale pour définir la logique de la découverte scientifique<ref>Charles Sanders Peirce, « The Fixation of Belief », ''Popular Science Monthly'', vol. 12, novembre 1877, p. 1-15.</ref>.
Il convient d'emblée de dissiper une confusion fréquente. Si Peirce conçoit l'abduction comme le processus de ''génération'' d'hypothèses nouvelles face à un fait surprenant, la philosophie contemporaine utilise souvent ce terme, ou celui d'« inférence à la meilleure explication » (IBE), pour désigner le processus de ''sélection'' ou de justification de l'hypothèse la plus robuste. Bien que liés, ces deux usages ne se recouvrent pas parfaitement : le premier insiste sur l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]] créatrice, le second sur les critères de choix théorique.
== Définition et nature ==
L'abduction désigne le processus par lequel, confronté à un fait inexpliqué, l'esprit formule une hypothèse susceptible d'en rendre [[Manuel de terminale de philosophie/Raison|raison]]. Peirce la caractérise par la forme suivante<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 5, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1934, § 5.189.</ref> :
{{Citation bloc|Le fait surprenant ''B'' est observé ; mais si ''A'' était vrai, alors ''B'' s'en suivrait ; donc il y a une raison de soupçonner que ''A'' est vrai.}}
Ce raisonnement remonte de l'effet observé vers une cause possible. Contrairement à la perception directe, l'abduction infère quelque chose de différent de ce qui est observé, souvent un élément inobservable directement<ref>Stathis Psillos, « Peirce on Abduction », dans Dov M. Gabbay et John Woods (éd.), ''Handbook of the History of Logic'', vol. 10 : ''Inductive Logic'', Amsterdam, Elsevier, 2011, p. 119-152.</ref>. C'est l'opération mentale qu'effectue un médecin lorsqu'il pose un diagnostic à partir de symptômes, ou un détective lorsqu'il reconstruit le déroulement d'un crime à partir d'indices disparates.
== Antécédents historiques : l'héritage d'[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] ==
Si Peirce a donné à l'abduction son nom moderne et sa portée logique, il ne l'a pas créée ''ex nihilo''. Il a explicitement relié sa conception à l'''apagôgè'' (ἀπαγωγή) décrite par Aristote dans les ''Premiers Analytiques'' (II, 25)<ref>Peirce écrit notamment en 1891-92 : « There are in [[Manuel de terminale de philosophie/Science|science]] three fundamentally different kinds of reasoning, Deduction (called by Aristotle συναγωγή or συλλογισμός), Induction (Aristotle's ἐπαγωγή), and Reduction (Aristotle's ἀπαγωγή), but misunderstood because of corrupt text, and as misunderstood usually translated abduction. » (''Collected Papers'', vol. 1, § 1.65). Peirce revient longuement sur ce lien dans son traité « The Logic of Drawing History from Ancient Documents » (1901), vol. 7, § 7.163-7.253, où il argumente que le texte d'Aristote a été corrompu par Apellicon. Voir aussi William Paul Haas, « C.S. Peirce's Abduction from the Prior Analytics », ''Community Scholar Publications'', Providence College, 1996, qui documente précisément l'interprétation peircéenne d'Aristote.</ref>. Pour le Stagirite, ce raisonnement intervient lorsque la relation entre le terme moyen et le terme majeur est certaine, mais que celle entre le dernier terme et le moyen terme n'est que probable. Bien que l'interprétation d'Aristote par Peirce soit parfois contestée par les historiens de la logique, cette filiation permet d'ancrer l'abduction dans une longue tradition de réflexion sur les inférences qui ne relèvent pas de la déduction nécessaire<ref>Sur la distinction entre le sens aristotélicien et le sens peircéen, voir Christian Plantin, « Abduction », dans ''Dictionnaire de l'argumentation'', Lyon, ENS Éditions, 2021.</ref>.
== Structure logique et distinction des inférences ==
Pour bien saisir la spécificité de l'abduction, il faut la confronter aux deux autres modes d'inférence classiques.
* La '''déduction''' applique une règle générale à un cas pour obtenir un résultat certain. Elle n'apporte aucune information nouvelle qui ne soit déjà contenue dans les prémisses.
* L''''induction''' part de l'accumulation de cas singuliers pour tenter d'établir une règle générale. Elle généralise, mais n'explique pas.
L'abduction, elle, part d'un résultat curieux et cherche une règle qui pourrait l'expliquer. L'exemple des haricots, cher à Peirce, éclaire ces distinctions<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 2, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1932, § 2.623.</ref>. Imaginez des sacs de haricots.
# '''[[Dictionnaire de philosophie/Déduction|Déduction]]''' : Je sais que ce sac ne contient que des haricots blancs (Règle). Je tire une poignée de ce sac (Cas). ''Donc'', ces haricots sont blancs (Résultat).
# '''Induction''' : Je tire une poignée de ce sac, ils sont blancs. Je tire une autre poignée, ils sont blancs (Cas + Résultat). ''Donc'', tous les haricots de ce sac sont blancs (Règle probable).
# '''Abduction''' : Je trouve des haricots blancs posés sur la table (Résultat). Or, je sais que ce sac contient des haricots blancs (Règle). ''Donc'', je fais l'hypothèse que ces haricots proviennent de ce sac (Cas hypothétique).
== Statut épistémologique ==
L'abduction présente trois caractéristiques fondamentales qui définissent son statut dans la théorie de la connaissance.
Premièrement, elle est '''créative et ampliative'''. Contrairement à la déduction, l'abduction ajoute de l'information. Peirce va jusqu'à affirmer qu'elle est « la seule opération logique qui introduit une idée nouvelle »<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 5, § 5.171.</ref>. Sans elle, la science ne serait qu'un classement de données ou un calcul de conséquences, sans jamais produire de théories explicatives.
Deuxièmement, elle est '''faillible'''. Sa conclusion n'est jamais certaine, seulement plausible. Du point de vue de la logique formelle stricte, l'abduction est invalide : elle correspond au sophisme de l'affirmation du conséquent (« Si P alors Q ; or Q ; donc P »). Ce qui est une faute en logique déductive devient ici une heuristique féconde, à condition de garder à l'esprit que l'hypothèse demande à être testée.
Troisièmement, elle '''guide l'enquête'''. L'abduction ne se suffit pas à elle-même ; elle est le premier moment d'une boucle récursive. L'abduction suggère une hypothèse ; la déduction explicite les conséquences observables de cette hypothèse ; enfin, l'induction vérifie si ces conséquences se réalisent dans l'expérience<ref>K. T. Fann, ''Peirce's Theory of Abduction'', La Haye, Martinus Nijhoff, 1970, p. 9-10.</ref>.
== L'abduction dans le pragmatisme ==
Pour Peirce, l'abduction est indissociable de sa maxime pragmatiste, qui lie le sens d'une idée à ses conséquences pratiques concevables<ref>Charles Sanders Peirce, « How to Make Our Ideas Clear », ''Popular Science Monthly'', vol. 12, janvier 1878.</ref>. Face à une surprise qui brise nos habitudes d'action ou de pensée, l'abduction propose une explication dont la fonction première est de nous permettre de reprendre le cours de l'expérience.
Peirce n'hésite pas à naturaliser cette capacité en la qualifiant d'« instinct rationnel »<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 6, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1935, § 6.530.</ref>. Il s'étonne que l'esprit humain, malgré l'infinité des hypothèses possibles, parvienne si souvent à deviner la bonne explication en un nombre limité d'essais. Il rapproche cette faculté du ''lume naturale'' (lumière naturelle) évoqué par Galilée, suggérant une affinité naturelle entre l'esprit humain et les lois de l'univers<ref>Jaime Nubiola, « Il Lume Naturale: Abduction and God », ''Semiotiche'', vol. 1, n° 2, 2004, p. 91-102.</ref>.
== Débats contemporains et postérité ==
Si la logique peircéenne est restée longtemps confidentielle, la notion d'abduction connaît un vif regain d'intérêt depuis la seconde moitié du {{XXe}} siècle, au prix parfois de glissements sémantiques.
=== L'inférence à la meilleure explication (IBE) ===
Dans le débat sur le réalisme scientifique, l'abduction est souvent assimilée à l'Inférence à la meilleure explication. Des auteurs comme Gilbert Harman soutiennent que si une théorie explique les phénomènes mieux que ses rivales (par sa simplicité, sa cohérence, son pouvoir unificateur), nous sommes justifiés à la croire vraie<ref>Gilbert Harman, « The Inference to the Best Explanation », ''The Philosophical Review'', vol. 74, n° 1, 1965, p. 88-95.</ref>. C'est l'argument principal du réalisme scientifique : il serait miraculeux que nos meilleures théories scientifiques fonctionnent si bien tout en étant fausses.
Cependant, des critiques comme Bas van Fraassen objectent que la « meilleure » explication disponible n'est peut-être que la meilleure d'un mauvais lot (« ''the best of a bad lot'' »)<ref>Bas van Fraassen, ''Laws and Symmetry'', Oxford, Clarendon Press, 1989, p. 142-143.</ref>. Rien ne garantit que la vérité figure parmi les hypothèses que nous avons imaginées. Ici, on s'éloigne de l'abduction peircéenne (invention) pour toucher aux critères de justification.
=== Intelligence artificielle et bayésianisme ===
L'abduction est également devenue un concept clé en intelligence artificielle pour modéliser les raisonnements dits « non monotones » (c'est-à-dire des raisonnements où l'ajout de nouvelles informations peut invalider les conclusions précédentes, contrairement à ce qui se produit en logique classique déductive). Cette capacité est essentielle pour des systèmes de diagnostic ou de détection d'anomalies<ref>Antonis C. Kakas, Robert A. Kowalski et Francesca Toni, « Abductive Logic Programming », ''Journal of Logic and Computation'', vol. 2, n° 6, 1992, p. 719-770.</ref>. Les systèmes experts, notamment en diagnostic médical, fonctionnent sur des moteurs d'inférence abductive où une hypothèse initialement acceptée peut être révisée à la lumière de nouvelles observations.
Enfin, des épistémologues contemporains tentent d'articuler l'abduction avec le probabilisme bayésien (théorie mathématique calculant la probabilité d'une cause en fonction de nouveaux événements). La question est de savoir si le pouvoir explicatif d'une hypothèse doit augmenter sa probabilité ''a priori'' ou si l'abduction n'est qu'une approximation heuristique du raisonnement bayésien rigoureux<ref>Sur ces débats, voir Igor Douven, « Abduction », ''The Stanford Encyclopedia of Philosophy'', 2021, sections 3-4.</ref>.
== Notes et références ==
{{references}}
== Bibliographie ==
=== Textes de référence ===
* Charles Hartshorne et Paul Weiss (éd.), ''Collected Papers of Charles Sanders Peirce'', vol. 1-6, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1931-1935.
* Charles S. Peirce, ''Écrits sur le signe'', rassemblés et commentés par Gérard Deledalle, Paris, Seuil, 1978.
* Charles S. Peirce, ''Pragmatisme et pragmaticisme'', trad. C. Tiercelin et P. Thibaud, Paris, Cerf, 2002.
=== Études et commentaires ===
* Jean-Marie Chevalier, ''Peirce ou l'invention de l'épistémologie'', Paris, Vrin, 2022.
* K. T. Fann, ''Peirce's Theory of Abduction'', La Haye, Martinus Nijhoff, 1970.
* Stathis Psillos, « Peirce on Abduction », dans ''Handbook of the History of Logic'', vol. 10, Amsterdam, Elsevier, 2011.
* Claudine Tiercelin, ''C. S. Peirce et le pragmatisme'', Paris, PUF, 1993.
* William Paul Haas, « C.S. Peirce's Abduction from the Prior Analytics », ''Community Scholar Publications'', Providence College, 1996.
=== Sur les débats contemporains ===
* Peter Lipton, ''Inference to the Best Explanation'', Londres, Routledge, 2004.
* Umberto Eco et Thomas Sebeok (éd.), ''The Sign of Three: Dupin, Holmes, Peirce'', Bloomington, Indiana University Press, 1983.
{{AutoCat}}
[[Catégorie:Logique]]
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{{DicoPhilo|Abduction}}
'''L'abduction''' est un mode de raisonnement introduit et développé sous ce nom par le philosophe et logicien américain [[s:Auteur:Charles Sanders Peirce|Charles Sanders Peirce]] (1839-1914). Au sein de l'œuvre de ce fondateur du pragmatisme, ce type d'inférence occupe une place centrale pour définir la logique de la découverte scientifique<ref>Charles Sanders Peirce, « The Fixation of Belief », ''Popular Science Monthly'', vol. 12, novembre 1877, p. 1-15.</ref>.
Il convient d'emblée de dissiper une confusion fréquente. Si Peirce conçoit l'abduction comme le processus de ''génération'' d'hypothèses nouvelles face à un fait surprenant, la philosophie contemporaine utilise souvent ce terme, ou celui d'« inférence à la meilleure explication » (IBE), pour désigner le processus de ''sélection'' ou de justification de l'hypothèse la plus robuste. Bien que liés, ces deux usages ne se recouvrent pas parfaitement : le premier insiste sur l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]] créatrice, le second sur les critères de choix théorique.
== Définition et nature ==
L'abduction désigne le processus par lequel, confronté à un fait inexpliqué, l'esprit formule une hypothèse susceptible d'en rendre [[Manuel de terminale de philosophie/Raison|raison]]. Peirce la caractérise par la forme suivante<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 5, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1934, § 5.189.</ref> :
{{Citation bloc|Le fait surprenant ''B'' est observé ; mais si ''A'' était vrai, alors ''B'' s'en suivrait ; donc il y a une raison de soupçonner que ''A'' est vrai.}}
Ce raisonnement remonte de l'effet observé vers une cause possible. Contrairement à la [[Perception|perception]] directe, l'abduction infère quelque chose de différent de ce qui est observé, souvent un élément inobservable directement<ref>Stathis Psillos, « Peirce on Abduction », dans Dov M. Gabbay et John Woods (éd.), ''Handbook of the History of Logic'', vol. 10 : ''Inductive Logic'', Amsterdam, Elsevier, 2011, p. 119-152.</ref>. C'est l'opération mentale qu'effectue un médecin lorsqu'il pose un diagnostic à partir de symptômes, ou un détective lorsqu'il reconstruit le déroulement d'un crime à partir d'indices disparates.
== Antécédents historiques : l'héritage d'[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] ==
Si Peirce a donné à l'abduction son nom moderne et sa portée logique, il ne l'a pas créée ''ex nihilo''. Il a explicitement relié sa conception à l'''apagôgè'' (ἀπαγωγή) décrite par Aristote dans les ''Premiers Analytiques'' (II, 25)<ref>Peirce écrit notamment en 1891-92 : « There are in [[Manuel de terminale de philosophie/Science|science]] three fundamentally different kinds of reasoning, Deduction (called by Aristotle συναγωγή or συλλογισμός), Induction (Aristotle's ἐπαγωγή), and Reduction (Aristotle's ἀπαγωγή), but misunderstood because of corrupt text, and as misunderstood usually translated abduction. » (''Collected Papers'', vol. 1, § 1.65). Peirce revient longuement sur ce lien dans son traité « The Logic of Drawing History from Ancient Documents » (1901), vol. 7, § 7.163-7.253, où il argumente que le texte d'Aristote a été corrompu par Apellicon. Voir aussi William Paul Haas, « C.S. Peirce's Abduction from the Prior Analytics », ''Community Scholar Publications'', Providence College, 1996, qui documente précisément l'interprétation peircéenne d'Aristote.</ref>. Pour le Stagirite, ce raisonnement intervient lorsque la relation entre le terme moyen et le terme majeur est certaine, mais que celle entre le dernier terme et le moyen terme n'est que probable. Bien que l'interprétation d'Aristote par Peirce soit parfois contestée par les historiens de la logique, cette filiation permet d'ancrer l'abduction dans une longue tradition de réflexion sur les inférences qui ne relèvent pas de la déduction nécessaire<ref>Sur la distinction entre le sens aristotélicien et le sens peircéen, voir Christian Plantin, « Abduction », dans ''Dictionnaire de l'argumentation'', Lyon, ENS Éditions, 2021.</ref>.
== Structure logique et distinction des inférences ==
Pour bien saisir la spécificité de l'abduction, il faut la confronter aux deux autres modes d'inférence classiques.
* La '''déduction''' applique une règle générale à un cas pour obtenir un résultat certain. Elle n'apporte aucune information nouvelle qui ne soit déjà contenue dans les prémisses.
* L''''induction''' part de l'accumulation de cas singuliers pour tenter d'établir une règle générale. Elle généralise, mais n'explique pas.
L'abduction, elle, part d'un résultat curieux et cherche une règle qui pourrait l'expliquer. L'exemple des haricots, cher à Peirce, éclaire ces distinctions<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 2, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1932, § 2.623.</ref>. Imaginez des sacs de haricots.
# '''[[Dictionnaire de philosophie/Déduction|Déduction]]''' : Je sais que ce sac ne contient que des haricots blancs (Règle). Je tire une poignée de ce sac (Cas). ''Donc'', ces haricots sont blancs (Résultat).
# '''Induction''' : Je tire une poignée de ce sac, ils sont blancs. Je tire une autre poignée, ils sont blancs (Cas + Résultat). ''Donc'', tous les haricots de ce sac sont blancs (Règle probable).
# '''Abduction''' : Je trouve des haricots blancs posés sur la table (Résultat). Or, je sais que ce sac contient des haricots blancs (Règle). ''Donc'', je fais l'hypothèse que ces haricots proviennent de ce sac (Cas hypothétique).
== Statut épistémologique ==
L'abduction présente trois caractéristiques fondamentales qui définissent son statut dans la théorie de la connaissance.
Premièrement, elle est '''créative et ampliative'''. Contrairement à la déduction, l'abduction ajoute de l'information. Peirce va jusqu'à affirmer qu'elle est « la seule opération logique qui introduit une idée nouvelle »<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 5, § 5.171.</ref>. Sans elle, la science ne serait qu'un classement de données ou un calcul de conséquences, sans jamais produire de théories explicatives.
Deuxièmement, elle est '''faillible'''. Sa conclusion n'est jamais certaine, seulement plausible. Du point de vue de la logique formelle stricte, l'abduction est invalide : elle correspond au sophisme de l'affirmation du conséquent (« Si P alors Q ; or Q ; donc P »). Ce qui est une faute en logique déductive devient ici une heuristique féconde, à condition de garder à l'esprit que l'hypothèse demande à être testée.
Troisièmement, elle '''guide l'enquête'''. L'abduction ne se suffit pas à elle-même ; elle est le premier moment d'une boucle récursive. L'abduction suggère une hypothèse ; la déduction explicite les conséquences observables de cette hypothèse ; enfin, l'induction vérifie si ces conséquences se réalisent dans l'expérience<ref>K. T. Fann, ''Peirce's Theory of Abduction'', La Haye, Martinus Nijhoff, 1970, p. 9-10.</ref>.
== L'abduction dans le pragmatisme ==
Pour Peirce, l'abduction est indissociable de sa maxime pragmatiste, qui lie le sens d'une idée à ses conséquences pratiques concevables<ref>Charles Sanders Peirce, « How to Make Our Ideas Clear », ''Popular Science Monthly'', vol. 12, janvier 1878.</ref>. Face à une surprise qui brise nos habitudes d'action ou de pensée, l'abduction propose une explication dont la fonction première est de nous permettre de reprendre le cours de l'expérience.
Peirce n'hésite pas à naturaliser cette capacité en la qualifiant d'« instinct rationnel »<ref>Charles Sanders Peirce, ''Collected Papers'', vol. 6, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1935, § 6.530.</ref>. Il s'étonne que l'esprit humain, malgré l'infinité des hypothèses possibles, parvienne si souvent à deviner la bonne explication en un nombre limité d'essais. Il rapproche cette faculté du ''lume naturale'' (lumière naturelle) évoqué par Galilée, suggérant une affinité naturelle entre l'esprit humain et les lois de l'univers<ref>Jaime Nubiola, « Il Lume Naturale: Abduction and God », ''Semiotiche'', vol. 1, n° 2, 2004, p. 91-102.</ref>.
== Débats contemporains et postérité ==
Si la logique peircéenne est restée longtemps confidentielle, la notion d'abduction connaît un vif regain d'intérêt depuis la seconde moitié du {{XXe}} siècle, au prix parfois de glissements sémantiques.
=== L'inférence à la meilleure explication (IBE) ===
Dans le débat sur le réalisme scientifique, l'abduction est souvent assimilée à l'Inférence à la meilleure explication. Des auteurs comme Gilbert Harman soutiennent que si une théorie explique les phénomènes mieux que ses rivales (par sa simplicité, sa cohérence, son pouvoir unificateur), nous sommes justifiés à la croire vraie<ref>Gilbert Harman, « The Inference to the Best Explanation », ''The Philosophical Review'', vol. 74, n° 1, 1965, p. 88-95.</ref>. C'est l'argument principal du réalisme scientifique : il serait miraculeux que nos meilleures théories scientifiques fonctionnent si bien tout en étant fausses.
Cependant, des critiques comme Bas van Fraassen objectent que la « meilleure » explication disponible n'est peut-être que la meilleure d'un mauvais lot (« ''the best of a bad lot'' »)<ref>Bas van Fraassen, ''Laws and Symmetry'', Oxford, Clarendon Press, 1989, p. 142-143.</ref>. Rien ne garantit que la vérité figure parmi les hypothèses que nous avons imaginées. Ici, on s'éloigne de l'abduction peircéenne (invention) pour toucher aux critères de justification.
=== Intelligence artificielle et bayésianisme ===
L'abduction est également devenue un concept clé en intelligence artificielle pour modéliser les raisonnements dits « non monotones » (c'est-à-dire des raisonnements où l'ajout de nouvelles informations peut invalider les conclusions précédentes, contrairement à ce qui se produit en logique classique déductive). Cette capacité est essentielle pour des systèmes de diagnostic ou de détection d'anomalies<ref>Antonis C. Kakas, Robert A. Kowalski et Francesca Toni, « Abductive Logic Programming », ''Journal of Logic and Computation'', vol. 2, n° 6, 1992, p. 719-770.</ref>. Les systèmes experts, notamment en diagnostic médical, fonctionnent sur des moteurs d'inférence abductive où une hypothèse initialement acceptée peut être révisée à la lumière de nouvelles observations.
Enfin, des épistémologues contemporains tentent d'articuler l'abduction avec le probabilisme bayésien (théorie mathématique calculant la probabilité d'une cause en fonction de nouveaux événements). La question est de savoir si le pouvoir explicatif d'une hypothèse doit augmenter sa probabilité ''a priori'' ou si l'abduction n'est qu'une approximation heuristique du raisonnement bayésien rigoureux<ref>Sur ces débats, voir Igor Douven, « Abduction », ''The Stanford Encyclopedia of Philosophy'', 2021, sections 3-4.</ref>.
== Notes et références ==
{{references}}
== Bibliographie ==
=== Textes de référence ===
* Charles Hartshorne et Paul Weiss (éd.), ''Collected Papers of Charles Sanders Peirce'', vol. 1-6, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1931-1935.
* Charles S. Peirce, ''Écrits sur le signe'', rassemblés et commentés par Gérard Deledalle, Paris, Seuil, 1978.
* Charles S. Peirce, ''Pragmatisme et pragmaticisme'', trad. C. Tiercelin et P. Thibaud, Paris, Cerf, 2002.
=== Études et commentaires ===
* Jean-Marie Chevalier, ''Peirce ou l'invention de l'épistémologie'', Paris, Vrin, 2022.
* K. T. Fann, ''Peirce's Theory of Abduction'', La Haye, Martinus Nijhoff, 1970.
* Stathis Psillos, « Peirce on Abduction », dans ''Handbook of the History of Logic'', vol. 10, Amsterdam, Elsevier, 2011.
* Claudine Tiercelin, ''C. S. Peirce et le pragmatisme'', Paris, PUF, 1993.
* William Paul Haas, « C.S. Peirce's Abduction from the Prior Analytics », ''Community Scholar Publications'', Providence College, 1996.
=== Sur les débats contemporains ===
* Peter Lipton, ''Inference to the Best Explanation'', Londres, Routledge, 2004.
* Umberto Eco et Thomas Sebeok (éd.), ''The Sign of Three: Dupin, Holmes, Peirce'', Bloomington, Indiana University Press, 1983.
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Dictionnaire de philosophie/Absolu
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{{DicoPhilo|Absolu}}
L’absolu désigne ce qui existe par soi-même, sans dépendance à l’égard d’autre chose. Cette notion occupe une place centrale dans l’histoire de la philosophie occidentale, du platonisme à l’idéalisme allemand, et traverse les grandes interrogations métaphysiques sur l’être, la connaissance et la perfection. On peut d’emblée distinguer, sans les séparer artificiellement, trois grands sens récurrents du terme : l’absolu comme indépendance (ce qui ne dépend de rien d’autre pour être), comme perfection (ce à quoi rien ne manque) et comme totalité (ce qui englobe ou comprend tout le reste). À l’inverse, on appellera « relatif » ce qui n’existe que sous certaines conditions, en relation avec autre chose ; par exemple une température « supportable » ou un jugement « valable dans tel contexte » sont relatifs, parce qu’ils supposent un point de vue, des paramètres, des limites.
== Étymologie et définitions ==
Le terme « absolu » provient du latin ''absolutus'', participe passé du verbe ''absolvere'', qui signifie « délier », « détacher », mais aussi « parfaire », « achever »<ref>Ramond, Charles, ''Le vocabulaire de Spinoza'', Paris, Ellipses, 1999, p. 10.</ref>. L’absolu désigne donc, originairement, ce qui est « délié », dégagé de tout lien : ce qui est détaché de toute relation, de toute condition, de toute dépendance. Cette racine étymologique confère au concept une double signification : d’une part, l’absolu est ce qui n’a besoin de rien d’autre pour être (autonomie ontologique) ; d’autre part, il est ce qui est achevé, complet, parfait (plénitude d’être).
Dans son usage philosophique, l’absolu s’oppose au relatif<ref>Larousse, « Absolu », dans ''Encyclopédie philosophique'', Paris, Larousse, 1996.</ref>. Est relatif ce qui n’existe qu’en relation avec autre chose, ce qui dépend de conditions extérieures, ce qui est limité ou imparfait : par exemple la beauté d’une œuvre « pour tel public », la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]] d’une décision « dans tel contexte », ou la solidité d’un bâtiment « à telle pression et à telle température ». L’absolu, au contraire, est inconditionnel, autosuffisant et sans restriction. Il ne se définit pas par référence à autre chose, mais par soi et à partir de soi.
Chez Spinoza, la notion d’absolu se laisse éclairer à partir de sa distinction entre ce qui est infini « en son genre » et ce qui est « absolument infini » : est infini ''en son genre'' ce qui n’est limité par rien d’autre dans un certain ordre déterminé ; est ''absolument infini'' ce qui « comprend en soi tout ce qui exprime une essence » sans restriction<ref>Spinoza, Baruch, ''Éthique'', I, déf. 6, trad. Charles Appuhn, Paris, Garnier-Flammarion, 1965, p. 22.</ref>. L’absolu n’est donc pas seulement ce qui est complet relativement à un certain domaine, mais ce qui, d’une manière ou d’une autre, prétend à une totalité sans reste.
On retrouve ici les trois accents signalés plus haut. L’absolu peut être conçu principalement comme :
* indépendance radicale : il ne dépend de rien (Dieu comme ''causa sui'', le Moi absolu chez Fichte) ;
* perfection sans manque : il réunit toutes les perfections possibles (le Dieu cartésien, l’Acte pur aristotélicien) ;
* totalité englobante : il est la totalité du réel pensé comme un tout (la substance unique de Spinoza, l’Esprit absolu de Hegel).
Cette opposition entre absolu et relatif permet de préciser quelques conséquences classiques, même si elles sont discutées. Premièrement, l’absolu ne se conçoit pas comme une grandeur susceptible de degrés : on peut être plus ou moins mouillé, mais non plus ou moins absolu. Deuxièmement, du point de vue de certaines traditions (notamment apophatiques), l’absolu ne peut être défini de manière positive sans risque de contradiction, puisque toute définition fixe des déterminations qui, en limitant le concept, semblent contredire ce qui, par essence, doit être sans limite<ref>Larousse, « Absolu », dans ''Encyclopédie philosophique'', Paris, Larousse, 1996.</ref>. D’où le recours à des voies négatives (dire ce que l’absolu n’est pas) ou analogiques. D’autres traditions, au contraire (par exemple l’idéalisme hégélien), soutiennent que l’absolu peut et doit être pensé positivement, mais au prix d’une logique spécifique (dialectique) dépassant la logique ordinaire de la détermination finie.
== L’absolu dans l’Antiquité grecque ==
=== Platon et l’Idée du [[Dictionnaire de philosophie/Bien|Bien]] ===
Dans la pensée platonicienne, l’absolu prend la forme de l’Idée du Bien, sommet de la hiérarchie des Formes intelligibles. Dans la ''République'', Platon présente le Bien comme ce qui dépasse même l’être en dignité et en puissance (''epekeina tês ousias'')<ref>Platon, ''République'', VI, 509b, trad. Georges Leroux, Paris, GF‑Flammarion, 2002, p. 339.</ref>. Le Bien n’est pas simplement la plus haute des Idées ; il est le principe qui confère aux autres Idées leur intelligibilité et leur être même.
Par l’analogie du Soleil (''République'', livre VI), Platon montre que le Bien joue, dans le monde intelligible, le même rôle que le Soleil dans le monde sensible<ref>Platon, ''République'', VI, 508a‑509c, trad. Georges Leroux, Paris, GF‑Flammarion, 2002, p. 338‑340.</ref>. De même que le Soleil rend visibles les objets et rend possible la vision, le Bien rend intelligibles les réalités et rend possible la connaissance. Plus encore, le Bien est la cause de l’existence et de l’essence de toutes choses. À ce titre, il assume trois fonctions essentielles : ontologique (cause de l’être), épistémologique (condition de la connaissance) et axiologique (norme du jugement de valeur)<ref>Ferrari, Franco, « L’Idée du Bien chez Platon », dans ''Laval théologique et philosophique'', vol. 62, nᵒ 2, 2006, p. 229‑241.</ref>.
Cette position du Bien comme principe absolu soulève pourtant une difficulté majeure : comment penser ce qui, par définition, excède l’être et l’intelligible ordinaires ? Platon lui‑même reconnaît qu’on ne peut saisir le Bien que de manière indirecte, par images, analogies et métaphores. Le Bien apparaît ainsi comme un sommet à la fois nécessaire pour rendre [[Manuel de terminale de philosophie/Raison|raison]] de tout, et en même [[Manuel de terminale de philosophie/Temps|temps]] largement rétif à la détermination conceptuelle. Cette tension entre nécessité et inaccessibilité préfigure les débats ultérieurs sur la possibilité de penser l’absolu sans le réduire.
=== [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] et le Premier Moteur ===
Aristote propose une autre configuration de l’absolu à travers la doctrine du Premier Moteur immobile. Dans la ''[[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|Métaphysique]]'' (livre Λ), il établit l’existence d’un principe premier qui meut toutes choses sans être lui‑même mû<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 7, 1072a‑1073a, trad. Jules Tricot, Paris, Vrin, 1991, p. 655‑662.</ref>. Ce Premier Moteur est ''pure actualité'' (''energeia'') : il ne comporte en lui aucune puissance, et par conséquent aucun devenir ni changement.
L’absoluité du Premier Moteur réside dans son autosuffisance ontologique totale. Il n’a besoin de rien d’autre pour exister ou pour agir. Sa vie consiste en une contemplation éternelle de soi, ''pensée de la pensée'' (''noêsis noêseôs''), qui constitue la félicité parfaite<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 7, 1072b, trad. Jules Tricot, Paris, Vrin, 1991, p. 656.</ref>. À la différence de l’Idée du Bien, qui demeure séparée et ne joue pas de rôle causal direct dans le mouvement des choses, le Premier Moteur exerce une causalité réelle sur le monde : il meut en tant qu’objet de désir et d’amour, attirant toutes choses vers lui comme fin suprême. L’absolu aristotélicien est ainsi à la fois principe d’intelligibilité et principe de mouvement, même si la comparaison avec Platon doit rester prudente : le Bien platonicien fonde déjà, d’une certaine manière, l’être et l’intelligibilité des autres Idées.
== L’absolu dans la philosophie médiévale ==
=== Thomas d’Aquin et l’Être absolu ===
Thomas d’Aquin opère une transformation décisive en identifiant l’absolu à Dieu compris comme l’Être subsistant par soi (''Ipsum Esse Subsistens'')<ref>Thomas d’Aquin, ''Somme théologique'', Ia, q. 3, a. 4, trad. A.‑M. Roguet, Paris, Cerf, 1984, vol. 1, p. 178‑181.</ref>. Cette identification s’enracine dans l’interprétation philosophique du passage de l’''Exode'' où Dieu se révèle à Moïse sous le nom de « Celui qui est » (''Ego sum qui sum'', Exode 3, 14).
Pour Thomas, Dieu est l’être absolu en ce sens qu’en lui l’essence et l’existence coïncident<ref>Thomas d’Aquin, ''De ente et essentia'', chap. 4, trad. Alain de Libera et Cyrille Michon, Paris, Vrin, 1996, p. 56‑58.</ref>. Dans les créatures, l’essence (ce qu’une chose est) se distingue de l’existence (le fait qu’elle soit) : il est possible de définir ce qu’est un homme sans que cette définition implique nécessairement qu’un homme existe effectivement. En Dieu, au contraire, l’essence n’est rien d’autre que l’acte d’exister lui‑même. Dieu est ainsi l’Être qui existe de manière absolue et nécessaire, tandis que les créatures ne possèdent qu’un être dérivé, reçu par participation à cet Être premier<ref>Thomas d’Aquin, ''Somme théologique'', Ia, q. 4, a. 2, trad. A.‑M. Roguet, Paris, Cerf, 1984, vol. 1, p. 193‑195.</ref>.
Cette doctrine entraîne plusieurs conséquences métaphysiques importantes. Premièrement, Dieu est absolument simple, sans composition d’aucune sorte, car toute composition impliquerait une dépendance entre parties et une certaine potentialité<ref>Thomas d’Aquin, ''Somme théologique'', Ia, q. 3, a. 7, trad. A.‑M. Roguet, Paris, Cerf, 1984, vol. 1, p. 186‑188.</ref>. Deuxièmement, Dieu possède toutes les perfections de manière éminente : tout ce qui est perfection dans les créatures (vie, intelligence, bonté) se trouve en Dieu à un degré supérieur et sans limitation. Troisièmement, Dieu est cause première de l’être de toutes choses, non seulement de leur mouvement comme chez Aristote, mais de leur existence même.
Thomas développe également une théorie de la connaissance de Dieu par analogie. L’absolu divin ne peut être connu directement dans cette vie, mais seulement indirectement, à partir de ses effets dans la création<ref>Thomas d’Aquin, ''Somme théologique'', Ia, q. 13, a. 5, trad. A.‑M. Roguet, Paris, Cerf, 1984, vol. 1, p. 267‑270.</ref>. Les attributs que nous prédiquons de Dieu (bonté, sagesse, puissance) ne s’appliquent ni au même sens qu’aux créatures (univocité), ni en un sens entièrement différent (équivocité), mais ''analogiquement'' : ce sont des perfections réellement présentes en Dieu, mais selon un mode qui excède celui que nous connaissons dans les êtres finis.
== L’absolu dans la philosophie moderne ==
=== Descartes et la perfection divine ===
Descartes réintroduit la question de l’absolu dans le cadre de sa recherche de fondements certains pour la connaissance. Dans les ''Méditations métaphysiques'', Dieu apparaît comme l’être absolument parfait, dont l’existence est démontrée à partir de l’idée d’infini que nous trouvons en nous<ref>Descartes, René, ''Méditations métaphysiques'', Méditation III, AT VII 40‑45, trad. Michelle et Jean‑Marie Beyssade, Paris, GF‑Flammarion, 1992, p. 95‑105.</ref>.
L’argument cartésien repose sur le principe de causalité appliqué aux idées : il doit y avoir au moins autant de réalité dans la cause que dans l’effet. L’idée d’un être infini et parfait que je découvre en moi ne peut avoir été causée par moi‑même, être fini et imparfait. Elle doit donc avoir été « mise en moi » par un être qui possède effectivement la perfection infinie, c’est‑à‑dire par Dieu lui‑même. Cette perfection absolue inclut nécessairement l’existence, ce qui fonde la version cartésienne de l’argument ontologique : Dieu, être souverainement parfait, ne peut manquer d’exister<ref>Descartes, René, ''Méditations métaphysiques'', Méditation V, AT VII 65‑66, trad. Michelle et Jean‑Marie Beyssade, Paris, GF‑Flammarion, 1992, p. 135‑137.</ref>.
La perfection divine joue un rôle décisif dans l’édifice cartésien. C’est elle qui garantit la fiabilité de nos idées claires et distinctes et nous permet de sortir du doute hyperbolique. Un Dieu parfaitement bon ne peut être trompeur, car la tromperie implique une forme d’imperfection<ref>Descartes, René, ''Méditations métaphysiques'', Méditation IV, AT VII 53, trad. Michelle et Jean‑Marie Beyssade, Paris, GF‑Flammarion, 1992, p. 116.</ref>. L’absolu divin fonde ainsi la possibilité même d’une connaissance certaine du monde.
=== Spinoza et la substance unique ===
Spinoza propose une conception moniste de l’absolu en l’identifiant à l’unique substance, qu’il nomme indifféremment Dieu ou [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] (''Deus sive Natura'')<ref>Spinoza, Baruch, ''Éthique'', IV, Préface, trad. Bernard Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 331.</ref>. Dans l’''Éthique'', il définit Dieu comme « une substance constituée par une infinité d’attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie »<ref>Spinoza, Baruch, ''Éthique'', I, déf. 6, trad. Bernard Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 19.</ref>.
Cette substance absolue a plusieurs traits caractéristiques. Elle est ''cause de soi'' (''causa sui''), c’est‑à‑dire que son essence enveloppe nécessairement son existence<ref>Spinoza, Baruch, ''Éthique'', I, déf. 1, trad. Bernard Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 17.</ref>. Elle est absolument infinie, non pas seulement « en son genre », mais de manière illimitée. Elle est enfin cause ''immanente'' de toutes choses : les modes (les choses particulières finies) ne sont pas des réalités créées ''à côté'' de Dieu, mais des affections, des manières d’être de l’unique substance<ref>Spinoza, Baruch, ''Éthique'', I, prop. 18, trad. Bernard Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 47.</ref>.
L’absoluité de la substance spinoziste implique un déterminisme universel : tout ce qui existe découle nécessairement de la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] divine selon des lois éternelles<ref>Spinoza, Baruch, ''Éthique'', I, prop. 29, trad. Bernard Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 59.</ref>. Il n’y a pas de contingence au sens strict dans la Nature, mais seulement des choses qui nous semblent contingentes parce que nous ignorons leurs causes. L’absolu spinoziste se présente ainsi comme un système nécessaire et complet, où chaque chose a sa raison d’être.
Cette conception soulève cependant une difficulté classique : comment concilier l’infinité absolue de la substance avec la réalité des choses singulières et finies ? Si Dieu est absolument infini, comment peut‑il se déterminer en modes finis sans perdre son infinité ? Spinoza soutient que la finitude des modes n’affecte pas l’infinité de la substance : les choses singulières expriment l’essence divine selon un certain degré de réalité, mais n’en constituent jamais la mesure ni la limite<ref>Spinoza, Baruch, ''Éthique'', I, prop. 8, scholie 2, trad. Bernard Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 35‑37.</ref>.
=== Kant et les limites de la raison ===
Kant rompt de façon décisive avec les métaphysiques de l’absolu au sens classique, en contestant la possibilité même d’une connaissance théorique de l’absolu. Dans la ''Critique de la raison pure'', il établit que notre connaissance est limitée au domaine des phénomènes, c’est‑à‑dire aux objets tels qu’ils nous apparaissent dans les formes a priori de la sensibilité (espace et temps) et selon les catégories de l’entendement<ref>Kant, Emmanuel, ''Critique de la raison pure'', Préface de la seconde édition (B), trad. Alain Renaut, Paris, GF‑Flammarion, 2006, p. 73‑87.</ref>.
La ''chose en soi'' (''Ding an sich''), c’est‑à‑dire la réalité telle qu’elle est indépendamment de nos conditions de connaissance, demeure inconnaissable pour la raison théorique<ref>Kant, Emmanuel, ''Critique de la raison pure'', B XXVI‑XXVIII, trad. Alain Renaut, Paris, GF‑Flammarion, 2006, p. 81‑82.</ref>. Elle n’est pas un objet possible d’expérience, mais un concept‑limite qui indique les bornes de notre savoir. Kant critique ainsi les prétentions de la métaphysique traditionnelle à connaître l’absolu (l’âme, le monde comme totalité, Dieu) par la seule raison spéculative.
Pour autant, l’idée d’absolu n’est pas sans fonction. Dans la ''[[Dictionnaire de philosophie/Dialectique|Dialectique]] transcendantale'', Kant montre que les Idées de la raison (âme, monde, Dieu) jouent un rôle ''régulateur'' essentiel : elles orientent la recherche de l’entendement vers une unité systématique toujours plus grande, sans jamais pouvoir elles‑mêmes devenir objets de connaissance<ref>Kant, Emmanuel, ''Critique de la raison pure'', A642‑643/B670‑671, trad. Alain Renaut, Paris, GF‑Flammarion, 2006, p. 632‑633.</ref>. Par ailleurs, dans la philosophie pratique, les idées de Dieu, de liberté et d’immortalité de l’âme trouvent une nouvelle légitimité comme ''postulats de la raison pratique'', nécessaires pour penser la cohérence du [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]] moral et la possibilité du souverain bien<ref>Kant, Emmanuel, ''Critique de la raison pratique'', Dialectique, chap. II, trad. François Picavet, Paris, PUF, 1943, p. 125‑148.</ref>.
== L’absolu dans l’idéalisme allemand ==
=== Fichte et le Moi absolu ===
Fichte inaugure l’idéalisme allemand en posant le Moi absolu comme principe premier et inconditionné de toute réalité. Dans la ''Doctrine de la [[Manuel de terminale de philosophie/Science|science]]'' (1794), il affirme que le Moi se pose lui‑même (''Das Ich setzt sich selbst'') dans un acte originaire qui fonde à la fois son existence et celle du monde<ref>Fichte, Johann Gottlieb, ''La Doctrine de la science'' (1794), § 1, trad. Isabelle Thomas‑Fogiel, Paris, LGF, 1999, p. 58‑62.</ref>.
Le Moi absolu n’est pas le moi empirique de la [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] individuelle, mais le principe transcendantal qui rend possible toute expérience et toute connaissance. Il est absolu en ce qu’il est inconditionné (il ne dépend de rien d’extérieur), infini (il n’est limité par rien d’originaire) et libre (il se détermine par sa propre activité)<ref>Fichte, Johann Gottlieb, ''Fondement du droit naturel selon les principes de la Doctrine de la science'', Introduction, trad. Alain Renaut, Paris, PUF, 1984, p. 41‑54.</ref>.
La philosophie fichtéenne se déploie selon une dialectique ternaire : le Moi se pose, pose un Non‑Moi (le monde objectif) comme opposé à lui, puis opère une synthèse dans le Moi fini, qui se sait à la fois limité par le Non‑Moi et originairement libre<ref>Fichte, Johann Gottlieb, ''La Doctrine de la science'' (1794), § 3, trad. Isabelle Thomas‑Fogiel, Paris, LGF, 1999, p. 78‑89.</ref>. La limitation du Moi par le Non‑Moi n’est pas une contrainte étrangère, mais le résultat de l’activité du Moi lui‑même qui, pour se connaître, doit se donner un objet. L’absoluité du Moi se manifeste ultimement dans la liberté : le Moi est libre parce qu’il est la source de toute détermination véritable, et cette liberté trouve son expression la plus haute dans la loi morale que le Moi rationnel se donne à lui‑même<ref>Fichte, Johann Gottlieb, ''Le Système de l’éthique selon les principes de la Doctrine de la science'' (1798), trad. Paul Naulin, Paris, PUF, 1986, p. 102‑115.</ref>.
=== Schelling et l’identité absolue ===
Schelling développe ensuite une philosophie de l’identité absolue qui cherche à dépasser l’opposition fichtéenne entre le Moi et la Nature, entre l’idéalisme et le réalisme. Dans le ''Système de l’idéalisme transcendantal'' (1800) et dans ''Bruno ou du principe divin et naturel des choses'' (1802), il soutient que l’absolu est l’identité originaire du subjectif et de l’objectif, de l’idéal et du réel<ref>Schelling, Friedrich Wilhelm Joseph, ''Système de l’idéalisme transcendantal'', Introduction, trad. Christian Dubois, Paris, Allia, 2023, p. 21‑35.</ref>.
L’absolu schellingien n’est ni esprit ni nature pris isolément, mais leur unité indifférenciée. Il est cette identité où toutes les oppositions sont suspendues, où les contraires coïncident dans une unité plus haute<ref>Veto, Miklos, « L’absolu et la philosophie de Schelling », dans ''Laval théologique et philosophique'', vol. 41, nᵒ 2, 1985, p. 157‑170.</ref>. Cette identité n’est toutefois pas statique : elle est le processus par lequel l’absolu se manifeste dans la Nature et dans l’Esprit. La Nature est ainsi comprise comme « esprit [[Manuel de terminale de philosophie/Inconscient|inconscient]] », tandis que l’Esprit est la Nature devenue consciente d’elle‑même<ref>Schelling, Friedrich Wilhelm Joseph, ''Idées pour une philosophie de la nature'', trad. François‑Xavier Chenet et Emmanuel Martineau, Paris, Vrin, 2000, p. 45‑67.</ref>.
La connaissance de l’absolu ne peut, selon Schelling, se faire simplement par concepts, car tout concept détermine et oppose. Elle requiert une ''intuition intellectuelle'', faculté de saisir immédiatement l’unité originaire. Dans ses écrits ultérieurs, Schelling accordera une place privilégiée à l’[[Dictionnaire de philosophie/Art|art]] comme révélation de l’absolu : l’œuvre d’art réalise en effet l’union singulière du conscient et de l’inconscient, de la liberté de la création et de la nécessité interne de la forme<ref>Schelling, Friedrich Wilhelm Joseph, ''Système de l’idéalisme transcendantal'', § 6, trad. Christian Dubois, Paris, Allia, 2023, p. 289‑315.</ref>.
=== Hegel et l’Esprit absolu ===
Hegel offre la construction la plus systématique de l’absolu. L’absolu hégélien n’est ni une substance figée ni un sujet isolé, mais le processus dialectique par lequel l’Esprit se réalise en se différenciant et en revenant à soi<ref>Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, ''Phénoménologie de l’Esprit'', Préface, trad. Jean‑Pierre Lefebvre, Paris, Aubier, 1991, p. 55‑73.</ref>.
Dans la ''Phénoménologie de l’Esprit'' (1807), Hegel décrit le parcours par lequel la conscience s’élève progressivement du savoir sensible immédiat jusqu’au ''savoir absolu'', c’est‑à‑dire jusqu’à la compréhension de la totalité comme processus rationnel<ref>Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, ''Phénoménologie de l’Esprit'', VIII, « Le savoir absolu », trad. Jean‑Pierre Lefebvre, Paris, Aubier, 1991, p. 645‑662.</ref>. Le savoir absolu n’est pas une information supplémentaire qui viendrait s’ajouter au terme de l’histoire, mais la compréhension rétrospective de la nécessité de l’ensemble du développement de l’Esprit.
Dans l’''Encyclopédie des sciences philosophiques'', Hegel articule son système en trois moments : la Logique (science de l’Idée en soi), la Philosophie de la Nature (science de l’Idée dans son extériorisation) et la Philosophie de l’Esprit (science de l’Idée revenue à soi)<ref>Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, ''Encyclopédie des sciences philosophiques'', Introduction, § 18, trad. Bernard Bourgeois, Paris, Vrin, 1970, p. 281‑285.</ref>. L’Esprit absolu désigne le moment où l’Esprit se saisit lui‑même comme totalité, ce qui se réalise au plus haut degré dans l’art, la [[Manuel de terminale de philosophie/Religion|religion]] et la philosophie<ref>Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, ''Encyclopédie des sciences philosophiques'', III, § 553‑577, trad. Bernard Bourgeois, Paris, Vrin, 1988, p. 321‑360.</ref>.
L’absoluité de l’Esprit hégélien se manifeste dans sa capacité à intégrer toutes les déterminations et toutes les contradictions en un mouvement cohérent. L’absolu n’est pas au‑delà des différences et des oppositions, il est le processus même par lequel celles‑ci sont produites, mises en tension, puis dépassées (''Aufhebung'')<ref>Baum, Manfred, « Absolu (Absolut/das Absolute) », dans Bernard Mabille (dir.), ''Hegel. Lexique'', Paris, Ellipses, 2016, p. 21‑26.</ref>. « Le vrai est le tout », écrit Hegel, mais ce tout n’est vrai que comme résultat de son propre devenir<ref>Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, ''Phénoménologie de l’Esprit'', Préface, § 20, trad. Jean‑Pierre Lefebvre, Paris, Aubier, 1991, p. 63.</ref>.
La conception hégélienne implique ainsi une historicisation de l’absolu. L’Esprit absolu ne préexiste pas, tout formé, à ses manifestations historiques ; il se constitue à travers elles. L’histoire de la philosophie, l’histoire de l’art, l’histoire politique ne sont pas de simples approximations d’une vérité intemporelle, mais les moments nécessaires à travers lesquels l’absolu vient à lui‑même<ref>Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, ''Leçons sur l’histoire de la philosophie'', Introduction, trad. Jean Gibelin, Paris, Gallimard, 1954, p. 33‑58.</ref>.
== L’absolu dans la philosophie contemporaine ==
=== Critiques de l’absolu ===
La notion d’absolu a fait l’objet de critiques importantes dans la philosophie moderne et contemporaine. Dès le XIXe siècle, Schopenhauer conteste l’idée d’un absolu rationnel en posant la Volonté comme chose en soi irrationnelle et aveugle<ref>Schopenhauer, Arthur, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre II, § 23‑29, trad. Auguste Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 133‑170.</ref>. La Volonté schopenhauerienne est absolue en ce sens qu’elle est inconditionnée et ne dépend d’aucune raison suffisante, mais cette absoluité est celle d’une force dépourvue de finalité et de sens, étrangère à toute téléologie rationnelle.
Au XXe siècle, la critique de l’absolu prend des formes variées. La phénoménologie husserlienne, tout en poursuivant le projet d’une fondation rigoureuse du savoir, met en lumière la corrélation essentielle entre conscience et monde : toute prétention à l’« absolu » doit être repensée à partir de la structure intentionnelle de la conscience, ce qui relativise l’idée d’un point de vue surplombant totalement indépendant de toute subjectivité<ref>Husserl, Edmund, ''Méditations cartésiennes'', § 8‑9, trad. Gabrielle Peiffer et Emmanuel Levinas, Paris, Vrin, 1953, p. 26‑32.</ref>. L’existentialisme sartrien affirme que l’existence précède l’essence et qu’il n’y a pas de « nature humaine » préalablement fixée dans un absolu métaphysique<ref>Sartre, Jean‑Paul, ''L’existentialisme est un humanisme'', Paris, Nagel, 1946, p. 17‑19.</ref>.
Du côté de la philosophie dite « analytique », plusieurs auteurs du début du XXe siècle – en particulier Russell et Moore – ont pris pour cible l’idéalisme absolu dominant dans l’université britannique, notamment chez Bradley et McTaggart. Bradley interprétait la réalité ultime comme un Absolu unique auquel se ramènent, en dernière analyse, les relations et les jugements, ce qui l’amenait à minimiser la réalité des individus et des faits particuliers<ref>Bradley, Francis Herbert, ''Appearance and Reality. A Metaphysical Essay'', Oxford, Clarendon Press, 1893, chap. XIII‑XIV.</ref>. Russell et Moore défendent au contraire un réalisme pluraliste : ils soutiennent l’existence d’individus et de faits particuliers, dotés de relations externes, et refusent de réduire ces relations au sein d’un Tout unique<ref>''Philosophie analytique (A)'', Encyclo‑philo, en ligne : section sur Russell et Moore.</ref>. La métaphysique des « atomes logiques » et le souci d’analyse deviennent ainsi, chez eux, des moyens de s’opposer aux constructions globales de l’Absolu.
=== Résurgences contemporaines et ouvertures interculturelles ===
Malgré ces critiques, l’idée d’absolu ne disparaît pas ; elle se transforme et resurgit sous d’autres formes. Dès la fin du XIXe siècle, l’idéalisme britannique de Francis Herbert Bradley (1846‑1924) développe une conception de l’Absolu comme « expérience totale » indifférenciée, au‑delà des distinctions et relations du monde de l’apparence<ref>Bradley, Francis Herbert, ''Appearance and Reality. A Metaphysical Essay'', Oxford, Clarendon Press, 1893, chap. XIII‑XIV.</ref>. Plus près de nous, divers courants néo‑hégéliens ou « idéalistes spéculatifs » revendiquent l’idée d’une rationalité immanente au réel, contre les philosophies de la fragmentation ou du pur hasard<ref>Voir, par exemple, ''L’idéalisme britannique : histoire et actualité'', ''Philosophiques'', vol. 36, nᵒ 1, 2009.</ref>.
Certains représentants du réalisme spéculatif, notamment Quentin Meillassoux, entreprennent de penser un « absolu » non corrélationniste, c’est‑à‑dire une réalité qui existe indépendamment de toute relation à la pensée et dont certaines propriétés (par exemple la contingence des lois de la nature) peuvent, selon eux, être connues a priori<ref>Meillassoux, Quentin, ''Après la finitude. Essai sur la nécessité de la contingence'', Paris, Seuil, 2006, p. 35‑58.</ref>.
Sans assimiler hâtivement des traditions très diverses à la métaphysique occidentale de l’absolu, on peut signaler, avec prudence, l’existence de concepts qui jouent, dans d’autres contextes, le rôle de principe ultime ou de réalité suprême. Dans certaines formes de pensée indienne, le ''brahman'' est présenté comme la réalité ultime, indifférenciée, au‑delà de toute qualification, à laquelle peut être identifié le ''âtman'', le « Soi » le plus intime<ref>Sur l’advaita‑vedānta, voir par exemple ''La philosophie indienne'', site ''Les‑philosophes.fr'', section « Âtman et Brahman ».</ref>. Dans certaines interprétations du bouddhisme, le ''nirvāṇa'' est décrit comme un « au‑delà » de la souffrance et de l’enchaînement des renaissances, parfois compris comme une réalité ultime qui échappe aux catégories ordinaires<ref>Voir, par exemple, F. Chenet, « Approches indiennes du non‑être, du néant et de la vacuité », ''Cahiers de philosophie de l’Université de Caen'', 43, 2006.</ref>. Ces comparaisons ne doivent pas faire oublier que les structures conceptuelles, les problèmes et les styles de pensée sont très différents : parler d’« analogies » signifie seulement que certaines traditions ont éprouvé le besoin de nommer ce qui, pour elles, vaut comme ultime ou inconditionné, sans postuler pour autant l’identité de ces notions.
Dans le champ de la philosophie politique, la question de l’absolu resurgit parfois à propos de l’universalisme, des droits humains ou de la souveraineté. La tension entre relativisme culturel et revendication de normes universelles conduit à s’interroger sur la possibilité de principes véritablement absolus, c’est‑à‑dire valables indépendamment de tout contexte historique ou culturel. Ces débats, qui excèdent le cadre de cet article, portent moins sur un « Absolu » métaphysique que sur le statut de certaines valeurs tenues pour inconditionnelles.
== Enjeux et difficultés ==
La notion d’absolu soulève, tout au long de son histoire, plusieurs difficultés philosophiques majeures.
En premier lieu se pose le problème de la définition : comment définir l’absolu sans le limiter ? Toute définition implique une détermination, donc une exclusion : définir, c’est tracer une frontière. Or l’absolu, par essence, est conçu comme illimité. D’où la tentation, déjà visible dans la théologie négative, de recourir à des approches ''apophatiques'' (dire ce que l’absolu n’est pas) ou analogiques, plutôt qu’à des définitions strictement positives.
En second lieu, se pose le problème de la connaissance : comment un esprit fini peut‑il connaître l’infini ? Si l’absolu est pensé comme transcendant, il semble échapper à toute prise conceptuelle directe. S’il est pensé comme immanent, se pose la question de son distinctif : en quoi diffère‑t‑il alors du monde fini lui‑même ? Les réponses oscillent entre un rationalisme confiant (l’absolu est connaissable rationnellement) et un recours à des formes d’intuition, d’expérience mystique ou artistique censées donner accès à une dimension autrement inatteignable.
En troisième lieu apparaît le problème du rapport de l’absolu au monde : comment ce qui est parfait, complet et inconditionné peut‑il être la source d’un monde marqué par l’imperfection, la finitude et le mal ? La théologie classique affronte ce problème à travers la question du mal et des modalités de la création ; les métaphysiques de l’émanation ou de la manifestation (Plotin, certaines formes de mystique, l’idéalisme allemand) y répondent par l’image d’une dérivation graduelle du multiple à partir de l’Un. Mais aucune de ces réponses n’est exempte de difficultés.
En quatrième lieu enfin, se pose le problème de l’un et du multiple : l’absolu doit‑il être pensé comme un principe unique (monisme), ou peut‑on concevoir une pluralité d’absolus (par exemple dans certaines formes de polythéisme ou de relativisme de valeurs ultimes) ? Le monisme risque de rendre énigmatique la diversité réelle du monde ; le pluralisme, s’il multiplie les « absolus », semble menacer le concept même d’absolu en le relativisant.
== Conclusion ==
La notion d’absolu occupe une place paradoxale dans l’histoire de la philosophie. D’un côté, elle représente l’horizon ultime de la pensée métaphysique, ce vers quoi tend toute recherche de fondements inconditionnés et de [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]]s dernières. De l’autre, elle ne cesse de mettre la raison en difficulté, en l’obligeant à se confronter à ses propres limites.
Les grandes philosophies de l’absolu (Platon, Thomas d’Aquin, Spinoza, Hegel) constituent autant de tentatives marquantes pour penser la totalité du réel à partir d’un principe unitaire. Elles témoignent d’une exigence de rationalité intégrale qui refuse de se contenter d’explications partielles ou fragmentaires. Les critiques de l’absolu (Kant, Schopenhauer, certaines formes de phénoménologie et d’existentialisme, plusieurs courants de la philosophie analytique) rappellent, quant à elles, les risques d’une métaphysique trop ambitieuse et la nécessité de reconnaître la finitude de notre raison.
Au‑delà des débats techniques, la question de l’absolu touche à des interrogations existentielles décisives : y a‑t‑il un fondement ultime qui donne sens et valeur à notre vie ? Sommes‑nous en droit d’espérer un savoir définitif, ou devons‑nous accepter que notre pensée demeure toujours en deçà d’un réel qui la dépasse ? L’histoire philosophique de l’absolu suggère peut‑être que ces questions, même si elles ne reçoivent jamais de solution pleinement satisfaisante, demeurent constitutives de l’effort philosophique lui‑même : elles en marquent à la fois l’ambition et la limite.
== Notes et références ==
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== Voir aussi ==
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Dictionnaire de philosophie/Âme
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L''''âme''' (du grec ''psychê'', ψυχή, du latin ''anima'') constitue l'une des notions fondatrices de la pensée philosophique occidentale. De manière générale, elle désigne le principe vital qui anime les êtres vivants, tout en marquant ce qui distingue l'homme de la matière inerte et, éventuellement, ce qui survit à la dissolution du corps<ref>Pierre Hadot, ''Qu'est-ce que la philosophie antique ?'', Gallimard, 1995, p. 108-110</ref>. Cette notion, qui traverse toute l'histoire de la philosophie, trouve ses formulations les plus déterminantes dans la pensée platonicienne, où l'âme apparaît comme réalité immortelle, principe de connaissance et instance morale.
== Les origines homériques et présocratiques ==
Chez Homère, l'âme (''psychê'') désigne essentiellement le souffle vital qui quitte le corps au moment de la mort. Dans l'''Iliade'', elle apparaît comme une ombre inconsistante, privée de pensée (''phrenes''), qui descend dans l'Hadès<ref>Homère, ''Iliade'', XVI, 857</ref>. Cette conception archaïque ne confère pas encore à l'âme la dignité d'un principe rationnel ou moral.
Les penseurs présocratiques, notamment les pythagoriciens, transforment profondément cette conception. Pythagore introduit l'idée de la transmigration des âmes (métempsychose) et confère à l'âme une dimension divine et immortelle<ref>Marcel Detienne, ''De la pensée religieuse à la pensée philosophique. La notion de ''daimôn'' dans le pythagorisme ancien'', Les Belles Lettres, 1963, p. 85-92</ref>. L'âme devient ainsi le siège d'une vie spirituelle qui transcende l'existence corporelle. Cette innovation pythagoricienne exercera une influence déterminante sur Platon.
== L'âme chez Platon : immortalité et connaissance ==
=== La tripartition de l'âme ===
Platon élabore une conception complexe de l'âme qui en fait le principe même de la vie humaine et le fondement de la connaissance. Dans la ''République'', il distingue trois parties de l'âme : l'élément rationnel (''logistikon'', λογιστικόν), qui est siège de la raison et de la sagesse ; l'élément irascible ou courageux (''thumos'', θυμός), qui produit les émotions nobles comme la colère juste ou le courage ; et l'élément concupiscible (''epithumia'', ἐπιθυμία), siège des désirs et des passions<ref>Platon, ''République'', IV, 435a-442b, trad. P. Pachet, Gallimard, « Folio-Essais », 1993, p. 252-268</ref>. Cette tripartition permet à Platon d'expliquer les conflits intérieurs que vit l'homme et de fonder une éthique de l'harmonie psychique : la justice, pour l'individu comme pour la cité, consiste dans l'accord harmonieux de ces trois parties sous la direction de la raison.
Dans le ''Timée'', Platon localise même ces trois parties dans le corps humain : la raison siège dans la tête, l'irascible dans la poitrine, et le concupiscible entre la poitrine et le nombril<ref>Platon, ''Timée'', 44d-70e, trad. L. Brisson, Flammarion, « GF », 1992, p. 142-168</ref>. Cette localisation, qui peut sembler naïve, illustre la volonté platonicienne de penser l'union de l'âme et du corps, tout en affirmant leur distinction fondamentale.
=== L'immortalité de l'âme : les arguments du ''Phédon'' ===
C'est dans le ''Phédon'' que Platon développe les arguments les plus élaborés en faveur de l'immortalité de l'âme, dialogue qui met en scène les dernières heures de Socrate avant sa mort. Socrate y affirme que le véritable philosophe passe sa vie à se préparer à la mort, puisque philosopher consiste précisément à séparer l'âme du corps, à se détacher des passions corporelles pour accéder à la contemplation des réalités intelligibles<ref>Platon, ''Phédon'', 64a-67b, trad. P. Vicaire, Les Belles Lettres, 1983, p. 18-22</ref>.
Platon propose quatre arguments principaux pour démontrer l'immortalité de l'âme :
'''1. L'argument cyclique''' : Toute chose naît de son contraire. Le vivant naît du mort comme le mort naît du vivant, le sommeil de la veille comme la veille du sommeil. Il doit donc exister un processus inverse à la mort par lequel les âmes reviennent à la vie, faute de quoi tout finirait par s'abîmer dans la mort<ref>Platon, ''Phédon'', 70c-72d, trad. P. Vicaire, Les Belles Lettres, 1983, p. 28-32</ref>.
'''2. L'argument par la réminiscence''' (''anamnêsis'', ἀνάμνησις) : La connaissance véritable n'est pas acquisition mais ressouvenir. Lorsque nous reconnaissons deux objets comme égaux, nous les rapportons à une Idée de l'Égalité en soi que nous n'avons jamais rencontrée dans l'expérience sensible, puisque les choses sensibles ne sont jamais parfaitement égales. Nous devons donc avoir connu cette Idée avant notre naissance. Connaître, c'est se ressouvenir : l'âme a contemplé les Idées avant de s'incarner dans un corps, et elle les a oubliées en naissant<ref>Platon, ''Phédon'', 72e-77a, trad. P. Vicaire, Les Belles Lettres, 1983, p. 32-42</ref><ref>Platon, ''Ménon'', 81a-86c, trad. A. Croiset, Les Belles Lettres, 1970, p. 258-273</ref>. Cet argument implique donc à la fois la préexistence et l'immortalité de l'âme.
'''3. L'argument par l'affinité''' : Les choses composées sont susceptibles de se dissoudre, tandis que les choses simples et immuables sont indissolubles. Or l'âme est simple et s'apparente aux réalités intelligibles, qui sont invisibles, immuables et éternelles. Elle ressemble au divin et à l'immortel, tandis que le corps ressemble au mortel et au périssable<ref>Platon, ''Phédon'', 78b-80c, trad. P. Vicaire, Les Belles Lettres, 1983, p. 44-52</ref>. L'âme ne peut donc pas être dissoute comme le corps.
'''4. L'argument final''' : L'âme est le principe de la vie. Or un principe ne peut admettre le contraire de ce qu'il apporte. Comme le feu ne peut être froid ni la neige chaude, l'âme, qui apporte nécessairement la vie, ne peut recevoir la mort. Elle est donc immortelle et impérissable<ref>Platon, ''Phédon'', 102a-107b, trad. P. Vicaire, Les Belles Lettres, 1983, p. 108-124</ref>.
=== La théorie de la réminiscence et la connaissance ===
La théorie de la réminiscence (''anamnêsis'') ne vise pas seulement à prouver l'immortalité de l'âme, elle fonde également l'épistémologie platonicienne. Dans le ''Ménon'', Socrate interroge un jeune esclave ignorant en géométrie et le conduit, par ses seules questions, à découvrir comment construire un carré double d'un carré donné. Puisque l'esclave n'a rien appris de nouveau mais a seulement retrouvé en lui-même une connaissance qu'il possédait déjà, Socrate en conclut qu'apprendre n'est rien d'autre que se ressouvenir<ref>Platon, ''Ménon'', 82b-85b, trad. A. Croiset, Les Belles Lettres, 1970, p. 262-269</ref>.
Cette doctrine répond à un sophisme avancé par Ménon : comment peut-on chercher ce qu'on ne connaît pas, puisqu'on ne sait même pas ce qu'on doit chercher ? Et comment chercher ce qu'on connaît déjà, puisqu'on le possède déjà<ref>Platon, ''Ménon'', 80d-e, trad. A. Croiset, Les Belles Lettres, 1970, p. 258</ref> ? La réminiscence résout ce paradoxe : nous avons déjà connu les vérités que nous cherchons, dans une existence antérieure de l'âme, mais nous les avons oubliées en naissant. La recherche philosophique consiste à réveiller ce savoir endormi.
La théorie de la réminiscence suppose donc la croyance en la préexistence de l'âme et en sa familiarité native avec les Idées, ces réalités intelligibles, éternelles et immuables qui constituent le monde véritable. L'âme, avant de s'incarner, a contemplé les Idées dans leur pureté : la Justice en soi, la Beauté en soi, le Bien en soi<ref>Platon, ''Phèdre'', 246a-249d, trad. L. Brisson, Flammarion, « GF », 1989, p. 132-142</ref>. Lorsqu'elle rencontre dans le monde sensible des choses justes, belles ou bonnes, elle reconnaît en elles l'image imparfaite des Idées qu'elle a autrefois contemplées.
== L'âme et le corps : dualisme et purification ==
La conception platonicienne établit un dualisme strict entre l'âme et le corps. Le corps est présenté comme un obstacle à la connaissance et à la vertu. Il nous enchaîne aux apparences sensibles, nous détourne de la contemplation des réalités intelligibles par ses besoins et ses désirs. Platon va jusqu'à dire que le corps est le tombeau de l'âme (''sôma-sêma'', σῶμα-σῆμα)<ref>Platon, ''Cratyle'', 400c, trad. C. Dalimier, Flammarion, « GF », 1998, p. 144</ref>, formule qui suggère que l'existence corporelle est une forme de mort pour l'âme.
D'où la nécessité de la purification (''katharsis'', κάθαρσις). Le philosophe doit se détacher autant que possible du corps et de ses passions pour permettre à son âme de contempler les Idées. Cette purification n'est pas seulement intellectuelle, elle est aussi morale : elle consiste à pratiquer la tempérance, le courage, la justice et la sagesse<ref>Platon, ''Phédon'', 69a-c, trad. P. Vicaire, Les Belles Lettres, 1983, p. 24-26</ref>. Les vertus véritables ne consistent pas simplement à échanger un plaisir contre un autre ou une crainte contre une autre, mais à purifier l'âme de ses attachements corporels sous la conduite de la raison.
Le mythe du ''Phèdre'' illustre cette conception en présentant l'âme comme un attelage ailé conduit par un cocher (la raison) qui doit maîtriser deux chevaux, l'un noble (l'irascible) et l'autre rétif (le concupiscible)<ref>Platon, ''Phèdre'', 246a-254e, trad. L. Brisson, Flammarion, « GF », 1989, p. 132-154</ref>. Lorsque l'âme parvient à maintenir l'harmonie de l'attelage, elle peut s'élever jusqu'au lieu supracéleste où elle contemple les Idées. Mais lorsqu'elle est dominée par le mauvais cheval, elle perd ses ailes et tombe dans un corps mortel.
== La destinée de l'âme après la mort ==
Platon développe également une eschatologie complexe, qui décrit le destin des âmes après la mort du corps. Dans la ''République'', le mythe d'Er raconte comment les âmes sont jugées après la mort selon la vie qu'elles ont menée. Les âmes justes sont récompensées et contemplent le Bien, tandis que les âmes injustes sont punies<ref>Platon, ''République'', X, 614a-621d, trad. P. Pachet, Gallimard, « Folio-Essais », 1993, p. 528-545</ref>. Après un certain temps, les âmes choisissent une nouvelle vie et se réincarnent dans un corps humain ou animal selon leur choix.
Le ''Phédon'' décrit également les différentes régions de l'Hadès où les âmes séjournent après la mort, en fonction de leur degré de pureté. Les âmes philosophes, qui se sont purifiées durant leur vie terrestre, habitent les régions les plus élevées et les plus lumineuses. Les âmes impures, alourdies par leurs attachements corporels, sont contraintes de se réincarner rapidement, parfois dans des corps d'animaux correspondant à leurs vices<ref>Platon, ''Phédon'', 107c-114c, trad. P. Vicaire, Les Belles Lettres, 1983, p. 124-140</ref>.
Ces mythes eschatologiques ne sont pas de simples ornements poétiques. Ils ont une fonction éthique essentielle : ils incitent l'homme à prendre soin de son âme en menant une vie juste et en pratiquant la philosophie. Ils donnent également un sens à l'existence humaine en l'inscrivant dans une perspective cosmique où la justice finit toujours par triompher.
== La question de l'unité de l'âme ==
La doctrine platonicienne de l'âme soulève une difficulté majeure : comment concilier la tripartition de l'âme (raison, irascible, concupiscible) avec son immortalité ? Si l'âme est composée de trois parties, ne devrait-elle pas être susceptible de se dissoudre comme tout ce qui est composé ?
Platon ne résout pas explicitement cette difficulté. On peut néanmoins interpréter sa position de deux manières. D'une part, il est possible que seule la partie rationnelle de l'âme soit véritablement immortelle, les deux autres parties périssant avec le corps. Cette interprétation est suggérée par certains passages du ''Timée'' où Platon distingue la partie immortelle de l'âme, créée directement par le Démiurge, des parties mortelles, créées par les dieux inférieurs<ref>Platon, ''Timée'', 69c-e, trad. L. Brisson, Flammarion, « GF », 1992, p. 166-168</ref>.
D'autre part, on peut considérer que la tripartition ne représente pas trois parties substantiellement distinctes, mais trois fonctions ou trois aspects d'une âme fondamentalement une. L'âme serait simple en son essence, mais manifesterait sa simplicité de manière différenciée selon qu'elle se rapporte aux Idées (partie rationnelle), au courage et à l'honneur (partie irascible), ou aux besoins corporels (partie concupiscible).
== Aristote et la critique du dualisme platonicien ==
Aristote, disciple de Platon, critique vigoureusement le dualisme de son maître. Dans le ''De Anima'' (''De l'âme''), il définit l'âme comme « la forme d'un corps naturel ayant la vie en puissance » (''entéléchie première d'un corps naturel organisé'')<ref>Aristote, ''De l'âme'', II, 1, 412a19-21, trad. J. Tricot, Vrin, 1977, p. 67</ref>. L'âme n'est donc pas une substance séparée qui s'unirait accidentellement à un corps, mais la forme même, le principe d'organisation d'un corps vivant. Elle est au corps ce que la vision est à l'œil : on ne peut pas plus séparer l'âme du corps qu'on ne peut séparer la vision de l'œil.
Cette conception hylémorphique (de ''hylê'', matière, et ''morphê'', forme) remet radicalement en cause l'immortalité de l'âme telle que la concevait Platon. Si l'âme est la forme du corps, elle ne peut lui survivre, de même que la forme d'une statue de bronze ne survit pas à la destruction de la statue. Aristote admet toutefois une exception pour l'intellect agent (''nous poiêtikos''), partie la plus haute de l'âme rationnelle, qui est « séparé, impassible et sans mélange », et qui seul pourrait être immortel<ref>Aristote, ''De l'âme'', III, 5, 430a10-25, trad. J. Tricot, Vrin, 1977, p. 186-187</ref>. Mais cette immortalité n'est plus personnelle : ce n'est pas l'individu Socrate qui survit, mais l'intellect en tant que tel, identique chez tous les hommes.
== Postérité et transformations ==
La conception platonicienne de l'âme exercera une influence considérable sur toute la philosophie occidentale. Les néoplatoniciens, notamment Plotin, reprendront et approfondiront la doctrine de l'âme immortelle et de sa contemplation des Idées. Les Pères de l'Église, particulièrement Augustin, christianiseront la psychologie platonicienne en l'adaptant aux dogmes de la création, de la résurrection et de la grâce divine.
Au XVIIe siècle, Descartes renouvellera le dualisme platonicien en distinguant radicalement la substance pensante (''res cogitans'') et la substance étendue (''res extensa'')<ref>René Descartes, ''Méditations métaphysiques'', Méditation sixième, AT, t. IX, p. 51-72</ref>. Mais là où Platon voyait une hiérarchie entre l'âme divine et le corps matériel, Descartes pose une distinction de nature entre deux substances également créées par Dieu.
La modernité philosophique, de Locke à Kant, contestera de plus en plus la substantialité de l'âme et l'interprétera plutôt comme conscience, sujet ou personne. La psychologie scientifique contemporaine abandonnera finalement le concept d'âme au profit de notions empiriquement testables comme le psychisme, la conscience ou le cerveau. Pourtant, les questions soulevées par Platon demeurent vivantes : qu'est-ce qui fait l'identité et l'unité de la personne humaine ? L'homme peut-il se réduire à sa dimension corporelle ? Existe-t-il une dimension spirituelle irréductible à la matière ?
== Enjeux philosophiques ==
La conception platonicienne de l'âme engage des enjeux multiples qui dépassent largement la seule question de la survie après la mort :
'''Sur le plan épistémologique''', la théorie de la réminiscence fonde la possibilité de la connaissance universelle et nécessaire. Si nous pouvons connaître les vérités mathématiques et les principes moraux, c'est parce que notre âme est apparentée aux réalités intelligibles éternelles. La connaissance véritable n'est pas une construction empirique, mais une reconnaissance de ce que l'âme possède déjà en elle-même.
'''Sur le plan éthique''', l'immortalité de l'âme fonde l'exigence morale. Si l'âme est immortelle, la vie présente n'est qu'un épisode dans son existence éternelle. Il importe donc de vivre justement, non pour obtenir des récompenses terrestres éphémères, mais pour assurer le salut de l'âme. La philosophie devient ainsi un « exercice de la mort », une préparation à la séparation de l'âme d'avec le corps<ref>Pierre Hadot, ''Exercices spirituels et philosophie antique'', Albin Michel, 2002, p. 21-58</ref>.
'''Sur le plan anthropologique''', la conception platonicienne définit l'homme essentiellement par son âme rationnelle. Ce n'est pas le corps qui fait l'homme, mais l'âme qui pense, connaît et choisit. Comme le dit Socrate dans l'''Alcibiade'' : « L'homme, c'est l'âme »<ref>Platon, ''Alcibiade'', 130c, trad. C. Marbœuf et J.-F. Pradeau, Flammarion, « GF », 2000, p. 148</ref>. Cette définition aura des conséquences immenses pour la compréhension occidentale de la dignité humaine et de la liberté.
'''Sur le plan politique''', enfin, la tripartition de l'âme fournit le modèle de l'organisation de la cité juste. De même que l'âme individuelle est juste lorsque la raison gouverne l'irascible et le concupiscible, la cité est juste lorsque les philosophes gouvernent les gardiens et les producteurs<ref>Platon, ''République'', IV, 441d-445e, trad. P. Pachet, Gallimard, « Folio-Essais », 1993, p. 266-272</ref>. La psychologie platonicienne fonde ainsi une théorie politique aristocratique où le pouvoir revient aux plus sages.
== Conclusion ==
La notion platonicienne d'âme constitue l'un des piliers de la métaphysique occidentale. En faisant de l'âme une réalité immortelle, principe de connaissance et instance morale, Platon a profondément marqué la manière dont l'Occident pense l'homme et son rapport au monde. Si la science contemporaine a largement abandonné le concept d'âme, les questions qu'il soulevait demeurent au cœur de la réflexion philosophique sur la conscience, l'identité personnelle, la liberté et la dignité humaine. La grandeur de Platon réside moins dans les réponses qu'il a données que dans la profondeur et la richesse des questions qu'il a su formuler, questions qui continuent d'animer la pensée philosophique plus de deux millénaires après sa mort.
== Notes et références ==
<references />
== Bibliographie sélective ==
* '''Textes de Platon''' :
** ''Phédon'', trad. M. Dixsaut, Flammarion, « GF », 1991
** ''Ménon'', trad. M. Canto-Sperber, Flammarion, « GF », 1993
** ''République'', trad. P. Pachet, Gallimard, « Folio-Essais », 1993
** ''Phèdre'', trad. L. Brisson, Flammarion, « GF », 1989
** ''Timée'', trad. L. Brisson, Flammarion, « GF », 1992
* '''Études''' :
** HADOT Pierre, ''Qu'est-ce que la philosophie antique ?'', Gallimard, 1995
** BRISSON Luc, ''Platon, les mots et les mythes'', La Découverte, 1994
** DIXSAUT Monique, ''Platon et la question de l'âme'', Vrin, 2013
** DORTER Kenneth, ''Plato's Phaedo: An Interpretation'', University of Toronto Press, 1982
** HADOT Pierre, ''Exercices spirituels et philosophie antique'', Albin Michel, 2002
** DETIENNE Marcel, ''De la pensée religieuse à la pensée philosophique. La notion de daimôn dans le pythagorisme ancien'', Les Belles Lettres, 1963
* '''Ouvrages généraux''' :
** ROBIN Léon, ''La Pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique'', Albin Michel, 1923
** BRÉHIER Émile, ''Histoire de la philosophie'', tome I : ''L'Antiquité et le Moyen Âge'', PUF, 1981
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'autonomie que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des devoirs envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. Kant, tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les autres de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un droit, d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La culture, au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des arts, des sciences et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, conscience du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du désir de richesse : repose-t-il sur un besoin véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'authenticité : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la métaphysique, la politique et l'existence quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, désir, [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand bien ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'autonomie que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des devoirs envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. Kant, tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les autres de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un droit, d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La culture, au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des arts, des sciences et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du désir de richesse : repose-t-il sur un besoin véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'authenticité : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la métaphysique, la politique et l'existence quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, désir, [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand bien ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
{{references|colonnes=2}}
== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des devoirs envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. Kant, tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les autres de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un droit, d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La culture, au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des arts, des sciences et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du désir de richesse : repose-t-il sur un besoin véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'authenticité : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la métaphysique, la politique et l'existence quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, désir, [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand bien ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La culture, au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des arts, des sciences et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du désir de richesse : repose-t-il sur un besoin véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'authenticité : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la métaphysique, la politique et l'existence quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, désir, [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand bien ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du désir de richesse : repose-t-il sur un besoin véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'authenticité : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la métaphysique, la politique et l'existence quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, désir, [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand bien ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]] de richesse : repose-t-il sur un [[Dictionnaire de philosophie/Besoin|besoin]] véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'authenticité : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la métaphysique, la politique et l'existence quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, désir, [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand bien ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]] de richesse : repose-t-il sur un [[Dictionnaire de philosophie/Besoin|besoin]] véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|authenticité]] : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la métaphysique, la politique et l'existence quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, désir, [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand bien ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]] de richesse : repose-t-il sur un [[Dictionnaire de philosophie/Besoin|besoin]] véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|authenticité]] : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], la politique et l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, désir, [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand bien ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
{{references|colonnes=2}}
== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Ajout de 2 liens (Dictionnaire de philosophie/Bien, Dictionnaire de philosophie/Désir)
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]] de richesse : repose-t-il sur un [[Dictionnaire de philosophie/Besoin|besoin]] véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|authenticité]] : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], la politique et l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]] de richesse : repose-t-il sur un [[Dictionnaire de philosophie/Besoin|besoin]] véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|authenticité]] : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], la politique et l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]] ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la [[Manuel de terminale de philosophie/Raison|raison]] pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]] de richesse : repose-t-il sur un [[Dictionnaire de philosophie/Besoin|besoin]] véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|authenticité]] : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], la politique et l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]] ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]] de richesse : repose-t-il sur un [[Dictionnaire de philosophie/Besoin|besoin]] véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|authenticité]] : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], la politique et l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]] ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]], illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]] de richesse : repose-t-il sur un [[Dictionnaire de philosophie/Besoin|besoin]] véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|authenticité]] : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], la politique et l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]] ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]], illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le [[Dictionnaire de philosophie/Divertissement|divertissement]] nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon [[s:Auteur:Blaise Pascal|Pascal]], plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
{{references|colonnes=2}}
== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « [[s:Correspondance avec Élisabeth|Lettre à Élisabeth]] du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* Épicure, ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Ajout d'un lien vers Auteur:Épicure
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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses [[Désir|désir]]s, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.
=== Qu'est-ce que le bonheur ? ===
Le mot « bonheur » vient du latin ''bonum augurium'', qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.
On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme [[s:Auteur:Baruch Spinoza|Spinoza]], lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'[[Existence|existence]]<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.</ref>. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la ''béatitude'' désigne un bonheur parfait, presque divin ; la ''félicité'' un bonheur stable et durable.
Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.
=== Les grandes conceptions du bonheur ===
==== Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme ====
Pour [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.
Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment<ref>Épicure, ''Lettre à Ménécée'', § 127-128, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.</ref>.
Le bonheur selon Épicure, c'est l'''[[Ataraxie|ataraxie]]'' : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la [[Dictionnaire de philosophie/Mort|mort]] ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral<ref>Épicure, ''Maximes capitales'', I-IV, dans ''Lettres et maximes'', trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.</ref>.
À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le ''Gorgias'' de [[Platon|Platon]]. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. [[s:Auteur:Socrate|Socrate]] lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos<ref>Platon, ''Gorgias'', 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.</ref>. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la [[Philosophie|philosophie]].
==== Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote ====
[[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle ''eudaimonia'' en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.
Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.</ref>.
La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le [[Dictionnaire de philosophie/Courage|courage]], par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.
Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.</ref>.
Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]], comme la forme la plus haute du bonheur<ref>Aristote, ''[[s:Éthique à Nicomaque|Éthique à Nicomaque]]'', X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.</ref>. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'[[Dictionnaire de philosophie/Action|action]] vertueuse, ou une vie de connaissance ?
==== Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme ====
Les philosophes stoïciens, comme [[s:Auteur:Épictète|Épictète]] (50-125 après J.-C.) ou [[s:Auteur:Marc Aurèle|Marc Aurèle]] (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.
Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'[[Autrui|autrui]], les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la ''prohairesis'' : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement<ref>Épictète, ''Manuel'', § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.</ref>.
Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'''apatheia''. Cette ''apatheia'' n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses<ref>Marc Aurèle, ''Pensées pour moi-même'', IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.</ref>.
=== Les enjeux philosophiques du bonheur ===
==== Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ? ====
[[s:Auteur:Emmanuel Kant|Emmanuel Kant]] (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'[[Dictionnaire de philosophie/Imagination|imagination]], non de la raison »<ref>Kant, ''Fondements de la métaphysique des mœurs'', deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.</ref>.
Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la [[Dictionnaire de philosophie/Morale|morale]]. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.
Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement<ref>Kant, ''Critique de la raison pratique'', livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.</ref>.
==== Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? ====
La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.
Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] : la ''tukhê'', qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'''eudaimonia'', s'est construite en grande partie contre la ''tukhê'', en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.
Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.</ref>. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.
Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[[[s:Manuel d’Épictète|Manuel]] de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.
Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|Nature]] ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable<ref>Spinoza, ''Éthique'', V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.</ref>. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.
Cette intériorisation, [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Karl Marx]] (1818-1883) la juge insuffisante. Le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]] salarié, lorsqu'il s'[[Dictionnaire de philosophie/Aliénation|aliène]], prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse<ref>Marx, ''Manuscrits de 1844'', « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.</ref>. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.
Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.
==== Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme ====
Au {{s|XIX}}, des philosophes anglais comme [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Jeremy Bentham]] (1748-1832) et [[s:Auteur:John Stuart Mill|John Stuart Mill]] (1806-1873) développent une théorie morale appelée ''utilitarisme''. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.
Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante<ref>Bentham, ''Introduction aux principes de morale et de législation'', chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.</ref>.
Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité<ref>Mill, ''L'Utilitarisme'', chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.</ref>.
L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.
==== Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme ====
Certains philosophes ont une vision plus sombre. [[s:Auteur:Arthur Schopenhauer|Arthur Schopenhauer ]](1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs<ref>Schopenhauer, ''Le Monde comme volonté et comme représentation'', livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.</ref>.
Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'[[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]] ou la compassion.
Une critique d'un autre type vient de [[s:Auteur:Sigmund Freud|Sigmund Freud]] (1856-1939). Dans ''Le Malaise dans la culture'', il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »<ref>Freud, ''Le Malaise dans la culture'', chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.</ref>.
==== Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus ====
Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans ''Le Mythe de Sisyphe'', il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.
Cette situation paraît désespérée et [[Dictionnaire de philosophie/Absurde|absurde]]. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]] et choisit d'habiter pleinement sa tâche<ref>Camus, ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.</ref>.
Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.
=== Conclusion ===
Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.
D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.
Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.
Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoir]], le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.
Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Liberté|liberté]], la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]], le [[Manuel de terminale de philosophie/Travail|travail]], l'État, la [[Manuel de terminale de philosophie/Conscience|conscience]].
== Sujets de dissertation ==
Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.
=== 1. Faut-il philosopher pour bien vivre ? ===
Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]], ce qui exige une certaine [[Dictionnaire de philosophie/Connaissance|connaissance]] de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.
=== 2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ? ===
Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la [[Dictionnaire de philosophie/Finitude|finitude]] humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.
=== 3. Existe-t-il des critères du bonheur ? ===
Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque [[Dictionnaire de philosophie/Individu|individu]] ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.
=== 4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ? ===
L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.
=== 5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ? ===
Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.
=== 6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ? ===
Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.
=== 7. Le bonheur est-il un simple hasard ? ===
Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de ''tyché'' (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.
=== 8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ? ===
Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?
=== 9. Le bonheur est-il une affaire de politique ? ===
Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. [[Platon|Platon]], dans la ''République'', envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. [[Dictionnaire de philosophie/Aristote|Aristote]] affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du {{s|XIX}} proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'[[Manuel de terminale de philosophie/État|État]] ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?
=== 10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ? ===
Cette question interroge le degré d'[[Dictionnaire de philosophie/Autonomie|autonomie]] que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?
=== 11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ? ===
À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des [[Manuel de terminale de philosophie/Devoir|devoirs]] envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. [[s:Auteur:Emmanuel Kant|Kant]], tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les [[Autrui|autres]] de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un [[Dictionnaire de philosophie/Droit|droit]], d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.
=== 12. Le bonheur est-il utopique ? ===
L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.
=== 13. La culture est-elle un gage de bonheur ? ===
La [[Dictionnaire de philosophie/Culture|culture]], au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des [[Dictionnaire de philosophie/Art (introduction)|art]]s, des [[Manuel de terminale de philosophie/Science|sciences]] et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, [[Dictionnaire de philosophie/Conscience|conscience]] du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.
=== 14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ? ===
Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]] de richesse : repose-t-il sur un [[Dictionnaire de philosophie/Besoin|besoin]] véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?
=== 15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ? ===
Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.
=== 16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ? ===
Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'[[Dictionnaire de philosophie/Authenticité|authenticité]] : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?
=== Perspectives transversales ===
Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :
* La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
* Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
* Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
* La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
* L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.
Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la [[Dictionnaire de philosophie/Métaphysique|métaphysique]], la politique et l'[[Dictionnaire de philosophie/Existence|existence]] quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.
== Textes d'étude ==
==== Épicure : le plaisir comme absence de trouble ====
; Question travaillée : Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
; Thèse : Le plaisir est le [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
; Notions : plaisir, [[Dictionnaire de philosophie/Désir|désir]], [[Dictionnaire de philosophie/Ataraxie|ataraxie]], bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Épicure|Épicure]] refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
* Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand [[Dictionnaire de philosophie/Bien|bien]] ?
* En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?
{{Citation bloc|Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble.|Épicure, ''[[Commentaire philosophique/Lettre à Ménécée|Lettre à Ménécée]]''}}
==== Sénèque : vivre selon la nature ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
; Thèse : Vivre heureux, c'est vivre selon la [[Manuel de terminale de philosophie/Nature|nature]] et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
; Notions : nature, raison, vertu, souverain bien.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi [[s:Auteur:Sénèque le Jeune|Sénèque]] distingue-t-il les biens extérieurs et l'[[Dictionnaire de philosophie/Âme|âme]] ?
* Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
* Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?
{{Citation bloc|La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices.|Sénèque, ''De la vie heureuse'' (vers 58 après J.-C.), chap. VIII}}
==== Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ? ====
; Question travaillée : Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
; Thèse : Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
; Notions : [[Dictionnaire de philosophie/Vérité|vérité]], illusion, libre arbitre, vertu, joie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
* Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
* Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?
{{Citation bloc|Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune.|Descartes, ''Lettre à Élisabeth'' (6 octobre 1645)}}
==== Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition ====
; Question travaillée : Le [[Dictionnaire de philosophie/Divertissement|divertissement]] nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
; Thèse : Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
; Notions : divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon [[s:Auteur:Blaise Pascal|Pascal]], plus malheureux que ses sujets ?
* Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
* En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?
{{Citation bloc|Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.
Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit.|Pascal, ''Pensées'' (1670), fragment 139}}
==== Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur ====
; Question travaillée : L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
; Thèse : Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
; Notions : mémoire, oubli, action, devenir, vie.
''Questions d'analyse'' :
* Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
* Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
* En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?
{{Citation bloc|Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.|Nietzsche, ''Considérations inactuelles'', II (1874), § 1}}
== Notes et Références ==
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== Bibliographie ==
* Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
* [[s:Auteur:Jeremy Bentham|Bentham (Jeremy)]], ''Introduction aux principes de morale et de législation'', trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
* Camus (Albert), ''Le Mythe de Sisyphe'', Paris, Gallimard, 1942.
* [[Dictionnaire de philosophie/René Descartes|Descartes (René)]], « [[s:Correspondance avec Élisabeth|Lettre à Élisabeth]] du 6 octobre 1645 », in ''Correspondance avec Élisabeth et autres lettres'', éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
* Épictète, ''Manuel'', trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
* [[s:Auteur:Épicure|Épicure]], ''Lettres et maximes'' [comprenant la ''Lettre à Ménécée'' et les ''Maximes capitales''], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
* Freud (Sigmund), ''Le Malaise dans la culture'', trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Critique de la raison pratique (trad. Barni)|Critique de la raison pratique]]'', trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
* Kant (Emmanuel), ''[[s:Fondements de la métaphysique des mœurs|Fondements de la métaphysique des mœurs]]'', trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
* Marc Aurèle, ''[[s:Pensées pour moi-même|Pensées pour moi-même]]'', trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
* [[Dictionnaire de philosophie/Karl Marx|Marx (Karl)]], ''Manuscrits de 1844'', trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
* Mill (John Stuart), ''[[s:L’Utilitarisme|L'Utilitarisme]]'', trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
* Nietzsche (Friedrich), ''[[s:Considérations inactuelles|Considérations inactuelles]]'', II, ''[[s:De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie|De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie ]](1874), trad. P. Rusch, in ''Œuvres philosophiques complètes'', t. II, Paris, Gallimard, 1990.
* Pascal (Blaise), ''Pensées'' (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
* Platon, ''[[s:Gorgias (discours de Platon)|Gorgias]]'', trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
* Schopenhauer (Arthur), ''[[s:Le Monde comme volonté et comme représentation|Le Monde comme volonté et comme représentation]]'', trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
* Sénèque, ''[[s:De la vie heureuse|De la vie heureuse]]'' (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in ''Les Stoïciens'', éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
* Spinoza (Baruch), ''Éthique'', trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.
[[Catégorie:Manuel de terminale de philosophie (livre)]]
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Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période République Romaine
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<span style="font-size:18pt;"> Période de la [[w:République_romaine|''République'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#République_back|<sup>🔄</sup>]] [[w:Rome_antique|''Romaine'']] [[#Rome|<span id="Rome_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]</span>
<p style="text-align: right;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-509]], chute de la [[w:Royauté_romaine|''royauté romaine'']] — 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']])
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<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Rome_back|<span id="Rome"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Rōma [[wikt:en:Roma#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’époque ''républicaine'', la gestion de la cité romaine est d’abord marquée par la consécration du principe de publicité des réunions ''politiques'' (dans le cadre du [[w:Sénat_de_la_République_romaine|''Sénat'']] mais aussi dans le cadre des réunions [[w:Comices|''comitiales'']]), de [[w:Collégialité|''collégialité'']] des pouvoirs (les magistrats sont toujours plusieurs à détenir une même charge, à l’instar des deux [[w:Consul_(Rome_antique)|''consuls'']]), de spécialisation des [[w:Magistrature|''magistratures'']] (chacune d’elles dispose d’un pouvoir spécifique et d’un champ d’application bien défini) et d’[[w:Élection|électivité]] des charges (les magistrats sont pour l’immense majorité élus par le peuple romain réuni en assemblées). La devise traditionnelle de la république est [[w:Senatus_populusque_Romanus|''Senatus populusque Romanus'']] (SPQR), « le ''Sénat'' et le peuple ''romain'' ». Elle symbolise l’union consensuelle du ''Sénat'', où siègent à l’origine les familles de l’élite économique et politique de la cité, et de l’ensemble des [[w:Citoyenneté_romaine|''citoyens romains'']], qui par son vote adopte les lois, confère leurs pouvoirs aux magistrats, et consent au versement des impôts et à la levée des armées.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’origine, la République romaine est largement dominée par l’aristocratie [[w:Patricien|''patricienne'']], héritière de la [[w:Fondation_de_Rome|''fondation de Rome'']], lorsque celle-ci a constitué le Sénat primitif autour des rois légendaires. Cette division entre ''patriciens'' et [[w:Plèbe|''plébéiens'']] s’estompe cependant au cours des siècles, au gré des différentes [[w:Sécessions_de_la_plèbe|''sécessions plébéiennes'']] permettant à l’élite économique de la plèbe de se faire une place en politique — en obtenant notamment, à partir de [[w:367 av. J.-C.|-367]], le droit d’élire un ''consul'' chaque année. L’essentiel des ''citoyens romains'' reste composé d’une importante masse d’artisans et de petits paysans propriétaires dans les zones fertiles de l’Italie centrale, tandis que les patriciens sont souvent propriétaires de [[w:Latifundium_(Antiquité)|''vastes domaines cultivés'']], les ''Latifundia'' (latus, « spacieux » + fundus, « ferme »), qui leur permettent de dégager d’importants revenus pour subventionner leur carrière politique. L’élite de la société romaine qui contrôle les rouages de la ''République'' se caractérise notamment par une célébration des origines familiales et des ancêtres prestigieux, dans le cadre de la [[w:Gens_(Rome antique)|''gens'']]. Chaque grande famille de Rome exerce alors un pouvoir informel dans la cité, grâce au [[w:Clientélisme_(Rome)|''système clientélaire'']] : une relation de services mutuels entre deux personnes de statut social différent, l’un puissant, le « patron », généralement aristocrate, et une personne de rang moindre, généralement un homme libre, appelé le « client ». La ''République romaine'' est loin d’être une ''démocratie'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#démocratie_back|<sup>🔄</sup>]] : il s’agit avant tout d’un [[w:Oligarchie|''régime oligarchique'']] [[#Oligarchie|<sup>II</sup>]] dans lequel les citoyens jouissent certes des mêmes droits civils, mais ne jouissent pas des mêmes privilèges politiques et religieux, l’essentiel de leurs droits dépendant, de fait, de leur position au sein des [[w:Cens_(époque romaine)|''classes censitaires'']] ''romaines'', établies en fonction du patrimoine foncier des familles recensées. La ''République romaine'' est donc avant tout un système de compétition, de course aux honneurs, entre les mains d’un nombre restreint de grandes familles ''patricio-plébéiennes'' formant la [[w:Nobilitas|''nobilitas'']], la noblesse.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="Oligarchie">'''<sup>II</sup></span> Du nom commun ὀλιγαρχίᾱ / oligarkhíā [[wikt:en:ὀλιγαρχία#Ancient_Greek|(en)]], « (politique) Règne de quelques-uns, oligarchie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ὀλιγάρχης / oligárkhēs [[wikt:en:ὀλιγάρχης#Ancient_Greek|(en)]], « oligarque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif ὀλίγος / olígos [[wikt:en:ὀλίγος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. De petite quantité : peu. 2. De petite taille : petit. 3. De faible degré : léger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe -άρχης / -árkhēs [[wikt:en:-άρχης#Ancient_Greek|(en)]], « souverain, chef »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’un drap. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; détenir un archontat. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ + du suffixe nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstraite féminin -ία / -ía [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Forme_de_gouvernement|''Forme de gouvernement'']] où le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes qui forme une [[w:Classe_dominante|''classe dominante'']].<br/><br />'''
</div>{{Boîte déroulante fin}}
== [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[#Cicéron|<span id="Cicéron_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">(3 janvier [[w:106_av._J.-C.|-106]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — 7 décembre [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné en quittant sa villa de [[w:Formia|''Formia'']], par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']], sur ordre de [[w:Marc_Antoine|'''Marc Antoine''']]) [[s:Auteur:Cicéron|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA365#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}]
[[Fichier:Bust of Cicero (1st-cent. BC) - Palazzo Nuovo - Musei Capitolini - Rome 2016.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Portrait posthume de Cicéron de la moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]]. Marbre.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Palais_Neuf_(Rome)#Salle_des_Philosophes|Sala dei Filosofi, Palazzo Nuovo, Musei Capitolini]] [https://www.museicapitolini.org/en/opera/ritratto-di-cicerone-0 <sup>🔍</sup>].]]
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Orateur'', ''politicien'', ''philosophe'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] et ''citoyen romain'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]]; il publie une abondante production, d’ouvrages sur la [[w:Rhétorique|rhétorique]] et d’adaptation en latin des [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''théories philosophiques grecques'']], considérée comme un modèle de l’expression [[w:Latin_classique|''latine classique'']], et dont une grande partie nous est parvenue.</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Cicéron|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cicéron_back|<span id="Cicéron"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Marcus [[w:Tullii|Tullius]] Cicero :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Marcus#Latin|Marcus]]; forme contractée de *Marticus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif [[wikt:Martius#Latin|Martius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ dérivé de [[wikt:Mars#Latin|Mars]], « [[w:Mars_(mythologie)|Mars]], dieu des guerriers, de la jeunesse et de la violence de la mythologie romaine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-ius#Latin|-ius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-icus#Latin|-icus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]]; de [[wikt:cicer#Latin|cicer]], « pois chiche » [[#pois_chiche|<span id="pois_chiche_back"><sup>II</sup></span>]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#pois_chiche_back|<span id="pois_chiche"><sup>II</sup></span>]] Sens original multiple :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pline_l%27Ancien|Pline l’Ancien]] ([[w:23|23]], à [[w:Côme#Histoire|''Novum Comum'']] — [[w:79|79]] [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|<sup>📚</sup>]], à [[w:Stabies#Éruption_de_79_ap._J.-C.|''Stabies'']]) <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''2. Les [[w:Fabii|'''Fabius''']], les [[w:Cornelii_Lentuli|'''Lentulus''']], les '''Cicéron''' ont eu ces noms d’après l’espèce de légume qu’ils excellaient à cultiver.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre18.htm <u>Histoire Naturelle</u>, ''l. XVIII'']'', c. III, §2''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Plutarque|Plutarque]] ([[w:46|46]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Chéronée|''Chéronée'']] — [[w:125|125]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Le premier de cette famille qui eut le surnom de '''Cicéron''' fut un homme très estimable; aussi ses descendants, loin de rejeter ce surnom, se firent un honneur de le porter, quoiqu’il eût été souvent tourné en ridicule, il vient d’un mot latin qui signifie pois chiche; et le premier à qui on le donna avait à l’extrémité du nez une excroissance qui ressemblait à un pois chiche et qui lui en fit donner le surnom. '''Cicéron''', celui dont nous écrivons la Vie, la première fois qu’il se mit sur les rangs pour briguer une charge, et qu’il s’occupa des affaires publiques, fut sollicité par ses amis de quitter ce surnom et d’en prendre un autre; mais il leur répondit, avec la présomption d’un jeune homme, qu’il ferait en sorte de rendre le nom de '''Cicéron''' plus célèbre que ceux des [[w:Aemilius_Scaurus|'''Scaurus''']] et des '''Catulus'''. Pendant sa questure en Sicile, il fit aux dieux l’offrande d’un vase d’argent, sur lequel il fit graver en entier ses deux premiers noms, '''Marcus Tullius'''; et au lieu du troisième, il voulut, par plaisanterie, que le graveur mit un pois chiche. Voilà ce qu’on dit de son nom.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/Ciceron.htm <u>La Vie de Cicéron</u>]'', c. I'''''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:De_Republica|De Re Publica]] ===
<p style="text-align: right;">[[s:De_la_République|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA680#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Republica}}]
{| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1"
|-
| style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits'''
|- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle"
| align="center" | <div style="margin-top: 1em; margin-bottom: 1em; margin: 0 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende|L’ouvrage rédigé en 6 livres n’est parvenu à l’époque moderne que très mutilé, seule la fin dite du [[w:Songe_de_Scipion|''Songe de Scipion'']] fut conservée au cours du Moyen Âge en raison de son mysticisme apprécié des auteurs chrétiens. Le reste de l’ouvrage aux considérations plus politiques fut retrouvée en 1818 par [[w:Angelo_Mai|'''Angelo Mai''']], préfet de la bibliothèque de manuscrits du ''Vatican'', dans un [[w:Palimpseste|''palimpseste'']] d’un ouvrage d’[[w:Augustin_d%27Hippone|'''Augustin''']] d’Hippone, référencé [[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|'''Vaticanus Latinus 5757''']], copié au début du VIII<sup>ème</sup> siècle sur les pages lavées et grattées d’un [[w:Codex|''codex'']] du IV<sup>ème</sup> siècle.}}}</div>
|}
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la politique, écrit en [[w:54_av._J.-C.|-54]]. L’ouvrage, écrit sous la forme d’un dialogue platonicien, traite de la meilleure forme d’État et de la manière de bien conduire un État. Cette question avait déjà été abordée par les Grecs avec ''La Politique'' d’[[w:Aristote|'''Aristote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Aristote_back|<sup>🔄</sup>]] et ''La République'' de [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]]. '''Cicéron''' applique leurs analyses aux institutions de la [[w:République_romaine|République romaine]], pour établir que la République du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] était la cité la plus proche de l’équilibre idéal formulé par ces théories. Il complètera ce traité par le [[#De_Legibus_I|''De Legibus'']], ouvrage consacré à l’aspect législatif des institutions.</div>
==== [[w:De_Republica#Livre_I|Livre I]] ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Introduction, présentation des protagonistes, '''Cicéron''' place ses dialogues vers [[w:129_av._J.-C.|-129]], moment où, selon lui, cette République quittait l’équilibre idéal qu’il va décrire, avant que, toujours selon lui, l’intervention des [[w:Gracques|'''Gracques''']] [[#Gracques|<span id="Gracques_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ne bouleverse l’harmonie républicaine.</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Livre I|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Gracques_back|<span id="Gracques"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Gracchus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom donné à deux frères et hommes d’État ''romains'', [[w:Tiberius_Gracchus|Tiberius Gracchus]] et [[w:Caius_Gracchus|Caius Gracchus]], petits-fils de [[w:Scipion_l'Africain|Scipion l’Africain]], connus pour leur tentative infructueuse de réformer le système agraire ''romain'' durant la deuxième moitié du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• En [[w:-133|-133]], Tiberius fait voter une [[w:Question_agraire_%C3%A0_Rome|''loi agraire'']] connue sous le nom de [[w:Lex_Sempronia|''Rogatio Sempronia'']] qui reprend le principe de l’[[w:Anadasmos|''Anadasmos'']] grec, prévoyant la limitation au droit de possession individuelle et la redistribution aux citoyens pauvres des terres récupérées.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_163_av._J.-C.|-163]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_133_av._J.-C.|-133]], ''Rome'', assassiné par les sénateurs opposés à sa réforme) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Et de [[w:-123|-123]] à [[w:-121|-121]], Caius renforce cette loi et ambitionne de diminuer les pouvoirs du [[w:S%C3%A9nat_de_la_R%C3%A9publique_romaine|''Sénat romain'']] et d’accroître ceux des [[w:Comices|''comices'']], assemblées qui expriment la volonté du peuple romain dans les domaines électoraux, législatifs et judiciaires.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_154_av._J.-C.|-154]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_121_av._J.-C.|-121]], ''Rome'', assassiné par le ''Sénat'' en promulguant pour la première fois un [[w:Senatus_consultum_ultimum|''senatus consultum ultimum '']], donnant au consul [[w:Lucius_Opimius|Lucius Opimius]] les pleins pouvoirs pour mettre fin à la sédition de Caius, à cause de divergence politique sur la construction d’une colonie à [[w:Carthage#Cité_romaine,_vandale_et_byzantine|''Carthage'']]) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de l’invention du premier [[w:Planétaire|''planétaire'']] [[#Planetes|<span id="Planetes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par '''Thalès'''.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Planètes|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Planetes_back|<span id="Planetes"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin planeta, planetes [[wikt:en:planeta#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien πλανήτης / planḗtēs [[wikt:en:πλανήτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Voyageur, vagabond. 2. (astronomie) Planète. 3. (médecine) Une fièvre qui se manifeste par des crises irrégulières. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:πλανάω#Ancient_Greek|πλανάω / planáō]], « 1. Faire errer, conduire à l’errance. 2. Égarer, tromper, induire en erreur. 3. (voix passive) Errer, s’égarer. 4. Errer en parlant, s’éloigner du sujet. 5. Faire une chose de manière irrégulière ou avec des variations. 6. Être dans le doute ou être perdu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe masculin de nom d’agent -της / -tēs [[wikt:en:-της#Ancient_Greek:_agent_noun|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Il n’est pas vrai, mes chers amis, que le soleil, la lune, ni aucun autre astre, errent dans leur course : c’est tout le contraire ; chacun d’eux n’a qu’une route et non plusieurs ; ils parcourent toujours le même chemin en ligne circulaire ; et ce n’est qu’en apparence qu’ils parcourent plusieurs chemins. C’est encore à tort qu’on attribue le moins de vitesse à l’astre qui en a le plus, et le mouvement le plus rapide à celui dont la course est la plus lente. Supposé que la chose soit telle que je dis et que nous nous la figurions tout autre, s’il arrivait qu’aux jeux olympiques nous fussions dans une erreur semblable à l’égard des hommes ou des chevaux qui courent dans la carrière, appelant le plus lent celui qui est le plus léger, et le plus léger celui qui est le plus lent, en sorte que, la course finie, nous donnassions des éloges au vaincu comme s’il était vainqueur ; il me paraît que nos louanges seraient injustes, et ne plairaient guère aux coureurs qui ne sont pourtant que des hommes. Mais quand nous tombons dans de pareilles méprises par rapport aux dieux, ce qui tout à l’heure et en parlant d’hommes était ridicule et injuste, ne vous semble-t-il pas l’être ici à l’égard des dieux ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Platon, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres,_trad._Cousin,_VII_et_VIII.djvu/707 <u>Les Lois</u>, ''l.VII'', ''§822 a-c'']'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
:'''Textes latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' Tum [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum : nam memoriâ tenio [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''C. Sulpicium Gallum''']] , doctissimum ut scitis hominem , cùm idem hoc visum diceretur , et esset casu apud [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''M. Marcellum''']] , qui cum eo consul fuerat, sphæram [[#sphæram|<span id="sphæram_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], quam [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|'''M. Marcellus''' avus]] [[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] captis [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracusis'']] ex urbe locupletissimâ atque ornatissimâ sustulisset, cùm aliud nihil ex tantâ prædâ domum suam deportavisset jussisse proferri : cujus ego sphæræ cùm persæpe propter [[w:Archimède|'''Archimedi''']] [[#Archimedi_De_Re_Publica|<span id="Archimedi_De_Re_Publica_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] gloriam nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior [[#nobilior|<span id="nobilior_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in [[w:Pudicitia#Les_temples|''templo Virtutis'']] '''Marcellus''' idem. Sed postea quàm cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo siculo ingenii, quàm videretur natura humana ferre potuisse, judicabam [[#judicabam|<span id="judicabam_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''milesio'' primum esse tornatam [[#tornatam|<span id="tornatam_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : post autem ab [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxo''' ''cnidio'']] discipulo, ut ferebat, [[w:Platon|'''Platonis''']] eamdem illam astris [[#astris|<span id="astris_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] cœlo inhærentibus [[#inhærentibus|<span id="inhærentibus_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post non astrologiæ scientiâ sed poeticâ quâdam facultate versibus [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratum''']] extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illâ sphærâ solidâ non potuisse finiri. Atque in eâ admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' cùm moveret, fiebat ut soli luna totidem conversionibus in aere illo quot [[#quot|<span id="quot_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] diebus in ipso cœlo succederet; ex quo et in cœlo sphæra [[#sphæra|<span id="sphæra_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, cùm sol e regione. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . </div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''[[#sphæram_back|<span id="sphæram"><sup>1</sup></span>]] In codice modo scribitur ''sfæra'', modo ''sphæra'', modo ''sphera''.<br />[[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)"><sup>2</sup></span>]] Cod. primâ manu ''Marcellus''; secundâ ''Marcelli avus'', quæ est emendatio certissima.<br />[[#Archimedi_De_Re_Publica_back|<span id="Archimedi_De_Re_Publica"><sup>3</sup></span>]] ''Archimedi'' in secundo casu more suo Tullius, ut pro Balbo XXV ''Theophani''; ad Brut. ep. XV, et de Or. II. 74 ''Themistocli''; ad Att. XIII. 28 ''Aristoteli''; Brut. VII. LXXXIII ''Thucydidi'', Tusc. I. 41 ''Ulyxi''; de Or. II. 22. 23. Brut. XV. LXXXIII ''Demostheni'' et ''Pericli'': unde etiam Persius IV. 3 ''magni pupille Pericli''. Lege et Quintilianum Inst. I. 5. Sic loquitur etiam Fronto.<br />[[#nobilior_back|<span id="nobilior"><sup>4</sup></span>]] Cod. primâ manu ''novilior'', secundâ ''nobilior''.<br />[[#judicabam_back|<span id="judicabam"><sup>5</sup></span>]] Cod. ''judicam''; sed mox factum ''judicabat''. Mihi videbatur scribendum ''judicabam''.'''
</td>
<td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''[[#tornatam_back|<span id="tornatam"><sup>6</sup></span>]] lta cod. secundâ manu; et primâ ''ornatam''. Cicero in Arateis 3o4 : ''tam tornare cate contorlos possiet orbes''.<br />[[#astris_back|<span id="astris"><sup>7</sup></span>]] Cod. primâ manu ''illam stellisque cœlo;'' secundâ vero deletum ''stellisque'' et scriptum ''astris''.<br />[[#inhærentibus_back|<span id="inhærentibus"><sup>8</sup></span>]] Cod. sine diphthongo, ''inherentibus'' , sed deinde haud scio an sit superaddita ''a''.<br />[[#quot_back|<span id="quot"><sup>9</sup></span>]] Cod. habet ''quod'', ob sonum videlicet similem sequentis litteræ ''d''. Profecto Longus p. 2231 jani obacrvavit, ''quot'' et ''quod'' male aliquoties confundi.<br />[[#sphæra_back|<span id="sphæra"><sup>10</sup></span>]] Cod. ''sphela'', quamquam ''l'' non caret interpolatione. Superius cap. V vidimus ''lacelari''. Sed enim vox ipsa ''sphœra'' hîc omittenda videtur, vel scribendum ''cœli sphœrâ''.'''</td></tr></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' Tum '''Philus''' : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum ; nam memoria teneo, '''C. Sulpicium Gallum''', doctissimum, ut scitis, hominem, quum idem hoc visum diceretur, et esset casu apud '''M. Marcellum''', quicum eo consul fuerat, sphæram, quam '''M. Marcelli''' avus, captis ''Syracusis'', ex urbe locupletissima atque ornatissima sustulisset, quum aliud nihil ex tanta præda domum suam deportavisset, jussisse proferri : cujus ego sphæræ quum persæpe, propter '''Archimedi''' gloriam, nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in ''templo Virtutis'' '''Marcellus''' idem. Sed posteaquam cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo Siculo ingenii, quam videretur natura humana ferre potuisse, judicabam fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''Milesio'' primum esse tornatam : post autem ab '''Eudoxo''' ''Cnidio'' discipulo, ut ferebat, '''Plalonis''' eamdem illam astris cælo inhærentibus esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post, non astrologiæ scientia, sed poetica quadam faculiate versibus '''Aratum''' extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illa sphæra solida non potuisse finiri; atque in eo admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset, quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' quum moveret, fiebat, ut soli luna totidem conversionibus in aere illo, quot diebus in ipso cælo, succederet, ex quo et in [cælo] sphæra solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, quum sol e regione.....</div></poem>
<div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Octo paginæ hic a '''Maio''' desiderantur.'')</div>
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<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] [[#Philus|<span id="Philus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] prenant la parole : Je ne vous présenterai, dit-il, rien de nouveau, ni découverte, ni pensée qui m’appartienne; car voici ce dont je me souviens. [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] [[#Caius_Sulpicius_Gallus|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], homme d’une profonde doctrine, comme vous le savez, entendant un jour le récit d’un prodige semblable, et se trouvant chez [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[#Marcellus-166|<span id="Marcellus-166_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui avait été son collègue dans le consulat, demanda qu’on lui mit sous les yeux un globe céleste [[#Machine_Anticythere|<span id="Machine_Anticythere_back"><sup>💡</sup></span>]], que [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|l’aïeul de '''Marcellus''']] [[#Marcellus-222|<span id="Marcellus-222_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] avait autrefois enlevé après la prise de [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracuse'']], du milieu de cette magnifique et opulente ville, sans rapporter dans sa maison d’autre butin d’une si grande conquête. J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’[[w:Archimède|'''Archimède''']] [[#Archimède|<span id="Archimède_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]]. L’aspect ne m’en parut pas fort remarquable. Il en existait une autre, d’une forme plus élégante et plus connue du vulgaire, ouvrage du même '''Archimède''', et placée par le même '''Marcellus''' à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans le [[w:Pudicitia#Les_temples|''temple de la Vertu'']]. Mais sitôt que '''Gallus''' eut commencé d’expliquer avec une haute science la composition de cette machine, je jugeai qu’il y avait eu dans le géomètre [[#géomètre_AM|<span id="géomètre_AM_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] sicilien un génie supérieur à ce qui semblait la portée de l’humaine nature. '''Gallus''' nous disait, que cette autre sphère solide et compacte était d’une invention fort ancienne, et que le premier modèle en avait été donné par '''Thalès''' de ''Milet''; que, dans la suite, [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxe''' de ''Gnide'']] [[#Eudoxe_de_Cnide|<span id="Eudoxe_de_Cnide_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]], disciple de [[w:Platon|'''Platon''']], avait tracé sur ses contours les astres attachés à la voûte des cieux; et que beaucoup d’années après, empruntant à '''Eudoxe''' ce dessin et cette belle ordonnance, [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratus''']] [[#Aratos_de_Soles|<span id="Aratos_de_Soles_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] leur avait donné l’éclat des vers, sans avoir lui-même la connaissance de l’astronomie, et par la seule force de son instinct poétique. Il ajoutait que cette configuration de la sphère, qui représente les mouvemens de la lune, du soleil, et des cinq [[w:Astronomie_grecque#Mouvements_réguliers_des_planètes|''étoiles nommées errantes ou irrégulières'']] [[#Planètes_back|<sup>⤴️</sup>]], n’avait pu s’appliquer à ce premier globe d’une forme solide; et que l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir tellement combiné sa nouvelle sphère, que dans le jeu de mouvemens disparates, une seule impulsion déterminait des résultats inégaux et variés. En effet, '''Gallus''' touchait-il cette sphère [[#sphere_AM|<span id="sphere_AM_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], on voyait, sur sa surface, la lune remplacer le soleil par un tour de cercle, autant de fois qu’elle le remplace dans les cieux par l’intervalle d’un jour; d’où il résultait que la disparition du soleil s’y trouvait marquée comme dans les cieux, et que la lune touchait le point où elle est obscurcie par l’ombre de la terre, à l’instant où le soleil reparaissait sur l’horizon, etc. [[#etc_AM|<span id="etc_AM_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]</div>
</poem>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM"><sup>1</sup></span>]] Cicéron nomme plusieurs fois ce Gallus, pour sa science et sa passion de l’astronomie. — [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre2.htm <u>Pline, liv. II, ch. xix</u>], le cite comme partageant l’opinion de Pythagore, que la terre est éloignée de la lune de 126,000 stades, et que sa distance du soleil est double de ce nombre.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#géomètre_AM_back|<span id="géomètre_AM"><sup>2</sup></span>]] On sait que ce fut Cicéron qui, curieux de toute espèce d’étude et de gloire, rechercha et découvrit, à ''Syracuse'', la sépulture d’Archimède, oubliée dans un lieu désert, entourée de ronces, et reconnaissable seulement par la figure d’une sphère qui surmontait le tombeau.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#sphere_AM_back|<span id="sphere_AM"><sup>3</sup></span>]] Cette sphère, à l’exactitude près, ressemblait, comme l’on voit, à la sphère mobile que les Anglais ont appelée [[w:en:Orrery|''Orery'']], du nom d’un célèbre protecteur des sciences, qui fit construire cette machine : « C’est, dit [[w:Voltaire|Voltaire]], une très-faible copie de notre monde<br />« planétaire et de ses révolutions. La période même du change-<br />« ment des solstices et des équinoxes, qui nous amène, de jour<br />« en jour, une nouvelle étoile polaire, cette période, cette course<br />« si lente d’environ vingt-six mille ans, n’a pu être exécutée par<br />« des mains humaines, dans nos ''Orery''. Cette machine est très-<br />« imparfaite; il faut la faire tourner avec une manivelle. Cepen-<br />« dant c’est un chef-d’œuvre de l’habileté de nos artisans. Jugez<br />« donc quelle est la puissance, quel est le génie de l’éternel Ar-<br />« chitecte, si l’on peut se servir de ces termes impropres, si mal<br />« assortis à l’Être suprême ! » [[#Voltaire_Histoire_de_Jenni|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni_back"><sup>XII</sup></span>]] La science actuelle parlerait avec moins de respect de ces ''Orery''; mais on concevra sans peine quelle admiration devait inspirer, dans la peu savante et ingénieuse antiquité, la première ébauche d’un semblable travail.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#etc_AM_back|<span id="etc_AM"><sup>4</sup></span>]] La traduction a complété la phrase mutilée de l’original; la suite de ce détail astronomique manque dans le manuscrit, jusqu’au moment ou [[w:Scipion_Émilien|Scipion]] en revient à parler de Gallus.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Philus_back|<span id="Philus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Consul de la [[w:République_romaine|''République romaine'']], affecté à la province d’[[w:Hispanie_citérieure|''Hispanie citérieure'']] en [[w:136_av._J.-C.|-136]], durant la [[w:Guerre_de_Numance|''guerre contre Numance'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_179_av._J.-C.|-179]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_136_av._J.-C.|-136]], lieu indéterminé) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin gallus [[wikt:en:gallus#Latin|(en)]], « 1. Un coq. 2. • Un gaulois, un habitant de la ''Gaule''; • Un galate, un habitant de la [[w:Galatie|''Galatie'']], en ''Anatolie''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Préteur en [[w:-169|-169]] puis, l’année d’après, tribun militaire de la II<sup>ème</sup> [[w:Légion_romaine|''légion'']] pendant la [[w:Troisième_guerre_macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']] contre [[w:Persée_(roi)|Persée]], le roi de [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoine'']]. Il y gagne une grande réputation pour avoir rassuré les soldats en leur expliquant le phénomène d’une éclipse de Lune ayant lieu la nuit précédent la bataille de Pydna (ou selon certains auteurs pour l’avoir prévu). Il devient consul en à son retour de Macédoine en [[w:-166|-166]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_209_av._J.-C.|-209]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]] — date <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> et lieu indéterminé.e.s)
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Marcellus-166_back|<span id="Marcellus-166"><sup>III</sup></span>]] Diminutif latin de Mārculus [[wikt:en:Marcellus#Latin|(en)]], lui même diminutif de Mārcus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 3 reprises en [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]], [[w:Années_155_av._J.-C.|-155]] et [[w:Années_152_av._J.-C.|-152]]. Il est le petit fils de Marcus Claudius Marcellus 5 fois consuls [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] et l’arrière grand-père de Marcus Claudius Marcellus : consul en -51, il participa à la remise à Cicéron [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]] de lettres dénonçant la [[w:Conjuration_de_Catilina|''tentative de coup d’État de Catilina'']] et choisit le camp de [[w:Pompée|''Pompée'']] lors de la [[w:Guerre_civile_de_César|''guerre civile de César'']], s’exilant sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos_back|<sup>⤵️</sup>]] à la défaîte de ce premier. Pardonné par César en -46, il sera poignardé en mai -45 par l’un de ses esclaves alors qu’il s’apprêtait à s’embarquer pour rejoindre ''Rome'' par la mer [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/ciceron_ad_fam_IV/lecture/12.htm <sup>C., LàdF, l.IV, XII</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — [[w:Années_148_av._J.-C.|-148]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort nauffragé en Méditerranée lors d’une ambassade au près du roi [[w:Massinissa|Massinissa]] de [[w:Royaume_de_Numidie|''Numidie'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Marcellus-222_back|<span id="Marcellus-222"><sup>IV</sup></span>]] Consul ''romain'' à 5 reprises et général plusieurs fois victorieux : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre les celtes [[w:Gésates|''Gésates'']] lors de la [[w:Bataille_de_Clastidium|''bataille de Clastidium'']] et en rapportant la [[w:Dépouilles_opimes|''dépouille opimes'']] (ou en latin ''spolia opima'') de leur chef [[w:Viridomaros_(Gésate)|Viridomaros]] en [[w:-222|-222]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre [[w:Hannibal_Barca|Hannibal Barca]] [[#Hannibal_Barca|<span id="Hannibal_Barca_back"><sup>V</sup></span>]] lors des 3 batailles de [[w:Nola_(Italie)#Histoire|''Nola'']] de [[w:Bataille_de_Nola_(216_av._J.-C.)|-216]], [[w:Bataille_de_Nola_(215_av._J.-C.)|-215]] et [[w:Bataille_de_Nola_(214_av._J.-C.)|-214]] de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• et lors du [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''siège'']] de [[w:Syracuse#Deuxième_guerre_punique|''Syracuse'']], qu’il s’empara en [[w:-212|-212]]; [[w:Archimède|Archimède]] [[#Archimède|<sup>VII</sup>]] est tué au cours du pillage qui a suivi.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']] — [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]], à [[w:Venosa#Histoire|''Venosa'']], transpercé par une lance lors d’une embuscade ''carthaginoise'' au cours d’une mission de reconnaissance pendant la ''deuxième guerre punique'' <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/185|Plutarq. lVdHI. VdM. éd.1853, p.181]]</sup>) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hannibal_Barca_back|<span id="Hannibal_Barca"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre latin Hannibal [[wikt:en:Hannibal#Latin|(en)]]; du nom propre [[w:Punique_(langue)|''punique'']] 𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋 / ḥnbʿl (/ḥannībaʿl/) [[wikt:en:𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « Que Baal me fasse grâce. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la [[w:Proposition_subordonnée|''proposition subordonnée'']] 𐤇𐤍𐤉 / ḥny (/ḥannī/), « qu’il me fasse grâce »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du nom commun 𐤁𐤏𐤋 / bʿl (/baʿl/) [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « 1. Seigneur, maître. 2. Baal. 3. Bourgeois, citoyen. »; du nom commun [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤁𐤏𐤋 / bʿl, « 1. Seigneur, maître. 2. Propriétaire, maître. 3. Mari. 4. Baal, nom divin pouvant qualifier un ensemble de divinités des peuples de langues sémitiques du [[w:Proche-Orient_ancien|''Proche-Orient ancien'']], en Syrie et au Levant ([[w:Ugarit|''Ugarit'']], [[w:Phénicie|''Phénicie'']], [[w:Canaan_(région)|''Canaan'']]) et par dérivation dans les implantations phéniciennes de Méditerranée ([[w:Carthage|''Carthage'']]). 6. Bourgeois, citoyen. » [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Phoenician|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Et du nom propre Barca [[w:Barca#Etymology_2|(en)]]; du ''punique'' 𐤁𐤓𐤒 / brq (/baraq/), « éclair, foudre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Commandant en chef [[w:Civilisation_carthaginoise|''carthaginois'']] contre les ''romains'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']], battu par [[w:Scipion_l’Africain|Scipion l’Africain]] à la [[w:Bataille_de_Zama|''bataille de Zama'']] en [[w:-202|-202]]; puis homme politique par la suite, il finit par s’exiler volontairement en ''Asie'' à cause de dissenssion politique en [[w:-195|-195]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_247_av._J.-C.|-247]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carthage'' — [[w:Années_183_av._J.-C.|-183]]/[[w:Années_181_av._J.-C.|-181]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Bithynie|''Bithynie'']], suicide par ingestion de poison après qu’il eut trouvé refuge chez le roi de [[w:Bithynie|''Bithynie'']] [[w:Prusias_Ier|Prusias I<sup>er</sup>]], et que ce dernier fut forcé par les ''romains'' de le livrer)
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Machine_Anticythere_back|<span id="Machine_Anticythere"><sup>💡</sup></span>]] Dont subsiste un potentiel exemplaire récent de plus d’un siècle, nommé [[w:Machine_d%27Anticythère|Machine d’Anticythère]] [[#Anticythere|<span id="Anticythere_back"><sup>VI</sup></span>]] puisque découverte au large de cette [[w:Anticythère|''île grecque du même nom'']] en 1901 dans une [[w:Épave_d%27Anticythère|''épave d’un navire de charge romain'']] qui a fait naufrage au deuxième quart du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] [https://www.namuseum.gr/en/collection/ellinistiki-periodos-3/ <sup>🔍</sup>]. La seconde mention antique d’une machine similaire est donné par Cicéron qui rapporte que [[w:Posidonios|Posidonius]] [[#Posidonius|<span id="Posidonius_back"><sup>VIII</sup></span>]] a construit une sphère mobile (assez pour être « ''transportée en [[w:Scythie|Scythie]] ou en [[w:Histoire_des_îles_Britanniques#Période_pré-romaine|Bretagne]]'' ») reproduisant les mouvements conjoints du soleil, de la lune et des cinq planètes alors connues :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Quand on voit une statue, ou un tableau, on sait que pareil objet est l’œuvre d’un artiste, quand on aperçoit de loin un navire qui se déplace on ne met pas en doute l’existence d’un marin qui le dirige conformément aux règles de la science nautique et de même le spectacle d’un cadran solaire avec ses lignes nettement tracées ou d’une [[w:Clepsydre|clepsydre]] nous oblige à comprendre que les indications données par ces appareils ne sont point fortuites, mais calculées par le constructeur : qui convient de tout cela peut-il supposer que le monde où ces ouvrages mêmes et leurs auteurs et toutes choses ont leur place naturelle se soit formé sans que le calcul réfléchi y fût pour rien ? Si l’on transportait en Scythie ou en Bretagne cette sphère qu’a construite naguère mon ami '''Posidonius''' et qui, dans ses révolutions successives, montre le soleil, la lune et les cinq planètes tournant, comme ces astres le font dans le ciel, jours après jours, nuits après nuits, lequel parmi les habitants de ces pays barbares hésiterait à considérer cette sphère comme un parfait exemple de ce que peut le calcul ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <u>De Natura Deorum</u>, ''livre II'', ''§XXXIV''.]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Anticythere_back|<span id="Anticythere"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀντῐκῠ́θηρᾰ / Antikúthēra [[wikt:en:Ἀντικύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « en face de Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe [[wikt:ἀντί#Grec_ancien|ᾰ̓ντῐ- / anti-]], « 1. anti-, en face, en opposition. 2. à l’égal de, semblable à, qui rappelle. »; de la préposition ἀντί / antí [[wikt:en:ἀντί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Par-contre, à l’opposé. 2. En même temps que. 3. En échange, à la place de. 4. Au prix de, en échange de. 5. Pour le bien de, pour. 6. Au lieu de. 7. Comparé à. 8. Équivalent, ni meilleur ni pire que. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom propre Κῠ́θηρᾰ / Kúthēra [[wikt:en:Κύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] située au sud-est du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], entre l’île de [[w:Cythère|''Cythère'']] et la [[w:Crète|''Crète'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Archimède_back|<span id="Archimède"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:en:Ἀρχιμήδης#Ancient_Greek|Ἀρχιμήδης / Arkhimḗdēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], « dénote une importance primordiale ou une autorité. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; être un [[w:Archonte|''archonte'']], détenir un ''archontat''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « dirigeant, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun μήδεα / mḗdea [[wikt:en:μήδεα#Ancient_Greek|(en)]], « (poétique, pluriel seulement) Conseil, plan, art, prudence, ruse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal (ou adjectival) -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Illustre [[w:Archimède#Apports_en_géométrie|''géomètre'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Géométrie_back|<sup>🔄</sup>]], ''mathématicien'' [[w:en:Archimedes#Mathematics|(en)]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Mathématiques_back|<sup>🔄</sup>]] dont de nombreux écrits nous sont parvenus [[w:en:Archimedes#Writings|(en)]], et encore plus illustre [[w:Archimède#Apports_en_mécanique|''physicien'']], ''astronome'' [[w:en:Archimedes#Astronomical_instruments|(en)]], ''ingénieur'' et ''inventeur'' [[w:en:Archimedes#Discoveries_and_inventions|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Lors de la chute de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], [[w:Plutarque|Plutarque]] <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/169|lVdHI. VdM. éd.1853, p.165]]</sup> rapporte que Marcus Claudius Marcellus [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] s’opposa à la volonté de ses soldats de brûler et raser la ville, mais leur accorda à contrecœur « la permission de s’emparer des trésors et des esclaves<nowiki>[</nowiki>, en leur défendant<nowiki>]</nowiki> expressément de toucher aux personnes libres, de tuer, de déshonorer, de réduire en esclavage aucun des Syracusains ». Marcellus aurait été très affligé d’apprendre la mort d’Archimède et Plutarque <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/170|p.166]]</sup> décrit 3 récits de celle-ci :<br />• soit par un légionnaire romain irrité de son refus de le suivre jusqu’à Marcellus avant qu’il ait achevé la démonstration de son problème ;<br />• soit par un légionnaire romain sans d’autre raison que de le tuer et se souciant peu de sa démonstration et de sa supplique de ne pas laisser un problème imparfait ;<br />• soit par des légionnaires romains qui voulurent s’emparer d’une caisse, croyant qu’elle contenait de l’or et non des instruments de mathématiques, tels que des cadrans au soleil, des sphères, et des angles avec lesquels on mesure la grandeur du soleil, qu’Archimède portait à Marcellus.<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Plutarque <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/168|p.164]]</sup> rapporte également qu’Archimède aurait demandé à « ses amis et ses parents de placer sur son tombeau, après sa mort, un cylindre renfermant une sphère, et, pour inscription, le rapport du solide contenant au solide contenu ». Lors de sa [[w:questeur (Rome antique)|questure]] en Sicile en [[w:-75|-75]], Cicéron <sup>[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/71|Tusculanes, liv.V, §XXIII, éd : Nisard, 1864, p.61]]</sup> raconte sa recherche et sa découverte du tombeau d’Archimède, complêtement oublié par les habitants locaux et envahi par les ronces et les épines, mais reconnaissable par l’inscription (qu’il ne rapporte pas) gravée sur la base d’une petite colonne et par les figures d’une sphère et d’un cylindre placées au-dessus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:287_av._J.-C.|-287]], à [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], ville du sud-est de l’île de [[w:Trinacrie|''Trinacrie'']] ([[wikt:Τρινακρία#Grec_ancien|Τρινακρία / Trniakría]], « trois pointes »), actuelle ''Sicile'' — [[w:212_av._J.-C.|-212]], assassiné lors de la prise de ''Syracuse'') <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Posidonius_back|<span id="Posidonius"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ποσειδώνιος#Grec_ancien|Ποσειδώνιος / Poseidônios]], « De Poséidon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ποσειδῶν, Poseidôn [[wikt:en:Ποσειδῶν#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ιος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] ''stoïcien'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤵️</sup>]], [[w:Prytane|''prytane'']] (magistrat issu des Cinq-Cents de la ''Boulè'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bouleutérion_back|<sup>🔄</sup>]] de la ''démocratie athénienne'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#démocratie_back|<sup>🔄</sup>]]), astronome [[w:en:Posidonius#Astronomy_and_Meteorology|(en)]] (notamment créateur d’un ''planétaire'' [[#Machine_Anticythere|<sup>⤴️</sup>]] et calculateur de la circonférence de la Terre par méthode de mesure de l’arc [[w:en:Arc_measurement|(en)]]), ''géographe'' [[w:en:Posidonius#Geography,_ethnology,_and_geology|(en)]] (grâce à de nombreux voyages autours de la ''Méditerranée'' : ''Grèce'', [[w:Hispanie|''Hispanie'']], ''Italie'', ''Sicile'', [[w:Dalmatie#Période_romaine|''Dalmatie'']], ''Gaule'', [[w:Histoire_de_la_Ligurie#Époque_romaine|''Ligurie'']], ''Afrique du Nord'' et sur les rives orientales de l’[[w:Mer_Adriatique|''Adriatique'']].), historien (auteur d’un ouvrage continuant celui de [[w:Polybe|Polybe]] sur la conquête romaine de la Méditerranée), ''mathématicien'' [[w:en:Posidonius#Mathematics|(en)]] (tentant notamment de prouver le [[w:Axiome_des_parallèles|''cinquième postulat de géométrie'']] d’[[w:Euclide|Euclide]].), et sixième ''scholarque'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#scholarque_back|<sup>🔄</sup>]] du ''Portique'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤵️</sup>]] à la mort de son maître, [[w:Panétios_de_Rhodes|Panétios]] de ''Rhodes'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Rhodes_back|<sup>🔄</sup>]], en [[w:-112|-112]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:-135|-135]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Apamée|''Apamée'']], une des quatre [[w:Satrape|''satrapies'']] qui formaient la [[w:Séleucides|''Séleucide'']], sur la côte ''méditerranéenne'' de la ''Syrie'' actuelle — ''ca.'' [[w:-51|-51]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rhodes'' ou à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1481#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §267 - Posidonius d’Apamée}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Eudoxe_de_Cnide_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὔδοξος ὁ Κνίδιος / Eúdoxos ho Knídios [[wikt:en:Κνίδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Astronome'', ''géomètre'' (élève du pythagoricien [[w:Archytas_de_Tarente|Archytas de Tarente]]), ''médecin'' (élève de [[w:Philistion_de_Locres|Philistion de Locres]]) et ''philosophe'', il composa plusieurs ouvrages dont aucun ne nous est parvenu, sauf son traité sur [[w:Aratos_de_Soles#Les_Phénomènes|''Les Phénomènes'']] qui se retrouve presque en entier dans la première partie du poème d’Aratos [[#Aratos_de_Soles|<sup>X</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:395_av._J.-C.|-395]], à [[w:Cnide|''Cnide'']] — ''ca.'' [[w:342_av._J.-C.|-342]], à ''Cnide'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA293#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §98 - Eudoxe de Cnide}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Aratos_de_Soles_back|<span id="Aratos_de_Soles"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄρατος [[wikt:en:Ἄρατος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ [[wikt:Soloe#Latin|Σολεύς]] / Áratos ho Soleús ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poête grec, dont seuls ''les Phénomènes'', un poème de 1 154 vers en grec sur l’astronomie, est parvenu jusqu’à nous. La première partie expose pour l’essentiel les idées d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]] sur les positions respectives des constellations, à quoi l’auteur ajoute des considérations sur la [[w:Catastérisation|''catastérisation'']] [[#catastérisation|<span id="catastérisation_back"><sup>XI</sup></span>]], transformation des êtres en astres ou constellations. La seconde partie provient du [[w:Théophraste#Météorologie|''Des Signes du temps'']] de [[w:Théophraste|Théophraste]], premier ouvrage de prévisions météorologiques en Europe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Soles_(Cilicie)|''Soles'']], sur les côtes méditerranéenne au sud de l’actuelle ''Turquie'' — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA322#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §298 - Aratos de Soles}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#catastérisation_back|<span id="catastérisation"><sup>XI</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:Catastérisation#Sens_savant|καταστεισμός / katasterismós]], « catastérisme, dessin formé par les étoiles, disposition des étoiles dans une constellation » [[w:Jean_Martin_(helléniste)|<sup>Jean Martin</sup>]] [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 <sup>Pallas n°59, p.21</sup>]; du verbe καταστερίζω / katasterízō, « catastériser, représenter sous la forme d’une constellation » <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 p.20]</sup>;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe κατά- / katá- [[wikt:en:κατα-#Ancient_Greek|(en)]], « Qui vient du bas »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun [[wikt:ἀστήρ#Grec_ancien|ἀστήρ / astḗr]], « corps céleste ».
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Voltaire_Histoire_de_Jenni_back|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni"><sup>XII</sup></span>]] [[s:Livre:Voltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu|<u>Œuvres complètes de Voltaire. Volume 21. Romans.</u>]] [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée|<u>L’Histoire de Jenni ou le Sage et l’Athée</u>]], [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée/Chapitre_VIII|''Chapitre VIII. Dialogue de Freind et de Birton sur l’athéisme'']], [[s:Page%3AVoltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu/580|p.554]]'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' Ce que je vous dirai, reprit '''Philus''', n’est pas nouveau; je n’en suis pas l’inventeur et ma mémoire seule en fera les frais. Je me souviens que '''C. Sulpicius Gallus''', un des plus savants hommes de notre pays, comme vous ne l’ignorez pas, s’étant rencontré par hasard chez '''M. Marcellus''', qui naguère avait été consul avec lui, la conversation tomba sur un prodige exactement semblable; et que '''Gallus''' fit apporter cette fameuse sphère, seule dépouille dont l’aïeul de '''Marcellus''' voulut orner sa maison après la prise de ''Syracuse'', ville si pleine de trésors et de merveilles. J’avais souvent entendu parler de cette sphère qui passait pour le chef-d’œuvre d’ '''Archimède''', et j’avoue qu’au premier coup d’œil elle ne me parut pas fort extraordinaire. '''Marcellus''' avait déposé dans le ''temple de la Vertu'' une autre sphère d’ '''Archimède''', plus connue du peuple et qui avait beaucoup plus d’apparence. Mais lorsque '''Gallus''' eut commencé à nous expliquer, avec une science infinie, tout le système de ce bel ouvrage, je ne pus m’empêcher de juger qu’il y avait eu dans ce Sicilien un génie d’une portée à laquelle la nature humaine ne me paraissait pas capable d’atteindre. '''Gallus''' nous disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine remontait assez haut, et que '''Thalès''' de ''Milet'' en avait exécuté le premier modèle; que dans la suite '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple de '''Platon''', avait représenté à sa surface les diverses constellations attachées à la voûte du ciel ; et que, longues années après, '''Aratus''', qui n’était pas astronome, mais qui avait un certain talent poétique, décrivit en vers tout le ciel d’ '''Eudoxe'''. Il ajoutait que, pour figurer les mouvements du soleil, de la lune et des cinq étoiles que nous appelons errantes, il avait fallu renoncer à la sphère solide, incapable de les reproduire, et en imaginer une toute différente; que la merveille de l’invention d’ '''Archimède''' était l’art avec lequel il avait su combiner dans un seul système et effectuer par la seule rotation tous les mouvements dissemblables et les révolutions inégales des différents astres. Lorsque '''Gallus''' mettait la sphère en mouvement, on voyait à chaque tour la lune succéder au soleil dans l’horizon terrestre, comme elle lui succède tous les jours dans le ciel ; on voyait parconséquent, le soleil disparaître comme dans le ciel, et peu à peu la lune venir se plonger dans l’ombre de la terre, au moment même où le soleil du côté opposé.....</div></poem>
<div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Il manque ici huit pages dans le manuscrit, selon '''Angelo Mai''''').</div>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''VI.''' — '''Philus'''. — Ce que je vous dirai n’est pas nouveau, rien là ne m’appartient, c’est un simple souvenir.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''S. Gallus''', un savant, vous ne l’ignorez pas, se trouvait un jour chez '''Marcellus''', son ancien collègue du consulat, et, entendant parler d’un phénomène semblable, il fit apporter la sphère céleste que l’aïeul de '''Marcellus''' se réserva jadis comme le seul monument de sa victoire à la prise de l’opulente et magnifique ''Syracuse''.<br /><p style="text-indent: 15px;">J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’ '''Archimède''', et je n’y trouvai rien de remarquable au premier abord; elle me parut même inférieure à cet autre globe, plus connu, du même Sicilien, et que Marcellus aussi consacra dans le ''temple de la Vertu''. Mais aussitôt que '''Gallus''', avec sa science profonde, eut commencé l’explication de ces rouages admirables, je reconnus à l’habile inventeur un génie vraiment surhumain.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' nous apprit que la sphère solide et pleine est une ancienne invention due à '''Thalès''' de ''Milet''; dans la suite, '''Eudoxe''' de ''Gnide'', disciple de Platon, traça, paraît-il, les constellations suspendues à la voûte des cieux; puis longtemps après, empruntant le système d’ '''Eudoxe''', '''Aratus''', étranger à l’astronomie, mais inspiré par la seule force de son instinct poétique, chanta dans ses vers l’admirable ordonnance des corps célestes.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' ajoutait que le genre de sphère qui retrace la marche du soleil, de la lune et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières, était bien différent de la sphère solide, à laquelle ne pouvaient s’appliquer les mêmes évolutions, et l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir si bien combiné sa nouvelle œuvre que, dans le jeu de mouvements disparates, une seule impulsion donnait le cours inégal et différent de tous les astres.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''', en effet, touchait-il à cette sphère, chaque tour de cercle amenait la lune à la place du soleil, comme elle lui succède toutes les nuits au firmament, puis encore, de même qu’au ciel, tantôt le soleil disparaissait, tantôt la lune tombait dans l’ombre de la terre, quand le soleil reparaissait à l’horizon...</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f35.item ''VI''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' — PHILUS : Je ne vous apporterai rien de nouveau, rien que j’aie imaginé ou découvert. Je me rappelle seulement que '''C. Sulpicius Gallus''' [[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], un homme de grand savoir comme vous ne l’ignorez pas, se trouvant par hasard chez '''M. Marcellus''', son ancien collègue au consulat, alors qu’on parlait d’un phénomène pareil, fit apporter la sphère prise par l’aïeul de '''M. Marcellus''' à ''Syracuse'' — c’était tout le butin qu’il avait pour sa part retiré d’une ville aussi pleine de richesses et d’œuvres d’art [[#Syracuse_JVLC|<span id="Syracuse_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Cette sphère, dont j’avais souvent entendu parler à cause du grand nom d’ '''Archimède''', ne me parut pas si digne d’admiration. Plus gracieuse de forme et plus connue du vulgaire était celle que le même '''Marcellus''' avait fait placer dans le ''temple de la Vertu'', et qui était aussi l’œuvre d’ '''Archimède'''. Mais quand '''Gallus''' eut commencé d’expliquer très savamment la structure de cette sphère, je jugeai qu’il y avait dans ce ''Sicilien'' plus de génie que la nature humaine ne semblait en admettre. '''Gallus''' donc nous disait que l’invention d’une autre sphère, solide celle-là et pleine, était déjà ancienne, que '''Thalès''' de ''Milet'' avait tourné la première, puis que, plus tard '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple, disait-il, de '''Platon''', y avait représenté les astres de la voûte céleste [[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Bien des années après, '''Aratus''' [[#Aratus_JVLC|<span id="Aratus_JVLC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], non en astronome savant, mais en poète de talent, avait, dans ses vers, décrit cette sphère empruntée à '''Eudoxe''', et en avait célébré tout le travail. Mais pour cette espèce de sphère où sont représentés les mouvements du soleil et de la lune et des cinq astres qu’on nomme planètes, on ne pouvait la confondre avec une sphère solide; et il fallait admirer le génie créateur d’ '''Archimède''', qui avait trouvé moyen de figurer des mouvements inégaux et des orbites différentes par la rotation d’un seul objet. Quand '''Gallus''' faisait mouvoir la sphère, on voyait la lune se substituer au soleil par des rotations s’opérant dans le métal en nombre égal à celui des jours dans le ciel; ainsi dans la sphère comme dans le ciel, le soleil disparaissait et la lune se trouvait dans l’ombre projetée par la terre, quand le soleil pénétrait d’une région du ciel...</div></poem>
<table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC"><sup>1</sup></span>]] Caïus Sulpicius Gallus, consul en 166 avec M. Claudius Marcellus, petit-fils du Marcellus qui combattit Annibal et s’empara de ''Syracuse'' après un siège fameux. Cicéron parle de ce Gallus avec éloge dans le [[w:De_oratore|''De Oratore'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/oratore1.htm liv. I, chap. 53]), dans le [[w:Brutus_(Cicéron)|''Brutus'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/brutus.htm chap. 20]), dans le [[w:De_officiis|''De Officiis'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/officiis1a.htm liv. I, chap. 6]), dans le [[w:Cato_Maior_de_Senectute|''De Senectute'']] (chap. 16 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/senectute.htm <sup>XIV.</sup>]).'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#Syracuse_JVLC_back|<span id="Syracuse_JVLC"><sup>2</sup></span>]] En revanche, Marcellus, d’après Plutarque <sup>lVdHI. VdM. éd.1853, pp.[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/172|168]]-[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/173|169]]</sup>, avait transporté à ''Rome'' ce qu’il y avait de plus beau à ''Syracuse'' en tableaux et en statues.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC"><sup>3</sup></span>]] Eudoxe, dit de ''Cnide'', mathématicien et astronome, vivant au IV<sup>e</sup> siècle avant J.-C. Il avait composé un traité des ''Phénomènes'' qui se retrouve en grande partie dans le poème d’Aratus, dont il va être question.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#Aratus_JVLC_back|<span id="Aratus_JVLC"><sup>4</sup></span>]] Aratus est un poète alexandrin, contemporain ou à peu près de [[w:Théocrite|Théocrite]] [[#Théocrite|<span id="Théocrite_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Ainsi qu’il le dit plus loin, Cicéron avait traduit son poème des ''Phénomènes'' et ''Pronostics''.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup>NOTES</sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn de 1965|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Théocrite_back|<span id="Théocrite"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεόκριτος / Theókritos [[wikt:en:Θεόκριτος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif et du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du verbe κρίνω / krínō, « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Commander, organiser. 3. S’enquérir, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (voix moyenne, voix passive) Décider d’un concours ; (voix moyenne et voix passive) Se disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Discerner entre le bien et le mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. 11. Sécréter, cacher, dissimuler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival récessif -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Poète'', auteur de [[w:Mime|''mimes'']] (imitations comiques du langage ou des gestes), d’[[w:Poésie_pastorale|''idylles pastorales'']] et de [[w:Épopée|''contes épiques'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]]<sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Théocrite#cite_ref-2|''Syracuse'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:250_av._J.-C.|-250]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div><br />
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XVI.</div> =====
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;"> Témoignage de la première prédiction/compréhension d’une éclipse solaire par '''Thalès'''.</div>
:'''Textes latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello [[#bello|<span id="bello_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] illo maximo, quod ''Athenienses'' et [[wikt:Lacedaemon#Latin|''Lacædemonii'']] [[#Lacædemonii|<span id="Lacædemonii_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] summâ inter se contentione gesserunt, [[w:Périclès|'''Pericles''']] ille et auctoritate et eloquentiâ et consilio princeps civitatis suæ, cùm obscurato sole tenebræ factæ essent [[#sacris_litteris|<span id="sacris_litteris_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] repente, Atheniensiumque animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id quod ipse ab [[w:Anaxagore|'''Anaxagora''']], cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud [[#illud|<span id="illud_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] tempore fieri et necessario, cùm tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo [[#intermenstruo|<span id="intermenstruo_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] tempore. Quod cùm disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc [[#tunc|<span id="tunc_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositum solere deficere; quod '''Thaletem''' ''milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem [[w:Ennius|'''Ennium''']] fugit, qui [[#qui|<span id="qui_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] ut scribit anno quinquagesimo CCC. fere post [[w:Rome_antique|''Romam'']] conditam [[w:Iunius#Calendrier|''non. juniis'']] [[#juniis|<span id="juniis_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] « soli luna obstitit et nox ». Atque hâc in re tantâ inest ratio atque solertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores [[#superiores|<span id="superiores_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] solis defectiones reputatæ sint, usque ad illam quæ [[w:Quintilis#Calendrier|nonis quinctilibus]] [[#quinctilibus|<span id="quinctilibus_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] fuit regnante [[wikt:en:Romulus#Latin|'''Romulo''']] : quibus quidem '''Romulum''' tenebris, etiam si natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cœlum dicitur sustulisse.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#bello_back|<span id="bello"><sup>1</sup></span>]] Cod. primâ manu ''vello'', secundâ ''bello''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#Lacædemonii_back|<span id="Lacædemonii"><sup>2</sup></span>]] Ita in cod. constanter ''Lacœdemonius'' et ''Lacœdemon'' curm diphthongo in secundâ syllabâ, cùm vulgo scribatur in tertiâ. Vaticanæ scripturæ favet gentile ''lacœna'', et vocis etymologia, siqua est, ex [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος]] [[#Λακεδαίμων#Grec_ancien|<sup>📚</sup>]]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#sacris_litteris_back|<span id="sacris_litteris"><sup>3</sup></span>]] Eadem locutio est in sacris litteris Matth. XXVII. 45, Marc. XV. 33.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#illud_back|<span id="illud"><sup>4</sup></span>]] Cod. illut pro ''illud''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#intermenstruo_back|<span id="intermenstruo"><sup>5</sup></span>]] ''Intermenstruo'' superadditum est secundâ manu.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#tunc_back|<span id="tunc"><sup>6</sup></span>]] Cod. primâ manu ''tum'', secundâ ''tunc''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#qui_back|<span id="qui"><sup>7</sup></span>]] Ita cod.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#juniis_back|<span id="juniis"><sup>8</sup></span>]] Cod. ''junis'' pro ''juniis''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#superiores_back|<span id="superiores"><sup>9</sup></span>]] Cod. primâ manu ''superioris'', secundâ ''superiores''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#quinctilibus_back|<span id="quinctilibus"><sup>10</sup></span>]] Cod. primâ manu ''quinctilibus''; mox deleta ''c'', quod fieri non fuit necesse, propter alia in vetustis codicibus exempla.'''</td></tr></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello illo maximo, quod ''Athenienses'' et ''Lacedæmonii'' summa inter se contentione gesserunt, '''Pericles''' ille, et auctoriate et eloquentia et consilio princeps civitatis suæ, quum obscurato sole tenebræ factæ essent repente, ''Atheniensiumque'' animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id, quod ipse ab '''Anaxagora''', cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud tempore fieri et necessario, quum tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo tempore. Quod quum disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositu[m] solere deficere; quod '''Thaletem''' ''Milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem '''Ennium''' fugit, qui ut scribit, anno ccc quinquagesimo fere post ''Romam'' conditam ?</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">.... ''Nonis Junis'' soli luna obstitit et nox.</div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Atque hac in re tanta inest ratio atque sollertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores solis defectiones reputatæ sint usque ad illam, quæ ''Nonis Quintilibus'' fuit regnante '''Romulo''' : quibus quidem '''Romulum''' tenebris etiamsi natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cælum dicitur sustulisse.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' On raconte même d’une manière à peu-près semblable, que, dans cette grande guerre où les ''Athéniens'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Athènes_back|<sup>🔄</sup>]] et les ''Lacédémoniens'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Lacédémone_back|<sup>🔄</sup>]] luttèrent ensemble avec une si violente animosité, ce fameux [[w:Périclès|'''Périclès''']] [[#Périclès|<span id="Périclès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le premier homme de son pays par le crédit, l’éloquence et le génie politique, voyant les ''Athéniens'' préoccupés d’une excessive frayeur, à la suite d’une éclipse de soleil qui avait répandu tout d’un coup les ténèbres, leur enseigna ce qu’il avait lui-même appris à l’école d’'''Anaxagore''' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaxagore_back|<sup>🔄</sup>]]; que de semblables effets arrivaient dans un intervalle précis et nécessaire, lorsque la lune se trouvait placée toute entière sous le soleil; et que par ce motif, bien qu’il n’en fût pas ainsi à tous les commencemens de mois, cela ne pouvait jamais avoir lieu qu’à des renouvellemens de la lune. Ayant démontré cette vérité par le raisonnement, il délivra le peuple de ses craintes. Car c’était alors un système nouveau et inconnu, que celui de l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune; et l’on dit que '''Thalès''' de ''Milet'' l’avait entrevu le premier; mais dans la suite cette notion ne fut pas ignorée même de notre [[w:Ennius|'''Ennius''']] [[#Ennius|<span id="Ennius_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], qui écrit que vers l’an 35o de la fondation de ''Rome'', aux [[w:Iunius#Calendrier|''nones de juin'']],</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Le soleil fut couvert par la lune et la nuit.'''</div>
<div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Telle est, au reste, en cette matière, la perfection du calcul et de l’art, qu’à partir de ce jour ainsi consigné pour nous dans les vers d’'''Ennius''', et dans les registres des Pontifes, on a supputé les éclipses antérieures, jusqu’à celle qui était arrivée aux [[w:Quintilis#Calendrier|''nones de juillet'']], sous le règne de [[w:Romulus_et_Rémus#Fondation_de_la_ville_de_Rome|'''Romulus''']] [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]], éclipse dont la soudaine obscurité permit de supposer que '''Romulus''', en dépit de cette périssable nature qui l’entraîna vers une fin toute humaine, avait été miraculeusement porté dans les cieux.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Périclès_back|<span id="Périclès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περικλῆς / Periklễs [[wikt:en:Περικλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition [[wikt:περί#Grec_ancien|περί / perí]], « 1. (Avec le génitif) : • Autour de; • Pour : au sujet de, en vue de; • Par-dessus, au-dessus de. 2. (Avec le datif) : • Autour de : (Sens figuré) Autour de, de manière à envelopper ; (Par suite) Aux environs de, dans le voisinage de, dans les environs de; • Pour : Au sujet de ; À cause de, par suite de. 3. (Avec l’accusatif) : • Autour de : (Devant nom de personne ou de lieu) : - Au bord de, le long de ; - Contre (comme contre un mur) ; - (Par suite) Dans la région de; (Devant un nom de personne) Dans l’entourage de; • Pour : En vue de; À l’égard de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:κλέος#Grec_ancien|κλέος / kléos]], « 1. Ouï-dire, bruit, renommée. 2. Bonne réputation, gloire, renommée. 3. Action glorieuse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Stratège, orateur, homme d’État et général ''athénien'' très influent durant l’[[w:Siècle_de_Périclès|''Âge d’Or d’Athènes'']] (aussi appelé [[w:Pentécontaétie|''pentécontaétie'']], « période de cinquante ans »), en particulier entre les ''guerres médiques'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Mèdes_back|<sup>🔄</sup>]] ([[w:-490|-490]] — [[w:-479|-479]]) et la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']] [[#Péloponnèse|<span id="Péloponnèse_back"><sup>II</sup></span>]] ([[w:-431|-404]] — [[w:-479|-479]]). Il serait aussi à l’origine de projets de construction de la plupart des structures encore présentes aujourd’hui sur l’[[w:Acropole_d%27Athènes|''Acropole d’Athènes'']] (cf. Plan d’Athènes [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Athènes_back|<sup>🔄</sup>]] et de son ''Acropole'' [[#Acropole|<span id="Acropole_back"><sup>III</sup></span>]]) dont le [[w:Parthénon|''Parthénon'']] [[#Parthénon|<span id="Parthénon_back"><sup>IV</sup></span>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:495_av._J.-C.|-495]], à ''Athènes'' — [[w:429_av._J.-C.|-429]], à ''Athènes'', en succombant à la [[w:Peste_d%27Athènes|''peste d’Athènes'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Péloponnèse_back|<span id="Péloponnèse"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πελοπόννησος / Pelopónnēsos [[wikt:en:Πελοπόννησος#Ancient_Greek|(en)]], « l’île de Pélops »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Πέλοψ / Pélops [[wikt:en:Πέλοψ#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Roi de [[w:Pise_(Élide)|''Pise'']], ''cité grecque'' de l’[[w:Élide|''Élide'']], située à l’ouest de la ''péninsule du Péloponnèse'' sur la ''mer Ionienne'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#ionien_back|<sup>🔄</sup>]] entre la [[w:Messénie|''Messénie'']] et l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ probablement de l’adjectif πέλλος / péllos [[wikt:en:πελλός#Ancient_Greek|(en)]], « de couleur foncée, sombre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ὤψ / ṓps [[wikt:en:ὤψ#Ancient_Greek|(en)]], « œil »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun νῆσος / nêsos [[wikt:en:νῆσος#Ancient_Greek|(en)]], « île »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Péninsule|''Péninsule'']] du sud de la ''Grèce'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Grèce_back|<sup>🔄</sup>]], et région la plus méridionale des [[w:Balkans|''Balkans'']]. Elle est reliée à la [[w:Grèce_Centrale_(région_traditionnelle)|''Grèce continentale'']] par le pont terrestre de l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], aussi appelé [[w:Mégaride|''Mégaride'']], qui sépare le [[w:Golfe_de_Corinthe|''golfe de Corinthe'']], situé en [[w:Mer_Ionienne|''mer Ionienne'']], et le [[w:Golfe_Saronique|''golfe Saronique'']], situé en [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Acropole_back|<span id="Acropole"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ᾰ̓κρόπολῐς / akrópolis [[wikt:en:ἀκρόπολις#Ancient_Greek|(en)]], « ville haute »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἄκρος / ákros, « 1. Au bord, extrême, début, fin : le plus à l’extérieur (surtout du haut). 2. Pointu, tranchant. 3. Étant le plus de toute caractéristique : le meilleur, le plus ancien, le premier. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Citadelle construite sur la partie la plus élevée et la mieux défendue d’une cité de la ''Grèce antique''. Le terme est généralement utilisé pour désigner l’Acropole d’Athènes, mais chaque ville grecque possédait sa propre acropole.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Parthénon_back|<span id="Parthénon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Παρθενών / Parthenṓn [[wikt:en:Παρθενών#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif παρθένος / parthénos [[wikt:en:παρθένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Vierge, virginal. 2. Chaste. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Trésor_(architecture)|''Trésor grec'']] [[#trésor|<sup>V</sup>]], situé sur l’Acropole d’Athènes, destiné à la conservation d’une sculpture [[w:Chryséléphantin|''chryséléphantine'']] de la déesse Athéna, l’[[w:Athéna_Parthénos|''Athéna Parthénos'']], que les ''Athéniens'' considéraient comme la patronne de leur cité.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''<span id="trésor"><sup>V</sup></span> Du nom commun grec ancien θησαυρός / thêsaurós [[wikt:en:θησαυρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Trésor. 2. Coffre-fort, dépôt, coffre. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Édifice où l’on dépose des objets de valeur.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Ennius_back|<span id="Ennius"><sup>VI</sup></span>]] ''Poète'', ''dramaturge'', ''écrivain'', ''historien'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Histoire_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Annales|''annaliste'']] de l’époque de la ''République romaine'', dont seuls quelques fragments de son œuvre nous sont parvenus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:-239|-239]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rudiae|''Rudiae'']], dans la région historique de [[w:Apulie|''Apulie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région des [[w:Pouilles|''Pouilles'']] du sud de l’Italie — [[w:-169|-169]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA99#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §25 - Ennius (Q. -)}}]'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' Il arriva quelque chose d’assez semblable pendant la longue guerre que se firent les ''Athéniens'' et les ''Lacédémoniens'' avec un si terrible acharnement. On nous rapporte que '''Périclès''', qui par son crédit, son éloquence et son habile politique, était devenu le chef d'''Athènes'', voyant ses concitoyens consternés d’une éclipse de soleil qui les avait plongés dans des ténèbres subites, leur expliqua ce qu’il avait appris lui-même de son maître '''Anaxagore''', qu’un pareil phénomène est dans l’ordre de la nature et se reproduit à des époques déterminées, lorsque le disque de la lune s’interpose tout entier entre le soleil et nous; et que s’il n’est pas amené à chaque renouvellement de la lune, il ne peut toutefois avoir lieu qu’à l’époque précise où la lune se renouvelle. '''Périclès''' décrivit aux ''Athéniens'' tous ces mouvements astronomiques; il leur en fit comprendre la raison, et dissipa leur terreur; l’explication des éclipses de soleil par l’interposition de la lune était alors assez nouvelle et peu répandue. '''Thalès''' de ''Milet'' est, dit-on, le premier qui la proposa. Plus tard elle ne fut pas inconnue à notre poêtre '''Ennius''', puisqu’il dit que vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', « aux nones de juin, le soleil fut dérobé aux hommes par la lune et les ténèbres ». Aujourd’hui l’habileté des astronomes et la justesse de leurs calculs vont si loin, qu’à partir de ce jour, indiqué par '''Ennius''' et consigné dans les Grandes Annales, ils ont supputé toutes les éclipses de soleil antérieures jusqu’à celle des nones de juillet, arrivée dans le règne de '''Romulus''', et qui répandit sur la terre cette nuit soudaine pendant laquelle le fondateur de ''Rome'', enlevé au monde, subit probablement la loi commune, mais put aux yeux du vulgaire passer pour avoir été ravi au ciel par sa vertu surhumaine.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VIII.''' — On raconte un fait analogue dans cette grande guerre où ''Athènes'' et ''Lacédémone'' luttèrent avec tant de haine.<br /><p style="text-indent: 15px">'''Périclès''', à qui son éloquence, son crédit, son habileté donnaient le premier rang dans sa patrie, voyant les ''Athéniens'' frappés de terreur à la suite d’une éclipse de soleil, profita des connaissances puisées à l’école de son maître '''Anaxagore''' pour apprendre à ses concitoyens que de semblables effets se répètent, dans un intervalle précis et déterminé, quand la lune est placée toute entière devant l’orbe du soleil, et que, s’ils ne se reproduisaient pas nécessairement à chaque période lunaire, ils ne pouvaient cependant arriver qu’à chaque période.<br /><p style="text-indent: 15px">Cette démonstration raisonnée calma le peuple, car c’était alors une découverte nouvelle, l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune, et '''Thalès''' de ''Milet'' en eut, dit-on, la première prescience. Plus tard, notre '''Ennius''' n’ignora pas non plus cette loi sidérale, et vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', écrit-il, aux nones de juin, « le soleil fut couvert par la lune et la terre plongée dans les ténèbres. »<br /><p style="text-indent: 15px">Tel est du reste le point auquel sont arrivés aujourd’hui l’art et les calculs astronomiques : depuis cette époque, consignée dans '''Ennius''' et les ''Livres des Pontifes'', on a pu compter toutes les éclipses précédentes, en remontant jusqu’à celle des nones de juillets, sous le règne de '''Romulus''', ténèbres au milieu desquelles ce roi, en dépit de notre périssable nature et d’une fin tout humaine, passe pour être monté aux cieux dans l’apothéose de sa vertu.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f38.item ''VIII''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' — Dans cette guerre acharnée qui mit aux prises ''Athènes'' et ''Lacédémone'', '''Périclès''' de même, le premier d’entre les citoyens par l’autorité qu’il avait su prendre, par l’éloquence et la clarté de l’esprit, voyant les ''Athéniens'' remplis de crainte parce que le soleil avait brusquement disparu et que la nuit s’était faite [[#Éclipse_JVLC|<span id="Éclipse_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], exposa, dit-on, ce que lui-même avait appris d’ '''Anaxagore''', son ancien maître : qu’à un moment précis et bien déterminé ce phénomène devait se produire nécessairement, la lune recouvrant entièrement le globe solaire. Bien que cela n’arrivât pas toutes les fois que la lune était nouvelle, cela ne pouvait arriver qu’à ce moment-là. En exposant ainsi, en expliquant rationnellement le phénomène, il libéra les âmes de la crainte. C’était alors une théorie nouvelle et encore peu répandue que celle de l’éclipse de soleil par l’interposition de la lune entre cet astre et nous, et c’est '''Thalès''' de ''Milet'' qui en fut, dit-on, l’un des premiers auteurs. Notre poète '''Ennuis''' [[#Ennius_JVLC|<span id="Ennius_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ne l’ignorait pas, lui qui écrit que l’an trois cent cinquante après la fondation de ''Rome'', aux nones de juin, la lune se trouva devant le soleil et ce fut la nuit. On fait en cette matière des calculs si savants que, partant de cette éclipse relatée par '''Ennius''' et dans les grandes annales, on a pu supputer les précédentes éclipses de soleil jusqu’à celle des nones de juillet, sous le règne de '''Romulus'''. Ce roi périt alors dans les ténèbres d’une mort naturelle et tout humaine, mais sa vertu, dit-on, le porta au ciel.</div></poem>
<table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Éclipse_JVLC_back|<span id="Éclipse_JVLC"><sup>1</sup></span>]] L’éclipse de soleil dont il s’agit ici, et dont Plutarque fait mention dans la [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/periclespierron.htm ''Vie de Périclès''], s’est produite dans la deuxième année de la guerre du Péloponnèse (430 av. J.-C.).'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#Ennius_JVLC_back|<span id="Ennius_JVLC"><sup>2</sup></span>]] Ennius avait composé un grand poème en hexamètres sur l’histoire romaine.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f24.item ''XVI''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup>NOTES</sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
=== [[w:De_legibus|De Legibus]] [[#De_legibus|<span id="De_legibus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la ''politique romaine'', écrit en [[w:52_av._J.-C.|-52]], est le complément d’un précédent traité sur les ''institutions romaines'', le [[#De_Re_Publica_⤴|''De Republica'']]. Comme '''Cicéron''' ne le cite pas dans la liste de ses ouvrages ''philosophiques'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]], on ignore si l’ouvrage fut terminé et édité. De plus, son caractère général n’en faisait pas un recueil législatif efficace, tandis que le bouleversement des institutions républicaines le rendait obsolète. Il s’est en grande partie perdu au cours des siècles.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA De Legibus|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#De_legibus_back|<span id="De_legibus"><sup>I</sup></span>]] Datif [[w:en:Dative_case#Latin|(en)]] / [[w:Ablatif#En_latin|ablatif]] pluriel du nom commun lex [[wikt:en:lex#Latin|(en)]], « 1. Proposition ou motion de loi faite au peuple par un magistrat, projet de loi. 2. (au sens figuré) Projet de loi qui est devenu une loi, loi, statut. 3. (au sens figuré) Précepte, règlement, principe, règle, mode, manière. 4. (au sens figuré ) Contrat, accord, pacte. 5. (au sens figuré) Condition, stipulation. ».'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== [[w:De_legibus#Livre_II|Livre II]] ====
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' aborde le droit positif, ainsi qualifié d’après le latin [[wikt:positum|positum]] « posé, en place », pour désigner le droit tel qu’il existe réellement. Il établit sa dépendance vis-à-vis de la morale et de la métaphysique. Revenant sur la notion de Loi suprême présentée au [[w:De_legibus#Livre_I|Livre I]], '''Cicéron''' distingue les lois véritables, émanant de la raison divine et conformes à la morale, tandis que les autres ne sont des mesures conventionnelles, variables et parfois injustes.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XI.''' Melius Græci, atque nostri : qui, ut augerent pietatem in deos, easdem illos, quas nos, urbes incolere voluerunt. Affert enim hæc opinio religionem utilem civitatibus : si quidem et illud bene [[#Dictum_est_a_Pythagora|''dictum est a '''Pythagora''''']], doctissimo viro, tum maxime et pietatem et religionem versari in animis, quum rebus divinis operam daremus; et quod '''Thales''', qui sapientissimus in septem fuit, homines existimare oportere, omnia quæ cernerentur, deorum esse plena; fore enim omnes castiores, veluti qui in fanis essent maxime religiosis. Est enim quadam opinione species deorum in oculis, non solum in mentibus. [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|''Eamdemque rationem luci habent in agris'']]. Neque ea, quæ a majoribus prodita est quum dominis, tum famulis, posita in fundi villæque conspectu, religio [[w:Lares_(mythologie)|''Larum'']], repudianda est.</div></poem>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Jam ritus familiæ patrumque servare, id est (quoniam antiquitas proxime accedit ad deos) a diis quasi traditam religionem tueri.</div></poem>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Quod autem ex hominum genere consecratos, sicut Herculem, et ceteros, coli lex jubet, indicat omnium quidem animos immortales esse, sed [[#Fortium_bonorumque_divinos|''fortium bonorumque divinos'']]. Bene vero, quod Mens, Pietas, Virtus, Fides consecratur manu : quarum omnium Romæ dedicata publice templa sunt, ut illa qui habeant (habent autem omnes boni), [[#Deos_ipsos_in_animis|''deos ipsos in animis'']] suis collocatos putent. Nam illud vitiosum, Athenis quod, [[#Cylonio|'''Cylonio''']] scelere expiato, [[w:Épiménide|'''Epimenide''' ''Crete'']] suadente, fecerunt Contumeliæ fanum et Impudentiæ. Virtutes enim, non vitia consecrare decet. Araque vetus stat in [[w:Mont_Palatin|''Palatio'']], Febris; et altera [[w:Esquilin|''Esquiliis'']], Malæ Fortunæ, detestatæque : quæ omnia ejusmodi repudianda sunt. Quod si fingenda nomina, [[#Vicepotæ_CdR|<span id="Vicepotæ_CdR_back"><sup>1</sup></span>]] [[#Vicepotæ|''Vicepotæ'']] potius vincendi atque potiundi, Statæ standi, cognominaque Statoris et Invicti Jovis ; rerumque expetendarum nomina [[#Salutis|''Salutis'']], Honoris, Opis, Victoriæ. Quoniamque exspectatione rerum bonarum erigitur animus, recte etiam a Calatino Spes consecrata est. [[#Fortunaque|''Fortunaque sit vel Hujusce diei'']], nam valet in omnes dies; vel Respiciens, ad opem ferendam; vel Fors, in quo incerti casus significantur magis; vel [[#Primigenia_CdR|<span id="Primigenia_CdR_back"><sup>2</sup></span>]] Primigenia a gigendo, [[#Comes_CdR|<span id="Comes_CdR_back"><sup>3</sup></span>]] Comes. Tum..... ***</div></poem>
<div style="text-align: center; direction: ltr;">''Desunt pauca.''</div>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Vicepotæ_CdR">[[#Vicepotæ_CdR_back|<sup>1</sup>]]</span> ''Vulg. hæc leguntur depravata turpiter'', Vicepotæ potius vincendi atque potiundi, statassandique cognomina, Statoris et Invicti Jovis. ''Gôrenz verba illa'' vincendi, potiundi, ''et'' standi, ''ut glossemata'', ''uncis inclusit''. ''Schütz'', ''suo more'', ''omnino delevit'', ''Nos tantum mutavimus'', ''Gronovio et Davisio ducibus'', ''barbarum verbum'' statassandi.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Primigenia_CdR">[[#Primigenia_CdR_back|<sup>2</sup>]]</span> Primigeniam. ⸺ <span id="Comes_CdR">[[#Comes_CdR_back|<sup>3</sup>]]</span> ''Al. mss.'', comestum. ''Desperatus locus''.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>] [https://la.wikisource.org/wiki/De_legibus/Liber_II <sup>📜</sup>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f414.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<sup>NOTES</sup>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XI.''' - Plus sages furent les Grecs et nos ancêtres qui, pour augmenter la piété envers les dieux, ont voulu qu’ils habitassent les mêmes villes que nous. Cette opinion inspire aux cités une utile crainte religieuse; selon du moins une belle parole de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pythagore_back|<sup>🔄</sup>]], cet homme d’un si grand savoir, la piété, la religion n’ont jamais plus d’action dans les âmes que lorsque nous nous appliquons au service des dieux; et '''Thalès''', le plus renommé des [[w:Sept_sages_de_Grèce|sept sages]], a dit : « Les hommes devraient être persuadés que tout ce qu’ils voient est plein de dieux; nous en serions plus purs, nous regardant alors comme étant dans le plus saint des sanctuaires [[#Thales_CA_De_Legibus|<span id="Thales_CA_De_Legibus_back"><sup>'''1'''</span>]]. » Car, selon une croyance ancienne, les dieux ont une forme sensible aux yeux, ils ne se révèlent pas seulement à l’esprit. Les bois sacrés ont aux champs la même raison d’être. Et il ne faut pas non plus rejeter la tradition, venue des ancêtres, suivant laquelle maîtres et serviteurs rendent un culte aux [[w:Lares_(mythologie)|''Lares'']] en vue du champ et de la maison.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Conserver les rites de la famille et des ancêtres, c’est en quelque manière garder une religion transmise par les dieux, car l’antiquité est voisine des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quant à ceux d’entre les hommes qui ont été divinisés, comme Hercule et les autres, la loi, en nous ordonnant de les honorer, nous enseigne que, si toutes les âmes sont immortelles, celles des héros sont divines. On a bien fait aussi de consacrer l’Intelligence, la Piété, le Courage, la Bonne Foi; les temples élevés dans Rome à ces vertus font connaître aux gens de bien, qui en sont tous doués, que leur âme est le sanctuaire de la divinité. Les [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athéniens'']] en revanche commirent une faute quand, après les cérémonies expiatoires accomplies, sur l’avis du [[w:Histoire_de_la_Cr%C3%A8te#P%C3%A9riode_d%C3%A9dalique,_ou_renaissance_cr%C3%A9toise|''Crétois'']] [[w:Épiménide|'''Epiménide''']] [[#Epiménide|<span id="Epiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], pour se laver du sacrilège dont ils s’étaient rendus coupables en poursuivant [[w:Cylon|'''Cylon''']] [[#Cylon_CA_De_Legibus|<span id="Cylon_CA_De_Legibus_back"><sup>'''2'''</span>]], ils élevèrent un temple à l’Affront et à l’Impudence [[#temples_CA_De_Legibus|<span id="temples_CA_De_Legibus_back"><sup>'''3'''</span>]]. Ce sont les vertus, non les vices, qu’il faut consacrer. Sur le [[w:Mont_Palatin|''mont Palatin'']] se dresse un vieil autel dédié à la Fièvre, un autre sur l’[[w:Esquilin|''Esquilin'']] à la Fortune [[#Fortune_CA_De_Legibus|<span id="Fortune_CA_De_Legibus_back"><sup>'''4'''</span>]] mauvaise et maudite; tous les monuments de cette sorte il faut les condamner. Que si l’on veut forger des noms, ce soient plutôt des noms tels que Vicepota de ''"vincere"'' et ''"potiri"'' (vaincre et se rendre maître), Stata de ''"stare"'' (demeurer debout); ou des surnoms tels que Stator et Invaincu donnés à Jupiter; ou encore des noms de choses désirables comme le Salut, l’Honneur, l’Abondance, la Victoire. Comme l’attente d’événements heureux relève le courage, c’est avec raison que [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|'''Calatinus''']] a consacré l’[[w:Spes_(déesse)|''Espérance'']] [[#Espérance_CA_De_Legibus|<span id="Espérance_CA_De_Legibus_back"><sup>'''5'''</span>]]. J’approuve que l’on consacre la Fortune ou même la [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Fortune de ce jour'']], car c’est tous les jours qu’elle peut servir, ou encore la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']], c’est-à-dire secourable, même le Hasard qui comprend les événements incertains; soit enfin la [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''Fortune Primigénie'']] [[#Primigénie_CA_De_Legibus|<span id="Primigénie_CA_De_Legibus_back"><sup>'''6'''</span>]] qui préside à notre génération, la Fortune Compagne. Alors. . . . . . .</div></poem>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em">Lacune de peu d’étendue.</div>
<table cellspacing=5 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Thales_CA_De_Legibus">[[#Thales_CA_De_Legibus_back|1.]]</span> La parole de Thalès à laquelle Cicéron fait allusion paraît bien être le mot connu : πάντα εἶναι πλήρη θεῶν. Il faut observer cependant que cette parole paraît s’accorder mieux avec la manière de voir des ''Perses'' qu’avec celle que défend Cicéron.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Cylon_CA_De_Legibus">[[#Cylon_CA_De_Legibus_back|2.]]</span> On sait que Cylon, qui avait un moment réussi à s’emparer du pouvoir, prit la fuite, et que ses complices, qui s’étaient réfugiés dans le ''temple de Pallas'', furent massacrés. Une peste désola ensuite ''Athènes'' et Solon appela le Crétois Epiménide, dont on vantait la piété, pour purifier la ville.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="temples_CA_De_Legibus">[[#temples_CA_De_Legibus_back|3.]]</span> [[w:Zénobios|Zénobius]] [[#Zénobius|<span id="Zénobius_back"><sup>II</sup></span>]] (''Proverbium de Impudentia'') rapporte que d’après [[w:Théophraste|Théophraste]] [[#Théophraste|<span id="Théophraste_back"><sup>IV</sup></span>]], il y avait à ''Athènes'' des autels dressés à la [[wikt:en:ὕβρις#Ancient_Greek|Violence Ὕϐρις]] et à l’[[wikt:en:αναίδεια#Greek|Impudence Ἀναίδεια]].'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Fortune_CA_De_Legibus">[[#Fortune_CA_De_Legibus_back|4.]]</span> La fièvre n’est pas rare, on le sait, dans la vallée du [[w:Tibre|Tibre]] et les ''Romains'' lui avaient, pour s’en garantir, dressé un autel. La Mauvaise Fortune avait son temple évidemment pour la même raison.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Espérance_CA_De_Legibus">[[#Espérance_CA_De_Legibus_back|5.]]</span> [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|A. Atilius de Calatie]], consul en [[w:258_av._J.-C.|258]] et [[w:254_av._J.-C.|254 avant J.-C.]], dictateur en [[w:249_av._J.-C.|249]], remporta une victoire sur les Carthaginois et obtint les honneurs du triomphe.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Primigénie_CA_De_Legibus">[[#Primigénie_CA_De_Legibus_back|6.]]</span> Le Hasard avait son temple au-delà du ''Tibre'', la Fortune Primigénie, c’est-à-dire première-née, en avait un bâti, selon Plutarque, par Servius, au ''Capitole'' et un autre sur le mont Quirinal.'''</poem></td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. Des Lois</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f152.item <u>Livre Deuxième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f163.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f243.item <sup>NOTES</sup>], traduction, notices et notes par [[w:Charles_Appuhn|Charles Appuhn]], GF Flammarion, 1965<br />(également disponible [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_loisII/lecture/3.htm ici])</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1965|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Epiménide_back|<span id="Epiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπῐμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète et [[w:Iatromante|''iatromante'']] [[w:Crète|''crétois'']], actif :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Platon|Platon]], à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] / début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm#15 <sup>Les Lois ''l.''I</sup>]; il aurait prédit aux ''athéniens'' les guerres médiques 10 ans au paravant et la défaite des ''Perses''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Plutarque|Plutarque]], à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <sup>lVdHI. ''l.''I - VdS. ''c.''XV.</sup>]; il serait venu à ''Athènes'' expier les profanations du massacre des complices du conspirateur [[w:Cylon|Cylon]] par l’archonte [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|Mégaclès]], se serait lié d’amitié avec [[w:Solon|Solon]], l’aurait aidé à rédiger ses lois, et serait plus précisemment originaire de [[w:Phaistos |''Phaistos'']] (au sud de la ''Crète'').
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Zénobius_back|<span id="Zénobius"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζηνόβιος / Zēnóbios [[wikt:en:Ζηνόβιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ζήν / Zḗn [[wikt:en:Ζήν#Ancient_Greek|(en)]]; forme poétique de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun βῐ́ος / bíos [[wikt:en:βίος#Ancient_Greek|(en)]], « la vie (souvent avec une connotation positive) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Sophiste'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Sophiste_back|<sup>🔄</sup>]] grec qui enseignait la rhétorique à ''Rome'' sous l’empereur [[w:Hadrien|Hadrien]] [[#Hadrien|<span id="Hadrien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (règne de 117 à 138).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le traducteur, Charles Appuhn, fait référence ici au proverbe :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. Θεὸς ἡ Ἀναίδεια: αὕτη τέτακται ἐπὶ τῶν δι᾿ ἀναισχυντίαν τινὰ ὠφελουμένων. Φησὶ Θεόφραστος ἐν τῷ περὶ Νόμων, Ὕβρεως καὶ Ἀναιδείας παρὰ τοῖς Ἀθηναίοις εἶναι βωμούς.'' »<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. L’impudence est un dieu : il a été établi sur ceux qui bénéficient de l’impudence. '''Théophraste''' dit dans son ouvrage « Sur les lois » que parmi les Athéniens il y a des autels de la violence et de l’impudence.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Ἑκατοντάς Δ΄</u>, [[s:el:Επιτομή_εκ_των_Ταρραίου_και_Διδύμου_παροιμιών_συντεθείσα_κατά_στοιχείον/Δ#p4.36|§36]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] première moitié du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]]) [[s:el:Συγγραφέας:Ζηνόβιος|<sup>📚</sup>]]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hadrien_back|<span id="Hadrien"><sup>III</sup></span>]] En latin Imperator Cæsar Traianus Hadrianus Augustus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Publius Aelius Hadrianus, dit Hadrien, est un ''empereur romain'' lettré, ''poète'' et ''philosophe'' à la réputation pacifique, de la dynastie des [[w:Antonins_(Rome)|Antonins]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(24 janvier [[w:76|76]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Italica_(Espagne)|''Italica'']], près de [[w:Séville|''Séville'']], — 10 juillet [[w:138|138]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Baïes|''Baïes'']], près de [[w:Naples|''Naples'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Théophraste_back|<span id="Théophraste"><sup>IV</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Θεόφραστος#Ancient_Greek|Θεόφρᾰστος / Theóphrastos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|θεός / theós]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + [[wikt:en:φράζω#Ancient_Greek|φράζω / phrázō]], « faire connaître, raconter, expliquer, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival récessif [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|-τος / -tos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe grec'' et élève d’[[w:Aristote|Aristote]], il fut le premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] [[#scholarque|<span id="scholarque_back"><sup>V</sup></span>]] du ''Lycée'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Lycée_back|<sup>🔄</sup>]], de [[w:322_av._J.-C.|-322]] à sa mort ; botaniste et naturaliste, polygraphe ou encore alchimiste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Il se nommait Tyrtamos (en grec ancien Τύρταμος) de son véritable nom; c’est Aristote qui le surnomma « Théophrastos », littéralement « divin parleur » :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px">« ''4. Cette ville d’[[w:Eresós|Eressos]] a vu naître '''Théophraste''' et [[w:Phainias_d%27Érèse|'''Phanias''']], tous deux philosophes [[w:École_péripatéticienne|péripatéticiens]] [[#péripatéticiens|<span id="péripatéticiens_back"><sup>VIII</sup></span>]], tous deux disciples et amis d’ '''Aristote'''. '''Théophraste''' s’était appelé d’abord '''Tyrtamos''', c’est '''Aristote''' qui changea son nom et l’appela '''Théophraste''', dans le but apparemment de ne plus entendre ce premier nom, si dur, si discordant, mais en même temps aussi pour signaler à tous la passion de beau langage qui animait son disciple.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f9.item <u>Géographie de Strabon</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f11.item <u>Livre XIII</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f77.item <u>Chapitre II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f80.item.r=Tyrtamos# ''4.''] (également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/livre132.htm ici]).<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:371_av._J.-C.|-371]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Eresós|''Eresós'']], sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<span id="Lesbos_back"><sup>VII</sup></span>]], — [[w:288_av._J.-C.|-288]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Athènes'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#scholarque_back|<span id="scholarque"><sup>V</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:σχολάρχης#Grec_ancien|σχολάρχης / skholárkhês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:σχολή#Grec_ancien|σχολή / skholế]], « loisir, temps, libre, repos, lieu où se passe les loisirs, où les cours sont donnés, école »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + de [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|ἄρχω / árkhô]], « faire le premier, commencer; être le premier, commander »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Directeur d’une [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école de philosophie'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lesbos_back|<span id="Lesbos"><sup>VI</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Λέσβος#Ancient_Greek|Λέσβος / Lésbos]]; Le nom signifiait à l’origine « boisé, couvert de forêt », peut-être un emprunt [[w:Hittites|''Hittite'']], car le nom ''Hittite'' d’origine de l’île était [[w:en:Lesbos#Etymology|''Lazpa'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la périphérie d’[[w:Égée-Septentrionale|''Égée-Septentrionale'']], située dans le nord-est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] à moins de 15 kilomètres du rivage turc. Le terme de [[w:Lesbianisme|lesbienne]] découle de la poésie antique de [[w:Sappho|Sappho]] [[#Sappho|<span id="Sappho_back"><sup>VII</sup></span>]], qui est née à ''Lesbos''.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Sappho_back|<span id="Sappho"><sup>VII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Σαπφώ#Ancient_Greek|Σαπφώ / Sapphṓ]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poétesse grecque très célèbre durant l’Antiquité, elle est considéré comme l’une des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poète.sse.s lyriques'']] de la Grèce antique. Son œuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments ([https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr01grenuoft/page/10/mode/2up papyrus d’Oxyrhynque n°7] [[w:Papyrus_d%27Oxyrhynque|<sup>📚</sup>]], notamment). Elle est connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de ''Lesbos'', l’île sur laquelle elle a vécu.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<sup>VI</sup>]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#péripatéticiens_back|<span id="péripatéticiens"><sup>VIII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:περιπατητικός#Ancient_Greek|περῐπᾰτητῐκός / peripatētikós]], « qui se promène »;;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:περιπατέω#Ancient_Greek|περῐπᾰτέω / peripatéō]], « se promener »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|περῐ / perí]], « autour »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + [[wikt:en:πατέω#Ancient_Greek|πατέω / patéō]], « marcher »; de [[wikt:en:πάτος#Ancient_Greek|πάτος / pátos]], « chemin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-τικός#Ancient_Greek|-τῐκός / -tikós]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Courant ''philosophique'' d’Aristote qui enseignait au ''Lycée d’Athènes'' en marchant avec ses élèves :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''Les [[wikt:sectateur|sectateurs]] d’'''Aristote''' furent nommés péripatéticiens, parce qu’ils dissertaient en se promenant dans le Lycée.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f12.item <u>Œuvres Complètes de Cicéron.] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f14.item Académiques II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f20.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f30.image.r=peripateliciens ''IV.''].<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm ici])'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XI.''' Les Grecs et nos pères ont mieux fait : pour augmenter la piété envers les dieux, ils ont voulu qu’ils fussent habitants des mêmes villes que nous. Cette opinion introduit en effet dans la cité même, la religion qui lui est si utile, selon le sens du moins de cette parole du savant '''Pythagore''', que jamais la piété et la religion ne remplissent plus les âmes que lorsque nous sommes occupés du service divin ; et de cette autre de '''Thalès''', le plus sage des sept sages, qu’il faut que les hommes pensent que tout ce qui frappe les regards est rempli des dieux, et qu’alors ils deviendront plus chastes, comme s’ils étaient toujours dans le plus sacré des temples ; car, suivant une certaine croyance, les dieux n’apparaissent pas seulement à l’esprit, ils ont une présence [[#Dictum_est_a_Pythagora|<span id="Dictum_est_a_Pythagora_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Les mêmes raisons nous font placer aux champs les bois sacrés [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|<span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ; et ce culte, transmis par nos aïeux, tant aux maîtres qu’aux serviteurs, qui se célèbre en vue du champ et de la maison, ce culte des ''Lares'' ne doit pas être oublié.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Garder les rites de sa famille et de ses pères, c’est garder une religion pour ainsi dire de tradition divine ; car l’antiquité se rapproche des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quand la loi prescrit le culte de ceux d’entre les hommes qui ont été sanctifiés, comme Hercule et les autres, elle indique que si les âmes de tous sont immortelles, celles des bons et des forts sont divines [[#Fortium_bonorumque_divinos|<span id="Fortium_bonorumque_divinos_back"><sup>'''3'''</span>]]. Il est bien que la raison, la piété, la force, la foi, soient consacrées par l’homme : ainsi Rome leur a dédié des temples, afin que ceux qui les possèdent (et tout homme de bien les possède) croient que leur âme est habitée par des dieux [[#Deos_ipsos_in_animis|<span id="Deos_ipsos_in_animis_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui est mauvais, c’est ce qu’on fit à ''Athènes'', lorsque après l’expiation du crime de '''Cylon''' [[#Cylonio|<span id="Cylonio_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], sur le conseil d’ '''Épiménide de Crète''', on éleva un temple à l’Affront et à l’Impudence ; ce sont les vertus et non les vices qu’il faut consacrer. Un autel antique est dressé, sur le ''mont Palatin'', à la Fièvre ; un autre, sur l’Esquilin, à la Fortune mauvaise et maudite : tous les monuments pareils doivent être proscrits. S’il faut inventer des surnoms, il faut plutôt en choisir qui expriment la victoire et la conquête, comme ''Vicepota'' [[#Vicepotæ|<span id="Vicepotæ_back">'''<sup>6</sup>'''</span>]] ; l’immutabilité, comme ''Stata'' ; ou des surnoms tels que ceux de Jupiter Stateur et Invaincu ; ou bien que ce soient les noms de choses désirables, comme le salut, l’honneur, le secours, la victoire. Ainsi, comme l’attente des biens relève les courages, '''Calatinus''' a eu raison d’élever un temple à l’Espérance [[#Salutis|<span id="Salutis_back">'''<sup>7</sup>'''</span>]]. La fortune aussi peut en avoir, soit la ''Fortune de ce jour'' [[#Fortunaque|<span id="Fortunaque_back">'''<sup>8</sup>'''</span>]] car ce titre peut se rapporter à tous les jours ; soit la ''Fortune Respiciens'', c’est-à-dire secourable ; soit celle du hasard, qui regarde plutôt les événements incertains ; soit la ''Fortune Primigènie'', qui préside à la naissance ; soit la Fortune compagne, ou......</div></poem>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em">''Lacune.''</div>
<table cellspacing=30 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<span id="Dictum_est_a_Pythagora">[[#Dictum_est_a_Pythagora_back|1.]]</span> — XI. [[w:Pythagore|Pythagore]] disait que les hommes deviennent meilleurs lorsqu’ils s’approchent des dieux (Plut., ''de Sperst.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#27 <sup>(169e)</sup>], et ''de Orac. defect.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/oracles1.htm <sup><nowiki>[7]</nowiki></sup>]); ou, selon la version de [[w:Sénèque|Sénèque]], qu’ils changent d’esprit en entrant dans un temple, en voyant de près l’image des dieux, en écoutant un oracle (''Epist. 94''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/lucilius3.htm#_ftnref116 <sup><nowiki>[116]</nowiki></sup>]). Suivant Thalès, le monde était animé et plein des dieux (Diog. Laert., I, 27) <sup>ici traduit par ''dieux'', mais aussi par [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales.htm#27 ''esprits''] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''âmes'']</sup>. L’interprétation que Cicéron donne de leur pensée n’est pas incontestable; elle est entachée d’idolâtrie. ([https://data.bnf.fr/fr/17106914/johann_friedrich_wagner/ ''Wagner.''])<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris">[[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back|2.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] On comprend peu comment la même raison fait placer les temples dans les villes, et les bois sacrés dans les campagnes : c’est sans doute pour que les habitants des campagnes comme ceux des villes aient à leur portée un lieu d’oraison et de recueillement. Ces bois étaient de simples bocages : aussi, malgré Cicéron, il y en eut toujours dans les villes; c’étaient comme les jardins des temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortium_bonorumque_divinos">[[#Fortium_bonorumque_divinos_back|3.]]</span> — {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Ceci est plus poétique que philosophique. Cette distinction des âmes immortelles et des âmes divines n’est point réelle, ou n’est pas assez certaine pour être affirmée. Il y a dans cet ouvrage même des principes qui la combattent. Cicéron revient souvent à cette idée, qui ressemble à la doctrine du petit nombre des élus, mais qui n’a point l’appui des mêmes arguments; et il est permis de n’y voir qu’une concession aux croyances de son temps, et une illusion du [[w:Conjuration_de_Catilina|''vainqueur de Catilina'']], qui espérait que les sauveurs de la patrie seraient admis parmi les [[w:Di_indigetes|dieux ''indigètes'']]. (''Nat. des Dieux'', II, 24[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIV.</sup>] ; ''Devoirs'', III, [https://droitromain.univ-grenoble-alpes.fr/Francogallica/deofficiis3_fran.htm 5.] ; ''Républi.'', VI, 7[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/354|<sup>VII.</sup>]] ; Lactance, I, 15[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>CAPUT XV.</sup>], etc.)<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Deos_ipsos_in_animis">[[#Deos_ipsos_in_animis_back|4.]]</span> — XI. Les temples de toutes ces vertus existaient en effet à [[w:Rome_antique|''Rome'']] (''Nat. des Dieux'', II, 23[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]). [[w:Lactance|Lactance]] blâme l’approbation donnée par Cicéron à ce culte allégorique, qui lui parait propre à substituer l’adoration des vertus déesses à l’amour des vertus pratiques. « C’est la vertu, dit-il, qu’il faut honorer, et non son image » (I, 20[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm#_ftnref82 <sup>CAPUT XX.</sup>]). [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] veut placer ici une phrase que Lactance rapporte, et que l’on trouvera parmi les Fragments ; il y est question des statues de l’Amour que l’on voyait dans les gymnases grecs : c’est évidemment à cette idée qu’elle se rapporte ; mais placée au lieu indiqué par Tunèbe, elle se lierait difficilement à ce qui précède, et donnerait lieu de supposer une lacune plus étendues.
'''</td>
<td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<span id="Cylonio">[[#Cylonio_back|5.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[w:Cylon|Cylon]], athénien, vainqueur aux jeux olympiques, s’était emparé, par l’ordre d’un oracle, de la citadelle. Assiégé par les Athéniens, et réduits à la famine, il parvint à s’évader avec son frère, et ses compagnons se réfugièrent en suppliants au pied de l’autel qui était dans l’Acropole ; ceux à qui la garde en fut confiée les séduisirent par des fausses assurances, et les immolèrent, ainsi que quelques autres qui s’étaient retirés près de l’autel des [[w:Érinyes|Euménides]] (Thucydide, I, 126[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#CXXVI <sup>CXXVI.</sup>]). Pour expier ce crime, on fit venir de [[w:Histoire_de_la_Crète#Crète_minoenne_et_mycénienne|''Crète'']] [[w:Épiménide|Épiménide]], dix ans avant la [[w:Guerres_médiques|''guerre Persique'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm Platon, ''Lois, I''] ; [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/epimenide.htm Diog. L., ''I''], 110), et des autels furent élevés à l’Affront et à l’Impudence. Il parait qu’Épiménide consacra ces autels dans la même intention que le roi [[w:Tullus_Hostilius|Tullus]] avait élevé des temples à la Pâleur et à la Peur, non pour les adorer, mais pour les apaiser et détourner leurs coups (''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm liv. I], 27'' <sup>XXVII.(7)</sup>). La même observation doit s’appliquer aux autels de la Fièvre et de la mauvaise Fortune ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature3a.htm ''Nat. des D., III''], 25 <sup>XXV.</sup>).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Vicepotæ">[[#Vicepotæ_back|6.]]</span> — XI. On trouve ''Vicepota'' ou ''Vicapota'', dans Tite Live, II, 7, et la déesse ''Stata'', dans Festus. L’origine du titre ''Stator'' est connue ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm Tite Live, ''I'']'', t2'' <sup>XII.</sup> ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 793[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§791-794</sup>]). Il y parle aussi de celui d’Invictus ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], v. 650[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§649-650</sup>]).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Salutis">[[#Salutis_back|7.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Il y avait à Rome des temples érigés au [[w:Salus|Salut]], sur le [[w:Quirinal|Quirinal]] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/atticus4.htm ''ad Att., IV''], I ; Plin., ''H. N.'' XXXV, 4 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre35.htm <sup>VII.</sup>]); à l’Honneur (Tite Live, XXVII, 25 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre27.htm <sup>XXV.</sup>]); au Secours (Varr., ''de Ling. lat.'', IV, 10 ; Macr., ''Sat.'' I, 10 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>X., XII.</sup>]); à la Victoire, à l’[[w:Spes_(déesse)|Espérance]] (''Nat. des D.'', II, 23 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]), etc.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortunaque">[[#Fortunaque_back|8.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Le temple de la Fortune de ce jour'']] avait été dédié par [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|Q. Catulus]], à l’époque de la [[w:Guerre_des_Cimbres|''guerre des Cimbres'']], en [[w:102_av._J.-C.|651]][[w:Calendrier_romain#Les_années|<sup>📚</sup>]] ; celui de la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']] était auprès du [[w:en:Temple_of_Jupiter_Victor|''temple de Jupiter vainqueur'']] (Plut., ''Quest. Rom.'')[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/questionsromaines.htm <sup>§74</sup>]. [[w:Servius_Tullius|Servius Tullius]] invoqua le premier, la Fortune du hasard, dont le temple, situé près du Tibre, fut réparé par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus#Early_career|Carvilius]], pendant la [[w:Troisième_guerre_samnite#L’an_293|guerre de Toscane]] (Tite Live, X, 46 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XLVI <sup>XLVI.</sup>] ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 773 [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§771-784</sup>]). Le [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''temple de la Fortune primigénie'']], déesse de la naissance, fut aussi voué par le même roi, et plus tard par P. Sempronius, pendant la [[w:Deuxième_guerre_punique|deuxième guerre Punique]] (Tiv., xxxiv, 53 ; XLIII, 13)[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre29.htm <sup>XXXVI.</sup>]. L’épithète de ''Comes'', compagne, était aussi un surnom divin de la Fortune ; mais en cet endroit le texte est interrompu et peut-être altéré.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f415.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<sup>NOTES</sup>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=395 <sup>📚</sup>] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''M.''' [...] Les Grecs & nos Romains après eux ont pensé plus raisonablement , quand , pour affermir la piété que nous devons avoir pour les Dieux , ils ont voulu qu’ils eussent leur habitation dans les Villes de même que les hommes : car cette opinion nourrit la Religion & fait un très bon effet dans la société ; puisque selon cette belle parole de [[#Pythagore_JM_Des_Loix|<span id="Pythagore_JM_Des_Loix_back"><sup>'''1'''</span>]] Pythagore , ''la piété & la religion ne font jamais tant d’impression sur l’esprit que lorsque nous sommes occupez du service divin'' ; & que suivant [[#Thales_JM_Des_Loix|<span id="Thales_JM_Des_Loix_back"><sup>'''2'''</span>]] Thales le plus renommé des sept Sages , ''nous devons être persuadez que tout est plein de Dieux'' ; parceque ne les perdans point de vûe & nous considérans comme dans des temples , nous serons toûjours plus retenus & plus religieux : car il ne faut pas croire que les hommes se bornent à l’idée toute spirituelle de la divinité , suivant certaine opinion , [[#certaine_opinion_JM_Des_Loix|<span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix_back"><sup>'''3'''</span>]] ils s’en font une image visible.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Les [[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix|<span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''4'''</span>]] ''Bois Sacrez'' doivent être conservez par la même raison qne les temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Le culte [[#culte_JM_Des_Loix|<span id="culte_JM_Des_Loix_back"><sup>'''5'''</span>]] que maîtres & domestiques nous rendons au ''Lares'' à la vûe de nos maisons de campagne & dans les [[#carrefours_JM_Des_Loix|<span id="carrefours_JM_Des_Loix_back"><sup>'''6'''</span>]] carrefours de nos Domaines , est une institution de nos ancêtres que nous ne devons point rejetter.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Pour ce qui est des [[#cérémonies_JM_Des_Loix|<span id="cérémonies_JM_Des_Loix_back"><sup>'''7'''</span>]] ''cérémonies propres à chaque famille'' , & que nous avons recues de nos péres , ce ne nous est pas une moindre obligation de les garder , que si nous les tenions des Dieux mêmes ; puisque ceux qui nous les ont transmises étoient assez proches d’eux pour les avoir reçues de leurs mains.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Quand la Loi nous ordonne de rendre les honneurs divins à ceux d’entre les [[#hommes_JM_Des_Loix|<span id="hommes_JM_Des_Loix_back"><sup>'''8'''</span>]] ''hommes'' que nous avons ''consacrez'' , comme Hercules & les autres ; il faut entendre qu’à la vérité les ames de tous les hommes sont immortelles , mais que celles des Héros sont divines.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> À la bonne heure que ''l’Intelligence'' , ''le Courage'' , ''la Fidélité'' , ''la Religion'' ayent des temples , comme [[#ces_vertus_JM_Des_Loix|<span id="ces_vertus_JM_Des_Loix_back"><sup>'''9'''</span>]] ces vertus en ont toutes dans Rome , afin que les gens de bien , qui constament en sont douez , puissent penser qu’ils sont les temples vivans de ces divinitez. [[#divinitez_JM_Des_Loix|<span id="divinitez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''10'''</sup></span>]]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais , ce qui n’est pas supportable , c’est qu’à Athênes on ait élevé un ''temple à l’Ignominie'' & ''à l’Impudence'' ; comme on fit à l’instigation d’Epiménides de Crete , après que l’on eût expié [[#Cylon_JM_Des_Loix|<span id="Cylon_JM_Des_Loix_back"><sup>'''11'''</span>]] le crime de ''Cylon'' : car s’il est à propos de consacrer les vertus , il est indigne que l’on fasse le même honneur aux vices. Ainsi cet ancien [[#autel_JM_Des_Loix|<span id="autel_JM_Des_Loix_back"><sup>'''12'''</span>]] Autel dédié ''à la Fiévre'' sur le mont ''Palatin'' , un autre ''à la mauvaise Fortune'' sur l'''Esquilin'' , & tout autant qu’il se trouvera de monumens semblables , doivent être regardez avec exécration.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais si nous voulons forger des noms à l’envi des Poétes , que ce soit plûtôt dans le sens ''de vaincre'' , ''de recueillir les fruits de la victoire'' , [[#déroute_JM_Des_Loix|<span id="déroute_JM_Des_Loix_back"><sup>'''13'''</span>]] ''d’arrêter une déroute'' , tels que sont ceux de ''Stateur'' & ''d’Invaincu'' que nous avons donnez à Jupiter ; & que ces noms se rapportent à des [[#desirables_JM_Des_Loix|<span id="desirables_JM_Des_Loix_back"><sup>'''14'''</span>]] choses desirables , comme ''le salut'' , ''l’honneur'' , ''le secours'' , & ''la victoire'' , puisque l’attente des bonnes choses peut servir à nous relever le courage. Nous ne trouverons donc pas mauvais que ''Calatinus'' ait consacré ''l’Espérance'' , nous passerons à un autre qu’il ait divinisé ''la Fortune'' , ne fût - ce que ''de ce jour'' , aussi bien sa puissance s’étend sur tous les jours , à un autre ''la fortune secourable'' , à celui -ci ''le hasard'' qui préside aux événemens imprévus , à celui là la ''fortune primitive'' qui nous accompagne depuis le commencement de notre vie ,</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="Pythagore_JM_Des_Loix">[[#Pythagore_JM_Des_Loix_back|1. ''Pythagore'' ]]]</span> Chef de la [[s:L’Encyclopédie/1re_édition/ITALIQUE|secte dite ''Italique'']] , étoit de [[w:Samos|''Samos'']] , & vivoit vers l’an 534 avant J.C. Il faisoit sa demeure ordinaire à [[w:Crotone|''Crotone'']] , [[w:Métaponte|''Métapont'']] , & [[w:Tarente|''Tarente'']]. Il excella particulièrement dans les [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|Mathématiques]] , & fut le premier des Philosophes qui soutint [[w:Âme#cite_ref-52|l’immortalité de l’ame]]. Il mourut l’an 497 ou 98 avant J.C.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="Thales_JM_Des_Loix">[[#Thales_JM_Des_Loix_back|2. ''Thales'' ]]]</span> le premier des sept Sages de la Gréce , Auteur de la [[w:L’Encyclopédie/1re_édition/IONIQUE|secte ''Ionienne'']] , ainsi nommée à cause de ''Milet'' en ''Ionie'' sa patrie. Il mourut âgé de 90 ans ou environs vers l’an 545 avant notre Ere.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix">[[#certaine_opinion_JM_Des_Loix_back|3. ''Ils s’en font une image visible.'' ]]]</span> L’ascendant qu’à sur nous notre imagination , & l’habitude où nous sommes de nous représenter les êtres corporels , fait que quoique Dieu ne puisse être l’objet que de notre entendement , cependant nous ne laissons pas de nous en faire une idée , sous laquelle nous l’appercevons , non pas tel qu’il est , mais tel que cette faculté inquiéte , & qui cherche à se fixer dans la contemplation de l’infini , se le peut figurer par la soustraction des matérialitez.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix">[[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back|4. ''Bois Sacrez.'' ]]]</span> Les Romains n’ont pas été les seuls qui ayent eu une vénération particulière pour les bois. Tout le monde sçait que ce fut une occasion de scandale qui subsista longtems parmi le peuple chéri de Dieu , & que les meilleurs Rois de [[w:Judée#Nom|Juda]] eurent bien de la peine à déraciner cette superstition du cœur de ce peuple.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="culte_JM_Des_Loix">[[#culte_JM_Des_Loix_back|5. ''Culte que nous rendons aux Lares.'' ]]]</span> Les fêtes à l’honneur des ''Lares'' étoient marquées dans le Calendrier au second de Mai. On ne laissoit pas cependant de les célébrer à plusieurs reprises suivant l’ordre qui en étoit donné par les Prêtres ou le Préteur. Elles s’appelloient ''Compitales'' du mot latin qui signifie ''carrefour'' , lieu où elles se célébroient par les Esclaves , qui jouissoient pendant ce tems-là d’un intervalle de liberté. La part que prenoient les Maitres dans ces sacrifices étoit marquée par autant de figures de cire & de laine , qu’il y avoit de personnes de condition libre dans la famille. On faisoit aussi des Jeux , dont les Maitres Voyers avoient l’Intendance ; ils furent instituez par Servius Tullius. On en peut voir l’histoire dans ''Pline l.''36. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre36.htm <sup>''c.''LXX</sup>] ''c''. 27. ''Macrob. c.'' 7. ''Sat. l.'' I. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>fin Chap. VII.</sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="carrefours_JM_Des_Loix">[[#carrefours_JM_Des_Loix_back|6. ''Carrefours.'' ]]]</span> Les Romains ne bâtissoient pas des Temples à leurs Divinitez indifféremment en tous lieux ; ils en consacroient aux uns dans l’enceinte de la Ville , aux autres à la campagne , à ceux-ci dans les carrefours , à ceux-là sur les montagnes. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']].'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="cérémonies_JM_Des_Loix">[[#cérémonies_JM_Des_Loix_back|7. ''Cérémonies propres à chaque famille.'' ]]]</span> Il y avoit des fêtes particulières & propres aux familles. Les familles ''Claudia'' , ''Emilia'' , ''Julia'' , ''Cornelia'' , avoient les leur. Elles avoient aussi leurs Liturgies. ''Macrob.'' I. ''Sat. c.'' 16. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>§2 Chap. XVI.</sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="hommes_JM_Des_Loix">[[#hommes_JM_Des_Loix_back|8. ''Hommes consacrez.'' ]]]</span> Cicéron fait trois classes de Divinitez ausquelles se doit rapporter le culte des Romains. La première des Dieux qui ont été de tout tems ; la féconde des Dieux qui le sont devenus par leurs grandes actions ; & la troisième des ''Vertus divinisées'' , qui sont comme les degrez par où l’on s’éléve au Ciel. Les Dieux dont il s’agit ici sont de la seconde classe , & on les appelloit ''Indigetes''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="ces_vertus_JM_Des_Loix">[[#ces_vertus_JM_Des_Loix_back|9. ''Temples des Vertus.'' ]]]</span> Ces Vertus avoient chacune des Temples & des Autels ; ''l’Esprit'' dans le Capitole , consacré par [[w:en:Titus_Otacilius_Crassus_(praetor_217_BC)|'''T. Otacilius''']] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/XXII.html <sup><nowiki>[22,10] §2 (10)</nowiki></sup>] ; la ''Piété'' par [[w:Manius_Acilius_Glabrio_(consul_en_-154)|'''M. Acilius Glabrio''']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre40.htm <sup>''c.''<nowiki>[34] §[5]</nowiki></sup>] ; la ''Valeur'' par [[w:Scipion_Émilien|'''Scipion le Numantin''']] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10022291w/f22.item <sup>fin de page, « hardiesse »</sup>] ; [[w:en:Temple_of_Honor_and_Virtue|la ''Vertu'' & l'''Honneur'']] par [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|Marcellus]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marcellus.htm <sup><nowiki>Plut. VdHI. [28] XXXVIII.</nowiki></sup>] ; & la [[w:Fides_(mythologie)|''Fidélité'']] par [[w:Numa_Pompilius|Numa]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''I. ''c.''XXI. (4)</sup>]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm ''Cic.'' 2. ''de nat. Deor.'' <sup>XXIII.</sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="divinitez_JM_Des_Loix">[[#divinitez_JM_Des_Loix_back|10. ''Divinitez . . . mais ce qui n’est pas supportable.'' ]]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnébe]] croit qu’il faut rapporter ici un fragment cité par [[w:Lactance|Lactance]] , [http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>ID.</sup> ''l.''I. ''c.''20. <sup>§9</sup>] » Cicéron , dit-il ,<br />» nous apprend que la Gréce fit une<br />» entreprise bien grande & bien ha-<br />» zardeuse lorsqu’elle consacra des re-<br />» présentations de Cupidons & d’A-<br />» mours dans ses lieux d’éxercice. Il<br />» flatte Atticus , mais en le flattant il<br />» se moque de lui ; car il ajoûte que<br />» s’il sied bien d’avoir de la vénéra-<br />» tion pour les Vertus , il ne convient<br />» nullement de respecter les vices.<br />Ce fragment ne rempliroit pas toute la lacune.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="Cylon_JM_Des_Loix">[[#Cylon_JM_Des_Loix_back|11. ''Le crime de Cylon.'' ]]]</span> ''Cylon'' voulut s’emparer de la Citadelle d’Athênes pendant les Jeux Olympiques 600 ans avant J.C. mais son entreprise n’ayant pas réussi , il fut obligé de prendre la fuite avec son frére. Ses complices se voyans abandonnez, cherchérent un asile à l’Autel de Minerve : cependant [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|''Mégacles'']] leur ayant persuadé de comparoir en Jugement pour se défendre de l’accusation , en leur conseillant néanmoins pour plus grande sûreté de tenir toujours le bout d’un filet , dont l’autre extrémité seroit attachée à la Statue de la Déesse , le malheur voulut que le filet se rompît : ce qui donna lieu au perfide ''Mégacles'' & aux gens qu’il commandoit de les massacrer. Ce violement d’asile attira beaucoup de malheurs sur les Athéniens ; pour remédier ausquels , outre les autres mesures que l’on prit , on fit venir de Créte le Philosophe [[w:Épiménide|''Epimenides'']] , qui étoit en réputation d’avoir des secrets admirables pour les expiations , & qui fut le premier qui s’avisa de purifier la ville & les campagnes. [[w:Thucydide|''Thucidid.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#99 <sup>HdlGdP.</sup> ''l.''I. <sup>''c.''CXXVI.</sup>] ''Herod.'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/terpsichore.htm#57 ''l.''5. <sup>''c.''LXXI.</sup>] [[w:Plutarque|''Plutarq.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm ''Vie de Solon'' <sup><nowiki>[12] XIV.</nowiki></sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="autel_JM_Des_Loix">[[#autel_JM_Des_Loix_back|12. ''Autel dédié à la Fiévre.'' ]]]</span> Selon [[w:Valère_Maxime|Val. Maxime]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/valere/livre2.htm <sup>A&PM. ''l.''2. ''c.''V. §6.</sup>] , la [[w:en:Febris|Fiévre]] avoit trois temples à Rome. Elle étoit de ces Divinitez qu’on n’honoroit pas pour qu’elles fissent du bien , mais pour qu’elles fissent moins de mal.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="déroute_JM_Des_Loix">[[#déroute_JM_Des_Loix_back|13. ''D’arrêter une déroute.'' ]]]</span> ''Statassandi'' est un mot si extraordinaire , qu’il faudroit , comme dit [[w:Adrien_Turnèbe|''Turnebe'']] , un ''Oedipe'' pour le deviner. Je l’ai traduit comme un équivalent de ''Stare faciendi'' , ou de sistendi. D’où vient le surnom que Romulus donna à Jupiter , dans le tems qu’entraîné lui-même par la déroute des siens , il voyoit les [[w:Sabins|Sabins]] déjà maîtres de la Citadelle , prêts à s’emparer du peu de terrain qui restoit aux Romains. [[w:Marcus_Atilius_Regulus_(consul_en_-267)|''M. Attilius Regulus'']] fit un semblable vœu dans la guerre contre les Samnites [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XXXVI <sup>T-L. AUC. ''l.''X. ''c.''XXXVI.</sup>]. On l’honoroit aussi jupiter sous le nom d'''invaincu'' [[w:Temple_de_Jupiter_Stator#Histoire|<sup>📚</sup>]]. [[w:Ovide|Ovid.]] [[w:Fastes|Fast.]] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>''l.''6. §§791-794</sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="desirables_JM_Des_Loix">[[#desirables_JM_Des_Loix_back|14. ''Choses desirables.'' ]]]</span> Le ''Salut'' , l’Honneur , le ''Secours'' , la ''Victoire'' , & l’Espérance , avoient leurs Temples à Rome. Mais il n’y avoit aucune de ''ces choses desirables'' qui fût révérée en tant de façons que la Fortune. [[w:Ancus_Marcius|''Ancus Martius'']] quatriéme Roi de Rome , fut le premier qui lui bâtit un Temple : & il ne se contenta pas de la diviniser , il lui fit changer de séxe , le Temple qu’il lui consacra étant sous le nom de ''la Fortune virile'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>]. [[w:Servius_Tullius|''Serv. Tullius'']] suivit son éxemple , & bâtit plusieurs Temples à la Fortune sous divers noms , & entre autres de ''primigénie'' ou de ''primitive'' , comme je l’ai traduit , à laquelle [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus|''P. Sempronius'']] Consul en voua aussi un pendant [[w:Deuxième_guerre_punique|la deuxième Guerre Punique]] [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus#cite_ref-4|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre34.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''XXXIV. ''c.''LIII. §<nowiki>[5]</nowiki></sup>]. [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|''Q. Catulus'']] pendant [[w:Guerre_des_Cimbres|la guerre]] contre les [[w:Cimbres|Cimbres]] voua [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Temple_B|un Temple ''à la Fortune de ce jour'']] [[w:en:Temple_of_Fortuna_Primigenia|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marius.htm <sup>Plut. lVdM. ''c.''27.</sup>]. Le Temple de ''la Fortune secourable'' étoit auprès de celui de ''Jupiter vainqueur'' ; & celui de ''la Fortune du hazard'' , fondé anciennement par ''Serv. Tullius'' sur le bord du Tibre , fut rebâti depuis par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus|''Carvilius'']] pendant [[w:Troisième_guerre_samnite|la guerre de Toscane]]. Outre ces Temples il y avoit encore ceux des Fortunes ''obsequens , privata , publica , viscosa , parva , mascula , barbata , bona spei , averrunca , blanda , convertens , virgo , dubia , plebeia , muliebris , equestris , seia , mammosa , redux''. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']] [https://books.google.fr/books?id=ZyQVAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PA161#v=onepage&q&f=true <sup>ARCA.</sup> ''l.''2. ''c.''16.]'''
</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Traité Des Lois, de Cicéron.</u>], traduit par Monsieur [[w:Jacques_Morabin|Morabin]]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA123#v=onepage&q&f=true <u>Livre Second</u>]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true ''pp.177-183.''][https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=RA1-PA71#v=onepage&q&f=true '''<sup>NOTES</sup></b>''']. Chez Jean Mariette, Librairie, 1719.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
=== [[w:De_divinatione|De Divinatione]] [[#De_divinatione|<span id="De_divinatione_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<p style="text-align: left;">[[s:la:De_divinatione|📚]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue philosophique de '''Cicéron''', publié en [[w:44_av._J.-C.|-44]] qui traite des divers procédés de [[w:Divination|divination]] connus et pratiqués à son époque. Cet ouvrage constitue avec [[w:De_natura_deorum|''De natura deorum'']] et [[w:De_fato|''De fato'']] une trilogie d’ouvrages traitant du sacré et des pratiques et phénomènes qui lui sont liés. '''Cicéron''' y analyse avec scepticisme les diverses formes de la divination et critique les théories des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme|<span id="Stoïcisme_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] qui la défendent.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA De Divinatione|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#De_divinatione_back|<span id="De_divinatione"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun divinatio [[wikt:en:divinatio#Latin|(en)]], « divination, prophétie »; du verbe divino [[wikt:en:divino#Latin|(en)]], « 1. Prévoir, prédire, deviner. 2. Prophétiser. 3. Deviner. »; de l’adjectif divinus [[wikt:en:divinus#Latin|(en)]], « divin, d’une divinité, surhumain, surnaturel »; de l’adjectif divus [[wikt:en:divus#Latin|(en)]], « 1. De ou appartenant à une divinité; divin. 2. Divin, pieux. ».
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Stoïcisme_back|<span id="Stoïcisme"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre ''(ποικίλη)'' στοά / ''(poikílē)'' stoá, « portique pœcile, galerie couverte ornée de panneaux peints et située au nord de l’[[w:Agora_d%27Athènes|''agora d’Athènes'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ ''(de l’adjectif [[w:ποικίλος#Grec_ancien|ποικίλος / poikílos]], « 1. Varié, divers. 2. (Au propre) Peint de couleurs variées, bigarré, tacheté, moucheté : • Couvert de; • Brodé; • Damasquiné, couvert d’arabesques, de ciselures; • Travaillé, entrelacé avec un art subtil. 3. Varié, variable, changeant : • Souple, artificieux, fertile en ruses; • Compliqué, complexe; • (Sens négatif) Équivoque, obscur, difficile à comprendre; Dans les textes anciens, ceci concerne les oracles, les lois. »;)''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:στοά#Grec_ancien|στοᾱ́ / stoā́]] [[wikt:en:στοά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Colonnade. 2. Porche ou une passerelle couverte ayant un ou plusieurs bas-côtés encadrés et soutenus par une ou plusieurs colonnades : portique ; arcade, cloître, place (par exemple la [[w:Stoa_du_roi|''Stoa Basileios'']] [[w:en:Stoa_Basileios|(en)]] et la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikile'']] dans l’ancienne [[w:Agora|''Agora'']] d’Athènes). 3. Bâtiment marqué par un tel porche ou passerelle couvert et à colonnades (par exemple, la [[w:Stoa_d%27Attale|''Stoa d’Attalos'']] dans l’ancienne ''Agora'' d’Athènes). 4. Cour royale. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">École de [[w:Philosophie_hellénistique|''philosophie hellénistique'']] fondée par [[w:Zénon_de_Kition|Zénon]] [[#Zénon_de_Kitton|<span id="Zénon_de_Kitton_back"><sup>III</sup></span>]] de [[w:Kition|''Kition'']] à la fin du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et nommée ainsi car enseignée sous la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikilè'']] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1020#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Stoa Poikilè}}].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Zénon_de_Kitton_back|<span id="Zénon_de_Kitton"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>🔄</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''grec'' d’origine ''phénicienne'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#phénicienne_back|<sup>🔄</sup>]], fondateur en [[w:301_av._J.-C.|-301]] du ''stoïcisme'', l’école du ''Portique'' [[#Stoïcisme|<sup>II</sup>]]. Sa doctrine eut ceci de nouveau qu’elle joignit deux traditions jusqu’alors séparées, à savoir la théorie de la sagesse et la physique : Zénon tenta de concilier les thèses naturalistes de certains Académiciens successeurs de Platon [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]] avec la théorie cynique de la sagesse, et posa ainsi les bases d’un système matérialiste, moniste et déterministe dont le rayonnement fut considérable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:334_av._J.-C.|-334]]/[[w:333_av._J.-C.|-333]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Kition|''Kition'']], Cité de la côte sud-est de l’[[w:Chypre_(île)|''île de Chypre'']] (« Κῠ́προς / Kúpros » [[wikt:en:Κύπρος#Ancient_Greek|(en)]]) — [[w:262_av._J.-C.|-262]]/[[w:261_av._J.-C.|-261]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA364#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §20 - Zénon de Citium}}]'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== [[w:De_divinatione#Livre_I|Livre I]] ====
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le frère cadet de Cicéron, [[w:Quintus_Tullius_Cicero|'''Quintus Tullius Cicero''']] [[#Quintus_Tullius_Cicero|<span id="Quintus_Tullius_Cicero_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], présente les diverses formes de divination selon la classification traditionnelle énoncée depuis '''Homère''' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Homère_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Platon|'''Platon''']], qui distingue la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « artificielle »]], faite par des techniciens selon des rites institutionnalisés, et la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « inspirée » dite aussi « naturelle »]] selon la terminologie introduite par '''Cicéron'''. '''Quintus''' s’étend longuement sur la forme de divination naturelle qui procède des rêves prémonitoires, manifestation selon les [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] d’une inspiration de l’âme humaine recevant un message divin.</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Livre I|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Quintus_Tullius_Cicero_back|<span id="Quintus_Tullius_Cicero"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Quintus#Latin|Quintus]]; de l’adjectif numéral [[wikt:quintus#Latin|quintus]], « cinquième »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:quinque#Latin|quinque]], « cinq »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival avec le sens de « pourvu de » -tus [[wikt:en:-tus#Etymology_1|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]][[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme politique, militaire et auteur romain, frère cadet du célèbre orateur Cicéron. Après une carrière politique classique, passant par le [[w:Cursus_honorum|''cursus honorum'']] jusqu’à la charge de [[w:Préteur|''préteur'']], il est [[w:Propréteur|''propréteur'']] en ''Asie'' puis participe à la [[w:Guerre_des_Gaules|''Guerre des Gaules'']] en tant que [[w:Légat_de_légion|''légat de légion'']] servant sous [[w:Jules_César|Jules César]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:102_av._J.-C.|-102]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné, avec son fils, par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']]) [[s:Auteur:Quintus_Tullius_Cicero|<sup>📚</sup>]]'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XLIX.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récits de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance d’olives, en achetant toute la récolte de ''Milet'' avant que les oliviers ne soient en fleurs, et de la première prédiction d’une éclipse solaire sous le règne d’'''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Astyage_back|<sup>🔄</sup>]].</div>
:'''Textes latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XLIX.''' Sed ut, unde huc digressa est, eodem redeat oratio: si nihil queam disputare quam ob rem quidque fiat, et tantum modo fieri ea quae commemoraui doceam, parumne [[w:Épicure|'''Epicuro''']] [[w:Carnéade|'''Carneadiue''']] respondeam? Quid si etiam ratio exstat artificiosae praesensionis facilis, diuinae autem paulo obscurior? Quae enim extis, quae fulgoribus, quae portentis, quae astris praesentiuntur, haec notata sunt obseruatione diuturna; adfert autem uetustas omnibus in rebus longinqua obseruatione incredibilem scientiam; quae potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, cum quid ex quoque eueniat et quid quamque rem significet crebra animaduersione perspectum est. Altera diuinatio est naturalis, ut ante dixi; quae physica disputandi subtditate reuerenda est ad naturam deorum, a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus; cumque omnia completa et referta sint aeterno sensu et mente diuina, necesse est cognatione diuinorum animorum animos humanos commoueri. Sed uigìlantes animi uitae necessitatibus seruiunt diiunguntque se a societate diuina uinclis corporis impediti. (Rarum est quoddam genus eorum qui se a corpore àuocent et ad diuinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur). Horum sunt auguria non diuini impetus, sed rationis humanae; nam et natura futura praesentiunt, ut aquarum eluuiones et deflagrationem futuram aliquando caeli atque terrarum; alii autem in re publica esercitati, ut de [[w:Solon|'''Atheniensi Solone''']] accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt. Quos prudentes possumus dicere, id est prouidentes, diuinos nullo modo possumus, non plus quam '''Milesium Thalem''', qui, ut obiurgatores suos conuinceret ostenderetque etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, ante quam florere coepisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animaduerterat fortasse quadam scientia olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quae [[w:Astyage|'''Astyage''']] regnante facta est, praedixisse fertur.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XLIX.''' Sed unde huc digressa est, eodem redeat oratio. Si nihil queam disputare, quamobrem quidque fiat; et tantummodo, fieri ea, quæ commemoravi, doceam : parumne '''Epicuro Carneadive''' respondeam ? Quid, si etiam ratio exstat artificiosæ præsensionis, facilis ; divinæ autem, paullo obscurior ? Quæ enim extis, quæ fulguribus, quæ portenlis, quæ astris præsentiuntur, hæc notata sunt observatione diuturna. Affert autem vetustas omnibus in rebus longinqua observatione incredibilem scientiam; quæ potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, quum, quid ex quoque eveniat, et quid quamque rem significet, crebra animadversione perspectum est. Altera divinatio est naturalis, ut ante dixi : quæ physica disputandi subtilitate referenda est ad naturam deorum; a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus : quumque omnia completa et referta sint æterno sensu, et mente divina, necesse est cognatione divinorum animorum animos humanos commoveri. Sed vigilantes animi vitæ necessitatibus servinnt, dijunguntque se a societate divina, vinctis corporis impediti. Rarum est quoddam genus eorum, qui se a corpore avocent, et ad divinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur. Horum sunt auguria non divini impetus, sed rationis humanæ. Nam et, natura futura præsentiunt, ut aquarum fluxiones, et deflagrationem futuram aliquando cœli atque terrarum. Alii autem, in republica exercitati, ut de '''Atheniensi Solone''' accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt; quos prudentes possumns dicere, id est, providentes, divinos nullo modo possumus, non plus, quam '''Milesium Thalem''', qui, ut objurgatores suos convinceret, ostenderetque, eliam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientia, olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quæ, '''Astyage''' regnante, facta est, prædixisse fertur.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>] [[s:la:De_divinatione/Liber_I#XLIX|<sup>📜</sup>]], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid;"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''XLIX.''' Je reviens maintenant à mon point de départ : s’il est vrai que je ne puis donner aucune explication plausible des exemples de divination que j’ai rapportés, n’ai-je donc rien répondu à [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure|<span id="Épicure_back"><sup>'''I'''</sup>]] ou à [[w:Carnéade|'''Carnéade''']] [[#Carnéade|<span id="Carnéade_back"><sup>'''II'''</sup>]] en montrant qu’il y a eu bien réellement divination? J’ajouterai que la méthode suivie dans la divination scientifique se justifie aisément, s’il faut reconnaître que la connaissance anticipée de l’avenir quand elle repose sur l’inspiration divine, a quelque chose de plus mystérieux. Quand la prédiction se fait par l’examen des entrailles, des fulgurations, des prodiges, des astres on s’appuie sur de longues observations antérieures. Or en toute matière une expérience ancienne est une garantie d’une valeur inestimable et la connaissance de l’avenir par ces procédés n’implique même aucune action particulière des dieux, aucune impulsion donnée par eux : on sait, pour l’avoir souvent éprouvé, quel événement annonce tel signe déterminé; on sait aussi, quand on attend quelque chose, quel fait précurseur doit en précéder la venue. L’autre sorte de divination est, comme je l’ai déjà dit, naturelle et, suivant les physiciens qui usent pour le montrer d’arguments valables pour les seuls philosophes, elle se rapporte à la nature des dieux : les plus savants et les plus sages des hommes ont montré que nos âmes en sont une émanation, qu’elles ont leur source dans cette nature. La raison éternelle et l’intelligence divine sont partout, rien n’arrive et n’existe que par elles, il faut donc bien qu’en vertu de leur parenté avec l’esprit divin, les âmes humaines participent en quelque manière à ce qui doit arriver et le ressentent. Seulement pendant la veille elles vaquent aux nécessités de la vie et, empêchées qu’elles sont par les liens qui les attachent aux corps se retirent du commerce qu’elles pourraient avoir avec les dieux. Rares sont les hommes qui, rompant avec le corps, n’ont souci que des choses divines et s’appliquent de toute leur ardeur à les connaître. Les prédictions de ceux-là ne sont point l’effet d’un transport divin mais attestent la puissance de la raison humaine; ils prévoient par des moyens naturels certains événements à venir, les inondations, l’embrasement dans un long temps du ciel et des terres. D’autres, vétérans de la politique, sont renseignés sur les destins futurs de l’État, c’est ainsi que [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon_back|<sup>🔄</sup>]], d’après ce que nous savons, a vu par avance la [[w:Tyran|''tyrannie'']] se lever sur Athènes. De tels hommes nous pouvons les appeler des calculateurs prudents, c’est-à-dire prévoyants, ce ne sont nullement des devins, non plus que '''Thalès''' de ''Milet'' qui, pour confondre les railleurs et leur montrer qu’un philosophe pouvait, s’il le jugeait bon, gagner de l’argent, avait acheté, dit-on, avant la floraison des oliviers toute la récolte d’huile du territoire ''milésien''. Ses observations lui avaient permis de reconnaître qu’elle serait abondante. C’est le même '''Thalès''' qui passe pour avoir, le premier, prédit une éclipse de soleil, celle qui eut lieu sous le règne d’[[w:Astyage|'''Astyage''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Astyage_back|<sup>🔄</sup>]].</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Charles Appuhn de 1936|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Épicure_back|<span id="Épicure"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἐπίκουρος / Epíkouros [[wikt:en:Ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]]; de ἐπίκουρος / epíkouros [[wikt:en:ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]], « aider, assister »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin_back|<sup>⤵️</sup>]] et du courant de pensée [[w:Épicurisme|''épicuriste'']]. Elle a pour objectif principal l’atteinte du bonheur par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires ». En physique, il soutient que la Nature entière est composée de deux choses : les corps et le vide, qu’il appelle le « TOUT ». Dans la continuité de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]], tout en s’en distinguant, il définit que les corps sont soit des atomes insécables, soit des compositions de ces atomes vouées à se dissocier. Ces dernières se forment aléatoirement dans leur course cosmique, par choc, dans une dynamique concentrique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:342_av._J.-C.|-342]]/[[w:341_av._J.-C.|-341]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Samos|''Samos'']] ou à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:271_av._J.-C.|-271]]/[[w:270_av._J.-C.|-270]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA154#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §36 - Épicure de Samos}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Carnéade_back|<span id="Carnéade"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Κᾰρνεᾰ́δης / Karneádēs [[wikt:en:Καρνεάδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe de la [[w:Nouvelle_Académie|Nouvelle Académie]], [[w:Probabilisme_gnoséologique|''probabiliste'']] de la philosophie de la connaissance. Il fut le dixième [[w:Scholarque|''scholarque'']] de l’[[w:Académie_de_Platon|Académie]] en [[w:186_av._J.-C.|-186]] ou en [[w:160_av._J.-C.|-160]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:214_av._J.-C.|-214]]/[[w:213_av._J.-C.|-213]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] — [[w:129_av._J.-C.|-129]]/[[w:128_av._J.-C.|-128]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §42 - Carnéade de Cyrène}}]'''<br/><br /></div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XLIX.''' Mais revenons à l’objet de ce discours. Si, ne pouvant dire pourquoi chacune de ces choses est arrivée, je puis du moins prouver qu’elles sont arrivées , est-ce répondre faiblement à '''Épicure''' et à '''Carnéade''' ? Mais j’ose dire même que, s’il est difficile de rendre compte de la divination naturelle, l’artificielle peut être aisément expliquée. Les prédictions fournies par l’inspection des entrailles, par les foudres, par les prodiges et par les astres, sont fondées sur une longue observation. Or, en toutes choses, le temps et l’étude sont la source des connaissances les plus merveilleuses; on peut les acquérir même sans l’entremise et l’inspiration des dieux, lorsqu’on a observé à plusieurs reprises les effets de chaque chose, et ce qu’elle signifie. La divination naturelle peut, de son côté, par des raisons physiques, être rapportée à la nature des dieux, de laquelle, selon l’opinion des hommes les plus sages et les plus instruits, nos âmes sont émanées, et qui, remplissant tont d’une intelligence éternelle et d’un esprit céleste, doit nécessairement faire sentir quelquefois à l’âme humaine l’influence de cette parenté divine. Mais, pendant la veille, nos âmes sont asservies aux besoins du corps, et se trouvent éloignées, par les liens qui les enchaînent, du commerce de la divinité. Il n’y a qu’un petit nombre de mortels qui, se détachant en quelque sorte de leur corps, s’élèvent de toute la force de leur âme à la connaissance des choses supérieures à l’homme. Le talent qu’ils ont de lire dans l’avenir ne vient point immédiatement des dieux, mais de leur propre raison [[#raison_NdT_J-V_L|<span id="raison_NdT_J-V_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; et c’est la nature même qui leur montre d’avance les déluges, et l’embrasement futur du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des états, prévoient de loin, comme '''Solon''', la naissance de la tyrannie [[#tyrannie_NdT_J-V_L|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Nous pouvons les appeler prudents, c’est-à-dire prévoyants; mais nous ne pouvons non plus leur donner le nom de devins qu’au philosophe '''Thalès''', qui, prévoyant qu’il y aurait une grande abondance d’olives dans le territoire de ''Milet'', et voulant faire voir à ceux qui lui reprochaient son indifférence pour la fortune, qu’il ne tenait qu’à un philosophe de s’enrichir, acheta toute la récolte des oliviers avant qu’ils fussent en fleurs [[#oliviers_NdT_J-V_L|<span id="oliviers_NdT_J-V_L_back"><sup>'''3'''</sup>]]. On dit aussi qu’il prédit le premier une éclipse de soleil, qui eut lieu sous '''Astyage'''. [[#Astyage_NdT_J-V_L|<span id="Astyage_NdT_J-V_L_back"><sup>'''4'''</sup>]]</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''[[#raison_NdT_J-V_L_back|<span id="raison_NdT_J-V_L"><sup>1</sup></span>]] ''Voy.'' [[w:Maxime_de_Tyr|Maxime de Tyr]], ''Dissertat.'' XIX, c. 5, saint Augustin, ''de Divin. dæmon.'', c. 4, etc. ''Davies.''—— [[#tyrannie_NdT_J-V_L_back|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L"><sup>2</sup></span>]] Celle de [[w:Pisistrate|Pisistrate]].—— [[#oliviers_NdT_J-V_L_back|<span id="oliviers_NdT_J-V_L"><sup>3</sup></span>]] ''Voy.'' la ''Politique'' d’Aristote, I, 11, et les auteurs cités par Ménage sur Diogène Laërce, I, 26.—— [[#Astyage_NdT_J-V_L_back|<span id="Astyage_NdT_J-V_L"><sup>4</sup></span>]] Hérodote, I, 74, 103, etc.'''</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Unième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f9.item <u>De Divinatione.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f29.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f135.item ''XLIX''], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XLIX.''' Mais revenons au point même où nous avons commencé à nous écarter de notre sujet. Si, ne pouvant prouver pourquoi ces choses arrivent, je démontre seulement que leur existence est certaine, n’aurai-je pas répondu victorieusement à '''Épicure''' et '''Carnéade''' ? J’ose même dire, tout en avouant que la cause de la divination naturelle est plus obscure, qu’il est facile d’expliquer la divination artificielle. On a noté au moyen d’observations continues ce que présagent les entrailles, les fulgurations, les prodiges et les astres. Toute observation prolongée pendant des siècles arrive à des résultats merveilleux, résultats que l’on peut obtenir sans le secours et l’inspiration des Dieux, si on examine assiduement ce que signifie chaque chose en notant l’événement qui la suit. Vient ensuite la divination naturelle, comme je l’ai dit, qui peut, par des raisons physiques, être rattachée à la nature des Dieux. Et comme, selon l’opinion des hommes les plus savants et les plus sages, nos âmes ne sont qu’une émanation de cette nature divine, et que d’ailleurs tout ici-bas est rempli de cet esprit divin et éternel, il est nécessaire que nous ressentions les effets de cette parenté avec les Dieux. Mais pendant la veille nos âmes, asservies par les nécessités de la vie, s’isolent de cette société divine, enchaînées par des liens matériels. Combien est petit le nombre de ceux qui se séparant, pour ainsi dire, de leurs corps, consacrent tous leurs soins à la connaissance des choses divines ! La science augurale de ceux-là n’est point le résultat d’une inspiration divine, mais un effort de la raison humaine : c’est la nature qui leur dévoile l’avenir, et qui leur fait prévoir les inondations, et les embrasements futurs du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des Etats, pressentent longtemps d’avance, comme l’Athénien '''Solon''', la naissance de la tyrannie. Plaçons ces derniers parmi les hommes prudents, c’est-à-dire prévoyants, mais ne leur donnons point le titre de devins, pas plus qu’à '''Thales''' de ''Milet'' qui, pour réduire au silence ses détracteurs, et leur prouver que, quoique philosophe, il pourrait s’enrichir si cela lui plaisait, acheta toute la récolte des oliviers du territoire de ''Milet'' avant qu’ils fussent en fleurs. Grâce à ses connaissances, il avait sans doute prévu qu’il y aurait abondance d’olives. On rapporte aussi qu’il annonça le premier l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’ '''Astyage'''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
=== [[w:De_natura_deorum|De Natura Deorum]] [[#De_natura_deorum|<span id="De_natura_deorum_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<p style="text-align: left;">[[s:De_la_Nature_des_Dieux/Table|📚]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité philosophique, écrit en [[w:45_av._J.-C.|-45]] et dédié à [[w:Marcus_Junius_Brutus|'''Brutus''']] [[#Brutus|<span id="Brutus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], un ami de '''Cicéron''', qui présente et oppose les visions théologiques des différents courants philosophiques grecs présents à ''Rome'' : le [[w:Stoïcisme|''stoïcisme'']], l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] et l’[[w:Nouvelle_Académie|''académisme sceptique'']], en trois livres.</div>
<span id="Jules_César_back"></span>{{Boîte déroulante début|titre=NdA De Natura Deorum|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#De_natura_deorum_back|<span id="De_natura_deorum"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun [[wikt:natura#Latin|natura]] + [[w:Génitif#En_latin|géntif]] pluriel du nom commun [[wikt:deus#Latin|deus]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Brutus_back|<span id="Brutus"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif latin brūtus [[wikt:en:brutus#Latin|(en)]], « 1. Lourd, encombrant. 2. Terne, stupide, insensible, déraisonnable, irrationnel. »; emprunt à l’[[w:Osque|''osque'']];<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;"> [[w:Sénat_de_la_République_romaine|Sénateur romain]], juriste et philosophe de la fin de la [[w:République_romaine|République romaine]], fils de [[w:Servilia_Caepionis|Servilia]], la maîtresse de [[w:Jules_César|Jules César]] [[#Jules_César|<sup>III</sup>]], et de ce dernier, à qui il porta le dernier coup en le [[w:Assassinat_de_Jules_César|poignardant le 15 mars -44]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:85_av._J.-C.|-85]], à [[w:Rome|''Rome'']] — [[w:42_av._J.-C.|23 octobre 42]], mort par suicide à la suite de sa défaite contre [[w:Marc_Antoine|Marc Antoine]], poursuivi pour l’assassinat de son frère, [[w:Caius_Antonius|Caius Antonius]] (représaille de la mort de Cicéron), et de son père, Jules César, à [[w:Philippes|''Philippes'']]) [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="Jules_César"><sup>III</sup></span>'''[[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Julius|nomen, nom de famille}} {{Info|Caesar|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;">Général, homme d’État et écrivain ''romain'''''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== <span id="Cic_de_Nat_Deor_LibI">Livre I</span> [[w:en:De_Natura_Deorum#Book_1|(en)]] ====
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' est invité chez [[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] [[#Cotta|<span id="Cotta_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], un [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']] <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''XXII.]</sup>, où il retrouve '''C. Velléius''', un ''épicurien'', et '''Q. Lucilius Balbus''' [[w:en:Quintus_Lucilius_Balbus|(en)]], un partisan des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VI.]</sup>. '''Cotta''' lui-même est un [[w:Nouvelle_Académie|''académicien sceptique'']], et il informe '''Cicéron''' qu’ils discouraient sur la nature des dieux. <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VII.]</sup> Velleius avait exposé les sentiments d’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] sur le sujet, et est invité à poursuivre ses arguments après avoir récapitulé ce qu’il avait déjà dit. Son discours se compose de trois parties : une attaque générale contre la cosmologie ''platonicienne'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]] et ''stoïcienne'' ; une revue historique des premiers philosophes; et une exposition de théologie ''épicurienne''. Le but est pour Velleius de montrer que l’idée ''épicurienne'' de Dieu comme un être parfaitement heureux, éternel, doué de raison et sous forme humaine, est la seule tenable, et les autres opinions divergentes sont considérées comme la preuve de leur inutilité. Dans la suite du livre, '''Cotta''' attaque les positions de '''Velleius''' en ce qui concerne la forme des dieux, et leur exemption de la création et de la providence.</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Livre I|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cotta_back|<span id="Cotta"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] Caius [[wikt:en:Caius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[w:Aurelii|Aurelius]] [[wikt:en:Aurelius#Latin|(en)]]; du nom commun aurum [[wikt:en:aurum#Latin|(en)]], « 1. Or (sous forme de minéral ou de métal). 2. Couleur or. 3. Tout objet en or, comme une pièce d’or ou une bague en or. 4. Lustre. 5. Un âge d’or. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] Cotta [[wikt:en:Cotta#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]], orateur, [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']], et académicien sceptique, oncle de [[w:Jules_César|Jules César]] par la mère de celui-ci, sa sœur, [[w:Aurelia_Cotta|Aurelia]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:124_av._J.-C.|-124]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de naissance indéterminé'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:74_av._J.-C.|-74]]/[[w:73_av._J.-C.|-73]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')'''<br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre X.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage par '''C. Velléius''' d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses, dont la nature des dieux est l’intelligence qui façonne ces choses à partir de l’eau.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''X.''' Qui verò mundum ipsum animantem, sapientemque esse dixerunt, nullo modo viderunt animi naturam, intelligentes in quam figuram cadere posset : de quo dicam equidem paulò pòst. Nunc autem hactenus admirabor eorum tarditatem, qui animantem, immortalem, et eumdem beatum, rotundum esse velint, quòd eâ formâ ullam neget esse pulchriorem '''Plato'''. At mihi vel cylindri, vel quadrati, vel coni, vel pyramidis videtur esse formosior. Quæ verò tribuitur vita isti rotundo Deo # nempe ut eâ celeritate contorqueatur, cui par nulla ne cogitari quidem possit. In qua non video, ubinam mens constans, et vita beata possit insistere : quòdque in nostro corpore si minima ex parte significetur, molestum sit ; cur hoc idem non habeatur molestum in Deo ? Terra enim profectò, quoniam pars mundi est, pars est etiam Dei. Atqui terræ maximas regiones, inhabitabiles, atque incultas videmus, quòd pars earum appulsu solis exarserit, pars obriguerit nive, pruinâque, longinquo solis abscessu : quæ, si mundus est Deus, quoniam partes mundi sunt, Dei membra partim ardentia, partim refrigerata dicenda sunt. Atque hæc quidem vestra, '''Lucili''' : qualia verò alia sint, ab ultimo repetam superiorum. '''Thales''' enim ''Milesius'', qui primus de talibus rebus quæsivit, aquam dixit esse initium rerum : Deum autem, eam mentem, quæ ex aquâ cuncta fingeret. Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ? '''Anaximandri''' autem opinio est, nativos esse Deos, longis intervallis orientes, occidentesque, eosque innumerabiles esse mundos, Sed nos Deum, nisi sempiternum intelligere qui possumus ? Pòst '''Anaximenes''', aëra Deum statuit, eumque gigni, esseque immensum, et infinitum, et semper in motu : quasi aut aër sine ulla forma Deus esse possit ; cùm præsettim Deum non modò aliquâ, sed pulcherrimâ specie esse deceat : aut non omne, quod ortum sit, mortalitas consequatur.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n161/mode/2up ''X.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA26#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''X.''' Pour ceux qui, dans leurs discours, ont doté le monde d’une âme raisonnable, ils ignorent de la façon la plus complète en quelle figure d’être vivant la pensée active peut se rencontrer; j’y reviendrai un peu plus tard. Pour le moment je me bornerai à dire l’étonnement que me cause la lourdeur d’esprit de ces gens : ils veulent qu’un être animé soit impérissable, jouisse d’une félicité parfaite et en même temps affecte la figure d’une sphère parce que, suivant '''Platon''', c’est la plus belle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et si, pour moi celle du cylindre, du carré, du cône, de la pyramide a plus de beauté? Quelle vie d’ailleurs accordez-vous à votre dieu sphérique? Vous voulez qu’il se meuve avec une vitesse telle qu’on n’en peut imaginer une égale. Je ne vois pas où une âme ferme et jouissant d’un parfait bonheur pourrait trouver place dans un monde ainsi lancé à travers l’espace. Si, dans une partie, même la plus petite de notre corps, la morsure du froid ou celle du feu se faisait sentir, ce serait pour nous pénible, pourquoi ne le serait-ce pas pour un dieu?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Or la terre, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie du dieu et de très grandes régions terrestres sont, nous le voyons, inhabitables et incultes, les unes parce qu’un soleil trop ardent les brûle, les autres parce que, trop éloignées du soleil, elles sont couvertes de neige et engourdies par le froid. Il faudra donc dire, puisqu’elles appartiennent au monde, que le dieu souffre dans une partie de son corps d’un excès de chaleur, est glacé dans une autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Telles sont en gros, '''Lucilius''', les opinions qui ont cours dans ta secte, quant au reste je le dirai en remontant d’abord au premier en date des anciens philosophes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', qui ouvre la marche dans les recherches de cette nature, fit de l’eau le principe de toutes choses, son dieu était l’intelligence qui de cet élément les façonne. Si l’on admet l’existence de dieux n’ayant ni âme, ni sentiment, à quoi bon adjoindre à l’eau un esprit et si l’esprit peut exister seul en l’absence de tout corps, pourquoi faut-il lui adjoindre l’eau?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> L’opinion d’[[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre|<span id="Anaximandre_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] est que les dieux naissent, viennent au monde à de longs intervalles, puis qu’ils meurent et que ce sont des mondes innombrables. Mais comment concevoir un dieu qui ne soit pas éternel? Après lui [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène|<span id="Anaximène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] décida que l’air est Dieu, qu’il est engendré, qu’il est sans nombre et sans limite, toujours en mouvement, comme si, dépourvu de toute figure, l’air pouvait être un dieu, supposition d’autant moins admissible qu’un dieu doit avoir une figure très belle et que, de toute chose engendrée, il faut dire qu’elle est mortelle.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''X.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Anaximandre_back|<span id="Anaximandre"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀναξῐ́μᾰνδρος / Anaxímandros [[wikt:en:Ἀναξίμανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun μᾰ́νδρᾱ / mándrā [[wikt:en:μάνδρα#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Espace clos. 2. Bergerie, enclos, grange ou écurie pour bovins ou parfois chevaux. 3. (au sens figuré) [[w:Joaillerie#Sertissage|''serti'']] d’une bague représentant des bœufs. 4. Carré sur un damier. 5. Cloître, monastère. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] ''présocratique'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Présocratique_back|<sup>🔄</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est souvent présenté comme le disciple de Thalès, et serait le premier grec à avoir écrit en prose, dont il ne reste qu’un seul fragment. Les connaissances à son sujet sont plutôt limitées :<br />• Il a posé un principe originel, qu’il appelle l’[[w:Apeiron|''Apeiron'']] ([[wikt:ἄπειρος#Grec_ancien|ἀπειρον / ápeiron]]) : l’illimité ou l’indéterminé. Cet ''Apeiron'' est présenté comme un être divin qui « gouverne » tout : il n’a aucune caractéristique, mais est capable de générer des opposés, comme le chaud et le froid, qui contribuent alors à la formation de multiples mondes, non éternels et qui reviennent à l’''Apeiron'' en périssant.<br />• Ses théories astronomiques ont été plus transmises :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Les astres ressemblent à des roues au travers des orifices desquelles la lumières est perçues ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o La terre est cylindrique, et se maintient immobile parce qu’en équilibre ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Il a expliqué les causes des phénomènes météorologiques par des mouvements d’air, l’origine de la mer et des animaux par une humidité primordiale, asséchée par le soleil.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Comme pour Thalès, un certain nombre d’inventions on été attribuées à Anaximandre, comme :<br />• Le gnomon permettant la mesure des solstices et des équinoxes,<br />• Une sphère représentant les astres<br />• La première carte du monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Selon Mathilde Brémond, ses explications des phénomènes naturels et de l’origine de mondes sont déjà les caractéristiques de la démarche présocratique, ce qui paraît plus légitime d’en faire le premier philosophe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:610_av._J.-C.|-610]]/[[w:609_av._J.-C.|-609]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:547_av._J.-C.|-547]]/[[w:546_av._J.-C.|-546]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA192#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §165 - Anaximandre de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA759#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §170 - Anaximandre}}] [https://odysseum.eduscol.education.fr/anaximandre-philosophe-grec-pre-socratique-et-astronome {{Info|<sup>ODYSSEUM</sup>|Anaximandre, philosophe grec pré-socratique et astronome, article de l’Odysseum, site des ressources des langues, cultures et civilisations de l’Antiquité du Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Anaximène_back|<span id="Anaximène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξιμένης / Anaximénēs [[wikt:en:Ἀναξιμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun μένος / ménos [[wikt:en:μένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''présocratique'', considéré par la tradition ancienne comme le disciple d’Anaximandre [[#Anaximandre|<sup>I</sup>]], et le maître d’Anaxagore [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaxagore_back|<sup>🔄</sup>]] et de [[w:Diogène_d'Apollonie|Diogène d’Apollonie]] [[#Diogène_d'Apollonie|<span id="Diogène_d'Apollonie_back"><sup>III</sup></span>]]. Aristote rapporte que Anaximène considère : <br />• L’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Diogène) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>], <br />• La terre de forme plate reposant comme un couvercle sur de l’air (de même pour Anaxagore et [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]]) [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm <sup>Traité du Ciel, liv.II, chap.XIII, §§10-11</sup>], <br />• Et les tremblements de terre causés par la chute de fragments de montagnes brisées lors de leur imbibation et desséchement [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie2.htm#76 <sup>Météorologie, liv. II, chap.VII, §6</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA195#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §168 - Anaximène de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA761#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §168 - Anaximène}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>ENCYCLO-PHILO</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Diogène_d'Apollonie_back|<span id="Diogène_d'Apollonie"><sup>III</sup></span>]] Du [[w:Nom_théophore|''nom théophore'']] grec ancien Δῐογένης / Diogénēs [[wikt:en:Διογένης#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif diogenḗs / diogenḗs [[wikt:en:διογενής#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « né de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Διός / Diós, [[w:Génitif|''génitif'']] singulier de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -γενης / -genḗs, né en un certain lieu ou dans une certaine condition;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe considéré comme le dernier ''présocratique'' (en excluant les sophistes), dont ses études de mécanismes de la nature sont rapportées par Aristote : <br />• Sa description très complète et très précise de l’organisation des veines dans le corps humain [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux3.htm#II <sup>Histoires des Animaux, liv.I, chap.II, §§5-11</sup>];<br />• Ses explications du mécanisme de respiration des poissons : lorsque « les poissons rejettent l’eau par les branchies, ils tirent de l’air de l’eau qui entoure leur bouche, au moyen du vide qui se fait dans leur bouche à ce moment ; et par là, Diogène suppose qu’il y a de l’air dans l’eau »; et de la raison de leur mort à l’air libre : « la cause qu’en allègue Diogène est tout à fait naïve : il prétend que dans l’air ils prennent trop d’air, tandis qu’ils n’en ont dans l’eau que ce qu’il leur en faut » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/respiration.htm <sup>Traité de la respiration, liv.I, chap.II, §§1-4 ; chap.III, §5</sup>];<br />• Son explication que les actions et souffrances ne peuvent intérargir entre elles mais avec un seul et unique sujet : « dans les corps où il peut y avoir action et souffrance, il faut nécessairement qu’il y ait une seule nature sujette à ces deux phénomènes », car sinon « le chaud ne pourrait pas se refroidir, ni le froid s’échauffer de nouveau. Ce n’est pas, disait-il, la chaleur et le froid qui se changent l’un dans l’autre ; mais évidemment c’est le sujet qui subit le changement » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/corruption1.htm#63 <sup>De la production et de la destruction des choses, liv.I, chap.VI, §3</sup>];<br />• Sa définition de l’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Anaximène [[#Anaximène|<sup>II</sup>]]) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#215 <sup>Traité de l’âme, liv.I, chap.II, §15</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], localisation de l’[[w:Apollonie|Apollonie]] indéterminée) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA801#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §139 - Diogène d’Apollonie}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>ENCYCLO-PHILO</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''X.''' Ceux qui ont prétendu que le monde est animé et intelligent n’ont jamais poussé l’examen de la nature de l’âme jusqu’à comprendre quelle pouvait être sa forme, question dont je parlerai tout-à-l’heure. Dans le moment, j’exprimerai ma surprise sur l’incapacité de ceux qui veulent que le monde soit animé, immortel, heureux, et surtout rond, par la raison que '''Platon''' considère cette forme comme la plus belle. Je dirai que, pour moi, celles du cylindre, du carré, du cône et de la pyramide me paraissent plus agréables. Mais que votre dieu soit rond, quelle activité lui attribue-t-on ? Qu’il se tourne avec une rapidité à laquelle rien ne saurait se comparer ? c’est précisément à cause de cela que je ne comprends pas que sa vie puisse avoir l’égalité et le bonheur du sage. D’ailleurs, ce qui est si pénible pour notre corps, comment ne le serait-il pas pour un dieu ? Il y a plus; la terre, certes, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie de dieu. Or, nous voyons incultes et inhabitables les plus grandes régions de la terre, le soleil ayant brûlé les unes, la neige, les brumes et l’absence de la chaleur ayant glacé les autres. Si donc le monde est dieu, il faut admettre qu’une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent [[#monde_divin_Platon_NdT_Matter|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telles sont vos opinions, cher '''Balbus'''; voyons maintenant celles des anciens, en commençant par le plus éloigné d’entre eux. J’entends d’abord '''Thalès''', le premier qui ait agité ces questions. Il prétend que l’eau est le principe des choses, et que Dieu est cette puissance [[#mens_force_NdT_Matter|<span id="mens_force_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] qui a tout formé de l’eau. Mais si les dieux peuvent exister sans les sens et sans le mouvement, et que cette puissance puisse se maintenir sans corps, pourquoi '''Thalès''' l’a-t-il jointe à l’eau ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les dieux naissent, qu’ils prennent leur origine à longs intervalles, qu’ils meurent de même, et que ce sont des mondes innombrables. Cependant, quant à nous, nous ne saurions comprendre Dieu autrement qu’éternel.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Après ce philosophe, '''Anaximène''' enseigna que l’air était dieu, qu’il naissait, qu’il était immense, infini et toujours actif. Mais comment l’air, qui n’a aucune forme, peut-il être dieu, surtout quand on considère que non seulement Dieu doit en avoir une, mais encore la plus belle ? D’ailleurs, tout ce qui naît est périssable [[#Anaximène_NdT_Matter|<span id="Anaximène_NdT_Matter_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]].</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#monde_divin_Platon_NdT_Matter_back|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''Une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent''. Il est, sans doute, inutile de faire remarquer que ce sont là de froides plaisanteries. Si Platon qualifie le monde de ''divin'', il le distingue néanmoins de Dieu, son auteur.'''</td>
</tr>
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#mens_force_NdT_Matter_back|<span id="mens_force_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Dieu est cette puissance.'' Le texte porte ''mens'' ; mais ce n’est pas dans le sens d’intelligence, c’est dans celui de ''force'', de ''cause motrice'', qu’il faut prendre ce terme. ''Voyez'' [[w:Friedrich_Gedike|GEDICKE]], ''Hist. philosoph. Ciceron.'', p. 40; cf. ''Æneidos'' lib. VI, v.727.'''</td>
</tr>
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#Anaximène_NdT_Matter_back|<span id="Anaximène_NdT_Matter"><sup>3</sup></span>]] ''Tout ce qui naît est périssable.'' Velleius est ici dans l’erreur ou commet une erreur, suivant l’habitude des épicuriens. Anaximène enseignait que ''l’air avait toujours été''.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA27#v=onepage&q&f=true ''X.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA129#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Ceux qui ont prétendu que le Monde avoit une âme, et qu’il étoit intelligent, n’ont point compris dans quelle forme l’âme peut subsister. Mais avant que de m’expliquer là-dessus, il me suffira ici de remarquer combien peu [[#épicurien_NdT_P-J_TdO|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] d’esprit il faut avoir pour dire que le Monde est animé, immortel, souverainement heureux, et qu’en même temps il est rond.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Pourquoi rond ? Parce que la figure ronde, suivant '''Platon''', est la plus belle de toutes. Mais je trouve, moi, plus de beauté dans le cylindre, dans le quarré, dans le cône, dans la pyramide.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et ce Dieu rond, à quoi l’occupez-vous ? à se mouvoir d’une si grande vîtesse, que l’imagination même ne sauroit y atteindre. Or je ne vois pas, qu’étant agité de la sorte, il puisse être heureux, et avoir l’esprit tranquille. Qui nous feroit ici tourner sans relâche, ne fît-on même tourner que la moindre partie de notre corps, nous serions mal à notre aise. Pourquoi un Dieu s’en trouveroit-il mieux que nous ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De plus, si la terre est une portion du Monde, c’est par conséquent une portion de Dieu. Or il y a de vastes régions, qui ne sont ni habitées, ni cultivées : les unes, parce qu’étant trop près du Soleil, on y meurt de chaud ; les autres, parce que l’éloignement de cet astre les glace. Si donc le Monde est Dieu, il faut, puisque ces régions font partie du monde, convenir que Dieu brûle d’un côté, tandis qu’il est gelé de l’autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Voilà, '''Balbus''', les sentimens de votre secte. Rapportons ceux des autres Philosophes, en commençant par le plus ancien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', le premier qui ait examiné ces questions, a dit [[#Thalès_NdT_P-J_TdO|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette intelligence, par qui tout [[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] est formé de l’Eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre, supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les Dieux reçoivent l’être, qu’il naissent et meurent de loin à loin, et que ce sont des mondes innombrables. Mais peut-on admettre un Dieu, qui ne soit pas éternel ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximène''' prétend que l’air est Dieu, qu’il est produit, qu’il est immense et infini, qu’il est toujours en mouvement. Mais l’Air n’ayant point de forme, comment pourroit-il être Dieu, puisque Dieu en doit avoir une, et même une très-belle ? Outre cela, dire qu’il a été produit, n’est-ce pas dire qu’il est périssable ?</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#épicurien_NdT_P-J_TdO_back|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] A ces expressions impertinentes, il est aisé d’observer l’art de Cicéron, qui fait parler un ''Epicurien'' comme parlent encore ceux de son espèce. Beaucoup de hauteur dans les manières, nulle profondeur, nulle suite dans les raisonnemens, termes vagues, phrases entortillées.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thalès_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] Les éclaircissements qu’il faudroit ici pour expliquer l’opinion de Thalès, et celles de plusieurs autres, se trouveront à la fin de ce volume, sous le titre de [[#Remarques_NdT_P-J_TdO|<span id="Remarques_NdT_P-J_TdO_back">''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''</span>]].'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Il y a dans le Texte, ''Deus autem, eam mentem, quæ ex aqua cuncta fingeret.'' Sur quoi Gassendi, ''Phys. sect. 1. lib. 4. cap. 2.'' fait cette remarque : ''Cùm dicit FINGERET, non FINXERIT, planum facit placuisse illi eamdem adhuc causam penetrare in omnia, omniaque adhuc efficere.'''''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Plutarque_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] Plutarque, ''De plac. Philos, lib. I, cap. 3'', où il ne fait que copier Aristote, ''Metaphys. lib. I, cap. 3'', dit que Thalès fondoit son opinion sur ces trois raisons. C’est, dit-il, que « premièrement la se-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» mence est le principe de tous les ani-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» maux, laquelle semence est humide, ainsi<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» est-il vrai-semblable que toutes autres<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» choses aussi ont leur principe d’humidité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» Secondement, que toutes sortes de plantes<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» sont nourries d’humeur, et fructifient par<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» humeur, et quand elles en ont faute, elles<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» se dessèchent. Troisièmement, que le feu<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» du Soleil même et des astres se nourrit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» et entretient des vapeurs procédantes des<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» eaux, et par conséquent aussi tout le<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» monde. ''Traduct. d’Amyot.'''''
</td>
</tr>
</table>
<div id="Remarques_NdT_P-J_TdO">{{Boîte déroulante début|titre=''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''<br/>'''Thalès''' de Milet, le premier qui ait examiné ces questions, a dit que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette Intelligence, par qui tout est formé de l’eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre ; supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quand on dit que '''Thalès''' fut le premier qui examina ces sortes de matières, on veut seulement dire qu’il fut le premier des Grecs, qui s’y appliqua en Physicien. Avant lui, déjà les Poètes avoient conté à leur manière l’origine du monde. '''Arisrote''' (''Lib. I. Metaphys. cap. 3.'') prétend même, que l’opinion de Thalès pouvoit avoir été celle des premiers Théologiens, c’est-à-dire, des plus anciens Poètes ; et l’on cite là-dessus un endroit (De l’Iliade, liv. XIV, vers 246.) d’'''Homère''' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Homère_back|<sup>🔄</sup>]], qui paroît y avoir beaucoup de rapport.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quoi qu’il en soit, l’opinion de '''Thalès''', ainsi que '''Cicéron''' l’a expliquée, renferme deux propositions. L’une, ''Que l’eau est le principe de toutes choses.'' L’autre, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la première, tous les Auteurs la rapportent dans les mêmes termes ; et Plutarque insinue (''De Iside et Osiride.'') qu’ '''Homère''' et '''Thalès''' avoient pris cette opinion des Egyptiens. En effet, comme les Egyptiens voyoient que c’est le Nil qui cause la fertilité de leurs terres, ils pouvoient s’imaginer très-aisément et très-naturellement, que l’eau est le principe de toutes choses. Je suis fort trompé, si cette raison n’est préférée aux trois autres, que '''Plutarque''' [[#Plutarque_NdT_P-J_TdO|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO_back"><sup>4</sup></span>]] a copiées d’ '''Aristote'''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la seconde proposition, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau'', tous les autres ne disent pas, du moins en termes formels, que '''Thalès''' l’ait enseignée.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Un Critique (Bayle, dans son Dictionnaire, à l’arcle ''Thalès'', Remarque C ; et à l’article ''Anaxagoras'', remarque D.) voudroit inférer de-là, que Cicéron, lorsqu’il a dit que '''Thalès''' fit présider un principe intelligent à la formation de l’Univers, s’étoit trompé. Ou que si telle avoit été l’opinion de '''Thalès''', '''Cicéron''' étoit par conséquent tombé dans une contradiction visible ; puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui donna l’arrangement de la matière à une intelligence.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Voyons donc premièrement, si l’on doit soupçonner '''Cicéron''' de se tromper, lorsqu’il dit que '''Thalès''' reconnoissoit un principe intelligent. Je pourrois répondre d’abord, que son autorité devroit elle seule tenir contre le silence des autres écrivains. Quand nous avons un bon argument positif sur un fait semblable, on n’est plus reçu à employer le négatif. Mais une autre réponse, à laquelle je n’en vois point, c’est qu’il est faux que tous les autres écrivains se taisent là-dessus.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> '''Aristote''' (''De Anima, lib. I, cap. 5.'') nous dit, que les Philosophes tenoient qu’il y a une intelligence répandue dans tout l’Univers ; et que c’étoit peut-être ce qui avoit persuadé à '''Thalès''', que tout étoit plein de Dieux. '''Plutarque''' (''De plac. Philos. lib. I, cap. 7.'') nous dit, que Dieu est l’ame du monde, suivant '''Thalès'''. On voit dans l’Historien des Philosophes, que '''Thalès''' croyoit (Τὸν ϰοσμὸν ἐμψυϰὸν. Laërt. I, 27 et 35.) le monde ''animé'' : qu’il disoit que Dieu est ce qu’il y a de plus ancien, parce qu’il est improduit ; et que le monde est ce qu’il y a de plus beau, parce que c’est l’ouvrage de Dieu.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Toutes ces autorités qui n’étoient pas inconnues à M. Bayle, puisqu’il les rapporte lui-même, confirment parfaitement celle de '''Cicéron''', si l’on veut les prendre dans leur sens naturel. Et pourquoi leur donner un sens forcé, à moins qu’on ne se fasse un plaisir secret d’augmenter le nombre des Matérialistes ? Par ce mot nous entendons des Philosophes, qui donnent la formation de l’Univers à la matière toute pure, sans le concours d’une cause intelligente.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Mais, ajoûte M. Bayle, s’il étoit vrai que '''Thalès''' eût reconnu le concours d’une intelligence dans la formation de l’Univers, il s’ensuivroit que '''Cicéron''' s’est contredit visiblement, puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui attribua le mouvement et l’arrangement de l’Univers à un esprit infini.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Point du tout ; il n’y a pas ombre de contradiction. '''Thalès''', selon les passages que je viens de citer, vouloit parler d’une intelligence, qui ne faisant qu’un avec la matière, dirigeoit ses opérations ; comme on diroit que l’âme, qui jointe au corps ne fait qu’un même homme, dirige les actions de l’homme. Mais '''Anaxagore''' l’entendoit d’une intelligence absolument distincte et séparée de la matière, comme on le verra ci-dessous. Ainsi, celui-là trouvoit dans un même Tout la cause matérielle, et la cause efficiente, au lieu que celui-ci les divisoit réellement. Ce sont deux opinions toutes différentes, dont la première ayant été d’abord enseignée par '''Thalès''', et la seconde par '''Anaxagore''', '''Cicéron''' a eu raison de les reconnoître pour auteurs, celui-ci d’un système, celui-là d’un autre.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Il ne reste plus qu’à développer la dernière (''Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ?'' De nat. Deor. I, 10.) phrase de '''Cicéron''', qui contient la réfutation de '''Thalès'''. Elle paroît un peu tronquée. On devine cependant la pensée de '''Velléius'''. Il prétend, que '''Thalès''' a tort de joindre ensemble la Matière et l’Intelligence, si elles n’ont pas une liaison nécessaire. Or, dit-il, elles n’ont pas une liaison nécessaire : supposé premièrement, que les Dieux, c’est-à-dire, les principes, ou la matière de tout ce qui existe, puissent être sans intelligence, comme '''Epicure''' l’a cru des atômes, ''si Dii possunt esse sine sensu et mente'' : supposé en second lieu, que l’intelligence puisse subsister elle-même sans corps, comme '''Anaxagore''' le croyoit, ''si ipsa mens constare potest vacans corpore''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Remarquons que Velléius raisonne hypothétiquement : ainsi, quoiqu’il ne crût pas qu’une intelligence pût être sans corps, il lui étoit permis d’en faire une objection.<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}</div>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n59/mode/2up ''X.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n215/mode/2up <sup>REMARQUES</sup>], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n93/mode/2up là encore])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br />
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXIII.</div> =====
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">[[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] reprend ici l’argument de '''C. Velléius''', selon lequel '''Thalès''' de ''Milet'' semble être le plus ancien philosophe à s’être questionné sur la forme des Dieux.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXIII.''' Etenim enumerasti memoriter , et copiosè (ut mihi quidem admirari liberet , in homine esse ''Romano'' tantam scientiam) usque a '''Thale Milesio''' de natura Deorum philosophorum sententias. Omnesne tibi illi delirare visi sunt , qui sine manibus et pedibus constare Deum posse decreverunt ? Ne hoc quidem vos movet , considerantes, quæ sit utilitas, quæque opportunitas in homine membrorum , ut judicetis , membris humanis Deos non egere ? Quid enim pedibus opus est sine ingressu ? Quid manibus , si nihil comprehendendum ? quid reliquâ descriptione omnium corporis partium , in qua nihil inane , nihil sine causa , nihil supervacaneum est ? Itaque nulla ars imitari solertiam naturæ potest. Habebit igitur linguam Deus , et non loquetur : dentes , palatum, fauces, nullum ad usum : quæque procreationis causâ natura corpori affinxit , ea frusta habebit Deus : nec externa magis , quàm interiora , cor , pulmones , jecur , cetera ; quæ , detractâ utilitate , quid habent venustatis ? quandoquidem hæc esse in Deo propter pulchritudinem vultis. Istisne fidentes somniis non modò '''Epicurus''' , et '''Metrodorus''' , et '''Hermachus''' contra '''Pythagoram''' , '''Empedoclemque''' dixerunt , sed meretricula etiam '''Leontium''' contra '''Theophrastum''' scribere ausa sit : scito illa quidem sermone , et '''Attico''' : sed tamen. Tantum '''Epicuri''' hortus habuit licentiæ ! Et soletis queris. '''Zeno''' quidem etiam litigabat. Quid dicam '''Albutium''' ? Nam '''Phædro''' nihil elegantius , nihil humanius : sed stomachabatur senex , si quid asperius dixeram. Cùm '''Epicurus''' contumeliosissimè '''Aristotelem''' vexaverit : '''Phædoni''' '''Socratico''' turpissimè maledixerit : '''Metrodori''' , sodalis sui , fratem , '''Timocratem''' , quia nescio quid in philosophia dissentiret , totis voluminibus conciderit : in Democritum ipsum , quem secutus est , fuerit ingratus : '''Nausiphanem''' , magistrum suum , a quo nihil didicerat , tam malè acceperit.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n192/mode/1up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA92#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]])
</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXIII.''' Tu as, parlant d’abondance et faisant preuve d’une mémoire remarquable, passé en revue les opinions de tous les philosophes, depuis '''Thalès''' de ''Milet'', sur la nature des dieux, et certes je ne demanderais pas mieux que d’admirer un ''Romain'' qui en sait si long.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Tous ceux qui ont admis qu’un dieu existât sans avoir ni mains ni pieds t’ont paru délirer? Ne tient-on donc aucun compte, dans ta secte, de l’utilité par laquelle se justifie dans l’homme la présence de chacun de ses membres, ce qui pourrait vous amener à comprendre que les dieux n’en ont pas besoin? À quoi bon des pieds si l’on n’a pas à marcher? des mains si l’on n’a rien à saisir? Et j’en dirai autant des autres parties entrant dans la structure du corps où il ne peut rien y avoir qui soit en vain, sans raison d’être, superflu. C’est cela qui fait la supériorité de la nature sur l’art humain quelque habile qu’on veuille le supposer. Un dieu aura donc, selon vous, une langue bien qu’il ne parle pas, des dents, un palais, un gosier qui ne serviront à rien, et tous les organes que la nature a fabriqués en vue de la reproduction, un dieu les possédera sans en faire aucun usage? Le raisonnement s’applique tout aussi bien aux organes internes qu’aux externes : en quoi le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils contribuer à la beauté d’un être si l’on supprime la fonction utile qu’ils remplissent?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et cependant c’est pour qu’il soit beau que vous voulez en doter, votre dieu. C’est en s’appuyant sur de pareilles rêveries qu’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Métrodore_de_Lampsaque_(le_Jeune)|'''Métrodore''']] [[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], [[w:Hermarque_de_Mytilène|'''Hermarque''']] [[#Hermarque_de_Mytilène|<span id="Hermarque_de_Mytilène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] ont dressé un réquisitoire contre [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pythagore_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Empédocle_back|<sup>🔄</sup>]]; bien mieux que [[w:Léontion|'''Léontium''']] [[#Léontion|<span id="Léontion_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]], une femme galante, n’a pas craint d’attaquer [[w:Théophraste|'''Théophraste''']] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]] dans un écrit de forme élégante, attique, c’est vrai, mais l’audace en est-elle moins choquante? Ce sont les habitués du [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']] [[#école_Jardin|<span id="école_Jardin_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1021#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le “Jardin” (Κῆπος) d’Épicure}}] d’'''Épicure''' qui seuls ont pris tant de liberté. Et encore vous vous plaignez. [[w:Zénon_de_Kition|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]] était d’humeur querelleuse.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Que dire d’[[w:Titus_Albucius|'''Albucius''']] [[#Albucius|<span id="Albucius_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]? Quant à [[w:Phèdre_(philosophe)|'''Phèdre''']] [[#Phèdre|<span id="Phèdre_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], le plus courtois, le plus aimable des vieillards, il se mettait en colère dès qu’il m’arrivait de montrer un peu de vivacité dans la discussion, alors qu’ '''Épicure''' a invectivé contre [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Aristote_back|<sup>🔄</sup>]], a calomnié [[w:Phédon_d%27Élis|'''Phédon''']] [[#Phédon|<span id="Phédon_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]] le disciple de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Socrate_back|<sup>🔄</sup>]], a en plusieurs volumes tenté d’écraser '''Timocrate''', le frère de son grand ami '''Métrodore''', parce qu’il y avait entre eux quelque insignifiant désaccord philosophique, s’est montré ingrat envers [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite|<span id="Démocrite_back"><sup>'''XIII'''</sup></span>]] même auquel il devait beaucoup, a médit de [[w:Nausiphane|'''Nausiphanès''']] [[#Nausiphanès|<span id="Nausiphanès_back"><sup>'''XIV'''</sup></span>]] son maître, dont il avait bien reçu quelque enseignement.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''XXXIII.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μητρόδωρος / Mētródōros [[wikt:en:Μητρόδωρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Mère. 2. Source ou origine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec originaire de [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']] [[#Lampsaque|<span id="Lampsaque_back"><sup>II</sup></span>]] en ''Asie Mineure'', très lié à Épicure [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], et appartenant à son [[w:Épicurisme|''école'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:321_av._J.-C.|-321]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Lampsaque'' — [[w:277_av._J.-C.|-277]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lampsaque_back|<span id="Lampsaque"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λάμψᾰκος / Lámpsakos [[wikt:en:Λάμψακος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne cité grecque d’Asie mineure, située sur la rive sud de l’[[w:Dardanelles|''Hellespont'']], en [[w:Troade|''Troade'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hermarque_de_Mytilène_back|<span id="Hermarque_de_Mytilène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἕρμᾰρχος / Hérmarkhos [[wikt:en:Ἕρμαρχος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Hermès, un dieu grec, fils de Zeus [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Maïa_(Pléiade)|Maïa]] [[#Maïa|<span id="Maïa_back"><sup>IV</sup></span>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince. »; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archontat|archontat]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurien'', successeur d’Épicure en tant que premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] — [[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:250_av._J.-C.|-250]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Maïa_back|<span id="Maïa"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μαῖᾰ / Maîa [[wikt:en:Μαῖα#Ancient_Greek|(en)]]; de μαῖα / maîa [[wikt:en:μαῖα#Ancient_Greek|(en)]], « dame », un terme honorifique pour les femmes plus âgées et une forme maternelle de μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">L’aînée des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], 7 sœurs, filles d’[[w:Atlas_(mythologie)|Atlas]] [[#Atlas|<span id="Atlas_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Pléioné|Pléioné]] [[#Pléioné|<span id="Pléioné_back"><sup>VII</sup></span>]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#école_Jardin_back|<span id="école_Jardin"><sup>V</sup></span>]] En grec ancien κῆπος / kêpos [[wikt:en:κῆπος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Jardin, verger ou plantation. 2. Enceinte des jeux olympiques. 3. Sorte de mode de couper les cheveux. 4. Organes génitaux féminins. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">École philosophique ouverte aux hommes, aux femmes et même aux esclaves, créée par Épicure en [[w:306_av._J.-C.|-306]], située au nord d’Athènes [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Athènes_back|<sup>🔄</sup>]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Atlas_back|<span id="Atlas"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄτλᾱς / Átlās [[wikt:en:Ἄτλας#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Mythologie grecque) Atlas. 2. Massif montagneux d’Afrique du Nord [[w:Atlas_(massif)|Atlas]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Titan_(mythologie)|Titan]] [[w:Hésiode|''hésiodique'']] du mythe fondateur de la mythologie grecque et de la Grèce antique, père des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], des [[w:Hyades_(mythologie)|Hyades]], des [[w:Hespérides|Hespérides]] et de [[w:Calypso|Calypso]]. À la suite de sa défaite dans la guerre des Titans contre les dieux de l’Olympe et Zeus pour régner sur le monde, ce dernier le condamne à porter la voûte céleste pour l’éternité sur ses épaules. Il est pétrifié par [[w:Persée|Persée]] avec la tête de [[w:Méduse_(mythologie)|Méduse]] et métamorphosé en l’Atlas, la chaîne de montagnes d’Afrique du Nord.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pléioné_back|<span id="Pléioné"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πληϊόνη / Plêïónê;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Une [[w:Océanides|Océanide]], fille d’[[w:Océan_(mythologie)|Océan]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Océan_back|<sup>🔄</sup>]] et de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Téthys_back|<sup>🔄</sup>]], et épouse d’Atlas [[#Atlas_back|<sup>VI</sup>]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Léontion_back|<span id="Léontion"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεόντιον / Leóntion;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurienne'' et [[w:Hétaïre|''hétaïre'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Albucius_back|<span id="Albucius"><sup>IX</sup></span>]] Préteur de la [[w:Corse-Sardaigne|''Sardaigne'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Sardaigne_back|<sup>🔄</sup>]] vers [[w:105_av._J.-C.|-105]], orateur, hellénophile et adepte de l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Phèdre_back|<span id="Phèdre"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Φαῖδρος#Grec_ancien|Φαῖδρος / Phaîdros]]; de l’adjectif φαιδρός / phaidrós [[wikt:en:φαιδρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, rayonnant. 2. (au sens figuré) Rayonnant de joie, lumineux, joyeux. »; du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe [[w:Épicurisme|''épicurien'']] ''grec'', chef de l’école ''épicurienne'' à Athènes [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Athènes_back|<sup>🔄</sup>]] de [[w:75_av._J.-C.|-75]] à sa mort. Il fut réfugié quelque temps à [[w:Rome_antique|''Rome'']] lors de la [[w:Siège_d%27Athènes_et_du_Pirée|prise d’Athènes]], il enseigne l’épicurisme à Cicéron et à Velléius.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:138_av._J.-C.|-138]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de naissance indéterminé'' — [[w:70_av._J.-C.|-70]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Phédon_back|<span id="Phédon"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαίδων / Phaídōn [[wikt:en:Φαίδων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis|<span id="Élis_back"><sup>XII</sup></span>]], et capturé lors de la guerre contre [[w:Sparte|''Sparte'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Lacédémone_back|<sup>🔄</sup>]] alors qu’il était enfant et vendu comme esclave. Libéré par Socrate à ''Athènes'', il en devient un élève régulier jusqu’à [[w:Procès_de_Socrate|''sa mort'']], au quelle il assiste, et que Platon rapporte dans un dialogue portant [[w:Phédon_(Platon)|''son nom'']]. Par la suite, il retourne à ''Élis'' et fonde l’école de philosophie d’Élis ou d’Érétrie [[w:Eretrian_school|(en)]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — début [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Élis_back|<span id="Élis"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἦλῐς / Êlis [[wikt:en:Ἦλις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque située au nord-ouest du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], à l’ouest de l’[[w:Arcadie|''Arcadie'']]. Elle était la capitale de l’[[w:Élide|''Élide'']]. Le sanctuaire d’[[w:Olympie|''Olympie'']] dépendant de son territoire, ''Élis'' avait la charge d’organiser les [[w:Jeux_olympiques_antiques|''Jeux olympiques antiques'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Démocrite_back|<span id="Démocrite"><sup>XIII</sup></span>]] Du nom propre Δημόκρῐτος / Dēmókritos [[wikt:en:Δημόκριτος#Ancient_Greek|(en)]], « choisi par le peuple »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe κρῑ́νω / krī́nō [[wikt:en:κρίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Ordonner, arranger. 3. Se renseigner, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours/une compétition, avec accusatif du concours ou du différend, ou accusatif d’une personne impliquée dans le concours ou le différend ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (moyen, passif) Avoir un concours départagé; • (moyen et passif) Disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Pour discerner le bien du mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe grec considéré comme [[w:Matérialisme|''matérialiste'']] en raison de sa conception d’un Univers constitué d’atomes et de vide. Il fut un disciple de [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤵️</sup>]], l’un des premiers [[w:Atomisme|''atomiste'']]. Aucun de ses nombreux ouvrages ne nous est parvenu, seules ses pensées ainsi que quelques fragments de son œuvre [[w:Démocrite#Œuvres|<sup>📚</sup>]] nous ont été transmis par de nombreux [[w:Doxographe|''doxographes'']] dont [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]], [[w:Aristote|Aristote]], [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] et [[w:Plutarque|Plutarque]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:460_av._J.-C.|-460]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Abdère_back|<sup>🔄</sup>]] — [[w:370_av._J.-C.|-370]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], en [[w:Grèce#Antiquité|''Grèce'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Nausiphanès_back|<span id="Nausiphanès"><sup>XIV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ναυσῐφᾰ́νης / Nausiphánēs [[wikt:en:Ναυσιφάνης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ναῦς / naûs [[wikt:en:ναῦς#Ancient_Greek|(en)]], « bateau »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière, montrer, découvrir, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer en avant, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, donner de la lumière. 3. (passif) Apparaître; briller : • Naître; • Arriver; • (verbe copulatif ou de contrôle) Avoir l’air (d’être) : a. (φαίνεται comme interjection) Oui ; ainsi il apparaît; apparemment; b. (tardif, impersonnel) Sembler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptique'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] et [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l’Antiquité_grecque|rhéteur]] grec, disciple de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>XIII</sup>]] et de [[w:Pyrrhon_d’Élis|Pyrrhon]] [[#Pyrrhon_back|<sup>XV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] — [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pyrrhon_back|<span id="Pyrrhon"><sup>XV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πύρρων / Pýrrhôn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Un des premiers philosophes [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptiques'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme|<span id="scepticisme_back"><sup>XVI</sup></span>]] et inspirateur du ''pyrrhonisme'' [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] [[w:en:Pyrrhonism|(en)]], originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis_back|<sup>XII</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Années_360_av._J.-C.|-360]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Élis'' — [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#scepticisme_back|<span id="scepticisme"><sup>XVI</sup></span>]] De l’adjectif σκεπτῐκός / skeptikós [[wikt:en:σκεπτικός#Ancient_Greek|(en)]], « Qui observe, qui réfléchit, qui interroge. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe σκέπτομαι / sképtomai [[wikt:en:σκέπτομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Regarder, examiner. 2. Examiner, considérer, penser : • (rarement) Penser, estimer; • Préparer, préméditer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ικός / -ikós;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''scepticisme'' est une attitude de questionnement ou de doute à l’égard des revendications de connaissances qui sont considérées comme une simple croyance ou un dogme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''pyrrhonisme'' est une ancienne école grecque de ''scepticisme philosophique'' qui rejette le dogme et préconise la suspension du jugement [[wikt:en:Epoché|(en)]] (ἐποχή / epokhē [[wikt:en:ἐποχή#Ancient_Greek|(en)]]) sur la vérité de toutes les croyances, pour atteindre la tranquillité mentale [[w:en:Ataraxia|(en)]] (ἀταραξία / ataraxía [[wikt:en:ἀταραξία#Ancient_Greek|(en)]]).<br/><br />
'''</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXIII.''' Tout ce que les philosophes ont pensé sur la nature des dieux depuis '''Thalès''' de ''Milet'', tu nous l’as rapporté de mémoire et avec une telle érudition, qu’elle m’étonne dans un ''Romain''. Or, te paraît-il qu’ils aient tous extravagué, en disant que les dieux pouvaient exister sans mains et sans pieds? Quand vous voyez quelle est pour nous l’utilité, quelle est au moins l’opportunité de certaines parties du corps, cela ne devrait-il pas vous porter à croire que les dieux peuvent se passer de ces membres? En effet, qu’ont-ils besoin de pieds, s’ils ne marchent pas; de mains s’ils ne touchent rien? Je ne parle pas des autres parties du corps où rien n’est sans objet, sans cause, sans activité, en sorte qu’aucun art ne saurait ici imiter la nature. Votre dieu aura donc une langue, et ne parlera pas; des dents, un palais, un gosier, et n’en fera pas usage. Ce que la nature a donné à l’homme pour la continuation de son espèce, le dieu l’aura reçu en vain; et les organes intérieurs lui seront aussi inutiles que les parties extérieures. Si pourtant le cœur, les poumons, le foie et les autres intestins ne sont pas utiles, qu’ont-ils donc de si beau? On le dirait, puisque vous ne voulez de tout cela dans le dieu que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et c’est avec de pareils songes [[#songe_Epicure_NdT_Matter|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] qu’'''Epicure''', '''Métrodore''' et '''Hermachus''' se sont déclarés contre '''Pythagore''', '''Platon''' , '''Empédocle'''! que la courtisane '''Leontium''' a osé écrire contre '''Théophraste'''! Il est vrai qu’elle l’a fait dans un langage ingénieux et vraiment attique; mais encore [[#Mais_encore_NdT_Matter|<span id="Mais_encore_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] !<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telle est la licence du jardin d’'''Épicure''', et vous vous distinguez les dieux en hommes et femmes, vous voyez bien ce qui s’ensuivra. Pour moi, jamais je ne puis assez témoigner ma surprise de ce que votre chef ait pu arriver à de pareilles idées.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Mais vous en revenez toujours, à grands cris, au principe qu’un dieu doit être heureux et immortel. Ne pourrait-il donc pas être heureux à moins d’avoir deux pieds? ou pourquoi cette ''béatité'' ou cette ''béatitude'' (car l’un et l’autre de ces deux mots sont également durs, et il faut adoucir les mots par l’usage) ; pourquoi cet état, quelque nom qu’il porte, ne pourrait-il pas tomber en partage au soleil là-haut, à ce monde-ci, à quelque intelligence éternelle, qui n’aurait ni les formes ni les membres d’un corps humain?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Tu ne réponds rien à cela, si ce n’est que tu n’as jamais vu de soleil ni de monde heureux. Mais quoi, peux-tu nier que tu n’as jamais vu d’autre monde que celui-ci? Et pourquoi alors affirmer qu’il y a, non-seulement six cent mille mondes, mais un nombre infini? ''La raison le dit''. Et pourquoi la raison ne dit-elle pas aussi, lorsqu’il est question de la nature la plus excellente, d’une nature heureuse et éternelle, qui seule est une nature divine, qu’outre les avantages de l’immortalité qu’elle a sur nous, elle tient encore ceux de l’esprit, et puisqu’elle tient ceux de l’esprit, elle doit avoir encore ceux du corps? Dès-lors, inférieurs à Dieu dans certaines choses, pourquoi lui serions-nous égaux en forme? Si nous ressemblons à Dieu en quelque chose, c’est par la vertu plus que par la figure.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#songe_Epicure_NdT_Matter_back|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''C’est avec de pareils songes, etc.'' [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], qui faisait ses délices d’un paradoxe, s’est amusé à prouver que Léontium était la femme légitime d’Épicure.'''</td>
</tr>
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#Mais_encore_NdT_Matter_back|<span id="Mais_encore_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Mais encore.'' — ''Sed tamen.'' L’écrivain orateur se sert ici d’une figure de bon effet, connue sous le nom de [[w:ἀποσιώπησις#Grec_ancien|άποσιώπησις'']].'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA93#v=onepage&q&f=true ''XXXIII.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA137#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> Tout ce que les Philosophes depuis '''Thalès''' ont pensé sur la nature des Dieux, vous l’avez rapporté avec une érudition, qui m’a surprit dans un ''Romain''. Or vous paroît-il qu’ils aient tous extravagué, pour avoir dit que des mains et des pieds n’étoient pas une chose essencielle à la Divinité? Quand vous examinez à quoi servent des membres tels que les nôtres, ne vous est-il pas évident que les Dieux peuvent s’en passer? Faut-il des pieds, à qui ne marche jamais? des mains, à qui n’a rien à toucher? Ainsi des autres membres; car il n’y en a point d’inutile, point qui n’ait ses fonctions particulières. L’adresse de la nature surpasse ici tous les efforts de l’art. Votre Dieu aura donc une langue sans parler; il aura des dents, un palais, un gosier, sans en faire usage; il aura en vain ce qui est destiné à la génération; il aura non-seulement les parties extérieures, mais encore les intérieures, le cœur, le poumon, le foie et autres semblables, qui ne lui sont bonnes à rien, puisque vous ne lui donnez des membres que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De si folles rêveries ont-elles pu inspirer à '''Épicure''', à '''Métrodore''', à '''Hermachus''', l’audace de s’élever contre '''Pythagore''', contre '''Platon''', contre '''Empédocle'''? Que dis-je? la courtisane [[#Léontium_NdT_P-J_TdO|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] '''Léontium''' osa écrire contre '''Théophraste'''; finement, je l’avoue, et d’un style Attique : mais enfin voilà jusqu’où le jardin [[#jardin_NdT_P-J_TdO|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] d’'''Epicure''' portoit la licence; et votre [[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] coutume est cependant de prendre feu, pour peu qu’on ne soit pas de votre avis. Il n’en falloit pas davantage pour se faire une querelle avec [[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>4</sup>'''</span>]] '''Zénon'''. '''Albutius''' entendait-il mieux raillerie ? '''Phèdre''', ce bon vieillard, qui étoit la politesse même, lorsqu’il m’échappoit quelque vivacité dans la dispute, aussitôt se mettoit de mauvaise humeur. Quelles ont été les invectives d’ '''Épicure''' contre '''Aristote''', et ses médisances infâmes contre '''Phédon''', disciple de '''Socrate'''? Il a écrit des volumes entiers contre '''Timocrate''', qui étoit le frère de son ami '''Métrodore''', et qui ne lui avoit déplu que pour n’être pas de son opinion sur je ne sais quel point de Philosophie. Il n’a marqué nulle reconnoissance pour '''Démocrite''', l’auteur de sa doctrine; et il a traité fort mal '''Nausiphane''', son maître, qui ne lui avoit [[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>5</sup>'''</span>]] rien appris.
</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Léontium_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] Le P. [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], dans ses Remarques sur Pline XXXV, 40, prétend que Léontium étoit la femme légitime d’Épicure. Voici sa preuve. ''Plinius inter tabuas Theodori pictoris habet Leontium Epicuri cogitantem. Quo dicto non meretricem, sed Epicuri conjugem fuisse Leontium significat, et in tabula pingi de rebus philosophicis meditantem. Sic enim in nummis antiquis appellantur Plotina Trajani, Sabina Hadriani, et apud Plinium aliæ, conjuges, certè, non meretrices.'''''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#jardin_NdT_P-J_TdO_back|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] C’est-à-dire son école, parce qu’il enseignoit dans un [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']]. De même on dit l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Académie_back|<sup>🔄</sup>]] pour l’école de Socrate, parce que Platon et ses successeurs enseignoient dans un parc de ce nom-là. On dit aussi par la même raison [[w:Lycée_(école_philosophique)|''le Lycée'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Lycée_back|<sup>🔄</sup>]] pour l’école d’Aristote, et ''le Portique'' [[wikt:en:Stoa_Poikile|(en)]] pour celle des ''Stoïciens''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Ceci regarde, non Velléius personnellement, mais en général tous les ''Epicuriens'', qui trouvoient qu’en disputant contre eux, on ménageoit peu les termes.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] C’est Zénon l’Epicurien. [[w:Pierre_Bayle|Bayle]], dans son [[w:Dictionnaire_historique_et_critique|Dictionnaire]] [https://books.google.fr/books?id=BvaympyA3LQC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22Zenon%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique&hl=fr&pg=PA607#v=onepage&q&f=true <sup>Zénon pp.607-610</sup>], a une article entier touchant Albutius [https://books.google.fr/books?id=DEn89SsJaYIC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22albutius%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique%201734&hl=fr&pg=PA193#v=onepage&q&f=true <sup>pp.193-195</sup>]. Comme Phèdre, et quelques autres ne sont ici nommés qu’en passant, il est inutile de m’y arrêter.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO"><sup>5</sup></span>]] Pour sentir cette plaisanterie, il faut se ressouvenir de ce qu’on a lu ci-dessus, page 107.'''
</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n117/mode/2up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n109/mode/2up là encore])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
=== [[w:Académiques|Academica]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Académie_back|<sup>🔄</sup>]] ===
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> Dialogue de '''Cicéron''', publié en [[w:45_av._J.-C.|-45]], qui nous est parvenu dans un état très fragmentaire : le second livre (connu sous le nom de ''Lucullus''; le premier, ''Catulus'', étant perdu) de la première édition (appelée ''Academica Priora''), des fragments du premier livre de la seconde édition (''Academica Posteriora'') remaniée, qui comptait quatre livres. On peut le considérer comme l’introduction naturelle aux ouvrages philosophiques de '''Cicéron''' qui suivent ; il s’y fait le porte-parole de la Nouvelle Académie, tradition philosophique sceptique issue de l’Académie de '''Platon''' et initiée par [[w:Arcésilas_de_Pitane|'''Arcésilas''']] de [[w:Pitane|''Pitane'']]. La question principale abordée dans l’ouvrage est celle de l’accès à la connaissance, étape première dans la pensée grecque pour la conduite de l’être humain. Il y présente les diverses positions soutenues par les successeurs de '''Platon''', mais refuse de s’aligner sur la doctrine d’une école particulière.</div></poem>
==== [[w:Académiques#Academica_Priora|Academica Priora]] [[s:Premiers_Académiques|<sup>📚</sup>]] ====
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> La première édition se déroule sur deux jours consécutifs en [[w:62_av._J.-C.|-62]]. La conversation a lieu entre quatre dirigeants romains éminents : [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-78)|'''Quintus Lutatius Catulus Capitolinus''']], [[w:Quintus_Hortensius_Hortalus|'''Quintus Hortensius''']], [[w:Lucullus|'''Lucius Licinius Lucullus''']] et '''Cicéron'''. Le ''Catulus'' (perdu) a lieu le premier jour dans la villa balnéaire de '''Catulus''', et le ''Lucullus'' le deuxième jour dans la villa balnéaire d’ '''Hortensius'''.</div>
===== Livre II — [[w:Lucullus|'''Lucullus''']] =====
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> '''Lucullus''' insiste sur le fait qu’il répète de mémoire les arguments d’[[w:Antiochos_d%27Ascalon|'''Antiochos''']]. '''Catulus''' dit qu’il répète les vues de son [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|père]], qui semblent être les mêmes que les vues initiales de [[w:Philon_de_Larissa|'''Philon''']]. '''Hortensius''' nie avoir une quelconque expertise philosophique. Cicéron défend les vues académiques sceptiques de [[w:Clitomaque_de_Carthage|'''Clitomaque''']].</div></poem>
====== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVII.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de '''Thalès''' comme l’un des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']], et d’une théorie de l’eau principe universel.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVII.''' Princeps '''Thales''', unus e septem, cui sex reliquos concessisse primas ferunt, ex aqua dixit constare omnia. At hoc '''Anaximandro''', populari et sodali suo, non persuasit: is enim infinitatem naturae dixit esse, e qua omnia gignerentur. Post eius auditor '''Anaximenes''' infinitum aëra, sed ea, quae ex eo orirentur, definita: gigni autem terram, aquam, ignem, tum ex his omnia. '''Anaxagoras''' materiam infinitam, sed ex ea particulas, similis inter se, minutas, eas primum confusas, postea in ordinem adductas a mente divina. '''Xenophanes''', paulo etiam antiquior, unum esse omnia neque id esse mutabile et id esse deum neque natum umquam et sempiternum, conglobata figura: '''Parmenides''' ignem, qui moveat terram, quae ab eo formetur: [[w:Leucippe|'''Leucippus''']], plenum et inane: '''Democritus''' huic in hoc similis, uberior in ceteris: '''Empedocles''' haec pervolgata et nota quattuor: '''Heraclitus''' ignem: '''Melissus''' hoc, quod esset infinitum et immutabile, et fuisse semper et fore. '''Plato''' [[#Platon_NdT_Nisard|<span id="Platon_NdT_Nisard_back">''ex materia in se omnia recipiente''</span>]] mundum factum esse censet a deo sempiternum. '''Pythagorei''' ex numeris et mathematicorum initiis proficisci volunt omnia. Ex his eliget vester sapiens unum aliquem, credo, quem sequatur: ceteri tot viri et tanti repudiati ab eo condemnatique discedent. Quamcumque vero sententiam probaverit, eam sic animo comprehensam habebit, ut ea, quae sensibus, nec magis approbabit nunc lucere, quam, quoniam Stoicus est, hunc mundum esse sapientem, habere mentem, quae et se et ipsum fabricata sit et omnia moderetur, moveat, regat. Erit ei persuasum etiam solem, lunam, stellas omnis, terram, mare deos esse, quod quaedam animalis intellegentia per omnia ea permanet et transeat, fore tamen aliquando ut omnis hic mundus ardore deflagret.</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''[[#Platon_NdT_Nisard_back|<span id="Platon_NdT_Nisard">''Ex materia in se omnia recipiente.''</span>]] C’est le τὸ πανδεχές de Platon. Cicéron en parle plus explicitement dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm premier livre des deuxièmes Académ.], 7.'''</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1150/1175 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9078196z/f61.item.zoom '''là'''] et une édition de 1885 [https://books.google.fr/books?id=S6vqLJ7tOusC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=academica%20priora%20cicero&hl=fr&pg=PA313#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVII.''' À leur tête, '''Thalès''', l’un des sept sages, à qui l’on dit que les six autres, d’un commun accord, abandonnèrent le premier rang, prétendit que tout est formé avec l’eau. Mais il ne put faire goûter cette manière de voir à [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre_back|<sup>⤴️</sup>]], son contemporain et son ami, qui avait pour principe de toutes choses la nature infinie. [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple d’ '''Anaximandre''', vit ce principe dans l’air infini, en ajoutant que ce qui en sortait, était déterminé ; que l’air formait d’abord la terre, l’eau et le feu, et que ces éléments formaient tout le reste. Le premier principe d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaxagore_back|<sup>🔄</sup>]], c’est une matière indéterminée, de laquelle sont composées de petites molécules, semblables entr’elles, primitivement confuses, mais dans le cahos desquelles l’ordre a été introduit par l’esprit divin. [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Xénophane_back|<sup>🔄</sup>]], dont l’époque est un peu plus ancienne, disait que le monde entier était un seul être, immuable, qu’il appelait Dieu, et à qui il attribuait l’éternité et la forme sphérique. Pour [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide|<span id="Parménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le principe des choses, c’est le feu, le mobile de la terre, qui est formée par lui. Pour [[w:Leucippe|'''Leucippe''']] [[#Leucippe|<span id="Leucippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], c’est le plein et le vide ; [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], partout ailleurs beaucoup plus riche, tient ici le même langage. Pour [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Empédocle_back|<sup>🔄</sup>]], ce sont les quatre éléments connus de tout le monde ; pour [[w:Héraclite|'''Heraclite''']] [[#Heraclite|<span id="Heraclite_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], c’est le feu ; pour [[w:Mélissos|'''Mélissus''']] [[#Mélissus|<span id="Mélissus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], l’être infini, immuable et éternel. '''Platon''' pense que Dieu a tiré d’une matière capable de toutes les formes un monde impérissable. Les ''pythagoriciens'' veulent que tout sorte des nombres et des premiers éléments mathématiques. Parmi ces grands hommes, votre sage choisira, je pense, celui qu’il veut croire, et tous les autres seront condamnés et répudiés par lui. Mais quelque doctrine qu’il approuve, il sera tout aussi certain des principes qu’elle enseigne, que des objets dont les sens témoignent, et il ne sera pas plus convaincu qu’il fasse jour maintenant, qu’il ne le sera, puisque vous en faites un ''stoïcien'', que le monde est doué de sagesse et renferme une intelligence qui l’a formé, lui et le reste des êtres, et qui contient, anime et gouverne tout. Il sera convaincu également que le soleil, la lune, les étoiles, la terre et la mer sont des dieux, parce qu’une âme intelligente est répandue et se meut en eux tous ; mais que cependant un jour le monde sera consumé dans une conflagration générale.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1875 [https://books.google.fr/books?id=pSagZf-k42kC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=A%20leur%20t%C3%AAte%2C%20Thal%C3%A8s%2C%20des%20sept%20sages%2C%20%C3%A0%20qui%20lon%20dit%20que%20les%20six%20autres%2C%20dun%20commun%20accord%2C%20abandonn%C3%A8rent%20le%20premier%20rang&hl=fr&pg=PA472#v=onepage&q&f=true '''là'''] et une édition de 2017 [https://books.google.fr/books?id=1oEkDwAAQBAJ&pg=PT2167&dq=A+leur+t%C3%AAte,+Thal%C3%A8s,+des+sept+sages,+%C3%A0+qui+lon+dit+que+les+six+autres,+dun+commun+accord,+abandonn%C3%A8rent+le+premier+rang&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwjZotbsz5P4AhUOYxoKHV8RCcQQ6AF6BAgHEAI#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Nisard 1864|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Parménide_back|<span id="Parménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Παρμενίδης#Grec_ancien|Παρμενίδης / Parmenidês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe παραμένω / paraménô [[wikt:en:παραμένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester près, se tenir à côté. 2. Tenir bon, maintenir sa position. 3. Rester en arrière. 4. Survivre. 5. (des choses) Endurer, durer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la préposition πᾰρᾰ́ / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) • Depuis, de; • À cause. 2. (+ datif) À, à côté de, près de. 3. (+ accusatif) • Contrairement à; • À côté, par, près (avec les verbes d’aller ou venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du verbe μένω / ménō [[wikt:en:μένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester, Attendre : • (au combat) Maintenir sa position, tenir bon; • Rester où l’on est; Loger, héberger, résider, habiter; • Tarder; Flâner, être oisif; • (des choses) Être durable; Rester, demeurer, subsister; • (de condition) Rester, demeurer, subsister; • Respecter, se conformer à; • (impersonnel, avec infinitif) Rester, demeurer, subsister. 2. Attendre, s’attendre à, espérer, expecter : • Attendre (Accusatif/Infinitif). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe génitif singulier -ίδης / -ídês, « 1. Arbre à bois de construction, bois. 2. Colline boisée. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Présocratique_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Pythagore|''pythagoricien'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pythagore_back|<sup>🔄</sup>]], puis [[w:École_éléatique|''éléate'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#éléate_back|<sup>🔄</sup>]]. Il est célèbre pour un poème en vers, ''De la nature'', qui eut une influence notable sur la pensée de son époque. [[w:Platon|Platon]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]] a consacré un dialogue qui porte son nom, [[w:Parménide_(Platon)|''le Parménide'']], pour traiter la question de l’[[w:Être#Philosophie_occidentale|''Être'']], dont Parménide a inlassablement répété qu’il est, tandis que le [[w:Non-être#Antiquité|''Non-Être'']] n’est pas.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Élée|''Élée'']] — milieu [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Leucippe_back|<span id="Leucippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεύκιππος / Leúkippos [[wikt:en:Λεύκιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif λευκός / leukós [[wikt:en:λευκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Clair, brillant, luisant. 2. De couleur claire; blanc. 3. Pâle de peau, faible, lâche. 4. Juste, heureux, joyeux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) cavalerie, cavaliers. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Présocratique_back|<sup>🔄</sup>]], et un des premiers [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomistes'']] [[#atomes_back|<sup>⤵️</sup>]]''grecs''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Héraclite_back|<span id="Héraclite"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡράκλειτος / Hērákleitos [[wikt:en:Ἡράκλειτος#Ancient_Greek|(en)]], « gloire d’Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρᾱ / Hḗrā [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif κλειτός / kleitós [[wikt:en:κλειτός#Ancient_Greek|(en)]], « Renommé, célèbre; hautement honoré et admiré : (des choses) Splendides, excellentes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe κλέω / kléō [[wikt:en:κλέω#Ancient_Greek|(en)]], « Raconter, rendre célèbre, célébrer : (passif) Être célèbre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']], dont on ne sait presque rien, à part des fragments d’un ouvrage qu’il aurait écrit selon Diogène Laërce :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''Le livre qu’on attribue à Héraclite parle de la nature d’un bout à l’autre, mais se divise en trois parties, sur le tout, sur la politique, sur la théologie. Il le déposa en offrande sur l’autel d’Artémis, après l’avoir écrit en termes obscurs à dessein, dit-on, afin que seuls des gens capables pussent le lire, et qu’il ne devînt pas méprisable pour avoir été vulgarisé.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://ugo.bratelli.free.fr/Laerce/IsolesSceptiques/Heraclite.htm ''Livre IX, Chapitre I. Héraclite - ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ''] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9heraclite1.htm (autre traduction + texte grec)], de [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Éphèse|''Éphèse'']] — début [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], ''Éphèse'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Mélissus_back|<span id="Mélissus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Melissus#Latin|Μέλισσος / Mélissos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']], un [[w:Triérarchie|''triérarque'']] [[#triérarque|<span id="triérarque_back"><sup>V</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#ionien_back|<sup>🔄</sup>]] et dernier représentant de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#éléate_back|<sup>🔄</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Samos#Ligue_de_Délos,_guerre_du_Péloponnèse_et_seconde_confédération_athénienne|''Samos'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#triérarque_back|<span id="triérarque"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:triérarque|τριήραρχος / triērarchos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun grec ancien [[wikt:τριήρης#Grec_ancien|τριήρης / trierēs]] [[wikt:en:τριήρης#Ancient_Greek|(en)]], « (Antiquité) Trirème grecque, vaisseau à trois rangs de rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe τρῐ- / tri- [[wikt:en:τρι-#Ancient_Greek|(en)]], « tri- (trois, trois fois) »; Forme combinante de l’[[w:Nombre_cardinal|''adjectif numéral cardinal'']] τρεῖς / treîs [[wikt:en:τρεῖς#Ancient_Greek|(en)]], « trois », et de l’[[w:Numéral|''adverbe numéral'']] τρῐ́ς / trís [[wikt:en:τρίς#Ancient_Greek|(en)]], « trois fois »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ἐρέτης / erétēs [[wikt:en:ἐρέτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (principalement au pluriel) Rameurs. 2. (au pluriel) Rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + suffixe [[wikt:-άρχης#Grec_ancien|-άρχης / -árkhês]], « -arque (souverain, chef) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’une feuille. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">En Grèce antique, la [[w:Triérarchie|''triérarchie'']] (du nom commun grec ancien τριηραρχία / triêrarkhía) est une [[w:Liturgie_(Grèce_antique)|''liturgie'']] [[#liturgie|<span id="liturgie_back"><sup>VI</sup></span>]] militaire, qui consiste à entretenir le [[w:Gréement|gréement]] et la coque d’une [[w:Trière|''trière'']] fournis par la cité, à l’équiper et à engager un équipage pendant un an. Le triérarque est choisi par l’un des [[w:Stratège|''stratèges'']] parmi les plus riches citoyens, [[w:Métèque|''métèques'']] et [[w:Archonte#Grèce_antique|''archontes'']] exceptés. La personne retenue est ensuite exemptée de liturgies pendant les deux années qui suivent.<br/><br />
'''</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAP. 37.'''<br />''Divers [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />entiments [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ur les éléments'' [[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back"><sup>1</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> D’abord '''Thalès''', un des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ept Sages, avec lequel on dit que les autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix s’accorderent les premiers [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]], donne l’eau pour principe de tout [[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back"><sup>3</sup></span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourtant ce qu’il ne per{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uada point à '''Anaximandre''', {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ami & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on concitoyen, qui prétendit que ce principe étoit l’infinité de la nature [[#Anaximandre_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC_back"><sup>4</sup></span>]]. En{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite '''Anaximene''', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de ce dernier, en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’immen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité de l’air étoit ce principe; mais que les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qui en ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ultoient, étoient finies, & qu’il en nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la terre, l’eau & le feu, qui produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent tout [[#Anaximene_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC_back"><sup>5</sup></span>]]. Selon '''Anaxagore''' c’étoit la matiere infinie, compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée de parties très petites, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables entr’elles, & infinies en nombre; ces parties étoient d’abord pêle-mêle, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite l’intelligence divine les mit en ordre. '''Xénophane''', qui étoit un peu plus ancien, prétendit que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un, immuable, & Dieu [[#Xénophane_NdT_GFS_dC|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC_back"><sup>6</sup></span>]]; qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point né, qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, & de figure {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique. '''Parménide''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu; qu’il meut la terre, & qu’il l’a formée . '''Leucippe''', que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plein & le vuide. '''Démocrite''' e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t en cela du même avis; il s’étend d’avantage {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te. '''Empédocle''' veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient les quatre éléments vulgaires & connus. '''Héraclite''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu. '''Meli{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us''' que ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, immuable, a toujours exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té, & exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tera toujours. '''Platon''' pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e que Dieu a fait le monde, qui e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, d’une matiere capable de tout recevoir. Les ''Pythagoriciens'' veulent que tout vienne des nombres & des éléments des ''Mathématiciens''. Entre tous ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, votre Sage, je pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, en choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ira un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on guide; & les autres, qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grands hommes & en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grand nombre, s’en iront rejetés & condamnés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Quelque {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment qu’il embra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, il en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ûr que de ce qui tombe {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens: il ne croira pas plus qu’il fait jour à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, qu’il ne croira, puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''Stoïcien'', que ce monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, & doué d’une intelligence qui l’a fait, qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, & qui regle & dirige tout [[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back"><sup>7</sup></span>]]. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era également convaincu que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, toutes les étoiles, la terre, la mer, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont autant de Dieux, parce qu’une certaine intelligence animale les pénetre, & que cependant un jour ce monde périra par un incendie.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC"><sup>1</sup></span>]] Je trouve dans [[w:Sextus_Empiricus|Sextus Empiricus]] (contre les Mathém. Liv. X. & II. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iciens, Sect.310-318. p.684-686.<sup>pp.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/363/mode/1up?q=thales 363], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/365/mode/1up?q=thales 365], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/367/mode/1up?q=thales 367]</sup>) un article qui me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble très-propre à donner une idée nette des pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les principes des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. Sextus en parle au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ailleurs ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 30.] & Liv. I. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. Sect. 319. &c. <sup>p.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/173/mode/1up?q=thales 173]</sup>); mais le pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age que je choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plus clair & le plus détaillé. Je vais le traduire en faveur de mes Lecteurs.{{Boîte déroulante début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''„Ceux qui ont fait des recherches {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}titution de l’Univers, ont tout formé, les uns d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & les autres de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont tenus à un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul principe, l’ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans aucune qualité, les autres avec des qualités.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ces derniers, les uns ont adopté l’air, les autres l’eau; d’autres le feu; d’autres enfin la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ceux qui ont admis plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs principes, les uns en ont pris un nombre déterminé, les autres ont cru que le nombre en étoit infini.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui veulent que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit déterminé, en comptent, les uns deux; d’autres quatre; d’autres cinq; & d’autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pour le nombre infini, veulent, ceux-ci que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; ceux-là qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient différents.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Des derniers, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outiennent que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont inaltérables, & les autres qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ceptibles d’altération.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Les [[w:Stoïcisme|''Stoïciens'']] forment l’Univers d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance unique de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tituée de toute qualité. Car, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon eux, ce principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t une matière {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité, & capable de toute {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte de changements, après lesquels {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont produits les quatres éléments, le feu, l’air, l’eau, & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit formé d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance, mais douée de qualités, c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’[[w:Hippase_de_Métaponte|Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us]], d’[[w:Anaximandre|Anaximandre]], & de Thalès. Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, &, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon quelques auteurs, [[w:Héraclite|Héraclite]] d’[[w:Éphèse|''Éphè{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'']], attribuent la formation du tout au feu; Anaximandre à l’air; Thalès à l’eau; [[w:Xénophane|Xénophane]], au dire de quelques-uns, à la terre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Homère|Homere]] reconnoît plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs éléments, en nombre déterminé, qu’il borne à deux; la terre & l’eau--- Xénophane de Colophon e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t du même avis--- [[w:Euripide|Euripide]] veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit l’éther & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Empédocle|Empédocle]] en admet quatre“ --- [le feu, l’air, la terre, & l’eau. Au {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet d’Empédocle, Sextus dit la même cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 31. p. 136.]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Ocellos|Ocellus Lucanus]] & Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote cinq; car ils ajoutent aux quatre éléments une cinquieme {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut circulairement, & dont, à ce qu’ils di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont faites les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es céle{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle compte jusqu’à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes; [quatre quand il parle comme ci-de{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix quand il leur joint l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde]. De ces {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes quatre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont matériels, la terre, l’eau, l’air, & le feu; & deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actifs, l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde.“ [Principes actifs dans lesquels Mr. Drutens trouve l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion des Newtoniens, non de Newton; car chez lui l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des phénomenes, des effets, non des principes].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini, c’a été la pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée d’[[w:Anaxagore|Anaxagore de Clazomene]], de [[w:Démocrite|Démocrite]], d’[[w:Épicure|Épicure]], & de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Mais Anaxagore crut que les principes étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; & Démocrite & Épicure qu’ils étoient différents & inaltérables: c’étoient les atomes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Héraclide_du_Pont|Héraclide de Pont]] & [[w:Asclépiade|A{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}clépiade]] firent les principes différents des chho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites, mais altérables, étant des corpu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cules {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité déterminée.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe]] ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I.] ch. 8.) explique au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i les différentes pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes Grecs {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les premiers principes.{{Boîte déroulante fin}}'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2</sup></span>]] Le texte porte: ''cui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ex reliquos con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primos {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erunt.'' Davi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ius, Ur{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}inus &c. li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent : ''conce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primas'', „ont cedé la premiere place.“'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC"><sup>3</sup></span>]] „Les plus {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages des prêtres Égyptiens --- pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent qu’Homere & Thalès ont appris des Égyptiens que l’eau étoit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. d’I{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is & d’O{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iris pag. 364. D. <sup>[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm §34]</sup>). Mais il ne faut pas oublier que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i „Thalès de Milet dit que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’élément des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es [il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}], que Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’intelligence qui a tout formé de l’eau“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de Nat. Deor. Lib. I.]] cap. 18.).'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Anaximandre_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC"><sup>4</sup></span>]] Cet infini d’Anaximandre n’étoit que la matiere: „mais la matiere ne peut pas pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er de la pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance à l’acte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e efficiente“ (Plut. [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. Liv. I. ch. 3. p. 876. A.]). Ici j’ai été obligé de paraphra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er un peu le texte. Le traducteur Latin au lieu de ''actu e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'', traduit: ''rem creare nullam''.{{Boîte déroulante début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Anaximandre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéra la matiere „comme un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet informe, & l’appella ''infini'', c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, indéterminé, parce que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la forme qui finit ou circon{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}crit tout être matériel dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece“ ([[w:https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Batteux|Batt.]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f230.image cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. p. 207.]). Cette rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même. Plutarque, en explo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximandre ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. L. I. ch. 3. p. 875. F.]) {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert du mot ''apeiron'', qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie également infini, & indéterminé. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys3.htm#92 Leçons de Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique Liv. III. ch. 9. No. 2.] p. 348. D.) appelle ''apeirous'' les anneaux qui n’ont point de chaton: Homere donne la même épithete à la terre, parce qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivant l’explication d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tathius & de Jean le Grammairien. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote & Homere n’ont pas cru, l’un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a bague, & l’autre la terre infinies: elles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont indéfinies, parce que l’on peut placer où l’on veut leur commencement & leur fin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’explication de Batteux e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même, je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aurois l’accorder avec celle de Plutarque, qui dit expre{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ément (lieu cité) qu’„Anaximandre de Milet dit que le principe des êtres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’apeiron; que tout en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ort & tout y rentre: que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent les mondes qui en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés & y retournent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont ''apeiroi'':“ & que „leur principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''apeiron'', afin que les générations ne ce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & ne s’arrêtent jamais.“ Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble que les deux dernieres phra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es montrent clairement que le mot ''apeiros'' ici {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie infini, non indéfini ou indéterminé. D’ailleurs Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote (lieu cité) dit que l’anneau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t appellé ''apeiron'', en parlant „par une certaine re{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblance, non proprement.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Enfin „Anaximandre“ [croyoit] „que les Dieux reçoivent l’être, qu’ils nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & meurent de loin à loin; & que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des mondes innombrables“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de nat. Deor. Lib. I.]] cap. 10. J’ai copié la trad. d’Olivet). Le Latin de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age porte: ''innumerabiles mundos''; le mot ''innumerabiles'' confirme le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens que je donne au terme ''apeiros''.{{Boîte déroulante fin}}'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Anaximene_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC"><sup>5</sup></span>]] Les opinions Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iques de ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont très-peu connues, parce qu’ils nous re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te peu de mémoires {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur lesquels on pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e compter. Je ne m’étendrai donc pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet, & je me bornerai à une remarque générale que me fournit l’Abbé d’olivet ([https://books.google.fr/books?id=i7HqMwsDd0wC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=abb%C3%A9%20d%27olivet%20th%C3%A9ologie%20des%20philosophes%20%C3%A9ternit%C3%A9%20matiere&hl=fr&pg=PA258#v=onepage&q&f=true Théol. des Phil.] pag. 239. 240.). „Tous les Anciens croyoient l’éternité de la matiere. {{Boîte déroulante début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p style="text-align: justify;">'''Mais la plupart [[#la_plupart_NdT_GFS_dC|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC_back">(*)</span>]] ne la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéroient avant la formation du monde, que comme une ma{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e informe & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans ordre, ''rudis indige{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}taque moles'' [[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back">(**)</span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ce qu’ils appelloient ''chaos''. Les uns lui croyoient un mouvement naturell & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pontanée, par lequel, à force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, elle attrapa enfin un arrangement, qui peu à peu devint ce que nous voyont. D’autres, ne lui croyant pas cette faculté motrice, lui a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ocioient une intelligence qui lui imprima du mouvement, & la mit en ordre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene donc, rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}onnant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd état de la matiere, quand elle pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a du chaos à une forme réglée, crut que d’abord elle devint air; que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent l’air, qui comprenoit alors tout ce qu’il y avoit de matiere, étoit infini, & que l’air modifié produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it la terre, l’eau, & le feu, d’où {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e formerent tous les êtres particuliers.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#la_plupart_NdT_GFS_dC_back|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC">(*)</span>]] Je dis avec re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}triction ''la plupart'', à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e d’Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote qui étoit pour l’éternité du monde.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC">(**)</span>]] Ovid Meram.Lib. I. v. 8.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mr. d’Olivet cite Bayle qui, dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on dictionnaire (article ''Jupiter'', remarque G), a avancé „qu’il n’y a nulle apparence que Ciceron ait bien rapporté le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene, & cela {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur des paroles de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin tirées de la cité de Dieu.“ Dans Bayle on cite en marge Lib. VIII. cap. 2. St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin y dit: ''Anaximenes omnium rerum cau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}as infinito aëri dedit, nec Deos negavit aut tacuit: non tamen ab ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is aërem factum, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ed ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}os ex aëre natos credidit''. Ces Dieux nés {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Bayle, Saturne, Rhea, Jupiter &c. On peut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter les ''Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervationes Halen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es'', (Tom. II. Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. 19. pag. 440.). Mr D’Olivet dit qu’il falloit plutôt con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter la lettre de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin à Dio{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}core, laquelle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la 118 dans l’édition des Bénédictins, & la 56 dans les autres éditions.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’ai con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulté cette lettre, & je trouve que (Cap. II. §. 23.) le St. Docteur ne parle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene qu’en peu de mots; il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rapporte à Ciceron ''de natura Deorum''. Pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ons à Anaxagore.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaxagore dit que les corps“ [les parties {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}imilaires] „exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toient au commencement, & que l’intelligence divine les mit en ordre, & donna ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entim. des Phil. Liv. I. chap. 7. pag. 881. A.]). Mais, ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erve Socrate (Plat. de l’ame), „cet homme ne fait aucun u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age de l’intelligence; il ne rend aucune rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on de ce bel arrangement; & les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qu’il a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igne, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont l’air, l’éther, l’eau, & plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es ab{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urdes.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Socrate dans la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, décrit parfaitement l’Optimi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, par ces mots entr’autres: „il ne me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit jamais venu dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}prit qu’Anaxagore ayant dit que l’intelligence gouverne les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es, expliqueroit les phenomenes autrement qu’en prouvant que ''tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bien comme il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t;'' &“ [j’aurois cru qu’] „après avoir a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igné à chaque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e particuliere, il montreroit en général ce qui convient au tout.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">N’ayant pas Platon {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous main, je tire ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation14a.htm#44 Prépar. Évang. Liv. XIV. ch. 15.] p. 751. D.).{{Boîte déroulante fin}}'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Xénophane_NdT_GFS_dC_back|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC"><sup>6</sup></span>]] Xénophane en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit „que le tout étoit un; que Dieu étoit en toute cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & qu’il étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible, immuable, & intelligent“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 Sext. Empir. Hypot. Liv. I. chap. 33.] Sect. 225.); „par-tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même, & tout intelligence“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 là même], Sect. 224.): c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel & inaltérable; qu’au monde étoit jointe une intelligence ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm Cic. de nat. Deor. Lib. I.] cap. 11.) au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i éternelle, unie à la matiere, & répandue par tout l’univers; & que pourtant cette intelligence n’avoit rien de commun avec la matiere. {{Boîte déroulante début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p cellspacing=15 style="text-align: justify;">'''A mon avis, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Xénophane, il en étoit de Dieu & de l’univers comme de notre ame & de notre corps. L’une differe totalement de l’autre; cependant ces deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tances {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont unies. En di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que Dieu n’avoit rien de commun avec la matiere, Xénophane parloit de la matiere gro{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iere, & formoit cette intelligence d’une matiere très-{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ubtile. S’il avoit attribué à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on Dieu l’immatérialité, telle que nous la concevons, Xénophane n’auroit jamais dit que Dieu étoit „une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible“ (Sext. Empir. Hypot. Liv. III. chap. 24. Sect. 218. à la fin). Selon Diogene Laërce ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9xenophane1.htm#1 Liv. IX. Sect. 19. vie de Xénophane]), ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}implement que „la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance de Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t globulaire, & n’a rien de commun avec celle des hommes: que le tout voit, le tout entend, & cependant ne re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pire pas; & que tout exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble, l’intelligence, la prudence, & l’éternité.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Origene dans les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophiques (artic. d’Anaximandre, pag. 270. B. C. D.) parle de la doctrine de ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe; mais, à mon avis, il ne l’explique pas avec beaucoup de clarté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pere que quelques-uns de mes Lecteurs me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}auront gré du morceau que je vais ajouter à cette note. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas court; mais il me paroît curieux, & propre à répandre du jour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet que nous traitons. Ce morceau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t de Plutarque : il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e trouvoit dans les ''Stromates'', ouvrage que nous avons perdu. Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe nous en a con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervé ces lignes ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I. chap. 8.] pag. 22-25.).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„On dit que Thalès avant tous les autres établit que l’eau étoit le premier principe de tout, & que tout étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orti de l’eau & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olvoit en eau. Après lui Anaximandre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’infini renferme la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e univer{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elle de toute génération & corruption; que les cieux & des mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans nombre étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de lui; que de lui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la corruption, & long-temps avant celle-ci, la génération de tous ces mondes qui roulent perpétuellement; que la terre avoit la figure d’un cylindre, dont la hauteur e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le tiers de la largeur. Il ajoutoit que, pour la formation du monde, les partiesfécondes & productives du chaud & du froid, avoient été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}éparées de toute éternité; qu’il s’en étoit formé une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere de feu, laquelle entouroit l’air qui environne la terre, comme l’écorce environne un arbre; que cette {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e bri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e partagea en cercles, & produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que l’homme au commencement fut la production d’animaux qui n’avoient pas la même figure que lui : car les autres animaux d’abord {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e nourri{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent d’eux-mêmes; l’homme a be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pendant longtemps de lait & de nourrice, en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte qu’au commencement il n’auroit pas pu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erver, s’il eût été tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene, à ce qu’on dit, avança que le principe de tout étoit l’air, infini quant à l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece, & déterminé quant aux qualités; qu’il produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit tout, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e conden{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e raréfiant; que le mouvement étoit éternel; que l’air comprimé avoit d’abord produit la terre fort large, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur l’air; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les uatres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de la terre. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourquoi il appelloit terre le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, qui, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon lui, avoit fort à propos acquis {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a grande chaleur par un mouvement très-violent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Xénophane de Colophon prenant une route particuliere, & s’écartant du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment de tous ceux dont nous venons de parler, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}upprime toute génération & toute de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}truction, pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que cet univers a toujours été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même : car, s’il avoit été formé, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivroit néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement qu’il n’existoit pas auparavant; or ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas, ne peut pas être fait, ne peut rien faire, & on n’en peut rien faire. Xénophane prétend au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont trompeurs, & avec eux il calomnie la rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on en tout. Il dit que la terre avec le temps de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cend, & tombe peu à peu dans la mer : que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’un grand nombre de petits feux. Touchant les Dieux, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient qu’il n’y a aucune prééminence entr’eux, parce qu’il ne convient pas qu’un Dieu commande aux autres; que l’un n’a jamais be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ecours des autres; qu’ils entendent & voient en général, non en détail; que la terre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infinie, & que l’air n’enveloppe pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es parties; que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t fait de terre; mais que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & les autres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres doivent leur origine aux nuages.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Parménide d’Élée, di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de Xénophane, en partie adopta {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiments, & en partie en imagina d’oppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}és. Car il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outint que cet univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, immobile, & conforme à la vérité des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ [e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e réelle],„étant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul, unique, immuable, & non engendré; que la génération regarde les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es auxquelles on attribue fau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ement l’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence; & que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens n’ont rien de commun avec la vérité. Parménide a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ure de plus que, s’il y a quelque part quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e outre ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te réellement, ce n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être; que ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être, n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te pas dans l’univers; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’être n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point engendré. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que la terre a été formée par l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i qui s’écouloit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Zénon_d’Élée|'''Zénon''' d’Élée]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Zénon_dElee_back|<sup>🔄</sup>]] ne dit rien de particulier. Il flotta dans le doute.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Démocrite d’Abdere veut que l’univers {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini & immuable, parce qu’il n’a pas été fabriqué. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que dans le monde tel qu’il est, les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es de ce qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forme, n’ont aucun principe; que tout ce qui a été, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ou {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t lié depuis un temps infini par la force de la néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & la lune ont été formés; que quand ils étoient, non au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i chauds & brillants qu’ils le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actuellement, mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables à la terre, ils avoient leur propre mouvement en bas; que l’un & l’autre ont d’abord été formés comme l’exigeoit l’état particulier du monde, & qu’enfin, lorsque le cercle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t augmenté, le feu s’y e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblé & renfermé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Épicure fils de Néoclès d’Athenes, s’efforce de rabattre le fa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de ce qui regarde les Dieux. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient que rien ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait de ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas; que cet univers a toujours été, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era toujours tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t; qu’à l’exception du temps infini déjà pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait rien de nouveau; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un corps non {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement immuable, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i infini; & que le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ouverain bien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tippe de Cyrene place au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i le plus grand bien dans le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir, & le plus grand mal dans la douleur : il borne le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iologie au point de dire que la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idération du bien & du mal e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t utile.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle d’Agrigente établit les quatres éléments, le feu, l’eau, l’air, & la terre; que l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de ces éléments; que dans la confu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion primitive des éléments, l’air {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}épara & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e répandit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phériquement; que le feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortit après, & que ne trouvant pas d’autre place, il vola en haut cha{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é par le froid de l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i; que deux hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres circulent autour de la terre; qu’un de ces hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t tout de feu, & que l’autre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’air & d’un peu de feu, & forme la nuit; que le mouvement commença parce que dans cette conjonction des éléments, l’impétuo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité du feu prévalut; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil par {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, non un feu, mais une réflexion du feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à celle qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait dans l’eau; que la lune {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forma elle-même de l’air que le feu avoit abandonné, & qui s’étoit épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i comme de la grêle; & qu’elle emprunte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a lumiere du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil; enfin que la partie principale de l’ame n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ni dans la tête, ni dans la poitrine; qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, & que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent la partie du corps où il y a le plus de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la principale dans l’homme.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Métrodore de Chios affirme que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, parce que, s’il avoit été fait, il l’auroit été de ce qui n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit pas; que puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, n’ayant ni commencement ni fin; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immobile, parce qu’il ne peut pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er d’un lieu dans un autre, & que néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement il devroit pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er dans le plein ou dans le vuide : que l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i forme d’abord les nuages, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite la pluie, qui tombant dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, en éteint le feu; & que ce feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume par la raréfaction; qu’avec le temps le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it par la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}échere{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e; que les étoiles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formées d’une eau claire & l’impide; que la nuit, le jour, & les éclip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es viennent de ce que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’éteint & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume alternativement.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Diogene d’Apollonie établit que l’air e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un élément; que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut; & que les mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont infinis en nombre. Il imagine que ces mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés parce que, pendant que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, ici il y avoit plus de rareté, & là plus de den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; & que la plus grande den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit un tourbillon; que le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t formé de la même maniere; & que les parties les plus légeres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont placées en haut, & ont produit le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Voilà les rêveries, ou plutôt les extravagances que les anciens Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes débitoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la formation de l’Univers. Je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uis pas étonné que Socrate, après les avoir étudiées, mépri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}at la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique. J’ai plutôt de la peine à comprendre comment Ciceron trouvoit que de pareilles „idées nous élevent, & nous donnent une noble fierté“ (pag. 119.). Elles me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblent plus propres à nous humilier, & à nous faire {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entir notre foible{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e. Cependant elles contiennent quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de bon. Elles nous montrent que tous les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes ont reconnu cette grande vérité que, ''puisque quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e a exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té de toute éternité''. Si, comme Mr. Sulzer ([https://books.google.fr/books?id=oDsSH5ylYJoC&hl=fr&pg=RA2-PA268#v=onepage&q&f=true Nouv. Mém. de l’Acad. Royale des Sc. & B Let. an. 1770. pag. 268.] & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uiv.), que je regretterai long-temps, ils avoient développé la notion de l’être éternel, ils auroient vu que cet être ne doit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence à aucune cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e extérieure; qu’il exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te par la force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature, ou néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement; qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immuable & exempt de toute modification accidentelle; unique dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on genre, parce que, s’il en exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit deux, ou ils auroient des propriétés différentes, ou ils n’en auroient pas. Dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd cas les deux êtres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroient indi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cernables, même par l’entendement; ils n’en feroient qu’un. Car, il ne peuvent pas différer par le temps, puisqu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont éternels: ils ne peuvent pas différer par la place, puisque dans ce cas la place {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit contingente, & il n’y a rien de contingent dans l’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Dans les premiers cas un de deux auroit des propriétés qui ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pas e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entielles à l’autre, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont accidentelles, & contradictoires à l’idée d’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Donc cet être n’a point de parties, parce que tout arrangement de parties e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t accidentel, pouvant ne pas être tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t. Par la même rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on cet être n’a aucune de ces modifications qui admettent des degrés. En un mot, s’ils avoient analy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é la notion de l’être éternel, ils auroient vu que la matiere ne peut pas être éternelle, & ils auroient appris à di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tinguer l’ouvrage de l’ouvrier.{{Boîte déroulante fin}}'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC"><sup>7</sup></span>]] Cette ame du monde qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, n’a pas manqué d’embara{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e qui (Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iol. Stoic. Lib. I. di{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert. 7.), demande en quel {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens la cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t vraie, puisque cette ame e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternelle. Il répond que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, peut-être, parce que dans l’incendie du monde cette intelligence confondue avec la matiere, n’a ni éclat ni place. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à peu près l’explication que donne de cette difficulté Mr. Batteux ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f335 Cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. page. 312]-316.). D’autres, & Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e même, omettent le ''{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'' & li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent ''quæ & ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}um fabricata {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it.'' C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t couper le nœud gordien.'''
</td>
</tr>
</table>
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<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PR1#v=onepage&q&f=true <u>Les Livres Académiques de Cicéron. Tome II</u>.][https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA29#v=onepage&q&f=true ''Le Lucullus ou le second livre de la première édition des Académiques de Cicéron.''] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA111#v=onepage&q&f=true ''XXXVII.''] , traduits et éclaircis par Mr. [[w:Giovanni_Francesco_Salvemini_da_Castiglione|de Castillon]] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA266#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], de l’Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Prusse &c., à Berlin, chez G. J. Decker, Imprimeur du Roi, 1779<br />(également disponible une édition de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f241.item '''ici'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Vitruve|'''Vitruve''']] [[#Vitruve|<span id="Vitruve_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:80_av._J.-C.|-80]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:15_av._J.-C.|-15]], lieu de décès indéterminé) <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Vitruve|<sup>📚</sup>]]
[[Fichier:Busto di Vitruvio.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Portrait de Vitruve.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Promoteca veronese [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona#Promoteca_veronese|(it)]], [[w:Bibliothèque_municipale_de_Vérone|Biblioteca Civica di Verona]] [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona|(it)]].]]
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Architecte romain, connu pour son ouvrage en plusieurs volumes intitulé [[w:De_architectura|''De architectura'']]. Il est à l’origine de l’idée que tous les bâtiments devraient avoir trois attributs : [[wikt:firmitas#Latin|''firmitas'']], [[wikt:utilitas#Latin|''utilitas'']] et [[wikt:venustas#Latin|''venustas'']] (« fermeté », « utilité » et « vénusté, beauté gracieuse et élégante. »). Sa discussion sur la proportion parfaite dans l’architecture et le corps humain a conduit au célèbre dessin [[w:Renaissance|''Renaissance'']] de l’[[w:Homme_de_Vitruve|''Homme de Vitruve'']] de [[w:Léonard_de_Vinci|'''Léonard''']] de [[w:Vinci_(Toscane)|''Vinci'']].</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Vitruve|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Vitruve_back|<span id="Vitruve"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Vitrūvius.'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:De_architectura|''De architectura'']] [[#Architectura|<span id="Architectura_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Unique traité d’architecture à nous être parvenu de l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']], dédié à l’empereur [[w:Auguste|'''Auguste''']] [[#Auguste|<span id="Auguste_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Architectura|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Architectura_back|<span id="Architectura"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀρχιτέκτων / arkhitéktōn [[wikt:en:ἀρχιτέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « maître d’œuvre, architecte »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], dénote une importance ou une autorité primordiale; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. » ou ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun τέκτων / téktōn [[wikt:en:τέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quelqu’un qui travaille le bois : charpentier, maçon. 2. Tout artisan (mais généralement opposé à métallurgiste, forgeron). 3. Un maître de n’importe quel art, comme la gymnastique, la poésie, la médecine ou l’ingénierie. 4. Auteur, créateur, planificateur. ».
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Auguste_back|<span id="Auguste"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre latin Augustus; de l’adjectif augustus [[wikt:en:augustus#Latin|(en)]], « 1. Auguste, solennel, majestueux, vénérable. 2. D’Août, le sixième mois du calendrier romain. 3. Augustain (relatif à l’empereur Auguste). 4. Impérial, royal. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Premier [[w:Empereur_romain|''empereur romain'']], le 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], et fondateur de l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(né sous le nom de Caius Octavius, le 23 septembre [[w:63_av._J.-C.|-63]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rome_antique|''Rome'']] – d’abord se nommant Gaius Julius Caesar Octavianus, en prenant le nom de son ''père adoptif'' [[w:en:Adoption_in_ancient_Rome|(en)’]], [[w:Jules_César|Jules César]], avec son propre nom adjectivé, puis Imperator Caesar Divi Filius Augustus jusqu’à sa mort le 19 août [[w:14|14]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à ''Nola'' [[w:en:Nola#Antiquity|(en)]])'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Tandis que la force de votre divin génie vous rendait maître de l’empire du monde, ô César ; que tous vos ennemis terrassés reconnaissaient la supériorité de votre valeur, que les citoyens romains se glorifiaient de vos victoires et de vos triomphes ; tandis que les nations subjuguées attendaient leur destinée de votre volonté, et que le sénat et le peuple romain, libres de toute inquiétude, se reposaient de leur salut sur la grandeur de vos pensées et sur la sagesse de votre gouvernement, je n’aurais point osé vous présenter, au milieu de vos nobles occupations, le fruit de mes longues études sur l’architecture, dans la crainte de vous interrompre mal à propos et d’encourir votre disgrâce. [...]'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I, Introduction, § 1.'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre II ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Matériaux, maçonnerie et techniques de construction. Le deuxième livre contient la célèbre exposition sur l’origine de l’architecture, dans laquelle Vitruve évoque un monde primitif dans lequel l’homme découvrit le feu et construisit les premiers abris en bois, donnant vie au mythe de la « hutte primitive » et de la colonne en bois comme origine du temple dorique et de toutes les formes architecturales.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de l’eau principe de toutes choses.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''II. De principiis rerum, secundum physicorum opiniones.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''§ 1.''' Thales quidem primum aquam putavit omnium rerum esse principium. [[w:Héraclite|'''Heraclitus Ephesius''']], qui propter obscuritatem scriptorum a Graecis [[wikt:σκοτεινός|Σκοτεινὸς]] est appellatus, ignem. [[w:Démocrite|'''Democritus''']] quique eum sequutus est Epicurus, atomos, quae nostri insecabilia corpora, nonnulli individua, vocitaverunt. [[w:Pythagore|'''Pythagoreorum''']] vero disciplina [[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM|<span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] adiecit ad aquam et ignem aera et terrenum. Ergo Democritus, etsi non proprie res nominavit, sed tantum individua corpora proposuit, ideo ea ipsa dixisse videtur, quod ea, quum sint disiuncta, nec laeduntur, nec interitionem recipiunt, nec sectionibus dividuntur, sed sempiterno aevo perpetuo [[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] infinitam retinent in se soliditatem.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM">[[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back|(1) - Pythagoreorum vero disciplina]]</span>. Pythagore, comme plusieurs autres anciens, a enseigné que c’était la terre et non le ciel qui tournait. Selon lui, le monde est un tout harmonieusement ordonné dont le soleil est le centre, et les autres corps célestes se meuvent autour de cet astre en formant une musique divine.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM">[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back|(2) - Sempiterno aevo perpetuo]]</span>. Cicéron ([https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/catilinaire4.htm ive Catilinaire, ch. 9]) dit ut ignis Vestae perpetuus ac sempiternus[[#Sempiterno_aevo_perpetuo|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_back"><sup>I</sup></span>]]. Sempiternum signifie une chose qui n’a point de fin; perpetuus, une chose qui n’a point d’interruption.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA du texte latin de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_back|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo"><sup>I</sup></span>]]''' IX. [...]le feu éternel et sacré de Vesta[...]<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] : Quatrième discours contre L. Catilina, prononcé dans le Sénat, chapitre IX.<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">De principiis re[[w:ꝴ|{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}}]] [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />c[[w:D_barré|{{Info|đ|La lettre đ ou d barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />m p[[w:Ħ|{{Info|ħ|La lettre ħ ou h barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />orú opinióes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">tHales quidé primú aquá putauit oíum re{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e príncípíum Heraclitus ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius qui [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pter ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curitaté {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ctipto{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} a græcis Scotinos e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t appellatus ignem. Democritus quiq; eú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecutus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t.Epicurus Athomos quos nŕi in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecabilia cor[[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]]<nowiki />a:non nulli idiuidua uocitauerunt. Pythagoreo{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} uero di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplina adiecit ad aquá & igné aera & terrenú. Ergo Democritus & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nó proprie res noiauit:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed tín indiuidua cor{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}a {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit.Ideo ea ip̃a dixi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e ui det́ [[w:Ꝙ|{{Info|ꝙ|La lettre ꝙ ou q à barre diagonale, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de quod, qui et que.}}]]<nowiki /> ea cú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}int di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iúcta nec legunt́ nec intentioné recipiút:nec {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectionibus diuidunt́:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}empiterno æuo {{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}petuo infinitá retinent in {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oliditaté.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://libcoll.mpiwg-berlin.mpg.de/libview?start=31&viewMode=image&mode=texttool&characterNormalization=orig&viewLayer=dict&url=/mpiwg/online/permanent//library/4YSU4X91/index.meta&pn=31 <u>De architectura</u>]. [[w:Giovanni_Sulpizio_da_Veroli|Giovanni Sulpizio da Veroli]], 1486-1487</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''2. Des principes des choses, selon l’opinion des philosophes.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''§ 1.''' '''Thalès''' est le premier qui ait pensé que l’eau était le principe de toutes choses. [[w:Héraclite|'''Héraclite''']] [[#Héraclite_back|<sup>⤴️</sup>]] d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']], qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut appelé par les Grecs Σκοτεινὸς [[#skoteinós|<span id="skoteinós_back"><sup>I</sup></span>]], croyait que c’était le feu. [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] et son sectateur [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] prétendirent que c’étaient les [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomes'']] [[#atomes|<span id="atomes_back"><sup>II</sup></span>]], que chez nous on appelle corpuscules insécables et quelquefois indivisibles. L’école de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pythagore_back|<sup>🔄</sup>]] ajouta à l’eau et au feu deux autres principes, l’air et la terre. '''Démocrite''', bien qu’il n’ait point donné de nom propre aux principes qu’il admet, et se soit contenté de les proposer comme des corps indivisibles, me semble néanmoins avoir désigné les mêmes choses, puisque ces principes, lorsqu’ils sont séparés, loin d’être susceptibles d’altération, ou d’augmentation, ou de division, conservent au contraire une solidité perpétuelle, infinie, éternelle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''§ 2.''' Puisque de la réunion de ces principes naissent et sont composées toutes choses, et que ces atomes sont différents dans les corps que la nature a multipliés à l’infini, j’ai pensé qu’il était à propos de faire connaître leurs variétés, leurs différentes propriétés, et les avantages qu’on en pouvait retirer pour la construction des édifices, afin que, d’après la connaissance qu’ils en auront, ceux qui pensent à bâtir ne tombent point dans l’erreur, et ne se pourvoient que de matériaux qui conviennent à l’usage qu’ils en veulent faire.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de la traduction de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#skoteinós_back|<span id="skoteinós"><sup>I</sup></span>]] Adjectif grec ancien σκοτεινός / skoteinós [[wikt:en:σκοτεινός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sombre, obscur, terne, faible. 2. (au sens figuré) Sombre, obscur, secret. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun σκότος / skótos [[wikt:en:σκότος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ténèbres, obscurité : • L’obscurité de la mort; • Les ténèbres de l’au-delà; • L’obscurité du ventre/ de l’utérus. 2. Cécité. 3. (au sens figuré) Obscurité. 4. (d’une personne) Le mystère, l’ignorance, la tromperie. 5. La partie sombre ou l’ombre d’une image. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -εινός / -einós [[wikt:en:-εινός#Ancient_Greek|(en)]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#atomes_back|<span id="atomes"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien ἄτομος / átomos [[wikt:en:ἄτομος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón [[w:en:Alpha_privative|(en)]]), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' (en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[w:en:Copulative_a|(en)]]) pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'' (en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón) pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif τομός / tomós [[wikt:en:τομός#Ancient_Greek|(en)]], « Coupant, pointu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe τέμνω / témnō [[wikt:en:τέμνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Couper, tailler. 2. Mutiler, blesser. 3. Boucher, sacrifier. 4. Abattre, récolter, recueillir, moissonner, faucher. 5. Traverser, avancer, percer, labourer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Courant philosophique affirmant que la matière est discontinue et composée d’éléments insécables. [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤴️</sup>]] et son élève [[w:Démocrite|Démocrite]] sont les Grecs considérés comme les fondateurs de l’atomisme au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, doctrine reprise par [[w:Épicure|Épicure]], puis à [[w:Rome_antique|''Rome'']] par [[w:Lucrèce|Lucrèce]] [[#Lucrèce|<span id="Lucrèce_back"><sup>III</sup></span>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lucrèce_back|<span id="Lucrèce"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Titus Lucretius Carus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Titus#Latin|Titus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Lucretius#Latin|Lucretius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Carus#Latin|Carus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Poète philosophe latin du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, auteur d’un seul ouvrage en six parties, le [[w:De_rerum_natura|''De rerum natura'']] (De la nature des choses), un long poème qui décrit le monde selon les principes d’[[w:Épicure|Épicure]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])<br/><br />
'''</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes choses, suivant l’opinion des philosophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> THALÈS d’abord a pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut surnommé Scoteinos [[#Scoteinos_NdT_ET_AC|<span id="Scoteinos_NdT_ET_AC_back">(1)</span>]], disait que c’était le feu. Démocrite et son sectateur Épicure voulaient que ce fussent les atômes, qui sont des corps qui ne peuvent être coupés ni divisés. La doctrine des Pythagoriciens, outre l’eau et le feu, admettait encore pour principes l’air et la terre. Si Démocrite n’a pas donné de noms particuliers aux principes qu’il établit, mais les a présentés seulement avec la qualité générale de corps indivisibles, il est bien certain qu’il les a regardés comme des ''éléments''; car lorsqu’il présente ces ''corps'' ou principes comme incapables d’altération [[#altération_NdT_ET_AC|<span id="altération_NdT_ET_AC_back">(2)</span>]] et de corruption, et qu’il leur donne une nature éternelle, infinie et solide, c’est parce qu’il les considère comme n’étant point encore joints les uns aux autres. Or donc, puisqu’il paraît certain que tous les matériaux sont composés et naissent de ces principes ou atômes et qu’ils jouissent cependant tous d’une infinité de propriétés différentes, j’ai pensé qu’il était à propos de parler de leurs qualités et des divers usages que l’on peut en faire dans la construction, afin que ceux qui veulent bâtir [[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back">(3)</span>]], en ayant connaissance, ne soient pas sujets à se tromper, mais qu’ils puissent faire un bon choix de tout ce qui leur peut être nécessaire.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Scoteinos_NdT_ET_AC_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP">(1)</span>]] C’est-à-dire ténébreux.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#altération_NdT_ET_AC_back|<span id="altération_NdT_ET_AC">(2)</span>]] Il me semble qu’il n’est pas difficile de voir qu’il faut lire ''individua corpora disjuncta non læduntur'' au lieu de ''non leguntur'', comme il y a dans tous les exemplaires, et que le sens est que les corps ne sont capables de corruption et d’altération que parce qu’ils sont composés.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC">(3)</span>]] Ceux qui veulent faire passer Vitruve pour un bon homme, demi-savant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il sait ou vce qu’il ne sait pas, allèguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de philosophie qu’il n’en sait et qu’il n’en est besoin pour connaître et pour choisir les matériaux qu’on emploie en architecture; mais la vérité est que c’était la coutume de son tems à Rome, où l’étude de la philosophie était une chose rare et nouvelle, d’en faire parade avec une ostentation qui ne rendait pas un auteur aussi ridicule qu’elle serait à présent. Varron et Columelle, en une pareille occasion, en usent de même que Vitruve; car le premier, au commencement de son livre d’agriculture, qu’il dédie à sa femme, s’excuse sur son peu de loisir de n’avoir pas traité la matière de son ouvrage comme il aurait été nécessaire, et il lui conseille, pour suppléer à ce défaut, de lire les livres des philosophes, dont il lui en nomme jusqu’à cinquante, entre autres, Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, Architas et magon, qui ont tous écrit ou en grec ou en langue punique; l’autre, savoir Columelle, dit qu’il faut qu’un jardinier et un laboureur ne soient guères moins savans en philosophie que Démocrite et Pythagore.'''
</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA45#v=onepage&q=thales&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon l’opinion des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> THALES e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le premier qui a crû que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. '''Heraclite''' ''Ephe{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ien'', qui à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de l’ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es écrits fut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urnommé ''Scotinos'', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le feu. '''Democrite''' & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ectateur '''Epicure''' vouloient que ce fu{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent les Atomes, que nous apellons des corps qui ne peuvent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre coupez ny divi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez. La doctrine des Pythagoriciens outre l’eau & le feu, admettoit encore pour principes l’air & la terre. Que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i Democrite n’a pas donné ces me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}mes noms aux principes qu’il établit, mais les a {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement propo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez en qualité de corps indivi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ibles, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble pourtant qu’il ait pretendu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifier la me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, car quand il les a établis comme [[#Incapables_d_alteration_NdT_CP|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP_back"><sup>1</sup></span>]] incapables d’alteration & de corruption, leur donnant une nature eternelle, infinie & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olide ; c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t parce qu’il les con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ideroit comme n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tant point encore joints les uns aux autres. De {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte que pui{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’il paroi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées & nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de ces principes, & que ces Atomes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont differents en une infinité de cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es differentes, je crois qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à-propos de parler de leurs divers u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages, & comment leurs differentes qualitez doivent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iderées dans les Edifices, afin que [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]] ceux qui veulent ba{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tir en ayant connoi{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance, ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujets à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e tromper, mais qu’ils pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent faire un bon choix de tout ce qui leur peut e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Incapables_d_alteration_NdT_CP_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP"><sup>1.</sup> INCAPABLES D’ALTERATION.</span>]] Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas difficile de voir qu’il faut lire <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|individua corpora diſiuncta non laduntur|les corps individuels ne sont pas séparés}}''<FONT COLOR="#000000"> au lieu de <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|non leguntur|ils ne sont pas .}}''<FONT COLOR="#000000">, comme il y a dans tous les exemplaires; & que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que les corps ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2.</sup> AFIN QUE CEUX QUI VEULENT BASTIR.</span>]] Ceux qui veulent faire pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Vitruve pour un bonhomme, demy {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait, ou qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait pas, alleguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie qu’il n’en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait & qu’il n’en e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pour connoi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre & pour choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir les materiaux qu’on employe en Architecture : Mais la vérité e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit la coûtume de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on temps à Rome où l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tude de la Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie étoit une cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rare & nouvelle, d’en faire parade avec une o{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tentation qui ne rendoit pas un autheur au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ridicule qu’elle {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit à pre{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. [[w:Varron_(écrivain)|Varren]] & [[w:Columelle|Columelle]] en une pareille occa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion en u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me que Vitruve ; car le premier au commencement de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on livre de l’Agriculture qu’il dedie à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a femme, s’excu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on peu de loi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir de n’avoir pas traité la matiere de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ouvrage, comme il auroit e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire ; & il luy con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eille pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppléer à ce défaut de lire les livres des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, dont il luy en nomme ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’à cinquante, & entr’autres Democrite, [[w:Xénophon|Xenophon]], [[w:Aristote|Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote]] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Théophraste|Theophra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te]] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Archytas_de_Tarente|Architas]] & [[w:Magon_le_Carthaginois|Magon]], qui ont tous écrit ou en grec, ou en langue Punique. L’autre, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavoir Columelle, dit qu’il faut qu’un Jardinier & un Laboureur ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient guerres moins {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavans en Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie, que Democrite & que Pythagore.'''
</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], corrigez et tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures. par le très-humble, très-obeï{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, & très-fidele Serviteur & Sujet [[w:Claude_Perrault|Claude Perrault]], De l’Academie Royale des Sciences, & Medecin de la Faculté de Paris, à Paris, Chez Jean Baptiste Coignard, 1673<br />(également disponible [http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/01665A0013Index.asp ici])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">DES COMMENCEMENS DES CHOSES SELON<br />''les opinions des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes. Chap.'' II.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">LE Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Thales Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius fut le premier qui dict que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit commencemens de tout. Apres Heraclite d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e (lequel pour l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}criptz, fut par les Grecz {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnommé Scotinos) debatit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit le feu. Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equemment Democrite, & Epicure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ucce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eur, furent d’opinion que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toiét les Atomes, que aucuns de noz Latins appellent corps imparti{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ables, & les autres indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles. Ce neátmoins la di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cipline des Pythagori{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes adiou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ta a l’eau & et au feu, l’air, & la terre. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, nó ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tát que Democrite n’ayt appellé les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es [[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]] nós [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pres, ains {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulemét {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é les corps indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble auoir compris toutes ces opinions en la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ienne, pourautant que quand les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emences des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ioinctes, nul n’a pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance de les a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embler. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubgectes a perir:& {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ne peuuent e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre diui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees par aucunes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections, ains retiennent en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy vne permanence infinie, & qui peult durer a perpetuité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Puis donc que de ces Atomes concurrens & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblás en ma{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, lon voit que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles ont vne participation, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent chacune en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pece, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qu’elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eparees en infiniz genres & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tances, il m’a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblé nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aire de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pecifier leurs differences, & de dire queles qualitez ou proprietez elles ont a l’endroit des mai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages ou lon les applique, afin que quád elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eront cógneuses, ceulx qui auront volunte de ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, ne pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent faillir par ignorance, ains preparent pour leurs v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages les matieres qu’ilz verront commodes a leur de{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eing & in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Second Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion. Chapitre II.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
==== Livre VII ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Il s’agit du dernier livre consacré à la construction d’édifices, et traite de l’aménagement des sols et des revêtements muraux, dont de la peinture pariétale.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage transmission écrite des opinions de '''Thalès''' par les ancêtres de Vitruve et de ses contemporains.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''1.''' Maiores cum sapienter tum etiam utiliter instituerunt, per commentariorum relationes cogitata tradere posteris, uti ea non interirent, sed singulis aetatibus crescentia voluminibus edita, gradatim pervenirent vetustatibus ad summam doctrinarum subtilitatem. Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae [[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM|<span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], quod non invidiose silentes praetermiserunt, sed omnium generum sensus conscriptionibus memoriae tradendos curaverunt.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''2.''' Namque si non ita fecissent, non potuissemus scire, quae res in Troia fuissent gestae [[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM|<span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]], nec quid '''Thales''', '''Democritus''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''' reliquique physici sensissent de rerum natura; quasque '''Socrates''', '''Plato''', '''Aristoteles''', '''Zenon''', '''Epicurus''' aliique philosophi hominibus agendae vitae terminationes finissent; seu '''Croesus''', '''Alexander''', '''Darius''' ceterique reges quas res aut quibus rationibus gessissent, fuissent notae, nisi maiores praeceptorum comparationibus omnium memoriae ad posteritatem commentariis extulissent.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM">[[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back|(1) - Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae]]</span>. Vitruve commence ce livre par l’éloge des lettres, et rend hommage aux savants qui nous ont transmis les événements passés et les découvertes faites de leur temps. Il cite les artistes et les poètes qui ont d’abord fait fleurir les arts et les lettres dans la ''Grèce'', où les siècles de la belle littérature furent aussi ceux qui produisirent les plus fameux artistes. Il parle d’abord d’Homère, qu’il appelle le père des poètes. Il florissait cent ans environ avant la première [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_770_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776.}}]]. Il n’est point d’auteur, à l’exception peut-être d’Hésiode, qui soit plus ancien que lui. Rien ne peut être comparé à sa poésie ; il s’essaya dans le genre épique, celui-là même qui présente le plus de difficultés, et, prenant un vol d’aigle, s’élança au plus haut degré que puissent atteindre les forces humaines, par son immortelle Iliade. En vain les plus grands génies ont cherché à l’imiter. Le plus ancien poète de la ''Grèce'' fut aussi le meilleur ; ce qui fait dire à [[w:Velleius_Paterculus|Velleius Paterculus]] : « <FONT COLOR="#3366BB">{{Info|Neque ante ilium quem ille imitaretur, neque post ilium qui eum imitari posset, inventus est.|Il ne s’est pas trouvé avant celui qu’il imitait, ni après celui qui pouvait l’imiter.}}<FONT COLOR="#000000"> » Les beaux-arts, et surtout l’architecture, étaient déjà connus dans le temps d’Homère; il nous apprend qu’avant le siège de ''Troie'', la ville d’Orchestre était célèbre, à cause du temple de Neptune qui s’y trouvait, et que Minerve en avait un magnifique à ''Athènes''. Nous voyons dans Pline que le temple de Diane, en ''Aulide'', fut bâti plusieurs siècles avant la guerre de ''Troie''. Homère parle aussi de plusieurs palais qui existaient en Grèce avant cette guerre.<br />Les ''Grecs'' avaient appris l’architecture des ''Égyptiens'', qui, sous [[w:Inachos_(mythologie)|Inachus]] (1970 avant J.-C.), fondèrent en ''Grèce'' la première colonie égyptienne. Les autres colonies que [[w:Cécrops|Cécrops]], en 1657 avant J.-C.; [[w:Cadmos|Cadmus]], en 1594; [[w:Danaos|Danaüs]], en 1586, amenèrent eu ''Grèce'', en faisant connaître le culte de leurs dieux, y firent aussi connaître cet art qui, chez eux, y était entièrement consacré. Nous voyons, en effet, que peu après le temps de Cécrops, [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deucalion]] fit bâtir un temple en l’honneur de Jupiter Phixius, c’est-à-dire de Jupiter par le moyen de qui il avait été sauvé des eaux du déluge. Ce temple subsista environ neuf cent cinquante ans, jusqu’à la cinquantième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_580_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 50<sup>ème</sup> a eu lieu en -580.}}]]. Lorsqu’il fut tombé en ruines, [[w:Pisistrate|Pisistrate]] entreprit d’en bâtir un autre, sous le nom de Jupiter Olympien, qui est celui dont parle Vitruve dans l’introduction de ce livre. L’histoire parle ensuite de deux célèbres architectes, [[w:Trophonios|Trophonius]] et [[w:Agamède_fils_d’Erginos|Agamède]], qui étaient l’un et l’autre fils d’[[w:Erginos|Erginus]], postérieur à [[w:Héraclès|Hercule]] et à [[w:Thésée|Thésée]] d’une génération. Ils avaient bâti le temple de Neptune Hippius, éloigné d’un stade de Mantinée. [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias]] nous apprend ([https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/arcadie.htm liv. VIII], ch. 10) que l’empereur Adrien fit enfermer cet ancien temple dans un nouveau qu’il fit bâtir.<br />Les ''Grecs'', dit de Bioul, ne sont donc pas les inventeurs de l’architecture; ils la doivent aux ''Égyptiens'', auxquels ils doivent également les autres arts. Nous savons par les témoignages de l’antiquité, et Hérodote [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_back|<sup>🔄</sup>]] surtout nous l’assure ([https://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm liv. II], ch. 4), que la plupart des noms des dieux ont été portés d’Égypte en ''Grèce'' avec leur culte. Aussi Homère, avant de composer ses poèmes, parcourut-il l’Égypte pour s’instruire plus particulièrement de la théologie mythologique, et apprendre des prêtres ''égyptiens'' quantité de choses inconnues en ''Grèce'', sur la généalogie, les dignités et les emplois de leurs dieux ; ce qui fait dire au savant [[w:Pierre-Daniel_Huet|Huet]], évêque d’Avranches, qu’Homère, qui avait visité les ''Égyptiens'', rapporta de chez eux cet esprit fabuleux qui lui fit inventer non seulement les admirables poèmes qu’ils nous a laissés, mais encore mille nouveautés dans la généalogie, les dignités et les emplois des divinités ''grecques''; et ce fut là qu’il se perfectionna dans la poésie, qui y a toujours été soigneusement cultivée. Quelques écrivains nient que l’Égypte ait influé sur les arts de la ''Grèce'' ; j’invite à lire les [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65338087/f223.item p. 217 et suiv. du t. 1er de l’Histoire de l’architecture] de M. Daniel Ramée.'''</poem></td>
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<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM">[[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back|(2) - Quae res in Troia fuissent gestae]]</span>. Ce n’est pas seulement à cause de son ancienneté que Vitruve cite Homère le premier, c’est encore parce que les anciens regardaient les événements qui se sont passés à ''Troie'', non comme une simple histoire, mais comme le fond de leur théologie. C’est pourquoi les livres d’Homère où ces événements sont rapportés, étaient en grande vénération; on estimait son histoire, on admirait sa poésie, et ses livres étaient réputés sacrés. Aussi Vitruve les nomme avant de parler des ouvrages qui traitent de la philosophie et de la morale, avant de citer l’histoire de Crésus, d’Alexandre et de Darius; et si l’on a infligé à Zoïle, surnommé le fléau d’Homère, ce châtiment dont il parle, pour avoir écrit contre ce poète, c’est parce qu’il avait tourné en ridicule un ouvrage qui traitait de la religion. </td>
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</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f106.item ''Liber Septimus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''1.''' Nos ancêtres ne pouvaient rien imaginer de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs découvertes, pour les faire passer à la postérité; non seulement le souvenir ne s’en effaçait point, mais chaque âge venant y ajouter ses lumières, elles arrivèrent par degrés, à travers les siècles, à la plus grande perfection. Ce ne sont donc point de légères, mais d’immenses actions de grâces que nous devons leur rendre, puisque, loin d’être assez égoïstes pour garder le silence sur leurs vastes connaissances, ils eurent à cœur de nous les transmettre dans de généreux écrits. <br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''2.''' Et s’ils n’en avaient point usé ainsi, nous n’aurions pu connaître les malheurs de Troie; et les opinions de '''Thalès''', de [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaxagore_back|<sup>🔄</sup>]], de [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Xénophane_back|<sup>🔄</sup>]] et des autres ''physiciens'', sur les lois de la nature; et les principes que les [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Socrate_back|<sup>🔄</sup>]], les [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]], les [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Aristote_back|<sup>🔄</sup>]], les [[w:Zénon_de_Kitton|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] et les autres ''philosophes'' ont posés pour la conduite de la vie; et les actions de [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Crésus_back|<sup>🔄</sup>]], d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alexandre_back|<sup>🔄</sup>]], de [[w:Darius_III|'''Darius''']] et des autres rois, et les mobiles de ces actions, tout serait resté dans l’oubli, si nos ancêtres n’avaient eu soin de nous les faire connaître dans des ouvrages qui sont arrivés jusqu’à nous.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''Livre Septième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Préface.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Il faut avouer que nos ancêtres ne pouvaient rien faire de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs belles inventions; car c’est ce qui nous en a conservé la mémoire ; et, il est arrivé que, chaque siècle ayant ajouté quelque chose aux connaissances des siècles précédents, les arts et les sciences ont été portés à la perfection où nous les voyons maintenant. On ne saurait donc avoir assez de reconnaissance pour ceux qui ne nous ont point enlevé, par leur silence, les belles connaissances qu’ils ont eues, mais qui ont pris le soin de les communiquer à leurs descendants; car on aurait éternellement ignoré ce qui s’est passé à ''Troie'', et nous ne saurions point quelles ont été les opinions de '''Thalès''', de '''Démocrite''', d’ '''Anaxagore''', de '''Xénophane''' et de tous les autres philosophes, touchant les choses naturelles, ni par quels préceptes '''Socrate''', '''Platon''', '''Aristote''', '''Zénon''', '''Épicure''' et les autres, ont réglé les mœurs et toute la conduite de la vie; enfin jamais nous n’aurions entendu parler des actions de '''Crésus''', d’'''Alexandre''', de '''Darius''', ni des autres rois, si nos ancêtres n’eussent pris le soin d’écrire des livres qui conservassent la mémoire de toutes ces choses pour en faire part à la postérité.</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA69#v=onepage&q&f=true ''Livre VII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Noz predece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eurs non moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agement que profitablement, in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituerent que par la compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition des liures on lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit a la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}terité le fruict de toutes bonnes inuentions indu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trieu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, afin que les louables exercitations ne peri{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, ains qu’en croy{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant aage apres autre, tous bons Artz & Sciences au moyen de l’ampliation des e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}critures peruein{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de degré en degré au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuerain but de doctrine, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent a perpetuité. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nous ne leur deuons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement rendre graces moyennes, mais immorteles, & infinies, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ideré qu’ilz ne nous ont rien caché par Enuie ou mauuai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affection, ains ont e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té curieux & ententi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}z a nous lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er par leurs volumes les intelligences de toutes di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplines. À la verité {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ces bons per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de tele cordialité en no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre endroit, iamais n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions peu entendre queles cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es furent faictes a la guerre de ''Troye'', ny queles opinions eurét des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles, '''Thales''', '''Democrite''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''', & le re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te des Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens : non (certes) queles fins ont pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crittes aux hommes, '''Socrates''', '''Platon''', '''Ari{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tote''', '''Zenon''', '''Epicure''', & autres excellens Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions nous ignoré les ge{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes de '''Cre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}us''', d’'''Alexandre''', de '''Darius''', & de plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs grans Roys, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qui les e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meut a faire leurs vertueu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es entrepri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, n’eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té que ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}dictz bons Ance{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres nous en ont lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é des commentaires, enrichiz de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entences doctes, tant afin de perpetuer iceulx grans Seigneurs, que pour exercer noz memoires, & les decorer de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tumes honne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes.
</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Septieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
==== Livre VIII ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Manières de trouver l’eau. Propriétés des eaux. Moyens d’apprécier la salubrité. Adduction d’eau.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">PRÆFATIO.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">DE septem sapientibus '''Thales''' ''Milesius'' [[#Thales_Milesius_MCHLM|<span id="Thales_Milesius_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] omnium rerum principium aquam est professus, '''Heraclitus''' ignem, magorum sacerdotes aquam et ignem; '''Euripides''' auditor Anaxagoræ, quem philosophum ''Athenienses'' scenicum appellaverunt, aera et terram, eamque ex cœlestium imbrium conceptionibus inseminatam, fetus gentium et omnium animalium in mundo procreavisse, et quæ ex ea essent prognata, quum dissolverentur temporum necessitate coacta, in eandam redire, quæque de aere nascerentur item in cœli regiones reverti, neque interitiones recipere, sed dissolutione mutata in eamdem recidere, in qua ante fuerant proprietatem. '''Pythagoras''' vero, '''Empedocles''', '''Epicharmus''' aliique physici et philosophi, hæc principia quatuor esse proposuerunt, aerem, ignem, aquam, terram, eorumque inter se cohærentiam naturali figuratione ex generum discriminibus efficere qualitates.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Thales_Milesius_MCHLM">[[#Thales_Milesius_MCHLM_back|(1) - Thales Milesius]]</span>. Cette introduction est à peu près la répétition de ce qui a été dit dans le 2e chapitre du IIe livre, où l’auteur cherche à appuyer, par l’opinion des philosophes, les raisonnements qu’il contient sur les divers matériaux qu’on emploie pour la construction des édifices, particulièrement dans le 9e chapitre, où il traite des arbres. Tout ce qu’il dit dans ce IIe livre facilite beaucoup l’intelligence de cette introduction. Il commence dans les deux endroits par citer l’opinion de Thalès, qui prétendait que l’eau était le principe de toutes choses. Il cite ensuite celle d’Heraclius, qui disait que c’était le feu ; puis, après avoir parlé du système de ces philosophes, il revient à celui des pythagoriciens, son système favori, et termine en traitant de tout ce qui concerne les eaux, que les prêtres égyptiens honoraient d’un culte religieux.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f222.item ''Liber Octavus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">INTRODUCTION.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">LE premier des sept sages, '''Thalès''' de ''Milet'', soutenait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' prétendait que c’était le feu. Les prêtres mages admettaient l’eau et le feu. '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, assurait que c’étaient l’air et la terre; que la terre fécondée par les pluies qui tombent du ciel, avait engendré dans le monde les hommes et les animaux; que les choses qui étaient produites par elle, forcées par le temps de se dissoudre, retournaient à leur principe, tandis que celles qui naissaient de l’air retournaient dans l’air; que les corps ne périssaient point; que modifiés seulement par la dissolution, ils reprenaient leur qualité première. '''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''' avec d’autres physiciens et philosophes, mirent en avant qu’il y avait quatre principes : l’air, le feu, l’eau, la terre; que la proportion dans laquelle ils entraient dans la formation des corps, produisait cette différence de qualités qu’on y remarque.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f223.item ''Livre Huitième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">PRÉFACE.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Thalès''' de ''Milet'', l’un des sept sages, estimait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' disait que c’était le feu; les prêtres mages admettaient deux principes, le feu et l’eau; '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, s’imaginait que l’air et la terre rendus féconds par les pluies du ciel avaient engendré les hommes et tous les animaux qui sont au monde, et que tout ce qui a été créé retourne et se change en ces mêmes principes, lorsque le temps les contraint de se dissoudre; en sorte que ce qui provient de l’air retourne dans l’air [[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC|<span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]]; que rien ne périt, mais change seulement ses propriétés dans la dissolution, et les reprend ensuite pour être ce qu’il était auparavant.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''', et les autres ''philosophes'' et ''physiciens'', ont établi quatre principes, savoir : l’AIR, le FEU, l’EAU et la TERRE, lesquels, mêlés et combinés ensemble de diverses manières et suivant leur nature et leurs qualités, ont produit tout ce qui existe.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC">[[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back|(1)]]</span> Je traduis ainsi ''cœli regiones'', parce que, comme il a déjà été remarqué, Vitruve entend d’ordinaire l’air par ''cœlum''.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA121#v=onepage&q&f=true ''Livre VIII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">LE ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe'' '''Thales''' natif de ''Milete'' en la Region de ''Carie'', qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie la mineur, & lequel fut l’vn des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages de Grece, a voulu maintenir que l’Eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commencement de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. '''Heraclite''' d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le Feu. Les ''Pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes des Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans'' nommez en leur langue [[w:Mage|''Magi'']], c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t a dire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages, ont dict que l’Eau auec icelluy Feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de la generation & corruption de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. Mais '''Euripide''' auditeur d’ '''Anaxagoras''', que les ''Atheniens'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnomment ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Scenique'', attribua ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t effect a l’Air & a la Terre, di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant que ladicte Terre conceoit & prend {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emence des Pluyes & Ro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees du Ciel, & qu’elle en a ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i produit en ce Mõdele genre des hommes & de tous autres animaux : me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t prouenu d’elle, alors qu’il vient a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouldre par la nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité du temps, retourne en pouldre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans receuoir extermination, mais ({{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans plus) changement, parce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e reduict en la propriété qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouloit auoir en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on principe. Toutesfois '''Pythagoras''', '''Empedocles''', '''Epicharme''', & plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres grans per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages tant '' Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens'' comme ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes'', ont propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre commencemens, a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auoir le Feu, l’Air, l’Eau, & la Terre, affeurant que ceulx la e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant allyez en la formation naturele, cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent les qualitez de toutes e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}peces differentes.
</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Huitieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
==== Livre IX ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Astronomie : ordonnance d’ensemble de l’univers, planètes, lune, soleil, sphère céleste, astrologie et météorologie. ''Gnomonique'' : cadrans solaires, horloges à eau.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’ouvrages de '''Thalès''', portant sur le principe des choses.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. De astrologia ad divinationes genethliacas et tempestatum translata.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">De naturalibus autem rebus '''Thales''' ''Milesius'', '''Anaxagoras''' ''Clazomenius'', '''Pythagoras''' ''Samius'', '''Xenophanes''' ''Colophonius'', '''Democritus''' ''Abderites'', rationes quibus natura rerum gubernarentur, quemadmodumcumque quosque effectus habeant, excogitatas reliquerunt. Quorum inventa sequuti siderum ortus et occasus tempestatumque significatus '''Eudoxus''', '''Euchaemon''', '''Callippus''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' [[#Aratus_NdT_CM|<span id="Aratus_NdT_CM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] ceterique ex astrologia invenerunt, et eas parapegmatorum disciplinas [[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM|<span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] posteris explicatas reliquerunt. Quorum scientiae sunt hominibus suspiciendae, quod tanta cura fuerunt, ut etiam videantur divina mente tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare [[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM|<span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] : quas ob res haec eorum curis studiisque sunt concedenda.
</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Aratus_NdT_CM">[[#Aratus_NdT_CM_back|(1) - ''Aratus.'']]</span> Poète et astronome qui a composé sur l’astronomie un poème intitulé les ''Phénomènes''. Il a été traduit en vers latins par Cicéron, Germanicus, Avienus, et commenté par Hipparque, Ératosthène et Théon.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM">[[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back|(2) - ''Parapegmatorum disciplinas.'']]</span> S’il faut en croire [[w:Claude_Saumaise|Saumaise]], les parapegmes [[wikt:en:parapegma#Latin|(en)]] auraient été des tables d’airain sur lesquelles étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des astres, avec l’indication des saisons de l’année. Ainsi les parapegmes seraient l’effet, le produit de la science, bien que l’opinion ordinaire en fasse des instruments, à l’aide desquels on est arrivé à la science elle-même, ce qui est plus en harmonie avec le sens du texte; et le mot ''parapegme'', pris dans sa signification grecque, peut très-bien signifier un assemblage de plusieurs parties liées ensemble, ce qui est loin de jurer avec l’idée des instruments de mathématiques qui servent aux observations des astronomes.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM">[[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back|(3) - ''Tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare.'']]</span> Il est impossible de prédire d’une manière certaine les changements de temps, et la proposition est tout à fait fausse, non-seulement en ce qui regarde le temps, mais encore, et à bien plus forte raison, en ce qui a rapport aux actions libres des hommes.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f352.item ''Liber Nonus. VI.''], <sup>[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f411.item ''NOTES.'']</sup>, traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. De l’astronomie employée pour prédire les changements de temps, et ce qui doit arriver aux hommes, d’après l’aspect des astres au moment de leur naissance.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais si l’on veut connaître le principe des choses, il faut lire les savants ouvrages des '''Thalès''' de ''Milet'', des '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', des '''Pythagore''' de ''Samos'', des '''Xénophane''' de ''Colophon'', des '''Démocrite''' d’Abdère, qui nous font connaître les lois qui gouvernent la nature, et les effets qu’elles produisent. Sans s’écarter de leur système, '''Eudoxe''', '''Euchémon''', '''Callippe''', '''Méton''', '''Philippe''', '''Hipparque''', '''Aratus''' et tous les autres ''philosophes'' ont fait, à l’aide des ''parapegmes'', les observations les plus exactes sur le lever et le coucher des étoiles, ainsi que sur les saisons de l’année; observations qu’ils ont transmises à la postérité. Leurs connaissances sont bien dignes de l’admiration des hommes, puisque, à force d’études, ils sont parvenus, comme par inspiration divine, à prédire les changements du temps. Rapportons-nous-en donc à leurs lumières sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f355.item ''Liber Nonus. VI.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">CHAPITRE VII..<br /><p style="text-align: center;">DES CONSTELLATIONS DU MIDI.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ceux qui voudront connaître les principes des choses qui sont dans la nature et les causes qui produisent tous les effets qui se voient au monde devront consulter et lire attentivement les ouvrages que nous ont laissés '''Thalès''' de ''Milet'', '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', '''Pythagore''' de ''Samos'', '''Xénophante''' de ''Colophon'', et '''Démocrite''' d’Abdère, qui ont écrit leurs découvertes et leurs observations sur ces matières. En suivant les mêmes systèmes, '''Euchæmon''' [[#Euchæmon_NdT_PTC|<span id="Euchæmon_NdT_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], '''Calippius''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' et les autres astrologues, ont fait, à l’aide de la ''Parapegmatique'' [[#Parapegmatique_NdT_PTC|<span id="Parapegmatique_NdT_PTC_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] [[#Parapegmatique|<span id="Parapegmatique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], des observations plus exactes, qu’ils ont laissées à la postérité, sur le lever et le coucher des étoiles, et sur les saisons de l’année. Ces sciences, que possédaient ces grands hommes, méritent vraiment notre admiration, puisqu’ils ont tellement travaillé que les prédictions qu’ils ont faites des changements du temps [[#changements_du_temps_NdT_PTC|<span id="changements_du_temps_NdT_PTC_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] ont paru venir d’une connaissance plus qu’humaine. Il est donc raisonnable de s’en rapporter à eux sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.
</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Euchæmon_NdT_PTC">[[#Euchæmon_NdT_PTC_back|(1)]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] corrige cet endroit, et, au lieu de ''Eudæmon, Callipptus, Meto'', qui sont dans les exemplaires imprimés, il lit : ''Euchæmon, Calippius, Meto'', qui sont les noms des illustres astronomes dont [[w:Claude_Ptolémée|Ptolomée]] fait mention.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Parapegmatique_NdT_PTC">[[#Parapegmatique_NdT_PTC_back|(2)]]</span> J’ai traduit ''parapegmata'', l’usage des instruments qui servent aux observations astronomiques, suivant l’opinion commune et contre le sentiment de Saumaise, qui croit que ''parapegma'', en cet endroit, signifie une table d’airain sur laquelle étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des étoiles et les saisons de l’années ; de sorte que ''parapegma'', selon Saumaise, est l’effet et la production de la science même qui a été trouvée par les moyens qui sont appelés ''parapegmata'' par ceux qui suivent l’opinion vulgaire. Mais cette opinion vulgaire me semble être plus conforme au texte, parce qu’il est dit que les astronomes ont trouvé la science des astres par la parapegmatique : ''siderum occasus et ortus parapegmatum disciplina invenerunt''. Or ''parapegma'' est un mot grec qui signifie en général une chose clouée et fichée quelque part, comme sont les lames d’airain dans lesquelles les lois, les déclarations des princes et les bornes des héritages étaient gravées, et que la langue française exprime assez bien par le mot d’affiche. Mais il signifie aussi l’assemblage de plusieurs pièces; ce qui convient bien aux instruments de mathématiques qui servent aux observations astronomiques.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="changements_du_temps_NdT_PTC">[[#changements_du_temps_NdT_PTC_back|(3)]]</span> L’argument de Vitruve est bon quant à la forme ; mais la principale des propositions est fausse, qui est que les astrologues prédisent le changement des saisons, et l’on peut, par le même raisonnement conclure fort bien que les prédictions que les astrologues font du changement du temps étant fausses, comme elles le sont, celles qu’ils font de la fortune des hommes le doivent être encore davantage, parce que la raison du peu de succès de leurs prédictions en ce qui regarde la fortune des hommes, qui est la liberté de leur volonté, manque à l’égard des éléments qui, n’ayant rien qui résiste aux impressions des astres, ne devraient jamais manquer de faire paraître les effets de ces impressions conformes aux prédictions des astrologues, si ces philosophes avaient la connaissance des causes de ces impressions</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA192#v=onepage&q&f=true ''Livre IX. Chapitre VII.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de la traduction de C. Perrault, Tardieu et A. Coussin 1837|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Parapegmatique_back|<span id="Parapegmatique"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin [[wikt:parapegma#Latin|parapegma]]; du nom commun grec ancien πᾰρᾰ́πηγμᾰ / parápēgma [[wikt:en:παράπηγμα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition παρά / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) : • Depuis; • À cause de. 2. (+ datif) : • À, à côté, par, près. 3. (+ accusatif) : • Contrairement à; • À côté, près (avec les verbes de venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du verbe πήγνυμι / pḗgnumi [[wikt:en:πήγνυμι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sécuriser, coller, fixer : • Se fixer sur. 2. Attacher, assembler, unir, construire. 3. Rendre solide, raidir, congeler, cailler. 4. (au sens figuré) fixer, établir, déterminer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal de résultat ou de l’effet d’une action/d’une instance particulière d’une action/de l’objet d’une action -μᾰ / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Antiquité) Planches de cuivre sur lesquelles les ordonnances et les proclamations publiques étaient gravées, et qui s’affichaient à quelque pilier pour y être lues de tout le monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Astronomie) Tables astronomiques en usage chez les ''Syriens'' et les ''Phéniciens'', qui indiquaient les levers et les couchers des astres.'''<br /><br /></div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''DES SIGNES QVI SONT À COSTÉ DV'''<br />''Zodiaque deuers la partie du Mydi. Chap.''VII.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[…] Mais pour les cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es natureles Thales de Milete, Anaxagoras de Clazomene, Pythagoras de Samos, Xenophanes de Colophone, & Democrite d’Abdere, par rai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ubtilement excogitees nous ont in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />truictz comment Nature [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y gouuerne, & par quelz effectz elles les produict. Puis Eudoxus, Eudemon, Calli[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tus, Melo, Philipp, Hipparchus, Aratus, & autres qui ont [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uyui les de[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />us nommez, n’ont par A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologie [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eulement cogneu la nai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ance & decours des E[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />toilles, mais d’auantage predict [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon cela les euenements des orages & tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes, le tout au moyen de leurs regles & in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trumens A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologiques, & en ont donné les intelligences a nous & a la po[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />terité. Parquoy ie dy que teles [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ciences [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ont a reuerer par les hommes, pource qu’elles ont e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />té cherchees a [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />i grad [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oing & diligence qu’il [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />emble que ce [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oit in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />piration diuine qui faict iuger le[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />dictz euenemens des tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes auant qu’elles arriuent. Mais quant a moy ie lai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />e cela pour les e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tudes & exercices de ceulx qui [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y vouldront amuzer.
</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Neufieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''']] [[#Diodore|<span id="Diodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_la_Sicile#241_av._J.-C._-_535_:_Sicile_romaine|''Sicile'']] [[#Sicile|<span id="Sicile_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [[s:Auteur:Diodore_de_Sicile|<sup>📚</sup>]]
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_historiens_de_l'époque_romaine|Historien]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Historien_back|<sup>🔄</sup>]] ''grec'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Grec_back|<sup>🔄</sup>]] du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], contemporain de '''Jules César''' [[#Jules_César_back|<sup>⤴️</sup>]] et d’'''Auguste''' [[#Auguste_back|<sup>⤴️</sup>]].</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Diodore de ''Sicile''|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Diodore_back|<span id="Diodore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre ''théophore'' [[#théophore_back|<sup>⤴️</sup>]] grec ancien Δῐόδωρος / Diódōros [[wikt:en:Διόδωρος#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « don de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ De Ζεύς / Zeús [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>🔄</sup>]], « Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. ».
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Sicile_back|<span id="Sicile"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῐκελῐ́ᾱ / Sikelíā [[wikt:en:Σικελία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Du nom commun Σῐ́κελος / Síkelos [[wikt:en:Σικελός#Ancient_Greek|(en)]], « Sicule, ancien peuple de la ''Sicile'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstrait féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’issue de la [[w:Première_guerre_punique|''première guerre punique'']] ([[w:-264|-264]] — [[w:-241|-241]]), la ''Sicile'' tombe aux mains des ''romains'', devenant dès lors la première [[w:Province_romaine|''province romaine'']] hors de la ''péninsule italienne''. Seule la petite royauté de [[w:Syracuse|''Syracuse'']], confiée à [[w:Hiéron_II|Hiéron II]] qui a choisi finalement l’alliance romaine, conserve une indépendance relative jusqu’à sa chute en [[w:-211|-211]] après son alliance avec ''Carthage'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] et un [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''long siège'']] mené par le consul Marcellus [[Marcellus-222_back|<sup>⤴️</sup>]]. Elle constitue un enjeu économique important. Riche en terres agricoles, la ''Sicile'' est pour ''Rome'' une importante source de céréales, selon l’expression de [[w:Caton_l%27Ancien|Caton l’Ancien]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''M. '''Caton''', cet illustre citoyen, surnommé le Sage, appelait la Sicile le grenier de la république, la nourrice du peuple romain.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/preture.htm <u>Discours VII. de Cicéron</u> ''Seconde action contre Verrès II. Livre II. Sur sa préture en Sicile. §II.'']'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_période_Grèce_Hellénistique#Bibliothèque_back|<sup>🔄</sup>]] ''historique'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Histoire_back|<sup>🔄</sup>]]<p style="text-align: right;">[[s:Bibliothèque_historique|<sup>📚</sup>]] ===
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ouvrage d’[[w:Histoire_de_l'humanité|''histoire universelle'']], compilant de nombreux auteurs antiques, et couvrant toutes les aires géographiques et temporelles connues, du commencement mythologique du monde à '''Jules César'''. Il a été rédigé en grec au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] et se compose à l’origine de 40 livres dont il ne reste aujourd’hui que 15 (les livres I à V consacrés à l’histoire mythique des ''Barbares'' et des ''Grecs'' et les livres de XI à XX traitant la période de [[w:-480|-480]] à [[w:-302|-302]], ainsi que quelques fragments des livres VI à X consacrés à l’histoire de la [[w:Guerre_de_Troie|''Guerre de Troie'']] et à la fin des [[w:Guerres_m%C3%A9diques|''Guerres médiques'']]).</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Bibliothèque historique|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: center; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>''IV. Comme l’exécution d’un projet si utile demande beaucoup de travail et de temps, nous y avons employé trente ans. Nous avons parcouru, avec bien des fatigues et bien des risques, une grande partie de l’Asie et de l’Europe, afin de voir de nos propres yeux la plupart des contrées les plus importantes dont nous aurons occasion de parler. Car c’est à l’ignorance des lieux qu’il faut attribuer les erreurs qui sont commises même par les historiens les plus renommés.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ce qui nous porte à entreprendre cet ouvrage, c’est surtout le désir d’être utile ( désir qui chez tous les hommes mène à bonne fin les choses en apparence les plus difficiles ) ; puis, la facilité avec laquelle nous pouvons nous procurer à Rome tout ce qui peut contribuer à la réalisation de ce projet. En effet, cette ville dont l’empire s'étend jusqu’aux confins du monde nous a fourni de grandes facilités, à nous qui y avons séjourné pendant un temps assez long. Natif d’Argyre [[w:en:Agira#History|(en)]], en Sicile, et ayant acquis une grande connaissance de la langue latine, à cause des rapports intimes et fréquents que les Romains ont avec cette île, j’ai consulté avec soin les documents conservés depuis si longtemps par les Romains, afin d’éclaircir l’histoire de ce grand empire. Nous avons commencé par les temps fabuleux chez les Grecs et les Barbares, après avoir soigneusement examiné tout ce que les traditions anciennes rapportent sur chaque peuple.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Puisque notre ouvrage est achevé et que les livres qui le composent sont encore inédits, je veux d’abord dire un mot sur le plan général que j’ai suivi. Les six premiers livres renferment les événements et les récits fabuleux antérieurs à la guerre de Troie, et, de ces six, les trois premiers comprennent les antiquités des Barbares, et les trois autres, celles des Grecs. Dans les onze livres suivants, nous donnons l’histoire universelle depuis la guerre de Troie jusqu’à la mort d’Alexandre. Enfin les derniers vingt-trois livres contiennent la suite de cette histoire jusqu’au commencement de la guerre entre les Celtes et les Romains, sous le commandement de Jules César, qui fut mis par ses exploits au rang des dieux : ce chef avait dompté les innombrables peuplades belliqueuses des Celtes et reculé jusqu’aux îles britanniques les limites de l’empire de Rome.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre IV''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre I ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le premier livre s’ouvre sur un prologue de l’œuvre dans son ensemble, soulignant l’importance de l’histoire en général et de l’histoire universelle en particulier. Le reste du livre est consacré à l’Égypte et est divisé en deux moitiés. Dans la première moitié, il couvre l’origine du monde et le développement de la civilisation en ''Égypte''. Dans la seconde partie, il présente l’histoire du pays, ses coutumes et sa religion.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVIII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Diodore''' d’une théorie de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Nil_back|<sup>🔄</sup>]].</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVIII.''' Ἐπειδὴ δὲ περὶ τῶν πηγῶν καὶ τῆς ῥύσεως αὐτοῦ διεληλύθαμεν, πειρασόμεθα τὰς αἰτίας ἀποδιδόναι τῆς πληρώσεως. Θαλῆς μὲν οὖν, εἷς τῶν ἑπτὰ σοφῶν ὀνομαζόμενος, φησὶ τοὺς ἐτησίας ἀντιπνέοντας ταῖς ἐκβολαῖς τοῦ ποταμοῦ κωλύειν εἰς θάλατταν προχεῖσθαι τὸ ῥεῦμα, καὶ διὰ τοῦτ´ αὐτὸν πληρούμενον ἐπικλύζειν ταπεινὴν οὖσαν καὶ πεδιάδα τὴν Αἴγυπτον. Τοῦ δὲ λόγου τούτου, καίπερ εἶναι δοκοῦντος πιθανοῦ, ῥᾴδιον ἐξελέγξαι τὸ ψεῦδος. Εἰ γὰρ ἦν ἀληθὲς τὸ προειρημένον, οἱ ποταμοὶ πάντες ἂν οἱ τοῖς ἐτησίαις ἐναντίας τὰς ἐκβολὰς ἔχοντες ἐποιοῦντο τὴν ὁμοίαν ἀνάβασιν· οὗ μηδαμοῦ τῆς οἰκουμένης συμβαίνοντος ζητητέον ἑτέραν αἰτίαν ἀληθινὴν τῆς πληρώσεως.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVIII.''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous allons essayer d’exposer les causes de sa crue. '''Thalès''', l’un des sept sages, prétend que les vents étésiens, soufflant contre les embouchures de ce fleuve, l’empêchent de verser ses eaux dans la mer; et, qu’ainsi enflé, le ''Nil'' inonde toute la ''Basse-Égypte''. Cette opinion, quelque probable qu’elle paraisse, est aisément réfutée. En effet, si elle était vraie, tous les fleuves dont les embouchures sont à l’opposite de la direction des vents étésiens devraient offrir un semblable débordement. Or, cela n’étant pas, il faut chercher une autre cause à ce phénomène.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865<br />(également disponible [https://books.google.fr/books?id=WWsOAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwj_9Pr-y4WGAxVHT6QEHQeIBFgQ6AF6BAgKEAI#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ici] ou [[s:Page:Diodore_de_Sicile_-_Bibliothèque_historique,_Delahays,_1851.djvu/72|là]]</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVIII.''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous essayerons d’expliquer la cause de la crue de ses eaux. '''Thalès''', compté au nombre des sept sages de la ''Grèce'', l’attribue aux vents Étésiens [[#vents_Étésiens_NdT_AM|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], qui, soufflant à l’opposite de l’embouchure du fleuve, le retiennent et l’empêchent de se jeter dans la mer : ainsi, son volume s’accroît, et bientôt il inonde toute l’Égypte dont le sol est bas et tout-à-fait plat. Mais, quelque vraisemblance que présente d’abord cette explication, on peut en démontrer aisément la fausseté. Si en effet ce que nous venons de rapporter était vrai, tous les fleuves dont l’embouchure se trouve opposée à la direction des vents Étésiens, éprouveraient la même élévation de niveau [[#même_élévation_NdT_AM|<span id="même_élévation_NdT_AM_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]]; or, comme ce fait n’existe dans aucune autre partie de la terre, il faut chercher une raison différente de la crue du ''Nil''.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''[[#vents_Étésiens_NdT_AM_back|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM"><sup>1</sup></span>]] Vents annuels périodiques qui soufflent assez généralement du nord au midi, après le solstice d’été et pendant la canicule. Ils durent environ six semaines.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''[[#même_élévation_NdT_AM_back|<span id="même_élévation_NdT_AM"><sup>2</sup></span>]] Cet argument est employé par Hérodote, liv. II, chap. XXXII.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=true <u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>], [https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par A. F. Miot, ancien conseiller d’état, imprimé par autorisation du roi à l’imprimerie royale, 1834</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXIV.''' Conjectures sur la cause des débordements du ''Nil''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Après avoir parlé des sources du ''Nil'', nous passerons à ses débordements.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Première conjecture.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Thalès''' un des sept sages de la ''Grèce'', dit que les vents étésiens qui soufflent contre les embouchures du ''Nil'' empêchant ses eaux d’entrer dans la mer, les font regorger dans toute l’Égypte qui est un pays plat et fort bas. Quelque vraisemblance que puisse avoir cette opinion il est aisé de la combattre. Car si cela était tous les fleuves dont les embouchures sont exposées aux vents étésiens seraient sujets au même débordement ; ce qui n’arrivant à aucun autre fleuve dans le monde, il faut chercher une cause propre et particulière au ''Nil''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXIV''], traduite en françois par Monsieur l’[[w:Jean_Terrasson|abbé Terrasson]], de l’Académie Françoise, chez De Bure l’aîné, Quay des Augustins, du côté du Pont S. Michel, à Saint Paul, 1737</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
[[Catégorie:Philosophe]]
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text/x-wiki
{| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9"
| colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]</div>
|-
| <div style="text-align: left;">'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC|Période de la Grèce Classique]]'''</div> || || <div style="text-align: right;">'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC|Période du Principat de l’Empire Romain]]'''</div>
|-
| <div style="text-align: left;">'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_période_Grèce_Hellénistique|Période de la Grèce Hellénistique]]'''</div>
|}
<span style="font-size:18pt;"> Période de la [[w:République_romaine|''République'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#République_back|<sup>🔄</sup>]] [[w:Rome_antique|''Romaine'']] [[#Rome|<span id="Rome_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]</span>
<p style="text-align: right;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-509]], chute de la [[w:Royauté_romaine|''royauté romaine'']] — 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']])
<span id="Oligarchie_back"></span>{{Boîte déroulante début|titre=NdA Rome|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Rome_back|<span id="Rome"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Rōma [[wikt:en:Roma#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’époque ''républicaine'', la gestion de la cité romaine est d’abord marquée par la consécration du principe de publicité des réunions ''politiques'' (dans le cadre du [[w:Sénat_de_la_République_romaine|''Sénat'']] mais aussi dans le cadre des réunions [[w:Comices|''comitiales'']]), de [[w:Collégialité|''collégialité'']] des pouvoirs (les magistrats sont toujours plusieurs à détenir une même charge, à l’instar des deux [[w:Consul_(Rome_antique)|''consuls'']]), de spécialisation des [[w:Magistrature|''magistratures'']] (chacune d’elles dispose d’un pouvoir spécifique et d’un champ d’application bien défini) et d’[[w:Élection|électivité]] des charges (les magistrats sont pour l’immense majorité élus par le peuple romain réuni en assemblées). La devise traditionnelle de la république est [[w:Senatus_populusque_Romanus|''Senatus populusque Romanus'']] (SPQR), « le ''Sénat'' et le peuple ''romain'' ». Elle symbolise l’union consensuelle du ''Sénat'', où siègent à l’origine les familles de l’élite économique et politique de la cité, et de l’ensemble des [[w:Citoyenneté_romaine|''citoyens romains'']], qui par son vote adopte les lois, confère leurs pouvoirs aux magistrats, et consent au versement des impôts et à la levée des armées.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’origine, la République romaine est largement dominée par l’aristocratie [[w:Patricien|''patricienne'']], héritière de la [[w:Fondation_de_Rome|''fondation de Rome'']], lorsque celle-ci a constitué le Sénat primitif autour des rois légendaires. Cette division entre ''patriciens'' et [[w:Plèbe|''plébéiens'']] s’estompe cependant au cours des siècles, au gré des différentes [[w:Sécessions_de_la_plèbe|''sécessions plébéiennes'']] permettant à l’élite économique de la plèbe de se faire une place en politique — en obtenant notamment, à partir de [[w:367 av. J.-C.|-367]], le droit d’élire un ''consul'' chaque année. L’essentiel des ''citoyens romains'' reste composé d’une importante masse d’artisans et de petits paysans propriétaires dans les zones fertiles de l’Italie centrale, tandis que les patriciens sont souvent propriétaires de [[w:Latifundium_(Antiquité)|''vastes domaines cultivés'']], les ''Latifundia'' (latus, « spacieux » + fundus, « ferme »), qui leur permettent de dégager d’importants revenus pour subventionner leur carrière politique. L’élite de la société romaine qui contrôle les rouages de la ''République'' se caractérise notamment par une célébration des origines familiales et des ancêtres prestigieux, dans le cadre de la [[w:Gens_(Rome antique)|''gens'']]. Chaque grande famille de Rome exerce alors un pouvoir informel dans la cité, grâce au [[w:Clientélisme_(Rome)|''système clientélaire'']] : une relation de services mutuels entre deux personnes de statut social différent, l’un puissant, le « patron », généralement aristocrate, et une personne de rang moindre, généralement un homme libre, appelé le « client ». La ''République romaine'' est loin d’être une ''démocratie'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#démocratie_back|<sup>🔄</sup>]] : il s’agit avant tout d’un [[w:Oligarchie|''régime oligarchique'']] [[#Oligarchie|<sup>II</sup>]] dans lequel les citoyens jouissent certes des mêmes droits civils, mais ne jouissent pas des mêmes privilèges politiques et religieux, l’essentiel de leurs droits dépendant, de fait, de leur position au sein des [[w:Cens_(époque romaine)|''classes censitaires'']] ''romaines'', établies en fonction du patrimoine foncier des familles recensées. La ''République romaine'' est donc avant tout un système de compétition, de course aux honneurs, entre les mains d’un nombre restreint de grandes familles ''patricio-plébéiennes'' formant la [[w:Nobilitas|''nobilitas'']], la noblesse.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="Oligarchie">'''<sup>II</sup></span> Du nom commun ὀλιγαρχίᾱ / oligarkhíā [[wikt:en:ὀλιγαρχία#Ancient_Greek|(en)]], « (politique) Règne de quelques-uns, oligarchie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ὀλιγάρχης / oligárkhēs [[wikt:en:ὀλιγάρχης#Ancient_Greek|(en)]], « oligarque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif ὀλίγος / olígos [[wikt:en:ὀλίγος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. De petite quantité : peu. 2. De petite taille : petit. 3. De faible degré : léger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe -άρχης / -árkhēs [[wikt:en:-άρχης#Ancient_Greek|(en)]], « souverain, chef »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’un drap. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; détenir un archontat. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ + du suffixe nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstraite féminin -ία / -ía [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Forme_de_gouvernement|''Forme de gouvernement'']] où le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes qui forme une [[w:Classe_dominante|''classe dominante'']].<br/><br />'''
</div>{{Boîte déroulante fin}}
== [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[#Cicéron|<span id="Cicéron_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">(3 janvier [[w:106_av._J.-C.|-106]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — 7 décembre [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné en quittant sa villa de [[w:Formia|''Formia'']], par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']], sur ordre de [[w:Marc_Antoine|'''Marc Antoine''']]) [[s:Auteur:Cicéron|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA365#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}]
[[Fichier:Bust of Cicero (1st-cent. BC) - Palazzo Nuovo - Musei Capitolini - Rome 2016.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Portrait posthume de Cicéron de la moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]]. Marbre.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Palais_Neuf_(Rome)#Salle_des_Philosophes|Sala dei Filosofi, Palazzo Nuovo, Musei Capitolini]] [https://www.museicapitolini.org/en/opera/ritratto-di-cicerone-0 <sup>🔍</sup>].]]
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Orateur'', ''politicien'', ''philosophe'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] et ''citoyen romain'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]]; il publie une abondante production, d’ouvrages sur la [[w:Rhétorique|rhétorique]] et d’adaptation en latin des [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''théories philosophiques grecques'']], considérée comme un modèle de l’expression [[w:Latin_classique|''latine classique'']], et dont une grande partie nous est parvenue.</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Cicéron|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cicéron_back|<span id="Cicéron"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Marcus [[w:Tullii|Tullius]] Cicero :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Marcus#Latin|Marcus]]; forme contractée de *Marticus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif [[wikt:Martius#Latin|Martius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ dérivé de [[wikt:Mars#Latin|Mars]], « [[w:Mars_(mythologie)|Mars]], dieu des guerriers, de la jeunesse et de la violence de la mythologie romaine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-ius#Latin|-ius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-icus#Latin|-icus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]]; de [[wikt:cicer#Latin|cicer]], « pois chiche » [[#pois_chiche|<span id="pois_chiche_back"><sup>II</sup></span>]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#pois_chiche_back|<span id="pois_chiche"><sup>II</sup></span>]] Sens original multiple :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pline_l%27Ancien|Pline l’Ancien]] ([[w:23|23]], à [[w:Côme#Histoire|''Novum Comum'']] — [[w:79|79]] [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|<sup>📚</sup>]], à [[w:Stabies#Éruption_de_79_ap._J.-C.|''Stabies'']]) <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''2. Les [[w:Fabii|'''Fabius''']], les [[w:Cornelii_Lentuli|'''Lentulus''']], les '''Cicéron''' ont eu ces noms d’après l’espèce de légume qu’ils excellaient à cultiver.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre18.htm <u>Histoire Naturelle</u>, ''l. XVIII'']'', c. III, §2''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Plutarque|Plutarque]] ([[w:46|46]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Chéronée|''Chéronée'']] — [[w:125|125]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Le premier de cette famille qui eut le surnom de '''Cicéron''' fut un homme très estimable; aussi ses descendants, loin de rejeter ce surnom, se firent un honneur de le porter, quoiqu’il eût été souvent tourné en ridicule, il vient d’un mot latin qui signifie pois chiche; et le premier à qui on le donna avait à l’extrémité du nez une excroissance qui ressemblait à un pois chiche et qui lui en fit donner le surnom. '''Cicéron''', celui dont nous écrivons la Vie, la première fois qu’il se mit sur les rangs pour briguer une charge, et qu’il s’occupa des affaires publiques, fut sollicité par ses amis de quitter ce surnom et d’en prendre un autre; mais il leur répondit, avec la présomption d’un jeune homme, qu’il ferait en sorte de rendre le nom de '''Cicéron''' plus célèbre que ceux des [[w:Aemilius_Scaurus|'''Scaurus''']] et des '''Catulus'''. Pendant sa questure en Sicile, il fit aux dieux l’offrande d’un vase d’argent, sur lequel il fit graver en entier ses deux premiers noms, '''Marcus Tullius'''; et au lieu du troisième, il voulut, par plaisanterie, que le graveur mit un pois chiche. Voilà ce qu’on dit de son nom.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/Ciceron.htm <u>La Vie de Cicéron</u>]'', c. I'''''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:De_Republica|De Re Publica]] ===
<p style="text-align: right;">[[s:De_la_République|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA680#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Republica}}]
{| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1"
|-
| style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits'''
|- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle"
| align="center" | <div style="margin-top: 1em; margin-bottom: 1em; margin: 0 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende|L’ouvrage rédigé en 6 livres n’est parvenu à l’époque moderne que très mutilé, seule la fin dite du [[w:Songe_de_Scipion|''Songe de Scipion'']] fut conservée au cours du Moyen Âge en raison de son mysticisme apprécié des auteurs chrétiens. Le reste de l’ouvrage aux considérations plus politiques fut retrouvée en 1818 par [[w:Angelo_Mai|'''Angelo Mai''']], préfet de la bibliothèque de manuscrits du ''Vatican'', dans un [[w:Palimpseste|''palimpseste'']] d’un ouvrage d’[[w:Augustin_d%27Hippone|'''Augustin''']] d’Hippone, référencé [[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|'''Vaticanus Latinus 5757''']], copié au début du VIII<sup>ème</sup> siècle sur les pages lavées et grattées d’un [[w:Codex|''codex'']] du IV<sup>ème</sup> siècle.}}}</div>
|}
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la politique, écrit en [[w:54_av._J.-C.|-54]]. L’ouvrage, écrit sous la forme d’un dialogue platonicien, traite de la meilleure forme d’État et de la manière de bien conduire un État. Cette question avait déjà été abordée par les Grecs avec ''La Politique'' d’[[w:Aristote|'''Aristote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Aristote_back|<sup>🔄</sup>]] et ''La République'' de [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]]. '''Cicéron''' applique leurs analyses aux institutions de la [[w:République_romaine|République romaine]], pour établir que la République du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] était la cité la plus proche de l’équilibre idéal formulé par ces théories. Il complètera ce traité par le [[#De_Legibus_I|''De Legibus'']], ouvrage consacré à l’aspect législatif des institutions.</div>
==== [[w:De_Republica#Livre_I|Livre I]] ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Introduction, présentation des protagonistes, '''Cicéron''' place ses dialogues vers [[w:129_av._J.-C.|-129]], moment où, selon lui, cette République quittait l’équilibre idéal qu’il va décrire, avant que, toujours selon lui, l’intervention des [[w:Gracques|'''Gracques''']] [[#Gracques|<span id="Gracques_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ne bouleverse l’harmonie républicaine.</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Livre I|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Gracques_back|<span id="Gracques"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Gracchus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom donné à deux frères et hommes d’État ''romains'', [[w:Tiberius_Gracchus|Tiberius Gracchus]] et [[w:Caius_Gracchus|Caius Gracchus]], petits-fils de [[w:Scipion_l'Africain|Scipion l’Africain]], connus pour leur tentative infructueuse de réformer le système agraire ''romain'' durant la deuxième moitié du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• En [[w:-133|-133]], Tiberius fait voter une [[w:Question_agraire_%C3%A0_Rome|''loi agraire'']] connue sous le nom de [[w:Lex_Sempronia|''Rogatio Sempronia'']] qui reprend le principe de l’[[w:Anadasmos|''Anadasmos'']] grec, prévoyant la limitation au droit de possession individuelle et la redistribution aux citoyens pauvres des terres récupérées.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_163_av._J.-C.|-163]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_133_av._J.-C.|-133]], ''Rome'', assassiné par les sénateurs opposés à sa réforme) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Et de [[w:-123|-123]] à [[w:-121|-121]], Caius renforce cette loi et ambitionne de diminuer les pouvoirs du [[w:S%C3%A9nat_de_la_R%C3%A9publique_romaine|''Sénat romain'']] et d’accroître ceux des [[w:Comices|''comices'']], assemblées qui expriment la volonté du peuple romain dans les domaines électoraux, législatifs et judiciaires.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_154_av._J.-C.|-154]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_121_av._J.-C.|-121]], ''Rome'', assassiné par le ''Sénat'' en promulguant pour la première fois un [[w:Senatus_consultum_ultimum|''senatus consultum ultimum '']], donnant au consul [[w:Lucius_Opimius|Lucius Opimius]] les pleins pouvoirs pour mettre fin à la sédition de Caius, à cause de divergence politique sur la construction d’une colonie à [[w:Carthage#Cité_romaine,_vandale_et_byzantine|''Carthage'']]) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIV.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de l’invention du premier [[w:Planétaire|''planétaire'']] [[#Planetes|<span id="Planetes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par '''Thalès'''.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Planètes|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Planetes_back|<span id="Planetes"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin planeta, planetes [[wikt:en:planeta#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien πλανήτης / planḗtēs [[wikt:en:πλανήτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Voyageur, vagabond. 2. (astronomie) Planète. 3. (médecine) Une fièvre qui se manifeste par des crises irrégulières. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:πλανάω#Ancient_Greek|πλανάω / planáō]], « 1. Faire errer, conduire à l’errance. 2. Égarer, tromper, induire en erreur. 3. (voix passive) Errer, s’égarer. 4. Errer en parlant, s’éloigner du sujet. 5. Faire une chose de manière irrégulière ou avec des variations. 6. Être dans le doute ou être perdu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe masculin de nom d’agent -της / -tēs [[wikt:en:-της#Ancient_Greek:_agent_noun|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Il n’est pas vrai, mes chers amis, que le soleil, la lune, ni aucun autre astre, errent dans leur course : c’est tout le contraire ; chacun d’eux n’a qu’une route et non plusieurs ; ils parcourent toujours le même chemin en ligne circulaire ; et ce n’est qu’en apparence qu’ils parcourent plusieurs chemins. C’est encore à tort qu’on attribue le moins de vitesse à l’astre qui en a le plus, et le mouvement le plus rapide à celui dont la course est la plus lente. Supposé que la chose soit telle que je dis et que nous nous la figurions tout autre, s’il arrivait qu’aux jeux olympiques nous fussions dans une erreur semblable à l’égard des hommes ou des chevaux qui courent dans la carrière, appelant le plus lent celui qui est le plus léger, et le plus léger celui qui est le plus lent, en sorte que, la course finie, nous donnassions des éloges au vaincu comme s’il était vainqueur ; il me paraît que nos louanges seraient injustes, et ne plairaient guère aux coureurs qui ne sont pourtant que des hommes. Mais quand nous tombons dans de pareilles méprises par rapport aux dieux, ce qui tout à l’heure et en parlant d’hommes était ridicule et injuste, ne vous semble-t-il pas l’être ici à l’égard des dieux ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Platon, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres,_trad._Cousin,_VII_et_VIII.djvu/707 <u>Les Lois</u>, ''l.VII'', ''§822 a-c'']'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
:'''Textes latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' Tum [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum : nam memoriâ tenio [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''C. Sulpicium Gallum''']] , doctissimum ut scitis hominem , cùm idem hoc visum diceretur , et esset casu apud [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''M. Marcellum''']] , qui cum eo consul fuerat, sphæram [[#sphæram|<span id="sphæram_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], quam [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|'''M. Marcellus''' avus]] [[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] captis [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracusis'']] ex urbe locupletissimâ atque ornatissimâ sustulisset, cùm aliud nihil ex tantâ prædâ domum suam deportavisset jussisse proferri : cujus ego sphæræ cùm persæpe propter [[w:Archimède|'''Archimedi''']] [[#Archimedi_De_Re_Publica|<span id="Archimedi_De_Re_Publica_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] gloriam nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior [[#nobilior|<span id="nobilior_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in [[w:Pudicitia#Les_temples|''templo Virtutis'']] '''Marcellus''' idem. Sed postea quàm cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo siculo ingenii, quàm videretur natura humana ferre potuisse, judicabam [[#judicabam|<span id="judicabam_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''milesio'' primum esse tornatam [[#tornatam|<span id="tornatam_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : post autem ab [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxo''' ''cnidio'']] discipulo, ut ferebat, [[w:Platon|'''Platonis''']] eamdem illam astris [[#astris|<span id="astris_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] cœlo inhærentibus [[#inhærentibus|<span id="inhærentibus_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post non astrologiæ scientiâ sed poeticâ quâdam facultate versibus [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratum''']] extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illâ sphærâ solidâ non potuisse finiri. Atque in eâ admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' cùm moveret, fiebat ut soli luna totidem conversionibus in aere illo quot [[#quot|<span id="quot_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] diebus in ipso cœlo succederet; ex quo et in cœlo sphæra [[#sphæra|<span id="sphæra_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, cùm sol e regione. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . </div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''[[#sphæram_back|<span id="sphæram"><sup>1</sup></span>]] In codice modo scribitur ''sfæra'', modo ''sphæra'', modo ''sphera''.<br />[[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)"><sup>2</sup></span>]] Cod. primâ manu ''Marcellus''; secundâ ''Marcelli avus'', quæ est emendatio certissima.<br />[[#Archimedi_De_Re_Publica_back|<span id="Archimedi_De_Re_Publica"><sup>3</sup></span>]] ''Archimedi'' in secundo casu more suo Tullius, ut pro Balbo XXV ''Theophani''; ad Brut. ep. XV, et de Or. II. 74 ''Themistocli''; ad Att. XIII. 28 ''Aristoteli''; Brut. VII. LXXXIII ''Thucydidi'', Tusc. I. 41 ''Ulyxi''; de Or. II. 22. 23. Brut. XV. LXXXIII ''Demostheni'' et ''Pericli'': unde etiam Persius IV. 3 ''magni pupille Pericli''. Lege et Quintilianum Inst. I. 5. Sic loquitur etiam Fronto.<br />[[#nobilior_back|<span id="nobilior"><sup>4</sup></span>]] Cod. primâ manu ''novilior'', secundâ ''nobilior''.<br />[[#judicabam_back|<span id="judicabam"><sup>5</sup></span>]] Cod. ''judicam''; sed mox factum ''judicabat''. Mihi videbatur scribendum ''judicabam''.'''
</td>
<td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''[[#tornatam_back|<span id="tornatam"><sup>6</sup></span>]] lta cod. secundâ manu; et primâ ''ornatam''. Cicero in Arateis 3o4 : ''tam tornare cate contorlos possiet orbes''.<br />[[#astris_back|<span id="astris"><sup>7</sup></span>]] Cod. primâ manu ''illam stellisque cœlo;'' secundâ vero deletum ''stellisque'' et scriptum ''astris''.<br />[[#inhærentibus_back|<span id="inhærentibus"><sup>8</sup></span>]] Cod. sine diphthongo, ''inherentibus'' , sed deinde haud scio an sit superaddita ''a''.<br />[[#quot_back|<span id="quot"><sup>9</sup></span>]] Cod. habet ''quod'', ob sonum videlicet similem sequentis litteræ ''d''. Profecto Longus p. 2231 jani obacrvavit, ''quot'' et ''quod'' male aliquoties confundi.<br />[[#sphæra_back|<span id="sphæra"><sup>10</sup></span>]] Cod. ''sphela'', quamquam ''l'' non caret interpolatione. Superius cap. V vidimus ''lacelari''. Sed enim vox ipsa ''sphœra'' hîc omittenda videtur, vel scribendum ''cœli sphœrâ''.'''</td></tr></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' Tum '''Philus''' : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum ; nam memoria teneo, '''C. Sulpicium Gallum''', doctissimum, ut scitis, hominem, quum idem hoc visum diceretur, et esset casu apud '''M. Marcellum''', quicum eo consul fuerat, sphæram, quam '''M. Marcelli''' avus, captis ''Syracusis'', ex urbe locupletissima atque ornatissima sustulisset, quum aliud nihil ex tanta præda domum suam deportavisset, jussisse proferri : cujus ego sphæræ quum persæpe, propter '''Archimedi''' gloriam, nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in ''templo Virtutis'' '''Marcellus''' idem. Sed posteaquam cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo Siculo ingenii, quam videretur natura humana ferre potuisse, judicabam fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''Milesio'' primum esse tornatam : post autem ab '''Eudoxo''' ''Cnidio'' discipulo, ut ferebat, '''Plalonis''' eamdem illam astris cælo inhærentibus esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post, non astrologiæ scientia, sed poetica quadam faculiate versibus '''Aratum''' extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illa sphæra solida non potuisse finiri; atque in eo admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset, quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' quum moveret, fiebat, ut soli luna totidem conversionibus in aere illo, quot diebus in ipso cælo, succederet, ex quo et in [cælo] sphæra solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, quum sol e regione.....</div></poem>
<div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Octo paginæ hic a '''Maio''' desiderantur.'')</div>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] [[#Philus|<span id="Philus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] prenant la parole : Je ne vous présenterai, dit-il, rien de nouveau, ni découverte, ni pensée qui m’appartienne; car voici ce dont je me souviens. [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] [[#Caius_Sulpicius_Gallus|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], homme d’une profonde doctrine, comme vous le savez, entendant un jour le récit d’un prodige semblable, et se trouvant chez [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[#Marcellus-166|<span id="Marcellus-166_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui avait été son collègue dans le consulat, demanda qu’on lui mit sous les yeux un globe céleste [[#Machine_Anticythere|<span id="Machine_Anticythere_back"><sup>💡</sup></span>]], que [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|l’aïeul de '''Marcellus''']] [[#Marcellus-222|<span id="Marcellus-222_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] avait autrefois enlevé après la prise de [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracuse'']], du milieu de cette magnifique et opulente ville, sans rapporter dans sa maison d’autre butin d’une si grande conquête. J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’[[w:Archimède|'''Archimède''']] [[#Archimède|<span id="Archimède_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]]. L’aspect ne m’en parut pas fort remarquable. Il en existait une autre, d’une forme plus élégante et plus connue du vulgaire, ouvrage du même '''Archimède''', et placée par le même '''Marcellus''' à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans le [[w:Pudicitia#Les_temples|''temple de la Vertu'']]. Mais sitôt que '''Gallus''' eut commencé d’expliquer avec une haute science la composition de cette machine, je jugeai qu’il y avait eu dans le géomètre [[#géomètre_AM|<span id="géomètre_AM_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] sicilien un génie supérieur à ce qui semblait la portée de l’humaine nature. '''Gallus''' nous disait, que cette autre sphère solide et compacte était d’une invention fort ancienne, et que le premier modèle en avait été donné par '''Thalès''' de ''Milet''; que, dans la suite, [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxe''' de ''Gnide'']] [[#Eudoxe_de_Cnide|<span id="Eudoxe_de_Cnide_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]], disciple de [[w:Platon|'''Platon''']], avait tracé sur ses contours les astres attachés à la voûte des cieux; et que beaucoup d’années après, empruntant à '''Eudoxe''' ce dessin et cette belle ordonnance, [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratus''']] [[#Aratos_de_Soles|<span id="Aratos_de_Soles_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] leur avait donné l’éclat des vers, sans avoir lui-même la connaissance de l’astronomie, et par la seule force de son instinct poétique. Il ajoutait que cette configuration de la sphère, qui représente les mouvemens de la lune, du soleil, et des cinq [[w:Astronomie_grecque#Mouvements_réguliers_des_planètes|''étoiles nommées errantes ou irrégulières'']] [[#Planètes_back|<sup>⤴️</sup>]], n’avait pu s’appliquer à ce premier globe d’une forme solide; et que l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir tellement combiné sa nouvelle sphère, que dans le jeu de mouvemens disparates, une seule impulsion déterminait des résultats inégaux et variés. En effet, '''Gallus''' touchait-il cette sphère [[#sphere_AM|<span id="sphere_AM_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], on voyait, sur sa surface, la lune remplacer le soleil par un tour de cercle, autant de fois qu’elle le remplace dans les cieux par l’intervalle d’un jour; d’où il résultait que la disparition du soleil s’y trouvait marquée comme dans les cieux, et que la lune touchait le point où elle est obscurcie par l’ombre de la terre, à l’instant où le soleil reparaissait sur l’horizon, etc. [[#etc_AM|<span id="etc_AM_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]</div>
</poem>
<table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM"><sup>1</sup></span>]] Cicéron nomme plusieurs fois ce Gallus, pour sa science et sa passion de l’astronomie. — [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre2.htm <u>Pline, liv. II, ch. xix</u>], le cite comme partageant l’opinion de Pythagore, que la terre est éloignée de la lune de 126,000 stades, et que sa distance du soleil est double de ce nombre.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#géomètre_AM_back|<span id="géomètre_AM"><sup>2</sup></span>]] On sait que ce fut Cicéron qui, curieux de toute espèce d’étude et de gloire, rechercha et découvrit, à ''Syracuse'', la sépulture d’Archimède, oubliée dans un lieu désert, entourée de ronces, et reconnaissable seulement par la figure d’une sphère qui surmontait le tombeau.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#sphere_AM_back|<span id="sphere_AM"><sup>3</sup></span>]] Cette sphère, à l’exactitude près, ressemblait, comme l’on voit, à la sphère mobile que les Anglais ont appelée [[w:en:Orrery|''Orery'']], du nom d’un célèbre protecteur des sciences, qui fit construire cette machine : « C’est, dit [[w:Voltaire|Voltaire]], une très-faible copie de notre monde<br />« planétaire et de ses révolutions. La période même du change-<br />« ment des solstices et des équinoxes, qui nous amène, de jour<br />« en jour, une nouvelle étoile polaire, cette période, cette course<br />« si lente d’environ vingt-six mille ans, n’a pu être exécutée par<br />« des mains humaines, dans nos ''Orery''. Cette machine est très-<br />« imparfaite; il faut la faire tourner avec une manivelle. Cepen-<br />« dant c’est un chef-d’œuvre de l’habileté de nos artisans. Jugez<br />« donc quelle est la puissance, quel est le génie de l’éternel Ar-<br />« chitecte, si l’on peut se servir de ces termes impropres, si mal<br />« assortis à l’Être suprême ! » [[#Voltaire_Histoire_de_Jenni|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni_back"><sup>XII</sup></span>]] La science actuelle parlerait avec moins de respect de ces ''Orery''; mais on concevra sans peine quelle admiration devait inspirer, dans la peu savante et ingénieuse antiquité, la première ébauche d’un semblable travail.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#etc_AM_back|<span id="etc_AM"><sup>4</sup></span>]] La traduction a complété la phrase mutilée de l’original; la suite de ce détail astronomique manque dans le manuscrit, jusqu’au moment ou [[w:Scipion_Émilien|Scipion]] en revient à parler de Gallus.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Philus_back|<span id="Philus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Consul de la [[w:République_romaine|''République romaine'']], affecté à la province d’[[w:Hispanie_citérieure|''Hispanie citérieure'']] en [[w:136_av._J.-C.|-136]], durant la [[w:Guerre_de_Numance|''guerre contre Numance'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_179_av._J.-C.|-179]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_136_av._J.-C.|-136]], lieu indéterminé) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin gallus [[wikt:en:gallus#Latin|(en)]], « 1. Un coq. 2. • Un gaulois, un habitant de la ''Gaule''; • Un galate, un habitant de la [[w:Galatie|''Galatie'']], en ''Anatolie''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Préteur en [[w:-169|-169]] puis, l’année d’après, tribun militaire de la II<sup>ème</sup> [[w:Légion_romaine|''légion'']] pendant la [[w:Troisième_guerre_macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']] contre [[w:Persée_(roi)|Persée]], le roi de [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoine'']]. Il y gagne une grande réputation pour avoir rassuré les soldats en leur expliquant le phénomène d’une éclipse de Lune ayant lieu la nuit précédent la bataille de Pydna (ou selon certains auteurs pour l’avoir prévu). Il devient consul en à son retour de Macédoine en [[w:-166|-166]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_209_av._J.-C.|-209]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]] — date <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> et lieu indéterminé.e.s)
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Marcellus-166_back|<span id="Marcellus-166"><sup>III</sup></span>]] Diminutif latin de Mārculus [[wikt:en:Marcellus#Latin|(en)]], lui même diminutif de Mārcus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 3 reprises en [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]], [[w:Années_155_av._J.-C.|-155]] et [[w:Années_152_av._J.-C.|-152]]. Il est le petit fils de Marcus Claudius Marcellus 5 fois consuls [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] et l’arrière grand-père de Marcus Claudius Marcellus : consul en -51, il participa à la remise à Cicéron [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]] de lettres dénonçant la [[w:Conjuration_de_Catilina|''tentative de coup d’État de Catilina'']] et choisit le camp de [[w:Pompée|''Pompée'']] lors de la [[w:Guerre_civile_de_César|''guerre civile de César'']], s’exilant sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos_back|<sup>⤵️</sup>]] à la défaîte de ce premier. Pardonné par César en -46, il sera poignardé en mai -45 par l’un de ses esclaves alors qu’il s’apprêtait à s’embarquer pour rejoindre ''Rome'' par la mer [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/ciceron_ad_fam_IV/lecture/12.htm <sup>C., LàdF, l.IV, XII</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — [[w:Années_148_av._J.-C.|-148]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort nauffragé en Méditerranée lors d’une ambassade au près du roi [[w:Massinissa|Massinissa]] de [[w:Royaume_de_Numidie|''Numidie'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Marcellus-222_back|<span id="Marcellus-222"><sup>IV</sup></span>]] Consul ''romain'' à 5 reprises et général plusieurs fois victorieux : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre les celtes [[w:Gésates|''Gésates'']] lors de la [[w:Bataille_de_Clastidium|''bataille de Clastidium'']] et en rapportant la [[w:Dépouilles_opimes|''dépouille opimes'']] (ou en latin ''spolia opima'') de leur chef [[w:Viridomaros_(Gésate)|Viridomaros]] en [[w:-222|-222]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre [[w:Hannibal_Barca|Hannibal Barca]] [[#Hannibal_Barca|<span id="Hannibal_Barca_back"><sup>V</sup></span>]] lors des 3 batailles de [[w:Nola_(Italie)#Histoire|''Nola'']] de [[w:Bataille_de_Nola_(216_av._J.-C.)|-216]], [[w:Bataille_de_Nola_(215_av._J.-C.)|-215]] et [[w:Bataille_de_Nola_(214_av._J.-C.)|-214]] de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• et lors du [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''siège'']] de [[w:Syracuse#Deuxième_guerre_punique|''Syracuse'']], qu’il s’empara en [[w:-212|-212]]; [[w:Archimède|Archimède]] [[#Archimède|<sup>VII</sup>]] est tué au cours du pillage qui a suivi.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']] — [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]], à [[w:Venosa#Histoire|''Venosa'']], transpercé par une lance lors d’une embuscade ''carthaginoise'' au cours d’une mission de reconnaissance pendant la ''deuxième guerre punique'' <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/185|Plutarq. lVdHI. VdM. éd.1853, p.181]]</sup>) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hannibal_Barca_back|<span id="Hannibal_Barca"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre latin Hannibal [[wikt:en:Hannibal#Latin|(en)]]; du nom propre [[w:Punique_(langue)|''punique'']] 𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋 / ḥnbʿl (/ḥannībaʿl/) [[wikt:en:𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « Que Baal me fasse grâce. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la [[w:Proposition_subordonnée|''proposition subordonnée'']] 𐤇𐤍𐤉 / ḥny (/ḥannī/), « qu’il me fasse grâce »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du nom commun 𐤁𐤏𐤋 / bʿl (/baʿl/) [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « 1. Seigneur, maître. 2. Baal. 3. Bourgeois, citoyen. »; du nom commun [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤁𐤏𐤋 / bʿl, « 1. Seigneur, maître. 2. Propriétaire, maître. 3. Mari. 4. Baal, nom divin pouvant qualifier un ensemble de divinités des peuples de langues sémitiques du [[w:Proche-Orient_ancien|''Proche-Orient ancien'']], en Syrie et au Levant ([[w:Ugarit|''Ugarit'']], [[w:Phénicie|''Phénicie'']], [[w:Canaan_(région)|''Canaan'']]) et par dérivation dans les implantations phéniciennes de Méditerranée ([[w:Carthage|''Carthage'']]). 6. Bourgeois, citoyen. » [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Phoenician|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Et du nom propre Barca [[w:Barca#Etymology_2|(en)]]; du ''punique'' 𐤁𐤓𐤒 / brq (/baraq/), « éclair, foudre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Commandant en chef [[w:Civilisation_carthaginoise|''carthaginois'']] contre les ''romains'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']], battu par [[w:Scipion_l’Africain|Scipion l’Africain]] à la [[w:Bataille_de_Zama|''bataille de Zama'']] en [[w:-202|-202]]; puis homme politique par la suite, il finit par s’exiler volontairement en ''Asie'' à cause de dissenssion politique en [[w:-195|-195]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_247_av._J.-C.|-247]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carthage'' — [[w:Années_183_av._J.-C.|-183]]/[[w:Années_181_av._J.-C.|-181]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Bithynie|''Bithynie'']], suicide par ingestion de poison après qu’il eut trouvé refuge chez le roi de [[w:Bithynie|''Bithynie'']] [[w:Prusias_Ier|Prusias I<sup>er</sup>]], et que ce dernier fut forcé par les ''romains'' de le livrer)
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Machine_Anticythere_back|<span id="Machine_Anticythere"><sup>💡</sup></span>]] Dont subsiste un potentiel exemplaire récent de plus d’un siècle, nommé [[w:Machine_d%27Anticythère|Machine d’Anticythère]] [[#Anticythere|<span id="Anticythere_back"><sup>VI</sup></span>]] puisque découverte au large de cette [[w:Anticythère|''île grecque du même nom'']] en 1901 dans une [[w:Épave_d%27Anticythère|''épave d’un navire de charge romain'']] qui a fait naufrage au deuxième quart du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] [https://www.namuseum.gr/en/collection/ellinistiki-periodos-3/ <sup>🔍</sup>]. La seconde mention antique d’une machine similaire est donné par Cicéron qui rapporte que [[w:Posidonios|Posidonius]] [[#Posidonius|<span id="Posidonius_back"><sup>VIII</sup></span>]] a construit une sphère mobile (assez pour être « ''transportée en [[w:Scythie|Scythie]] ou en [[w:Histoire_des_îles_Britanniques#Période_pré-romaine|Bretagne]]'' ») reproduisant les mouvements conjoints du soleil, de la lune et des cinq planètes alors connues :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Quand on voit une statue, ou un tableau, on sait que pareil objet est l’œuvre d’un artiste, quand on aperçoit de loin un navire qui se déplace on ne met pas en doute l’existence d’un marin qui le dirige conformément aux règles de la science nautique et de même le spectacle d’un cadran solaire avec ses lignes nettement tracées ou d’une [[w:Clepsydre|clepsydre]] nous oblige à comprendre que les indications données par ces appareils ne sont point fortuites, mais calculées par le constructeur : qui convient de tout cela peut-il supposer que le monde où ces ouvrages mêmes et leurs auteurs et toutes choses ont leur place naturelle se soit formé sans que le calcul réfléchi y fût pour rien ? Si l’on transportait en Scythie ou en Bretagne cette sphère qu’a construite naguère mon ami '''Posidonius''' et qui, dans ses révolutions successives, montre le soleil, la lune et les cinq planètes tournant, comme ces astres le font dans le ciel, jours après jours, nuits après nuits, lequel parmi les habitants de ces pays barbares hésiterait à considérer cette sphère comme un parfait exemple de ce que peut le calcul ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <u>De Natura Deorum</u>, ''livre II'', ''§XXXIV''.]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Anticythere_back|<span id="Anticythere"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀντῐκῠ́θηρᾰ / Antikúthēra [[wikt:en:Ἀντικύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « en face de Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe [[wikt:ἀντί#Grec_ancien|ᾰ̓ντῐ- / anti-]], « 1. anti-, en face, en opposition. 2. à l’égal de, semblable à, qui rappelle. »; de la préposition ἀντί / antí [[wikt:en:ἀντί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Par-contre, à l’opposé. 2. En même temps que. 3. En échange, à la place de. 4. Au prix de, en échange de. 5. Pour le bien de, pour. 6. Au lieu de. 7. Comparé à. 8. Équivalent, ni meilleur ni pire que. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom propre Κῠ́θηρᾰ / Kúthēra [[wikt:en:Κύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] située au sud-est du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], entre l’île de [[w:Cythère|''Cythère'']] et la [[w:Crète|''Crète'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Archimède_back|<span id="Archimède"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:en:Ἀρχιμήδης#Ancient_Greek|Ἀρχιμήδης / Arkhimḗdēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], « dénote une importance primordiale ou une autorité. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; être un [[w:Archonte|''archonte'']], détenir un ''archontat''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « dirigeant, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun μήδεα / mḗdea [[wikt:en:μήδεα#Ancient_Greek|(en)]], « (poétique, pluriel seulement) Conseil, plan, art, prudence, ruse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal (ou adjectival) -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Illustre [[w:Archimède#Apports_en_géométrie|''géomètre'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Géométrie_back|<sup>🔄</sup>]], ''mathématicien'' [[w:en:Archimedes#Mathematics|(en)]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Mathématiques_back|<sup>🔄</sup>]] dont de nombreux écrits nous sont parvenus [[w:en:Archimedes#Writings|(en)]], et encore plus illustre [[w:Archimède#Apports_en_mécanique|''physicien'']], ''astronome'' [[w:en:Archimedes#Astronomical_instruments|(en)]], ''ingénieur'' et ''inventeur'' [[w:en:Archimedes#Discoveries_and_inventions|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Lors de la chute de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], [[w:Plutarque|Plutarque]] <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/169|lVdHI. VdM. éd.1853, p.165]]</sup> rapporte que Marcus Claudius Marcellus [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] s’opposa à la volonté de ses soldats de brûler et raser la ville, mais leur accorda à contrecœur « la permission de s’emparer des trésors et des esclaves<nowiki>[</nowiki>, en leur défendant<nowiki>]</nowiki> expressément de toucher aux personnes libres, de tuer, de déshonorer, de réduire en esclavage aucun des Syracusains ». Marcellus aurait été très affligé d’apprendre la mort d’Archimède et Plutarque <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/170|p.166]]</sup> décrit 3 récits de celle-ci :<br />• soit par un légionnaire romain irrité de son refus de le suivre jusqu’à Marcellus avant qu’il ait achevé la démonstration de son problème ;<br />• soit par un légionnaire romain sans d’autre raison que de le tuer et se souciant peu de sa démonstration et de sa supplique de ne pas laisser un problème imparfait ;<br />• soit par des légionnaires romains qui voulurent s’emparer d’une caisse, croyant qu’elle contenait de l’or et non des instruments de mathématiques, tels que des cadrans au soleil, des sphères, et des angles avec lesquels on mesure la grandeur du soleil, qu’Archimède portait à Marcellus.<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Plutarque <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/168|p.164]]</sup> rapporte également qu’Archimède aurait demandé à « ses amis et ses parents de placer sur son tombeau, après sa mort, un cylindre renfermant une sphère, et, pour inscription, le rapport du solide contenant au solide contenu ». Lors de sa [[w:questeur (Rome antique)|questure]] en Sicile en [[w:-75|-75]], Cicéron <sup>[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/71|Tusculanes, liv.V, §XXIII, éd : Nisard, 1864, p.61]]</sup> raconte sa recherche et sa découverte du tombeau d’Archimède, complêtement oublié par les habitants locaux et envahi par les ronces et les épines, mais reconnaissable par l’inscription (qu’il ne rapporte pas) gravée sur la base d’une petite colonne et par les figures d’une sphère et d’un cylindre placées au-dessus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:287_av._J.-C.|-287]], à [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], ville du sud-est de l’île de [[w:Trinacrie|''Trinacrie'']] ([[wikt:Τρινακρία#Grec_ancien|Τρινακρία / Trniakría]], « trois pointes »), actuelle ''Sicile'' — [[w:212_av._J.-C.|-212]], assassiné lors de la prise de ''Syracuse'') <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Posidonius_back|<span id="Posidonius"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ποσειδώνιος#Grec_ancien|Ποσειδώνιος / Poseidônios]], « De Poséidon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ποσειδῶν, Poseidôn [[wikt:en:Ποσειδῶν#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ιος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] ''stoïcien'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤵️</sup>]], [[w:Prytane|''prytane'']] (magistrat issu des Cinq-Cents de la ''Boulè'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Bouleutérion_back|<sup>🔄</sup>]] de la ''démocratie athénienne'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#démocratie_back|<sup>🔄</sup>]]), astronome [[w:en:Posidonius#Astronomy_and_Meteorology|(en)]] (notamment créateur d’un ''planétaire'' [[#Machine_Anticythere|<sup>⤴️</sup>]] et calculateur de la circonférence de la Terre par méthode de mesure de l’arc [[w:en:Arc_measurement|(en)]]), ''géographe'' [[w:en:Posidonius#Geography,_ethnology,_and_geology|(en)]] (grâce à de nombreux voyages autours de la ''Méditerranée'' : ''Grèce'', [[w:Hispanie|''Hispanie'']], ''Italie'', ''Sicile'', [[w:Dalmatie#Période_romaine|''Dalmatie'']], ''Gaule'', [[w:Histoire_de_la_Ligurie#Époque_romaine|''Ligurie'']], ''Afrique du Nord'' et sur les rives orientales de l’[[w:Mer_Adriatique|''Adriatique'']].), historien (auteur d’un ouvrage continuant celui de [[w:Polybe|Polybe]] sur la conquête romaine de la Méditerranée), ''mathématicien'' [[w:en:Posidonius#Mathematics|(en)]] (tentant notamment de prouver le [[w:Axiome_des_parallèles|''cinquième postulat de géométrie'']] d’[[w:Euclide|Euclide]].), et sixième ''scholarque'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#scholarque_back|<sup>🔄</sup>]] du ''Portique'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤵️</sup>]] à la mort de son maître, [[w:Panétios_de_Rhodes|Panétios]] de ''Rhodes'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Rhodes_back|<sup>🔄</sup>]], en [[w:-112|-112]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:-135|-135]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Apamée|''Apamée'']], une des quatre [[w:Satrape|''satrapies'']] qui formaient la [[w:Séleucides|''Séleucide'']], sur la côte ''méditerranéenne'' de la ''Syrie'' actuelle — ''ca.'' [[w:-51|-51]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rhodes'' ou à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1481#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §267 - Posidonius d’Apamée}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Eudoxe_de_Cnide_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὔδοξος ὁ Κνίδιος / Eúdoxos ho Knídios [[wikt:en:Κνίδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Astronome'', ''géomètre'' (élève du pythagoricien [[w:Archytas_de_Tarente|Archytas de Tarente]]), ''médecin'' (élève de [[w:Philistion_de_Locres|Philistion de Locres]]) et ''philosophe'', il composa plusieurs ouvrages dont aucun ne nous est parvenu, sauf son traité sur [[w:Aratos_de_Soles#Les_Phénomènes|''Les Phénomènes'']] qui se retrouve presque en entier dans la première partie du poème d’Aratos [[#Aratos_de_Soles|<sup>X</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:395_av._J.-C.|-395]], à [[w:Cnide|''Cnide'']] — ''ca.'' [[w:342_av._J.-C.|-342]], à ''Cnide'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA293#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §98 - Eudoxe de Cnide}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Aratos_de_Soles_back|<span id="Aratos_de_Soles"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄρατος [[wikt:en:Ἄρατος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ [[wikt:Soloe#Latin|Σολεύς]] / Áratos ho Soleús ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poête grec, dont seuls ''les Phénomènes'', un poème de 1 154 vers en grec sur l’astronomie, est parvenu jusqu’à nous. La première partie expose pour l’essentiel les idées d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]] sur les positions respectives des constellations, à quoi l’auteur ajoute des considérations sur la [[w:Catastérisation|''catastérisation'']] [[#catastérisation|<span id="catastérisation_back"><sup>XI</sup></span>]], transformation des êtres en astres ou constellations. La seconde partie provient du [[w:Théophraste#Météorologie|''Des Signes du temps'']] de [[w:Théophraste|Théophraste]], premier ouvrage de prévisions météorologiques en Europe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Soles_(Cilicie)|''Soles'']], sur les côtes méditerranéenne au sud de l’actuelle ''Turquie'' — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA322#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §298 - Aratos de Soles}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#catastérisation_back|<span id="catastérisation"><sup>XI</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:Catastérisation#Sens_savant|καταστεισμός / katasterismós]], « catastérisme, dessin formé par les étoiles, disposition des étoiles dans une constellation » [[w:Jean_Martin_(helléniste)|<sup>Jean Martin</sup>]] [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 <sup>Pallas n°59, p.21</sup>]; du verbe καταστερίζω / katasterízō, « catastériser, représenter sous la forme d’une constellation » <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 p.20]</sup>;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe κατά- / katá- [[wikt:en:κατα-#Ancient_Greek|(en)]], « Qui vient du bas »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun [[wikt:ἀστήρ#Grec_ancien|ἀστήρ / astḗr]], « corps céleste ».
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Voltaire_Histoire_de_Jenni_back|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni"><sup>XII</sup></span>]] [[s:Livre:Voltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu|<u>Œuvres complètes de Voltaire. Volume 21. Romans.</u>]] [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée|<u>L’Histoire de Jenni ou le Sage et l’Athée</u>]], [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée/Chapitre_VIII|''Chapitre VIII. Dialogue de Freind et de Birton sur l’athéisme'']], [[s:Page%3AVoltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu/580|p.554]]'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' Ce que je vous dirai, reprit '''Philus''', n’est pas nouveau; je n’en suis pas l’inventeur et ma mémoire seule en fera les frais. Je me souviens que '''C. Sulpicius Gallus''', un des plus savants hommes de notre pays, comme vous ne l’ignorez pas, s’étant rencontré par hasard chez '''M. Marcellus''', qui naguère avait été consul avec lui, la conversation tomba sur un prodige exactement semblable; et que '''Gallus''' fit apporter cette fameuse sphère, seule dépouille dont l’aïeul de '''Marcellus''' voulut orner sa maison après la prise de ''Syracuse'', ville si pleine de trésors et de merveilles. J’avais souvent entendu parler de cette sphère qui passait pour le chef-d’œuvre d’ '''Archimède''', et j’avoue qu’au premier coup d’œil elle ne me parut pas fort extraordinaire. '''Marcellus''' avait déposé dans le ''temple de la Vertu'' une autre sphère d’ '''Archimède''', plus connue du peuple et qui avait beaucoup plus d’apparence. Mais lorsque '''Gallus''' eut commencé à nous expliquer, avec une science infinie, tout le système de ce bel ouvrage, je ne pus m’empêcher de juger qu’il y avait eu dans ce Sicilien un génie d’une portée à laquelle la nature humaine ne me paraissait pas capable d’atteindre. '''Gallus''' nous disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine remontait assez haut, et que '''Thalès''' de ''Milet'' en avait exécuté le premier modèle; que dans la suite '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple de '''Platon''', avait représenté à sa surface les diverses constellations attachées à la voûte du ciel ; et que, longues années après, '''Aratus''', qui n’était pas astronome, mais qui avait un certain talent poétique, décrivit en vers tout le ciel d’ '''Eudoxe'''. Il ajoutait que, pour figurer les mouvements du soleil, de la lune et des cinq étoiles que nous appelons errantes, il avait fallu renoncer à la sphère solide, incapable de les reproduire, et en imaginer une toute différente; que la merveille de l’invention d’ '''Archimède''' était l’art avec lequel il avait su combiner dans un seul système et effectuer par la seule rotation tous les mouvements dissemblables et les révolutions inégales des différents astres. Lorsque '''Gallus''' mettait la sphère en mouvement, on voyait à chaque tour la lune succéder au soleil dans l’horizon terrestre, comme elle lui succède tous les jours dans le ciel ; on voyait parconséquent, le soleil disparaître comme dans le ciel, et peu à peu la lune venir se plonger dans l’ombre de la terre, au moment même où le soleil du côté opposé.....</div></poem>
<div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Il manque ici huit pages dans le manuscrit, selon '''Angelo Mai''''').</div>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''VI.''' — '''Philus'''. — Ce que je vous dirai n’est pas nouveau, rien là ne m’appartient, c’est un simple souvenir.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''S. Gallus''', un savant, vous ne l’ignorez pas, se trouvait un jour chez '''Marcellus''', son ancien collègue du consulat, et, entendant parler d’un phénomène semblable, il fit apporter la sphère céleste que l’aïeul de '''Marcellus''' se réserva jadis comme le seul monument de sa victoire à la prise de l’opulente et magnifique ''Syracuse''.<br /><p style="text-indent: 15px;">J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’ '''Archimède''', et je n’y trouvai rien de remarquable au premier abord; elle me parut même inférieure à cet autre globe, plus connu, du même Sicilien, et que Marcellus aussi consacra dans le ''temple de la Vertu''. Mais aussitôt que '''Gallus''', avec sa science profonde, eut commencé l’explication de ces rouages admirables, je reconnus à l’habile inventeur un génie vraiment surhumain.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' nous apprit que la sphère solide et pleine est une ancienne invention due à '''Thalès''' de ''Milet''; dans la suite, '''Eudoxe''' de ''Gnide'', disciple de Platon, traça, paraît-il, les constellations suspendues à la voûte des cieux; puis longtemps après, empruntant le système d’ '''Eudoxe''', '''Aratus''', étranger à l’astronomie, mais inspiré par la seule force de son instinct poétique, chanta dans ses vers l’admirable ordonnance des corps célestes.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' ajoutait que le genre de sphère qui retrace la marche du soleil, de la lune et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières, était bien différent de la sphère solide, à laquelle ne pouvaient s’appliquer les mêmes évolutions, et l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir si bien combiné sa nouvelle œuvre que, dans le jeu de mouvements disparates, une seule impulsion donnait le cours inégal et différent de tous les astres.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''', en effet, touchait-il à cette sphère, chaque tour de cercle amenait la lune à la place du soleil, comme elle lui succède toutes les nuits au firmament, puis encore, de même qu’au ciel, tantôt le soleil disparaissait, tantôt la lune tombait dans l’ombre de la terre, quand le soleil reparaissait à l’horizon...</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f35.item ''VI''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XIV.''' — PHILUS : Je ne vous apporterai rien de nouveau, rien que j’aie imaginé ou découvert. Je me rappelle seulement que '''C. Sulpicius Gallus''' [[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], un homme de grand savoir comme vous ne l’ignorez pas, se trouvant par hasard chez '''M. Marcellus''', son ancien collègue au consulat, alors qu’on parlait d’un phénomène pareil, fit apporter la sphère prise par l’aïeul de '''M. Marcellus''' à ''Syracuse'' — c’était tout le butin qu’il avait pour sa part retiré d’une ville aussi pleine de richesses et d’œuvres d’art [[#Syracuse_JVLC|<span id="Syracuse_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Cette sphère, dont j’avais souvent entendu parler à cause du grand nom d’ '''Archimède''', ne me parut pas si digne d’admiration. Plus gracieuse de forme et plus connue du vulgaire était celle que le même '''Marcellus''' avait fait placer dans le ''temple de la Vertu'', et qui était aussi l’œuvre d’ '''Archimède'''. Mais quand '''Gallus''' eut commencé d’expliquer très savamment la structure de cette sphère, je jugeai qu’il y avait dans ce ''Sicilien'' plus de génie que la nature humaine ne semblait en admettre. '''Gallus''' donc nous disait que l’invention d’une autre sphère, solide celle-là et pleine, était déjà ancienne, que '''Thalès''' de ''Milet'' avait tourné la première, puis que, plus tard '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple, disait-il, de '''Platon''', y avait représenté les astres de la voûte céleste [[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Bien des années après, '''Aratus''' [[#Aratus_JVLC|<span id="Aratus_JVLC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], non en astronome savant, mais en poète de talent, avait, dans ses vers, décrit cette sphère empruntée à '''Eudoxe''', et en avait célébré tout le travail. Mais pour cette espèce de sphère où sont représentés les mouvements du soleil et de la lune et des cinq astres qu’on nomme planètes, on ne pouvait la confondre avec une sphère solide; et il fallait admirer le génie créateur d’ '''Archimède''', qui avait trouvé moyen de figurer des mouvements inégaux et des orbites différentes par la rotation d’un seul objet. Quand '''Gallus''' faisait mouvoir la sphère, on voyait la lune se substituer au soleil par des rotations s’opérant dans le métal en nombre égal à celui des jours dans le ciel; ainsi dans la sphère comme dans le ciel, le soleil disparaissait et la lune se trouvait dans l’ombre projetée par la terre, quand le soleil pénétrait d’une région du ciel...</div></poem>
<table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC"><sup>1</sup></span>]] Caïus Sulpicius Gallus, consul en 166 avec M. Claudius Marcellus, petit-fils du Marcellus qui combattit Annibal et s’empara de ''Syracuse'' après un siège fameux. Cicéron parle de ce Gallus avec éloge dans le [[w:De_oratore|''De Oratore'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/oratore1.htm liv. I, chap. 53]), dans le [[w:Brutus_(Cicéron)|''Brutus'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/brutus.htm chap. 20]), dans le [[w:De_officiis|''De Officiis'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/officiis1a.htm liv. I, chap. 6]), dans le [[w:Cato_Maior_de_Senectute|''De Senectute'']] (chap. 16 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/senectute.htm <sup>XIV.</sup>]).'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#Syracuse_JVLC_back|<span id="Syracuse_JVLC"><sup>2</sup></span>]] En revanche, Marcellus, d’après Plutarque <sup>lVdHI. VdM. éd.1853, pp.[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/172|168]]-[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/173|169]]</sup>, avait transporté à ''Rome'' ce qu’il y avait de plus beau à ''Syracuse'' en tableaux et en statues.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC"><sup>3</sup></span>]] Eudoxe, dit de ''Cnide'', mathématicien et astronome, vivant au IV<sup>e</sup> siècle avant J.-C. Il avait composé un traité des ''Phénomènes'' qui se retrouve en grande partie dans le poème d’Aratus, dont il va être question.'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#Aratus_JVLC_back|<span id="Aratus_JVLC"><sup>4</sup></span>]] Aratus est un poète alexandrin, contemporain ou à peu près de [[w:Théocrite|Théocrite]] [[#Théocrite|<span id="Théocrite_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Ainsi qu’il le dit plus loin, Cicéron avait traduit son poème des ''Phénomènes'' et ''Pronostics''.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup>NOTES</sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn de 1965|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Théocrite_back|<span id="Théocrite"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεόκριτος / Theókritos [[wikt:en:Θεόκριτος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif et du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du verbe κρίνω / krínō, « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Commander, organiser. 3. S’enquérir, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (voix moyenne, voix passive) Décider d’un concours ; (voix moyenne et voix passive) Se disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Discerner entre le bien et le mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. 11. Sécréter, cacher, dissimuler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival récessif -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Poète'', auteur de [[w:Mime|''mimes'']] (imitations comiques du langage ou des gestes), d’[[w:Poésie_pastorale|''idylles pastorales'']] et de [[w:Épopée|''contes épiques'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]]<sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Théocrite#cite_ref-2|''Syracuse'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:250_av._J.-C.|-250]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div><br />
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XVI.</div> =====
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;"> Témoignage de la première prédiction/compréhension d’une éclipse solaire par '''Thalès'''.</div>
:'''Textes latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello [[#bello|<span id="bello_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] illo maximo, quod ''Athenienses'' et [[wikt:Lacedaemon#Latin|''Lacædemonii'']] [[#Lacædemonii|<span id="Lacædemonii_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] summâ inter se contentione gesserunt, [[w:Périclès|'''Pericles''']] ille et auctoritate et eloquentiâ et consilio princeps civitatis suæ, cùm obscurato sole tenebræ factæ essent [[#sacris_litteris|<span id="sacris_litteris_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] repente, Atheniensiumque animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id quod ipse ab [[w:Anaxagore|'''Anaxagora''']], cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud [[#illud|<span id="illud_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] tempore fieri et necessario, cùm tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo [[#intermenstruo|<span id="intermenstruo_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] tempore. Quod cùm disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc [[#tunc|<span id="tunc_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositum solere deficere; quod '''Thaletem''' ''milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem [[w:Ennius|'''Ennium''']] fugit, qui [[#qui|<span id="qui_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] ut scribit anno quinquagesimo CCC. fere post [[w:Rome_antique|''Romam'']] conditam [[w:Iunius#Calendrier|''non. juniis'']] [[#juniis|<span id="juniis_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] « soli luna obstitit et nox ». Atque hâc in re tantâ inest ratio atque solertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores [[#superiores|<span id="superiores_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] solis defectiones reputatæ sint, usque ad illam quæ [[w:Quintilis#Calendrier|nonis quinctilibus]] [[#quinctilibus|<span id="quinctilibus_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] fuit regnante [[wikt:en:Romulus#Latin|'''Romulo''']] : quibus quidem '''Romulum''' tenebris, etiam si natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cœlum dicitur sustulisse.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#bello_back|<span id="bello"><sup>1</sup></span>]] Cod. primâ manu ''vello'', secundâ ''bello''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#Lacædemonii_back|<span id="Lacædemonii"><sup>2</sup></span>]] Ita in cod. constanter ''Lacœdemonius'' et ''Lacœdemon'' curm diphthongo in secundâ syllabâ, cùm vulgo scribatur in tertiâ. Vaticanæ scripturæ favet gentile ''lacœna'', et vocis etymologia, siqua est, ex [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος]] [[#Λακεδαίμων#Grec_ancien|<sup>📚</sup>]]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#sacris_litteris_back|<span id="sacris_litteris"><sup>3</sup></span>]] Eadem locutio est in sacris litteris Matth. XXVII. 45, Marc. XV. 33.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#illud_back|<span id="illud"><sup>4</sup></span>]] Cod. illut pro ''illud''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#intermenstruo_back|<span id="intermenstruo"><sup>5</sup></span>]] ''Intermenstruo'' superadditum est secundâ manu.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#tunc_back|<span id="tunc"><sup>6</sup></span>]] Cod. primâ manu ''tum'', secundâ ''tunc''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#qui_back|<span id="qui"><sup>7</sup></span>]] Ita cod.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#juniis_back|<span id="juniis"><sup>8</sup></span>]] Cod. ''junis'' pro ''juniis''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#superiores_back|<span id="superiores"><sup>9</sup></span>]] Cod. primâ manu ''superioris'', secundâ ''superiores''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify;">'''[[#quinctilibus_back|<span id="quinctilibus"><sup>10</sup></span>]] Cod. primâ manu ''quinctilibus''; mox deleta ''c'', quod fieri non fuit necesse, propter alia in vetustis codicibus exempla.'''</td></tr></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello illo maximo, quod ''Athenienses'' et ''Lacedæmonii'' summa inter se contentione gesserunt, '''Pericles''' ille, et auctoriate et eloquentia et consilio princeps civitatis suæ, quum obscurato sole tenebræ factæ essent repente, ''Atheniensiumque'' animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id, quod ipse ab '''Anaxagora''', cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud tempore fieri et necessario, quum tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo tempore. Quod quum disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositu[m] solere deficere; quod '''Thaletem''' ''Milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem '''Ennium''' fugit, qui ut scribit, anno ccc quinquagesimo fere post ''Romam'' conditam ?</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">.... ''Nonis Junis'' soli luna obstitit et nox.</div>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Atque hac in re tanta inest ratio atque sollertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores solis defectiones reputatæ sint usque ad illam, quæ ''Nonis Quintilibus'' fuit regnante '''Romulo''' : quibus quidem '''Romulum''' tenebris etiamsi natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cælum dicitur sustulisse.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' On raconte même d’une manière à peu-près semblable, que, dans cette grande guerre où les ''Athéniens'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Athènes_back|<sup>🔄</sup>]] et les ''Lacédémoniens'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Lacédémone_back|<sup>🔄</sup>]] luttèrent ensemble avec une si violente animosité, ce fameux [[w:Périclès|'''Périclès''']] [[#Périclès|<span id="Périclès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le premier homme de son pays par le crédit, l’éloquence et le génie politique, voyant les ''Athéniens'' préoccupés d’une excessive frayeur, à la suite d’une éclipse de soleil qui avait répandu tout d’un coup les ténèbres, leur enseigna ce qu’il avait lui-même appris à l’école d’'''Anaxagore''' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaxagore_back|<sup>🔄</sup>]]; que de semblables effets arrivaient dans un intervalle précis et nécessaire, lorsque la lune se trouvait placée toute entière sous le soleil; et que par ce motif, bien qu’il n’en fût pas ainsi à tous les commencemens de mois, cela ne pouvait jamais avoir lieu qu’à des renouvellemens de la lune. Ayant démontré cette vérité par le raisonnement, il délivra le peuple de ses craintes. Car c’était alors un système nouveau et inconnu, que celui de l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune; et l’on dit que '''Thalès''' de ''Milet'' l’avait entrevu le premier; mais dans la suite cette notion ne fut pas ignorée même de notre [[w:Ennius|'''Ennius''']] [[#Ennius|<span id="Ennius_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], qui écrit que vers l’an 35o de la fondation de ''Rome'', aux [[w:Iunius#Calendrier|''nones de juin'']],</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Le soleil fut couvert par la lune et la nuit.'''</div>
<div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Telle est, au reste, en cette matière, la perfection du calcul et de l’art, qu’à partir de ce jour ainsi consigné pour nous dans les vers d’'''Ennius''', et dans les registres des Pontifes, on a supputé les éclipses antérieures, jusqu’à celle qui était arrivée aux [[w:Quintilis#Calendrier|''nones de juillet'']], sous le règne de [[w:Romulus_et_Rémus#Fondation_de_la_ville_de_Rome|'''Romulus''']] [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]], éclipse dont la soudaine obscurité permit de supposer que '''Romulus''', en dépit de cette périssable nature qui l’entraîna vers une fin toute humaine, avait été miraculeusement porté dans les cieux.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Périclès_back|<span id="Périclès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περικλῆς / Periklễs [[wikt:en:Περικλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition [[wikt:περί#Grec_ancien|περί / perí]], « 1. (Avec le génitif) : • Autour de; • Pour : au sujet de, en vue de; • Par-dessus, au-dessus de. 2. (Avec le datif) : • Autour de : (Sens figuré) Autour de, de manière à envelopper ; (Par suite) Aux environs de, dans le voisinage de, dans les environs de; • Pour : Au sujet de ; À cause de, par suite de. 3. (Avec l’accusatif) : • Autour de : (Devant nom de personne ou de lieu) : - Au bord de, le long de ; - Contre (comme contre un mur) ; - (Par suite) Dans la région de; (Devant un nom de personne) Dans l’entourage de; • Pour : En vue de; À l’égard de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:κλέος#Grec_ancien|κλέος / kléos]], « 1. Ouï-dire, bruit, renommée. 2. Bonne réputation, gloire, renommée. 3. Action glorieuse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Stratège, orateur, homme d’État et général ''athénien'' très influent durant l’[[w:Siècle_de_Périclès|''Âge d’Or d’Athènes'']] (aussi appelé [[w:Pentécontaétie|''pentécontaétie'']], « période de cinquante ans »), en particulier entre les ''guerres médiques'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Mèdes_back|<sup>🔄</sup>]] ([[w:-490|-490]] — [[w:-479|-479]]) et la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']] [[#Péloponnèse|<span id="Péloponnèse_back"><sup>II</sup></span>]] ([[w:-431|-404]] — [[w:-479|-479]]). Il serait aussi à l’origine de projets de construction de la plupart des structures encore présentes aujourd’hui sur l’[[w:Acropole_d%27Athènes|''Acropole d’Athènes'']] (cf. Plan d’Athènes [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Athènes_back|<sup>🔄</sup>]] et de son ''Acropole'' [[#Acropole|<span id="Acropole_back"><sup>III</sup></span>]]) dont le [[w:Parthénon|''Parthénon'']] [[#Parthénon|<span id="Parthénon_back"><sup>IV</sup></span>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:495_av._J.-C.|-495]], à ''Athènes'' — [[w:429_av._J.-C.|-429]], à ''Athènes'', en succombant à la [[w:Peste_d%27Athènes|''peste d’Athènes'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Péloponnèse_back|<span id="Péloponnèse"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πελοπόννησος / Pelopónnēsos [[wikt:en:Πελοπόννησος#Ancient_Greek|(en)]], « l’île de Pélops »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Πέλοψ / Pélops [[wikt:en:Πέλοψ#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Roi de [[w:Pise_(Élide)|''Pise'']], ''cité grecque'' de l’[[w:Élide|''Élide'']], située à l’ouest de la ''péninsule du Péloponnèse'' sur la ''mer Ionienne'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#ionien_back|<sup>🔄</sup>]] entre la [[w:Messénie|''Messénie'']] et l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ probablement de l’adjectif πέλλος / péllos [[wikt:en:πελλός#Ancient_Greek|(en)]], « de couleur foncée, sombre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ὤψ / ṓps [[wikt:en:ὤψ#Ancient_Greek|(en)]], « œil »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun νῆσος / nêsos [[wikt:en:νῆσος#Ancient_Greek|(en)]], « île »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Péninsule|''Péninsule'']] du sud de la ''Grèce'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Grèce_back|<sup>🔄</sup>]], et région la plus méridionale des [[w:Balkans|''Balkans'']]. Elle est reliée à la [[w:Grèce_Centrale_(région_traditionnelle)|''Grèce continentale'']] par le pont terrestre de l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], aussi appelé [[w:Mégaride|''Mégaride'']], qui sépare le [[w:Golfe_de_Corinthe|''golfe de Corinthe'']], situé en [[w:Mer_Ionienne|''mer Ionienne'']], et le [[w:Golfe_Saronique|''golfe Saronique'']], situé en [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Acropole_back|<span id="Acropole"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ᾰ̓κρόπολῐς / akrópolis [[wikt:en:ἀκρόπολις#Ancient_Greek|(en)]], « ville haute »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἄκρος / ákros, « 1. Au bord, extrême, début, fin : le plus à l’extérieur (surtout du haut). 2. Pointu, tranchant. 3. Étant le plus de toute caractéristique : le meilleur, le plus ancien, le premier. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Citadelle construite sur la partie la plus élevée et la mieux défendue d’une cité de la ''Grèce antique''. Le terme est généralement utilisé pour désigner l’Acropole d’Athènes, mais chaque ville grecque possédait sa propre acropole.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Parthénon_back|<span id="Parthénon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Παρθενών / Parthenṓn [[wikt:en:Παρθενών#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif παρθένος / parthénos [[wikt:en:παρθένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Vierge, virginal. 2. Chaste. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Trésor_(architecture)|''Trésor grec'']] [[#trésor|<sup>V</sup>]], situé sur l’Acropole d’Athènes, destiné à la conservation d’une sculpture [[w:Chryséléphantin|''chryséléphantine'']] de la déesse Athéna, l’[[w:Athéna_Parthénos|''Athéna Parthénos'']], que les ''Athéniens'' considéraient comme la patronne de leur cité.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''<span id="trésor"><sup>V</sup></span> Du nom commun grec ancien θησαυρός / thêsaurós [[wikt:en:θησαυρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Trésor. 2. Coffre-fort, dépôt, coffre. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Édifice où l’on dépose des objets de valeur.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Ennius_back|<span id="Ennius"><sup>VI</sup></span>]] ''Poète'', ''dramaturge'', ''écrivain'', ''historien'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Histoire_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Annales|''annaliste'']] de l’époque de la ''République romaine'', dont seuls quelques fragments de son œuvre nous sont parvenus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:-239|-239]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rudiae|''Rudiae'']], dans la région historique de [[w:Apulie|''Apulie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région des [[w:Pouilles|''Pouilles'']] du sud de l’Italie — [[w:-169|-169]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA99#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §25 - Ennius (Q. -)}}]'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' Il arriva quelque chose d’assez semblable pendant la longue guerre que se firent les ''Athéniens'' et les ''Lacédémoniens'' avec un si terrible acharnement. On nous rapporte que '''Périclès''', qui par son crédit, son éloquence et son habile politique, était devenu le chef d'''Athènes'', voyant ses concitoyens consternés d’une éclipse de soleil qui les avait plongés dans des ténèbres subites, leur expliqua ce qu’il avait appris lui-même de son maître '''Anaxagore''', qu’un pareil phénomène est dans l’ordre de la nature et se reproduit à des époques déterminées, lorsque le disque de la lune s’interpose tout entier entre le soleil et nous; et que s’il n’est pas amené à chaque renouvellement de la lune, il ne peut toutefois avoir lieu qu’à l’époque précise où la lune se renouvelle. '''Périclès''' décrivit aux ''Athéniens'' tous ces mouvements astronomiques; il leur en fit comprendre la raison, et dissipa leur terreur; l’explication des éclipses de soleil par l’interposition de la lune était alors assez nouvelle et peu répandue. '''Thalès''' de ''Milet'' est, dit-on, le premier qui la proposa. Plus tard elle ne fut pas inconnue à notre poêtre '''Ennius''', puisqu’il dit que vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', « aux nones de juin, le soleil fut dérobé aux hommes par la lune et les ténèbres ». Aujourd’hui l’habileté des astronomes et la justesse de leurs calculs vont si loin, qu’à partir de ce jour, indiqué par '''Ennius''' et consigné dans les Grandes Annales, ils ont supputé toutes les éclipses de soleil antérieures jusqu’à celle des nones de juillet, arrivée dans le règne de '''Romulus''', et qui répandit sur la terre cette nuit soudaine pendant laquelle le fondateur de ''Rome'', enlevé au monde, subit probablement la loi commune, mais put aux yeux du vulgaire passer pour avoir été ravi au ciel par sa vertu surhumaine.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VIII.''' — On raconte un fait analogue dans cette grande guerre où ''Athènes'' et ''Lacédémone'' luttèrent avec tant de haine.<br /><p style="text-indent: 15px">'''Périclès''', à qui son éloquence, son crédit, son habileté donnaient le premier rang dans sa patrie, voyant les ''Athéniens'' frappés de terreur à la suite d’une éclipse de soleil, profita des connaissances puisées à l’école de son maître '''Anaxagore''' pour apprendre à ses concitoyens que de semblables effets se répètent, dans un intervalle précis et déterminé, quand la lune est placée toute entière devant l’orbe du soleil, et que, s’ils ne se reproduisaient pas nécessairement à chaque période lunaire, ils ne pouvaient cependant arriver qu’à chaque période.<br /><p style="text-indent: 15px">Cette démonstration raisonnée calma le peuple, car c’était alors une découverte nouvelle, l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune, et '''Thalès''' de ''Milet'' en eut, dit-on, la première prescience. Plus tard, notre '''Ennius''' n’ignora pas non plus cette loi sidérale, et vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', écrit-il, aux nones de juin, « le soleil fut couvert par la lune et la terre plongée dans les ténèbres. »<br /><p style="text-indent: 15px">Tel est du reste le point auquel sont arrivés aujourd’hui l’art et les calculs astronomiques : depuis cette époque, consignée dans '''Ennius''' et les ''Livres des Pontifes'', on a pu compter toutes les éclipses précédentes, en remontant jusqu’à celle des nones de juillets, sous le règne de '''Romulus''', ténèbres au milieu desquelles ce roi, en dépit de notre périssable nature et d’une fin tout humaine, passe pour être monté aux cieux dans l’apothéose de sa vertu.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f38.item ''VIII''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XVI.''' — Dans cette guerre acharnée qui mit aux prises ''Athènes'' et ''Lacédémone'', '''Périclès''' de même, le premier d’entre les citoyens par l’autorité qu’il avait su prendre, par l’éloquence et la clarté de l’esprit, voyant les ''Athéniens'' remplis de crainte parce que le soleil avait brusquement disparu et que la nuit s’était faite [[#Éclipse_JVLC|<span id="Éclipse_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], exposa, dit-on, ce que lui-même avait appris d’ '''Anaxagore''', son ancien maître : qu’à un moment précis et bien déterminé ce phénomène devait se produire nécessairement, la lune recouvrant entièrement le globe solaire. Bien que cela n’arrivât pas toutes les fois que la lune était nouvelle, cela ne pouvait arriver qu’à ce moment-là. En exposant ainsi, en expliquant rationnellement le phénomène, il libéra les âmes de la crainte. C’était alors une théorie nouvelle et encore peu répandue que celle de l’éclipse de soleil par l’interposition de la lune entre cet astre et nous, et c’est '''Thalès''' de ''Milet'' qui en fut, dit-on, l’un des premiers auteurs. Notre poète '''Ennuis''' [[#Ennius_JVLC|<span id="Ennius_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ne l’ignorait pas, lui qui écrit que l’an trois cent cinquante après la fondation de ''Rome'', aux nones de juin, la lune se trouva devant le soleil et ce fut la nuit. On fait en cette matière des calculs si savants que, partant de cette éclipse relatée par '''Ennius''' et dans les grandes annales, on a pu supputer les précédentes éclipses de soleil jusqu’à celle des nones de juillet, sous le règne de '''Romulus'''. Ce roi périt alors dans les ténèbres d’une mort naturelle et tout humaine, mais sa vertu, dit-on, le porta au ciel.</div></poem>
<table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;">
<tr>
<td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''[[#Éclipse_JVLC_back|<span id="Éclipse_JVLC"><sup>1</sup></span>]] L’éclipse de soleil dont il s’agit ici, et dont Plutarque fait mention dans la [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/periclespierron.htm ''Vie de Périclès''], s’est produite dans la deuxième année de la guerre du Péloponnèse (430 av. J.-C.).'''</td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''[[#Ennius_JVLC_back|<span id="Ennius_JVLC"><sup>2</sup></span>]] Ennius avait composé un grand poème en hexamètres sur l’histoire romaine.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f24.item ''XVI''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup>NOTES</sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
=== [[w:De_legibus|De Legibus]] [[#De_legibus|<span id="De_legibus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la ''politique romaine'', écrit en [[w:52_av._J.-C.|-52]], est le complément d’un précédent traité sur les ''institutions romaines'', le [[#De_Re_Publica_⤴|''De Republica'']]. Comme '''Cicéron''' ne le cite pas dans la liste de ses ouvrages ''philosophiques'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]], on ignore si l’ouvrage fut terminé et édité. De plus, son caractère général n’en faisait pas un recueil législatif efficace, tandis que le bouleversement des institutions républicaines le rendait obsolète. Il s’est en grande partie perdu au cours des siècles.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA De Legibus|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#De_legibus_back|<span id="De_legibus"><sup>I</sup></span>]] Datif [[w:en:Dative_case#Latin|(en)]] / [[w:Ablatif#En_latin|ablatif]] pluriel du nom commun lex [[wikt:en:lex#Latin|(en)]], « 1. Proposition ou motion de loi faite au peuple par un magistrat, projet de loi. 2. (au sens figuré) Projet de loi qui est devenu une loi, loi, statut. 3. (au sens figuré) Précepte, règlement, principe, règle, mode, manière. 4. (au sens figuré ) Contrat, accord, pacte. 5. (au sens figuré) Condition, stipulation. ».'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== [[w:De_legibus#Livre_II|Livre II]] ====
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' aborde le droit positif, ainsi qualifié d’après le latin [[wikt:positum|positum]] « posé, en place », pour désigner le droit tel qu’il existe réellement. Il établit sa dépendance vis-à-vis de la morale et de la métaphysique. Revenant sur la notion de Loi suprême présentée au [[w:De_legibus#Livre_I|Livre I]], '''Cicéron''' distingue les lois véritables, émanant de la raison divine et conformes à la morale, tandis que les autres ne sont des mesures conventionnelles, variables et parfois injustes.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XI.''' Melius Græci, atque nostri : qui, ut augerent pietatem in deos, easdem illos, quas nos, urbes incolere voluerunt. Affert enim hæc opinio religionem utilem civitatibus : si quidem et illud bene [[#Dictum_est_a_Pythagora|''dictum est a '''Pythagora''''']], doctissimo viro, tum maxime et pietatem et religionem versari in animis, quum rebus divinis operam daremus; et quod '''Thales''', qui sapientissimus in septem fuit, homines existimare oportere, omnia quæ cernerentur, deorum esse plena; fore enim omnes castiores, veluti qui in fanis essent maxime religiosis. Est enim quadam opinione species deorum in oculis, non solum in mentibus. [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|''Eamdemque rationem luci habent in agris'']]. Neque ea, quæ a majoribus prodita est quum dominis, tum famulis, posita in fundi villæque conspectu, religio [[w:Lares_(mythologie)|''Larum'']], repudianda est.</div></poem>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Jam ritus familiæ patrumque servare, id est (quoniam antiquitas proxime accedit ad deos) a diis quasi traditam religionem tueri.</div></poem>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Quod autem ex hominum genere consecratos, sicut Herculem, et ceteros, coli lex jubet, indicat omnium quidem animos immortales esse, sed [[#Fortium_bonorumque_divinos|''fortium bonorumque divinos'']]. Bene vero, quod Mens, Pietas, Virtus, Fides consecratur manu : quarum omnium Romæ dedicata publice templa sunt, ut illa qui habeant (habent autem omnes boni), [[#Deos_ipsos_in_animis|''deos ipsos in animis'']] suis collocatos putent. Nam illud vitiosum, Athenis quod, [[#Cylonio|'''Cylonio''']] scelere expiato, [[w:Épiménide|'''Epimenide''' ''Crete'']] suadente, fecerunt Contumeliæ fanum et Impudentiæ. Virtutes enim, non vitia consecrare decet. Araque vetus stat in [[w:Mont_Palatin|''Palatio'']], Febris; et altera [[w:Esquilin|''Esquiliis'']], Malæ Fortunæ, detestatæque : quæ omnia ejusmodi repudianda sunt. Quod si fingenda nomina, [[#Vicepotæ_CdR|<span id="Vicepotæ_CdR_back"><sup>1</sup></span>]] [[#Vicepotæ|''Vicepotæ'']] potius vincendi atque potiundi, Statæ standi, cognominaque Statoris et Invicti Jovis ; rerumque expetendarum nomina [[#Salutis|''Salutis'']], Honoris, Opis, Victoriæ. Quoniamque exspectatione rerum bonarum erigitur animus, recte etiam a Calatino Spes consecrata est. [[#Fortunaque|''Fortunaque sit vel Hujusce diei'']], nam valet in omnes dies; vel Respiciens, ad opem ferendam; vel Fors, in quo incerti casus significantur magis; vel [[#Primigenia_CdR|<span id="Primigenia_CdR_back"><sup>2</sup></span>]] Primigenia a gigendo, [[#Comes_CdR|<span id="Comes_CdR_back"><sup>3</sup></span>]] Comes. Tum..... ***</div></poem>
<div style="text-align: center; direction: ltr;">''Desunt pauca.''</div>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Vicepotæ_CdR">[[#Vicepotæ_CdR_back|<sup>1</sup>]]</span> ''Vulg. hæc leguntur depravata turpiter'', Vicepotæ potius vincendi atque potiundi, statassandique cognomina, Statoris et Invicti Jovis. ''Gôrenz verba illa'' vincendi, potiundi, ''et'' standi, ''ut glossemata'', ''uncis inclusit''. ''Schütz'', ''suo more'', ''omnino delevit'', ''Nos tantum mutavimus'', ''Gronovio et Davisio ducibus'', ''barbarum verbum'' statassandi.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Primigenia_CdR">[[#Primigenia_CdR_back|<sup>2</sup>]]</span> Primigeniam. ⸺ <span id="Comes_CdR">[[#Comes_CdR_back|<sup>3</sup>]]</span> ''Al. mss.'', comestum. ''Desperatus locus''.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>] [https://la.wikisource.org/wiki/De_legibus/Liber_II <sup>📜</sup>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f414.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<sup>NOTES</sup>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XI.''' - Plus sages furent les Grecs et nos ancêtres qui, pour augmenter la piété envers les dieux, ont voulu qu’ils habitassent les mêmes villes que nous. Cette opinion inspire aux cités une utile crainte religieuse; selon du moins une belle parole de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pythagore_back|<sup>🔄</sup>]], cet homme d’un si grand savoir, la piété, la religion n’ont jamais plus d’action dans les âmes que lorsque nous nous appliquons au service des dieux; et '''Thalès''', le plus renommé des [[w:Sept_sages_de_Grèce|sept sages]], a dit : « Les hommes devraient être persuadés que tout ce qu’ils voient est plein de dieux; nous en serions plus purs, nous regardant alors comme étant dans le plus saint des sanctuaires [[#Thales_CA_De_Legibus|<span id="Thales_CA_De_Legibus_back"><sup>'''1'''</span>]]. » Car, selon une croyance ancienne, les dieux ont une forme sensible aux yeux, ils ne se révèlent pas seulement à l’esprit. Les bois sacrés ont aux champs la même raison d’être. Et il ne faut pas non plus rejeter la tradition, venue des ancêtres, suivant laquelle maîtres et serviteurs rendent un culte aux [[w:Lares_(mythologie)|''Lares'']] en vue du champ et de la maison.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Conserver les rites de la famille et des ancêtres, c’est en quelque manière garder une religion transmise par les dieux, car l’antiquité est voisine des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quant à ceux d’entre les hommes qui ont été divinisés, comme Hercule et les autres, la loi, en nous ordonnant de les honorer, nous enseigne que, si toutes les âmes sont immortelles, celles des héros sont divines. On a bien fait aussi de consacrer l’Intelligence, la Piété, le Courage, la Bonne Foi; les temples élevés dans Rome à ces vertus font connaître aux gens de bien, qui en sont tous doués, que leur âme est le sanctuaire de la divinité. Les [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athéniens'']] en revanche commirent une faute quand, après les cérémonies expiatoires accomplies, sur l’avis du [[w:Histoire_de_la_Cr%C3%A8te#P%C3%A9riode_d%C3%A9dalique,_ou_renaissance_cr%C3%A9toise|''Crétois'']] [[w:Épiménide|'''Epiménide''']] [[#Epiménide|<span id="Epiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], pour se laver du sacrilège dont ils s’étaient rendus coupables en poursuivant [[w:Cylon|'''Cylon''']] [[#Cylon_CA_De_Legibus|<span id="Cylon_CA_De_Legibus_back"><sup>'''2'''</span>]], ils élevèrent un temple à l’Affront et à l’Impudence [[#temples_CA_De_Legibus|<span id="temples_CA_De_Legibus_back"><sup>'''3'''</span>]]. Ce sont les vertus, non les vices, qu’il faut consacrer. Sur le [[w:Mont_Palatin|''mont Palatin'']] se dresse un vieil autel dédié à la Fièvre, un autre sur l’[[w:Esquilin|''Esquilin'']] à la Fortune [[#Fortune_CA_De_Legibus|<span id="Fortune_CA_De_Legibus_back"><sup>'''4'''</span>]] mauvaise et maudite; tous les monuments de cette sorte il faut les condamner. Que si l’on veut forger des noms, ce soient plutôt des noms tels que Vicepota de ''"vincere"'' et ''"potiri"'' (vaincre et se rendre maître), Stata de ''"stare"'' (demeurer debout); ou des surnoms tels que Stator et Invaincu donnés à Jupiter; ou encore des noms de choses désirables comme le Salut, l’Honneur, l’Abondance, la Victoire. Comme l’attente d’événements heureux relève le courage, c’est avec raison que [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|'''Calatinus''']] a consacré l’[[w:Spes_(déesse)|''Espérance'']] [[#Espérance_CA_De_Legibus|<span id="Espérance_CA_De_Legibus_back"><sup>'''5'''</span>]]. J’approuve que l’on consacre la Fortune ou même la [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Fortune de ce jour'']], car c’est tous les jours qu’elle peut servir, ou encore la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']], c’est-à-dire secourable, même le Hasard qui comprend les événements incertains; soit enfin la [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''Fortune Primigénie'']] [[#Primigénie_CA_De_Legibus|<span id="Primigénie_CA_De_Legibus_back"><sup>'''6'''</span>]] qui préside à notre génération, la Fortune Compagne. Alors. . . . . . .</div></poem>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em">Lacune de peu d’étendue.</div>
<table cellspacing=5 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Thales_CA_De_Legibus">[[#Thales_CA_De_Legibus_back|1.]]</span> La parole de Thalès à laquelle Cicéron fait allusion paraît bien être le mot connu : πάντα εἶναι πλήρη θεῶν. Il faut observer cependant que cette parole paraît s’accorder mieux avec la manière de voir des ''Perses'' qu’avec celle que défend Cicéron.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Cylon_CA_De_Legibus">[[#Cylon_CA_De_Legibus_back|2.]]</span> On sait que Cylon, qui avait un moment réussi à s’emparer du pouvoir, prit la fuite, et que ses complices, qui s’étaient réfugiés dans le ''temple de Pallas'', furent massacrés. Une peste désola ensuite ''Athènes'' et Solon appela le Crétois Epiménide, dont on vantait la piété, pour purifier la ville.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="temples_CA_De_Legibus">[[#temples_CA_De_Legibus_back|3.]]</span> [[w:Zénobios|Zénobius]] [[#Zénobius|<span id="Zénobius_back"><sup>II</sup></span>]] (''Proverbium de Impudentia'') rapporte que d’après [[w:Théophraste|Théophraste]] [[#Théophraste|<span id="Théophraste_back"><sup>IV</sup></span>]], il y avait à ''Athènes'' des autels dressés à la [[wikt:en:ὕβρις#Ancient_Greek|Violence Ὕϐρις]] et à l’[[wikt:en:αναίδεια#Greek|Impudence Ἀναίδεια]].'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Fortune_CA_De_Legibus">[[#Fortune_CA_De_Legibus_back|4.]]</span> La fièvre n’est pas rare, on le sait, dans la vallée du [[w:Tibre|Tibre]] et les ''Romains'' lui avaient, pour s’en garantir, dressé un autel. La Mauvaise Fortune avait son temple évidemment pour la même raison.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Espérance_CA_De_Legibus">[[#Espérance_CA_De_Legibus_back|5.]]</span> [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|A. Atilius de Calatie]], consul en [[w:258_av._J.-C.|258]] et [[w:254_av._J.-C.|254 avant J.-C.]], dictateur en [[w:249_av._J.-C.|249]], remporta une victoire sur les Carthaginois et obtint les honneurs du triomphe.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Primigénie_CA_De_Legibus">[[#Primigénie_CA_De_Legibus_back|6.]]</span> Le Hasard avait son temple au-delà du ''Tibre'', la Fortune Primigénie, c’est-à-dire première-née, en avait un bâti, selon Plutarque, par Servius, au ''Capitole'' et un autre sur le mont Quirinal.'''</poem></td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. Des Lois</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f152.item <u>Livre Deuxième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f163.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f243.item <sup>NOTES</sup>], traduction, notices et notes par [[w:Charles_Appuhn|Charles Appuhn]], GF Flammarion, 1965<br />(également disponible [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_loisII/lecture/3.htm ici])</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1965|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Epiménide_back|<span id="Epiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπῐμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète et [[w:Iatromante|''iatromante'']] [[w:Crète|''crétois'']], actif :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Platon|Platon]], à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] / début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm#15 <sup>Les Lois ''l.''I</sup>]; il aurait prédit aux ''athéniens'' les guerres médiques 10 ans au paravant et la défaite des ''Perses''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Plutarque|Plutarque]], à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <sup>lVdHI. ''l.''I - VdS. ''c.''XV.</sup>]; il serait venu à ''Athènes'' expier les profanations du massacre des complices du conspirateur [[w:Cylon|Cylon]] par l’archonte [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|Mégaclès]], se serait lié d’amitié avec [[w:Solon|Solon]], l’aurait aidé à rédiger ses lois, et serait plus précisemment originaire de [[w:Phaistos |''Phaistos'']] (au sud de la ''Crète'').
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Zénobius_back|<span id="Zénobius"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζηνόβιος / Zēnóbios [[wikt:en:Ζηνόβιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ζήν / Zḗn [[wikt:en:Ζήν#Ancient_Greek|(en)]]; forme poétique de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun βῐ́ος / bíos [[wikt:en:βίος#Ancient_Greek|(en)]], « la vie (souvent avec une connotation positive) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Sophiste'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Sophiste_back|<sup>🔄</sup>]] grec qui enseignait la rhétorique à ''Rome'' sous l’empereur [[w:Hadrien|Hadrien]] [[#Hadrien|<span id="Hadrien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (règne de 117 à 138).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le traducteur, Charles Appuhn, fait référence ici au proverbe :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. Θεὸς ἡ Ἀναίδεια: αὕτη τέτακται ἐπὶ τῶν δι᾿ ἀναισχυντίαν τινὰ ὠφελουμένων. Φησὶ Θεόφραστος ἐν τῷ περὶ Νόμων, Ὕβρεως καὶ Ἀναιδείας παρὰ τοῖς Ἀθηναίοις εἶναι βωμούς.'' »<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. L’impudence est un dieu : il a été établi sur ceux qui bénéficient de l’impudence. '''Théophraste''' dit dans son ouvrage « Sur les lois » que parmi les Athéniens il y a des autels de la violence et de l’impudence.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Ἑκατοντάς Δ΄</u>, [[s:el:Επιτομή_εκ_των_Ταρραίου_και_Διδύμου_παροιμιών_συντεθείσα_κατά_στοιχείον/Δ#p4.36|§36]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] première moitié du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]]) [[s:el:Συγγραφέας:Ζηνόβιος|<sup>📚</sup>]]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hadrien_back|<span id="Hadrien"><sup>III</sup></span>]] En latin Imperator Cæsar Traianus Hadrianus Augustus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Publius Aelius Hadrianus, dit Hadrien, est un ''empereur romain'' lettré, ''poète'' et ''philosophe'' à la réputation pacifique, de la dynastie des [[w:Antonins_(Rome)|Antonins]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(24 janvier [[w:76|76]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Italica_(Espagne)|''Italica'']], près de [[w:Séville|''Séville'']], — 10 juillet [[w:138|138]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Baïes|''Baïes'']], près de [[w:Naples|''Naples'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Théophraste_back|<span id="Théophraste"><sup>IV</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Θεόφραστος#Ancient_Greek|Θεόφρᾰστος / Theóphrastos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|θεός / theós]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + [[wikt:en:φράζω#Ancient_Greek|φράζω / phrázō]], « faire connaître, raconter, expliquer, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival récessif [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|-τος / -tos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe grec'' et élève d’[[w:Aristote|Aristote]], il fut le premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] [[#scholarque|<span id="scholarque_back"><sup>V</sup></span>]] du ''Lycée'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Lycée_back|<sup>🔄</sup>]], de [[w:322_av._J.-C.|-322]] à sa mort ; botaniste et naturaliste, polygraphe ou encore alchimiste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Il se nommait Tyrtamos (en grec ancien Τύρταμος) de son véritable nom; c’est Aristote qui le surnomma « Théophrastos », littéralement « divin parleur » :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px">« ''4. Cette ville d’[[w:Eresós|Eressos]] a vu naître '''Théophraste''' et [[w:Phainias_d%27Érèse|'''Phanias''']], tous deux philosophes [[w:École_péripatéticienne|péripatéticiens]] [[#péripatéticiens|<span id="péripatéticiens_back"><sup>VIII</sup></span>]], tous deux disciples et amis d’ '''Aristote'''. '''Théophraste''' s’était appelé d’abord '''Tyrtamos''', c’est '''Aristote''' qui changea son nom et l’appela '''Théophraste''', dans le but apparemment de ne plus entendre ce premier nom, si dur, si discordant, mais en même temps aussi pour signaler à tous la passion de beau langage qui animait son disciple.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f9.item <u>Géographie de Strabon</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f11.item <u>Livre XIII</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f77.item <u>Chapitre II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f80.item.r=Tyrtamos# ''4.''] (également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/livre132.htm ici]).<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:371_av._J.-C.|-371]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Eresós|''Eresós'']], sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<span id="Lesbos_back"><sup>VII</sup></span>]], — [[w:288_av._J.-C.|-288]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Athènes'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#scholarque_back|<span id="scholarque"><sup>V</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:σχολάρχης#Grec_ancien|σχολάρχης / skholárkhês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:σχολή#Grec_ancien|σχολή / skholế]], « loisir, temps, libre, repos, lieu où se passe les loisirs, où les cours sont donnés, école »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + de [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|ἄρχω / árkhô]], « faire le premier, commencer; être le premier, commander »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Directeur d’une [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école de philosophie'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lesbos_back|<span id="Lesbos"><sup>VI</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Λέσβος#Ancient_Greek|Λέσβος / Lésbos]]; Le nom signifiait à l’origine « boisé, couvert de forêt », peut-être un emprunt [[w:Hittites|''Hittite'']], car le nom ''Hittite'' d’origine de l’île était [[w:en:Lesbos#Etymology|''Lazpa'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la périphérie d’[[w:Égée-Septentrionale|''Égée-Septentrionale'']], située dans le nord-est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] à moins de 15 kilomètres du rivage turc. Le terme de [[w:Lesbianisme|lesbienne]] découle de la poésie antique de [[w:Sappho|Sappho]] [[#Sappho|<span id="Sappho_back"><sup>VII</sup></span>]], qui est née à ''Lesbos''.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Sappho_back|<span id="Sappho"><sup>VII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Σαπφώ#Ancient_Greek|Σαπφώ / Sapphṓ]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poétesse grecque très célèbre durant l’Antiquité, elle est considéré comme l’une des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poète.sse.s lyriques'']] de la Grèce antique. Son œuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments ([https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr01grenuoft/page/10/mode/2up papyrus d’Oxyrhynque n°7] [[w:Papyrus_d%27Oxyrhynque|<sup>📚</sup>]], notamment). Elle est connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de ''Lesbos'', l’île sur laquelle elle a vécu.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<sup>VI</sup>]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#péripatéticiens_back|<span id="péripatéticiens"><sup>VIII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:περιπατητικός#Ancient_Greek|περῐπᾰτητῐκός / peripatētikós]], « qui se promène »;;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:περιπατέω#Ancient_Greek|περῐπᾰτέω / peripatéō]], « se promener »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|περῐ / perí]], « autour »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + [[wikt:en:πατέω#Ancient_Greek|πατέω / patéō]], « marcher »; de [[wikt:en:πάτος#Ancient_Greek|πάτος / pátos]], « chemin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-τικός#Ancient_Greek|-τῐκός / -tikós]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Courant ''philosophique'' d’Aristote qui enseignait au ''Lycée d’Athènes'' en marchant avec ses élèves :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''Les [[wikt:sectateur|sectateurs]] d’'''Aristote''' furent nommés péripatéticiens, parce qu’ils dissertaient en se promenant dans le Lycée.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f12.item <u>Œuvres Complètes de Cicéron.] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f14.item Académiques II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f20.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f30.image.r=peripateliciens ''IV.''].<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm ici])'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XI.''' Les Grecs et nos pères ont mieux fait : pour augmenter la piété envers les dieux, ils ont voulu qu’ils fussent habitants des mêmes villes que nous. Cette opinion introduit en effet dans la cité même, la religion qui lui est si utile, selon le sens du moins de cette parole du savant '''Pythagore''', que jamais la piété et la religion ne remplissent plus les âmes que lorsque nous sommes occupés du service divin ; et de cette autre de '''Thalès''', le plus sage des sept sages, qu’il faut que les hommes pensent que tout ce qui frappe les regards est rempli des dieux, et qu’alors ils deviendront plus chastes, comme s’ils étaient toujours dans le plus sacré des temples ; car, suivant une certaine croyance, les dieux n’apparaissent pas seulement à l’esprit, ils ont une présence [[#Dictum_est_a_Pythagora|<span id="Dictum_est_a_Pythagora_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Les mêmes raisons nous font placer aux champs les bois sacrés [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|<span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ; et ce culte, transmis par nos aïeux, tant aux maîtres qu’aux serviteurs, qui se célèbre en vue du champ et de la maison, ce culte des ''Lares'' ne doit pas être oublié.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Garder les rites de sa famille et de ses pères, c’est garder une religion pour ainsi dire de tradition divine ; car l’antiquité se rapproche des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quand la loi prescrit le culte de ceux d’entre les hommes qui ont été sanctifiés, comme Hercule et les autres, elle indique que si les âmes de tous sont immortelles, celles des bons et des forts sont divines [[#Fortium_bonorumque_divinos|<span id="Fortium_bonorumque_divinos_back"><sup>'''3'''</span>]]. Il est bien que la raison, la piété, la force, la foi, soient consacrées par l’homme : ainsi Rome leur a dédié des temples, afin que ceux qui les possèdent (et tout homme de bien les possède) croient que leur âme est habitée par des dieux [[#Deos_ipsos_in_animis|<span id="Deos_ipsos_in_animis_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui est mauvais, c’est ce qu’on fit à ''Athènes'', lorsque après l’expiation du crime de '''Cylon''' [[#Cylonio|<span id="Cylonio_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], sur le conseil d’ '''Épiménide de Crète''', on éleva un temple à l’Affront et à l’Impudence ; ce sont les vertus et non les vices qu’il faut consacrer. Un autel antique est dressé, sur le ''mont Palatin'', à la Fièvre ; un autre, sur l’Esquilin, à la Fortune mauvaise et maudite : tous les monuments pareils doivent être proscrits. S’il faut inventer des surnoms, il faut plutôt en choisir qui expriment la victoire et la conquête, comme ''Vicepota'' [[#Vicepotæ|<span id="Vicepotæ_back">'''<sup>6</sup>'''</span>]] ; l’immutabilité, comme ''Stata'' ; ou des surnoms tels que ceux de Jupiter Stateur et Invaincu ; ou bien que ce soient les noms de choses désirables, comme le salut, l’honneur, le secours, la victoire. Ainsi, comme l’attente des biens relève les courages, '''Calatinus''' a eu raison d’élever un temple à l’Espérance [[#Salutis|<span id="Salutis_back">'''<sup>7</sup>'''</span>]]. La fortune aussi peut en avoir, soit la ''Fortune de ce jour'' [[#Fortunaque|<span id="Fortunaque_back">'''<sup>8</sup>'''</span>]] car ce titre peut se rapporter à tous les jours ; soit la ''Fortune Respiciens'', c’est-à-dire secourable ; soit celle du hasard, qui regarde plutôt les événements incertains ; soit la ''Fortune Primigènie'', qui préside à la naissance ; soit la Fortune compagne, ou......</div></poem>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em">''Lacune.''</div>
<table cellspacing=30 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<span id="Dictum_est_a_Pythagora">[[#Dictum_est_a_Pythagora_back|1.]]</span> — XI. [[w:Pythagore|Pythagore]] disait que les hommes deviennent meilleurs lorsqu’ils s’approchent des dieux (Plut., ''de Sperst.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#27 <sup>(169e)</sup>], et ''de Orac. defect.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/oracles1.htm <sup><nowiki>[7]</nowiki></sup>]); ou, selon la version de [[w:Sénèque|Sénèque]], qu’ils changent d’esprit en entrant dans un temple, en voyant de près l’image des dieux, en écoutant un oracle (''Epist. 94''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/lucilius3.htm#_ftnref116 <sup><nowiki>[116]</nowiki></sup>]). Suivant Thalès, le monde était animé et plein des dieux (Diog. Laert., I, 27) <sup>ici traduit par ''dieux'', mais aussi par [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales.htm#27 ''esprits''] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''âmes'']</sup>. L’interprétation que Cicéron donne de leur pensée n’est pas incontestable; elle est entachée d’idolâtrie. ([https://data.bnf.fr/fr/17106914/johann_friedrich_wagner/ ''Wagner.''])<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris">[[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back|2.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] On comprend peu comment la même raison fait placer les temples dans les villes, et les bois sacrés dans les campagnes : c’est sans doute pour que les habitants des campagnes comme ceux des villes aient à leur portée un lieu d’oraison et de recueillement. Ces bois étaient de simples bocages : aussi, malgré Cicéron, il y en eut toujours dans les villes; c’étaient comme les jardins des temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortium_bonorumque_divinos">[[#Fortium_bonorumque_divinos_back|3.]]</span> — {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Ceci est plus poétique que philosophique. Cette distinction des âmes immortelles et des âmes divines n’est point réelle, ou n’est pas assez certaine pour être affirmée. Il y a dans cet ouvrage même des principes qui la combattent. Cicéron revient souvent à cette idée, qui ressemble à la doctrine du petit nombre des élus, mais qui n’a point l’appui des mêmes arguments; et il est permis de n’y voir qu’une concession aux croyances de son temps, et une illusion du [[w:Conjuration_de_Catilina|''vainqueur de Catilina'']], qui espérait que les sauveurs de la patrie seraient admis parmi les [[w:Di_indigetes|dieux ''indigètes'']]. (''Nat. des Dieux'', II, 24[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIV.</sup>] ; ''Devoirs'', III, [https://droitromain.univ-grenoble-alpes.fr/Francogallica/deofficiis3_fran.htm 5.] ; ''Républi.'', VI, 7[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/354|<sup>VII.</sup>]] ; Lactance, I, 15[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>CAPUT XV.</sup>], etc.)<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Deos_ipsos_in_animis">[[#Deos_ipsos_in_animis_back|4.]]</span> — XI. Les temples de toutes ces vertus existaient en effet à [[w:Rome_antique|''Rome'']] (''Nat. des Dieux'', II, 23[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]). [[w:Lactance|Lactance]] blâme l’approbation donnée par Cicéron à ce culte allégorique, qui lui parait propre à substituer l’adoration des vertus déesses à l’amour des vertus pratiques. « C’est la vertu, dit-il, qu’il faut honorer, et non son image » (I, 20[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm#_ftnref82 <sup>CAPUT XX.</sup>]). [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] veut placer ici une phrase que Lactance rapporte, et que l’on trouvera parmi les Fragments ; il y est question des statues de l’Amour que l’on voyait dans les gymnases grecs : c’est évidemment à cette idée qu’elle se rapporte ; mais placée au lieu indiqué par Tunèbe, elle se lierait difficilement à ce qui précède, et donnerait lieu de supposer une lacune plus étendues.
'''</td>
<td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<span id="Cylonio">[[#Cylonio_back|5.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[w:Cylon|Cylon]], athénien, vainqueur aux jeux olympiques, s’était emparé, par l’ordre d’un oracle, de la citadelle. Assiégé par les Athéniens, et réduits à la famine, il parvint à s’évader avec son frère, et ses compagnons se réfugièrent en suppliants au pied de l’autel qui était dans l’Acropole ; ceux à qui la garde en fut confiée les séduisirent par des fausses assurances, et les immolèrent, ainsi que quelques autres qui s’étaient retirés près de l’autel des [[w:Érinyes|Euménides]] (Thucydide, I, 126[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#CXXVI <sup>CXXVI.</sup>]). Pour expier ce crime, on fit venir de [[w:Histoire_de_la_Crète#Crète_minoenne_et_mycénienne|''Crète'']] [[w:Épiménide|Épiménide]], dix ans avant la [[w:Guerres_médiques|''guerre Persique'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm Platon, ''Lois, I''] ; [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/epimenide.htm Diog. L., ''I''], 110), et des autels furent élevés à l’Affront et à l’Impudence. Il parait qu’Épiménide consacra ces autels dans la même intention que le roi [[w:Tullus_Hostilius|Tullus]] avait élevé des temples à la Pâleur et à la Peur, non pour les adorer, mais pour les apaiser et détourner leurs coups (''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm liv. I], 27'' <sup>XXVII.(7)</sup>). La même observation doit s’appliquer aux autels de la Fièvre et de la mauvaise Fortune ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature3a.htm ''Nat. des D., III''], 25 <sup>XXV.</sup>).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Vicepotæ">[[#Vicepotæ_back|6.]]</span> — XI. On trouve ''Vicepota'' ou ''Vicapota'', dans Tite Live, II, 7, et la déesse ''Stata'', dans Festus. L’origine du titre ''Stator'' est connue ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm Tite Live, ''I'']'', t2'' <sup>XII.</sup> ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 793[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§791-794</sup>]). Il y parle aussi de celui d’Invictus ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], v. 650[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§649-650</sup>]).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Salutis">[[#Salutis_back|7.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Il y avait à Rome des temples érigés au [[w:Salus|Salut]], sur le [[w:Quirinal|Quirinal]] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/atticus4.htm ''ad Att., IV''], I ; Plin., ''H. N.'' XXXV, 4 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre35.htm <sup>VII.</sup>]); à l’Honneur (Tite Live, XXVII, 25 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre27.htm <sup>XXV.</sup>]); au Secours (Varr., ''de Ling. lat.'', IV, 10 ; Macr., ''Sat.'' I, 10 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>X., XII.</sup>]); à la Victoire, à l’[[w:Spes_(déesse)|Espérance]] (''Nat. des D.'', II, 23 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]), etc.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortunaque">[[#Fortunaque_back|8.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Le temple de la Fortune de ce jour'']] avait été dédié par [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|Q. Catulus]], à l’époque de la [[w:Guerre_des_Cimbres|''guerre des Cimbres'']], en [[w:102_av._J.-C.|651]][[w:Calendrier_romain#Les_années|<sup>📚</sup>]] ; celui de la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']] était auprès du [[w:en:Temple_of_Jupiter_Victor|''temple de Jupiter vainqueur'']] (Plut., ''Quest. Rom.'')[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/questionsromaines.htm <sup>§74</sup>]. [[w:Servius_Tullius|Servius Tullius]] invoqua le premier, la Fortune du hasard, dont le temple, situé près du Tibre, fut réparé par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus#Early_career|Carvilius]], pendant la [[w:Troisième_guerre_samnite#L’an_293|guerre de Toscane]] (Tite Live, X, 46 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XLVI <sup>XLVI.</sup>] ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 773 [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§771-784</sup>]). Le [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''temple de la Fortune primigénie'']], déesse de la naissance, fut aussi voué par le même roi, et plus tard par P. Sempronius, pendant la [[w:Deuxième_guerre_punique|deuxième guerre Punique]] (Tiv., xxxiv, 53 ; XLIII, 13)[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre29.htm <sup>XXXVI.</sup>]. L’épithète de ''Comes'', compagne, était aussi un surnom divin de la Fortune ; mais en cet endroit le texte est interrompu et peut-être altéré.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f415.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<sup>NOTES</sup>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=395 <sup>📚</sup>] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''M.''' [...] Les Grecs & nos Romains après eux ont pensé plus raisonablement , quand , pour affermir la piété que nous devons avoir pour les Dieux , ils ont voulu qu’ils eussent leur habitation dans les Villes de même que les hommes : car cette opinion nourrit la Religion & fait un très bon effet dans la société ; puisque selon cette belle parole de [[#Pythagore_JM_Des_Loix|<span id="Pythagore_JM_Des_Loix_back"><sup>'''1'''</span>]] Pythagore , ''la piété & la religion ne font jamais tant d’impression sur l’esprit que lorsque nous sommes occupez du service divin'' ; & que suivant [[#Thales_JM_Des_Loix|<span id="Thales_JM_Des_Loix_back"><sup>'''2'''</span>]] Thales le plus renommé des sept Sages , ''nous devons être persuadez que tout est plein de Dieux'' ; parceque ne les perdans point de vûe & nous considérans comme dans des temples , nous serons toûjours plus retenus & plus religieux : car il ne faut pas croire que les hommes se bornent à l’idée toute spirituelle de la divinité , suivant certaine opinion , [[#certaine_opinion_JM_Des_Loix|<span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix_back"><sup>'''3'''</span>]] ils s’en font une image visible.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Les [[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix|<span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''4'''</span>]] ''Bois Sacrez'' doivent être conservez par la même raison qne les temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Le culte [[#culte_JM_Des_Loix|<span id="culte_JM_Des_Loix_back"><sup>'''5'''</span>]] que maîtres & domestiques nous rendons au ''Lares'' à la vûe de nos maisons de campagne & dans les [[#carrefours_JM_Des_Loix|<span id="carrefours_JM_Des_Loix_back"><sup>'''6'''</span>]] carrefours de nos Domaines , est une institution de nos ancêtres que nous ne devons point rejetter.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Pour ce qui est des [[#cérémonies_JM_Des_Loix|<span id="cérémonies_JM_Des_Loix_back"><sup>'''7'''</span>]] ''cérémonies propres à chaque famille'' , & que nous avons recues de nos péres , ce ne nous est pas une moindre obligation de les garder , que si nous les tenions des Dieux mêmes ; puisque ceux qui nous les ont transmises étoient assez proches d’eux pour les avoir reçues de leurs mains.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Quand la Loi nous ordonne de rendre les honneurs divins à ceux d’entre les [[#hommes_JM_Des_Loix|<span id="hommes_JM_Des_Loix_back"><sup>'''8'''</span>]] ''hommes'' que nous avons ''consacrez'' , comme Hercules & les autres ; il faut entendre qu’à la vérité les ames de tous les hommes sont immortelles , mais que celles des Héros sont divines.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> À la bonne heure que ''l’Intelligence'' , ''le Courage'' , ''la Fidélité'' , ''la Religion'' ayent des temples , comme [[#ces_vertus_JM_Des_Loix|<span id="ces_vertus_JM_Des_Loix_back"><sup>'''9'''</span>]] ces vertus en ont toutes dans Rome , afin que les gens de bien , qui constament en sont douez , puissent penser qu’ils sont les temples vivans de ces divinitez. [[#divinitez_JM_Des_Loix|<span id="divinitez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''10'''</sup></span>]]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais , ce qui n’est pas supportable , c’est qu’à Athênes on ait élevé un ''temple à l’Ignominie'' & ''à l’Impudence'' ; comme on fit à l’instigation d’Epiménides de Crete , après que l’on eût expié [[#Cylon_JM_Des_Loix|<span id="Cylon_JM_Des_Loix_back"><sup>'''11'''</span>]] le crime de ''Cylon'' : car s’il est à propos de consacrer les vertus , il est indigne que l’on fasse le même honneur aux vices. Ainsi cet ancien [[#autel_JM_Des_Loix|<span id="autel_JM_Des_Loix_back"><sup>'''12'''</span>]] Autel dédié ''à la Fiévre'' sur le mont ''Palatin'' , un autre ''à la mauvaise Fortune'' sur l'''Esquilin'' , & tout autant qu’il se trouvera de monumens semblables , doivent être regardez avec exécration.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais si nous voulons forger des noms à l’envi des Poétes , que ce soit plûtôt dans le sens ''de vaincre'' , ''de recueillir les fruits de la victoire'' , [[#déroute_JM_Des_Loix|<span id="déroute_JM_Des_Loix_back"><sup>'''13'''</span>]] ''d’arrêter une déroute'' , tels que sont ceux de ''Stateur'' & ''d’Invaincu'' que nous avons donnez à Jupiter ; & que ces noms se rapportent à des [[#desirables_JM_Des_Loix|<span id="desirables_JM_Des_Loix_back"><sup>'''14'''</span>]] choses desirables , comme ''le salut'' , ''l’honneur'' , ''le secours'' , & ''la victoire'' , puisque l’attente des bonnes choses peut servir à nous relever le courage. Nous ne trouverons donc pas mauvais que ''Calatinus'' ait consacré ''l’Espérance'' , nous passerons à un autre qu’il ait divinisé ''la Fortune'' , ne fût - ce que ''de ce jour'' , aussi bien sa puissance s’étend sur tous les jours , à un autre ''la fortune secourable'' , à celui -ci ''le hasard'' qui préside aux événemens imprévus , à celui là la ''fortune primitive'' qui nous accompagne depuis le commencement de notre vie ,</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="Pythagore_JM_Des_Loix">[[#Pythagore_JM_Des_Loix_back|1. ''Pythagore'' ]]]</span> Chef de la [[s:L’Encyclopédie/1re_édition/ITALIQUE|secte dite ''Italique'']] , étoit de [[w:Samos|''Samos'']] , & vivoit vers l’an 534 avant J.C. Il faisoit sa demeure ordinaire à [[w:Crotone|''Crotone'']] , [[w:Métaponte|''Métapont'']] , & [[w:Tarente|''Tarente'']]. Il excella particulièrement dans les [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|Mathématiques]] , & fut le premier des Philosophes qui soutint [[w:Âme#cite_ref-52|l’immortalité de l’ame]]. Il mourut l’an 497 ou 98 avant J.C.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="Thales_JM_Des_Loix">[[#Thales_JM_Des_Loix_back|2. ''Thales'' ]]]</span> le premier des sept Sages de la Gréce , Auteur de la [[w:L’Encyclopédie/1re_édition/IONIQUE|secte ''Ionienne'']] , ainsi nommée à cause de ''Milet'' en ''Ionie'' sa patrie. Il mourut âgé de 90 ans ou environs vers l’an 545 avant notre Ere.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix">[[#certaine_opinion_JM_Des_Loix_back|3. ''Ils s’en font une image visible.'' ]]]</span> L’ascendant qu’à sur nous notre imagination , & l’habitude où nous sommes de nous représenter les êtres corporels , fait que quoique Dieu ne puisse être l’objet que de notre entendement , cependant nous ne laissons pas de nous en faire une idée , sous laquelle nous l’appercevons , non pas tel qu’il est , mais tel que cette faculté inquiéte , & qui cherche à se fixer dans la contemplation de l’infini , se le peut figurer par la soustraction des matérialitez.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix">[[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back|4. ''Bois Sacrez.'' ]]]</span> Les Romains n’ont pas été les seuls qui ayent eu une vénération particulière pour les bois. Tout le monde sçait que ce fut une occasion de scandale qui subsista longtems parmi le peuple chéri de Dieu , & que les meilleurs Rois de [[w:Judée#Nom|Juda]] eurent bien de la peine à déraciner cette superstition du cœur de ce peuple.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="culte_JM_Des_Loix">[[#culte_JM_Des_Loix_back|5. ''Culte que nous rendons aux Lares.'' ]]]</span> Les fêtes à l’honneur des ''Lares'' étoient marquées dans le Calendrier au second de Mai. On ne laissoit pas cependant de les célébrer à plusieurs reprises suivant l’ordre qui en étoit donné par les Prêtres ou le Préteur. Elles s’appelloient ''Compitales'' du mot latin qui signifie ''carrefour'' , lieu où elles se célébroient par les Esclaves , qui jouissoient pendant ce tems-là d’un intervalle de liberté. La part que prenoient les Maitres dans ces sacrifices étoit marquée par autant de figures de cire & de laine , qu’il y avoit de personnes de condition libre dans la famille. On faisoit aussi des Jeux , dont les Maitres Voyers avoient l’Intendance ; ils furent instituez par Servius Tullius. On en peut voir l’histoire dans ''Pline l.''36. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre36.htm <sup>''c.''LXX</sup>] ''c''. 27. ''Macrob. c.'' 7. ''Sat. l.'' I. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>fin Chap. VII.</sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="carrefours_JM_Des_Loix">[[#carrefours_JM_Des_Loix_back|6. ''Carrefours.'' ]]]</span> Les Romains ne bâtissoient pas des Temples à leurs Divinitez indifféremment en tous lieux ; ils en consacroient aux uns dans l’enceinte de la Ville , aux autres à la campagne , à ceux-ci dans les carrefours , à ceux-là sur les montagnes. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']].'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="cérémonies_JM_Des_Loix">[[#cérémonies_JM_Des_Loix_back|7. ''Cérémonies propres à chaque famille.'' ]]]</span> Il y avoit des fêtes particulières & propres aux familles. Les familles ''Claudia'' , ''Emilia'' , ''Julia'' , ''Cornelia'' , avoient les leur. Elles avoient aussi leurs Liturgies. ''Macrob.'' I. ''Sat. c.'' 16. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>§2 Chap. XVI.</sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="hommes_JM_Des_Loix">[[#hommes_JM_Des_Loix_back|8. ''Hommes consacrez.'' ]]]</span> Cicéron fait trois classes de Divinitez ausquelles se doit rapporter le culte des Romains. La première des Dieux qui ont été de tout tems ; la féconde des Dieux qui le sont devenus par leurs grandes actions ; & la troisième des ''Vertus divinisées'' , qui sont comme les degrez par où l’on s’éléve au Ciel. Les Dieux dont il s’agit ici sont de la seconde classe , & on les appelloit ''Indigetes''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="ces_vertus_JM_Des_Loix">[[#ces_vertus_JM_Des_Loix_back|9. ''Temples des Vertus.'' ]]]</span> Ces Vertus avoient chacune des Temples & des Autels ; ''l’Esprit'' dans le Capitole , consacré par [[w:en:Titus_Otacilius_Crassus_(praetor_217_BC)|'''T. Otacilius''']] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/XXII.html <sup><nowiki>[22,10] §2 (10)</nowiki></sup>] ; la ''Piété'' par [[w:Manius_Acilius_Glabrio_(consul_en_-154)|'''M. Acilius Glabrio''']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre40.htm <sup>''c.''<nowiki>[34] §[5]</nowiki></sup>] ; la ''Valeur'' par [[w:Scipion_Émilien|'''Scipion le Numantin''']] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10022291w/f22.item <sup>fin de page, « hardiesse »</sup>] ; [[w:en:Temple_of_Honor_and_Virtue|la ''Vertu'' & l'''Honneur'']] par [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|Marcellus]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marcellus.htm <sup><nowiki>Plut. VdHI. [28] XXXVIII.</nowiki></sup>] ; & la [[w:Fides_(mythologie)|''Fidélité'']] par [[w:Numa_Pompilius|Numa]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''I. ''c.''XXI. (4)</sup>]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm ''Cic.'' 2. ''de nat. Deor.'' <sup>XXIII.</sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="divinitez_JM_Des_Loix">[[#divinitez_JM_Des_Loix_back|10. ''Divinitez . . . mais ce qui n’est pas supportable.'' ]]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnébe]] croit qu’il faut rapporter ici un fragment cité par [[w:Lactance|Lactance]] , [http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>ID.</sup> ''l.''I. ''c.''20. <sup>§9</sup>] » Cicéron , dit-il ,<br />» nous apprend que la Gréce fit une<br />» entreprise bien grande & bien ha-<br />» zardeuse lorsqu’elle consacra des re-<br />» présentations de Cupidons & d’A-<br />» mours dans ses lieux d’éxercice. Il<br />» flatte Atticus , mais en le flattant il<br />» se moque de lui ; car il ajoûte que<br />» s’il sied bien d’avoir de la vénéra-<br />» tion pour les Vertus , il ne convient<br />» nullement de respecter les vices.<br />Ce fragment ne rempliroit pas toute la lacune.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="Cylon_JM_Des_Loix">[[#Cylon_JM_Des_Loix_back|11. ''Le crime de Cylon.'' ]]]</span> ''Cylon'' voulut s’emparer de la Citadelle d’Athênes pendant les Jeux Olympiques 600 ans avant J.C. mais son entreprise n’ayant pas réussi , il fut obligé de prendre la fuite avec son frére. Ses complices se voyans abandonnez, cherchérent un asile à l’Autel de Minerve : cependant [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|''Mégacles'']] leur ayant persuadé de comparoir en Jugement pour se défendre de l’accusation , en leur conseillant néanmoins pour plus grande sûreté de tenir toujours le bout d’un filet , dont l’autre extrémité seroit attachée à la Statue de la Déesse , le malheur voulut que le filet se rompît : ce qui donna lieu au perfide ''Mégacles'' & aux gens qu’il commandoit de les massacrer. Ce violement d’asile attira beaucoup de malheurs sur les Athéniens ; pour remédier ausquels , outre les autres mesures que l’on prit , on fit venir de Créte le Philosophe [[w:Épiménide|''Epimenides'']] , qui étoit en réputation d’avoir des secrets admirables pour les expiations , & qui fut le premier qui s’avisa de purifier la ville & les campagnes. [[w:Thucydide|''Thucidid.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#99 <sup>HdlGdP.</sup> ''l.''I. <sup>''c.''CXXVI.</sup>] ''Herod.'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/terpsichore.htm#57 ''l.''5. <sup>''c.''LXXI.</sup>] [[w:Plutarque|''Plutarq.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm ''Vie de Solon'' <sup><nowiki>[12] XIV.</nowiki></sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="autel_JM_Des_Loix">[[#autel_JM_Des_Loix_back|12. ''Autel dédié à la Fiévre.'' ]]]</span> Selon [[w:Valère_Maxime|Val. Maxime]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/valere/livre2.htm <sup>A&PM. ''l.''2. ''c.''V. §6.</sup>] , la [[w:en:Febris|Fiévre]] avoit trois temples à Rome. Elle étoit de ces Divinitez qu’on n’honoroit pas pour qu’elles fissent du bien , mais pour qu’elles fissent moins de mal.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="déroute_JM_Des_Loix">[[#déroute_JM_Des_Loix_back|13. ''D’arrêter une déroute.'' ]]]</span> ''Statassandi'' est un mot si extraordinaire , qu’il faudroit , comme dit [[w:Adrien_Turnèbe|''Turnebe'']] , un ''Oedipe'' pour le deviner. Je l’ai traduit comme un équivalent de ''Stare faciendi'' , ou de sistendi. D’où vient le surnom que Romulus donna à Jupiter , dans le tems qu’entraîné lui-même par la déroute des siens , il voyoit les [[w:Sabins|Sabins]] déjà maîtres de la Citadelle , prêts à s’emparer du peu de terrain qui restoit aux Romains. [[w:Marcus_Atilius_Regulus_(consul_en_-267)|''M. Attilius Regulus'']] fit un semblable vœu dans la guerre contre les Samnites [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XXXVI <sup>T-L. AUC. ''l.''X. ''c.''XXXVI.</sup>]. On l’honoroit aussi jupiter sous le nom d'''invaincu'' [[w:Temple_de_Jupiter_Stator#Histoire|<sup>📚</sup>]]. [[w:Ovide|Ovid.]] [[w:Fastes|Fast.]] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>''l.''6. §§791-794</sup>]'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<span id="desirables_JM_Des_Loix">[[#desirables_JM_Des_Loix_back|14. ''Choses desirables.'' ]]]</span> Le ''Salut'' , l’Honneur , le ''Secours'' , la ''Victoire'' , & l’Espérance , avoient leurs Temples à Rome. Mais il n’y avoit aucune de ''ces choses desirables'' qui fût révérée en tant de façons que la Fortune. [[w:Ancus_Marcius|''Ancus Martius'']] quatriéme Roi de Rome , fut le premier qui lui bâtit un Temple : & il ne se contenta pas de la diviniser , il lui fit changer de séxe , le Temple qu’il lui consacra étant sous le nom de ''la Fortune virile'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>]. [[w:Servius_Tullius|''Serv. Tullius'']] suivit son éxemple , & bâtit plusieurs Temples à la Fortune sous divers noms , & entre autres de ''primigénie'' ou de ''primitive'' , comme je l’ai traduit , à laquelle [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus|''P. Sempronius'']] Consul en voua aussi un pendant [[w:Deuxième_guerre_punique|la deuxième Guerre Punique]] [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus#cite_ref-4|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre34.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''XXXIV. ''c.''LIII. §<nowiki>[5]</nowiki></sup>]. [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|''Q. Catulus'']] pendant [[w:Guerre_des_Cimbres|la guerre]] contre les [[w:Cimbres|Cimbres]] voua [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Temple_B|un Temple ''à la Fortune de ce jour'']] [[w:en:Temple_of_Fortuna_Primigenia|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marius.htm <sup>Plut. lVdM. ''c.''27.</sup>]. Le Temple de ''la Fortune secourable'' étoit auprès de celui de ''Jupiter vainqueur'' ; & celui de ''la Fortune du hazard'' , fondé anciennement par ''Serv. Tullius'' sur le bord du Tibre , fut rebâti depuis par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus|''Carvilius'']] pendant [[w:Troisième_guerre_samnite|la guerre de Toscane]]. Outre ces Temples il y avoit encore ceux des Fortunes ''obsequens , privata , publica , viscosa , parva , mascula , barbata , bona spei , averrunca , blanda , convertens , virgo , dubia , plebeia , muliebris , equestris , seia , mammosa , redux''. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']] [https://books.google.fr/books?id=ZyQVAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PA161#v=onepage&q&f=true <sup>ARCA.</sup> ''l.''2. ''c.''16.]'''
</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Traité Des Lois, de Cicéron.</u>], traduit par Monsieur [[w:Jacques_Morabin|Morabin]]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA123#v=onepage&q&f=true <u>Livre Second</u>]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true ''pp.177-183.''][https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=RA1-PA71#v=onepage&q&f=true '''<sup>NOTES</sup></b>''']. Chez Jean Mariette, Librairie, 1719.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
=== [[w:De_divinatione|De Divinatione]] [[#De_divinatione|<span id="De_divinatione_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<p style="text-align: left;">[[s:la:De_divinatione|📚]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue philosophique de '''Cicéron''', publié en [[w:44_av._J.-C.|-44]] qui traite des divers procédés de [[w:Divination|divination]] connus et pratiqués à son époque. Cet ouvrage constitue avec [[w:De_natura_deorum|''De natura deorum'']] et [[w:De_fato|''De fato'']] une trilogie d’ouvrages traitant du sacré et des pratiques et phénomènes qui lui sont liés. '''Cicéron''' y analyse avec scepticisme les diverses formes de la divination et critique les théories des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme|<span id="Stoïcisme_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] qui la défendent.</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA De Divinatione|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#De_divinatione_back|<span id="De_divinatione"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun divinatio [[wikt:en:divinatio#Latin|(en)]], « divination, prophétie »; du verbe divino [[wikt:en:divino#Latin|(en)]], « 1. Prévoir, prédire, deviner. 2. Prophétiser. 3. Deviner. »; de l’adjectif divinus [[wikt:en:divinus#Latin|(en)]], « divin, d’une divinité, surhumain, surnaturel »; de l’adjectif divus [[wikt:en:divus#Latin|(en)]], « 1. De ou appartenant à une divinité; divin. 2. Divin, pieux. ».
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Stoïcisme_back|<span id="Stoïcisme"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre ''(ποικίλη)'' στοά / ''(poikílē)'' stoá, « portique pœcile, galerie couverte ornée de panneaux peints et située au nord de l’[[w:Agora_d%27Athènes|''agora d’Athènes'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ ''(de l’adjectif [[w:ποικίλος#Grec_ancien|ποικίλος / poikílos]], « 1. Varié, divers. 2. (Au propre) Peint de couleurs variées, bigarré, tacheté, moucheté : • Couvert de; • Brodé; • Damasquiné, couvert d’arabesques, de ciselures; • Travaillé, entrelacé avec un art subtil. 3. Varié, variable, changeant : • Souple, artificieux, fertile en ruses; • Compliqué, complexe; • (Sens négatif) Équivoque, obscur, difficile à comprendre; Dans les textes anciens, ceci concerne les oracles, les lois. »;)''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:στοά#Grec_ancien|στοᾱ́ / stoā́]] [[wikt:en:στοά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Colonnade. 2. Porche ou une passerelle couverte ayant un ou plusieurs bas-côtés encadrés et soutenus par une ou plusieurs colonnades : portique ; arcade, cloître, place (par exemple la [[w:Stoa_du_roi|''Stoa Basileios'']] [[w:en:Stoa_Basileios|(en)]] et la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikile'']] dans l’ancienne [[w:Agora|''Agora'']] d’Athènes). 3. Bâtiment marqué par un tel porche ou passerelle couvert et à colonnades (par exemple, la [[w:Stoa_d%27Attale|''Stoa d’Attalos'']] dans l’ancienne ''Agora'' d’Athènes). 4. Cour royale. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">École de [[w:Philosophie_hellénistique|''philosophie hellénistique'']] fondée par [[w:Zénon_de_Kition|Zénon]] [[#Zénon_de_Kitton|<span id="Zénon_de_Kitton_back"><sup>III</sup></span>]] de [[w:Kition|''Kition'']] à la fin du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et nommée ainsi car enseignée sous la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikilè'']] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1020#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Stoa Poikilè}}].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Zénon_de_Kitton_back|<span id="Zénon_de_Kitton"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>🔄</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''grec'' d’origine ''phénicienne'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#phénicienne_back|<sup>🔄</sup>]], fondateur en [[w:301_av._J.-C.|-301]] du ''stoïcisme'', l’école du ''Portique'' [[#Stoïcisme|<sup>II</sup>]]. Sa doctrine eut ceci de nouveau qu’elle joignit deux traditions jusqu’alors séparées, à savoir la théorie de la sagesse et la physique : Zénon tenta de concilier les thèses naturalistes de certains Académiciens successeurs de Platon [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]] avec la théorie cynique de la sagesse, et posa ainsi les bases d’un système matérialiste, moniste et déterministe dont le rayonnement fut considérable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:334_av._J.-C.|-334]]/[[w:333_av._J.-C.|-333]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Kition|''Kition'']], Cité de la côte sud-est de l’[[w:Chypre_(île)|''île de Chypre'']] (« Κῠ́προς / Kúpros » [[wikt:en:Κύπρος#Ancient_Greek|(en)]]) — [[w:262_av._J.-C.|-262]]/[[w:261_av._J.-C.|-261]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA364#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §20 - Zénon de Citium}}]'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== [[w:De_divinatione#Livre_I|Livre I]] ====
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le frère cadet de Cicéron, [[w:Quintus_Tullius_Cicero|'''Quintus Tullius Cicero''']] [[#Quintus_Tullius_Cicero|<span id="Quintus_Tullius_Cicero_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], présente les diverses formes de divination selon la classification traditionnelle énoncée depuis '''Homère''' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Homère_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Platon|'''Platon''']], qui distingue la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « artificielle »]], faite par des techniciens selon des rites institutionnalisés, et la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « inspirée » dite aussi « naturelle »]] selon la terminologie introduite par '''Cicéron'''. '''Quintus''' s’étend longuement sur la forme de divination naturelle qui procède des rêves prémonitoires, manifestation selon les [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] d’une inspiration de l’âme humaine recevant un message divin.</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Livre I|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Quintus_Tullius_Cicero_back|<span id="Quintus_Tullius_Cicero"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Quintus#Latin|Quintus]]; de l’adjectif numéral [[wikt:quintus#Latin|quintus]], « cinquième »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:quinque#Latin|quinque]], « cinq »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival avec le sens de « pourvu de » -tus [[wikt:en:-tus#Etymology_1|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]][[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme politique, militaire et auteur romain, frère cadet du célèbre orateur Cicéron. Après une carrière politique classique, passant par le [[w:Cursus_honorum|''cursus honorum'']] jusqu’à la charge de [[w:Préteur|''préteur'']], il est [[w:Propréteur|''propréteur'']] en ''Asie'' puis participe à la [[w:Guerre_des_Gaules|''Guerre des Gaules'']] en tant que [[w:Légat_de_légion|''légat de légion'']] servant sous [[w:Jules_César|Jules César]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:102_av._J.-C.|-102]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné, avec son fils, par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']]) [[s:Auteur:Quintus_Tullius_Cicero|<sup>📚</sup>]]'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XLIX.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récits de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance d’olives, en achetant toute la récolte de ''Milet'' avant que les oliviers ne soient en fleurs, et de la première prédiction d’une éclipse solaire sous le règne d’'''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Astyage_back|<sup>🔄</sup>]].</div>
:'''Textes latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XLIX.''' Sed ut, unde huc digressa est, eodem redeat oratio: si nihil queam disputare quam ob rem quidque fiat, et tantum modo fieri ea quae commemoraui doceam, parumne [[w:Épicure|'''Epicuro''']] [[w:Carnéade|'''Carneadiue''']] respondeam? Quid si etiam ratio exstat artificiosae praesensionis facilis, diuinae autem paulo obscurior? Quae enim extis, quae fulgoribus, quae portentis, quae astris praesentiuntur, haec notata sunt obseruatione diuturna; adfert autem uetustas omnibus in rebus longinqua obseruatione incredibilem scientiam; quae potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, cum quid ex quoque eueniat et quid quamque rem significet crebra animaduersione perspectum est. Altera diuinatio est naturalis, ut ante dixi; quae physica disputandi subtditate reuerenda est ad naturam deorum, a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus; cumque omnia completa et referta sint aeterno sensu et mente diuina, necesse est cognatione diuinorum animorum animos humanos commoueri. Sed uigìlantes animi uitae necessitatibus seruiunt diiunguntque se a societate diuina uinclis corporis impediti. (Rarum est quoddam genus eorum qui se a corpore àuocent et ad diuinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur). Horum sunt auguria non diuini impetus, sed rationis humanae; nam et natura futura praesentiunt, ut aquarum eluuiones et deflagrationem futuram aliquando caeli atque terrarum; alii autem in re publica esercitati, ut de [[w:Solon|'''Atheniensi Solone''']] accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt. Quos prudentes possumus dicere, id est prouidentes, diuinos nullo modo possumus, non plus quam '''Milesium Thalem''', qui, ut obiurgatores suos conuinceret ostenderetque etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, ante quam florere coepisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animaduerterat fortasse quadam scientia olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quae [[w:Astyage|'''Astyage''']] regnante facta est, praedixisse fertur.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XLIX.''' Sed unde huc digressa est, eodem redeat oratio. Si nihil queam disputare, quamobrem quidque fiat; et tantummodo, fieri ea, quæ commemoravi, doceam : parumne '''Epicuro Carneadive''' respondeam ? Quid, si etiam ratio exstat artificiosæ præsensionis, facilis ; divinæ autem, paullo obscurior ? Quæ enim extis, quæ fulguribus, quæ portenlis, quæ astris præsentiuntur, hæc notata sunt observatione diuturna. Affert autem vetustas omnibus in rebus longinqua observatione incredibilem scientiam; quæ potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, quum, quid ex quoque eveniat, et quid quamque rem significet, crebra animadversione perspectum est. Altera divinatio est naturalis, ut ante dixi : quæ physica disputandi subtilitate referenda est ad naturam deorum; a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus : quumque omnia completa et referta sint æterno sensu, et mente divina, necesse est cognatione divinorum animorum animos humanos commoveri. Sed vigilantes animi vitæ necessitatibus servinnt, dijunguntque se a societate divina, vinctis corporis impediti. Rarum est quoddam genus eorum, qui se a corpore avocent, et ad divinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur. Horum sunt auguria non divini impetus, sed rationis humanæ. Nam et, natura futura præsentiunt, ut aquarum fluxiones, et deflagrationem futuram aliquando cœli atque terrarum. Alii autem, in republica exercitati, ut de '''Atheniensi Solone''' accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt; quos prudentes possumns dicere, id est, providentes, divinos nullo modo possumus, non plus, quam '''Milesium Thalem''', qui, ut objurgatores suos convinceret, ostenderetque, eliam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientia, olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quæ, '''Astyage''' regnante, facta est, prædixisse fertur.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>] [[s:la:De_divinatione/Liber_I#XLIX|<sup>📜</sup>]], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid;"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''XLIX.''' Je reviens maintenant à mon point de départ : s’il est vrai que je ne puis donner aucune explication plausible des exemples de divination que j’ai rapportés, n’ai-je donc rien répondu à [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure|<span id="Épicure_back"><sup>'''I'''</sup>]] ou à [[w:Carnéade|'''Carnéade''']] [[#Carnéade|<span id="Carnéade_back"><sup>'''II'''</sup>]] en montrant qu’il y a eu bien réellement divination? J’ajouterai que la méthode suivie dans la divination scientifique se justifie aisément, s’il faut reconnaître que la connaissance anticipée de l’avenir quand elle repose sur l’inspiration divine, a quelque chose de plus mystérieux. Quand la prédiction se fait par l’examen des entrailles, des fulgurations, des prodiges, des astres on s’appuie sur de longues observations antérieures. Or en toute matière une expérience ancienne est une garantie d’une valeur inestimable et la connaissance de l’avenir par ces procédés n’implique même aucune action particulière des dieux, aucune impulsion donnée par eux : on sait, pour l’avoir souvent éprouvé, quel événement annonce tel signe déterminé; on sait aussi, quand on attend quelque chose, quel fait précurseur doit en précéder la venue. L’autre sorte de divination est, comme je l’ai déjà dit, naturelle et, suivant les physiciens qui usent pour le montrer d’arguments valables pour les seuls philosophes, elle se rapporte à la nature des dieux : les plus savants et les plus sages des hommes ont montré que nos âmes en sont une émanation, qu’elles ont leur source dans cette nature. La raison éternelle et l’intelligence divine sont partout, rien n’arrive et n’existe que par elles, il faut donc bien qu’en vertu de leur parenté avec l’esprit divin, les âmes humaines participent en quelque manière à ce qui doit arriver et le ressentent. Seulement pendant la veille elles vaquent aux nécessités de la vie et, empêchées qu’elles sont par les liens qui les attachent aux corps se retirent du commerce qu’elles pourraient avoir avec les dieux. Rares sont les hommes qui, rompant avec le corps, n’ont souci que des choses divines et s’appliquent de toute leur ardeur à les connaître. Les prédictions de ceux-là ne sont point l’effet d’un transport divin mais attestent la puissance de la raison humaine; ils prévoient par des moyens naturels certains événements à venir, les inondations, l’embrasement dans un long temps du ciel et des terres. D’autres, vétérans de la politique, sont renseignés sur les destins futurs de l’État, c’est ainsi que [[w:Solon|'''Solon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Solon_back|<sup>🔄</sup>]], d’après ce que nous savons, a vu par avance la [[w:Tyran|''tyrannie'']] se lever sur Athènes. De tels hommes nous pouvons les appeler des calculateurs prudents, c’est-à-dire prévoyants, ce ne sont nullement des devins, non plus que '''Thalès''' de ''Milet'' qui, pour confondre les railleurs et leur montrer qu’un philosophe pouvait, s’il le jugeait bon, gagner de l’argent, avait acheté, dit-on, avant la floraison des oliviers toute la récolte d’huile du territoire ''milésien''. Ses observations lui avaient permis de reconnaître qu’elle serait abondante. C’est le même '''Thalès''' qui passe pour avoir, le premier, prédit une éclipse de soleil, celle qui eut lieu sous le règne d’[[w:Astyage|'''Astyage''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Astyage_back|<sup>🔄</sup>]].</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA trad. par Charles Appuhn de 1936|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Épicure_back|<span id="Épicure"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἐπίκουρος / Epíkouros [[wikt:en:Ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]]; de ἐπίκουρος / epíkouros [[wikt:en:ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]], « aider, assister »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin_back|<sup>⤵️</sup>]] et du courant de pensée [[w:Épicurisme|''épicuriste'']]. Elle a pour objectif principal l’atteinte du bonheur par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires ». En physique, il soutient que la Nature entière est composée de deux choses : les corps et le vide, qu’il appelle le « TOUT ». Dans la continuité de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]], tout en s’en distinguant, il définit que les corps sont soit des atomes insécables, soit des compositions de ces atomes vouées à se dissocier. Ces dernières se forment aléatoirement dans leur course cosmique, par choc, dans une dynamique concentrique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:342_av._J.-C.|-342]]/[[w:341_av._J.-C.|-341]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Samos|''Samos'']] ou à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:271_av._J.-C.|-271]]/[[w:270_av._J.-C.|-270]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA154#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §36 - Épicure de Samos}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Carnéade_back|<span id="Carnéade"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Κᾰρνεᾰ́δης / Karneádēs [[wikt:en:Καρνεάδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe de la [[w:Nouvelle_Académie|Nouvelle Académie]], [[w:Probabilisme_gnoséologique|''probabiliste'']] de la philosophie de la connaissance. Il fut le dixième [[w:Scholarque|''scholarque'']] de l’[[w:Académie_de_Platon|Académie]] en [[w:186_av._J.-C.|-186]] ou en [[w:160_av._J.-C.|-160]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:214_av._J.-C.|-214]]/[[w:213_av._J.-C.|-213]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] — [[w:129_av._J.-C.|-129]]/[[w:128_av._J.-C.|-128]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §42 - Carnéade de Cyrène}}]'''<br/><br /></div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XLIX.''' Mais revenons à l’objet de ce discours. Si, ne pouvant dire pourquoi chacune de ces choses est arrivée, je puis du moins prouver qu’elles sont arrivées , est-ce répondre faiblement à '''Épicure''' et à '''Carnéade''' ? Mais j’ose dire même que, s’il est difficile de rendre compte de la divination naturelle, l’artificielle peut être aisément expliquée. Les prédictions fournies par l’inspection des entrailles, par les foudres, par les prodiges et par les astres, sont fondées sur une longue observation. Or, en toutes choses, le temps et l’étude sont la source des connaissances les plus merveilleuses; on peut les acquérir même sans l’entremise et l’inspiration des dieux, lorsqu’on a observé à plusieurs reprises les effets de chaque chose, et ce qu’elle signifie. La divination naturelle peut, de son côté, par des raisons physiques, être rapportée à la nature des dieux, de laquelle, selon l’opinion des hommes les plus sages et les plus instruits, nos âmes sont émanées, et qui, remplissant tont d’une intelligence éternelle et d’un esprit céleste, doit nécessairement faire sentir quelquefois à l’âme humaine l’influence de cette parenté divine. Mais, pendant la veille, nos âmes sont asservies aux besoins du corps, et se trouvent éloignées, par les liens qui les enchaînent, du commerce de la divinité. Il n’y a qu’un petit nombre de mortels qui, se détachant en quelque sorte de leur corps, s’élèvent de toute la force de leur âme à la connaissance des choses supérieures à l’homme. Le talent qu’ils ont de lire dans l’avenir ne vient point immédiatement des dieux, mais de leur propre raison [[#raison_NdT_J-V_L|<span id="raison_NdT_J-V_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; et c’est la nature même qui leur montre d’avance les déluges, et l’embrasement futur du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des états, prévoient de loin, comme '''Solon''', la naissance de la tyrannie [[#tyrannie_NdT_J-V_L|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Nous pouvons les appeler prudents, c’est-à-dire prévoyants; mais nous ne pouvons non plus leur donner le nom de devins qu’au philosophe '''Thalès''', qui, prévoyant qu’il y aurait une grande abondance d’olives dans le territoire de ''Milet'', et voulant faire voir à ceux qui lui reprochaient son indifférence pour la fortune, qu’il ne tenait qu’à un philosophe de s’enrichir, acheta toute la récolte des oliviers avant qu’ils fussent en fleurs [[#oliviers_NdT_J-V_L|<span id="oliviers_NdT_J-V_L_back"><sup>'''3'''</sup>]]. On dit aussi qu’il prédit le premier une éclipse de soleil, qui eut lieu sous '''Astyage'''. [[#Astyage_NdT_J-V_L|<span id="Astyage_NdT_J-V_L_back"><sup>'''4'''</sup>]]</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''[[#raison_NdT_J-V_L_back|<span id="raison_NdT_J-V_L"><sup>1</sup></span>]] ''Voy.'' [[w:Maxime_de_Tyr|Maxime de Tyr]], ''Dissertat.'' XIX, c. 5, saint Augustin, ''de Divin. dæmon.'', c. 4, etc. ''Davies.''—— [[#tyrannie_NdT_J-V_L_back|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L"><sup>2</sup></span>]] Celle de [[w:Pisistrate|Pisistrate]].—— [[#oliviers_NdT_J-V_L_back|<span id="oliviers_NdT_J-V_L"><sup>3</sup></span>]] ''Voy.'' la ''Politique'' d’Aristote, I, 11, et les auteurs cités par Ménage sur Diogène Laërce, I, 26.—— [[#Astyage_NdT_J-V_L_back|<span id="Astyage_NdT_J-V_L"><sup>4</sup></span>]] Hérodote, I, 74, 103, etc.'''</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Unième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f9.item <u>De Divinatione.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f29.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f135.item ''XLIX''], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem>
<div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XLIX.''' Mais revenons au point même où nous avons commencé à nous écarter de notre sujet. Si, ne pouvant prouver pourquoi ces choses arrivent, je démontre seulement que leur existence est certaine, n’aurai-je pas répondu victorieusement à '''Épicure''' et '''Carnéade''' ? J’ose même dire, tout en avouant que la cause de la divination naturelle est plus obscure, qu’il est facile d’expliquer la divination artificielle. On a noté au moyen d’observations continues ce que présagent les entrailles, les fulgurations, les prodiges et les astres. Toute observation prolongée pendant des siècles arrive à des résultats merveilleux, résultats que l’on peut obtenir sans le secours et l’inspiration des Dieux, si on examine assiduement ce que signifie chaque chose en notant l’événement qui la suit. Vient ensuite la divination naturelle, comme je l’ai dit, qui peut, par des raisons physiques, être rattachée à la nature des Dieux. Et comme, selon l’opinion des hommes les plus savants et les plus sages, nos âmes ne sont qu’une émanation de cette nature divine, et que d’ailleurs tout ici-bas est rempli de cet esprit divin et éternel, il est nécessaire que nous ressentions les effets de cette parenté avec les Dieux. Mais pendant la veille nos âmes, asservies par les nécessités de la vie, s’isolent de cette société divine, enchaînées par des liens matériels. Combien est petit le nombre de ceux qui se séparant, pour ainsi dire, de leurs corps, consacrent tous leurs soins à la connaissance des choses divines ! La science augurale de ceux-là n’est point le résultat d’une inspiration divine, mais un effort de la raison humaine : c’est la nature qui leur dévoile l’avenir, et qui leur fait prévoir les inondations, et les embrasements futurs du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des Etats, pressentent longtemps d’avance, comme l’Athénien '''Solon''', la naissance de la tyrannie. Plaçons ces derniers parmi les hommes prudents, c’est-à-dire prévoyants, mais ne leur donnons point le titre de devins, pas plus qu’à '''Thales''' de ''Milet'' qui, pour réduire au silence ses détracteurs, et leur prouver que, quoique philosophe, il pourrait s’enrichir si cela lui plaisait, acheta toute la récolte des oliviers du territoire de ''Milet'' avant qu’ils fussent en fleurs. Grâce à ses connaissances, il avait sans doute prévu qu’il y aurait abondance d’olives. On rapporte aussi qu’il annonça le premier l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’ '''Astyage'''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
=== [[w:De_natura_deorum|De Natura Deorum]] [[#De_natura_deorum|<span id="De_natura_deorum_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<p style="text-align: left;">[[s:De_la_Nature_des_Dieux/Table|📚]]
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité philosophique, écrit en [[w:45_av._J.-C.|-45]] et dédié à [[w:Marcus_Junius_Brutus|'''Brutus''']] [[#Brutus|<span id="Brutus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], un ami de '''Cicéron''', qui présente et oppose les visions théologiques des différents courants philosophiques grecs présents à ''Rome'' : le [[w:Stoïcisme|''stoïcisme'']], l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] et l’[[w:Nouvelle_Académie|''académisme sceptique'']], en trois livres.</div>
<span id="Jules_César_back"></span>{{Boîte déroulante début|titre=NdA De Natura Deorum|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#De_natura_deorum_back|<span id="De_natura_deorum"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun [[wikt:natura#Latin|natura]] + [[w:Génitif#En_latin|géntif]] pluriel du nom commun [[wikt:deus#Latin|deus]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Brutus_back|<span id="Brutus"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif latin brūtus [[wikt:en:brutus#Latin|(en)]], « 1. Lourd, encombrant. 2. Terne, stupide, insensible, déraisonnable, irrationnel. »; emprunt à l’[[w:Osque|''osque'']];<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;"> [[w:Sénat_de_la_République_romaine|Sénateur romain]], juriste et philosophe de la fin de la [[w:République_romaine|République romaine]], fils de [[w:Servilia_Caepionis|Servilia]], la maîtresse de [[w:Jules_César|Jules César]] [[#Jules_César|<sup>III</sup>]], et de ce dernier, à qui il porta le dernier coup en le [[w:Assassinat_de_Jules_César|poignardant le 15 mars -44]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:85_av._J.-C.|-85]], à [[w:Rome|''Rome'']] — [[w:42_av._J.-C.|23 octobre 42]], mort par suicide à la suite de sa défaite contre [[w:Marc_Antoine|Marc Antoine]], poursuivi pour l’assassinat de son frère, [[w:Caius_Antonius|Caius Antonius]] (représaille de la mort de Cicéron), et de son père, Jules César, à [[w:Philippes|''Philippes'']]) [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="Jules_César"><sup>III</sup></span>'''[[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Julius|nomen, nom de famille}} {{Info|Caesar|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;">Général, homme d’État et écrivain ''romain'''''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== <span id="Cic_de_Nat_Deor_LibI">Livre I</span> [[w:en:De_Natura_Deorum#Book_1|(en)]] ====
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' est invité chez [[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] [[#Cotta|<span id="Cotta_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], un [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']] <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''XXII.]</sup>, où il retrouve '''C. Velléius''', un ''épicurien'', et '''Q. Lucilius Balbus''' [[w:en:Quintus_Lucilius_Balbus|(en)]], un partisan des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VI.]</sup>. '''Cotta''' lui-même est un [[w:Nouvelle_Académie|''académicien sceptique'']], et il informe '''Cicéron''' qu’ils discouraient sur la nature des dieux. <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VII.]</sup> Velleius avait exposé les sentiments d’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] sur le sujet, et est invité à poursuivre ses arguments après avoir récapitulé ce qu’il avait déjà dit. Son discours se compose de trois parties : une attaque générale contre la cosmologie ''platonicienne'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]] et ''stoïcienne'' ; une revue historique des premiers philosophes; et une exposition de théologie ''épicurienne''. Le but est pour Velleius de montrer que l’idée ''épicurienne'' de Dieu comme un être parfaitement heureux, éternel, doué de raison et sous forme humaine, est la seule tenable, et les autres opinions divergentes sont considérées comme la preuve de leur inutilité. Dans la suite du livre, '''Cotta''' attaque les positions de '''Velleius''' en ce qui concerne la forme des dieux, et leur exemption de la création et de la providence.</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Livre I|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Cotta_back|<span id="Cotta"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] Caius [[wikt:en:Caius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[w:Aurelii|Aurelius]] [[wikt:en:Aurelius#Latin|(en)]]; du nom commun aurum [[wikt:en:aurum#Latin|(en)]], « 1. Or (sous forme de minéral ou de métal). 2. Couleur or. 3. Tout objet en or, comme une pièce d’or ou une bague en or. 4. Lustre. 5. Un âge d’or. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] Cotta [[wikt:en:Cotta#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]], orateur, [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']], et académicien sceptique, oncle de [[w:Jules_César|Jules César]] par la mère de celui-ci, sa sœur, [[w:Aurelia_Cotta|Aurelia]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:124_av._J.-C.|-124]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de naissance indéterminé'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:74_av._J.-C.|-74]]/[[w:73_av._J.-C.|-73]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')'''<br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
===== <div style="text-align: center;">Chapitre X.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage par '''C. Velléius''' d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses, dont la nature des dieux est l’intelligence qui façonne ces choses à partir de l’eau.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''X.''' Qui verò mundum ipsum animantem, sapientemque esse dixerunt, nullo modo viderunt animi naturam, intelligentes in quam figuram cadere posset : de quo dicam equidem paulò pòst. Nunc autem hactenus admirabor eorum tarditatem, qui animantem, immortalem, et eumdem beatum, rotundum esse velint, quòd eâ formâ ullam neget esse pulchriorem '''Plato'''. At mihi vel cylindri, vel quadrati, vel coni, vel pyramidis videtur esse formosior. Quæ verò tribuitur vita isti rotundo Deo # nempe ut eâ celeritate contorqueatur, cui par nulla ne cogitari quidem possit. In qua non video, ubinam mens constans, et vita beata possit insistere : quòdque in nostro corpore si minima ex parte significetur, molestum sit ; cur hoc idem non habeatur molestum in Deo ? Terra enim profectò, quoniam pars mundi est, pars est etiam Dei. Atqui terræ maximas regiones, inhabitabiles, atque incultas videmus, quòd pars earum appulsu solis exarserit, pars obriguerit nive, pruinâque, longinquo solis abscessu : quæ, si mundus est Deus, quoniam partes mundi sunt, Dei membra partim ardentia, partim refrigerata dicenda sunt. Atque hæc quidem vestra, '''Lucili''' : qualia verò alia sint, ab ultimo repetam superiorum. '''Thales''' enim ''Milesius'', qui primus de talibus rebus quæsivit, aquam dixit esse initium rerum : Deum autem, eam mentem, quæ ex aquâ cuncta fingeret. Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ? '''Anaximandri''' autem opinio est, nativos esse Deos, longis intervallis orientes, occidentesque, eosque innumerabiles esse mundos, Sed nos Deum, nisi sempiternum intelligere qui possumus ? Pòst '''Anaximenes''', aëra Deum statuit, eumque gigni, esseque immensum, et infinitum, et semper in motu : quasi aut aër sine ulla forma Deus esse possit ; cùm præsettim Deum non modò aliquâ, sed pulcherrimâ specie esse deceat : aut non omne, quod ortum sit, mortalitas consequatur.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n161/mode/2up ''X.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA26#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''X.''' Pour ceux qui, dans leurs discours, ont doté le monde d’une âme raisonnable, ils ignorent de la façon la plus complète en quelle figure d’être vivant la pensée active peut se rencontrer; j’y reviendrai un peu plus tard. Pour le moment je me bornerai à dire l’étonnement que me cause la lourdeur d’esprit de ces gens : ils veulent qu’un être animé soit impérissable, jouisse d’une félicité parfaite et en même temps affecte la figure d’une sphère parce que, suivant '''Platon''', c’est la plus belle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et si, pour moi celle du cylindre, du carré, du cône, de la pyramide a plus de beauté? Quelle vie d’ailleurs accordez-vous à votre dieu sphérique? Vous voulez qu’il se meuve avec une vitesse telle qu’on n’en peut imaginer une égale. Je ne vois pas où une âme ferme et jouissant d’un parfait bonheur pourrait trouver place dans un monde ainsi lancé à travers l’espace. Si, dans une partie, même la plus petite de notre corps, la morsure du froid ou celle du feu se faisait sentir, ce serait pour nous pénible, pourquoi ne le serait-ce pas pour un dieu?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Or la terre, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie du dieu et de très grandes régions terrestres sont, nous le voyons, inhabitables et incultes, les unes parce qu’un soleil trop ardent les brûle, les autres parce que, trop éloignées du soleil, elles sont couvertes de neige et engourdies par le froid. Il faudra donc dire, puisqu’elles appartiennent au monde, que le dieu souffre dans une partie de son corps d’un excès de chaleur, est glacé dans une autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Telles sont en gros, '''Lucilius''', les opinions qui ont cours dans ta secte, quant au reste je le dirai en remontant d’abord au premier en date des anciens philosophes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', qui ouvre la marche dans les recherches de cette nature, fit de l’eau le principe de toutes choses, son dieu était l’intelligence qui de cet élément les façonne. Si l’on admet l’existence de dieux n’ayant ni âme, ni sentiment, à quoi bon adjoindre à l’eau un esprit et si l’esprit peut exister seul en l’absence de tout corps, pourquoi faut-il lui adjoindre l’eau?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> L’opinion d’[[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre|<span id="Anaximandre_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] est que les dieux naissent, viennent au monde à de longs intervalles, puis qu’ils meurent et que ce sont des mondes innombrables. Mais comment concevoir un dieu qui ne soit pas éternel? Après lui [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène|<span id="Anaximène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] décida que l’air est Dieu, qu’il est engendré, qu’il est sans nombre et sans limite, toujours en mouvement, comme si, dépourvu de toute figure, l’air pouvait être un dieu, supposition d’autant moins admissible qu’un dieu doit avoir une figure très belle et que, de toute chose engendrée, il faut dire qu’elle est mortelle.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''X.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Anaximandre_back|<span id="Anaximandre"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀναξῐ́μᾰνδρος / Anaxímandros [[wikt:en:Ἀναξίμανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun μᾰ́νδρᾱ / mándrā [[wikt:en:μάνδρα#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Espace clos. 2. Bergerie, enclos, grange ou écurie pour bovins ou parfois chevaux. 3. (au sens figuré) [[w:Joaillerie#Sertissage|''serti'']] d’une bague représentant des bœufs. 4. Carré sur un damier. 5. Cloître, monastère. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] ''présocratique'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Présocratique_back|<sup>🔄</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est souvent présenté comme le disciple de Thalès, et serait le premier grec à avoir écrit en prose, dont il ne reste qu’un seul fragment. Les connaissances à son sujet sont plutôt limitées :<br />• Il a posé un principe originel, qu’il appelle l’[[w:Apeiron|''Apeiron'']] ([[wikt:ἄπειρος#Grec_ancien|ἀπειρον / ápeiron]]) : l’illimité ou l’indéterminé. Cet ''Apeiron'' est présenté comme un être divin qui « gouverne » tout : il n’a aucune caractéristique, mais est capable de générer des opposés, comme le chaud et le froid, qui contribuent alors à la formation de multiples mondes, non éternels et qui reviennent à l’''Apeiron'' en périssant.<br />• Ses théories astronomiques ont été plus transmises :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Les astres ressemblent à des roues au travers des orifices desquelles la lumières est perçues ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o La terre est cylindrique, et se maintient immobile parce qu’en équilibre ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Il a expliqué les causes des phénomènes météorologiques par des mouvements d’air, l’origine de la mer et des animaux par une humidité primordiale, asséchée par le soleil.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Comme pour Thalès, un certain nombre d’inventions on été attribuées à Anaximandre, comme :<br />• Le gnomon permettant la mesure des solstices et des équinoxes,<br />• Une sphère représentant les astres<br />• La première carte du monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Selon Mathilde Brémond, ses explications des phénomènes naturels et de l’origine de mondes sont déjà les caractéristiques de la démarche présocratique, ce qui paraît plus légitime d’en faire le premier philosophe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:610_av._J.-C.|-610]]/[[w:609_av._J.-C.|-609]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:547_av._J.-C.|-547]]/[[w:546_av._J.-C.|-546]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA192#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §165 - Anaximandre de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA759#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §170 - Anaximandre}}] [https://odysseum.eduscol.education.fr/anaximandre-philosophe-grec-pre-socratique-et-astronome {{Info|<sup>ODYSSEUM</sup>|Anaximandre, philosophe grec pré-socratique et astronome, article de l’Odysseum, site des ressources des langues, cultures et civilisations de l’Antiquité du Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Anaximène_back|<span id="Anaximène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξιμένης / Anaximénēs [[wikt:en:Ἀναξιμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun μένος / ménos [[wikt:en:μένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''présocratique'', considéré par la tradition ancienne comme le disciple d’Anaximandre [[#Anaximandre|<sup>I</sup>]], et le maître d’Anaxagore [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaxagore_back|<sup>🔄</sup>]] et de [[w:Diogène_d'Apollonie|Diogène d’Apollonie]] [[#Diogène_d'Apollonie|<span id="Diogène_d'Apollonie_back"><sup>III</sup></span>]]. Aristote rapporte que Anaximène considère : <br />• L’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Diogène) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>], <br />• La terre de forme plate reposant comme un couvercle sur de l’air (de même pour Anaxagore et [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]]) [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm <sup>Traité du Ciel, liv.II, chap.XIII, §§10-11</sup>], <br />• Et les tremblements de terre causés par la chute de fragments de montagnes brisées lors de leur imbibation et desséchement [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie2.htm#76 <sup>Météorologie, liv. II, chap.VII, §6</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA195#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §168 - Anaximène de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA761#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §168 - Anaximène}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>ENCYCLO-PHILO</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Diogène_d'Apollonie_back|<span id="Diogène_d'Apollonie"><sup>III</sup></span>]] Du [[w:Nom_théophore|''nom théophore'']] grec ancien Δῐογένης / Diogénēs [[wikt:en:Διογένης#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif diogenḗs / diogenḗs [[wikt:en:διογενής#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « né de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Διός / Diós, [[w:Génitif|''génitif'']] singulier de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -γενης / -genḗs, né en un certain lieu ou dans une certaine condition;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe considéré comme le dernier ''présocratique'' (en excluant les sophistes), dont ses études de mécanismes de la nature sont rapportées par Aristote : <br />• Sa description très complète et très précise de l’organisation des veines dans le corps humain [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux3.htm#II <sup>Histoires des Animaux, liv.I, chap.II, §§5-11</sup>];<br />• Ses explications du mécanisme de respiration des poissons : lorsque « les poissons rejettent l’eau par les branchies, ils tirent de l’air de l’eau qui entoure leur bouche, au moyen du vide qui se fait dans leur bouche à ce moment ; et par là, Diogène suppose qu’il y a de l’air dans l’eau »; et de la raison de leur mort à l’air libre : « la cause qu’en allègue Diogène est tout à fait naïve : il prétend que dans l’air ils prennent trop d’air, tandis qu’ils n’en ont dans l’eau que ce qu’il leur en faut » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/respiration.htm <sup>Traité de la respiration, liv.I, chap.II, §§1-4 ; chap.III, §5</sup>];<br />• Son explication que les actions et souffrances ne peuvent intérargir entre elles mais avec un seul et unique sujet : « dans les corps où il peut y avoir action et souffrance, il faut nécessairement qu’il y ait une seule nature sujette à ces deux phénomènes », car sinon « le chaud ne pourrait pas se refroidir, ni le froid s’échauffer de nouveau. Ce n’est pas, disait-il, la chaleur et le froid qui se changent l’un dans l’autre ; mais évidemment c’est le sujet qui subit le changement » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/corruption1.htm#63 <sup>De la production et de la destruction des choses, liv.I, chap.VI, §3</sup>];<br />• Sa définition de l’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Anaximène [[#Anaximène|<sup>II</sup>]]) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#215 <sup>Traité de l’âme, liv.I, chap.II, §15</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], localisation de l’[[w:Apollonie|Apollonie]] indéterminée) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA801#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §139 - Diogène d’Apollonie}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>ENCYCLO-PHILO</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''X.''' Ceux qui ont prétendu que le monde est animé et intelligent n’ont jamais poussé l’examen de la nature de l’âme jusqu’à comprendre quelle pouvait être sa forme, question dont je parlerai tout-à-l’heure. Dans le moment, j’exprimerai ma surprise sur l’incapacité de ceux qui veulent que le monde soit animé, immortel, heureux, et surtout rond, par la raison que '''Platon''' considère cette forme comme la plus belle. Je dirai que, pour moi, celles du cylindre, du carré, du cône et de la pyramide me paraissent plus agréables. Mais que votre dieu soit rond, quelle activité lui attribue-t-on ? Qu’il se tourne avec une rapidité à laquelle rien ne saurait se comparer ? c’est précisément à cause de cela que je ne comprends pas que sa vie puisse avoir l’égalité et le bonheur du sage. D’ailleurs, ce qui est si pénible pour notre corps, comment ne le serait-il pas pour un dieu ? Il y a plus; la terre, certes, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie de dieu. Or, nous voyons incultes et inhabitables les plus grandes régions de la terre, le soleil ayant brûlé les unes, la neige, les brumes et l’absence de la chaleur ayant glacé les autres. Si donc le monde est dieu, il faut admettre qu’une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent [[#monde_divin_Platon_NdT_Matter|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telles sont vos opinions, cher '''Balbus'''; voyons maintenant celles des anciens, en commençant par le plus éloigné d’entre eux. J’entends d’abord '''Thalès''', le premier qui ait agité ces questions. Il prétend que l’eau est le principe des choses, et que Dieu est cette puissance [[#mens_force_NdT_Matter|<span id="mens_force_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] qui a tout formé de l’eau. Mais si les dieux peuvent exister sans les sens et sans le mouvement, et que cette puissance puisse se maintenir sans corps, pourquoi '''Thalès''' l’a-t-il jointe à l’eau ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les dieux naissent, qu’ils prennent leur origine à longs intervalles, qu’ils meurent de même, et que ce sont des mondes innombrables. Cependant, quant à nous, nous ne saurions comprendre Dieu autrement qu’éternel.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Après ce philosophe, '''Anaximène''' enseigna que l’air était dieu, qu’il naissait, qu’il était immense, infini et toujours actif. Mais comment l’air, qui n’a aucune forme, peut-il être dieu, surtout quand on considère que non seulement Dieu doit en avoir une, mais encore la plus belle ? D’ailleurs, tout ce qui naît est périssable [[#Anaximène_NdT_Matter|<span id="Anaximène_NdT_Matter_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]].</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#monde_divin_Platon_NdT_Matter_back|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''Une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent''. Il est, sans doute, inutile de faire remarquer que ce sont là de froides plaisanteries. Si Platon qualifie le monde de ''divin'', il le distingue néanmoins de Dieu, son auteur.'''</td>
</tr>
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#mens_force_NdT_Matter_back|<span id="mens_force_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Dieu est cette puissance.'' Le texte porte ''mens'' ; mais ce n’est pas dans le sens d’intelligence, c’est dans celui de ''force'', de ''cause motrice'', qu’il faut prendre ce terme. ''Voyez'' [[w:Friedrich_Gedike|GEDICKE]], ''Hist. philosoph. Ciceron.'', p. 40; cf. ''Æneidos'' lib. VI, v.727.'''</td>
</tr>
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#Anaximène_NdT_Matter_back|<span id="Anaximène_NdT_Matter"><sup>3</sup></span>]] ''Tout ce qui naît est périssable.'' Velleius est ici dans l’erreur ou commet une erreur, suivant l’habitude des épicuriens. Anaximène enseignait que ''l’air avait toujours été''.'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA27#v=onepage&q&f=true ''X.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA129#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Ceux qui ont prétendu que le Monde avoit une âme, et qu’il étoit intelligent, n’ont point compris dans quelle forme l’âme peut subsister. Mais avant que de m’expliquer là-dessus, il me suffira ici de remarquer combien peu [[#épicurien_NdT_P-J_TdO|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] d’esprit il faut avoir pour dire que le Monde est animé, immortel, souverainement heureux, et qu’en même temps il est rond.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Pourquoi rond ? Parce que la figure ronde, suivant '''Platon''', est la plus belle de toutes. Mais je trouve, moi, plus de beauté dans le cylindre, dans le quarré, dans le cône, dans la pyramide.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et ce Dieu rond, à quoi l’occupez-vous ? à se mouvoir d’une si grande vîtesse, que l’imagination même ne sauroit y atteindre. Or je ne vois pas, qu’étant agité de la sorte, il puisse être heureux, et avoir l’esprit tranquille. Qui nous feroit ici tourner sans relâche, ne fît-on même tourner que la moindre partie de notre corps, nous serions mal à notre aise. Pourquoi un Dieu s’en trouveroit-il mieux que nous ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De plus, si la terre est une portion du Monde, c’est par conséquent une portion de Dieu. Or il y a de vastes régions, qui ne sont ni habitées, ni cultivées : les unes, parce qu’étant trop près du Soleil, on y meurt de chaud ; les autres, parce que l’éloignement de cet astre les glace. Si donc le Monde est Dieu, il faut, puisque ces régions font partie du monde, convenir que Dieu brûle d’un côté, tandis qu’il est gelé de l’autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Voilà, '''Balbus''', les sentimens de votre secte. Rapportons ceux des autres Philosophes, en commençant par le plus ancien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', le premier qui ait examiné ces questions, a dit [[#Thalès_NdT_P-J_TdO|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette intelligence, par qui tout [[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] est formé de l’Eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre, supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les Dieux reçoivent l’être, qu’il naissent et meurent de loin à loin, et que ce sont des mondes innombrables. Mais peut-on admettre un Dieu, qui ne soit pas éternel ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximène''' prétend que l’air est Dieu, qu’il est produit, qu’il est immense et infini, qu’il est toujours en mouvement. Mais l’Air n’ayant point de forme, comment pourroit-il être Dieu, puisque Dieu en doit avoir une, et même une très-belle ? Outre cela, dire qu’il a été produit, n’est-ce pas dire qu’il est périssable ?</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#épicurien_NdT_P-J_TdO_back|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] A ces expressions impertinentes, il est aisé d’observer l’art de Cicéron, qui fait parler un ''Epicurien'' comme parlent encore ceux de son espèce. Beaucoup de hauteur dans les manières, nulle profondeur, nulle suite dans les raisonnemens, termes vagues, phrases entortillées.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Thalès_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] Les éclaircissements qu’il faudroit ici pour expliquer l’opinion de Thalès, et celles de plusieurs autres, se trouveront à la fin de ce volume, sous le titre de [[#Remarques_NdT_P-J_TdO|<span id="Remarques_NdT_P-J_TdO_back">''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''</span>]].'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Il y a dans le Texte, ''Deus autem, eam mentem, quæ ex aqua cuncta fingeret.'' Sur quoi Gassendi, ''Phys. sect. 1. lib. 4. cap. 2.'' fait cette remarque : ''Cùm dicit FINGERET, non FINXERIT, planum facit placuisse illi eamdem adhuc causam penetrare in omnia, omniaque adhuc efficere.'''''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Plutarque_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] Plutarque, ''De plac. Philos, lib. I, cap. 3'', où il ne fait que copier Aristote, ''Metaphys. lib. I, cap. 3'', dit que Thalès fondoit son opinion sur ces trois raisons. C’est, dit-il, que « premièrement la se-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» mence est le principe de tous les ani-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» maux, laquelle semence est humide, ainsi<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» est-il vrai-semblable que toutes autres<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» choses aussi ont leur principe d’humidité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» Secondement, que toutes sortes de plantes<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» sont nourries d’humeur, et fructifient par<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» humeur, et quand elles en ont faute, elles<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» se dessèchent. Troisièmement, que le feu<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» du Soleil même et des astres se nourrit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» et entretient des vapeurs procédantes des<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» eaux, et par conséquent aussi tout le<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» monde. ''Traduct. d’Amyot.'''''
</td>
</tr>
</table>
<div id="Remarques_NdT_P-J_TdO">{{Boîte déroulante début|titre=''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''<br/>'''Thalès''' de Milet, le premier qui ait examiné ces questions, a dit que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette Intelligence, par qui tout est formé de l’eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre ; supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quand on dit que '''Thalès''' fut le premier qui examina ces sortes de matières, on veut seulement dire qu’il fut le premier des Grecs, qui s’y appliqua en Physicien. Avant lui, déjà les Poètes avoient conté à leur manière l’origine du monde. '''Arisrote''' (''Lib. I. Metaphys. cap. 3.'') prétend même, que l’opinion de Thalès pouvoit avoir été celle des premiers Théologiens, c’est-à-dire, des plus anciens Poètes ; et l’on cite là-dessus un endroit (De l’Iliade, liv. XIV, vers 246.) d’'''Homère''' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Homère_back|<sup>🔄</sup>]], qui paroît y avoir beaucoup de rapport.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quoi qu’il en soit, l’opinion de '''Thalès''', ainsi que '''Cicéron''' l’a expliquée, renferme deux propositions. L’une, ''Que l’eau est le principe de toutes choses.'' L’autre, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la première, tous les Auteurs la rapportent dans les mêmes termes ; et Plutarque insinue (''De Iside et Osiride.'') qu’ '''Homère''' et '''Thalès''' avoient pris cette opinion des Egyptiens. En effet, comme les Egyptiens voyoient que c’est le Nil qui cause la fertilité de leurs terres, ils pouvoient s’imaginer très-aisément et très-naturellement, que l’eau est le principe de toutes choses. Je suis fort trompé, si cette raison n’est préférée aux trois autres, que '''Plutarque''' [[#Plutarque_NdT_P-J_TdO|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO_back"><sup>4</sup></span>]] a copiées d’ '''Aristote'''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la seconde proposition, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau'', tous les autres ne disent pas, du moins en termes formels, que '''Thalès''' l’ait enseignée.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Un Critique (Bayle, dans son Dictionnaire, à l’arcle ''Thalès'', Remarque C ; et à l’article ''Anaxagoras'', remarque D.) voudroit inférer de-là, que Cicéron, lorsqu’il a dit que '''Thalès''' fit présider un principe intelligent à la formation de l’Univers, s’étoit trompé. Ou que si telle avoit été l’opinion de '''Thalès''', '''Cicéron''' étoit par conséquent tombé dans une contradiction visible ; puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui donna l’arrangement de la matière à une intelligence.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Voyons donc premièrement, si l’on doit soupçonner '''Cicéron''' de se tromper, lorsqu’il dit que '''Thalès''' reconnoissoit un principe intelligent. Je pourrois répondre d’abord, que son autorité devroit elle seule tenir contre le silence des autres écrivains. Quand nous avons un bon argument positif sur un fait semblable, on n’est plus reçu à employer le négatif. Mais une autre réponse, à laquelle je n’en vois point, c’est qu’il est faux que tous les autres écrivains se taisent là-dessus.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> '''Aristote''' (''De Anima, lib. I, cap. 5.'') nous dit, que les Philosophes tenoient qu’il y a une intelligence répandue dans tout l’Univers ; et que c’étoit peut-être ce qui avoit persuadé à '''Thalès''', que tout étoit plein de Dieux. '''Plutarque''' (''De plac. Philos. lib. I, cap. 7.'') nous dit, que Dieu est l’ame du monde, suivant '''Thalès'''. On voit dans l’Historien des Philosophes, que '''Thalès''' croyoit (Τὸν ϰοσμὸν ἐμψυϰὸν. Laërt. I, 27 et 35.) le monde ''animé'' : qu’il disoit que Dieu est ce qu’il y a de plus ancien, parce qu’il est improduit ; et que le monde est ce qu’il y a de plus beau, parce que c’est l’ouvrage de Dieu.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Toutes ces autorités qui n’étoient pas inconnues à M. Bayle, puisqu’il les rapporte lui-même, confirment parfaitement celle de '''Cicéron''', si l’on veut les prendre dans leur sens naturel. Et pourquoi leur donner un sens forcé, à moins qu’on ne se fasse un plaisir secret d’augmenter le nombre des Matérialistes ? Par ce mot nous entendons des Philosophes, qui donnent la formation de l’Univers à la matière toute pure, sans le concours d’une cause intelligente.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Mais, ajoûte M. Bayle, s’il étoit vrai que '''Thalès''' eût reconnu le concours d’une intelligence dans la formation de l’Univers, il s’ensuivroit que '''Cicéron''' s’est contredit visiblement, puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui attribua le mouvement et l’arrangement de l’Univers à un esprit infini.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Point du tout ; il n’y a pas ombre de contradiction. '''Thalès''', selon les passages que je viens de citer, vouloit parler d’une intelligence, qui ne faisant qu’un avec la matière, dirigeoit ses opérations ; comme on diroit que l’âme, qui jointe au corps ne fait qu’un même homme, dirige les actions de l’homme. Mais '''Anaxagore''' l’entendoit d’une intelligence absolument distincte et séparée de la matière, comme on le verra ci-dessous. Ainsi, celui-là trouvoit dans un même Tout la cause matérielle, et la cause efficiente, au lieu que celui-ci les divisoit réellement. Ce sont deux opinions toutes différentes, dont la première ayant été d’abord enseignée par '''Thalès''', et la seconde par '''Anaxagore''', '''Cicéron''' a eu raison de les reconnoître pour auteurs, celui-ci d’un système, celui-là d’un autre.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Il ne reste plus qu’à développer la dernière (''Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ?'' De nat. Deor. I, 10.) phrase de '''Cicéron''', qui contient la réfutation de '''Thalès'''. Elle paroît un peu tronquée. On devine cependant la pensée de '''Velléius'''. Il prétend, que '''Thalès''' a tort de joindre ensemble la Matière et l’Intelligence, si elles n’ont pas une liaison nécessaire. Or, dit-il, elles n’ont pas une liaison nécessaire : supposé premièrement, que les Dieux, c’est-à-dire, les principes, ou la matière de tout ce qui existe, puissent être sans intelligence, comme '''Epicure''' l’a cru des atômes, ''si Dii possunt esse sine sensu et mente'' : supposé en second lieu, que l’intelligence puisse subsister elle-même sans corps, comme '''Anaxagore''' le croyoit, ''si ipsa mens constare potest vacans corpore''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Remarquons que Velléius raisonne hypothétiquement : ainsi, quoiqu’il ne crût pas qu’une intelligence pût être sans corps, il lui étoit permis d’en faire une objection.<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}</div>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n59/mode/2up ''X.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n215/mode/2up <sup>REMARQUES</sup>], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n93/mode/2up là encore])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br />
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXIII.</div> =====
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">[[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] reprend ici l’argument de '''C. Velléius''', selon lequel '''Thalès''' de ''Milet'' semble être le plus ancien philosophe à s’être questionné sur la forme des Dieux.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXIII.''' Etenim enumerasti memoriter , et copiosè (ut mihi quidem admirari liberet , in homine esse ''Romano'' tantam scientiam) usque a '''Thale Milesio''' de natura Deorum philosophorum sententias. Omnesne tibi illi delirare visi sunt , qui sine manibus et pedibus constare Deum posse decreverunt ? Ne hoc quidem vos movet , considerantes, quæ sit utilitas, quæque opportunitas in homine membrorum , ut judicetis , membris humanis Deos non egere ? Quid enim pedibus opus est sine ingressu ? Quid manibus , si nihil comprehendendum ? quid reliquâ descriptione omnium corporis partium , in qua nihil inane , nihil sine causa , nihil supervacaneum est ? Itaque nulla ars imitari solertiam naturæ potest. Habebit igitur linguam Deus , et non loquetur : dentes , palatum, fauces, nullum ad usum : quæque procreationis causâ natura corpori affinxit , ea frusta habebit Deus : nec externa magis , quàm interiora , cor , pulmones , jecur , cetera ; quæ , detractâ utilitate , quid habent venustatis ? quandoquidem hæc esse in Deo propter pulchritudinem vultis. Istisne fidentes somniis non modò '''Epicurus''' , et '''Metrodorus''' , et '''Hermachus''' contra '''Pythagoram''' , '''Empedoclemque''' dixerunt , sed meretricula etiam '''Leontium''' contra '''Theophrastum''' scribere ausa sit : scito illa quidem sermone , et '''Attico''' : sed tamen. Tantum '''Epicuri''' hortus habuit licentiæ ! Et soletis queris. '''Zeno''' quidem etiam litigabat. Quid dicam '''Albutium''' ? Nam '''Phædro''' nihil elegantius , nihil humanius : sed stomachabatur senex , si quid asperius dixeram. Cùm '''Epicurus''' contumeliosissimè '''Aristotelem''' vexaverit : '''Phædoni''' '''Socratico''' turpissimè maledixerit : '''Metrodori''' , sodalis sui , fratem , '''Timocratem''' , quia nescio quid in philosophia dissentiret , totis voluminibus conciderit : in Democritum ipsum , quem secutus est , fuerit ingratus : '''Nausiphanem''' , magistrum suum , a quo nihil didicerat , tam malè acceperit.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n192/mode/1up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA92#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]])
</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXIII.''' Tu as, parlant d’abondance et faisant preuve d’une mémoire remarquable, passé en revue les opinions de tous les philosophes, depuis '''Thalès''' de ''Milet'', sur la nature des dieux, et certes je ne demanderais pas mieux que d’admirer un ''Romain'' qui en sait si long.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Tous ceux qui ont admis qu’un dieu existât sans avoir ni mains ni pieds t’ont paru délirer? Ne tient-on donc aucun compte, dans ta secte, de l’utilité par laquelle se justifie dans l’homme la présence de chacun de ses membres, ce qui pourrait vous amener à comprendre que les dieux n’en ont pas besoin? À quoi bon des pieds si l’on n’a pas à marcher? des mains si l’on n’a rien à saisir? Et j’en dirai autant des autres parties entrant dans la structure du corps où il ne peut rien y avoir qui soit en vain, sans raison d’être, superflu. C’est cela qui fait la supériorité de la nature sur l’art humain quelque habile qu’on veuille le supposer. Un dieu aura donc, selon vous, une langue bien qu’il ne parle pas, des dents, un palais, un gosier qui ne serviront à rien, et tous les organes que la nature a fabriqués en vue de la reproduction, un dieu les possédera sans en faire aucun usage? Le raisonnement s’applique tout aussi bien aux organes internes qu’aux externes : en quoi le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils contribuer à la beauté d’un être si l’on supprime la fonction utile qu’ils remplissent?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et cependant c’est pour qu’il soit beau que vous voulez en doter, votre dieu. C’est en s’appuyant sur de pareilles rêveries qu’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Métrodore_de_Lampsaque_(le_Jeune)|'''Métrodore''']] [[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], [[w:Hermarque_de_Mytilène|'''Hermarque''']] [[#Hermarque_de_Mytilène|<span id="Hermarque_de_Mytilène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] ont dressé un réquisitoire contre [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pythagore_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Empédocle_back|<sup>🔄</sup>]]; bien mieux que [[w:Léontion|'''Léontium''']] [[#Léontion|<span id="Léontion_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]], une femme galante, n’a pas craint d’attaquer [[w:Théophraste|'''Théophraste''']] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]] dans un écrit de forme élégante, attique, c’est vrai, mais l’audace en est-elle moins choquante? Ce sont les habitués du [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']] [[#école_Jardin|<span id="école_Jardin_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1021#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le “Jardin” (Κῆπος) d’Épicure}}] d’'''Épicure''' qui seuls ont pris tant de liberté. Et encore vous vous plaignez. [[w:Zénon_de_Kition|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]] était d’humeur querelleuse.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Que dire d’[[w:Titus_Albucius|'''Albucius''']] [[#Albucius|<span id="Albucius_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]? Quant à [[w:Phèdre_(philosophe)|'''Phèdre''']] [[#Phèdre|<span id="Phèdre_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], le plus courtois, le plus aimable des vieillards, il se mettait en colère dès qu’il m’arrivait de montrer un peu de vivacité dans la discussion, alors qu’ '''Épicure''' a invectivé contre [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Aristote_back|<sup>🔄</sup>]], a calomnié [[w:Phédon_d%27Élis|'''Phédon''']] [[#Phédon|<span id="Phédon_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]] le disciple de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Socrate_back|<sup>🔄</sup>]], a en plusieurs volumes tenté d’écraser '''Timocrate''', le frère de son grand ami '''Métrodore''', parce qu’il y avait entre eux quelque insignifiant désaccord philosophique, s’est montré ingrat envers [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite|<span id="Démocrite_back"><sup>'''XIII'''</sup></span>]] même auquel il devait beaucoup, a médit de [[w:Nausiphane|'''Nausiphanès''']] [[#Nausiphanès|<span id="Nausiphanès_back"><sup>'''XIV'''</sup></span>]] son maître, dont il avait bien reçu quelque enseignement.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''XXXIII.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μητρόδωρος / Mētródōros [[wikt:en:Μητρόδωρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Mère. 2. Source ou origine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec originaire de [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']] [[#Lampsaque|<span id="Lampsaque_back"><sup>II</sup></span>]] en ''Asie Mineure'', très lié à Épicure [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], et appartenant à son [[w:Épicurisme|''école'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:321_av._J.-C.|-321]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Lampsaque'' — [[w:277_av._J.-C.|-277]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lampsaque_back|<span id="Lampsaque"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λάμψᾰκος / Lámpsakos [[wikt:en:Λάμψακος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne cité grecque d’Asie mineure, située sur la rive sud de l’[[w:Dardanelles|''Hellespont'']], en [[w:Troade|''Troade'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Hermarque_de_Mytilène_back|<span id="Hermarque_de_Mytilène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἕρμᾰρχος / Hérmarkhos [[wikt:en:Ἕρμαρχος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Hermès, un dieu grec, fils de Zeus [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>🔄</sup>]] et [[w:Maïa_(Pléiade)|Maïa]] [[#Maïa|<span id="Maïa_back"><sup>IV</sup></span>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince. »; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archontat|archontat]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurien'', successeur d’Épicure en tant que premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] — [[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:250_av._J.-C.|-250]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Maïa_back|<span id="Maïa"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μαῖᾰ / Maîa [[wikt:en:Μαῖα#Ancient_Greek|(en)]]; de μαῖα / maîa [[wikt:en:μαῖα#Ancient_Greek|(en)]], « dame », un terme honorifique pour les femmes plus âgées et une forme maternelle de μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">L’aînée des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], 7 sœurs, filles d’[[w:Atlas_(mythologie)|Atlas]] [[#Atlas|<span id="Atlas_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Pléioné|Pléioné]] [[#Pléioné|<span id="Pléioné_back"><sup>VII</sup></span>]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#école_Jardin_back|<span id="école_Jardin"><sup>V</sup></span>]] En grec ancien κῆπος / kêpos [[wikt:en:κῆπος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Jardin, verger ou plantation. 2. Enceinte des jeux olympiques. 3. Sorte de mode de couper les cheveux. 4. Organes génitaux féminins. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">École philosophique ouverte aux hommes, aux femmes et même aux esclaves, créée par Épicure en [[w:306_av._J.-C.|-306]], située au nord d’Athènes [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Athènes_back|<sup>🔄</sup>]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Atlas_back|<span id="Atlas"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄτλᾱς / Átlās [[wikt:en:Ἄτλας#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Mythologie grecque) Atlas. 2. Massif montagneux d’Afrique du Nord [[w:Atlas_(massif)|Atlas]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Titan_(mythologie)|Titan]] [[w:Hésiode|''hésiodique'']] du mythe fondateur de la mythologie grecque et de la Grèce antique, père des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], des [[w:Hyades_(mythologie)|Hyades]], des [[w:Hespérides|Hespérides]] et de [[w:Calypso|Calypso]]. À la suite de sa défaite dans la guerre des Titans contre les dieux de l’Olympe et Zeus pour régner sur le monde, ce dernier le condamne à porter la voûte céleste pour l’éternité sur ses épaules. Il est pétrifié par [[w:Persée|Persée]] avec la tête de [[w:Méduse_(mythologie)|Méduse]] et métamorphosé en l’Atlas, la chaîne de montagnes d’Afrique du Nord.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pléioné_back|<span id="Pléioné"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πληϊόνη / Plêïónê;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Une [[w:Océanides|Océanide]], fille d’[[w:Océan_(mythologie)|Océan]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Océan_back|<sup>🔄</sup>]] et de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Téthys_back|<sup>🔄</sup>]], et épouse d’Atlas [[#Atlas_back|<sup>VI</sup>]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Léontion_back|<span id="Léontion"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεόντιον / Leóntion;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurienne'' et [[w:Hétaïre|''hétaïre'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Albucius_back|<span id="Albucius"><sup>IX</sup></span>]] Préteur de la [[w:Corse-Sardaigne|''Sardaigne'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Sardaigne_back|<sup>🔄</sup>]] vers [[w:105_av._J.-C.|-105]], orateur, hellénophile et adepte de l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Phèdre_back|<span id="Phèdre"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Φαῖδρος#Grec_ancien|Φαῖδρος / Phaîdros]]; de l’adjectif φαιδρός / phaidrós [[wikt:en:φαιδρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, rayonnant. 2. (au sens figuré) Rayonnant de joie, lumineux, joyeux. »; du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe [[w:Épicurisme|''épicurien'']] ''grec'', chef de l’école ''épicurienne'' à Athènes [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Athènes_back|<sup>🔄</sup>]] de [[w:75_av._J.-C.|-75]] à sa mort. Il fut réfugié quelque temps à [[w:Rome_antique|''Rome'']] lors de la [[w:Siège_d%27Athènes_et_du_Pirée|prise d’Athènes]], il enseigne l’épicurisme à Cicéron et à Velléius.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:138_av._J.-C.|-138]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de naissance indéterminé'' — [[w:70_av._J.-C.|-70]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Phédon_back|<span id="Phédon"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαίδων / Phaídōn [[wikt:en:Φαίδων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis|<span id="Élis_back"><sup>XII</sup></span>]], et capturé lors de la guerre contre [[w:Sparte|''Sparte'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Lacédémone_back|<sup>🔄</sup>]] alors qu’il était enfant et vendu comme esclave. Libéré par Socrate à ''Athènes'', il en devient un élève régulier jusqu’à [[w:Procès_de_Socrate|''sa mort'']], au quelle il assiste, et que Platon rapporte dans un dialogue portant [[w:Phédon_(Platon)|''son nom'']]. Par la suite, il retourne à ''Élis'' et fonde l’école de philosophie d’Élis ou d’Érétrie [[w:Eretrian_school|(en)]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — début [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Élis_back|<span id="Élis"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἦλῐς / Êlis [[wikt:en:Ἦλις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque située au nord-ouest du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], à l’ouest de l’[[w:Arcadie|''Arcadie'']]. Elle était la capitale de l’[[w:Élide|''Élide'']]. Le sanctuaire d’[[w:Olympie|''Olympie'']] dépendant de son territoire, ''Élis'' avait la charge d’organiser les [[w:Jeux_olympiques_antiques|''Jeux olympiques antiques'']].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Démocrite_back|<span id="Démocrite"><sup>XIII</sup></span>]] Du nom propre Δημόκρῐτος / Dēmókritos [[wikt:en:Δημόκριτος#Ancient_Greek|(en)]], « choisi par le peuple »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe κρῑ́νω / krī́nō [[wikt:en:κρίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Ordonner, arranger. 3. Se renseigner, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours/une compétition, avec accusatif du concours ou du différend, ou accusatif d’une personne impliquée dans le concours ou le différend ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (moyen, passif) Avoir un concours départagé; • (moyen et passif) Disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Pour discerner le bien du mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe grec considéré comme [[w:Matérialisme|''matérialiste'']] en raison de sa conception d’un Univers constitué d’atomes et de vide. Il fut un disciple de [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤵️</sup>]], l’un des premiers [[w:Atomisme|''atomiste'']]. Aucun de ses nombreux ouvrages ne nous est parvenu, seules ses pensées ainsi que quelques fragments de son œuvre [[w:Démocrite#Œuvres|<sup>📚</sup>]] nous ont été transmis par de nombreux [[w:Doxographe|''doxographes'']] dont [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]], [[w:Aristote|Aristote]], [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] et [[w:Plutarque|Plutarque]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:460_av._J.-C.|-460]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Abdère_back|<sup>🔄</sup>]] — [[w:370_av._J.-C.|-370]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], en [[w:Grèce#Antiquité|''Grèce'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Nausiphanès_back|<span id="Nausiphanès"><sup>XIV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ναυσῐφᾰ́νης / Nausiphánēs [[wikt:en:Ναυσιφάνης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ναῦς / naûs [[wikt:en:ναῦς#Ancient_Greek|(en)]], « bateau »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière, montrer, découvrir, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer en avant, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, donner de la lumière. 3. (passif) Apparaître; briller : • Naître; • Arriver; • (verbe copulatif ou de contrôle) Avoir l’air (d’être) : a. (φαίνεται comme interjection) Oui ; ainsi il apparaît; apparemment; b. (tardif, impersonnel) Sembler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptique'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] et [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l’Antiquité_grecque|rhéteur]] grec, disciple de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>XIII</sup>]] et de [[w:Pyrrhon_d’Élis|Pyrrhon]] [[#Pyrrhon_back|<sup>XV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] — [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Pyrrhon_back|<span id="Pyrrhon"><sup>XV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πύρρων / Pýrrhôn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Un des premiers philosophes [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptiques'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme|<span id="scepticisme_back"><sup>XVI</sup></span>]] et inspirateur du ''pyrrhonisme'' [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] [[w:en:Pyrrhonism|(en)]], originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis_back|<sup>XII</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Années_360_av._J.-C.|-360]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Élis'' — [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#scepticisme_back|<span id="scepticisme"><sup>XVI</sup></span>]] De l’adjectif σκεπτῐκός / skeptikós [[wikt:en:σκεπτικός#Ancient_Greek|(en)]], « Qui observe, qui réfléchit, qui interroge. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe σκέπτομαι / sképtomai [[wikt:en:σκέπτομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Regarder, examiner. 2. Examiner, considérer, penser : • (rarement) Penser, estimer; • Préparer, préméditer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ικός / -ikós;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''scepticisme'' est une attitude de questionnement ou de doute à l’égard des revendications de connaissances qui sont considérées comme une simple croyance ou un dogme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''pyrrhonisme'' est une ancienne école grecque de ''scepticisme philosophique'' qui rejette le dogme et préconise la suspension du jugement [[wikt:en:Epoché|(en)]] (ἐποχή / epokhē [[wikt:en:ἐποχή#Ancient_Greek|(en)]]) sur la vérité de toutes les croyances, pour atteindre la tranquillité mentale [[w:en:Ataraxia|(en)]] (ἀταραξία / ataraxía [[wikt:en:ἀταραξία#Ancient_Greek|(en)]]).<br/><br />
'''</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXIII.''' Tout ce que les philosophes ont pensé sur la nature des dieux depuis '''Thalès''' de ''Milet'', tu nous l’as rapporté de mémoire et avec une telle érudition, qu’elle m’étonne dans un ''Romain''. Or, te paraît-il qu’ils aient tous extravagué, en disant que les dieux pouvaient exister sans mains et sans pieds? Quand vous voyez quelle est pour nous l’utilité, quelle est au moins l’opportunité de certaines parties du corps, cela ne devrait-il pas vous porter à croire que les dieux peuvent se passer de ces membres? En effet, qu’ont-ils besoin de pieds, s’ils ne marchent pas; de mains s’ils ne touchent rien? Je ne parle pas des autres parties du corps où rien n’est sans objet, sans cause, sans activité, en sorte qu’aucun art ne saurait ici imiter la nature. Votre dieu aura donc une langue, et ne parlera pas; des dents, un palais, un gosier, et n’en fera pas usage. Ce que la nature a donné à l’homme pour la continuation de son espèce, le dieu l’aura reçu en vain; et les organes intérieurs lui seront aussi inutiles que les parties extérieures. Si pourtant le cœur, les poumons, le foie et les autres intestins ne sont pas utiles, qu’ont-ils donc de si beau? On le dirait, puisque vous ne voulez de tout cela dans le dieu que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et c’est avec de pareils songes [[#songe_Epicure_NdT_Matter|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] qu’'''Epicure''', '''Métrodore''' et '''Hermachus''' se sont déclarés contre '''Pythagore''', '''Platon''' , '''Empédocle'''! que la courtisane '''Leontium''' a osé écrire contre '''Théophraste'''! Il est vrai qu’elle l’a fait dans un langage ingénieux et vraiment attique; mais encore [[#Mais_encore_NdT_Matter|<span id="Mais_encore_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] !<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telle est la licence du jardin d’'''Épicure''', et vous vous distinguez les dieux en hommes et femmes, vous voyez bien ce qui s’ensuivra. Pour moi, jamais je ne puis assez témoigner ma surprise de ce que votre chef ait pu arriver à de pareilles idées.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Mais vous en revenez toujours, à grands cris, au principe qu’un dieu doit être heureux et immortel. Ne pourrait-il donc pas être heureux à moins d’avoir deux pieds? ou pourquoi cette ''béatité'' ou cette ''béatitude'' (car l’un et l’autre de ces deux mots sont également durs, et il faut adoucir les mots par l’usage) ; pourquoi cet état, quelque nom qu’il porte, ne pourrait-il pas tomber en partage au soleil là-haut, à ce monde-ci, à quelque intelligence éternelle, qui n’aurait ni les formes ni les membres d’un corps humain?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Tu ne réponds rien à cela, si ce n’est que tu n’as jamais vu de soleil ni de monde heureux. Mais quoi, peux-tu nier que tu n’as jamais vu d’autre monde que celui-ci? Et pourquoi alors affirmer qu’il y a, non-seulement six cent mille mondes, mais un nombre infini? ''La raison le dit''. Et pourquoi la raison ne dit-elle pas aussi, lorsqu’il est question de la nature la plus excellente, d’une nature heureuse et éternelle, qui seule est une nature divine, qu’outre les avantages de l’immortalité qu’elle a sur nous, elle tient encore ceux de l’esprit, et puisqu’elle tient ceux de l’esprit, elle doit avoir encore ceux du corps? Dès-lors, inférieurs à Dieu dans certaines choses, pourquoi lui serions-nous égaux en forme? Si nous ressemblons à Dieu en quelque chose, c’est par la vertu plus que par la figure.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#songe_Epicure_NdT_Matter_back|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''C’est avec de pareils songes, etc.'' [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], qui faisait ses délices d’un paradoxe, s’est amusé à prouver que Léontium était la femme légitime d’Épicure.'''</td>
</tr>
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''[[#Mais_encore_NdT_Matter_back|<span id="Mais_encore_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Mais encore.'' — ''Sed tamen.'' L’écrivain orateur se sert ici d’une figure de bon effet, connue sous le nom de [[w:ἀποσιώπησις#Grec_ancien|άποσιώπησις'']].'''</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA93#v=onepage&q&f=true ''XXXIII.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA137#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> Tout ce que les Philosophes depuis '''Thalès''' ont pensé sur la nature des Dieux, vous l’avez rapporté avec une érudition, qui m’a surprit dans un ''Romain''. Or vous paroît-il qu’ils aient tous extravagué, pour avoir dit que des mains et des pieds n’étoient pas une chose essencielle à la Divinité? Quand vous examinez à quoi servent des membres tels que les nôtres, ne vous est-il pas évident que les Dieux peuvent s’en passer? Faut-il des pieds, à qui ne marche jamais? des mains, à qui n’a rien à toucher? Ainsi des autres membres; car il n’y en a point d’inutile, point qui n’ait ses fonctions particulières. L’adresse de la nature surpasse ici tous les efforts de l’art. Votre Dieu aura donc une langue sans parler; il aura des dents, un palais, un gosier, sans en faire usage; il aura en vain ce qui est destiné à la génération; il aura non-seulement les parties extérieures, mais encore les intérieures, le cœur, le poumon, le foie et autres semblables, qui ne lui sont bonnes à rien, puisque vous ne lui donnez des membres que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De si folles rêveries ont-elles pu inspirer à '''Épicure''', à '''Métrodore''', à '''Hermachus''', l’audace de s’élever contre '''Pythagore''', contre '''Platon''', contre '''Empédocle'''? Que dis-je? la courtisane [[#Léontium_NdT_P-J_TdO|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] '''Léontium''' osa écrire contre '''Théophraste'''; finement, je l’avoue, et d’un style Attique : mais enfin voilà jusqu’où le jardin [[#jardin_NdT_P-J_TdO|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] d’'''Epicure''' portoit la licence; et votre [[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] coutume est cependant de prendre feu, pour peu qu’on ne soit pas de votre avis. Il n’en falloit pas davantage pour se faire une querelle avec [[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>4</sup>'''</span>]] '''Zénon'''. '''Albutius''' entendait-il mieux raillerie ? '''Phèdre''', ce bon vieillard, qui étoit la politesse même, lorsqu’il m’échappoit quelque vivacité dans la dispute, aussitôt se mettoit de mauvaise humeur. Quelles ont été les invectives d’ '''Épicure''' contre '''Aristote''', et ses médisances infâmes contre '''Phédon''', disciple de '''Socrate'''? Il a écrit des volumes entiers contre '''Timocrate''', qui étoit le frère de son ami '''Métrodore''', et qui ne lui avoit déplu que pour n’être pas de son opinion sur je ne sais quel point de Philosophie. Il n’a marqué nulle reconnoissance pour '''Démocrite''', l’auteur de sa doctrine; et il a traité fort mal '''Nausiphane''', son maître, qui ne lui avoit [[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>5</sup>'''</span>]] rien appris.
</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Léontium_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] Le P. [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], dans ses Remarques sur Pline XXXV, 40, prétend que Léontium étoit la femme légitime d’Épicure. Voici sa preuve. ''Plinius inter tabuas Theodori pictoris habet Leontium Epicuri cogitantem. Quo dicto non meretricem, sed Epicuri conjugem fuisse Leontium significat, et in tabula pingi de rebus philosophicis meditantem. Sic enim in nummis antiquis appellantur Plotina Trajani, Sabina Hadriani, et apud Plinium aliæ, conjuges, certè, non meretrices.'''''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#jardin_NdT_P-J_TdO_back|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] C’est-à-dire son école, parce qu’il enseignoit dans un [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']]. De même on dit l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Académie_back|<sup>🔄</sup>]] pour l’école de Socrate, parce que Platon et ses successeurs enseignoient dans un parc de ce nom-là. On dit aussi par la même raison [[w:Lycée_(école_philosophique)|''le Lycée'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Lycée_back|<sup>🔄</sup>]] pour l’école d’Aristote, et ''le Portique'' [[wikt:en:Stoa_Poikile|(en)]] pour celle des ''Stoïciens''.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Ceci regarde, non Velléius personnellement, mais en général tous les ''Epicuriens'', qui trouvoient qu’en disputant contre eux, on ménageoit peu les termes.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] C’est Zénon l’Epicurien. [[w:Pierre_Bayle|Bayle]], dans son [[w:Dictionnaire_historique_et_critique|Dictionnaire]] [https://books.google.fr/books?id=BvaympyA3LQC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22Zenon%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique&hl=fr&pg=PA607#v=onepage&q&f=true <sup>Zénon pp.607-610</sup>], a une article entier touchant Albutius [https://books.google.fr/books?id=DEn89SsJaYIC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22albutius%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique%201734&hl=fr&pg=PA193#v=onepage&q&f=true <sup>pp.193-195</sup>]. Comme Phèdre, et quelques autres ne sont ici nommés qu’en passant, il est inutile de m’y arrêter.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO"><sup>5</sup></span>]] Pour sentir cette plaisanterie, il faut se ressouvenir de ce qu’on a lu ci-dessus, page 107.'''
</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n117/mode/2up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n109/mode/2up là encore])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
=== [[w:Académiques|Academica]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Académie_back|<sup>🔄</sup>]] ===
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> Dialogue de '''Cicéron''', publié en [[w:45_av._J.-C.|-45]], qui nous est parvenu dans un état très fragmentaire : le second livre (connu sous le nom de ''Lucullus''; le premier, ''Catulus'', étant perdu) de la première édition (appelée ''Academica Priora''), des fragments du premier livre de la seconde édition (''Academica Posteriora'') remaniée, qui comptait quatre livres. On peut le considérer comme l’introduction naturelle aux ouvrages philosophiques de '''Cicéron''' qui suivent ; il s’y fait le porte-parole de la Nouvelle Académie, tradition philosophique sceptique issue de l’Académie de '''Platon''' et initiée par [[w:Arcésilas_de_Pitane|'''Arcésilas''']] de [[w:Pitane|''Pitane'']]. La question principale abordée dans l’ouvrage est celle de l’accès à la connaissance, étape première dans la pensée grecque pour la conduite de l’être humain. Il y présente les diverses positions soutenues par les successeurs de '''Platon''', mais refuse de s’aligner sur la doctrine d’une école particulière.</div></poem>
==== [[w:Académiques#Academica_Priora|Academica Priora]] [[s:Premiers_Académiques|<sup>📚</sup>]] ====
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> La première édition se déroule sur deux jours consécutifs en [[w:62_av._J.-C.|-62]]. La conversation a lieu entre quatre dirigeants romains éminents : [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-78)|'''Quintus Lutatius Catulus Capitolinus''']], [[w:Quintus_Hortensius_Hortalus|'''Quintus Hortensius''']], [[w:Lucullus|'''Lucius Licinius Lucullus''']] et '''Cicéron'''. Le ''Catulus'' (perdu) a lieu le premier jour dans la villa balnéaire de '''Catulus''', et le ''Lucullus'' le deuxième jour dans la villa balnéaire d’ '''Hortensius'''.</div>
===== Livre II — [[w:Lucullus|'''Lucullus''']] =====
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> '''Lucullus''' insiste sur le fait qu’il répète de mémoire les arguments d’[[w:Antiochos_d%27Ascalon|'''Antiochos''']]. '''Catulus''' dit qu’il répète les vues de son [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|père]], qui semblent être les mêmes que les vues initiales de [[w:Philon_de_Larissa|'''Philon''']]. '''Hortensius''' nie avoir une quelconque expertise philosophique. Cicéron défend les vues académiques sceptiques de [[w:Clitomaque_de_Carthage|'''Clitomaque''']].</div></poem>
====== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVII.</div> ======
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de '''Thalès''' comme l’un des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']], et d’une théorie de l’eau principe universel.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVII.''' Princeps '''Thales''', unus e septem, cui sex reliquos concessisse primas ferunt, ex aqua dixit constare omnia. At hoc '''Anaximandro''', populari et sodali suo, non persuasit: is enim infinitatem naturae dixit esse, e qua omnia gignerentur. Post eius auditor '''Anaximenes''' infinitum aëra, sed ea, quae ex eo orirentur, definita: gigni autem terram, aquam, ignem, tum ex his omnia. '''Anaxagoras''' materiam infinitam, sed ex ea particulas, similis inter se, minutas, eas primum confusas, postea in ordinem adductas a mente divina. '''Xenophanes''', paulo etiam antiquior, unum esse omnia neque id esse mutabile et id esse deum neque natum umquam et sempiternum, conglobata figura: '''Parmenides''' ignem, qui moveat terram, quae ab eo formetur: [[w:Leucippe|'''Leucippus''']], plenum et inane: '''Democritus''' huic in hoc similis, uberior in ceteris: '''Empedocles''' haec pervolgata et nota quattuor: '''Heraclitus''' ignem: '''Melissus''' hoc, quod esset infinitum et immutabile, et fuisse semper et fore. '''Plato''' [[#Platon_NdT_Nisard|<span id="Platon_NdT_Nisard_back">''ex materia in se omnia recipiente''</span>]] mundum factum esse censet a deo sempiternum. '''Pythagorei''' ex numeris et mathematicorum initiis proficisci volunt omnia. Ex his eliget vester sapiens unum aliquem, credo, quem sequatur: ceteri tot viri et tanti repudiati ab eo condemnatique discedent. Quamcumque vero sententiam probaverit, eam sic animo comprehensam habebit, ut ea, quae sensibus, nec magis approbabit nunc lucere, quam, quoniam Stoicus est, hunc mundum esse sapientem, habere mentem, quae et se et ipsum fabricata sit et omnia moderetur, moveat, regat. Erit ei persuasum etiam solem, lunam, stellas omnis, terram, mare deos esse, quod quaedam animalis intellegentia per omnia ea permanet et transeat, fore tamen aliquando ut omnis hic mundus ardore deflagret.</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''[[#Platon_NdT_Nisard_back|<span id="Platon_NdT_Nisard">''Ex materia in se omnia recipiente.''</span>]] C’est le τὸ πανδεχές de Platon. Cicéron en parle plus explicitement dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm premier livre des deuxièmes Académ.], 7.'''</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1150/1175 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9078196z/f61.item.zoom '''là'''] et une édition de 1885 [https://books.google.fr/books?id=S6vqLJ7tOusC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=academica%20priora%20cicero&hl=fr&pg=PA313#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVII.''' À leur tête, '''Thalès''', l’un des sept sages, à qui l’on dit que les six autres, d’un commun accord, abandonnèrent le premier rang, prétendit que tout est formé avec l’eau. Mais il ne put faire goûter cette manière de voir à [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre_back|<sup>⤴️</sup>]], son contemporain et son ami, qui avait pour principe de toutes choses la nature infinie. [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple d’ '''Anaximandre''', vit ce principe dans l’air infini, en ajoutant que ce qui en sortait, était déterminé ; que l’air formait d’abord la terre, l’eau et le feu, et que ces éléments formaient tout le reste. Le premier principe d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaxagore_back|<sup>🔄</sup>]], c’est une matière indéterminée, de laquelle sont composées de petites molécules, semblables entr’elles, primitivement confuses, mais dans le cahos desquelles l’ordre a été introduit par l’esprit divin. [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Xénophane_back|<sup>🔄</sup>]], dont l’époque est un peu plus ancienne, disait que le monde entier était un seul être, immuable, qu’il appelait Dieu, et à qui il attribuait l’éternité et la forme sphérique. Pour [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide|<span id="Parménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le principe des choses, c’est le feu, le mobile de la terre, qui est formée par lui. Pour [[w:Leucippe|'''Leucippe''']] [[#Leucippe|<span id="Leucippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], c’est le plein et le vide ; [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], partout ailleurs beaucoup plus riche, tient ici le même langage. Pour [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Empédocle_back|<sup>🔄</sup>]], ce sont les quatre éléments connus de tout le monde ; pour [[w:Héraclite|'''Heraclite''']] [[#Heraclite|<span id="Heraclite_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], c’est le feu ; pour [[w:Mélissos|'''Mélissus''']] [[#Mélissus|<span id="Mélissus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], l’être infini, immuable et éternel. '''Platon''' pense que Dieu a tiré d’une matière capable de toutes les formes un monde impérissable. Les ''pythagoriciens'' veulent que tout sorte des nombres et des premiers éléments mathématiques. Parmi ces grands hommes, votre sage choisira, je pense, celui qu’il veut croire, et tous les autres seront condamnés et répudiés par lui. Mais quelque doctrine qu’il approuve, il sera tout aussi certain des principes qu’elle enseigne, que des objets dont les sens témoignent, et il ne sera pas plus convaincu qu’il fasse jour maintenant, qu’il ne le sera, puisque vous en faites un ''stoïcien'', que le monde est doué de sagesse et renferme une intelligence qui l’a formé, lui et le reste des êtres, et qui contient, anime et gouverne tout. Il sera convaincu également que le soleil, la lune, les étoiles, la terre et la mer sont des dieux, parce qu’une âme intelligente est répandue et se meut en eux tous ; mais que cependant un jour le monde sera consumé dans une conflagration générale.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1875 [https://books.google.fr/books?id=pSagZf-k42kC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=A%20leur%20t%C3%AAte%2C%20Thal%C3%A8s%2C%20des%20sept%20sages%2C%20%C3%A0%20qui%20lon%20dit%20que%20les%20six%20autres%2C%20dun%20commun%20accord%2C%20abandonn%C3%A8rent%20le%20premier%20rang&hl=fr&pg=PA472#v=onepage&q&f=true '''là'''] et une édition de 2017 [https://books.google.fr/books?id=1oEkDwAAQBAJ&pg=PT2167&dq=A+leur+t%C3%AAte,+Thal%C3%A8s,+des+sept+sages,+%C3%A0+qui+lon+dit+que+les+six+autres,+dun+commun+accord,+abandonn%C3%A8rent+le+premier+rang&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwjZotbsz5P4AhUOYxoKHV8RCcQQ6AF6BAgHEAI#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de trad. Nisard 1864|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Parménide_back|<span id="Parménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Παρμενίδης#Grec_ancien|Παρμενίδης / Parmenidês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe παραμένω / paraménô [[wikt:en:παραμένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester près, se tenir à côté. 2. Tenir bon, maintenir sa position. 3. Rester en arrière. 4. Survivre. 5. (des choses) Endurer, durer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la préposition πᾰρᾰ́ / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) • Depuis, de; • À cause. 2. (+ datif) À, à côté de, près de. 3. (+ accusatif) • Contrairement à; • À côté, par, près (avec les verbes d’aller ou venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du verbe μένω / ménō [[wikt:en:μένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester, Attendre : • (au combat) Maintenir sa position, tenir bon; • Rester où l’on est; Loger, héberger, résider, habiter; • Tarder; Flâner, être oisif; • (des choses) Être durable; Rester, demeurer, subsister; • (de condition) Rester, demeurer, subsister; • Respecter, se conformer à; • (impersonnel, avec infinitif) Rester, demeurer, subsister. 2. Attendre, s’attendre à, espérer, expecter : • Attendre (Accusatif/Infinitif). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe génitif singulier -ίδης / -ídês, « 1. Arbre à bois de construction, bois. 2. Colline boisée. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Présocratique_back|<sup>🔄</sup>]], [[w:Pythagore|''pythagoricien'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pythagore_back|<sup>🔄</sup>]], puis [[w:École_éléatique|''éléate'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#éléate_back|<sup>🔄</sup>]]. Il est célèbre pour un poème en vers, ''De la nature'', qui eut une influence notable sur la pensée de son époque. [[w:Platon|Platon]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]] a consacré un dialogue qui porte son nom, [[w:Parménide_(Platon)|''le Parménide'']], pour traiter la question de l’[[w:Être#Philosophie_occidentale|''Être'']], dont Parménide a inlassablement répété qu’il est, tandis que le [[w:Non-être#Antiquité|''Non-Être'']] n’est pas.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Élée|''Élée'']] — milieu [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Leucippe_back|<span id="Leucippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεύκιππος / Leúkippos [[wikt:en:Λεύκιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif λευκός / leukós [[wikt:en:λευκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Clair, brillant, luisant. 2. De couleur claire; blanc. 3. Pâle de peau, faible, lâche. 4. Juste, heureux, joyeux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) cavalerie, cavaliers. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Philosophe_back|<sup>🔄</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#Présocratique_back|<sup>🔄</sup>]], et un des premiers [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomistes'']] [[#atomes_back|<sup>⤵️</sup>]]''grecs''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Héraclite_back|<span id="Héraclite"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡράκλειτος / Hērákleitos [[wikt:en:Ἡράκλειτος#Ancient_Greek|(en)]], « gloire d’Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρᾱ / Hḗrā [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif κλειτός / kleitós [[wikt:en:κλειτός#Ancient_Greek|(en)]], « Renommé, célèbre; hautement honoré et admiré : (des choses) Splendides, excellentes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe κλέω / kléō [[wikt:en:κλέω#Ancient_Greek|(en)]], « Raconter, rendre célèbre, célébrer : (passif) Être célèbre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']], dont on ne sait presque rien, à part des fragments d’un ouvrage qu’il aurait écrit selon Diogène Laërce :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''Le livre qu’on attribue à Héraclite parle de la nature d’un bout à l’autre, mais se divise en trois parties, sur le tout, sur la politique, sur la théologie. Il le déposa en offrande sur l’autel d’Artémis, après l’avoir écrit en termes obscurs à dessein, dit-on, afin que seuls des gens capables pussent le lire, et qu’il ne devînt pas méprisable pour avoir été vulgarisé.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://ugo.bratelli.free.fr/Laerce/IsolesSceptiques/Heraclite.htm ''Livre IX, Chapitre I. Héraclite - ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ''] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9heraclite1.htm (autre traduction + texte grec)], de [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Éphèse|''Éphèse'']] — début [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], ''Éphèse'')
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Mélissus_back|<span id="Mélissus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Melissus#Latin|Μέλισσος / Mélissos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']], un [[w:Triérarchie|''triérarque'']] [[#triérarque|<span id="triérarque_back"><sup>V</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet#ionien_back|<sup>🔄</sup>]] et dernier représentant de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#éléate_back|<sup>🔄</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Samos#Ligue_de_Délos,_guerre_du_Péloponnèse_et_seconde_confédération_athénienne|''Samos'']])
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#triérarque_back|<span id="triérarque"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:triérarque|τριήραρχος / triērarchos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun grec ancien [[wikt:τριήρης#Grec_ancien|τριήρης / trierēs]] [[wikt:en:τριήρης#Ancient_Greek|(en)]], « (Antiquité) Trirème grecque, vaisseau à trois rangs de rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe τρῐ- / tri- [[wikt:en:τρι-#Ancient_Greek|(en)]], « tri- (trois, trois fois) »; Forme combinante de l’[[w:Nombre_cardinal|''adjectif numéral cardinal'']] τρεῖς / treîs [[wikt:en:τρεῖς#Ancient_Greek|(en)]], « trois », et de l’[[w:Numéral|''adverbe numéral'']] τρῐ́ς / trís [[wikt:en:τρίς#Ancient_Greek|(en)]], « trois fois »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ἐρέτης / erétēs [[wikt:en:ἐρέτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (principalement au pluriel) Rameurs. 2. (au pluriel) Rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + suffixe [[wikt:-άρχης#Grec_ancien|-άρχης / -árkhês]], « -arque (souverain, chef) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’une feuille. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">En Grèce antique, la [[w:Triérarchie|''triérarchie'']] (du nom commun grec ancien τριηραρχία / triêrarkhía) est une [[w:Liturgie_(Grèce_antique)|''liturgie'']] [[#liturgie|<span id="liturgie_back"><sup>VI</sup></span>]] militaire, qui consiste à entretenir le [[w:Gréement|gréement]] et la coque d’une [[w:Trière|''trière'']] fournis par la cité, à l’équiper et à engager un équipage pendant un an. Le triérarque est choisi par l’un des [[w:Stratège|''stratèges'']] parmi les plus riches citoyens, [[w:Métèque|''métèques'']] et [[w:Archonte#Grèce_antique|''archontes'']] exceptés. La personne retenue est ensuite exemptée de liturgies pendant les deux années qui suivent.<br/><br />
'''</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAP. 37.'''<br />''Divers [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />entiments [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ur les éléments'' [[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back"><sup>1</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> D’abord '''Thalès''', un des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ept Sages, avec lequel on dit que les autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix s’accorderent les premiers [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]], donne l’eau pour principe de tout [[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back"><sup>3</sup></span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourtant ce qu’il ne per{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uada point à '''Anaximandre''', {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ami & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on concitoyen, qui prétendit que ce principe étoit l’infinité de la nature [[#Anaximandre_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC_back"><sup>4</sup></span>]]. En{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite '''Anaximene''', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de ce dernier, en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’immen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité de l’air étoit ce principe; mais que les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qui en ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ultoient, étoient finies, & qu’il en nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la terre, l’eau & le feu, qui produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent tout [[#Anaximene_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC_back"><sup>5</sup></span>]]. Selon '''Anaxagore''' c’étoit la matiere infinie, compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée de parties très petites, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables entr’elles, & infinies en nombre; ces parties étoient d’abord pêle-mêle, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite l’intelligence divine les mit en ordre. '''Xénophane''', qui étoit un peu plus ancien, prétendit que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un, immuable, & Dieu [[#Xénophane_NdT_GFS_dC|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC_back"><sup>6</sup></span>]]; qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point né, qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, & de figure {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique. '''Parménide''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu; qu’il meut la terre, & qu’il l’a formée . '''Leucippe''', que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plein & le vuide. '''Démocrite''' e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t en cela du même avis; il s’étend d’avantage {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te. '''Empédocle''' veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient les quatre éléments vulgaires & connus. '''Héraclite''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu. '''Meli{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us''' que ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, immuable, a toujours exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té, & exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tera toujours. '''Platon''' pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e que Dieu a fait le monde, qui e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, d’une matiere capable de tout recevoir. Les ''Pythagoriciens'' veulent que tout vienne des nombres & des éléments des ''Mathématiciens''. Entre tous ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, votre Sage, je pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, en choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ira un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on guide; & les autres, qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grands hommes & en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grand nombre, s’en iront rejetés & condamnés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Quelque {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment qu’il embra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, il en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ûr que de ce qui tombe {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens: il ne croira pas plus qu’il fait jour à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, qu’il ne croira, puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''Stoïcien'', que ce monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, & doué d’une intelligence qui l’a fait, qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, & qui regle & dirige tout [[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back"><sup>7</sup></span>]]. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era également convaincu que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, toutes les étoiles, la terre, la mer, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont autant de Dieux, parce qu’une certaine intelligence animale les pénetre, & que cependant un jour ce monde périra par un incendie.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC"><sup>1</sup></span>]] Je trouve dans [[w:Sextus_Empiricus|Sextus Empiricus]] (contre les Mathém. Liv. X. & II. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iciens, Sect.310-318. p.684-686.<sup>pp.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/363/mode/1up?q=thales 363], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/365/mode/1up?q=thales 365], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/367/mode/1up?q=thales 367]</sup>) un article qui me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble très-propre à donner une idée nette des pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les principes des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. Sextus en parle au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ailleurs ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 30.] & Liv. I. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. Sect. 319. &c. <sup>p.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/173/mode/1up?q=thales 173]</sup>); mais le pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age que je choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plus clair & le plus détaillé. Je vais le traduire en faveur de mes Lecteurs.{{Boîte déroulante début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''„Ceux qui ont fait des recherches {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}titution de l’Univers, ont tout formé, les uns d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & les autres de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont tenus à un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul principe, l’ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans aucune qualité, les autres avec des qualités.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ces derniers, les uns ont adopté l’air, les autres l’eau; d’autres le feu; d’autres enfin la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ceux qui ont admis plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs principes, les uns en ont pris un nombre déterminé, les autres ont cru que le nombre en étoit infini.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui veulent que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit déterminé, en comptent, les uns deux; d’autres quatre; d’autres cinq; & d’autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pour le nombre infini, veulent, ceux-ci que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; ceux-là qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient différents.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Des derniers, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outiennent que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont inaltérables, & les autres qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ceptibles d’altération.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Les [[w:Stoïcisme|''Stoïciens'']] forment l’Univers d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance unique de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tituée de toute qualité. Car, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon eux, ce principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t une matière {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité, & capable de toute {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte de changements, après lesquels {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont produits les quatres éléments, le feu, l’air, l’eau, & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit formé d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance, mais douée de qualités, c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’[[w:Hippase_de_Métaponte|Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us]], d’[[w:Anaximandre|Anaximandre]], & de Thalès. Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, &, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon quelques auteurs, [[w:Héraclite|Héraclite]] d’[[w:Éphèse|''Éphè{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'']], attribuent la formation du tout au feu; Anaximandre à l’air; Thalès à l’eau; [[w:Xénophane|Xénophane]], au dire de quelques-uns, à la terre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Homère|Homere]] reconnoît plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs éléments, en nombre déterminé, qu’il borne à deux; la terre & l’eau--- Xénophane de Colophon e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t du même avis--- [[w:Euripide|Euripide]] veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit l’éther & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Empédocle|Empédocle]] en admet quatre“ --- [le feu, l’air, la terre, & l’eau. Au {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet d’Empédocle, Sextus dit la même cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 31. p. 136.]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Ocellos|Ocellus Lucanus]] & Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote cinq; car ils ajoutent aux quatre éléments une cinquieme {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut circulairement, & dont, à ce qu’ils di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont faites les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es céle{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle compte jusqu’à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes; [quatre quand il parle comme ci-de{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix quand il leur joint l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde]. De ces {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes quatre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont matériels, la terre, l’eau, l’air, & le feu; & deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actifs, l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde.“ [Principes actifs dans lesquels Mr. Drutens trouve l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion des Newtoniens, non de Newton; car chez lui l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des phénomenes, des effets, non des principes].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini, c’a été la pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée d’[[w:Anaxagore|Anaxagore de Clazomene]], de [[w:Démocrite|Démocrite]], d’[[w:Épicure|Épicure]], & de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Mais Anaxagore crut que les principes étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; & Démocrite & Épicure qu’ils étoient différents & inaltérables: c’étoient les atomes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Héraclide_du_Pont|Héraclide de Pont]] & [[w:Asclépiade|A{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}clépiade]] firent les principes différents des chho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites, mais altérables, étant des corpu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cules {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité déterminée.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe]] ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I.] ch. 8.) explique au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i les différentes pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes Grecs {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les premiers principes.{{Boîte déroulante fin}}'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2</sup></span>]] Le texte porte: ''cui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ex reliquos con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primos {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erunt.'' Davi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ius, Ur{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}inus &c. li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent : ''conce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primas'', „ont cedé la premiere place.“'''
</td>
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</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC"><sup>3</sup></span>]] „Les plus {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages des prêtres Égyptiens --- pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent qu’Homere & Thalès ont appris des Égyptiens que l’eau étoit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. d’I{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is & d’O{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iris pag. 364. D. <sup>[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm §34]</sup>). Mais il ne faut pas oublier que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i „Thalès de Milet dit que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’élément des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es [il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}], que Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’intelligence qui a tout formé de l’eau“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de Nat. Deor. Lib. I.]] cap. 18.).'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Anaximandre_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC"><sup>4</sup></span>]] Cet infini d’Anaximandre n’étoit que la matiere: „mais la matiere ne peut pas pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er de la pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance à l’acte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e efficiente“ (Plut. [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. Liv. I. ch. 3. p. 876. A.]). Ici j’ai été obligé de paraphra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er un peu le texte. Le traducteur Latin au lieu de ''actu e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'', traduit: ''rem creare nullam''.{{Boîte déroulante début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Anaximandre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéra la matiere „comme un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet informe, & l’appella ''infini'', c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, indéterminé, parce que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la forme qui finit ou circon{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}crit tout être matériel dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece“ ([[w:https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Batteux|Batt.]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f230.image cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. p. 207.]). Cette rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même. Plutarque, en explo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximandre ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. L. I. ch. 3. p. 875. F.]) {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert du mot ''apeiron'', qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie également infini, & indéterminé. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys3.htm#92 Leçons de Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique Liv. III. ch. 9. No. 2.] p. 348. D.) appelle ''apeirous'' les anneaux qui n’ont point de chaton: Homere donne la même épithete à la terre, parce qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivant l’explication d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tathius & de Jean le Grammairien. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote & Homere n’ont pas cru, l’un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a bague, & l’autre la terre infinies: elles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont indéfinies, parce que l’on peut placer où l’on veut leur commencement & leur fin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’explication de Batteux e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même, je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aurois l’accorder avec celle de Plutarque, qui dit expre{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ément (lieu cité) qu’„Anaximandre de Milet dit que le principe des êtres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’apeiron; que tout en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ort & tout y rentre: que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent les mondes qui en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés & y retournent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont ''apeiroi'':“ & que „leur principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''apeiron'', afin que les générations ne ce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & ne s’arrêtent jamais.“ Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble que les deux dernieres phra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es montrent clairement que le mot ''apeiros'' ici {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie infini, non indéfini ou indéterminé. D’ailleurs Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote (lieu cité) dit que l’anneau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t appellé ''apeiron'', en parlant „par une certaine re{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblance, non proprement.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Enfin „Anaximandre“ [croyoit] „que les Dieux reçoivent l’être, qu’ils nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & meurent de loin à loin; & que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des mondes innombrables“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de nat. Deor. Lib. I.]] cap. 10. J’ai copié la trad. d’Olivet). Le Latin de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age porte: ''innumerabiles mundos''; le mot ''innumerabiles'' confirme le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens que je donne au terme ''apeiros''.{{Boîte déroulante fin}}'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Anaximene_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC"><sup>5</sup></span>]] Les opinions Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iques de ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont très-peu connues, parce qu’ils nous re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te peu de mémoires {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur lesquels on pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e compter. Je ne m’étendrai donc pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet, & je me bornerai à une remarque générale que me fournit l’Abbé d’olivet ([https://books.google.fr/books?id=i7HqMwsDd0wC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=abb%C3%A9%20d%27olivet%20th%C3%A9ologie%20des%20philosophes%20%C3%A9ternit%C3%A9%20matiere&hl=fr&pg=PA258#v=onepage&q&f=true Théol. des Phil.] pag. 239. 240.). „Tous les Anciens croyoient l’éternité de la matiere. {{Boîte déroulante début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p style="text-align: justify;">'''Mais la plupart [[#la_plupart_NdT_GFS_dC|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC_back">(*)</span>]] ne la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéroient avant la formation du monde, que comme une ma{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e informe & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans ordre, ''rudis indige{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}taque moles'' [[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back">(**)</span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ce qu’ils appelloient ''chaos''. Les uns lui croyoient un mouvement naturell & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pontanée, par lequel, à force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, elle attrapa enfin un arrangement, qui peu à peu devint ce que nous voyont. D’autres, ne lui croyant pas cette faculté motrice, lui a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ocioient une intelligence qui lui imprima du mouvement, & la mit en ordre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene donc, rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}onnant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd état de la matiere, quand elle pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a du chaos à une forme réglée, crut que d’abord elle devint air; que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent l’air, qui comprenoit alors tout ce qu’il y avoit de matiere, étoit infini, & que l’air modifié produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it la terre, l’eau, & le feu, d’où {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e formerent tous les êtres particuliers.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#la_plupart_NdT_GFS_dC_back|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC">(*)</span>]] Je dis avec re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}triction ''la plupart'', à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e d’Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote qui étoit pour l’éternité du monde.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC">(**)</span>]] Ovid Meram.Lib. I. v. 8.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mr. d’Olivet cite Bayle qui, dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on dictionnaire (article ''Jupiter'', remarque G), a avancé „qu’il n’y a nulle apparence que Ciceron ait bien rapporté le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene, & cela {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur des paroles de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin tirées de la cité de Dieu.“ Dans Bayle on cite en marge Lib. VIII. cap. 2. St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin y dit: ''Anaximenes omnium rerum cau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}as infinito aëri dedit, nec Deos negavit aut tacuit: non tamen ab ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is aërem factum, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ed ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}os ex aëre natos credidit''. Ces Dieux nés {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Bayle, Saturne, Rhea, Jupiter &c. On peut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter les ''Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervationes Halen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es'', (Tom. II. Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. 19. pag. 440.). Mr D’Olivet dit qu’il falloit plutôt con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter la lettre de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin à Dio{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}core, laquelle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la 118 dans l’édition des Bénédictins, & la 56 dans les autres éditions.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’ai con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulté cette lettre, & je trouve que (Cap. II. §. 23.) le St. Docteur ne parle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene qu’en peu de mots; il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rapporte à Ciceron ''de natura Deorum''. Pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ons à Anaxagore.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaxagore dit que les corps“ [les parties {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}imilaires] „exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toient au commencement, & que l’intelligence divine les mit en ordre, & donna ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entim. des Phil. Liv. I. chap. 7. pag. 881. A.]). Mais, ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erve Socrate (Plat. de l’ame), „cet homme ne fait aucun u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age de l’intelligence; il ne rend aucune rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on de ce bel arrangement; & les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qu’il a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igne, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont l’air, l’éther, l’eau, & plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es ab{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urdes.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Socrate dans la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, décrit parfaitement l’Optimi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, par ces mots entr’autres: „il ne me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit jamais venu dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}prit qu’Anaxagore ayant dit que l’intelligence gouverne les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es, expliqueroit les phenomenes autrement qu’en prouvant que ''tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bien comme il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t;'' &“ [j’aurois cru qu’] „après avoir a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igné à chaque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e particuliere, il montreroit en général ce qui convient au tout.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">N’ayant pas Platon {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous main, je tire ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation14a.htm#44 Prépar. Évang. Liv. XIV. ch. 15.] p. 751. D.).{{Boîte déroulante fin}}'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Xénophane_NdT_GFS_dC_back|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC"><sup>6</sup></span>]] Xénophane en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit „que le tout étoit un; que Dieu étoit en toute cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & qu’il étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible, immuable, & intelligent“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 Sext. Empir. Hypot. Liv. I. chap. 33.] Sect. 225.); „par-tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même, & tout intelligence“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 là même], Sect. 224.): c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel & inaltérable; qu’au monde étoit jointe une intelligence ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm Cic. de nat. Deor. Lib. I.] cap. 11.) au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i éternelle, unie à la matiere, & répandue par tout l’univers; & que pourtant cette intelligence n’avoit rien de commun avec la matiere. {{Boîte déroulante début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p cellspacing=15 style="text-align: justify;">'''A mon avis, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Xénophane, il en étoit de Dieu & de l’univers comme de notre ame & de notre corps. L’une differe totalement de l’autre; cependant ces deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tances {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont unies. En di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que Dieu n’avoit rien de commun avec la matiere, Xénophane parloit de la matiere gro{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iere, & formoit cette intelligence d’une matiere très-{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ubtile. S’il avoit attribué à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on Dieu l’immatérialité, telle que nous la concevons, Xénophane n’auroit jamais dit que Dieu étoit „une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible“ (Sext. Empir. Hypot. Liv. III. chap. 24. Sect. 218. à la fin). Selon Diogene Laërce ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9xenophane1.htm#1 Liv. IX. Sect. 19. vie de Xénophane]), ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}implement que „la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance de Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t globulaire, & n’a rien de commun avec celle des hommes: que le tout voit, le tout entend, & cependant ne re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pire pas; & que tout exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble, l’intelligence, la prudence, & l’éternité.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Origene dans les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophiques (artic. d’Anaximandre, pag. 270. B. C. D.) parle de la doctrine de ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe; mais, à mon avis, il ne l’explique pas avec beaucoup de clarté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pere que quelques-uns de mes Lecteurs me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}auront gré du morceau que je vais ajouter à cette note. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas court; mais il me paroît curieux, & propre à répandre du jour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet que nous traitons. Ce morceau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t de Plutarque : il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e trouvoit dans les ''Stromates'', ouvrage que nous avons perdu. Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe nous en a con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervé ces lignes ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I. chap. 8.] pag. 22-25.).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„On dit que Thalès avant tous les autres établit que l’eau étoit le premier principe de tout, & que tout étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orti de l’eau & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olvoit en eau. Après lui Anaximandre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’infini renferme la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e univer{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elle de toute génération & corruption; que les cieux & des mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans nombre étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de lui; que de lui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la corruption, & long-temps avant celle-ci, la génération de tous ces mondes qui roulent perpétuellement; que la terre avoit la figure d’un cylindre, dont la hauteur e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le tiers de la largeur. Il ajoutoit que, pour la formation du monde, les partiesfécondes & productives du chaud & du froid, avoient été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}éparées de toute éternité; qu’il s’en étoit formé une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere de feu, laquelle entouroit l’air qui environne la terre, comme l’écorce environne un arbre; que cette {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e bri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e partagea en cercles, & produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que l’homme au commencement fut la production d’animaux qui n’avoient pas la même figure que lui : car les autres animaux d’abord {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e nourri{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent d’eux-mêmes; l’homme a be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pendant longtemps de lait & de nourrice, en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte qu’au commencement il n’auroit pas pu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erver, s’il eût été tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene, à ce qu’on dit, avança que le principe de tout étoit l’air, infini quant à l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece, & déterminé quant aux qualités; qu’il produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit tout, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e conden{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e raréfiant; que le mouvement étoit éternel; que l’air comprimé avoit d’abord produit la terre fort large, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur l’air; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les uatres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de la terre. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourquoi il appelloit terre le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, qui, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon lui, avoit fort à propos acquis {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a grande chaleur par un mouvement très-violent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Xénophane de Colophon prenant une route particuliere, & s’écartant du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment de tous ceux dont nous venons de parler, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}upprime toute génération & toute de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}truction, pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que cet univers a toujours été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même : car, s’il avoit été formé, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivroit néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement qu’il n’existoit pas auparavant; or ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas, ne peut pas être fait, ne peut rien faire, & on n’en peut rien faire. Xénophane prétend au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont trompeurs, & avec eux il calomnie la rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on en tout. Il dit que la terre avec le temps de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cend, & tombe peu à peu dans la mer : que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’un grand nombre de petits feux. Touchant les Dieux, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient qu’il n’y a aucune prééminence entr’eux, parce qu’il ne convient pas qu’un Dieu commande aux autres; que l’un n’a jamais be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ecours des autres; qu’ils entendent & voient en général, non en détail; que la terre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infinie, & que l’air n’enveloppe pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es parties; que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t fait de terre; mais que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & les autres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres doivent leur origine aux nuages.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Parménide d’Élée, di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de Xénophane, en partie adopta {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiments, & en partie en imagina d’oppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}és. Car il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outint que cet univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, immobile, & conforme à la vérité des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ [e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e réelle],„étant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul, unique, immuable, & non engendré; que la génération regarde les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es auxquelles on attribue fau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ement l’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence; & que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens n’ont rien de commun avec la vérité. Parménide a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ure de plus que, s’il y a quelque part quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e outre ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te réellement, ce n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être; que ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être, n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te pas dans l’univers; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’être n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point engendré. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que la terre a été formée par l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i qui s’écouloit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Zénon_d’Élée|'''Zénon''' d’Élée]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Zénon_dElee_back|<sup>🔄</sup>]] ne dit rien de particulier. Il flotta dans le doute.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Démocrite d’Abdere veut que l’univers {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini & immuable, parce qu’il n’a pas été fabriqué. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que dans le monde tel qu’il est, les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es de ce qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forme, n’ont aucun principe; que tout ce qui a été, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ou {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t lié depuis un temps infini par la force de la néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & la lune ont été formés; que quand ils étoient, non au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i chauds & brillants qu’ils le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actuellement, mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables à la terre, ils avoient leur propre mouvement en bas; que l’un & l’autre ont d’abord été formés comme l’exigeoit l’état particulier du monde, & qu’enfin, lorsque le cercle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t augmenté, le feu s’y e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblé & renfermé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Épicure fils de Néoclès d’Athenes, s’efforce de rabattre le fa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de ce qui regarde les Dieux. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient que rien ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait de ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas; que cet univers a toujours été, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era toujours tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t; qu’à l’exception du temps infini déjà pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait rien de nouveau; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un corps non {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement immuable, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i infini; & que le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ouverain bien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tippe de Cyrene place au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i le plus grand bien dans le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir, & le plus grand mal dans la douleur : il borne le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iologie au point de dire que la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idération du bien & du mal e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t utile.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle d’Agrigente établit les quatres éléments, le feu, l’eau, l’air, & la terre; que l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de ces éléments; que dans la confu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion primitive des éléments, l’air {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}épara & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e répandit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phériquement; que le feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortit après, & que ne trouvant pas d’autre place, il vola en haut cha{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é par le froid de l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i; que deux hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres circulent autour de la terre; qu’un de ces hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t tout de feu, & que l’autre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’air & d’un peu de feu, & forme la nuit; que le mouvement commença parce que dans cette conjonction des éléments, l’impétuo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité du feu prévalut; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil par {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, non un feu, mais une réflexion du feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à celle qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait dans l’eau; que la lune {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forma elle-même de l’air que le feu avoit abandonné, & qui s’étoit épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i comme de la grêle; & qu’elle emprunte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a lumiere du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil; enfin que la partie principale de l’ame n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ni dans la tête, ni dans la poitrine; qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, & que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent la partie du corps où il y a le plus de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la principale dans l’homme.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Métrodore de Chios affirme que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, parce que, s’il avoit été fait, il l’auroit été de ce qui n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit pas; que puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, n’ayant ni commencement ni fin; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immobile, parce qu’il ne peut pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er d’un lieu dans un autre, & que néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement il devroit pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er dans le plein ou dans le vuide : que l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i forme d’abord les nuages, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite la pluie, qui tombant dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, en éteint le feu; & que ce feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume par la raréfaction; qu’avec le temps le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it par la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}échere{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e; que les étoiles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formées d’une eau claire & l’impide; que la nuit, le jour, & les éclip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es viennent de ce que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’éteint & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume alternativement.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Diogene d’Apollonie établit que l’air e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un élément; que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut; & que les mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont infinis en nombre. Il imagine que ces mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés parce que, pendant que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, ici il y avoit plus de rareté, & là plus de den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; & que la plus grande den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit un tourbillon; que le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t formé de la même maniere; & que les parties les plus légeres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont placées en haut, & ont produit le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Voilà les rêveries, ou plutôt les extravagances que les anciens Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes débitoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la formation de l’Univers. Je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uis pas étonné que Socrate, après les avoir étudiées, mépri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}at la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique. J’ai plutôt de la peine à comprendre comment Ciceron trouvoit que de pareilles „idées nous élevent, & nous donnent une noble fierté“ (pag. 119.). Elles me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblent plus propres à nous humilier, & à nous faire {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entir notre foible{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e. Cependant elles contiennent quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de bon. Elles nous montrent que tous les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes ont reconnu cette grande vérité que, ''puisque quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e a exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té de toute éternité''. Si, comme Mr. Sulzer ([https://books.google.fr/books?id=oDsSH5ylYJoC&hl=fr&pg=RA2-PA268#v=onepage&q&f=true Nouv. Mém. de l’Acad. Royale des Sc. & B Let. an. 1770. pag. 268.] & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uiv.), que je regretterai long-temps, ils avoient développé la notion de l’être éternel, ils auroient vu que cet être ne doit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence à aucune cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e extérieure; qu’il exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te par la force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature, ou néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement; qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immuable & exempt de toute modification accidentelle; unique dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on genre, parce que, s’il en exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit deux, ou ils auroient des propriétés différentes, ou ils n’en auroient pas. Dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd cas les deux êtres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroient indi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cernables, même par l’entendement; ils n’en feroient qu’un. Car, il ne peuvent pas différer par le temps, puisqu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont éternels: ils ne peuvent pas différer par la place, puisque dans ce cas la place {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit contingente, & il n’y a rien de contingent dans l’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Dans les premiers cas un de deux auroit des propriétés qui ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pas e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entielles à l’autre, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont accidentelles, & contradictoires à l’idée d’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Donc cet être n’a point de parties, parce que tout arrangement de parties e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t accidentel, pouvant ne pas être tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t. Par la même rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on cet être n’a aucune de ces modifications qui admettent des degrés. En un mot, s’ils avoient analy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é la notion de l’être éternel, ils auroient vu que la matiere ne peut pas être éternelle, & ils auroient appris à di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tinguer l’ouvrage de l’ouvrier.{{Boîte déroulante fin}}'''
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<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC"><sup>7</sup></span>]] Cette ame du monde qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, n’a pas manqué d’embara{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e qui (Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iol. Stoic. Lib. I. di{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert. 7.), demande en quel {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens la cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t vraie, puisque cette ame e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternelle. Il répond que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, peut-être, parce que dans l’incendie du monde cette intelligence confondue avec la matiere, n’a ni éclat ni place. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à peu près l’explication que donne de cette difficulté Mr. Batteux ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f335 Cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. page. 312]-316.). D’autres, & Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e même, omettent le ''{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'' & li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent ''quæ & ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}um fabricata {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it.'' C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t couper le nœud gordien.'''
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</table>
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<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PR1#v=onepage&q&f=true <u>Les Livres Académiques de Cicéron. Tome II</u>.][https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA29#v=onepage&q&f=true ''Le Lucullus ou le second livre de la première édition des Académiques de Cicéron.''] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA111#v=onepage&q&f=true ''XXXVII.''] , traduits et éclaircis par Mr. [[w:Giovanni_Francesco_Salvemini_da_Castiglione|de Castillon]] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA266#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], de l’Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Prusse &c., à Berlin, chez G. J. Decker, Imprimeur du Roi, 1779<br />(également disponible une édition de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f241.item '''ici'''])</div>
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<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
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<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Vitruve|'''Vitruve''']] [[#Vitruve|<span id="Vitruve_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:80_av._J.-C.|-80]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:15_av._J.-C.|-15]], lieu de décès indéterminé) <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Vitruve|<sup>📚</sup>]]
[[Fichier:Busto di Vitruvio.jpg|vignette|<p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Portrait de Vitruve.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Exposition : Promoteca veronese [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona#Promoteca_veronese|(it)]], [[w:Bibliothèque_municipale_de_Vérone|Biblioteca Civica di Verona]] [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona|(it)]].]]
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<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Architecte romain, connu pour son ouvrage en plusieurs volumes intitulé [[w:De_architectura|''De architectura'']]. Il est à l’origine de l’idée que tous les bâtiments devraient avoir trois attributs : [[wikt:firmitas#Latin|''firmitas'']], [[wikt:utilitas#Latin|''utilitas'']] et [[wikt:venustas#Latin|''venustas'']] (« fermeté », « utilité » et « vénusté, beauté gracieuse et élégante. »). Sa discussion sur la proportion parfaite dans l’architecture et le corps humain a conduit au célèbre dessin [[w:Renaissance|''Renaissance'']] de l’[[w:Homme_de_Vitruve|''Homme de Vitruve'']] de [[w:Léonard_de_Vinci|'''Léonard''']] de [[w:Vinci_(Toscane)|''Vinci'']].</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Vitruve|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Vitruve_back|<span id="Vitruve"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Vitrūvius.'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:De_architectura|''De architectura'']] [[#Architectura|<span id="Architectura_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ===
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Unique traité d’architecture à nous être parvenu de l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']], dédié à l’empereur [[w:Auguste|'''Auguste''']] [[#Auguste|<span id="Auguste_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Architectura|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Architectura_back|<span id="Architectura"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀρχιτέκτων / arkhitéktōn [[wikt:en:ἀρχιτέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « maître d’œuvre, architecte »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], dénote une importance ou une autorité primordiale; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. » ou ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun τέκτων / téktōn [[wikt:en:τέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quelqu’un qui travaille le bois : charpentier, maçon. 2. Tout artisan (mais généralement opposé à métallurgiste, forgeron). 3. Un maître de n’importe quel art, comme la gymnastique, la poésie, la médecine ou l’ingénierie. 4. Auteur, créateur, planificateur. ».
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Auguste_back|<span id="Auguste"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre latin Augustus; de l’adjectif augustus [[wikt:en:augustus#Latin|(en)]], « 1. Auguste, solennel, majestueux, vénérable. 2. D’Août, le sixième mois du calendrier romain. 3. Augustain (relatif à l’empereur Auguste). 4. Impérial, royal. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Premier [[w:Empereur_romain|''empereur romain'']], le 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], et fondateur de l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(né sous le nom de Caius Octavius, le 23 septembre [[w:63_av._J.-C.|-63]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rome_antique|''Rome'']] – d’abord se nommant Gaius Julius Caesar Octavianus, en prenant le nom de son ''père adoptif'' [[w:en:Adoption_in_ancient_Rome|(en)’]], [[w:Jules_César|Jules César]], avec son propre nom adjectivé, puis Imperator Caesar Divi Filius Augustus jusqu’à sa mort le 19 août [[w:14|14]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à ''Nola'' [[w:en:Nola#Antiquity|(en)]])'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Tandis que la force de votre divin génie vous rendait maître de l’empire du monde, ô César ; que tous vos ennemis terrassés reconnaissaient la supériorité de votre valeur, que les citoyens romains se glorifiaient de vos victoires et de vos triomphes ; tandis que les nations subjuguées attendaient leur destinée de votre volonté, et que le sénat et le peuple romain, libres de toute inquiétude, se reposaient de leur salut sur la grandeur de vos pensées et sur la sagesse de votre gouvernement, je n’aurais point osé vous présenter, au milieu de vos nobles occupations, le fruit de mes longues études sur l’architecture, dans la crainte de vous interrompre mal à propos et d’encourir votre disgrâce. [...]'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I, Introduction, § 1.'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre II ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Matériaux, maçonnerie et techniques de construction. Le deuxième livre contient la célèbre exposition sur l’origine de l’architecture, dans laquelle Vitruve évoque un monde primitif dans lequel l’homme découvrit le feu et construisit les premiers abris en bois, donnant vie au mythe de la « hutte primitive » et de la colonne en bois comme origine du temple dorique et de toutes les formes architecturales.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de l’eau principe de toutes choses.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''II. De principiis rerum, secundum physicorum opiniones.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''§ 1.''' Thales quidem primum aquam putavit omnium rerum esse principium. [[w:Héraclite|'''Heraclitus Ephesius''']], qui propter obscuritatem scriptorum a Graecis [[wikt:σκοτεινός|Σκοτεινὸς]] est appellatus, ignem. [[w:Démocrite|'''Democritus''']] quique eum sequutus est Epicurus, atomos, quae nostri insecabilia corpora, nonnulli individua, vocitaverunt. [[w:Pythagore|'''Pythagoreorum''']] vero disciplina [[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM|<span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] adiecit ad aquam et ignem aera et terrenum. Ergo Democritus, etsi non proprie res nominavit, sed tantum individua corpora proposuit, ideo ea ipsa dixisse videtur, quod ea, quum sint disiuncta, nec laeduntur, nec interitionem recipiunt, nec sectionibus dividuntur, sed sempiterno aevo perpetuo [[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] infinitam retinent in se soliditatem.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM">[[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back|(1) - Pythagoreorum vero disciplina]]</span>. Pythagore, comme plusieurs autres anciens, a enseigné que c’était la terre et non le ciel qui tournait. Selon lui, le monde est un tout harmonieusement ordonné dont le soleil est le centre, et les autres corps célestes se meuvent autour de cet astre en formant une musique divine.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM">[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back|(2) - Sempiterno aevo perpetuo]]</span>. Cicéron ([https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/catilinaire4.htm ive Catilinaire, ch. 9]) dit ut ignis Vestae perpetuus ac sempiternus[[#Sempiterno_aevo_perpetuo|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_back"><sup>I</sup></span>]]. Sempiternum signifie une chose qui n’a point de fin; perpetuus, une chose qui n’a point d’interruption.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA du texte latin de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_back|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo"><sup>I</sup></span>]]''' IX. [...]le feu éternel et sacré de Vesta[...]<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] : Quatrième discours contre L. Catilina, prononcé dans le Sénat, chapitre IX.<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">De principiis re[[w:ꝴ|{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}}]] [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />c[[w:D_barré|{{Info|đ|La lettre đ ou d barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />m p[[w:Ħ|{{Info|ħ|La lettre ħ ou h barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />orú opinióes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">tHales quidé primú aquá putauit oíum re{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e príncípíum Heraclitus ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius qui [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pter ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curitaté {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ctipto{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} a græcis Scotinos e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t appellatus ignem. Democritus quiq; eú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecutus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t.Epicurus Athomos quos nŕi in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecabilia cor[[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]]<nowiki />a:non nulli idiuidua uocitauerunt. Pythagoreo{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} uero di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplina adiecit ad aquá & igné aera & terrenú. Ergo Democritus & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nó proprie res noiauit:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed tín indiuidua cor{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}a {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit.Ideo ea ip̃a dixi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e ui det́ [[w:Ꝙ|{{Info|ꝙ|La lettre ꝙ ou q à barre diagonale, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de quod, qui et que.}}]]<nowiki /> ea cú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}int di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iúcta nec legunt́ nec intentioné recipiút:nec {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectionibus diuidunt́:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}empiterno æuo {{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}petuo infinitá retinent in {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oliditaté.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://libcoll.mpiwg-berlin.mpg.de/libview?start=31&viewMode=image&mode=texttool&characterNormalization=orig&viewLayer=dict&url=/mpiwg/online/permanent//library/4YSU4X91/index.meta&pn=31 <u>De architectura</u>]. [[w:Giovanni_Sulpizio_da_Veroli|Giovanni Sulpizio da Veroli]], 1486-1487</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''2. Des principes des choses, selon l’opinion des philosophes.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''§ 1.''' '''Thalès''' est le premier qui ait pensé que l’eau était le principe de toutes choses. [[w:Héraclite|'''Héraclite''']] [[#Héraclite_back|<sup>⤴️</sup>]] d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']], qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut appelé par les Grecs Σκοτεινὸς [[#skoteinós|<span id="skoteinós_back"><sup>I</sup></span>]], croyait que c’était le feu. [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] et son sectateur [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] prétendirent que c’étaient les [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomes'']] [[#atomes|<span id="atomes_back"><sup>II</sup></span>]], que chez nous on appelle corpuscules insécables et quelquefois indivisibles. L’école de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Pythagore_back|<sup>🔄</sup>]] ajouta à l’eau et au feu deux autres principes, l’air et la terre. '''Démocrite''', bien qu’il n’ait point donné de nom propre aux principes qu’il admet, et se soit contenté de les proposer comme des corps indivisibles, me semble néanmoins avoir désigné les mêmes choses, puisque ces principes, lorsqu’ils sont séparés, loin d’être susceptibles d’altération, ou d’augmentation, ou de division, conservent au contraire une solidité perpétuelle, infinie, éternelle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''§ 2.''' Puisque de la réunion de ces principes naissent et sont composées toutes choses, et que ces atomes sont différents dans les corps que la nature a multipliés à l’infini, j’ai pensé qu’il était à propos de faire connaître leurs variétés, leurs différentes propriétés, et les avantages qu’on en pouvait retirer pour la construction des édifices, afin que, d’après la connaissance qu’ils en auront, ceux qui pensent à bâtir ne tombent point dans l’erreur, et ne se pourvoient que de matériaux qui conviennent à l’usage qu’ils en veulent faire.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de la traduction de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#skoteinós_back|<span id="skoteinós"><sup>I</sup></span>]] Adjectif grec ancien σκοτεινός / skoteinós [[wikt:en:σκοτεινός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sombre, obscur, terne, faible. 2. (au sens figuré) Sombre, obscur, secret. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun σκότος / skótos [[wikt:en:σκότος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ténèbres, obscurité : • L’obscurité de la mort; • Les ténèbres de l’au-delà; • L’obscurité du ventre/ de l’utérus. 2. Cécité. 3. (au sens figuré) Obscurité. 4. (d’une personne) Le mystère, l’ignorance, la tromperie. 5. La partie sombre ou l’ombre d’une image. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -εινός / -einós [[wikt:en:-εινός#Ancient_Greek|(en)]].
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#atomes_back|<span id="atomes"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien ἄτομος / átomos [[wikt:en:ἄτομος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón [[w:en:Alpha_privative|(en)]]), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' (en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[w:en:Copulative_a|(en)]]) pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'' (en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón) pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif τομός / tomós [[wikt:en:τομός#Ancient_Greek|(en)]], « Coupant, pointu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe τέμνω / témnō [[wikt:en:τέμνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Couper, tailler. 2. Mutiler, blesser. 3. Boucher, sacrifier. 4. Abattre, récolter, recueillir, moissonner, faucher. 5. Traverser, avancer, percer, labourer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Courant philosophique affirmant que la matière est discontinue et composée d’éléments insécables. [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤴️</sup>]] et son élève [[w:Démocrite|Démocrite]] sont les Grecs considérés comme les fondateurs de l’atomisme au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, doctrine reprise par [[w:Épicure|Épicure]], puis à [[w:Rome_antique|''Rome'']] par [[w:Lucrèce|Lucrèce]] [[#Lucrèce|<span id="Lucrèce_back"><sup>III</sup></span>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}.
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Lucrèce_back|<span id="Lucrèce"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Titus Lucretius Carus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Titus#Latin|Titus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Lucretius#Latin|Lucretius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Carus#Latin|Carus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Poète philosophe latin du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, auteur d’un seul ouvrage en six parties, le [[w:De_rerum_natura|''De rerum natura'']] (De la nature des choses), un long poème qui décrit le monde selon les principes d’[[w:Épicure|Épicure]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]])<br/><br />
'''</div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes choses, suivant l’opinion des philosophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> THALÈS d’abord a pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut surnommé Scoteinos [[#Scoteinos_NdT_ET_AC|<span id="Scoteinos_NdT_ET_AC_back">(1)</span>]], disait que c’était le feu. Démocrite et son sectateur Épicure voulaient que ce fussent les atômes, qui sont des corps qui ne peuvent être coupés ni divisés. La doctrine des Pythagoriciens, outre l’eau et le feu, admettait encore pour principes l’air et la terre. Si Démocrite n’a pas donné de noms particuliers aux principes qu’il établit, mais les a présentés seulement avec la qualité générale de corps indivisibles, il est bien certain qu’il les a regardés comme des ''éléments''; car lorsqu’il présente ces ''corps'' ou principes comme incapables d’altération [[#altération_NdT_ET_AC|<span id="altération_NdT_ET_AC_back">(2)</span>]] et de corruption, et qu’il leur donne une nature éternelle, infinie et solide, c’est parce qu’il les considère comme n’étant point encore joints les uns aux autres. Or donc, puisqu’il paraît certain que tous les matériaux sont composés et naissent de ces principes ou atômes et qu’ils jouissent cependant tous d’une infinité de propriétés différentes, j’ai pensé qu’il était à propos de parler de leurs qualités et des divers usages que l’on peut en faire dans la construction, afin que ceux qui veulent bâtir [[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back">(3)</span>]], en ayant connaissance, ne soient pas sujets à se tromper, mais qu’ils puissent faire un bon choix de tout ce qui leur peut être nécessaire.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Scoteinos_NdT_ET_AC_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP">(1)</span>]] C’est-à-dire ténébreux.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#altération_NdT_ET_AC_back|<span id="altération_NdT_ET_AC">(2)</span>]] Il me semble qu’il n’est pas difficile de voir qu’il faut lire ''individua corpora disjuncta non læduntur'' au lieu de ''non leguntur'', comme il y a dans tous les exemplaires, et que le sens est que les corps ne sont capables de corruption et d’altération que parce qu’ils sont composés.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC">(3)</span>]] Ceux qui veulent faire passer Vitruve pour un bon homme, demi-savant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il sait ou vce qu’il ne sait pas, allèguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de philosophie qu’il n’en sait et qu’il n’en est besoin pour connaître et pour choisir les matériaux qu’on emploie en architecture; mais la vérité est que c’était la coutume de son tems à Rome, où l’étude de la philosophie était une chose rare et nouvelle, d’en faire parade avec une ostentation qui ne rendait pas un auteur aussi ridicule qu’elle serait à présent. Varron et Columelle, en une pareille occasion, en usent de même que Vitruve; car le premier, au commencement de son livre d’agriculture, qu’il dédie à sa femme, s’excuse sur son peu de loisir de n’avoir pas traité la matière de son ouvrage comme il aurait été nécessaire, et il lui conseille, pour suppléer à ce défaut, de lire les livres des philosophes, dont il lui en nomme jusqu’à cinquante, entre autres, Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, Architas et magon, qui ont tous écrit ou en grec ou en langue punique; l’autre, savoir Columelle, dit qu’il faut qu’un jardinier et un laboureur ne soient guères moins savans en philosophie que Démocrite et Pythagore.'''
</td>
</tr>
</table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA45#v=onepage&q=thales&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon l’opinion des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> THALES e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le premier qui a crû que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. '''Heraclite''' ''Ephe{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ien'', qui à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de l’ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es écrits fut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urnommé ''Scotinos'', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le feu. '''Democrite''' & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ectateur '''Epicure''' vouloient que ce fu{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent les Atomes, que nous apellons des corps qui ne peuvent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre coupez ny divi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez. La doctrine des Pythagoriciens outre l’eau & le feu, admettoit encore pour principes l’air & la terre. Que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i Democrite n’a pas donné ces me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}mes noms aux principes qu’il établit, mais les a {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement propo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez en qualité de corps indivi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ibles, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble pourtant qu’il ait pretendu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifier la me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, car quand il les a établis comme [[#Incapables_d_alteration_NdT_CP|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP_back"><sup>1</sup></span>]] incapables d’alteration & de corruption, leur donnant une nature eternelle, infinie & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olide ; c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t parce qu’il les con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ideroit comme n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tant point encore joints les uns aux autres. De {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte que pui{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’il paroi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées & nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de ces principes, & que ces Atomes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont differents en une infinité de cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es differentes, je crois qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à-propos de parler de leurs divers u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages, & comment leurs differentes qualitez doivent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iderées dans les Edifices, afin que [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]] ceux qui veulent ba{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tir en ayant connoi{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance, ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujets à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e tromper, mais qu’ils pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent faire un bon choix de tout ce qui leur peut e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire.</div></poem>
<table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Incapables_d_alteration_NdT_CP_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP"><sup>1.</sup> INCAPABLES D’ALTERATION.</span>]] Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas difficile de voir qu’il faut lire <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|individua corpora diſiuncta non laduntur|les corps individuels ne sont pas séparés}}''<FONT COLOR="#000000"> au lieu de <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|non leguntur|ils ne sont pas .}}''<FONT COLOR="#000000">, comme il y a dans tous les exemplaires; & que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que les corps ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez.'''
</td>
<tr>
</tr>
<td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2.</sup> AFIN QUE CEUX QUI VEULENT BASTIR.</span>]] Ceux qui veulent faire pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Vitruve pour un bonhomme, demy {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait, ou qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait pas, alleguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie qu’il n’en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait & qu’il n’en e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pour connoi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre & pour choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir les materiaux qu’on employe en Architecture : Mais la vérité e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit la coûtume de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on temps à Rome où l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tude de la Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie étoit une cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rare & nouvelle, d’en faire parade avec une o{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tentation qui ne rendoit pas un autheur au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ridicule qu’elle {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit à pre{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. [[w:Varron_(écrivain)|Varren]] & [[w:Columelle|Columelle]] en une pareille occa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion en u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me que Vitruve ; car le premier au commencement de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on livre de l’Agriculture qu’il dedie à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a femme, s’excu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on peu de loi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir de n’avoir pas traité la matiere de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ouvrage, comme il auroit e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire ; & il luy con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eille pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppléer à ce défaut de lire les livres des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, dont il luy en nomme ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’à cinquante, & entr’autres Democrite, [[w:Xénophon|Xenophon]], [[w:Aristote|Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote]] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Théophraste|Theophra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te]] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Archytas_de_Tarente|Architas]] & [[w:Magon_le_Carthaginois|Magon]], qui ont tous écrit ou en grec, ou en langue Punique. L’autre, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavoir Columelle, dit qu’il faut qu’un Jardinier & un Laboureur ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient guerres moins {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavans en Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie, que Democrite & que Pythagore.'''
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</table>
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<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], corrigez et tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures. par le très-humble, très-obeï{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, & très-fidele Serviteur & Sujet [[w:Claude_Perrault|Claude Perrault]], De l’Academie Royale des Sciences, & Medecin de la Faculté de Paris, à Paris, Chez Jean Baptiste Coignard, 1673<br />(également disponible [http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/01665A0013Index.asp ici])</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">DES COMMENCEMENS DES CHOSES SELON<br />''les opinions des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes. Chap.'' II.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">LE Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Thales Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius fut le premier qui dict que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit commencemens de tout. Apres Heraclite d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e (lequel pour l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}criptz, fut par les Grecz {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnommé Scotinos) debatit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit le feu. Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equemment Democrite, & Epicure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ucce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eur, furent d’opinion que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toiét les Atomes, que aucuns de noz Latins appellent corps imparti{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ables, & les autres indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles. Ce neátmoins la di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cipline des Pythagori{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes adiou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ta a l’eau & et au feu, l’air, & la terre. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, nó ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tát que Democrite n’ayt appellé les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es [[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]] nós [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pres, ains {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulemét {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é les corps indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble auoir compris toutes ces opinions en la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ienne, pourautant que quand les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emences des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ioinctes, nul n’a pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance de les a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embler. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubgectes a perir:& {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ne peuuent e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre diui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees par aucunes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections, ains retiennent en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy vne permanence infinie, & qui peult durer a perpetuité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Puis donc que de ces Atomes concurrens & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblás en ma{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, lon voit que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles ont vne participation, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent chacune en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pece, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qu’elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eparees en infiniz genres & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tances, il m’a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblé nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aire de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pecifier leurs differences, & de dire queles qualitez ou proprietez elles ont a l’endroit des mai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages ou lon les applique, afin que quád elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eront cógneuses, ceulx qui auront volunte de ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, ne pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent faillir par ignorance, ains preparent pour leurs v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages les matieres qu’ilz verront commodes a leur de{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eing & in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Second Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion. Chapitre II.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
==== Livre VII ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Il s’agit du dernier livre consacré à la construction d’édifices, et traite de l’aménagement des sols et des revêtements muraux, dont de la peinture pariétale.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage transmission écrite des opinions de '''Thalès''' par les ancêtres de Vitruve et de ses contemporains.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''1.''' Maiores cum sapienter tum etiam utiliter instituerunt, per commentariorum relationes cogitata tradere posteris, uti ea non interirent, sed singulis aetatibus crescentia voluminibus edita, gradatim pervenirent vetustatibus ad summam doctrinarum subtilitatem. Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae [[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM|<span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], quod non invidiose silentes praetermiserunt, sed omnium generum sensus conscriptionibus memoriae tradendos curaverunt.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''2.''' Namque si non ita fecissent, non potuissemus scire, quae res in Troia fuissent gestae [[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM|<span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]], nec quid '''Thales''', '''Democritus''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''' reliquique physici sensissent de rerum natura; quasque '''Socrates''', '''Plato''', '''Aristoteles''', '''Zenon''', '''Epicurus''' aliique philosophi hominibus agendae vitae terminationes finissent; seu '''Croesus''', '''Alexander''', '''Darius''' ceterique reges quas res aut quibus rationibus gessissent, fuissent notae, nisi maiores praeceptorum comparationibus omnium memoriae ad posteritatem commentariis extulissent.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM">[[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back|(1) - Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae]]</span>. Vitruve commence ce livre par l’éloge des lettres, et rend hommage aux savants qui nous ont transmis les événements passés et les découvertes faites de leur temps. Il cite les artistes et les poètes qui ont d’abord fait fleurir les arts et les lettres dans la ''Grèce'', où les siècles de la belle littérature furent aussi ceux qui produisirent les plus fameux artistes. Il parle d’abord d’Homère, qu’il appelle le père des poètes. Il florissait cent ans environ avant la première [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_770_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776.}}]]. Il n’est point d’auteur, à l’exception peut-être d’Hésiode, qui soit plus ancien que lui. Rien ne peut être comparé à sa poésie ; il s’essaya dans le genre épique, celui-là même qui présente le plus de difficultés, et, prenant un vol d’aigle, s’élança au plus haut degré que puissent atteindre les forces humaines, par son immortelle Iliade. En vain les plus grands génies ont cherché à l’imiter. Le plus ancien poète de la ''Grèce'' fut aussi le meilleur ; ce qui fait dire à [[w:Velleius_Paterculus|Velleius Paterculus]] : « <FONT COLOR="#3366BB">{{Info|Neque ante ilium quem ille imitaretur, neque post ilium qui eum imitari posset, inventus est.|Il ne s’est pas trouvé avant celui qu’il imitait, ni après celui qui pouvait l’imiter.}}<FONT COLOR="#000000"> » Les beaux-arts, et surtout l’architecture, étaient déjà connus dans le temps d’Homère; il nous apprend qu’avant le siège de ''Troie'', la ville d’Orchestre était célèbre, à cause du temple de Neptune qui s’y trouvait, et que Minerve en avait un magnifique à ''Athènes''. Nous voyons dans Pline que le temple de Diane, en ''Aulide'', fut bâti plusieurs siècles avant la guerre de ''Troie''. Homère parle aussi de plusieurs palais qui existaient en Grèce avant cette guerre.<br />Les ''Grecs'' avaient appris l’architecture des ''Égyptiens'', qui, sous [[w:Inachos_(mythologie)|Inachus]] (1970 avant J.-C.), fondèrent en ''Grèce'' la première colonie égyptienne. Les autres colonies que [[w:Cécrops|Cécrops]], en 1657 avant J.-C.; [[w:Cadmos|Cadmus]], en 1594; [[w:Danaos|Danaüs]], en 1586, amenèrent eu ''Grèce'', en faisant connaître le culte de leurs dieux, y firent aussi connaître cet art qui, chez eux, y était entièrement consacré. Nous voyons, en effet, que peu après le temps de Cécrops, [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deucalion]] fit bâtir un temple en l’honneur de Jupiter Phixius, c’est-à-dire de Jupiter par le moyen de qui il avait été sauvé des eaux du déluge. Ce temple subsista environ neuf cent cinquante ans, jusqu’à la cinquantième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_580_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 50<sup>ème</sup> a eu lieu en -580.}}]]. Lorsqu’il fut tombé en ruines, [[w:Pisistrate|Pisistrate]] entreprit d’en bâtir un autre, sous le nom de Jupiter Olympien, qui est celui dont parle Vitruve dans l’introduction de ce livre. L’histoire parle ensuite de deux célèbres architectes, [[w:Trophonios|Trophonius]] et [[w:Agamède_fils_d’Erginos|Agamède]], qui étaient l’un et l’autre fils d’[[w:Erginos|Erginus]], postérieur à [[w:Héraclès|Hercule]] et à [[w:Thésée|Thésée]] d’une génération. Ils avaient bâti le temple de Neptune Hippius, éloigné d’un stade de Mantinée. [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias]] nous apprend ([https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/arcadie.htm liv. VIII], ch. 10) que l’empereur Adrien fit enfermer cet ancien temple dans un nouveau qu’il fit bâtir.<br />Les ''Grecs'', dit de Bioul, ne sont donc pas les inventeurs de l’architecture; ils la doivent aux ''Égyptiens'', auxquels ils doivent également les autres arts. Nous savons par les témoignages de l’antiquité, et Hérodote [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Hérodote_back|<sup>🔄</sup>]] surtout nous l’assure ([https://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm liv. II], ch. 4), que la plupart des noms des dieux ont été portés d’Égypte en ''Grèce'' avec leur culte. Aussi Homère, avant de composer ses poèmes, parcourut-il l’Égypte pour s’instruire plus particulièrement de la théologie mythologique, et apprendre des prêtres ''égyptiens'' quantité de choses inconnues en ''Grèce'', sur la généalogie, les dignités et les emplois de leurs dieux ; ce qui fait dire au savant [[w:Pierre-Daniel_Huet|Huet]], évêque d’Avranches, qu’Homère, qui avait visité les ''Égyptiens'', rapporta de chez eux cet esprit fabuleux qui lui fit inventer non seulement les admirables poèmes qu’ils nous a laissés, mais encore mille nouveautés dans la généalogie, les dignités et les emplois des divinités ''grecques''; et ce fut là qu’il se perfectionna dans la poésie, qui y a toujours été soigneusement cultivée. Quelques écrivains nient que l’Égypte ait influé sur les arts de la ''Grèce'' ; j’invite à lire les [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65338087/f223.item p. 217 et suiv. du t. 1er de l’Histoire de l’architecture] de M. Daniel Ramée.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM">[[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back|(2) - Quae res in Troia fuissent gestae]]</span>. Ce n’est pas seulement à cause de son ancienneté que Vitruve cite Homère le premier, c’est encore parce que les anciens regardaient les événements qui se sont passés à ''Troie'', non comme une simple histoire, mais comme le fond de leur théologie. C’est pourquoi les livres d’Homère où ces événements sont rapportés, étaient en grande vénération; on estimait son histoire, on admirait sa poésie, et ses livres étaient réputés sacrés. Aussi Vitruve les nomme avant de parler des ouvrages qui traitent de la philosophie et de la morale, avant de citer l’histoire de Crésus, d’Alexandre et de Darius; et si l’on a infligé à Zoïle, surnommé le fléau d’Homère, ce châtiment dont il parle, pour avoir écrit contre ce poète, c’est parce qu’il avait tourné en ridicule un ouvrage qui traitait de la religion. </td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f106.item ''Liber Septimus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''1.''' Nos ancêtres ne pouvaient rien imaginer de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs découvertes, pour les faire passer à la postérité; non seulement le souvenir ne s’en effaçait point, mais chaque âge venant y ajouter ses lumières, elles arrivèrent par degrés, à travers les siècles, à la plus grande perfection. Ce ne sont donc point de légères, mais d’immenses actions de grâces que nous devons leur rendre, puisque, loin d’être assez égoïstes pour garder le silence sur leurs vastes connaissances, ils eurent à cœur de nous les transmettre dans de généreux écrits. <br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''2.''' Et s’ils n’en avaient point usé ainsi, nous n’aurions pu connaître les malheurs de Troie; et les opinions de '''Thalès''', de [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Anaxagore_back|<sup>🔄</sup>]], de [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Xénophane_back|<sup>🔄</sup>]] et des autres ''physiciens'', sur les lois de la nature; et les principes que les [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Socrate_back|<sup>🔄</sup>]], les [[w:Platon|'''Platon''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Platon_back|<sup>🔄</sup>]], les [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Aristote_back|<sup>🔄</sup>]], les [[w:Zénon_de_Kitton|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] et les autres ''philosophes'' ont posés pour la conduite de la vie; et les actions de [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Crésus_back|<sup>🔄</sup>]], d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Alexandre_back|<sup>🔄</sup>]], de [[w:Darius_III|'''Darius''']] et des autres rois, et les mobiles de ces actions, tout serait resté dans l’oubli, si nos ancêtres n’avaient eu soin de nous les faire connaître dans des ouvrages qui sont arrivés jusqu’à nous.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''Livre Septième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Préface.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Il faut avouer que nos ancêtres ne pouvaient rien faire de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs belles inventions; car c’est ce qui nous en a conservé la mémoire ; et, il est arrivé que, chaque siècle ayant ajouté quelque chose aux connaissances des siècles précédents, les arts et les sciences ont été portés à la perfection où nous les voyons maintenant. On ne saurait donc avoir assez de reconnaissance pour ceux qui ne nous ont point enlevé, par leur silence, les belles connaissances qu’ils ont eues, mais qui ont pris le soin de les communiquer à leurs descendants; car on aurait éternellement ignoré ce qui s’est passé à ''Troie'', et nous ne saurions point quelles ont été les opinions de '''Thalès''', de '''Démocrite''', d’ '''Anaxagore''', de '''Xénophane''' et de tous les autres philosophes, touchant les choses naturelles, ni par quels préceptes '''Socrate''', '''Platon''', '''Aristote''', '''Zénon''', '''Épicure''' et les autres, ont réglé les mœurs et toute la conduite de la vie; enfin jamais nous n’aurions entendu parler des actions de '''Crésus''', d’'''Alexandre''', de '''Darius''', ni des autres rois, si nos ancêtres n’eussent pris le soin d’écrire des livres qui conservassent la mémoire de toutes ces choses pour en faire part à la postérité.</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA69#v=onepage&q&f=true ''Livre VII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Noz predece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eurs non moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agement que profitablement, in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituerent que par la compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition des liures on lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit a la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}terité le fruict de toutes bonnes inuentions indu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trieu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, afin que les louables exercitations ne peri{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, ains qu’en croy{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant aage apres autre, tous bons Artz & Sciences au moyen de l’ampliation des e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}critures peruein{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de degré en degré au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuerain but de doctrine, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent a perpetuité. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nous ne leur deuons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement rendre graces moyennes, mais immorteles, & infinies, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ideré qu’ilz ne nous ont rien caché par Enuie ou mauuai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affection, ains ont e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té curieux & ententi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}z a nous lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er par leurs volumes les intelligences de toutes di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplines. À la verité {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ces bons per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de tele cordialité en no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre endroit, iamais n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions peu entendre queles cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es furent faictes a la guerre de ''Troye'', ny queles opinions eurét des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles, '''Thales''', '''Democrite''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''', & le re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te des Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens : non (certes) queles fins ont pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crittes aux hommes, '''Socrates''', '''Platon''', '''Ari{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tote''', '''Zenon''', '''Epicure''', & autres excellens Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions nous ignoré les ge{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes de '''Cre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}us''', d’'''Alexandre''', de '''Darius''', & de plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs grans Roys, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qui les e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meut a faire leurs vertueu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es entrepri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, n’eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té que ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}dictz bons Ance{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres nous en ont lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é des commentaires, enrichiz de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entences doctes, tant afin de perpetuer iceulx grans Seigneurs, que pour exercer noz memoires, & les decorer de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tumes honne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes.
</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Septieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
==== Livre VIII ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Manières de trouver l’eau. Propriétés des eaux. Moyens d’apprécier la salubrité. Adduction d’eau.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">PRÆFATIO.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">DE septem sapientibus '''Thales''' ''Milesius'' [[#Thales_Milesius_MCHLM|<span id="Thales_Milesius_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] omnium rerum principium aquam est professus, '''Heraclitus''' ignem, magorum sacerdotes aquam et ignem; '''Euripides''' auditor Anaxagoræ, quem philosophum ''Athenienses'' scenicum appellaverunt, aera et terram, eamque ex cœlestium imbrium conceptionibus inseminatam, fetus gentium et omnium animalium in mundo procreavisse, et quæ ex ea essent prognata, quum dissolverentur temporum necessitate coacta, in eandam redire, quæque de aere nascerentur item in cœli regiones reverti, neque interitiones recipere, sed dissolutione mutata in eamdem recidere, in qua ante fuerant proprietatem. '''Pythagoras''' vero, '''Empedocles''', '''Epicharmus''' aliique physici et philosophi, hæc principia quatuor esse proposuerunt, aerem, ignem, aquam, terram, eorumque inter se cohærentiam naturali figuratione ex generum discriminibus efficere qualitates.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Thales_Milesius_MCHLM">[[#Thales_Milesius_MCHLM_back|(1) - Thales Milesius]]</span>. Cette introduction est à peu près la répétition de ce qui a été dit dans le 2e chapitre du IIe livre, où l’auteur cherche à appuyer, par l’opinion des philosophes, les raisonnements qu’il contient sur les divers matériaux qu’on emploie pour la construction des édifices, particulièrement dans le 9e chapitre, où il traite des arbres. Tout ce qu’il dit dans ce IIe livre facilite beaucoup l’intelligence de cette introduction. Il commence dans les deux endroits par citer l’opinion de Thalès, qui prétendait que l’eau était le principe de toutes choses. Il cite ensuite celle d’Heraclius, qui disait que c’était le feu ; puis, après avoir parlé du système de ces philosophes, il revient à celui des pythagoriciens, son système favori, et termine en traitant de tout ce qui concerne les eaux, que les prêtres égyptiens honoraient d’un culte religieux.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f222.item ''Liber Octavus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">INTRODUCTION.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">LE premier des sept sages, '''Thalès''' de ''Milet'', soutenait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' prétendait que c’était le feu. Les prêtres mages admettaient l’eau et le feu. '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, assurait que c’étaient l’air et la terre; que la terre fécondée par les pluies qui tombent du ciel, avait engendré dans le monde les hommes et les animaux; que les choses qui étaient produites par elle, forcées par le temps de se dissoudre, retournaient à leur principe, tandis que celles qui naissaient de l’air retournaient dans l’air; que les corps ne périssaient point; que modifiés seulement par la dissolution, ils reprenaient leur qualité première. '''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''' avec d’autres physiciens et philosophes, mirent en avant qu’il y avait quatre principes : l’air, le feu, l’eau, la terre; que la proportion dans laquelle ils entraient dans la formation des corps, produisait cette différence de qualités qu’on y remarque.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f223.item ''Livre Huitième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">PRÉFACE.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Thalès''' de ''Milet'', l’un des sept sages, estimait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' disait que c’était le feu; les prêtres mages admettaient deux principes, le feu et l’eau; '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, s’imaginait que l’air et la terre rendus féconds par les pluies du ciel avaient engendré les hommes et tous les animaux qui sont au monde, et que tout ce qui a été créé retourne et se change en ces mêmes principes, lorsque le temps les contraint de se dissoudre; en sorte que ce qui provient de l’air retourne dans l’air [[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC|<span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]]; que rien ne périt, mais change seulement ses propriétés dans la dissolution, et les reprend ensuite pour être ce qu’il était auparavant.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''', et les autres ''philosophes'' et ''physiciens'', ont établi quatre principes, savoir : l’AIR, le FEU, l’EAU et la TERRE, lesquels, mêlés et combinés ensemble de diverses manières et suivant leur nature et leurs qualités, ont produit tout ce qui existe.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC">[[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back|(1)]]</span> Je traduis ainsi ''cœli regiones'', parce que, comme il a déjà été remarqué, Vitruve entend d’ordinaire l’air par ''cœlum''.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA121#v=onepage&q&f=true ''Livre VIII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">LE ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe'' '''Thales''' natif de ''Milete'' en la Region de ''Carie'', qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie la mineur, & lequel fut l’vn des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages de Grece, a voulu maintenir que l’Eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commencement de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. '''Heraclite''' d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le Feu. Les ''Pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes des Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans'' nommez en leur langue [[w:Mage|''Magi'']], c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t a dire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages, ont dict que l’Eau auec icelluy Feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de la generation & corruption de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. Mais '''Euripide''' auditeur d’ '''Anaxagoras''', que les ''Atheniens'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnomment ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Scenique'', attribua ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t effect a l’Air & a la Terre, di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant que ladicte Terre conceoit & prend {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emence des Pluyes & Ro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees du Ciel, & qu’elle en a ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i produit en ce Mõdele genre des hommes & de tous autres animaux : me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t prouenu d’elle, alors qu’il vient a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouldre par la nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité du temps, retourne en pouldre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans receuoir extermination, mais ({{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans plus) changement, parce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e reduict en la propriété qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouloit auoir en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on principe. Toutesfois '''Pythagoras''', '''Empedocles''', '''Epicharme''', & plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres grans per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages tant '' Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens'' comme ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes'', ont propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre commencemens, a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auoir le Feu, l’Air, l’Eau, & la Terre, affeurant que ceulx la e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant allyez en la formation naturele, cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent les qualitez de toutes e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}peces differentes.
</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Huitieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div>
==== Livre IX ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Astronomie : ordonnance d’ensemble de l’univers, planètes, lune, soleil, sphère céleste, astrologie et météorologie. ''Gnomonique'' : cadrans solaires, horloges à eau.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’ouvrages de '''Thalès''', portant sur le principe des choses.</div>
:'''Texte latin'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. De astrologia ad divinationes genethliacas et tempestatum translata.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">De naturalibus autem rebus '''Thales''' ''Milesius'', '''Anaxagoras''' ''Clazomenius'', '''Pythagoras''' ''Samius'', '''Xenophanes''' ''Colophonius'', '''Democritus''' ''Abderites'', rationes quibus natura rerum gubernarentur, quemadmodumcumque quosque effectus habeant, excogitatas reliquerunt. Quorum inventa sequuti siderum ortus et occasus tempestatumque significatus '''Eudoxus''', '''Euchaemon''', '''Callippus''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' [[#Aratus_NdT_CM|<span id="Aratus_NdT_CM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] ceterique ex astrologia invenerunt, et eas parapegmatorum disciplinas [[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM|<span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] posteris explicatas reliquerunt. Quorum scientiae sunt hominibus suspiciendae, quod tanta cura fuerunt, ut etiam videantur divina mente tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare [[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM|<span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] : quas ob res haec eorum curis studiisque sunt concedenda.
</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Aratus_NdT_CM">[[#Aratus_NdT_CM_back|(1) - ''Aratus.'']]</span> Poète et astronome qui a composé sur l’astronomie un poème intitulé les ''Phénomènes''. Il a été traduit en vers latins par Cicéron, Germanicus, Avienus, et commenté par Hipparque, Ératosthène et Théon.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM">[[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back|(2) - ''Parapegmatorum disciplinas.'']]</span> S’il faut en croire [[w:Claude_Saumaise|Saumaise]], les parapegmes [[wikt:en:parapegma#Latin|(en)]] auraient été des tables d’airain sur lesquelles étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des astres, avec l’indication des saisons de l’année. Ainsi les parapegmes seraient l’effet, le produit de la science, bien que l’opinion ordinaire en fasse des instruments, à l’aide desquels on est arrivé à la science elle-même, ce qui est plus en harmonie avec le sens du texte; et le mot ''parapegme'', pris dans sa signification grecque, peut très-bien signifier un assemblage de plusieurs parties liées ensemble, ce qui est loin de jurer avec l’idée des instruments de mathématiques qui servent aux observations des astronomes.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM">[[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back|(3) - ''Tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare.'']]</span> Il est impossible de prédire d’une manière certaine les changements de temps, et la proposition est tout à fait fausse, non-seulement en ce qui regarde le temps, mais encore, et à bien plus forte raison, en ce qui a rapport aux actions libres des hommes.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f352.item ''Liber Nonus. VI.''], <sup>[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f411.item ''NOTES.'']</sup>, traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. De l’astronomie employée pour prédire les changements de temps, et ce qui doit arriver aux hommes, d’après l’aspect des astres au moment de leur naissance.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais si l’on veut connaître le principe des choses, il faut lire les savants ouvrages des '''Thalès''' de ''Milet'', des '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', des '''Pythagore''' de ''Samos'', des '''Xénophane''' de ''Colophon'', des '''Démocrite''' d’Abdère, qui nous font connaître les lois qui gouvernent la nature, et les effets qu’elles produisent. Sans s’écarter de leur système, '''Eudoxe''', '''Euchémon''', '''Callippe''', '''Méton''', '''Philippe''', '''Hipparque''', '''Aratus''' et tous les autres ''philosophes'' ont fait, à l’aide des ''parapegmes'', les observations les plus exactes sur le lever et le coucher des étoiles, ainsi que sur les saisons de l’année; observations qu’ils ont transmises à la postérité. Leurs connaissances sont bien dignes de l’admiration des hommes, puisque, à force d’études, ils sont parvenus, comme par inspiration divine, à prédire les changements du temps. Rapportons-nous-en donc à leurs lumières sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f355.item ''Liber Nonus. VI.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">CHAPITRE VII..<br /><p style="text-align: center;">DES CONSTELLATIONS DU MIDI.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ceux qui voudront connaître les principes des choses qui sont dans la nature et les causes qui produisent tous les effets qui se voient au monde devront consulter et lire attentivement les ouvrages que nous ont laissés '''Thalès''' de ''Milet'', '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', '''Pythagore''' de ''Samos'', '''Xénophante''' de ''Colophon'', et '''Démocrite''' d’Abdère, qui ont écrit leurs découvertes et leurs observations sur ces matières. En suivant les mêmes systèmes, '''Euchæmon''' [[#Euchæmon_NdT_PTC|<span id="Euchæmon_NdT_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], '''Calippius''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' et les autres astrologues, ont fait, à l’aide de la ''Parapegmatique'' [[#Parapegmatique_NdT_PTC|<span id="Parapegmatique_NdT_PTC_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] [[#Parapegmatique|<span id="Parapegmatique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], des observations plus exactes, qu’ils ont laissées à la postérité, sur le lever et le coucher des étoiles, et sur les saisons de l’année. Ces sciences, que possédaient ces grands hommes, méritent vraiment notre admiration, puisqu’ils ont tellement travaillé que les prédictions qu’ils ont faites des changements du temps [[#changements_du_temps_NdT_PTC|<span id="changements_du_temps_NdT_PTC_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] ont paru venir d’une connaissance plus qu’humaine. Il est donc raisonnable de s’en rapporter à eux sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.
</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Euchæmon_NdT_PTC">[[#Euchæmon_NdT_PTC_back|(1)]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] corrige cet endroit, et, au lieu de ''Eudæmon, Callipptus, Meto'', qui sont dans les exemplaires imprimés, il lit : ''Euchæmon, Calippius, Meto'', qui sont les noms des illustres astronomes dont [[w:Claude_Ptolémée|Ptolomée]] fait mention.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="Parapegmatique_NdT_PTC">[[#Parapegmatique_NdT_PTC_back|(2)]]</span> J’ai traduit ''parapegmata'', l’usage des instruments qui servent aux observations astronomiques, suivant l’opinion commune et contre le sentiment de Saumaise, qui croit que ''parapegma'', en cet endroit, signifie une table d’airain sur laquelle étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des étoiles et les saisons de l’années ; de sorte que ''parapegma'', selon Saumaise, est l’effet et la production de la science même qui a été trouvée par les moyens qui sont appelés ''parapegmata'' par ceux qui suivent l’opinion vulgaire. Mais cette opinion vulgaire me semble être plus conforme au texte, parce qu’il est dit que les astronomes ont trouvé la science des astres par la parapegmatique : ''siderum occasus et ortus parapegmatum disciplina invenerunt''. Or ''parapegma'' est un mot grec qui signifie en général une chose clouée et fichée quelque part, comme sont les lames d’airain dans lesquelles les lois, les déclarations des princes et les bornes des héritages étaient gravées, et que la langue française exprime assez bien par le mot d’affiche. Mais il signifie aussi l’assemblage de plusieurs pièces; ce qui convient bien aux instruments de mathématiques qui servent aux observations astronomiques.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''<span id="changements_du_temps_NdT_PTC">[[#changements_du_temps_NdT_PTC_back|(3)]]</span> L’argument de Vitruve est bon quant à la forme ; mais la principale des propositions est fausse, qui est que les astrologues prédisent le changement des saisons, et l’on peut, par le même raisonnement conclure fort bien que les prédictions que les astrologues font du changement du temps étant fausses, comme elles le sont, celles qu’ils font de la fortune des hommes le doivent être encore davantage, parce que la raison du peu de succès de leurs prédictions en ce qui regarde la fortune des hommes, qui est la liberté de leur volonté, manque à l’égard des éléments qui, n’ayant rien qui résiste aux impressions des astres, ne devraient jamais manquer de faire paraître les effets de ces impressions conformes aux prédictions des astrologues, si ces philosophes avaient la connaissance des causes de ces impressions</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA192#v=onepage&q&f=true ''Livre IX. Chapitre VII.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA de la traduction de C. Perrault, Tardieu et A. Coussin 1837|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Parapegmatique_back|<span id="Parapegmatique"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin [[wikt:parapegma#Latin|parapegma]]; du nom commun grec ancien πᾰρᾰ́πηγμᾰ / parápēgma [[wikt:en:παράπηγμα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition παρά / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) : • Depuis; • À cause de. 2. (+ datif) : • À, à côté, par, près. 3. (+ accusatif) : • Contrairement à; • À côté, près (avec les verbes de venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du verbe πήγνυμι / pḗgnumi [[wikt:en:πήγνυμι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sécuriser, coller, fixer : • Se fixer sur. 2. Attacher, assembler, unir, construire. 3. Rendre solide, raidir, congeler, cailler. 4. (au sens figuré) fixer, établir, déterminer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal de résultat ou de l’effet d’une action/d’une instance particulière d’une action/de l’objet d’une action -μᾰ / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Antiquité) Planches de cuivre sur lesquelles les ordonnances et les proclamations publiques étaient gravées, et qui s’affichaient à quelque pilier pour y être lues de tout le monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Astronomie) Tables astronomiques en usage chez les ''Syriens'' et les ''Phéniciens'', qui indiquaient les levers et les couchers des astres.'''<br /><br /></div>{{Boîte déroulante fin}}
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''DES SIGNES QVI SONT À COSTÉ DV'''<br />''Zodiaque deuers la partie du Mydi. Chap.''VII.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[…] Mais pour les cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es natureles Thales de Milete, Anaxagoras de Clazomene, Pythagoras de Samos, Xenophanes de Colophone, & Democrite d’Abdere, par rai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ubtilement excogitees nous ont in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />truictz comment Nature [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y gouuerne, & par quelz effectz elles les produict. Puis Eudoxus, Eudemon, Calli[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tus, Melo, Philipp, Hipparchus, Aratus, & autres qui ont [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uyui les de[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />us nommez, n’ont par A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologie [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eulement cogneu la nai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ance & decours des E[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />toilles, mais d’auantage predict [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon cela les euenements des orages & tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes, le tout au moyen de leurs regles & in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trumens A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologiques, & en ont donné les intelligences a nous & a la po[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />terité. Parquoy ie dy que teles [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ciences [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ont a reuerer par les hommes, pource qu’elles ont e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />té cherchees a [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />i grad [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oing & diligence qu’il [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />emble que ce [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oit in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />piration diuine qui faict iuger le[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />dictz euenemens des tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes auant qu’elles arriuent. Mais quant a moy ie lai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />e cela pour les e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tudes & exercices de ceulx qui [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y vouldront amuzer.
</div></poem>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Neufieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
== [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''']] [[#Diodore|<span id="Diodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_la_Sicile#241_av._J.-C._-_535_:_Sicile_romaine|''Sicile'']] [[#Sicile|<span id="Sicile_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] ==
<p style="text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]) [[s:Auteur:Diodore_de_Sicile|<sup>📚</sup>]]
<poem>
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_historiens_de_l'époque_romaine|Historien]] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Historien_back|<sup>🔄</sup>]] ''grec'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Grec_back|<sup>🔄</sup>]] du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], contemporain de '''Jules César''' [[#Jules_César_back|<sup>⤴️</sup>]] et d’'''Auguste''' [[#Auguste_back|<sup>⤴️</sup>]].</div>
</poem>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Diodore de ''Sicile''|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Diodore_back|<span id="Diodore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre ''théophore'' [[#théophore_back|<sup>⤴️</sup>]] grec ancien Δῐόδωρος / Diódōros [[wikt:en:Διόδωρος#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « don de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ De Ζεύς / Zeús [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>🔄</sup>]], « Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. ».
<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''[[#Sicile_back|<span id="Sicile"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῐκελῐ́ᾱ / Sikelíā [[wikt:en:Σικελία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Du nom commun Σῐ́κελος / Síkelos [[wikt:en:Σικελός#Ancient_Greek|(en)]], « Sicule, ancien peuple de la ''Sicile'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstrait féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’issue de la [[w:Première_guerre_punique|''première guerre punique'']] ([[w:-264|-264]] — [[w:-241|-241]]), la ''Sicile'' tombe aux mains des ''romains'', devenant dès lors la première [[w:Province_romaine|''province romaine'']] hors de la ''péninsule italienne''. Seule la petite royauté de [[w:Syracuse|''Syracuse'']], confiée à [[w:Hiéron_II|Hiéron II]] qui a choisi finalement l’alliance romaine, conserve une indépendance relative jusqu’à sa chute en [[w:-211|-211]] après son alliance avec ''Carthage'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] et un [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''long siège'']] mené par le consul Marcellus [[Marcellus-222_back|<sup>⤴️</sup>]]. Elle constitue un enjeu économique important. Riche en terres agricoles, la ''Sicile'' est pour ''Rome'' une importante source de céréales, selon l’expression de [[w:Caton_l%27Ancien|Caton l’Ancien]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''M. '''Caton''', cet illustre citoyen, surnommé le Sage, appelait la Sicile le grenier de la république, la nourrice du peuple romain.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/preture.htm <u>Discours VII. de Cicéron</u> ''Seconde action contre Verrès II. Livre II. Sur sa préture en Sicile. §II.'']'''<br/><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
=== [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_période_Grèce_Hellénistique#Bibliothèque_back|<sup>🔄</sup>]] ''historique'' [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Histoire_back|<sup>🔄</sup>]][[s:Bibliothèque_historique|<sup>📚</sup>]] ===
<div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ouvrage d’[[w:Histoire_de_l'humanité|''histoire universelle'']], compilant de nombreux auteurs antiques, et couvrant toutes les aires géographiques et temporelles connues, du commencement mythologique du monde à '''Jules César'''. Il a été rédigé en grec au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] et se compose à l’origine de 40 livres dont il ne reste aujourd’hui que 15 (les livres I à V consacrés à l’histoire mythique des ''Barbares'' et des ''Grecs'' et les livres de XI à XX traitant la période de [[w:-480|-480]] à [[w:-302|-302]], ainsi que quelques fragments des livres VI à X consacrés à l’histoire de la [[w:Guerre_de_Troie|''Guerre de Troie'']] et à la fin des [[w:Guerres_m%C3%A9diques|''Guerres médiques'']]).</div>
{{Boîte déroulante début|titre=NdA Bibliothèque historique|fondtitre=#ffffff|alignT=right|styleTitre=color:#3366BB;|styleFrame=border-color:white}}
<div style="text-align: center; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;">
<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>''IV. Comme l’exécution d’un projet si utile demande beaucoup de travail et de temps, nous y avons employé trente ans. Nous avons parcouru, avec bien des fatigues et bien des risques, une grande partie de l’Asie et de l’Europe, afin de voir de nos propres yeux la plupart des contrées les plus importantes dont nous aurons occasion de parler. Car c’est à l’ignorance des lieux qu’il faut attribuer les erreurs qui sont commises même par les historiens les plus renommés.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ce qui nous porte à entreprendre cet ouvrage, c’est surtout le désir d’être utile ( désir qui chez tous les hommes mène à bonne fin les choses en apparence les plus difficiles ) ; puis, la facilité avec laquelle nous pouvons nous procurer à Rome tout ce qui peut contribuer à la réalisation de ce projet. En effet, cette ville dont l’empire s'étend jusqu’aux confins du monde nous a fourni de grandes facilités, à nous qui y avons séjourné pendant un temps assez long. Natif d’Argyre [[w:en:Agira#History|(en)]], en Sicile, et ayant acquis une grande connaissance de la langue latine, à cause des rapports intimes et fréquents que les Romains ont avec cette île, j’ai consulté avec soin les documents conservés depuis si longtemps par les Romains, afin d’éclaircir l’histoire de ce grand empire. Nous avons commencé par les temps fabuleux chez les Grecs et les Barbares, après avoir soigneusement examiné tout ce que les traditions anciennes rapportent sur chaque peuple.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Puisque notre ouvrage est achevé et que les livres qui le composent sont encore inédits, je veux d’abord dire un mot sur le plan général que j’ai suivi. Les six premiers livres renferment les événements et les récits fabuleux antérieurs à la guerre de Troie, et, de ces six, les trois premiers comprennent les antiquités des Barbares, et les trois autres, celles des Grecs. Dans les onze livres suivants, nous donnons l’histoire universelle depuis la guerre de Troie jusqu’à la mort d’Alexandre. Enfin les derniers vingt-trois livres contiennent la suite de cette histoire jusqu’au commencement de la guerre entre les Celtes et les Romains, sous le commandement de Jules César, qui fut mis par ses exploits au rang des dieux : ce chef avait dompté les innombrables peuplades belliqueuses des Celtes et reculé jusqu’aux îles britanniques les limites de l’empire de Rome.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre IV''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.'''<br /><br />
</div>{{Boîte déroulante fin}}
==== Livre I ====
<poem>
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le premier livre s’ouvre sur un prologue de l’œuvre dans son ensemble, soulignant l’importance de l’histoire en général et de l’histoire universelle en particulier. Le reste du livre est consacré à l’Égypte et est divisé en deux moitiés. Dans la première moitié, il couvre l’origine du monde et le développement de la civilisation en ''Égypte''. Dans la seconde partie, il présente l’histoire du pays, ses coutumes et sa religion.</div></poem>
===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVIII.</div> =====
<div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Diodore''' d’une théorie de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_AEC#Nil_back|<sup>🔄</sup>]].</div>
:'''Texte grec'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVIII.''' Ἐπειδὴ δὲ περὶ τῶν πηγῶν καὶ τῆς ῥύσεως αὐτοῦ διεληλύθαμεν, πειρασόμεθα τὰς αἰτίας ἀποδιδόναι τῆς πληρώσεως. Θαλῆς μὲν οὖν, εἷς τῶν ἑπτὰ σοφῶν ὀνομαζόμενος, φησὶ τοὺς ἐτησίας ἀντιπνέοντας ταῖς ἐκβολαῖς τοῦ ποταμοῦ κωλύειν εἰς θάλατταν προχεῖσθαι τὸ ῥεῦμα, καὶ διὰ τοῦτ´ αὐτὸν πληρούμενον ἐπικλύζειν ταπεινὴν οὖσαν καὶ πεδιάδα τὴν Αἴγυπτον. Τοῦ δὲ λόγου τούτου, καίπερ εἶναι δοκοῦντος πιθανοῦ, ῥᾴδιον ἐξελέγξαι τὸ ψεῦδος. Εἰ γὰρ ἦν ἀληθὲς τὸ προειρημένον, οἱ ποταμοὶ πάντες ἂν οἱ τοῖς ἐτησίαις ἐναντίας τὰς ἐκβολὰς ἔχοντες ἐποιοῦντο τὴν ὁμοίαν ἀνάβασιν· οὗ μηδαμοῦ τῆς οἰκουμένης συμβαίνοντος ζητητέον ἑτέραν αἰτίαν ἀληθινὴν τῆς πληρώσεως.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865</div>
</poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div>
:'''Traductions'''
<div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVIII.''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous allons essayer d’exposer les causes de sa crue. '''Thalès''', l’un des sept sages, prétend que les vents étésiens, soufflant contre les embouchures de ce fleuve, l’empêchent de verser ses eaux dans la mer; et, qu’ainsi enflé, le ''Nil'' inonde toute la ''Basse-Égypte''. Cette opinion, quelque probable qu’elle paraisse, est aisément réfutée. En effet, si elle était vraie, tous les fleuves dont les embouchures sont à l’opposite de la direction des vents étésiens devraient offrir un semblable débordement. Or, cela n’étant pas, il faut chercher une autre cause à ce phénomène.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865<br />(également disponible [https://books.google.fr/books?id=WWsOAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwj_9Pr-y4WGAxVHT6QEHQeIBFgQ6AF6BAgKEAI#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ici] ou [[s:Page:Diodore_de_Sicile_-_Bibliothèque_historique,_Delahays,_1851.djvu/72|là]]</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXXVIII.''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous essayerons d’expliquer la cause de la crue de ses eaux. '''Thalès''', compté au nombre des sept sages de la ''Grèce'', l’attribue aux vents Étésiens [[#vents_Étésiens_NdT_AM|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], qui, soufflant à l’opposite de l’embouchure du fleuve, le retiennent et l’empêchent de se jeter dans la mer : ainsi, son volume s’accroît, et bientôt il inonde toute l’Égypte dont le sol est bas et tout-à-fait plat. Mais, quelque vraisemblance que présente d’abord cette explication, on peut en démontrer aisément la fausseté. Si en effet ce que nous venons de rapporter était vrai, tous les fleuves dont l’embouchure se trouve opposée à la direction des vents Étésiens, éprouveraient la même élévation de niveau [[#même_élévation_NdT_AM|<span id="même_élévation_NdT_AM_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]]; or, comme ce fait n’existe dans aucune autre partie de la terre, il faut chercher une raison différente de la crue du ''Nil''.</div></poem>
<table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; ">
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''[[#vents_Étésiens_NdT_AM_back|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM"><sup>1</sup></span>]] Vents annuels périodiques qui soufflent assez généralement du nord au midi, après le solstice d’été et pendant la canicule. Ils durent environ six semaines.'''</poem></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: justify; text-indent: 15px">
<poem>'''[[#même_élévation_NdT_AM_back|<span id="même_élévation_NdT_AM"><sup>2</sup></span>]] Cet argument est employé par Hérodote, liv. II, chap. XXXII.</td>
</tr>
'''
</poem></table>
<poem>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=true <u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>], [https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par A. F. Miot, ancien conseiller d’état, imprimé par autorisation du roi à l’imprimerie royale, 1834</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
<poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XXIV.''' Conjectures sur la cause des débordements du ''Nil''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Après avoir parlé des sources du ''Nil'', nous passerons à ses débordements.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Première conjecture.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Thalès''' un des sept sages de la ''Grèce'', dit que les vents étésiens qui soufflent contre les embouchures du ''Nil'' empêchant ses eaux d’entrer dans la mer, les font regorger dans toute l’Égypte qui est un pays plat et fort bas. Quelque vraisemblance que puisse avoir cette opinion il est aisé de la combattre. Car si cela était tous les fleuves dont les embouchures sont exposées aux vents étésiens seraient sujets au même débordement ; ce qui n’arrivant à aucun autre fleuve dans le monde, il faut chercher une cause propre et particulière au ''Nil''.</div>
<div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXIV''], traduite en françois par Monsieur l’[[w:Jean_Terrasson|abbé Terrasson]], de l’Académie Françoise, chez De Bure l’aîné, Quay des Augustins, du côté du Pont S. Michel, à Saint Paul, 1737</div></poem>
<div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div>
</div>
<div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div>
[[Catégorie:Philosophe]]
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